Jupe et pantalon. Julie Moulin

« L’avenir était devant nous. C’était avant le grand carrefour.
Avant que l’amant devienne le mari, que la femme soit mère, avant que l’envie se mue en rancœur et que l’insomnie détruise les rêves ».

Quand on ouvre « Jupe et pantalon », le premier roman de Julie Moulin, tout d’abord il y a un instant de flottement, pendant quelques pages le lecteur s’interroge… Mais qui est Marguerite, mais qui est Mirabelle ? Qui sont Brice, Boris, Babette, et enfin qui est Camille ? Camille le bien nommé puisque ce prénom, aussi bien féminin que masculin, c’est le cerveau, celui qui commande, qui ordonne, qui hésite, et qui conjugue justement ce masculin et ce féminin qui sont en chacun de nous.
Ensuite il y a A., qui pendant toute la première partie du roman n’est pas nommée, mais que l’on suit à travers les aventures de chacun de ses membres, comme une équipe soudée (ou pas !) comme une fratrie, avec ses colères, ses désaccords, son entraide, sa solidarité… Car A. comme toute super businesswoman qui se respecte, se croit capable de tout concilier. Sa famille d‘abord, avec son mari et ses deux enfants, son travail ensuite, avec la rivalité entre collègues, ces hommes qui profiteraient bien d’un instant de faiblesse pour prendre sa place, avec Étienne, ce boss, qui sous couvert d’entre-aide placerait bien un autre à sa place, A. qui pense qu’elle va arriver à s’occuper d’elle aussi parfois.

Et cette vie, cette lassitude du couple, ce rythme effréné de chaque jour, nous sont racontés par chacun des membres du corps d’A., par Marguerite essentiellement, la jambe fragile, malade, blessée mais si vaillante… Qu’il est étrange de voir la vie par ce prisme, de changer de point de vue, pour mieux comprendre, arriver à s’identifier à une paire de jambes, à une paire de fesses et pourquoi pas à un cerveau tellement sollicité, poussé à bout et si fatigué qu’il tarde à se réveiller. Tout ce stress va faire disjoncter la jolie machine qu’est le « corps composé » d’Agathe… Elle s’évanouit à l’aéroport, au moment où elle doit partir pour un rendez-vous clients important, rentre chez elle dans un semi brouillard, et réalise enfin que sa vie va exploser devant elle. Elle qui n’a rien vu venir !

Julie Moulin nous parle à travers elle de ces femmes modernes qui veulent gagner un combat pour l’égalité souvent perdu d’avance… Car comment lutter quand on rentre de congés maternité et qu’on vous fait comprendre que « Vous n’étiez pas là alors que le collègue lui …  » !  Comment y arriver quand en rentrant il faut préparer le repas, coucher les enfants, préparer les cartables, faire la vaisselle, pendant que Paul est devant la télé ou lit son journal ? Comment jongler avec la nounou malade, avec l’école qui appelle pour le petit qu’il faut venir chercher de toute urgence alors qu’on est en pleine présentation stratégique avec Le client, le seul, l’unique qu’il faut absolument chouchouter pour ne pas le perdre, avec les rendez-vous chez le médecin, les activités extra scolaires, et tout le reste, sans s’épuiser, s’oublier, se perdre ? Comment exister quand le poids sur vos épaules est de plus en plus lourd, les missions que vous vous assignez vous-même de plus en plus complexes, la solitude à deux de plus en plus présente pour affronter le quotidien ?

Eh bien, c’est tout simple, on ne peut pas ! Julie Moulin nous le démontre avec beaucoup d’humour pour un sujet grave traité tout en finesse. Il y a un rythme fou dans toute la première partie, comme cette vie intrépide qu’A. essaie de mener, malgré ce corps qui crie à l’aide et qu’elle oublie d’écouter… J’ai aimé justement cet intéressant parti pris dans l’écriture : dans toute la première partie, les différents membres de ce corps prennent vie et prénom pour s’exprimer, exister à la place d’A., puis Agathe apparait enfin, ses membres redeviennent des jambes, des fesses, un sexe, et elle s’éveille alors à une vie nouvelle, plus responsable, plus intime, plus évidente : elle existe, s’écoute et se révèle. Nous montrant sans doute que pour bien vivre avec les autres il faut d’abord mieux vivre avec soi-même. C’est à la fois signifiant et drôle, empreint d’humour et de réflexion, un véritable régal de lecture. A lire puis à conseiller d’urgence à toutes les copines qui tentent désespérément de se prouver qu’elles vont y arriver, avant qu’elles ne se perdent !

 les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Alma éditeur

Avec l’alacrité d’un Almodóvar et le réalisme magique d’un Boulgakov, voici le récit d’une jeune femme moderne au bord de la crise de nerfs.
Où va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras.
A. chute dans un aéroport, le mari s’en va, la cacophonie guette. Au bord de la crise de nerfs, la jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.

Date de parution : 04/02/2016 / 300 pages / 18 € / ISBN : 978-2-36279-170-3

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