Salon du livre de Paris. Dimanche 22 mars

10h, lorsque j’arrive sur le salon, malgré le froid il y a un monde fou à l’extérieur. Le calme règne dans les allées, ça ne va pas durer.

11h, les libraires partenaires de pagesdeslibraires.fr sont sur le stand pour donner des conseils de lecture, pour parler de tous ces livres auxquels on ne pense jamais. Aujourd’hui j’ai retenu le livre d’Annie Lebrun « de l’éperdu » qui nous est présenté comme un livre qui aide à mieux lire. C’est une idée géniale, non, de lire non pas pour aimer le livre mais pour ce qu’il nous apporte.

11h30, rencontre club de lecture ados. Ils sont arrivés en avance et écoutent attentivement nos libraires passionnés. Puis tour à tour ils présentent leur coup de cœur. J’en retiens quelques verbatim, tout d’abord leurs conseils : « Je le conseille parce qu’il fait réfléchir et en même temps c’est très drôle ». « Un livre hyper poignant parce qu’il est bien écrit ». « Quand j’ai fini ce livre j’ai pris une grande respiration, parce que dans ce livre, les gens ne respirent pas ». « Les pages ne sont pas droites, c’est désordonné et c’est de super histoires ». « C’est original, on suit plusieurs histoires, le héros n’a pas tout, quelque chose lui a été retiré et j’aime ce concept (le héros à un handicap physique) »

Ils ont passionnants, comment choisissent-ils leurs lectures, qu’y cherchent-ils, voici quelques-unes de leurs réponses : « Sur les conseil du libraire qui commence à me connaître, grâce au club de lecture, cela m’a permis d’aller vers d’autre styles de lectures ». « J’ai des  habitudes, j’aime les récits de vie qui font pleurer, sentir les sentiments. Le club de lecture c’est bien, tu peux y trouver des livres passionnants ». « Des romans historiques, pour connaitre des lieux qu’on n’a pas regardé, des choses qu’on ne vivra jamais parce qu’elle se passent dans les temps anciens, mais pas au moyen âge quand même ». « C’est le titre qui me donne envie ». « Il faut que ça s’approche de la réalité ». « Je ne veux pas lire de livres qui parlent de la vie parce que ça on peut le vivre, ça peut arriver. Je lis plutôt des choses irréelles. Je choisi parfois pour le titre et la couverture ».

Quelle est leur relation à la littérature étudiée en cours, est-elle adaptée àleurs goûts, s’ y retrouvent-ils ? : « Il y a énormément de classiques, de théâtre, mais il faut les lire pour mieux apprécier les autres lectures et c’est important pour le bac français ». « On se reconnaît plus dans les romans d’aujourd’hui mais c’est bien de sortir de ce qu’on aime Tout dépend du classique, les misérables c’est très différent du petit prince ».

La libraire animatrice d’un des clubs de lecture nous dit qu’elle est très surprise car ils présentent aussi des livres qui les ont ennuyés, des classiques qu’ils doivent lire à l’école et même des livres dont ils pensent qu’ils auraient pu les aimer mais qu’ils trouvent mal écrit. C’est important de comprendre que chaque livre fait avancer dans ses choix, ses avis, son parcours de lecteur, il faut donc lire aussi ce que l’on n’aime pas.

Ce qu’ils aiment le plus ? Les livres pour la jeunesse, y compris pour bien plus jeunes qu’eux, mais aussi pour adultes. Ils piochent dans tous les genres, polar, science-fiction, classique, etc. C’est manifestement un vrai plaisir pour les libraires qui animent ces clubs de lecture. J’écoute des passionné, surprise de leur niveau d’appréciation, de synthése  Cela m’a rappelé le livre du prix Clara 2014 édité chez Héloïse d`Ormesson, j’avais été étonnée du niveau de ces  écrivains en herbe.

15h30, rencontre avec Émilie Frèche, lauréate du prix orange en 2013 pour deux étrangers chez Actes sud.

IMG_6674Emilie est un écrivain multiple, elle vient de terminer un roman et a co-écrit en parallèle un scénario pour un film. L’an dernier elle faisait partie du jury du prix Orange du livre et a contribué à l’élection de Maylis de Kerangal. Même s’il n’est pas toujours aisé d’avoir un œil critique sur d’autres romans et sur ses pairs, au final, choisir un livre ce n’est pas renoncer à d’autres. Elle ne porte pas un jugement, elle parle simplement du livre qui l’a emportée ou pas. Pour elle, « réparer les vivants » est réellement un très grand livre.

Elle a réellement mesuré l’exploit d’avoir eu le prix un an après, lorsqu’elle en est devenue jurée. Elle a aimé la liberté d’amener au jury les titres que l’on aime, en plus de tous ceux qui sont sélectionnés. Puis il faut en garder 30 et enfin 5. C’est alors qu’on prend la mesure de la difficulté. Il y a de la bagarre, de la passion, c’est un sujet sérieux, important. Les non professionnels sont presque les plus passionnés, ce sont des lecteurs assidus, avertis. D’où l’importance IMG_1786de ce prix.

Pour Emilie Frèche, l’écriture est une colère, presque une perversion, elle aime se contorsionner, la manipulation psychologique lui plait. Il est nécessaire de modifier la réalité, de la travailler pour qu’elle entre dans le roman. Et même si elle se base sur des personnes réelles pour leur créer une autre vie, l’écriture est l’endroit du fantasme, c’est le moyen d’avoir le père et la mère qu’on n’a jamais eu. Et forcément les livres qu’on écrit se répercutent dans votre propre vie, dans votre réalité. Elle n’imagine pourtant pas qu’elle pourrait écrire sans être publiée. La publication c’est un peu le nœud sur le cadeau. En fait un livre pourrait ne jamais être terminé. Elle écrit avec son oreille, tout est réécrit, peaufiné, pour obtenir la musicalité souhaitée. En cela elle rejoint quelques autres auteurs qui sont venus parler de leur travail sur le salon ou que j’ai pu entendre lors de tables rondes. Pour tous, la musicalité des phrases est essentielle à l’aboutissement du roman. J’aime lorsqu’elle nous dit qu’elle a longtemps pensé avoir besoin d’un cadre (un bureau, un espace) pour écrire, « En fait je suis chez moi dans l’écriture ».

Emilie Frèche confesse l’angoisse que tout s’arrête, alors qu’elle a déjà publié douze livres. Elle considère comme une chance inouïe d’arriver au bout d’un roman, cela lui prend en moyenne deux ans d’écriture. C’est un « truc » qui est là mais qui peut s’arrêter à tout moment, car elle n’a pas de plan prédéfini. Elle se lance et les idées viennent en écrivant. Si elle ne publie pas, elle n’existe pas. Ecrire tient du marathon. Il faut une réelle force pour écrire, elle évoque la puissance physique d’un Hemingway, car c’est difficile de travailler à partir de rien.

Son prochain roman « un homme dangereux » sera publié en août chez stock. Elle s’avoue un peu déprimée quand c’est fini, même si c’est une sorte de délivrance.  Que peut-on sacrifier pour écrire un livre ? Quelque part, écrire, c’est l’histoire d’une descente aux enfers. Il faut se mettre en condition de « colère » pour se remettre à écrire. La réalité influe sur les textes et les textes changent à leur tour son rapport aux autres. Écrire, c’est un chemin, c’est peut-être ce qui fait qu’à chaque fois on écrit un autre livre. J’ai découvert une femme formidablement agréable, sincère, lumineuse, solaire, qui dégage une force et un enthousiasme communicatif et qui m’a donné envie de lire ses romans.

IMG_6667Dans l’après-midi je pars en voyage. Je fais une incursion au pavillon Cracovie et Wroclaw pour y écouter le débat sur la poésie polonaise, en particulier les poètes de la Nouvelle Vague. Qu’est-ce qui les caractérise le mieux, résistance, opposition politique, conflit générationnel, je ne sais qu’en penser. Puis je vais du côté de la littérature des Outre-Mer. Quelques illustrateurs de livres pour enfants réalisent une belle fresque colorée sur le stand de l’Ile de la Réunion. Cela me donne des envies de nouveaux horizons.

IMG_178917h30, rencontre avec Miguel Bonnefoy, auteur du roman « le voyage d’Octavio », sélectionné pour le prix Orange 2015. Un auteur sympathique, agréable, dynamique, et qui prend le temps de dédicacer son livre pour l’équipe de lecteurs.com.

19h30, je quitte le salon du livre en passant devant un café brésilien caché dans un coin, une jeune femme chante accompagnée à la guitare. C’est un instant magique.

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Une réflexion sur “Salon du livre de Paris. Dimanche 22 mars

  1. Vegnaduzzo mars 26, 2015 / 21:58

    Très beaux récit du salon du livre ton journal de bord est très riche en commentaires les photos illustrent tout les événements bravo c est une jolie histoire biz

    J'aime

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