Rencontre avec Michel Bussi chez Babelio, autour de ses deux derniers romans «Maman a tort» et «N’oublier jamais»

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© DCL-DS2015

Comment construit-on un roman quand on s’appelle Michel Bussi ? Pour le construire Michel Bussi a d’abord besoin d’une idée, puis de savoir où la situer. Sauf pour « Ne lâche pas ma main » qui se passe à la Réunion, là-bas les idées se mettaient à leur place à mesure de la découverte des lieux, le volcan, la chambre d’hôtel, etc… Quand on lui demande pourquoi l’ile de la Réunion, il nous répond : pourquoi pas la Corse. Tiens  est-ce un indice pour le prochain roman ?

Pour « N’oublier jamais » au départ il imaginait une intrigue sur un bateau qui ferait des escales. Mais l’idée s’est avérée  trop compliquée à mettre en cohérence et comme il souhaitait aussi une falaise, un lieu s’est rapidement imposé (l’intrigue se passe en partie à Yport). Pour « Maman a tort », il souhaitait un aéroport, une grande ville, mais également une cachette, un braquage dans une grande bijouterie comme celles de la place Vendôme, d’où un instant l’idée de situer son roman en région parisienne, mais c’était trop flou, les lieux se sont alors imposés d’eux même (le Havre et sa région).

bussi 1Il aime que ses romans débutent de façon spectaculaire et intrigante et qu’il y ait également une fin à la hauteur de ce début. Sans doute en réaction à certains polars qu’il n’a pas aimé, dans lesquels à la fin de l’intrigue on découvre que le héros se réveille et que l’histoire est rêvée ou inventée, c’est très frustrant.  Michel Bussi aime quand le début et la fin se rejoignent, quand il y a un vrai lien entre les deux, pour cela il a besoin de connaître quelle sera la fin de son livre au moment où il en commence la rédaction. Alors avant d’écrire, il rédige toute une trame, chapitre après chapitre, pour que ce soit fluide, que l’intrigue trouve un rythme, même si ça peut encore évoluer. Puis l’histoire s’éclaircit, les chapitres trop longs sont coupés, l’écriture est alors un véritable travail de montage, comme au cinéma. Il a besoin de dessiner un canevas  général pour ensuite pouvoir s’autoriser quelques chemins de traverse. Il n’y a plus vraiment de surprises pendant l’écriture, lorsqu’il invente l’intrigue les personnages ont une grande autonomie, mais après l’auteur est le marionnettiste qui tient les fils et il reste peu de marge de manœuvre.

S’il avoue s’inspirer parfois de personnes de son entourage, il ne décrit jamais vraiment quelqu’un qu’il connaît ou qui pourrait se reconnaitre. Par exemple il ne connait pas de champion hbussi 2andisport. Par contre dans « N’oublier jamais », le besoin du handicap est lié à l’histoire, car sinon la première scène ne serait pas réaliste. Il avait besoin d’un bouc émissaire qui ne soit pas une victime désignée. Là c’est plutôt quelqu’un dont le handicap est vu comme un atout. Son protagoniste, Jamal, travaille, a de l’humour, on s’y attache et en même temps on s’en méfie. Ses faiblesses sont balancées par ses forces. Et même si l’écriture du roman s’est faite au moment de l’affaire Pistorius, il n’y a aucun lien entre ces deux « affaires » qui se sont déroulées en parallèle. On constate les mêmes différences de sentiments à l’égard d’un héros qu’on aime ou qu’on n’aime plus dans la réalité comme dans le roman.

Dans ses romans, l’auteur utilise souvent des gens ordinaires qui ont une fin tragique et on ne retrouve pas de héros récurrent. S’il devait y avoir des personnages récurrents, ce serait des policiers ou des journalistes par exemple, et ça ne l’intéresse pas, il ne ressent pas l’envie de les utiliser de nouveau. Il aime avant tout se projeter dans une nouvelle histoire avec des idées nouvelles.

Dans « Maman a tort » l’auteur parle beaucoup de la mémoire d’un enfant de trois ans et demi. Les lecteurs lui demandent s’il a fait de nombreuses recherches avec d’écrire. Apparemment pas tant que ça.  Mais il est vrai que Michel Bussi évolue dans le milieu éducatif et peu échanger avec les professionnels psy, éducateurs ou instituteurs,  pour tester la crédibilité de ses idées. Par exemple sur l’importance du doudou, sur la figure maternelle ou paternelle stable autour de l’enfant, l’âge crédible ou pas pour les situations qu’il souhaitait lui faire vivre, en un mot, pour savoir si le personnage de Malone serait réaliste ou pas. De même la figure féminine est assez positive, alors que le masculin est négatif, contrairement aux romans précédents. Pour les besoins de l’histoire il fallait mettre en avant la mère (sous toutes ses formes, je ne vous en dit pas plus !). La maternité est donc structurée autour de trois femmes. Se pose la question de savoir s’il faut tout dire aux enfants, et à quel âge. Faut-il leur parler de ces mères qui vont loin par amour, de ces femmes capables de se sacrifier, parfois beaucoup plus qu’un homme, car l’enfant passe avant elles. Mais le poids du sacrifice des parents s’avère souvent plus un fardeau qu’un cadeau pour leur vie future.

Il y a de nombreuses références aux contes dans « Maman a tort ». L’auteur aime qu’on y trouve une touche de merveilleux, de fantastique.  Et cela plait à ses lecteurs car ce n’est ni noir ni réaliste,  très différent des polars classiques en somme. Et comme il nous le rappelle, lors de la parution du petit prince, il était écrit à peu près ceci : 99% pensent que ce n’est pas un livre pour enfants, 99% pensent que ce n’est pas un livre pour adulte, 100% pensent qu’il est pour eux. L’important est de penser que le livre est bien pour soi, non ?

Ce qu’il ressort de cette rencontre, c’est que Michel Bussi aime l’esprit du jeu lié à l’écriture, le côté ludique, le faire semblant par une action dont on sait qu’elle n’est pas « pour de vrai ». Ecrire est une activité sérieuse qui permet de nouer des  relations sociales, de jouer des rôles, d’apprendre et de progresser. C’est ludique, mais un auteur peut faire passer des choses plus profondes, plus sérieuses, comme dans Nymphéas noir (que je n’ai pas encore lu) un roman qu’il qualifie de léger mais ayant une forme de profondeur. Il aime aussi ce qui est tiré par les cheveux, mais qui au final, une fois que toutes les scènes se sont déroulées, va apparaitre comme beaucoup plus vraisemblable.

Quand on lui demande s’il aimerait réaliser des scénarios pour la télévision ou le cinéma à partir de ses romans, Michel Bussi nous indique que des projets sont en cours. Mais il est toujours délicat pour un auteur de voir ses œuvres pillées, transformées, modifiées pour rentrer dans le moule « télé » ou ciné, il préfère laisser faire des professionnels car il faut avoir du recul sur le roman, ce que ne peut pas faire son auteur.

Tient-il compte des critiques ? Oui, d’ailleurs, quand il écrit il décèle quelques forces et faiblesses dans ses romans et il les y retrouve souvent. Par exemple, « N’oublier jamais »  est un roman à twist, à rebondissement, aux personnages doubles, au détriment de la psychologie, et cela se retrouve dans les chroniques des lecteurs. Il aime aussi les citations qui sont nombreuses dans Babelio. Souvent un auteur a quelques phrases « chouchou » qu’il aime particulièrement dans un roman, et ce sont celles qu’il retrouve en général sur le site.

Comme il avoue mettre un an et demi en moyenne pour écrire un roman, il n’y a plus qu’attendre le prochain ! Normandie, Corse ? Qui sait.

Merci à Babelio, Presses de la Cité et Pocket pour avoir permis cette rencontre.

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