Picasso.Mania au grand Palais

Vous continuerez longtemps à peindre ? – « Oui, parce que pour moi, c’est une manie » (Picasso)
A l’exposition Picasso.mania du grand Palais, on pouvait admirer cent chefs d’œuvre de Picasso, dont certains jamais montrés, et mieux appréhender l’influence du maitre chez les artistes contemporains et avant-gardistes des années 60 /80.

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Andy Warhol

Même si elle est terminée depuis longtemps, j’ai envie de revenir sur mes impressions suite à mes visites de Picasso.mania. L’exposition était présentée à la fois de façon chronologique et thématique, pour mieux montrer comment les œuvres de l’artiste furent reçues par les plus grands, qu’ils aient été critiques ou artistes, mais dans tous les cas acteurs des étapes de la formation du mythe Picasso. Le face à face confrontait les artistes au maitre et apparaissait presque comme une évidence.
Il est important de connaitre l’homme, ses influences sur les plans personnel, historique et artistique, pour mieux comprendre son œuvre. Aux grandes périodes et à certaines œuvres particulièrement emblématiques de Pablo Picasso, telles que Les Demoiselles d’Avignon et Guernica, répondent les œuvres contemporaines de Hockney, Johns, Lichtenstein, Kippenberger, Warhol, Basquiat ou Jeff Koons.

Maurizio Cattelan : en 1960 il utilise un masque en papier mâché, qu’il fait porter à un mannequin avec une tenue typique de Picasso, la marinière. C’est une attaque de la démocratisation culturelle : Picasso est devenu l’emblème de la société du divertissement de masse. Dans les années 60/70 on trouve par exemple des reproductions d’œuvres de Picasso jusque dans les cuisines de tous les français !

Chéri Samba peint Picasso avec les mains en petits pains (ce sont les petits pains qu’ils mangeaient à la villa !), mais y ajoute l’Afrique et la colombe. Picasso est placé devant une assiette, on voit la colombe qu’il avait dessinée en 49 pour le mouvement mondial pour la paix. Symbole de mouvement antimilitariste que Chéri samba résume lui aussi par la colombe.

Richard Hamilton peint les Ménines en remplaçant Velázquez par Picasso. Et comme Picasso est communiste, il représente aussi la faucille et le marteau. En fait, pour orchestrer son tableau, il s’inspire de tous les styles de l’artiste.

Guernica : Même si Picasso est parti tôt d’Espagne, il reste présent dans la vie espagnole et les peintres d’alors rendent hommage à l’artiste contestataire. Pour preuve de ce côté contestataire, le refus par Picasso du retour de Guernica en Espagne du vivant du dictateur Franco. Le tableau part alors au MOMA à New York, et ne reviendra à Madrid que dans les années 70, après la mort du maitre.

Les demoiselles d’Avignon : On sent la présence de l’art africain dans l’inspiration de Picasso tout particulièrement avec ce tableau, car deux demoiselles ont des visages qui ressemblent à des masques africains. Même si on est en pleine période colonialiste, Picasso a su reconnaître la valeur de l’art africain. Il faudra d’ailleurs arriver jusque dans les années 80 pour vraiment comprendre l’influence de l’art africain sur l’œuvre de Picasso. Le tableau est au MOMA, à New York. « Les Demoiselles d’Avignon » est la première œuvre cubiste référencée de Picasso, qu’il réalise en réaction à l’Olympia de Manet. Il utilise la géométrie dans l’art, mais ce n’est pas nouveau, au contraire, puisque c’est utilisé depuis longtemps en Afrique, en particulier avec les masques. Picasso allait d’ailleurs souvent à l’institut océanographique et possédait des œuvres africaines.

La Guitare « j’aime Eva « et le cubisme
domiClire_picasso_3L’invention du cubisme arrive avec Braque. C’est de la photo 3D avant l’heure. Cela correspond sans doute à une époque de démocratisation du cinéma. Le cubisme provient du désir des artistes de représenter à la fois l’espace et le temps en essayant de donner l’illusion du mouvement. Mais comment peut-on représenter le mouvement sur une surface figée ?
Les cubistes montrent donc des décalages temporels, des phases différentes, d’une même image. L’objet s’est simplement déplacé dans l’espace. C’est aussi une façon de représenter le volume. Ce qui est impossible autrement sur la planéité de la toile.
Depuis de 15e siècle, en peinture on utilise la perspective pour représenter l’idée du volume. Mais l’idée est alors que Dieu a créé une image pour que l’homme la regarde telle qu’elle est, et que cette image est unique. A l’époque du cubisme, on a une nouvelle vision du corps avec les évolutions de la science, les cubistes subissent cette idée. L’idée est de voir non seulement avec les yeux mais aussi par le toucher, de montrer les volumes tels qu’on les « voit » avec son corps entier. Comme si on pouvait le toucher, par la démultiplication en de multiples facettes. Exactement comme le fait Cézanne lorsqu’il peint à l’infini la montagne St Geneviève. Pourtant, Picasso ne veut pas être un peintre abstrait. Aussi revient-il à l’idée de « raconter une histoire » avec des yeux, une bouche, un nez etc.
Dans l’exposition, on pouvait voir les œuvres de David Hockney qui applique le cubisme à la photo. On se rend compte alors qu’il y a forcément plusieurs façons de représenter la réalité. Y compris en utilisant les limites même de la photo qui fige l’instant.

Quand Picasso Inspire les artistes afro américains : Colescott réalise « Les demoiselles d’Alabama vêtues et dévêtues » en 1985. A sa façon, il restaure et inverse les quotas et dans ses tableaux, remplace les blancs par des noirs !

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Roy Lichtenstein
Son interrogation : que va-t-on faire de l’artiste dans une société où les machines peuvent reproduire à l’infini n’importe quelle image, et où la reproduction tient lieu de création ! Dans ses œuvres, on peut voir de nombreux points : en fait il reproduit les trames de l’impression.

Très intéressante idée, deux tableaux de George Baselitz, dont l’un inspiré par un tableau du maitre. Ce peintre d’Allemagne de l’Est est bercé à la peinture de Picasso, l’un des rares artiste enseigné là-bas, simplement parce qu’il affirme ses convictions communistes ! Et ce n’est pas une erreur d’accrochage, mais George Baselitz retourne ses peintures car il veut que le visiteur ne cherche pas à voir l’objet représenté mais seulement l’œuvre…

Le cycle des quatre saisons de Jasper Johns, une des caractéristiques de son œuvre : les vases visages.

Après la mort de Picasso et de Jacqueline, Martin Kippenberger peint plusieurs tableaux qu’il intitule : « Jacqueline : The paintings Pablo couldn’t paint anymore”

domiClire_picasso_basquiatJe termine ma visite par ce tableau de Jean-Michel Basquiat, auto portrait en marinière : juste parce que j’aime particulièrement et le tableau, et le peintre !
Voilà, encore une fois c’était une expo passionnante, même si au premier abord elle était un peu hermétique, car les œuvres des artistes « suiveurs » ou « inspirés » ont vraiment besoin de quelques explications pour être mieux appréciées. Mais quel plaisir d’apprendre et de mieux comprendre.

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