Les luminaires. Eleanor Catton

Découverte d’un auteur et rencontre avec Eleanor Catton à l’ambassade de Nouvvelle Zélande

Les luminaires - Le premier roman d’Eleanor Catton se déroulait  dans le milieu d’un lycée, parlait d’un viol, donc d’une histoire très actuelle. Comme elle l’a évoqué lors de notre rencontre à l’ambassade de Nouvelle Zélande, elle s’est posé la question de ses propres limites en matière d’écriture. Se demandant si les limites de son premier roman étaient ses propres limites, et si oui, le seraient-elles pour toujours ? Son nouveau challenge était de partir loin, dans l’espace et dans le temps, et de parler de la nouvelle Zélande.

Née au Canada, élevée en Nouvelle Zélande, elle en est partie jeune avec le sentiment de ne pas appartenir entièrement à ce pays. C’est alors que s’est posé la question d’en parler, car finalement on voit mieux la culture d’un pays, ainsi que sa propre relation avec ce pays, lorsqu’on l’a quitté. Même s’il est difficile d’écrire sur des paysages que l’on ne connait pas et où l’on n’est jamais allé. Comme elle le dit également, la beauté et le côté sauvage de la terre vous émeut quand vous êtes en randonnée dans ces régions, vous submerge et vous vous sentez tout petit, à la merci de la nature. Là, le glacier fond, faisant ressentir un fort sentiment de perte de ce qui a été et qui ne sera jamais plus, qui disparait. Ce sont des régions propices à une trame de roman de type Frontier où le héros repousse sans cesse ses limites.

Ce n’est pourtant pas ce qu’a voulu écrire Eleonor Catton avec « les luminaires ». Dans ce roman, les lieux existent davantage par l’atmosphère qu’ils dégagent que par leur réalité historique. L’histoire est romancée et imaginaire. L’auteure est allée plusieurs fois sur place. Sa recherche consistait plus dans l’ambiance, humer l’air,  regarder la mer, regarder les montagnes, marcher dans les rues, sentir l’air et l’émotion, que dans une recherche historique et géographique des lieux.

Son roman, Les luminaires, se déroule sur cette côte ouest de Nouvelle Zélande, en 1866, au moment de la ruée vers l’or. Le thème de la ruée vers l’or a déjà été travaillé par d’autres auteurs, en particulier à propos de la Californie, mais il est traité ici de façon novatrice. La ruée vers l’or en Californie a commencé longtemps avant celle de Nouvelle Zélande, les travers et les clichés des bandits hors la loi ne sont plus d’actualité. On est moins dans le domaine du meurtre ordinaire, classique, mais davantage dans le crime des cols blancs, le crime d’extorsion. Les choses étant plus régulées, l’époque est aux manigances, aux fraudes, aux crimes nets. Et s’il est vrai que des personnages très méchants peuvent facilement faire une belle histoire, cela devient plus difficile si les gens sont  normaux. C’est ici un vrai challenge qu’a particulièrement réussi l’auteure. La réalité et le contexte historique sont importants. Mais en fait, comme elle le dit si bien, la vie tient à tellement de choses, de gens, de faits, qui au final sont oubliés de l’histoire, perdus dans le passé, qu’il est facile de créer un nouvel univers sans avoir besoin de parler de la réalité historique.

Je pense en particulier à l’arrivée  des chinois, que l’auteure nous indique avoir fait arriver bien plus tôt que dans la réalité. Mais est-ce réellement important ? De même, comme elle connaissait mal les lois sur la navigation, elle nous avoue également avoir inventé celles qui lui convenaient. Parce que sinon, coller à la réalité l’aurait empêché de dérouler l’intrigue comme elle le souhaitait. C’est donc un mélange d’invention et de fiction plus que de recherche et de réalité historique.

A l’époque des luminaires, le monde est en pleine transformation. Les indigènes sont les premiers prospecteurs de la Nouvelle Zélande. Même si aujourd’hui ces faits sont parfois remis en question et si ce qui était la civilisation des lieux sauvages en 1870 est aujourd’hui considéré comme leur destruction. Les mahorais, premiers occupants, sont les natifs de l’ile, pourtant ils se considèrent aujourd’hui comme des émigrants. Hokitiki est une petite ville. Longtemps creuset multiculturel, riche de ses très nombreux migrants, elle est à présent une ville mono culturelle avec peu d’émigrés.

Dans tout le roman, l’interaction entre les douze principaux personnages est basée sur les astres. C’est effectivement une des recherches faites par l’auteur. Connaître la position des astres au moment de l’histoire, les signes du zodiaque au moment de la ruée vers l’or. Douze jours, douze signes, douze personnages. Pour chaque jour, un plan du ciel, pour savoir quelle est la position des personnages dans le ciel, chacun étant relié à un signe du zodiaque. Eleanor Catton nous dit alors qu’il est Intéressant de remarquer que le centre de la galaxie est entre le signe du scorpion, symbolisant le rêve et la vision, et celui du sagittaire, symbolisant le voyage et l’aventure. C’est donc là que le roman commence, dans cette interprétation « romantique » du ciel.

En parlant de la construction de ses personnages, l’auteure nous explique que si tout avait été programmé d’avance, ce ne serait pas assez « humain ». Les personnages sont donc en partie programmés par leurs signes du zodiaque et leur place dans le ciel, mais ils ont aussi la liberté d’agir puisque ce sont des humains qui peuvent contrôler leur vie. On peut choisir certaines choses, mais pas tout, pas son lieu de naissance, mais ses amis, par exemple. Et quand on sait, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas !

Il y a peu de personnages féminins, mais il faut dire qu’à l’époque il y avait environ une femme pour dix hommes. L’auteure souhaitait que ses personnages aient une vraie personnalité. Elles devaient être très fortes pour marquer les esprits. Le zodiaque donne deux beaux personnages féminins, la lune et venus. N’étant pas née dans le siècle dans lequel se déroule le roman, elle déroule forcément  leurs caractères avec sa propre sensibilité et sa vision actuelle de la femme. Pour les prostituées par exemple, l’utilisation classique inhumaine la choque. Souvent dans la fiction victorienne les femmes meurent ou se suicident. L’auteure n’avait pas envie de cela, il lui fallait trouver une autre solution. Même si l’idée d’une femme maitresse de sa vie est terrifiante pour la société de l’époque. Pour un auteur, il est plus difficile de faire des choses qui marchent plutôt que de tout détruire, tout comme il est plus difficile d’être optimiste que pessimiste, la question étant de savoir comment utiliser le système sans arriver au point où tout se brise.

La trame du roman est en douze chapitres dictés par le ciel et le zodiaque, la longueur de chacun étant la moitié du précédent. C’est un carcan fort, mais c’est également une grande liberté. Se limiter ainsi devenait encore plus passionnant et stimulant. L’auteure joue avec cette idée de l’harmonie, tout tourne autour d’un cadre, les personnages sont là, se déplacent en circonvolutions et ne partent pas dans tous les sens.

Toute la première partie de roman est située dans le salon d’hôtel. Là douze hommes se rencontrent en secret, suite à des évènements étranges survenus quelques semaines auparavant : un notable a disparu, une prostituée est en prison, accusée d’avoir tenté de se suicider, et on vient de découvrir un trésor dans le cabanon d’un ivrogne retrouvé mort. Walter Moody vient de débarquer à Hokitika. Arrivé là par hasard, il va troubler de sa présence ce huis clos introductif de quelques 400 pages. Tour à tour les personnages vont donner leur vision du déroulé des jours précédents, vision partielle ou tronquée d’un même évènement, faite de flash-back inattendus, à des époques distinctes, et donnant des points de vue identiques ou contradictoires d’une même situation, ne dévoilant parfois qu’une infime partie de ce qu’ils ont vu. Le lecteur doit bien s’accrocher pour aller au bout de ces pages-là, car il n’est pas aisé de suivre sans perdre le fil. Mais passé ce chapitre, on se laisse emporter par le rythme beaucoup plus soutenu des suivants.

Et en fait plus possible de laisser de côté ce roman surprenant et attachant, jusqu’où vont aller les personnages ? Que vont-ils devenir ?  Quand vont-ils se retrouver ? Un très beau roman, d’une étonnante écriture classique à la structure surprenante, on l’aura compris. Ne le lâchez pas, ne vous laissez pas décourager par les mille pages, vous serez surpris, car elles sont vite dévorées.

Merci à Babelio et aux éditions Buchet-Chastel pour cette rencontre avec Eléanor Catton à l’ambassade de Nouvelle Zélande

ECATTON       dedicace eleanor catton


Catalogue éditeur :  éditions Buchet-Chastel

Les luminaires Eleanor Catton    Traduit par Erika Abrams

Langue d’origine : Anglais (Nouvelle-Zélande)

Man Booker Prize for Fiction 2013

Nouvelle-Zélande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit débarquer sur ses côtes tout ce que la vieille Europe compte d’ambitieux et de désespérés. Parmi eux, Walter Moody, un jeune britannique ruiné bien décidé à trouver fortune accoste au port d’Hokitika, sur la côte Ouest, après un éprouvant voyage. Mais une étrange assemblée l’attend dans le petit hôtel où il a trouvé refuge. Là, dans une atmosphère des plus tendues, douze hommes du cru tiennent une réunion secrète pour tenter d’élucider des faits étranges qui agitent la communauté depuis plusieurs semaines. Un riche notable a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours, et on a découvert une immense fortune dans la maison d’un pauvre ivrogne, mort lui aussi. Moody succombe bientôt à l’irrésistible attrait du mystère et se retrouve plongé dans un entrelacs d’intrigues et de destins vertigineux.

Formidable restitution des grands romans anglo-saxons du XIXe siècle, Les Luminaires est une narration ambitieuse dont la structure emprunte à l’astrologie pour livrer un inoubliable roman d’amour, une histoire de fantômes, de pouvoirs et d’énigmes insolubles campés dans une Nouvelle-Zélande ou la fièvre de l’or est reine.

ILS EN PARLENT…
  • « Les Luminaires relève de l’exploit. Catton joue habilement des codes du roman du XIXe, et invente par là même une fiction du XXIe siècle, quelque chose de totalement nouveau. Les pages défilent. »Bill Roorbach. The New York Times Book Review.
  • « Le genre de roman qu’on dévore pour mieux découvrir, une fois terminé, qu’on ne pourra jamais trouver quelque chose d’aussi sublime ni d’aussi excitant à lire… Faites-vous une fleur et lisez Les Luminaires. »The Independent.
  • « Irrésistible, magistral, convaincant… Les Luminaires déploie une intrigue captivante et habile jusqu’à son formidable dénouement, un récit dont on pressent dès la première page que son auteure maîtrise parfaitement son parcours narratif et sait où elle veut nous mener… [Catton est] une reine de l’intrigue et du rythme. »The Telegraph.
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Une réflexion sur “Les luminaires. Eleanor Catton

  1. Chess novembre 14, 2015 / 15:57

    Il faut s’y mettre, mais c’est un livre que j’ai beaucoup aimer !

    J'aime

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