Rencontre avec Henri Loevenbruck pour « Nos rêvions juste de liberté » chez Flammarion

Henri Loevenbruck a écrit 16 romans, dans un genre totalement différent de son dernier « nous rêvions juste de liberté ». Pour un auteur, c’est souvent une angoisse de changer de genre d’écriture, surtout en France, car pour les journalistes, mais également dans une bibliothèque ou une librairie, les livres sont classés par genre, sur certaines étagères et pas sur d’autres, aujourd’hui il faut placer le nouveau Loevenbruck ailleurs  que dans la catégorie thrillers polars.

Comme c’est un motard averti, on peut penser qu’il a mis un peu de lui dans ses personnages. Il lui aurait donc fallu 43 ans pour travailler son sujet (son âge !) et ce roman ne pouvait arriver ni trop vite, ni trop tôt dans sa vie. Il a souhaité écrire un roman qui ne soit pas nombriliste, dans lequel chacun peut se retrouver, un roman universel car quelque part, sa vie est aussi un peu la nôtre. C’est un roman qui a une trame très dure mais qui reste très optimiste, comme la vie en somme. Le lecteur compatit forcément un peu aux aventures de ces jeunes qui se construisent seuls. Comme le disait Simone de Beauvoir  « les gens heureux n’ont pas d’histoire », mais même les gens heureux ont parfois vécu des choses terribles dans leur vie. Et c’est en cela que chacun peut se retrouver.

Le roman parle des MC, nés aux USA dans les années 30/40 puis dans les années 60. Il y en a beaucoup en France, qu’ils soient importés des USA ou natifs. Cependant, il ne peut être situé ni dans le temps ni dans l’espace, car même si les noms des villes existent, leurs situations ne sont pas réalistes. Chacun l’imagine en Amérique, une Amérique rurale, sans relation à l’actualité ni à aucune temporalité. C’est aussi ce qui en fait un roman suffisamment universel pour ne pas être autobiographique.

Henri Loevenbruck a l’habitude de faire de nombreuses recherches et de se documenter sur des sujets très précis. Pour « Gallica » par exemple, sur le compagnonnage parfois inspiré des sociétés initiatiques, les grades, les valeurs, rouler et se former tout en voyageant, qui sont des valeurs présentes également dans son dernier roman. Dans « l’apothicaire » il aborde l’incommunicabilité de l’espèce, la nécessité de connaitre les autres. C’est un vrai bonheur pour l’auteur que ce roman ait été traduit en 15 langues, l’écriture devient alors un pont vers les autres, vers ceux qu’on ne rencontre jamais mais qu’on a touché.

A propos de liberté, certains ont pu dire « la liberté c’est la nécessité comprise », comme peut être pour Freddy ? Mais pour l’auteur c’est tout sauf ça. L’amitié a une saveur exceptionnelle, au-dessus du lot de valeurs humaines, il a foi en l’amitié. D’ailleurs, même si la trame du roman est dure, il ne véhicule pas quelque chose de triste. La quête d’un père, la quête de l’autre, sont également en filigrane de tous ses romans.  D’ailleurs, la quête de l’autre est peut-être simplement la quête de soi, une recherche d’altérité sans doute. Comme le dit Bohem, en parlant de Freddy, « c’est le seul type, quand je suis avec, j’ai l’impression d’être seul », il a trouvé en Freddy son parfait alter égo. De même pour ces motards, sauvages et impressionnants, qui roulent seuls, mais toujours en groupe, en clan, dont le besoin de liberté est compensé par ce besoin d’amitié solide.

Et quand le livre est terminé ? Pour l’auteur, avant l’écriture, le livre est en gestation, déjà là quelque part, imaginé, il faut alors restituer ce qui est dans l’inconscient. Parfois à ses yeux, le roman terminé est un peu en dessous de ce qu’il a rêvé. Il ne les relit jamais, mais en fait chaque chapitre est énormément lu et relu pendant la phase d’écriture. Le travail le plus fastidieux est presque celui de l’écriture, « avant c’est top, après c’est super, pendant c’est plus complexe ». Lorsqu’il écrit l’auteur a un moyen infaillible de se motiver, tel Shéhérazade, il ne termine jamais la dernière phrase, ainsi chaque matin l’envie de la terminer est présente et motivante.  « Nous rêvions juste de liberté » a nécessité huit mois d’écriture, c’est le plus court de tous ses romans, mais pas forcément le plus facile. Henri loevenbruck est un inconditionnel de Romain Gary (et d’Emile Ajar forcément) auteur épris de liberté mais jamais engagé, on retrouve un peu de Momo dans le personnage de Bohem, dans sa façon de parler. Peut-être également une influence d’œuvres américaines, de Salinger à Stephen King, dont il nous conseille de lire la nouvelle « le dernier barreau de l’échelle ».

HL042015
© DCL-DS2015

Quand nous quittons les éditions Flammarion après cette belle rencontre, l’auteur, motard depuis longtemps, enfourche sa Harley-Davidson, synonyme de liberté, en particulier pour la part de rêve que ce nom véhicule. En mai Henri Loevenbruck sillonnera les routes de France à moto à la rencontre de ses lecteurs.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s