Je mourrai une autre fois. Isabelle Alonso

Un conte, un roman ? « Je mourrai une autre fois » d’Isabelle Alonso est une jolie surprise, un roman qui se dévore, qui parle de la grande Histoire et d’histoires, et qui se lit avec plaisir.

Je mourrai une autre foisEspagne, 1931. Après des années passées sous un gouvernement de dictature mussolinienne porté par le général Primo de Rivera, puis le général Berenger, le roi Alphonse XII quitte le pouvoir. La seconde république est proclamée par la gauche dans la liesse et sans faire usage des armes. La joie éclate, tant à Madrid que dans tout le pays. Les attentes du peuple sont immenses et les premières réalisations seront nombreuses, liberté d’expression, laïcité, construction d’écoles, tout est à réaliser. Mais c’est sans compter sur l’avènement de Franco, la montée du franquisme et la répression des républicains. Si l’espoir est permis, il sera de courte durée.

Angel Alcalá Llach, ou plutôt Gelín, comme on le nomme affectueusement, est bercé par les idéaux de ses parents. Très tôt, dans cette famille un peu fantasque il s’instruit seul, dévorant à tour de bras les journaux et nombreux livres de la bibliothèque familiale sans contrainte ni interdit. Comme ses parents, et malgré son très jeune âge, il rêve à un monde meilleur. Il a à peine quinze ans lorsqu’ il s’engage dans cette bataille perdue d’avance, au moment où les pays voisins se laissent endormir par la montée du nazisme, tournant le dos à cette guerre civile qu’ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre, abandonnant ce peuple trahi par les siens et par l’Europe.

J’avoue, j’ai aimé me retrouver dans les rues de Madrid ou de Catalogne avec Gelín. Rencontrer Nena, sa jeune mère fantasque qui ne veut pas qu’on la nomme autrement que par ce prénom, ses frères et Sol, sa petite sœur, son père, personnage important de sa vie, et tu tío, cet oncle qui l’accompagne dans les joies et dans les galères. On se laisse porter par la vie de cette famille qui, comme tant d’autres, a cru à cette liberté gagnée sans les armes. On les suit dans leurs déménagements successifs. Avec Gelín enfant, j’ai contemplé la vie depuis les balcons, observé son monde, jusqu’à ce qu’il s’écroule et que les années de guerre deviennent son quotidien. Puis viendra le temps des champs de batailles, des heures sombres et sanglantes, où l’amitié, les liens qui relient ces compagnons de misère sont forts malgré tout. Même si parfois la différence de milieu et donc d’éducation montrent qu’il y a un monde entre ces jeunes hommes engagés au front. Puis viennent les camps de concentration en France, sur les bords de cette méditerranée que l’on partage avec nos voisins espagnols, toute une époque souvent oubliée.

C’est un livre très agréable, à la belle écriture, descriptive, humoristique, dans laquelle on ressent beaucoup d’affection pour les personnages. Mais il évoque aussi et surtout les souvenirs de ceux qui ne sont plus là pour dire, ou si peu, et qu’il est important d’écouter pour comprendre. Et puis il y a l’amour d’un pays, de son pays et de la liberté ! Tellement forts et tellement importants. Une belle surprise de cette rentrée, et pour un amoureuse de l’Espagne comme moi, cette évocation d’une période méconnue de l’histoire est passionnante. Car dans le sud de la France, il existe encore quelques-uns de ces camps de concentration, où étaient retenus les parents de nos amis, alors bien sûr, il est nécessaire de voir et de dire, pour ne pas oublier.


Catalogue éditeur

C’est l’avant-guerre. Le truc avec l’avant-guerre, c’est qu’on ne le sait qu’après. Sur le moment, on ignore qu’on est en train de se gaver de pain blanc. On ne sait même pas que ça existe, un pain pas blanc. On croit que la douceur de vivre est la seule forme d’existence. – Isabelle Alonso

Date de parution : 04/02/2016 / Editeur : Héloïse d’Ormesson / EAN : 9782350873428

La bibliothèque idéale d’Isabelle Alonso à découvrir sur le site lecteurs.com :
http://www.lecteurs.com/article/la-bibliotheque-ideale-disabelle-alonso/2442589

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