D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds. Jon Kalman Stefansson

Partir à la découverte de l’Islande, de son histoire et de son climat rigoureux, avec le très beau roman de Jon Kalman Stefansson, « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds » est une expérience à la fois étrange et enrichissante.

Quel livre étrange, à la fois beau et triste, dense par son écriture. Pourtant, si dans ces lignes, la vie passe, des vies passent, j’ai eu souvent l’impression qu’il se passait peu de choses.
Le narrateur est le meilleur ami d’Ari. Dans son récit, les époques se côtoient rendant parfois difficile la compréhension du texte. Nous découvrons Ari alors qu’il quitte le Danemark, il vient de recevoir un paquet étrange de son père, dont on comprend qu’il est gravement malade, mort peut être. Puis viennent les récits sur ses grands-parents, Oddur le capitaine d’un bateau de pêche, et Margrét, la femme à qui il est lié depuis l’enfance, leur rencontre fulgurante, puis la vie à deux, les enfants, la lassitude et la difficulté de vivre intensément et dans la durée malgré un tel amour, la perte d’un enfant, la vie en somme . Le narrateur alterne avec l’évocation des parents d’Ari, plus précisément de son père, dont il n’est absolument pas proche, et de sa belle-mère, puisque sa mère est morte quand il était enfant. Enfin voici Ari avec sa femme et ses enfants, Ari qui part un jour de chez lui, sur un coup de tête et s’installe deux ans au Danemark.
Nous découvrons un pays qui vit intensément de la pêche et des conserveries de poisson, quand la base américaine apporte une certaine aisance à l’ile, malgré son isolement, les conserveries de poissons fonctionnent, pourvoyeuses d’emploi pour les iliens. Puis l’arrivée de quotas, la perte des emplois, la fin de la prépondérance des marins pêcheurs islandais, les ravages du chômage et de l’alcool.
Au fil des pages, nous découvrons des tranches de vie, des événements qui font que tout n’est plus comme avant, sans qu’on sache vraiment ni pourquoi ni comment, mais après tout là n’est pas l’essentiel. Il y a un mardi qui n’est tout d’un coup plus comme les autres, une jeune fille dont on est amoureux, et rien ne se passe comme prévu, et un jour, longtemps après, on comprend que l’on avait tout faux, des grands parents, amoureux, une vie ensemble, difficile, rude, comme le paysage et le climat islandais. Froid, venteux,  aride. On ressent bien au fil des pages le climat, les paysages, la vie rude de ces régions hostiles et pourtant chaleureuses. L’écriture est belle et dense, poétique parfois, dans ses descriptions de la vie, d’époques qui ne sont plus. C’est un livre qui ne laisse pas indifférent et une expérience de lecture intéressante. J’imagine aussi un très grand travail de traduction pour rendre cette façon très particulière qu’à l’auteur de poser ses mots, de composer ses phrases, pour nous faire entrer de plain-pied, par la description de l’intime, dans l’histoire de son pays.


Catalogue éditeur

Trad. de l’islandais par Éric Boury  Collection Du monde entier, Gallimard

Parution : 20-08-2015 / 448 pages, 140 x 205 mm / Genre : Autres littératures européennes / Pays : Islande / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070145959
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