Rencontre avec Alain Gillot aux éditions Flammarion

Depuis toujours, pour Alain Gillot, écrire est une passion, un outil pour vivre, voyager, rencontrer des gens. Il est scénariste, en particulier de documentaires. Pour ses lecteurs, l’écriture de son roman « la surface de réparation » est davantage celle d’un professionnel que d’un premier roman.

photo 3bisL’idée du roman lui est venue d’une relation avec un enfant atteint de la maladie d’Asperger. Un enfant finalement assez identique à la description de Leonard, qui dégage quelque chose de très fort, même quand il ne parle pas, qui a une vraie présence. L’auteur a eu envie de mieux connaître et comprendre cette maladie. Il s’est renseigné, a lu des témoignages poignants et enthousiasmants, mais aussi parfois très noirs. Et de là lui est venu cette envie d’écrire sur ces personnes qui l’ont impressionné. Aux lecteurs qui se demandent pourquoi il n’a pas eu envie d’en faire un documentaire, Alain Gillot explique qu’il avait envie de s’essayer au roman, à l’écriture.

Pourquoi parler du foot ? En fait l’idée  d’un sport collectif s’est imposée rapidement.  Alain Gillot aime le jeu, le sport, en observateur, pas forcément la compétition comme elle se pratique aujourd’hui. Et puis dans le foot, il y a un joueur qui peut rester statique, contrairement à un Tony Parker par exemple, qui est toujours en mouvement même quand il n’est pas dans l’action de jeu. Au foot, le rôle du goal est important, car c’est le seul qui ne bouge pas et un goal qui anticipe bien se déplace peu.

Le personnage de Léonard est basé sur différents témoignages, le choc de la rencontre, le besoin de repère physique par exemple. En particulier sur les témoignages de Temple Grandin (que je ne connaissais pas, merci Google, diagnostiquée autiste enfant, professeur à l’université du Colorado). Bien sûr au cinéma, les lecteurs se souviennent tous de Rain man, par contre l’auteur n’a pas souhaité revoir le film avant d’écrire son livre.
Alain Gillot aborde le problème important et délicat du diagnostic. L’annonce de la maladie est une réalité qu’il est parfois difficile d’accepter et certains parents n’en sont pas capables. L’auteur n’a pas voulu écrire un roman social, mais sur une situation réellement difficile, celle du déni des parents, la peur, parfois même la honte d’avoir un enfant différent. Pourtant cet enfant ne peut se construire que s’il est accepté et aimé tel qu’il est.

A ceux qui sont légèrement déçus par la deuxième partie du roman, un peu trop « conte de fée idyllique » à mon goût, l’auteur explique son envie de traiter du regroupement d’une famille. Léonard n’est pas un enfant seul qui devrait être adopté par un oncle. Il a une mère qui, même si elle est aveugle à sa maladie, est consciente de sa différence et fait ce qu’elle peut. Il a une grand-mère qu’il aime et qui s’en va. Et cet enfant différent va déclencher le regroupement de la famille dispersée.
Au départ de l’écriture il y a une base, des caractères, un plan, mais le plan n’est fait que pour s’en débarrasser et finalement les personnages évoluent. Le personnage de Madeleine, parfois un peu excessif il me semble, présente la situation d’échec de ces enfants qui n’ont pas pu assumer ce qu’ils avaient réellement envie de faire, ou de ne pas faire, qui sont guidés dans leur choix de vie par ce que leurs parents ont décidé pour eux. D’où la difficulté accrue d’être différent et de l’assumer. Dans son roman, Alain Gillot n’avait pas envie de s’appesantir sur du noir, mais il n’a pas non plus voulu nier les réalités, même les plus sombres.

Le roman est écrit à la première personne, l’auteur et le narrateur ont-ils des points communs ? Pas forcément, par exemple l’auteur n’a jamais vécu seul, mais son regard sur beaucoup de choses peut parfois être semblable à celui de Vincent. Le narrateur n’est pas un intellectuel, mais il voit ce qu’il se passe autour de lui et, s’il n’a pas trop d’illusions envers ses semblables, il est cependant assez pragmatique. Après tout,  comme beaucoup d’écrivains qui puisent dans leur vécu les traits de leurs personnages. Quelques traits de caractère peuvent être similaires, mais ce sont avant tout des personnages de roman.
Pourquoi venir à l’écriture aussi tard ? Peut-être parce que l’écriture est une petite mort. L’auteur évoque son appétit de vivre, après une jeunesse qui ne l’a pas forcément toujours satisfait. Impossible pour lui d’imaginer s’isoler dans une bulle, à une table avec son crayon ou son ordinateur, pour écrire. Il exprime le besoin d’être au milieu de sa famille, dans le monde, à l’intérieur de cette sphère de confort. Avec également aujourd’hui l’envie de balancer la vie dans l’écriture. L’écrivain est proche de l’artisan, autonome, créatif, il assume seul son travail, sa réalisation. C’est une découverte, la noblesse du fonctionnement de l’écriture, par rapport à d’autres univers professionnels. Un univers élémentaire très précieux, être assis à sa table, avec son crayon et ses envies. Même si c’est également un travail d’équipe, avec éditeurs, correcteurs, etc.

photo 2bisPour finir ce très intéressant entretien, l’auteur mentionne l’adaptation prochaine au cinéma, l’écriture d’un deuxième roman et l’ébauche de plan d’un troisième. Après une séance de dédicaces et quelques mots échangés, j’ai un regard plus indulgent sur « la surface de réparation ». Tiens, je n’ai pas demandé s’il y avait un double sens dans ce titre, la surface de réparation d’une famille désunie serait-elle logée dans le cœur d’un enfant différent mais terriblement attachant ?

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