Et je danse, aussi, Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux

Et je danse, aussi… un bien agréable roman épistolaire écrit à quatre mains

Et je danse, aussi par Mourlevat

En le commençant j’ai réalisé que j’en avais déjà lus quelques-uns. « Inconnu à cette adresse » de Kressman Taylor (que j’ai longtemps imaginé être un homme) est sans aucun doute celui qui m’a le plus marquée, et que j’ai offert quelques dizaines de fois. Ou « 84, Charring Cross Road », ou enfin « le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates », finalement je n’en suis pas à mon premier coup d’essai du genre.

Alors c’est un peu facile cet échange de courriers, toi, moi, et ainsi de suite. Oui, sans doute, mais ce n’est pas gagné d’avance car il faut tenir le lecteur en haleine, ne pas le laisser refermer le livre sans y revenir. J’ai eu un peu peur que cette histoire-là ne s’enlise, je voyais tranquillement arriver la groupie qui ne sait pas comment aborder l’écrivain de ses rêves, l’histoire d’amour par mail interposé, puis la rencontre, le coup de foudre, du banal en somme. Mais non, Adeline n’est pas une fervente admiratrice, même si elle connait les romans de l’auteur Pierre-Marie Sotto, ce n’est pas juste une jeune femme en mal d’amour et qui s’ennuie dans son Cloitre perdu en province, Adeline est beaucoup plus que cela et on le découvre au fil des pages. Et puis il y a aussi les écrits entre Pierre-Marie et ses amis, qui émaillent les pages entre les deux personnages principaux.

Ce qui est intéressant dans cet échanges de mails (ah, donc ils ne pourront jamais être envoyés un jour dans une très grosse enveloppe, propice à débuter une autre histoire, quel dommage) c’est surtout tout ce qu’il révèlent de la vie, de l’amour, des enfants, que l’on a eus ou que l’on a perdus, qui grandissent et qui partent, des parents, des expériences de deuil, des rencontres, des trahisons, des amis que l’on aime depuis toujours et que l’on connait si bien, des réussites ou des échecs, de tout ce qui fait le quotidien de chacun, auquel on est tellement habitué que l’on pense que c’est normal. Et qui parait pourtant si fragile quand on le perd.
C’est aussi une démonstration étonnante de tout ce que deux personnes peuvent se dire par écran interposé sans se connaitre, comment elles peuvent se dévoiler, se révéler, s’exposer, car l’autre est loin, dématérialisé, irréel, simplement peut être conforme aux rêves et à l’image que l’autre s’en fait. Possibilité d’aller au-delà de ce qui serait avoué à un être de chair qui serait face à soi, protégé par l’écran et la dématérialisation du clavier et de la boite aux lettres. Réalité d’un monde actuel ? Je ne sais pas. En tout cas ce roman est étonnant, loin d’être un banal échange, il révèle une part de mystère et une complexité des relations que l’on n’imagine pas au premier abord. Porté par une écriture à deux qui ne se ressent pas, il n’y a pas de différence de niveau dans la rédaction mais bien une réelle fluidité, un brin de cynisme, beaucoup d’humour et de dérision, et l’impression finale est positive.

Rencontre avec Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux

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Avec « et je danse, aussi » Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux on fait et réussi un pari audacieux. Écrire un roman épistolaire, Jean-Claude y pensait depuis plus de dix ans, mais n’avait pas encore pu le réaliser. Là c’était le bon moment et le choix d’Anne-Laure comme corédacteur était juste une évidence. Tous les deux se connaissent depuis plus de quinze ans, ils sont écrivains pour la jeunesse et se rencontrent régulièrement dans de nombreux salons, dont celui de Brive.

Ils avaient de plus l’avantage d’avoir au moins une habitude commune de travail : celle d’écrire sans savoir dès le départ où ils comptent arriver à la fin du roman. Jean-Claude appelle cela écrire à la lanterne, en avançant sur le chemin de la narration. Et en se disant pourquoi pas, on verra bien jusqu’où on est capable d’aller. Comme ils sont édités par des éditeurs jeunesse, là ils ont du faire le parcours de l’écrivain débutant, rédiger pendant 6 mois sans savoir si un jour ils seraient publiés, puis envoyer le manuscrit à plusieurs maisons d’édition. Si Anne-Laure avoue avoir été un peu pessimiste, Jean-Claude ne s’est pas découragé car tout ce qu’il a écrit jusque-là a toujours été publié.

Dans un roman à quatre mains, ce qui m’intéresse c’est la manière dont il a été écrit. Alors comment ont-ils fait ? Tout simplement par échange de mails. Jean-Claude est le personnage de Pierre-Marie Sotto, et Anne-Laure tous les autres. Au départ elle tient le rôle épistolaire d’Adeline, puis petit à petit elle ajoute des personnages au gré de son humeur, Max et sa femme, Lisbeth, l’ami éditeur, personnages auxquels, une fois sa surprise passée, Jean-Claude va devoir répondre en assumant entièrement son rôle d’auteur.

Pour Anne-Laure, il a été difficile d’abandonner Adeline, car au fond un auteur met souvent dans son personnage une partie de lui-même ou de ce qu’il aimerait vivre, de ses faiblesses, de ses rêves. Assumer de multiples personnages était aussi très jouissif et amusant, d’autant que « Pierre Marie » jouait le jeu. La vie des personnages est parfois basée sur des mensonges, soit avec soi-même (Pierre-Marie ne veut pas voir la réalité de son couple) soit avec la vie (Adeline évince 9 ans de sa vie) chacun doit avancer en surmontant ses petites lâchetés, ses petits arrangements avec sa propre histoire.

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Si les surprises vont amener la drôlerie de certaines situations, c’est aussi une leçon de modestie pour chacun des auteurs, car l’écrivain n’est plus seul aux commandes. Ils se sont à peine parlé pendant tout le temps de l’écriture, juste au départ et à deux moments clés. Lorsque Anne-Laure introduit pour la première fois un nouveau personnage, Max, Jean-Claude lui téléphone pour être sûr d’avoir bien compris, ensuite tout se déroule facilement.

Les éléments de vie et de rencontre arrivent à mesure des échanges de mails, ils sont développés et assumés par l’imaginaire de l’autre. L’enveloppe par exemple n’est au départ qu’une simple enveloppe, aucun des deux ne sait ce qu’elle contient. Et ne comptez pas sur moi pour vous le dire, car cela vous gâcherait le plaisir de la lecture. A les entendre j’ai l’impression qu’ils n’avaient pas la même idée de départ. Chacun avance ses hypothèses, ses pistes, et le récit se déroule, les évènements se succèdent, pour le plus grand plaisir des auteurs et des lecteurs. Il n’y a aucun désaccord, un choix de scénario au départ, une ou deux rencontres pour valider des étapes, et pour le reste, chacun prend ses options, déroule l’intrigue et répond aux improvisations de l’autre.

Au final, cela donne un récit auquel plusieurs relectures communes vont enlever bien des pages, bien des éléments inutiles à sa fluidité, bien des pistes inexploitées qui auraient ralenti son rythme, des évènements qu’il faut ordonner et remettre en cohérence, valider le jeu des signatures et des introductions des mails.

A ceux qui posent la question d’une suite possible, les auteurs n’en voient pas, c’est plutôt au lecteur de se créer sa propre suite, de développer son propre imaginaire. Et après tout, l’écriture s’est faite dans une sorte de fièvre rédactionnelle « amoureuse », créant un échange basé sur une vie fantasmatique, alors ,quel auteur prendrait le risque d’aller plus loin quand dans sa vie familiale tout va bien. C’est un moment d’échange très agréable avec des auteurs sympathique qui ont l’air d’avoir pris un réel plaisir à l’écriture et qui le transmettent aux lecteurs, ou aux lectrices ? Car nous sommes une majorité de femmes dans cette assistance.

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

La vie nous rattrape souvent au moment ou l’on s’y attend le moins.
Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait bien être son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre. Jusqu’au moment ou le paquet révèlera son contenu, et ses secrets…
Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Milles Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse. Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !

Nombre de pages : 288 p / EAN : 9782265098800

Meurtre au Ritz. Michèle Barrière

Meurtre au Ritz

Dans ses romans, Michèle Barrière conte les aventures culinaires de la famille Savoisy sur plusieurs générations. Dans ce nouvel épisode nous découvrons Quentin, journaliste dans la revue « Le Pot-au-feu » et filleul du célèbre cuisinier Auguste Escoffier. L’intrigue débute en 1898, au moment de l’ouverture du Ritz, ce palace parisien dont nous avions oublié que le nom venait de Monsieur César Ritz, son propriétaire. Sur fond d’affaire Dreyfus qui déchire la France et alors que le procès d’Emile Zola passe en cassation, puisqu’il est poursuivi en particulier pour avoir osé son célèbre « j’accuse », les anarchistes en veulent aux bourgeois bienpensants et leurs bombes artisanales ont déjà fait quelques dégâts dans la capitale, l’esprit nationaliste émerge et la ligue antisémitique fait tristement des émules dans le pays.

Les féministes ont osé monter un journal uniquement tenu par des femmes, « La Fronde » et Diane, la belle amie de Quentin, rêve d’y affuter sa plume. Pour le moment elle se cantonne à la rubrique mondaine, mais elle n’est pas en reste pour rencontrer tout ce qui bouge et se rebelle dans cette société des années 1890.

Un cadavre est retrouvé dans la chambre froide du Ritz. César Ritz refuse que l’affaire s’ébruite, l’inauguration de son palace doit être parfaite et sans tâche. L’enquête va donc être confiée à Quentin, qui n’a pourtant rien d’un fin limier. Les péripéties vont s’enchaîner pour arriver à comprendre qui sont les coupables et qu’elles sont leurs revendications.

Une fois de plus, comme dans les autres romans de Michèle Barrière que j’ai déjà lus, tout l’intérêt repose sur la description réaliste des habitudes culinaires d’une époque. La description de l’ambiance et du fonctionnement souvent méconnu des Palaces, l’évocation de la situation politique contemporaine à l’intrigue, au travers de l’affaire Dreyfus qui a tant divisé le pays ou même l’émergence des revendications féministes, enfin les descriptions des métiers autour de la halle et des bouchers de la Villette, le tout emmaillé de quelques délectables recettes, donnent au roman toute sa saveur.

Ce n’est pas un grand polar, même si l’intrigue est un peu plus présente que dans les premiers romans, il y a quelques longueurs. Mais il a le mérite de resituer les évènements dans leur époque et c’est l’assurance de passer un bon moment d’évasion loin de son quotidien. Juste ce que l’on recherche en tournant ces pages, puisqu’on y revient avec plaisir.


Catalogue éditeur

Alors que l’affaire Dreyfus bat son plein, César Ritz est sur le point d’ouvrir les portes de son nouveau palace parisien, dont les cuisines ont été confiées au grand chef Auguste Escoffier. Quel n’est donc pas le choc ressenti lorsque, à quelques jours de l’inauguration, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé pendu dans une chambre froide du Ritz. Pour ne pas ébruiter l’affaire, l’enquête est confiée au filleul d’Auguste Escoffier, Quentin Savoisy, jeune journaliste gastronomique au Pot-au-Feu. Épaulé par sa fiancée aristocrate et féministe de la première heure, Quentin est loin d’imaginer qui se cache derrière ce terrible meurtre.

ISBN : 2253173673
Éditeur : Le Livre de Poche (2013)

Le jardin des puissants. Bruno Jacquin

Un enquête plus qu’un simple roman, « Le jardin des puissants » de Bruno Jacquin a tout pour séduire ses lecteurs.

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Je viens de terminer le jardin des puissants et je pense que la force de ce roman tient beaucoup au réalisme de son écriture. L’auteur est journaliste de presse écrite et cela se sent. Il a pris la peine de situer son intrigue en 2017, mais à part cela tout semble tellement réaliste que le lecteur, moi en tout cas, se croit vraiment plongé dans l’enquête que réalisent deux journalistes au jour le jour.

Pierre Moince, grand reporter à Liberté Soir et son ami Julian Strummer reporter au Bristol Morning News, sont attendus à New York pour y recevoir le premier prix Pulitzer remis à des journalistes étrangers, lors du centenaire de la création du prix, en 2017. Le prix va récompenser le reportage paru simultanément dans les deux journaux et les deux pays, en juin 2016, reportage de deux journalistes intègres et professionnels qui a secoué la planète en dévoilant une affaire particulièrement sordide et ignoble.  Est-ce pour cette idée du centenaire du prix que Bruno Jacquin a choisi cette date ? peut-être, et j’aime l’idée de nous rappeler que ce prix a presque cent ans alors qu’il est toujours aussi actuel et indispensable. La liberté de la presse, le travail d’enquête pour établir la vérité sont des éléments primordiaux du métier de journaliste et ils ne doivent jamais cesser.
IMG_1999Bruno Jacquin n’attend pas pour informer le lecteur, tout l’art de son récit portant sur le déroulé de l’enquête. Récit que va revivre Julian resté chez lui alors que Pierre l’attend déjà à New York.
Julian est un homme amoureux mais parfois déçu par Ashlee, sa collègue mariée et néanmoins maitresse, Ashlee qu’il aime depuis des années et qui vient de le quitter. Pour faire le point, il part enquêter plusieurs semaines dans les villes les plus hautes du monde. Jusque-là rien de bien extraordinaire. Mais alors qu’il passe quelques jours en équateur, un soir dans un bar local, il surprend des mots anglais dit par un autochtone qui ressemble plus à un étranger qu’à un natif. En creusant un peu avec Juan, cet homme dont il sait rapidement se rapprocher, Julian comprend qu’il s’agit d’une affaire complexe touchant des intérêts au plus haut niveau dans plusieurs pays.

Quelques années plus tôt, des militaires français et anglais ont effectué une mission à Diffa, au Tchad, un village Peul a été froidement rasé de la carte, et les forces spéciales ont fait un sale boulot, Juan était présent. Julian mène l’enquête. Elle nous est présentée avec réalisme, suspense et émotion, la recherche des faits, des motivations puis des coupables se fait jour peu à peu. Le mystère s’éclaircit et la vérité apparait dans toute son horreur. Intérêt militaire ou profits industriels, celui des puissants qui n’hésitent pas à faire de l’Afrique autrefois colonisée leur jardin d’essai, le « jardin des puissants ».

Le roman alterne l’enquête sur des faits particulièrement indélicats et sordides, rôle des différents armées, implications des complexes industriels puissants, rôle des investisseurs et de la finance au plus haut niveau, y compris paradis fiscaux, et l’histoire d’amour complexe et tourmentée entre ces deux êtres qui s’aiment, mais qui vivent une relation qui passe du plus bleu et beau au plus sombre et triste, au rythme des indécisions d‘Ashlee et des élans amoureux de Julian. Comme un contraste entre le sucré de l‘amour et l’amertume de la mort.

C’est un roman que l’on n’a vraiment pas envie de lâcher. On s’y croit presque, le style est vif, rapide, réaliste, qui nous dit que la vie est sordide mais belle. La fin arrive comme une claque, inattendue et brutale, comme un éveil du lecteur à la triste réalité de la vie.


Catalogue éditeur : Éditions Les 2 Encres

Julian Strummer, l’Anglais, et Pierre Moince, le Français, sont reporters. L’enquête qu’ils ont menée pendant des mois leur vaut, en ce début avril 2017, l’attribution du premier Prix Pulitzer jamais décerné à des journalistes non-américains.
Mais que s’est-il passé exactement au Niger, dans le désert  du Sahel, près de cinq ans plus tôt ?  Pourquoi tant de morts ? Au nom de qui ? De quoi ?
S’agit-il uniquement d’une banale et tragique bavure des Forces Spéciales des armées britannique et française à la recherche d’un groupe terroriste ?
Fuyant jusqu’en Amérique du Sud un amour chaotique,  Julian rencontre par hasard le seul survivant du carnage qui va lui permettre, avec l’aide de son confrère et ami, de mettre au jour un scandale resté trop longtemps caché, impliquant des personnalités du monde industriel, militaire et politique.
Jusqu’où celles-ci iront-elles pour protéger leur secret ?
En tout cas, Julian Strummer est en retard à la remise de son prix à New York…
Un thriller noir au cœur des dérives de l’ultra-capitalisme.
Et si tout n’était pas que fiction…

264 pages ISBN : 2351686179 / 2013

Le Fils, Philipp Meyer

Avec « le fils » Philipp Meyer écrit de sa plume énergique et vivante une grande saga romanesque.

Cette fresque retrace sur cinq générations et plus de cent cinquante ans la vie de la famille Mc Cullough et à travers sa « petite histoire » une partie de la « grande histoire », celle du Texas, de l’Amérique des états du sud et de ses changements. Histoire violente, surprenante, émouvante, brutale, proche de la nature sauvage d’un vaste territoire à conquérir, où Mexicains, pionniers et indiens s’entretuent sur ces terres que chacun considère comme sa propriété, mais Histoire qui emporte le lecteur.

Le fils, c’est Eli, arrivé dans les plaines du Texas avec ses parents vers 1840, il assiste au massacre de sa mère et de sa sœur par les indiens. Bien qu’il ait tué un des leurs ce jour-là, Eli se fait enlever par les Comanches et passera trois années avec ceux qui deviendront ses frères.

Au fil de son histoire, le lecteur découvre l’Histoire des tribus Comanches. Ils enlevaient des enfants et des femmes pour en faire des esclaves, les enfants pour aider les femmes lorsque les hommes partaient au combat, les femmes pour éviter la consanguinité en apportant du sang neuf. Leur vie est décrite avec les violences, les coutumes qui nous paraissent barbares, combats entre tribus ou massacres de colons, torture, scalps, rien n’est épargné, chasse au bison, liberté relative des mœurs et des femmes, mais également parfois avec beaucoup d’humour, en particulier lors de l’évocation des noms des indiens et leur signification.  Très vite tout cela devient la vie d’Eli. Lui qui aura su passer d’homme dit civilisé à indien Comanche, tuant les colons sans scrupule, mais retournant ensuite au monde d’où il vient, et capable alors de tuer ses anciens frères indiens. Philipp Meyer nous fait découvrir la vie de ces indiens qui s’éteignent dans des combats entre tribus pour garder leurs territoires ou pour la conquête de troupeaux de bisons qui leur permettront de passer l’hiver, qui se battent contre l’envahisseur blanc, mais qui sont durement frappés par les maladies apportées sur le continent par ces mêmes blancs.

Le fils, c’est ensuite Peter, le fils d’Eli que nous découvrons à partir de 1915. Il représente la deuxième génération de pionniers dans cette Amérique qui se construit sur les ruines des possessions mexicaines. Son histoire à lui se déroule au moment des guerres de sécession et de la guerre contre le Mexique, pourtant premier occupant du Texas. Intéressant de replacer également cette période au moment de la première guerre mondiale en Europe. Philipp Meyer nous présente ces populations qui s’approprient les terres des occupants précédents et qui n’hésitent pas à massacrer pour les obtenir : les colons espagnols et les indiens, les pionniers et les Mexicains, les Indiens et les colons, c’est un combat sans fin. Intéressant de voir que l’auteur ne prend pas parti, mais il présente une vision du passé qui interroge.

Le fils enfin, cela aurait pu être Jeanne-Anne, le troisième personnage auquel fait référence cette fresque.  S’il y a peu de personnages féminins, en voilà enfin un, mais il est difficile de trouver sa place dans ce monde de pionniers. Pour arriver à se faire respecter dans cette dynastie de conquérants, Jeanne-Anne va devoir se comporter comme un homme. Fille de Peter, elle représente la nouvelle génération de la fin du XXème, celle des riches propriétaires de la nouvelle ruée vers l’or, celle de l’or noir et de ses derrick qui remplacent peu à peu les troupeaux sur les terres du Texas.

Le roman alterne les évocations de ces trois personnages tellement différents qu’il est parfois difficile de les suivre. Mais rapidement les récits s’enchainent et l’intrigue se déroule. C’est la saga d’une famille mais c’est surtout la saga d’une époque, de la conquête d’un nouveau monde bâti sur des épopées mais aussi sur des massacres, l’Histoire magnifique d’un pays qui s’est construit dans les grands espaces et la violence.


Catalogue éditeur : Albin-Michel

Vaste fresque de l’Amérique de 1850 à nos jours, Le Fils de Philipp Meyer, finaliste du prestigieux prix Pulitzer 2014, est porté par trois personnages, trois générations d’une famille texane, les McCullough, dont les voix successives tissent la trame de ce roman exceptionnel.
Eli, enlevé par les Comanches à l’âge de onze ans, va passer parmi eux trois années qui marqueront sa vie. Revenu parmi les Blancs, il prend part à la conquête de l’Ouest avant de s’engager dans la guerre de Sécession et de bâtir un empire, devenant, sous le nom de « Colonel », un personnage de légende.
À la fois écrasé par son père et révolté par l’ambition dévastatrice de ce tyran autoritaire et cynique, son fils Peter profitera de la révolution mexicaine pour faire un choix qui bouleversera son destin et celui des siens.
Ambitieuse et sans scrupules, Jeanne-Anne, petite-fille de Peter, se retrouvera à la tête d’une des plus grosses fortunes du pays, prête à parachever l’œuvre de son arrière-grand-père.
Il est difficile de résumer un tel livre. Porté par un souffle hors du commun, Le Fils est à la fois une réflexion sur la condition humaine et le sens de l’Histoire, et une exploration fascinante de la part d’ombre du rêve américain.

« Meyer est un impressionnant et remarquable conteur, de ceux qui vous font tourner les pages sans même que vous vous en rendiez compte. » Richard Ford

23 août 2014 / Format : 220 mm x 150 mm /Prix : 23,49€ /688 pages / EAN13 : 9782226259769

Traducteur : Sarah Gurcel