Un parfum d’herbe coupée. Nicolas Delesalle

Le parfum d’herbe coupé, c’est le parfum de l’enfance, de l’adolescent qui se cherche, de la vie de famille, des moments de bonheur qui passent et qu’on voudrait bien retenir.

Domi_CLire_unparfum_dherbe_coupee_nicolas_delesalle.jpegC’est également le parfum de nos souvenirs à nous, lecteurs qui nous reconnaissons dans ces anecdotes qui parlent de cueillette de champignons, de plage, de rencontres, des premières amours adolescentes, d’une première « boum », d’une homérique partie de Rugby, de vacances en famille, d’un chien qui vous accompagne toute votre enfance, celui qu’on offre souvent à l’un des enfants, mais qui finalement est élevé par les parents pour le plus grand bonheur des fratries, qui parle de la vie en somme.

En tout cas moi je m’y suis trouvée, et c’est ce qui m’a plu finalement. Certains souvenirs sont remontés à ma mémoire, en écho à ceux de l’auteur. Pas les mêmes bien sûr, mais des impressions comme celles évoquées avec tendresse par Nicolas Delesalle. Alors je me suis revue partant à la pêche aux écrevisses dans le ruisseau qui passait en contre bas de la maison des grands parents, avec mon père, mon grand-père, et mon oncle, nuit magique pour des enfants, même si la pêche n’était absolument pas miraculeuse. Ou planquée avec mon frère derrière un fauteuil club une grande partie de la nuit, en attendant de voir la navette Apollo se poser pour la première fois sur la lune, tant était forte notre angoisse de ne pas être réveillés par les parents pour assister à cet événement que tous pressentaient extraordinaire.
C’est ce que j’ai aimé dans ce roman, l’identification que chacun peut en faire. L’idée des souvenirs, de ces quelques instants de vie qui font de nous ce que nous sommes, nous qui gardons le plus souvent ce qui est bon en effaçant ce qui a fait mal. C’est gentiment écrit, tendre, gai parfois, un peu triste aussi, comme le temps qui passe et les moments de vie avec ceux qui ne sont plus, grands-parents ou parents, mais c’est tellement vrai en même temps. Un moment de lecture agréable qui vous emporte au loin dans vos propres souvenirs. Et si finalement c’était ça le vrai but d’une lecture, le voyage qu’elle nous permet de faire, que ce soit au loin, dans l’espace et dans le temps, ou au loin dans notre propre existence ?

Rencontre avec l’auteur

IMG_1671

Nicolas Delesalle est grand reporter à Télérama. Ce livre est son premier roman. Comme il le dit, c’est un livre « d’opportunité ». En effet, il l’a d’abord écrit sur internet, puis sur son blog, puis en partie sur twitter, essentiellement la nuit, pour ne pas saturer ses suiveurs. Pour lui, internet, c’est une liberté d’écriture, un vent de fraicheur, qui permet d’avoir le choix du niveau de langage, ce qui lui plait énormément : « je vouvoie sur le papier, je tutoie sur internet, je tape sur l’épaule sur twitter ». C’est ensuite devenu un livre numérique, puis un roman « papier ». On y trouve à la foi des textes écrits il y a presque dix ans, et d’autres l’année dernière, lorsque s’est concrétisée l’idée d’en faire un roman.

Au départ, l’auteur souhaitait un autre titre mais c’est devenu à la demande de l’éditeur celui que nous avons eu en main et qui parle à chacun de nous, ses lecteurs, « un parfum d’herbe coupée ». En fait ce livre n’a été ni préparé ni écrit, c’est presque un livre de hasard. Il nous dit qu’il ne s’est jamais assis en pensant qu’il allait écrire un roman, c’est venu au fil de l’eau. Le roman est construit sans suivre une chronologie précise, un peu comme fonctionne la mémoire. Il n’y a pas non plus de construction romanesque, c’est plutôt structuré avec des histoires un peu plus courtes qui s’intercalent aux plus longues, comme des virgules, des respirations.

Nicolas Delesalle ne connaissait rien de ses propres arrière grands parents et il aurait aimé que son grand père lui laisse un récit tel que celui-là. D’où son envie de dire à son hypothétique arrière petite fille Anna ce qu’il était, ce qu’il avait vécu dans son enfance, son adolescence. Mais il n’avait pas d’envie particulière de lui laisser un message précis, seulement dire les souvenirs, sans chronologie, juste ce qu’il est, qui il est.

Ce parfum d’herbe coupée, c’est surtout une histoire qui touche à l’universel et qui parle à chacun de nous. Chacun peut faire surgir ses souvenirs en tournant ces pages, il s’adresse à chaque lecteur en particulier, à sa propre mémoire. L’auteur nous dit qu’il est d’ailleurs très touché par les critiques et que le regard des autres s’avère très important. Car comme tout écrivain, finalement il se nourri aussi des autres et parfois il « monte sur la table pour avoir un autre point de vue » (cf. le cercle de poètes disparus). Il nous avoue également être fasciné par «  l’instant I »celui qui fait que l’on change, qui nous rend différent. Car en fait comment peut-on être une personne avant et en devenir une tout autre personne après. D’où peut-être ce roman fait d’instants de vie ?

Dans ce parfum d’herbe coupée, il y a à la fois du fictionnel et de la réalité. Il est parfois nécessaire de transformer la réalité en mythe et donc utile et nécessaire de transformer la réalité en fiction. Même si certaines histoires sont inventées, un certain nombre sont réelles, je pense à une en particulier, Alexander, qui clôture le livre et qui m’a particulièrement touchée.

A la question sur l’écriture possible d’une suite, il nous répond oui, sans doute, mais cela dépendra du succès de son premier livre et de l’accueil de ses lecteurs.

Merci à Babelio et à Prélude édition pour cette rencontre avec Nicolas Delesalle, une soirée vivifiante et agréable avec un auteur très sympathique et abordable et qui a su prendre du temps pour échanger avec ses lecteurs.


Catalogue éditeur : Le livre de Poche / Prélude

« Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit “ouais”, j’ai dit “super”, la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le père Noël, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia convoque les figures, les mots, les paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, Raspoutine le berger allemand… Des petits riens qui seront tout.

Un premier roman remarquable, plein d’émotion, d’humour, de poésie, de profondeur, où la petite musique singulière de l’enfance ouvre sur une partition universelle.

Un parfum inoubliable. Causette

Parution :07/01/2015 /Format : 133 x 195 mm / Nombre de pages : 288 / EAN : 9782253191117
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s