Constellation. Adrien Bosc.

Découvrir sous la plume d’Adrien Bosc les dernières heures des passagers du Constellation

Domi_C_Lire_constellation_adrien_bosc_stock.jpgConstellation, le super avion d’Air France décolle d’Orly le 27 octobre 1949 avec trente-sept passagers et onze membres d’équipage, il s’écrase au large des Açores la même nuit. En cette année du centenaire de Piaf, chacun se souviendra qu’à son bord il y avait celui qui devait la rejoindre à New York pendant sa tournée américaine, son grand amour de l’époque, le boxeur Marcel Cerdan.

Cet oiseau chromé est aussi appelé l’avion des stars et ce voyage ne fait pas exception puisqu’à son bord on trouve essentiellement des passagers très connus comme Marcel Cerdan ou la violoniste Ginette Neveu et d’autres beaucoup moins célèbres mais qui appartiennent à cette élite de nantis qui peut se permettre financièrement ce voyage. Il y a aussi quelques passagers d’opportunité tels ces bergers Basques ou cette ouvrière bobineuse de Mulhouse, ces anonymes qui sont du voyage car la traversée leur a été offerte, à eux qui s’envolent pour démarrer une nouvelle vie sur le nouveau continent.

Tout au long de ce roman qui tient d’avantage du récit et de l’enquête journalistique, nous allons découvrir les trajectoires des différents passagers, comment ils se retrouvent sur ce vol, mais aussi découvrir les autres, ceux qui gravitent autour d’eux, ou même ceux qui auraient dû y être et que le hasard a empêché de s’embarquer. Les chapitres alternent rapidement entre la vie de chacun des passagers, donnant ainsi une réalité et une seconde existence à ces hommes et ces femmes oubliés de l’histoire, et la réalité du vol, puis de la catastrophe, de l’enquête qui s’est déroulée à l’époque, des réactions de par le monde, donnant du rythme au roman. J’ai été un peu déstabilisée par la fin, les lignes sur Blaise Cendras me semblent tombées de je ne sais où.

HUDSON
Sur les bords de l’Hudson, dans le comté de Westchester © DCL-DS2015

Ah oui, j’avoue aussi un élan d’affection particulier pour la famille Hennessy qui vivait dans le comté de Westchester dans l’état de New York, puisque je viens d’y passer quelques jours, j’imagine parfaitement Simone Hennessy à Dobbs ferry et les bords de l’Hudson River.

WESTCHESTER

J’avais lu beaucoup de commentaires sur ce livre présent en 2014 dans de nombreuses sélections de prix littéraires et au final j’ai bien aimé, même si je l’imaginais et l’aurais souhaité un peu plus romancé. Pourtant il me semble que sous sa plume implacable et fluide, Adrien Bosc a trouvé un juste équilibre entre ce qui peut être imaginé, le résultat de ses enquêtes, de son travail de recherche, et les hasards, les rencontres, les dates qui se retrouvent et se rejoignent, coïncidences certainement dues à la volonté de l’observateur qui analyse le passé, mais qu’il est toujours intéressant de rapprocher. Et l’auteur pose quelques questions au passage : le destin, le hasard, les circonstances qui font que vous  êtes là où vous devriez être, pour le meilleur ou pour le pire parfois, comme si dans les constellations était écrit une part de notre destin, de notre histoire.

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Lire aussi mon avis sur le roman d’Adrien Bosc Capitaine


Catalogue éditeur : Stock

Le 27 octobre 1949, le nouvel avion d’Air France, le Constellation, lancé par l’extravagant M. Howard Hughes, accueille trente-sept passagers. Le 28 octobre, l’avion ne répond plus à la tour de contrôle. Il a disparu en descendant sur l’île Santa Maria, dans l’archipel des Açores. Aucun survivant. La question que pose Adrien Bosc dans cet ambitieux premier roman n’est pas tant comment, mais pourquoi ? Quel est l’enchaînement d’infimes causalités qui, mises bout à bout, ont précipité l’avion vers le mont Redondo ? Quel est le hasard objectif, notion chère aux surréalistes, qui rend « nécessaire » ce tombeau d’acier ? Et qui sont les passagers ? Si l’on connaît Marcel Cerdan, l’amant boxeur d’Édith Piaf, si l’on se souvient de cette musicienne prodige que fut Ginette Neveu, dont une partie du violon sera retrouvée des années après, l’auteur lie les destins entre eux. « Entendre les morts, écrire leur légende minuscule et offrir à quarante-huit hommes et femmes, comme autant de constellations, vie et récit. »
Stock / Collection : 
La Bleue / Parution : 20/08/2014 / 198 pages /Format : 135 x 215 mm / EAN : 9782234077317 / Prix: 18.00 €

Une disparition inquiétante. Dror Mishani.

Une enquête policière qui nous entraine en Israël et nous fait découvrir de nouveaux horizons

Une disparition inquiétante de Dror MishaniAvec « Une disparition inquiétante » de Dror Mishani je fais la connaissance d’Avraham Avraham, un policier peu commun, un peu décalé, déstabilisant et pas forcément attachant. Mais tout le monde n’est pas en permanence au top ni à 200% de ses capacités ou capable de travailler à la perfection, au contraire, les incohérences, les baisses de régime, le manque d’intérêt ou d’attention font aussi partie de nos vies. Alors oui, Avi Avraham, ce personnage de flic complètement dépassé par la situation, est sans doute une compilation de quelques personnes que nous pourrions rencontrer dans la réalité et s’il n’est pas de prime abord sympathique, il en devient malgré tout intéressant par sa crédibilité et son réalisme.

Lorsqu’une mère vient au commissariat faire part de ses inquiétudes depuis la disparition de son fils Ofer Sharabi, notre commissaire est peu enclin à lancer une recherche. Il est pressé de rentrer chez lui se poser devant sa télé pour analyser et critiquer les séries policières américaines et en découvrir les incohérences. Etonnant, car lui n’est pas à une incohérence près dans son travail, mais il est plus facile de voir ce qu’il se passe chez les autres que de faire sa propre introspection.

L’enquête sur ce qui s’avère finalement être une disparition inquiétante va démarrer, puis piétiner, s’enliser, prendre de mauvaises directions et en oublier certaines autres. Il y a peu de témoins, ou alors des témoins qui vont dérouter plutôt qu’aider les enquêteurs, je pense en particulier au comportement trouble du voisin de la victime, l’étrange professeur d’anglais Zeev Avni. En fait il y a peu d’éléments pour la faire avancer. Cela semble refléter la vraie vie de la police où tout n’est pas aussi simple et rapide que dans les séries télé.

Les rivalités entre collègues, la personnalité de Sharpstein, nouvel arrivant qui veut affirmer sa différence et ses compétences, Ilana, la directrice du service qui prend des initiatives sans prévenir Avi Avraham alors qu’il dirige l’enquête, le voyage d’étude en Belgique qui se solde par une somme d’heures perdues et quelques rencontres plus ou moins agréables, la mère un peu trop possessive, sont autant de scènes qui ancrent le personnage dans une réalité qui happe le lecteur et lui donne envie de poursuivre sa lecture. Et bien lui en prend car de fausses pistes en hésitations, l’enquête s’avère bien plus complexe et intéressante que ce que l’on imagine de prime abord. J’aborde ici pour la première fois l’univers d’un policier en Israël et je suis prête à découvrir ses prochaines enquêtes.

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Roman lu dans le cadre du jury de l’édition 2015 du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points


Catalogue éditeur : Points

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2014Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait. Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District. Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Dror Mishani est un universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier. Il est aussi critique littéraire et éditeur de romans policiers.« La nouvelle voix du polar israélien. » Le Soir (Bruxelles)

Le cercle Points - Créateurs de lecteursPoliciers, thrillers & romans noirs / 384 pages
Paru le 05/03/2015 / EAN : 9782757851739

Cadres noirs, Pierre Lemaitre

Cadres Noirs, une intrigue dans le monde parfois bien sombre de l’entreprise, qui prend le lecteur et ne le lâche plus par Pierre Lemaitre

De Pierre Lemaitre, j’ai d’abord découvert le fabuleux « Au revoir là-haut » et son regard porté sur les personnages, sur l’Histoire, celle des peuples qui s’écrit avec la multiplicité des individus et avec la vie et le sang des hommes, puis « Robe de marié », ma première expérience Lemaitre en polar / thriller. D’où bien sur mon envie d’en découvrir plus de cet auteur dont j’ai apprécié le regard affuté sur la société, sur les travers humains, l’analyse psychologique des personnages, un brin cynique et jamais larmoyante même quand tout est sombre.

Avec Cadres noirs, nous ne faisons pas une incursion dans le monde du Cadre Noir de Saumur, mais bien plutôt dans celui bien noir de la vie des cadres en entreprises, ces entreprises capables de broyer les individus pour arriver aux objectifs fixés par des actionnaires, des gestionnaires, des patrons bien éloignés des réalités et des souffrances du terrain.

Ici, nous allons suivre les pérégrinations d’Alain Delambre, la cinquantaine, âge critique pour trouver du travail car considéré depuis longtemps comme un sénior par l’entreprise.  C’est un cadre RH au chômage depuis plus de quatre ans. Lui qui a été capable d’accepter toutes sortes de petits boulots sous-payés et bien en deçà de ses capacités, pour rester un peu actif, et alors qu’il désespère, une lueur d’espoir va lui permettre d’envisager  un poste à sa mesure. Pour cela il va devoir se plier à un jeu de rôle méprisable envers les cadres de l’entreprise qui pourrait l’embaucher.

Mais tout va soudain déraper et si parfois l’emballement d’Alain Delambre m’est apparu impossible, j’ai cependant eu envie de connaitre et de comprendre pourquoi et comment il allait s’en sortir. L’analyse du monde du travail, de l’entreprise, le rejet des séniors par le monde des RH et du management, la psychologie du chômeur de longue durée, le machiavélisme, le séminaire de motivation parfaitement débile, mais aussi le désespoir, la manipulation, la vie d’une famille qui dérape quand les rôles sont difficile à tenir, parce que dans la couple  l’un des deux ne trouve plus sa place, tout est bien analysé, décortiqué, transposé en une intrigue qui prend le lecteur et ne le lâche plus, même si par moment on n’y croit pas, on a du mal à comprendre la bêtise de ce personnage qui se dévoilera peut être bien plus malin et surprenant que prévu.

Catalogue éditeur : Calmann-Lévy Le Livre de Poche

Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans complètement usé par quatre années de chômage. Ancien DRH, il accepte des petits jobs qui le démoralisent. Au sentiment d’échec s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter les fesses pour cinq cents euros par mois… Aussi quand un employeur, divine surprise, accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier aux yeux de sa femme et de ses filles, et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages. Il s’engage corps et âme dans cette lutte pour retrouver sa dignité. S’il se rendait compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre…

448 pages / Date de parution: 02/03/2011 / EAN : 9782253157212 / Editeur d’origine: Calmann-Lévy

Thèse sur un homicide, Diego Paszkowski

Dans Thèse sur un homicide, Diego Paszkowskt se pose cette question primordiale : la justice est-elle réellement aveugle ? 

Thèse sur un homicide de Diego Paszkowski

Paul Besançon, brillant étudiant en droit, suit pendant un été le stage du célèbre professeur Roberto Bermudez à l’université de Buenos Aires, stage qui se déroule pendant huit cours les vendredi soir. A priori, tout pourrait être clair et simple, un étudiant brillant qui vient se perfectionner en droit pénal, un professeur renommé et pourtant un brin alcoolique depuis que sa femme l‘a quitté, une intrigue ordinaire.

Mais non, tout d’abord, nous apprenons que les parents de Paul l’ont envoyé en Argentine car ils ne savent plus comment gérer ce fils particulièrement étrange et avec qui ils ne ressentent aucune affinité, bien au contraire. Paul voue une admiration malsaine à une actrice connue, Juliette Lewis, et celle-ci devient rapidement le fil rouge de l’intrigue. Ensuite, Roberto professeur connu et reconnu, a une personnalité bien tranchée et est très exigeant. Alors bien évidement le lecteur s’attend à voir s’affronter ces deux personnalités tout au long de ces chapitres qui se succèdent en dévoilant en alternance le point de vue de chacun. Et c’est bien ce qui arrive, mais quel ennui parfois je dois avouer. Le roman est composé de phrases qui tiennent d’une logorrhée interminable, sur des adresses, des cafés, du thé Earl Grey, des nombres de pas ou de marches pour atteindre un objectif, nombre de pas sans cesse comptés, qui sont là pour accentuer le côté délirant du personnage principal mais qui n’apportent rien aux chapitres.

Rapidement cependant, une intrigue se dessine, Paul a décidé de prouver à ce grand professeur et à ce juriste d’exception que la justice est aveugle. Pour cela, Paul fait preuve d’un cynisme, d’un mépris de la vie, de l’individu, pour simplement réaliser son ambition d’être unique et différent, d’arriver à accomplir ce que d’autres n’ont pas réussi. Idée de départ intéressante mais parfois lassante.

Par contre j’aime beaucoup le dénouement qui, s’il n’est pas plus juste que la justice elle-même, satisfait notre soif de voir punir un coupable. Au jeu du tel est pris qui croyait prendre, la manipulation, la finesse, la vengeance, la solidarité, l’intelligence, finissent par avoir raison du machiavélique Paul Besançon. Je n’ai pas eu de coup de foudre pour ce roman, dommage car j’aimais assez l’idée de découvrir un autre pays, d’autres auteurs de polars. Mais comme je connais très mal ceux d’Amérique latine, la découverte est malgré tout intéressante.

Roman lu dans le cadre du jury de l’édition 2015 du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points

Catalogue éditeur : Points

Traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin.
Diego Paszkowski, né à Buenos Aires en 1966, dirige des ateliers d’écriture à l’université. Thèse sur homicide s’est venu décerner le prix du meilleur roman de l’année par le grand quotidien argentin La Nación. Il a été adapté au cinéma.

Prix du meilleur polar des lecteurs de points 2014

C’est brillant, parfois magique. Le Nouvel Observateur
Thèse sur un homicide est la mise en place très précise et très explicite d’une bombe narrative à retardement. Le Matricule des Anges

 6,4€ // 192 pages / Paru le 19/03/2015 / EAN : 9782757846414