Comment tu parles de ton père. Joann Sfar

On ne présente plus Joann Sfar, enfin presque plus, car qui n’a pas lu, ou au moins vu la série de BD « Le chat du Rabin » dont il est dessinateur et scénariste ? Avec « Comment tu parles de ton père » je le découvre et je l’apprécie dans un registre totalement différent.

Pourtant à priori le sujet est plutôt triste, il s’agit de la mort de son père, « né l’année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933 »… comme mon père, parti trop tôt lui aussi…. et c’est cette phrase en 4e de couverture qui m’a au départ attirée vers ce livre. Mais je n’ai rien projeté de personnel ensuite dans la lecture de ce roman, je me suis laissé porter par les mots de l’auteur.

Joann Sfar parle de son père et de son grand-père aux personnalités fortes l’un comme l’autre, mais aussi de souvenirs, d’enfance, de famille, de parents et d’amis, de sa vie et de ses amours. Il évoque largement la souffrance de n’avoir pas su que sa mère était morte, lorsqu’à trois ans et demi, son père a préféré lui dire qu’elle était partie en voyage…souffrance inutile de l’enfant qui attend et qui ne comprend pas l’abandon de sa mère…Ni compris alors que son père voulait le protéger, et sans doute se protéger également, de la douleur de cette perte inéluctable.

Ce livre se lit avec bonheur, même s’il évoque la tristesse et la perte d’un être cher, qui plus est d’un parent. On sent au fil des pages l’amour d’un fils pour son père, teinté de respect, d’admiration, d’affection. Il égrène les souvenirs et tout ce qui ne sera jamais plus, et en parallèle, forcément la vie qui avance, inéluctable, jusqu’au prochain deuil, à la prochaine naissance, aux prochaines amours. Je l’ai ressenti comme une prière, qu’elle soit israélite, chrétienne ou païenne, mais aussi comme une ode à la vie et à tous ceux qui ne sont plus, à la fois émouvant et empreint d’humour, comme la vie en somme.

Extraits :

« Papa m’a toujours dit que si un jour il me cognait, j’aurais le droit de me défendre. Le jour où il me semblera que ce danger s’éloigne, j’abandonnerai la lutte.
Cela se produit à la mort du père : on n’a plus personne à épater. »

« Chers fidèles, il m’arrive d’avoir peur que le judaïsme ne consiste qu’en de semblables ruminations : craindre le futur et louper l’instant. »

« J’ai tant parlé de sa beauté parce que je souhaite convoquer les souvenirs de mon père en jeune homme. Sur les tombes juives, on interdit de faire figurer des photographies afin que la mémoire ne se fixe pas sur un moment de l’existence du défunt. Il faut beaucoup d’imagination pour remonter le temps et laisser derrière soi les images de l’agonie ou de la vieillesse. »

#rl2016

Retrouvez l’avis de Jean-Paul sur son blog


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Papa est né l’année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C’est l’année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C’est l’année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c’est pas rien. »

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes.

Edition brochée 15.00 € : 1er Septembre 2016 / 140mm x 205mm / 160 pages / EAN13 : 9782226329776

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