Patrick Sénécal, auteur de « Le vide » et « Hell.com »

Entretien avec Patrick Sénécal, un auteur Québecois de talent. Sorti en 2009 au Canada,  Hell.com parait en juin chez fleuve noir. J’ai eu le plaisir d’assister à cette rencontre à Paris en mai, avec Babelio et Fleuve noir..

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Avec Patrick Sénécal, pendant le Quais du Polar à Lyon

 Patrick Sénécal, lorsque vous écrivez, savez vous ce qu’il va advenir de ses personnages ?

« Mes personnages meurent quand je veux ! » contrairement à ces auteurs qui disent se laisser emporter et guider par leurs personnages, Patrick Sénécal est seul maitre à bord de son roman. Il fait par contre un plan bien détaillé de ce qu’il veut écrire, des situations, et surtout il sait où il va et comment va se terminer son roman, mais ensuite les personnages arrivent et repartent au gré de l’écriture.

Pourquoi avoir créé un personnage aussi antipathique et une sorte d’anti-héros ?

« Parce que c’est plus intéressant, c’est d’ailleurs plus intéressant que difficile ». Quand on demande à Patrick Sénécal s’il sait à l’avance jusqu’où son personnage peut aller : oui, il en a posé les différents jalons, c’est-à-dire qu’il sait justement jusqu’où il veut aller, la trame est définie mais il ne la connait pas dans les détails.

Et d’ailleurs là, quelle va être à la fin ? Le pire ? Hell.com ne va pas s’arrêter ? Ou le meilleur : la rédemption de Simon ?

Le plus excitant pour l’auteur, ce n’est pas d’écrire les scènes de violence, de viol, de meurtre, mais bien au contraire tout ce qu’il y a autour, les autres moments, la musique, les décors, etc. Et le lecteur doit pouvoir évacuer ses propres peur dans le roman. L’auteur est père lui-même, donc il était important pour lui de parler de la relation avec le fils. Son personnage risque de perdre son âme, il faudrait qu’il la retrouve en sauvant son fils. Mais saura-t-il écouter les signaux qui lui disent de changer ? L’influence peut-elle réellement rendre un homme meilleur ? Si l’auteur est séduit par l’humanisme et l’écriture de Romain Gary ou par d’autres auteurs, il avoue qu’il y a forcément toujours un peu de soi, de son inconscient, dans ses écrits.

A propos des personnages, en guerre contre la justice :

Charron est en guerre contre Dieu, d’ailleurs le roman suivant de Patrick Sénécal a pour titre « Contre Dieu ». L’auteur trouve intéressant que des gens puissent être en guerre contre Dieu, contre ce qui est bon, la justice, le droit. Certains ne le voudraient pas, par contre, pour le personnage de Charron, c’est délibéré, mais sans doute aussi fait par désespoir. Il n’est absolument pas fou et sait parfaitement ce qu’il fait, c’est en cela qu’il est encore plus cynique peut être.
Comme il nous le dit aussi (et en fait comme le lui dit « sa blonde » selon l’expression québécoise consacrée !) écrire là-dessus est sans doute une façon de dompter ses propres peurs. Quand on a l’impression qu’on a les choses en main, qu’on contrôle, c’est rassurant. Et si l’écriture servait aussi à le rassurer ? Par exemple sur ses propres capacités à être un bon père ?

Est-il parfois tentant de faire revenir certains personnages dans d’autres romans ?

Oui, d’ailleurs c’est le cas dans celui-ci. Il y a en a un qui revient déjà dans trois romans. Un personnage plutôt maléfique. Mais après tout, le bonheur est quelque chose de bien plat à raconter. Par exemple, Charron ne meurt pas, mais il n’a aucune raison de revenir dans un autre roman ; par contre, Michele Beaulieu est dans plusieurs romans, à des époques et des évolutions différentes de sa vie. Dans Hell.com c’est la patronne du bordel dans lequel se passe la première soirée Donjon.
Le personnage de l’ex-femme de Daniel est assez compliqué. Elle sert surtout à montrer le besoin de se défouler de Daniel, car il est arrivé à un point où tout est trop dur, trop difficile, il est à bout et au bout… Son exaspération montre à quel point il a souffert, il en veut à son ex et a des blessures toujours à vif qui vont l’emmener là où il se trouve avec Hell.com. De plus, il ne sait plus comment aimer, la démonstration de l’amour lui est trop difficile, que ce soit envers Marie ou envers son fils, du coup elle ne peut plus être visible non plus dans ses actes.

Écrire sur la violence, sur le mal, est-ce facile ?

Pour l’auteur, ce qui est difficile à écrire, ce ne sont pas les scènes de meurtres ou de torture, c’est au contraire tout ce qu’il y a avant et après et qui va rendre crédible aux yeux du lecteur la scène terrible qui va arriver. Il faut une cohérence entre les scènes et dans les personnages, pour que ça touche le lecteur « et que je puisse me dire que lorsque vous fermez mon livre, vous y pensez encore ! ». Ensuite, le plus difficile est de ne pas surenchérir à chaque livre, car on attend un peu l’auteur au tournant. Aussi est-il nécessaire de passer à autre chose, comme avec « Contre Dieu », pour ne pas tomber dans le piège de la surenchère.
Chaque scène doit servir l’histoire, elle est écrite, réécrite, pour que tout fonctionne, rien n’est gratuit dans la scène, surtout pour les scènes de violence qui sont écrites et réécrites plusieurs fois, car il ne faut pas y inscrire que le nécessaire. Elles doivent se situer dans un cadre précis et cohérent, souvent agréable, tranquille et leur description doit permettre de s’y projeter. Comme ça elles ont encore plus d’impact sur le lecteur.

Avec Hell.com, Patrick Sénécal nous montre que l’homme a toujours le choix, que tout n’est pas mal ou bien, ni simple ou difficile. Et que le personnage le plus antipathique qui soit à quand même une chance de rédemption !

Relire mon avis sur Le vide

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