Tu tueras le père. Sandrone Dazieri

Quand le mal rôde et reste tout puissant : venez expérimenter une descente aux enfers avec « Tu tueras le père », l’excellent thriller de Sandrone Dazieri.

DomiClire_Sandrone_Dazieri
Au Festival Quais du Polar, rencontre avec Sandrone Dazieri

A Rome, un enfant disparait, sa mère est retrouvée décapitée. Le meurtre, absolument sordide, va rapidement être imputé au père, totalement affolé mais cependant premier suspect.
Alors qu’elle est en congés pour raisons personnelles et à la demande d’un de ses ancien responsables, la commissaire Colomba Caselli doit mener une enquête en parallèle. Elle qui ne croit pas à l’hypothèse du père coupable va se faire aider par Dante Torre, un expert en disparition  de personnes. Pourtant, tout n’est pas aussi simple, Dante lui-même a été kidnappé enfant et s’est retrouvé enfermé dans un silo pendant 12 longues années, jusqu’à son évasion miraculeuse. Depuis, il craint toujours « le Père », celui qui l’a enlevé et dont il croit qu’il est toujours vivant. Et les conséquences de son enferment ne sont pas négligeables et rendent sa vie très difficile. Ces deux paumés de la vie vont travailler ensemble, et se dépasser.
Des enfants disparaissent, alors des flics se taisent, d’autres, meurtris et paumés, sont prêts à tout pour enquêter et résoudre le mystère, pour comprendre, malgré  leur propre désespérance. Ils sont terriblement meurtris par la vie, pourtant une forme de résilience les propulse au-delà de leurs limites pour comprendre et résoudre.

Nous voilà face à une intrigue où le mystère, loin de s’éclaircir, va s’embrouiller au fil des pages. Et des pages, il y en a 600 et quelques ! Et pourtant je vous l’assure, on ne s’ennuie pas une seconde, c’est dense, complexe, crédible et noir. L’auteur nous entraine vers des noirceurs que l’on souhaite ardemment fictives et peu réelles tant elles font craindre la folie des hommes. Voilà un très bon thriller, un sujet passionnant et angoissant mené tambour battant par un duo d’enquêteurs inhabituel de paumés attachants qui nous donnent envie de connaître la suite.

Rencontre avec Sandrone Dazieri, à Lyon pendant le festival Quais du polar avec lecteurs.com

J’ai eu le plaisir de rencontrer Sandrone Dazieri autour d’un café à Lyon. Quand on lui demande d’où il tire son inspiration, l’auteur nous dit être parfois inspiré par les livres qu’il lit, mais pas souvent, et ce, même si le changement est très lent dans la littérature traditionnelle italienne. Comme tous les auteurs rêvent du « Premio Strega » (l’équivalent de notre Goncourt) ils écrivent en conséquence, c’est à dire sans prendre trop de risques et en restant dans un type d’écriture plutôt classique. Ce n’est pas forcément le cas pour Andrea Camilleri qui a créé le personnage de son commissaire de Naples qui voit des fantômes, une idée et des éléments intéressants dans ses livres, mais ce sont davantage des polars que des thrillers. Et il écrit 3 à 4 livres par an !
Pour écrire, Sandrone Dazieri doit connaitre le début et la fin, les personnages, il sait aussi s’il y aura une suite à son roman. Par exemple « tu tueras le père » sera une trilogie. Il faut du temps pour écrire un livre. Pour celui-ci, il a commencé il y a 6 ans et ne l’a écrit que dernièrement. Certaines scènes se passent dans la région de Cramona, il nous raconte alors d’où lui est venue une partie de on inspiration : il est dans une voiture, il passe dans la campagne par une belle journée. Tout est beau, à un moment il passe près d’une ferme. C’est un endroit magnifique, calme, et là il se dit « mais qui sait ce qu’il se passe dans cette maison, dans cette cave, parce que quelqu’un peut y être enfermé et torturé et personne ne peut l’entendre ! » c’est l’émergence de l’idée : situer le personnage de Dante dans cette maison, enfant, enfant devenant adulte… puis adulte. Le thème est là, en plus de la signification qu’il faudra chercher sous la surface.
A 4 ans, l’auteur a perdu son père et a vécu une grande solitude. En grandissant, l’histoire que l’on vit avec son père change et évolue, quand on est enfant, le père c’est Dieu, ado, c’est un ennemi, âgé, c’est quelqu’un qu’on peut comprendre car on a gagné sa propre guerre contre la famille et on comprend ses choix. Par contre, quand on perd son père très jeune, ce combat-là n‘existe plus. Ça reste un fantôme qui contrôle et qui est toujours présent. Pour devenir un adulte, il faut évidemment « tuer le père ». D‘où le personnage de Dante. Dante qui « échappe » au père.

couvertureDans tous les personnages, il y a toujours une partie de l’auteur. Car il y a toujours une façon de mettre un peu de soi dans ses écrits. Par exemple, tout le monde peut écrire sur un tueur, mais comme dit Sandrone Dazieri « le mien, c’est moi si j’étais un tueur, mon policier, c’est moi si j’étais une policier, et Colomba, c’est un peu moi aussi, tout comme le père, forcément ! » et l’on peut se dire que si on nait ailleurs, les choix seront différents. Et qui sait peut-être même aurait-on pu être un terroriste, on ne sait jamais. Car votre destin dépend toujours de plusieurs facteurs. L’auteur aime se mettre dans la peau de ses personnages, et réagit au fur et à mesure, il aime se laisser surprendre par ses personnages.
Certains auteurs font un plan qui leur prend de mois, ensuite ils écrivent en quelques jours car presque tout est déjà rédigé dans leur plan, il n’y a plus qu’à remplir les vides. Ce n’est pas le cas de Sandrone qui écrit réellement son histoire à mesure. L’auteur nous fait remarquer que la phrase « Tu tueras le père » a un ton beaucoup plus impératif en italien qu’en français ou le sens est double : impératif (ce qu’a voulu l’auteur) et futur (finalement un peu différent et moins fort). Enfin, pour ce qui est du fond de l’intrigue, 90% est exact et issu de recherches faites par l’auteur.
Quelle belle rencontre avec un auteur agréable, enthousiaste et passionnant qui semblait aussi heureux que nous de l’échange. Le tome 2 sort début 2017, et « Tu tueras le père » sort en poche en octobre.
Son Blog : Sandrone Dazieri


Catalogue éditeur : La bête noire, Robert Laffont

Traduit par Delphine GACHET
Le père est là, dehors, quelque part. La cage est désormais aussi vaste que le monde, mais Dante est toujours son prisonnier.
Non loin de Rome, un homme affolé tente d’arrêter les voitures. Son fils de huit ans a disparu et le corps de sa femme gît, décapité, au fond d’une clairière.
Le commissaire Colomba Caselli ne croit pas à l’hypothèse du drame familial et fait appel à un expert en disparitions de personnes lire la suite

Parution : 8 Octobre 2015 / Format : 140 x 225 mm / Nombre de pages : 552 / Prix : 21,50 € / ISBN : 2-221-14674-3

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s