L’ombre de nos nuits. Gaëlle Josse

« L’ombre de nos nuits » est un très beau roman qui nous plonge immédiatement dans l’atmosphère sombre et magnétique du magnifique tableau de Georges de La Tour, « Saint Sébastien soigné par Irène », que nous contemplons à côté de la narratrice, postée devant la toile, au musée de Rouen.

L’ombre de nos nuits - Janvier 1639, à Lunéville, alors que la guerre de trente ans et que la peste dévastent la Loraine, le peintre à l’intuition de ce tableau, pour lequel ses proches, sa fille en particulier, vont poser. Cette toile que le peintre destine, dans le secret de son âme, au roi de France. Nous le suivons, lui, son fils, son apprenti, dans la réalisation de cette toile magistrale. Œuvre intrépide, gigantesque, passion et folie d’un maitre qui fait surgir de ses peintures et de ses pinceaux, des visages, des ombres, des teintes que l’on pourra contempler pendant des siècles avec toujours autant de passion et de bonheur. Comment de simples pigments, couleurs, tonalités, peuvent-ils exprimer autant de force et de douceur, voilà bien un mystère.

En 2014, aux Musées des Beaux-Arts de Rouen, prostrée devant la toile, la narratrice va suivre un chemin intérieur vers le souvenir d’un amour passé, qu’elle avait cru oublié, quelle a cru recevoir en retour, qu’elle a perdu, qui ne sera plus jamais, et qui lui laisse un si grand vide au milieu du clair-obscur de ses souvenirs, de la passion, de ses regrets sans doute.

Les deux récits alternent, chapitre après chapitre, d’un siècle à l’autre, d’une souffrance et d’un amour exprimé à l’autre, pour finalement réussir à se rejoindre et s’émouvoir. Le jeu des écritures et des italiques nous permet de suivre aisément plusieurs personnages, leurs sentiments et leurs questionnements. L’écriture est belle, les époques et les sentiments se rejoignent sans heurt, et lorsque l’auteur s’exprime par la voix du peintre, de son apprenti, de sa narratrice, nous la suivons. Tout comme lorsqu’elle nous donne envie de courir à Rouen redécouvrir ce tableau.

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Dans la sélection du prix Orange du livre 2016

 


Catalogue éditeur

Deux récits se dessinent dans L’ombre de nos nuits, avec au centre un tableau de Georges de La Tour. En 1639, plongé dans les tourments de la guerre de Trente Ans en Lorraine, le peintre crée son Saint Sébastien soigné par Irène. De nos jours, une femme, dont nous ne saurons pas le nom, déambule dans un musée et se trouve saisie par la tendresse et la compassion qui se dégagent de l’attitude d’Irène dans la toile. Elle va alors revivre son histoire avec un homme qu’elle a aimé, jusque dans tous ses errements, et lui adresser enfin les mots qu’elle n’a jamais pu lui dire. Que cherche-t-on qui se dérobe constamment derrière le désir et la passion ?
En croisant ces histoires qui se chevauchent et se complètent dans l’entrelacement de deux époques, Gaëlle Josse met au cœur de son roman l’aveuglement amoureux et ses jeux d’ombre qui varient à l’infini.

Les Éditions Noir sur BlancRoman / Notabilia / Date de parution : 07/01/2016 / Format : 12,8 x 20 cm, 192 p., 15.00 € / ISBN 978-2-88250-401-2

Blog de Gaëlle Josse
http://gaellejosse.kazeo.com/

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La femme au colt 45. Marie Redonnet

« La femme au colt 45 » est un court roman d’à peine 110 pages, dont la superbe couverture au graphisme intéressant et poétique donne envie de tourner les pages pour savoir ce qui s’y cache.

couverture du livre La Femme au colt 45Nous faisons immédiatement connaissance avec Lora. Elle vit en Azirie, pays tombé sous la dictature, et qu’elle doit fuir impérativement le plus rapidement possible, son mari ayant déjà été arrêté par le nouveau pouvoir en place. Elle est comédienne, à priori peu apte  à s’enfuir et traverser des terrains peu engageants pour atteindre le pays voisin, la Santarie. Mais gagner la liberté et la vie sauve, cela n’a pas de prix, elle y parviendra, déjouant plus ou moins bien les pièges, les agressions commises de tous temps par les hommes qui profitent de la faiblesse apparente ou temporaire des femmes, pour se retrouver, s’affirmer, se libérer des oppressions quelles qu’elles soient.

Liberté gagnée par la force de ce colt 45, ce fil conducteur du récit, qu’elle cache sur elle et qui provisoirement au moins, va la protéger. Il lui vient de son père, seul lien vers le passé, elle qui part vers d’autres horizons pour y trouver une vie nouvelle et avant tout cette liberté chèrement gagnée. Car pour partir il faut quitter son mari et son fils, et la liberté se fera au prix d’une émancipation gagnée de haute lutte contre ces hommes qui s’affirment indispensables. Les pages se tournent vite, un peu trop court peut être, on se croirait dans le scénario d’une pièce de théâtre, où l‘actrice déclame son texte, et une voix off situe les scènes, donnant au roman un côté un peu décalé et surprenant.


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L’Azirie est tombé sous le joug d’une dictature. Lora Sander décide de fuir le pays. Sa vie de comédienne est devenue impossible. Elle prend le chemin de l’exil et rejoint l’Etat limitrophe de Santarie, munie de son colt 45.
Il avait très envie de venir visiter ma cabine à bord de l’Arche de Noé. Je lui ai répondu que pour moi les jeudis soirs c’était fini. Plutôt me passer d’un homme que d’être sous son emprise. Il ne suffit pas que j’aie vendu mon colt. Même absent, comme la jambe d’un amputé, il continue de me faire mal. »
Roman / 112 pages / 9782370550750 / Prix: 15,00 € / Parution: 7 janvier 2016

Appelez-moi Lorca Horowitz. Anne Plantagenet

Roman double et peut être aussi roman trouble, « Appelez-moi Lorca Horowitz » est une histoire de manipulation qui interroge le lecteur.

La narratrice – ou l’auteur ?- est interpellée par un fait divers survenu en Espagne dans les années 2000. Lorca Horowitz est la secrétaire falote de Rocio Perales et de son mari, un couple d’architecte qui vit en Andalousie. Un mariage heureux, parents de trois enfants superbes, une entreprise prospère et une vie de classe plutôt supérieure, voilà un couple à qui tout réussi, mais qui a failli tout perdre suite au machiavélisme manipulateur de leur secrétaire. Voilà un contexte de départ pour le moins banal.
Lorca est une jeune femme pas vraiment sexy, plutôt fade, mariée et heureuse en ménage. Exactement ce qu’il faut pour être embauchée par une patronne suspicieuse qui ne veut pas qu’on lui fasse de l’ombre ni prendre le risque de perdre son mari. Faisant preuve d’un peu trop de mansuétude, elle va aider Lorca, puis rapidement se laisser envahir, par cette femme qu’elle retrouve dans ses pas à tout moment, qui va calquer sa vie sur la sienne. Rocio se rend compte de la manipulation, pourtant il lui est très difficile de se faire entendre.

Lorca est un être double, qui cherche à devenir autre, pour fuir une réalité qui ne la satisfait plus, pour oublier son chagrin, pour se prouver qu’elle peut y arriver. Ou simplement parce que tout a été si facile, au-delà de ses espérances, au-delà même de tout ce qu’elle avait imaginé au départ, des petites embrouilles aux malversations plus importantes il n’y a eu qu’un pas. Lorca si diabolique qui pourtant garde des traces de son passé, bien enfermée dans une boite, comme pour prouver, y compris à elle-même, qu’elle est devenue autre, et qu’elle a été aussi une autre.

La narratrice, elle-même en perte de repère, ressent une attirance malsaine pour ce personnage. Son récit alterne avec régularité avec celui de Lorca. Bien écrit en chapitre courts et rythmés, c’est un roman qui se lit avec plaisir. Si j’ai trouvé l’intrigue intéressante, j’ai préféré les pages qui me permettaient de retrouver Lorca, sa transformation, ses sentiments, au détriment de celles de la narratrice.


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« Je voulais comprendre comment Lorca Horowitz avait mis en place son plan d’anéantissement sans éveiller le moindre soupçon, et avait osé monter une à une, sans jamais reculer ni même hésiter, les marches qui la menaient droit à son crime. Je voulais comprendre pourquoi elle l’avait fait. Mais surtout en quoi cela me concernait, me touchait. Qu’avais-je à voir là-dedans ? »

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Collection : La Bleue / Parution : 04/01/2016
216 pages / Format : 135 x 215 mm /
EAN : 9782234076211 / Prix: 18.00 €

L’apocalypse selon Magda. Chloé Vollmer-Lo. Carole Maurel

Et si la fin du monde était annoncée ? Comment réagir, que deviennent ceux que l’on aime ? C’est ce que nous racontent en BD Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel dans « L’apocalypse selon Magda.

Apocalypse selon MagdaMagda a 13 ans, demain c’est son anniversaire, elle l’espère, sa journée sera belle. Mais hélas, ce jour-là, le monde entier apprend avec stupeur, et tous les scientifiques s’accordent pour le dire, que la fin du monde est pour dans un an. C’est sûr, c’est évident, rien ne peut contredire cette dramatique affirmation.
Comment réagir lorsque l’on apprend une aussi terrible nouvelle ? Vivre tout ce qu’on n’aura jamais le temps de vivre ? Continuer comme avant ? Se tourner vers le mysticisme ? Aller à l’école, au collège, au travail ? Magda devient une jeune femme, période normalement particulièrement importante dans une vie. Elle a envie de découvrir l’amour, premier baiser, premiers amours, de rencontrer de nouveaux amis, faut-il goûter à tout ce qui est défendu, aux paradis artificiel, jouir de la liberté d’aller et d’agir, tout vivre. Autour d’elle tout un monde s’écroule, où est la vérité, la question est difficile…

Un an, c’est tout juste quatre saisons, quatre saisons qui découpent l’histoire. Des couleurs sombres, parfois tristes, des plans de foule, de rues, ou au contraire des plans rapprochés nous emmènent au cœur de l’intimité de Magda. L’année se déroule sous nos yeux avec toute la complexité des réactions engendrées par le désespoir quand la fin est inéluctable.


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L’apocalypse annoncée il y a un an n’aura finalement pas lieu ! Tandis que l’humanité tout entière célèbre la nouvelle, Magda, 14 ans, est dévastée. Pourquoi ? Pour le comprendre, il faut revenir en arrière, à ce jour où Magda décide qu’elle mourra sans regrets. D’amours maladroites en paradis artificiels, sous le compte à rebours des saisons, la jeune fille se découvre à elle-même, dans un monde d’adultes dépassés par les événements.

Date de parution : 27/01/2016 / ISBN : 978-2-7560-6307-2 / Scénariste : VOLLMER-LO Chloé / Dessinateur : MAUREL Carole / Coloriste : MAUREL Carole

Des vies et des poussières. Louis Chedid

Dans ce joli recueil de nouvelles de Louis Chedid, « Des vies et des poussières » en peu de mots, peu de pages, tout est dit, ou presque, à découvrir !

Des vies et des poussières - J’aime beaucoup les textes de Louis Chedid, aussi c’est avec une certaine impatience que je me suis plongée dans ce recueil de nouvelles. J’apprécie également les nouvelles, par lesquelles un auteur va raconter une histoire, happer un lecteur, le faire rêver, lui donner des émotions, faire passer la tristesse, les espoirs, les illusions, en peu de pages. Et je n’ai pas été déçue.

Incisives, mordantes, attachantes, étonnantes, politiquement correctes – ou pas – mettant en scènes des quidams quelconques ou des personnalités de l’histoire récente, il y a toujours dans ces nouvelles un petit quelque chose qui surprend, qui retourne l’impression qu’à le lecteur au fil des pages. Très courtes pour la plupart, l’auteur a pourtant réussi à y insuffler une ambiance, une vie propre à chacune. Peut-être est-ce une capacité mise en œuvre régulièrement pour écrire une chanson, un texte court qui doit exprimer beaucoup en peu de mots ?
Si vous êtes encore un peu timide envers ce genre, leur « facilité » de lecture devrait vous convaincre ! Et si vous êtes amateurs du genre, vous aurez la garantie d’un lecture agréable et divertissante.


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Des vies et des poussières, c’est un livre à l’atmosphère drolatique, des bribes d’existence où quelque chose se grippe, se voile, se disloque. Un univers cruel et assassin jamais loin de l’absurde ni dénué d’humour. Au fil de ces seize nouvelles qui, chacune, s’ouvrent sur une petite morale, Louis Chedid nous étonne et nous cueille par surprise, avec un art certain de la chute.

Calmann-LevyEAN : 9782702158906 / Code Hachette : 1966807 / Format : 135 x 215 mm / 234 pages
Parution : 6 janvier 2016

 

L’esprit du 11 janvier ; une enquête mythologique. Lehman. Gess.

Un opus tout en nuances de gris, pour nous rappeler qu’après l’horreur, un moment de communion exceptionnel s’est créé pour affronter le désespoir.

L'Esprit du 11 janvier - Une enquête mythologiqueEn un peu moins de cent pages « l’esprit du 11 janvier » est un retour percutant sur ces attentats qui ont frappé la France en 2015. Dans un récit tout en finesse, en dégradés de gris, noir et blanc qui mêle l’enquête, la superstition, les hasards malheureux et pour le moins surprenants qui font, quand on les observe après coup, qu’on se dit que « peut-être… », les témoignages des acteurs, les auteurs reviennent sur les drames qui ont endeuillé le pays. Pour ne pas oublier, pour comprendre, pour honorer, bien tristement puisque quelques mois après, l’horreur frappait à nouveau en France et presque quotidiennement de par le monde.

Sous la forme d’un récit, le scénario de Serge Lehman et le graphisme de Gess font parler les personnages, rappelant au lecteur les faits, les mots, les engrenages et les hasards malheureux, de Houellebecq à Luz, des victimes aux témoins, des rescapés aux familles de victimes, des phrases prononcées par ceux qui ont vécu l’horreur, qui ont souffert ou par ceux qui l’ont commentée, les autres, qui tentent à leur tour d’expliquer. Juste équilibre entre la réalité et la fiction, entre les dessins fouillés et détaillés et ceux juste esquissés, à la fois enquête et témoignage, unissant rêverie et réalité, « L’esprit du 11 janvier » est comme une tentative d’explication de ce qui s’avère au final indicible et inacceptable. Un témoignage fort pour ne rien oublier.


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C’est à une rêverie que nous convient Serge Lehman et Gess dans ce retour sur les attentats qui ont frappé la France. Mais aussi une enquête sur les petits faits étranges qui ont scandé la tragédie : coïncidences, thèmes qui se répondent, personnages dédoublés, signes du ciel, etc. Les auteurs explorent,  par jeu autant que par refus de céder au désespoir, la possibilité d’un miracle que personne n’aurait vu.

Scénariste : LEHMAN Serge / Illustrateur : GESS
Date de parution : 06/01/2016
ISBN : 978-2-7560-7631-7

J’ai toujours ton cœur avec moi. Soffia Bjarnadottir

Dans « J’ai toujours ton coeur avec moi », Soffia Bjarnadottir nous entraine au cœur de l’Islande, ce  pays que notre imaginaire associe souvent au froid, au rêve et parfois même au surnaturel.

J'ai toujours ton cœur avec moi Les sentiments y sont comme les paysages, parfois arides, intimistes, et leur beauté se confond avec celle des âmes qui l’habite.Dans cet univers si particulier, Hildur vient d’apprendre que Siggý, sa mère, vient de mourir.Alors qu’elle arrive dans la petite maison jaune sur l’Ile de Flatey, Hildur se souvient de cette mère qui n’a jamais su endosser ce rôle unique, être la mère de ses enfants. Les souvenirs, les délires, le ressentiment, l’espoir, des envies d’autre chose, de vivre peut-être enfin, affluent, dans son cœur enfin délivré de cette dose de folie intimement liée à cette femme si singulière. Car au fil des pages et des souvenirs, des errances et des hallucinations, on comprend que Siggý a disparu depuis longtemps de la vie de sa fille, ouvrant une faille impossible à combler puisqu’à son tour Hildur ne saura jamais endosser ce rôle.

Étrange pouvoir que celui d’une mère, présente ou absente, et qui par son comportement, change à tout jamais le destin de ses enfants. Poétique, étonnant, attachant, ce roman se lit avec beaucoup de plaisir et d’interrogation.


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Roman traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggý n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’île de Flatey.
Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggý et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Láretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstígur… Qui tous portent la promesse d’une singulière renaissance.
Comme une consolation venue d’ailleurs, J’ai toujours ton cœur avec moi est la belle chronique de ces quelques jours sans boussole – mélancolique, insolite et décalée.

Éditions Zulma / 12,5 x 19 cm • 144 pages / ISBN 978-2-84304-764-0 / 16,50 € • Paru le 07/01/16