Ultra Violette. Raphaëlle Riol

ULTRAVIOLETTEBISQuel étrange livre qui tient à la fois du roman, de la biographie et du récit, dans lequel tout s’emmêle, le vrai et le faux, la vie et le rêve. Raphaëlle Riol a une façon bien particulière de nous raconter l’histoire connue de tous, mais finalement si peu dans ses détails, de Violette Nozière, parricide de 17 ans condamnée à mort en 1933.

L’auteure, ou la narratrice évoque le quotidien de Violette au 9 rue de Madagascar. C’est une fille unique choyée, mais si mal, par des parents un peu trop ordinaires pour cette adolescente qui rêve d’autre chose. Un père cheminot, une mère au foyer, une vie dans un appartement trop petit, elle souffre de cette promiscuité malsaine, surtout le soir quand elle doit s’endormir dans la pièce principale, après le dîner et l’invariable partie de belote, quand les parents s’aiment bruyamment dans leur lit, dans cette chambre contiguë à la porte jamais close.

Fuguant et fuyant le lycée et ses élèves un peu trop dociles, Violette rêve de bijoux, de fourrures, de belles toilettes. Elle fume, traine dans les bars, puis dans la chambre 7 du petit hôtel de la rue Victor cousin, dans cette chambre où enfin elle trouve le calme et la solitude, quand les amants de passage sont repartis, après avoir payé un bien léger écot. Difficile de vivre ainsi, il faut partir en douce le soir, tricher dans la journée, voler les billets de banque cachés un peu partout dans l’appartement pour se payer cette légèreté, cette part de rêve auquel elle aspire tant. Plus le temps passe, plus Violette étouffe dans cet appartement du 9 rue de Madagascar. L’issue fatale pour les parents devient une évidence. La voilà parricide, accusée, condamnée, puis muse improbable des surréalistes, prisonnière modèle, puis vient la libération et la vie autrement.

Raphaëlle Riol invite Violette dans son récit, la narratrice vit avec elle, s’entretient avec elle, pense pour elle. Viennent s’ajouter quelques scènes supposées vécues au moment de la sortie de prison de Violette, toutes en suppositions aussi hasardeuses les unes que les autres. Etrange roman où le réel et l’imaginaire interférent pour un dialogue entre l’auteure et son personnage, pour une relation étrange dans laquelle se perdra la narratrice. J’ai particulièrement aimé ce décalage de l’écriture, ce tutoiement de la narratrice envers Violette, qui est là, présente puis absente, jusqu’à la rédemption ou la perte. Une écriture ciselée, réaliste et effrontée pour un livre bien singulier.

Sélection du prix Orange du livre 2015


Catalogue éditeur

Violette Nozière, jeune parricide des années 1930, enflamma des années durant la rubrique des faits divers et l’imaginaire des écrivains. C’est une de ces garçonnes aux cheveux courts passant ses jours et ses nuits à Saint-Germain-des-Prés, dans la fréquentation d’amis douteux. Lorsqu’elle est arrêtée, en août 1933, pour l’empoisonnement de son père, elle a tout juste 17 ans et déchaîne les passions. On la hait, on la célèbre. Beauté convulsive des Surréalistes, sorcière, mythomane, monstre en jupon…
Dans ce roman inventif et impertinent, Raphaëlle Riol revisite le mythe en convoquant le personnage à sa table d’écrivain. Ultra Violette fait s’entrechoquer face A, l’histoire vraie et face B, les hypothèses imaginaires. Portrait trouble d’une jeune fille et de son époque.
Née en 1980, Raphaëlle Riol est l’auteur de deux précédents romans publiés dans la brune : Comme elle vient (2011) et Amazones (2013)

Broché: 192 pages / Editeur : Editions du Rouergue (7 janvier 2015)

Collection : La brune / ISBN-10: 2812607483 / ISBN-13: 978-2812607486

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