Chanson douce. Leïla Slimani

Par cette « Chanson douce » au premier chapitre glaçant, Leïla Slimani signe un roman émouvant et bouleversant sur l’incommunicabilité et le silence.

Deux enfants, une nounou, des parents qui aiment leurs enfants et qui travaillent, voilà une scène somme toute assez classique. Si ce n’est que cette Chanson douce débute par une scène de crime. Et tout de suite le lecteur sait qu’il va se passer quelque chose de bien plus profond et fort que ne le laissent entrevoir les personnages et les situations.

Myriam et Paul ont deux enfants, Mila et Adam. Enceinte alors qu’elle venait à peine de terminer ses études, Myriam est devenue mère au foyer heureuse et comblée, au moins pendant les toutes premières années de ses enfants. Des velléités de reprendre le droit lui gâchent son plaisir d’être mère au quotidien. Le hasard d’une rencontre lui donne l’impulsion qui lui manquait pour débuter son métier d’avocate. Il faut alors trouver une nounou pour les enfants, et c’est Louise, une perle rare, qui entre dans leurs vies.

Louise est là chaque jour, très tôt le matin et parfois même très tard le soir, car Louise est entièrement dévouée aux enfants, totalement disponible, maniaque elle fait même le ménage et les repas pour la famille, transforme et embelli la vie du couple en lui rendant la vie plus simple, pas forcément plus heureuse. Et l’on comprend peu à peu que Louise est une femme blessée par la vie, une fille qui l’a abandonnée et dont elle n’a plus de nouvelles, un mari décédé couvert de dettes et une vie solitaire et triste. Elle ne semble s’épanouir qu’au contact des enfants. Elle empiète sur la vie des parents, prend possession de leurs vies, de leurs enfants, comme s’ils étaient sa seule raison de vivre, jusqu’au jour où…

Mais combien de signes avant-coureurs de la déraison, de la solitude, d’appels au secours que les parents ou les voisins n’ont pas voulu entendre, à l’abri dans leur confort au quotidien ? Si au tout début le personnage de Louise est tout à fait antipathique, on a presque envie de la comprendre, de l’aider, de les secouer tous avec leur indifférence face à sa personnalité, leurs moqueries sans doute involontaires, mais réelles, face à leur aveuglement devant la progression de la folie, le comportement avec les enfants qu’aucun des deux parents n’est prêt à voir ou entendre. Ils sont bercés dans ce confort quotidien crée par cette femme devenue indispensable mais qu’ils regardent à peine, qui n’existe que lorsqu’elle est nounou et dont ils ne veulent rien savoir de la vie en dehors de chez eux.

Solitude, désespoir, égoïsme, incompréhension, et surtout folie… tout se ligue pour créer cette situation extraordinaire qui détruit leur vie. Et qui nous interroge sur la perception de l’autre, l’empathie, l’envie de comprendre et d’aider… l’égoïsme au quotidien, le manque de recul et d’écoute. C’est un roman au final très perturbant !


Catalogue éditeur : Gallimard

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Genre : Romans et récits Catégories > Sous-catégories : Littérature française > Romans et récits / Littérature étrangère > Francophones

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 18-08-2016 / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070196678 / 240 pages, 140 x 205 mm

Comment tu parles de ton père. Joann Sfar

On ne présente plus Joann Sfar, enfin presque plus, car qui n’a pas lu, ou au moins vu la série de BD « Le chat du Rabin » dont il est dessinateur et scénariste ? Avec « Comment tu parles de ton père » je le découvre et je l’apprécie dans un registre totalement différent.

Pourtant à priori le sujet est plutôt triste, il s’agit de la mort de son père, « né l’année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933 »… comme mon père, parti trop tôt lui aussi…. et c’est cette phrase en 4e de couverture qui m’a au départ attirée vers ce livre. Mais je n’ai rien projeté de personnel ensuite dans la lecture de ce roman, je me suis laissé porter par les mots de l’auteur.

Joann Sfar parle de son père et de son grand-père aux personnalités fortes l’un comme l’autre, mais aussi de souvenirs, d’enfance, de famille, de parents et d’amis, de sa vie et de ses amours. Il évoque largement la souffrance de n’avoir pas su que sa mère était morte, lorsqu’à trois ans et demi, son père a préféré lui dire qu’elle était partie en voyage…souffrance inutile de l’enfant qui attend et qui ne comprend pas l’abandon de sa mère…Ni compris alors que son père voulait le protéger, et sans doute se protéger également, de la douleur de cette perte inéluctable.

Ce livre se lit avec bonheur, même s’il évoque la tristesse et la perte d’un être cher, qui plus est d’un parent. On sent au fil des pages l’amour d’un fils pour son père, teinté de respect, d’admiration, d’affection. Il égrène les souvenirs et tout ce qui ne sera jamais plus, et en parallèle, forcément la vie qui avance, inéluctable, jusqu’au prochain deuil, à la prochaine naissance, aux prochaines amours. Je l’ai ressenti comme une prière, qu’elle soit israélite, chrétienne ou païenne, mais aussi comme une ode à la vie et à tous ceux qui ne sont plus, à la fois émouvant et empreint d’humour, comme la vie en somme.

Extraits :

« Papa m’a toujours dit que si un jour il me cognait, j’aurais le droit de me défendre. Le jour où il me semblera que ce danger s’éloigne, j’abandonnerai la lutte.
Cela se produit à la mort du père : on n’a plus personne à épater. »

« Chers fidèles, il m’arrive d’avoir peur que le judaïsme ne consiste qu’en de semblables ruminations : craindre le futur et louper l’instant. »

« J’ai tant parlé de sa beauté parce que je souhaite convoquer les souvenirs de mon père en jeune homme. Sur les tombes juives, on interdit de faire figurer des photographies afin que la mémoire ne se fixe pas sur un moment de l’existence du défunt. Il faut beaucoup d’imagination pour remonter le temps et laisser derrière soi les images de l’agonie ou de la vieillesse. »

#rl2016

Retrouvez l’avis de Jean-Paul sur son blog


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Papa est né l’année où tonton Adolf est devenu chancelier : 1933. C’est l’année où pour la première fois on a découvert le monstre du Loch Ness. C’est l’année, enfin, où sortait King Kong sur les écrans. Mon père, c’est pas rien. »

Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un père comme André Sfar. Ce livre pudique, émouvant et très personnel, est le Kaddish de Joann Sfar pour son père disparu. Entre rire et larmes.

Edition brochée 15.00 € : 1er Septembre 2016 / 140mm x 205mm / 160 pages / EAN13 : 9782226329776

A la fin le silence. Laurence Tardieu

Dans son roman « A la fin le silence » Laurence Tardieu le montre bien, il y aura indéniablement dans le cœur des français un avant et un après, avant Charlie-Hebdo, avant l’horreur, avant que tout bascule.

« Ce dont je me souviens avec précision : la sensation dans tous le corps que le désastre avait commencé, qu’il n’aurait plus de fin. »

DomiCLire_Tardieu

Dans la vie de la narratrice, deux mondes disparaissent. Celui de la douceur de vivre, de l’enfance, du cocon qui protège, avec la vente inéluctable de la maison familiale, refuge de toute la famille depuis plusieurs décennies mais que plus personne n’a les moyens de conserver.

Fin d’un autre monde, celui d’un pays, d’une ville dans lesquels on circule sereinement, loin de bombes, de la mort, des attentats, mais qui sera plongée dans l’horreur et la stupéfaction après les attentats de l’année 2015.

Janvier 2015, Charlie Hebdo, hyper casher, plus jamais la vie et la ville ne seront vécues comme avant. Marcher paisiblement, prendre le métro, aller chercher ses enfants à l’école, faire ses courses dans le supermarché du coin, fut-il casher ou pas, prendre un verre avec des amis en terrasse, ou aller au concert, autant d’actes anodins qui font la vie de chaque jour, mais que la haine et la bêtise ont rendus si précieux et si rares, car tout peut s’arrêter, un instant on vit, l’instant d’après on n’est plus… C’est bref et terrible, et la compréhension de cet état de fait met la narratrice dans une posture de vertige, en perte de repère, comme si elle tombait dans un puits sans fin. Incapable de reprendre son équilibre, de vivre chaque moment, chaque instant, sans penser à sa finalité inéluctable, alors justement qu’en elle pousse la vie, celle de ce fils qu’elle mettra au monde au cours de cette année terrible.

Dans l’alternance des chapitres, il y a ceux qui évoquent le massacre, avec des phrases de plusieurs pages, aux mots répétés, au phrasé court ponctué simplement de virgules, comme une respiration impossible à trouver, qui montre bien l’état de vertige que l’on ressent alors, la perte d’équilibre, l’impression de tomber sans pouvoir se retenir, sans s’arrêter. Et il y a ceux qui racontent la maison familiale, la famille elle-même, les grands-parents, l’enfance, les souvenirs heureux d’étés fulgurants de bonheur, puis la mort de la mère, et l’après, la maison avec les amis, cette famille que l’on se choisit. Les souvenirs d’un parfum, d’un fruit, d’une musique, démontrent la beauté de ces instants qu’il faut savourer jusqu’au dernier, mais qu’on laisse si souvent passer sans les apprécier à leur juste valeur. Étrange roman qui tendrait plus de la réflexion intime que de la romance, qui montre la complexité des réactions face à l’horreur, celle qui nous frappe encore, à l’aveugle en cet été 2016, et que l’on a tant de mal à simplement appréhender. Assurément un roman fort, qui nous marque, car il est si proche de nos propres interrogations et qu’il verbalise nos craintes les plus intimes.

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Catalogue éditeur : Seuil

Décembre 2014. Depuis plusieurs semaines, la narratrice sait qu’elle va devoir vendre la maison de son enfance. Lieu des origines et de l’ancrage, de la mémoire familiale et de sa propre mémoire. Face à ce chagrin intime, écrire un livre lui semble la seule chose encore possible : trouver les mots pour, peut-être, sauver un peu de la maison avant qu’elle ne disparaisse de sa vie, lui restituer une part d’éternité.
Janvier 2015. La vague d’attentats qui frappe la France la laisse sans mots, comme dépossédée du monde tel qu’elle le connaissait. En elle, l’urgence s’est déplacée : que faire d’autre qu’écrire, pour tenter d’affronter l’innommable ? Au fil des semaines, sa vie va se jouer entre ce sentiment de fissuration du monde extérieur, que les attentats de novembre ne vont qu’intensifier, et celui de dépossession de son monde intime. Jamais le dehors et le dedans ne lui ont paru à ce point liés. Contrepoint paradoxal, insensé, de cet effondrement généralisé : tout au long de ces mois elle a porté un enfant, puis elle l’a mis au monde.

Littérature française / Romans : Cadre rouge / Date de parution 18/08/2016 / 16.00 € TTC / 176 pages / EAN 9782021313659

14 juillet. Eric Vuillard

Dans ce « 14 juillet » d’ Eric Vuillard, point de victoire, point d’armée, mais plutôt des hommes, des hasards, des rencontres, avec l’Histoire ou avec la mort.

L’histoire commence le 28 avril 1789 avec la destruction de la folie Titon, à Montreuil, somptueuse demeure de Réveillon, petit industriel fabricant de papiers peints prospère et qui vit dans son monde sans voir que le peuple à faim. Tout bascule lorsque la foule vient dévaster cette demeure, saccager, voler, bruler, par révolte, par faim, par dégoût.

Dans ce roman étonnant de vie alors qu’il parle si souvent de mort, Eric Vuillard a préféré nous parler des hommes, de tous ceux qui ont convergé vers la bastille ce jour de 1789, peu d’hommes célèbres ou de noms connus, plutôt des hommes et des femmes du peuple. De tous ceux qui par hasard ou par conviction, par faim ou par amitié, s’en vont, armés de bâtons et de pavés ou d’un canon tiré d’un musée, abattre le symbole que représente La Bastille. Tous sont porté par l’élan de la révolution qui gronde, combattants aux barricades ou aux octrois, ouvriers, menuisiers, gargotiers, marchands de bestiaux, journaliers, ils convergent souvent par hasard vers l’Histoire. Il les énumère, citant leurs noms, leurs métiers, et ce faisant il sort de l’anonymat de la multitude ceux qui ont fait l’histoire.

Beaucoup d’entre eux vont mourir, et l’auteur leur donne vie un instant, à cet instant où justement l’on se souvient de tout, des bonheurs et des douleurs, de la vie et de ceux qu’on aime, de ceux qu’on laisse aussi à regrets. Il nous les rend terriblement humains, parfois fragiles ou au contraire très forts, révolutionnaires ou opportunistes, simple curieux, venus là pour soutenir un ami, un voisin, emportés par l‘élan de la foule qui gronde et qui agit, au-delà de toute conscience politique ou révolutionnaire parfois. C’est beau ou c’est stupide de mourir dans ces conditions, tout dépend d’où l’on regarde. Il y a de scènes assez dures, car la mort n’est ni un jeu, ni un plaisir. Mais, grâce à un travail rigoureux d’étude de tous ces registres dans lesquels on a inscrit un nom, un métier, l’auteur les restitue et leur permet de rentrer dans l’histoire, violente, dure, sanglante, ils sont enfin bien réels.

Voilà un livre étonnant, difficile de dire un roman, et pourtant, difficile de le qualifier de récit, et l’on s’y laisse assurément prendre. J’ai été emportée par les mots, les énumérations, les suites de noms, de phrases, qui donnent justement un rythme et une puissance au récit et qui donnent vie et réalité aux anonymes.

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Catalogue éditeur : Actes Sud

La prise de la Bastille est l’un des évènements les plus célèbres de tous les temps. On nous récite son histoire telle qu’elle fut écrite par les notables, depuis l’Hôtel de ville, du point de vue de ceux qui n’y étaient pas. 14 Juillet raconte l’histoire de ceux qui y étaient. Un livre ardent et épiphanique, où notre fête nationale retrouve sa grandeur tumultueuse.
Août, 2016 / 10,0 x 19,0 / 208 pages / ISBN 978-2-330-06651-2 / prix indicatif : 19, 00€

Les mains lâchées. Anaïs Llobet

Avec « Les mains lâchées » d’Anaïs Llobet, se pose cette question terrible : comment ressort-on d’une catastrophe ? Pas le même qu’avant, forcément ? Pas intact, même si aucune séquelle physique n’est visible, meurtri, blessé … changé, oui, certainement. Mais alors ?

DomiCLire_les_mains_lacheesAvec ce premier roman d’Anaïs Llobet, c’est ce chemin là que nous faisons , et c’est prenant, émouvant, surprenant de justesse et de réalisme dans la description non morbide de l’évolution des sentiments face à l’irréalité d’une situation extra- ordinaire.

Madel est journaliste à Manille, amoureuse de Jan, elle le suit dans sa ville des Philippines.. Un ouragan est annoncé, dans ces pays-là on a plutôt l’habitude et l’on connait un certain nombre de gestes à accomplir pour se protéger, protéger ses biens, se mettre à l’abri. Chacun s’exécute, et attend que la tempête passe. Mais Haiyan / Yolanda n’est pas un ouragan comme les autres, c’est le typhon le plus terrible qu’aient connu les Philippines jusqu’à présent… 10 morts ? 100 morts ? 7000 morts au moins…impossible d’imaginer, de visualiser ce que représente un tel cataclysme. Les dégâts sont énormes, mais surtout, on trouvera des corps encore pendant des mois après le passage du typhon.

Madel prend Yolanda, comme on l’appelle là-bas, de plein fouet, dans la belle et solide maison de Jan, qui ne résiste pas au tsunami qui suit le typhon. Jan, l’enfant qu’il lui avait confié, et tant d’autres, disparaissent. Madel doit continuer à vivre, à chercher les survivants, à aider les médecins dépassés par la catastrophe, et avant tout, à faire son métier de journaliste dans le feu de l‘action, devenant à la fois voyeur et acteur du drame.

Le livre est construit en alternance de récits, celui de Madel, son expérience, ses doutes, ses atermoiements, ses questionnements.. et celui des Philippins dont elle recueille les témoignages, tous plus terribles les uns que les autres, sur cette fatalité devant un drame qui aurait pu être minimisé si les autorités avaient pris la juste mesure de ce qu’il se passait et protégé les populations dans les zones adaptées. Il se lit comme un récit journalistique, précis, concret sans être morbide, réaliste et parfois dur mais tellement juste, dans la description des sentiments aussi, de ceux qui ont subi et de ceux qui les assistent ensuite.. et comment ne pas craquer, ne pas lâcher, devenir fou, devant les morts qui s’amoncellent, les blessés, les ruines… Premier roman sur un sujet difficile, mais roman indispensable que je vous recommande vivement de lire !

Citation :

Voilà, c’est ça, le fond de l’horreur. Cette petite flamme d’espoir qui vous lacère le cœur et n’en finit pas de vous ronger l’âme. Et quand on décide de l’éteindre, en la pinçant de nos deux doigts, c’est au prix d’une brûlure qui ne nous quittera jamais. La brûlure de l’oubli.


Catalogue éditeur : Plon

Une vague monstrueuse, soulevée par un typhon meurtrier, dévaste les Philippines en quelques minutes et ravage sa myriade d’îles.
Sur l’une d’elles, Madel reprend connaissance, seule au milieu du chaos. Jan, l’homme qu’elle aime, a disparu. Et elle a lâché la main de l’enfant qu’il lui avait confié.
Au prix d’une difficile anesthésie des sentiments, la jeune journaliste se plonge dans son travail, en équilibre entre information et voyeurisme, quand tous les médias du monde se tournent vers les Philippines.
Recueillir la parole survivante, nouer des liens avec les rescapés, c’est conjurer la mort. Mais un typhon de cette violence ne laisse jamais en paix ceux qu’il a épargnés.

Date de parution : 18/08/2016 / EAN : 9782259249683

Crépuscule du tourment. Léonora Miano

La belle écriture contestataire et revendicative de Léonora Miano s’affirme une fois de plus avec « Crépuscule du tourment », pour le plus grand plaisir de ses lecteurs avertis.

« Qu’attends-tu de la vie ? Qu’offres-tu à la vie ? »

DomiCLire_Miano

Il y a une richesse infinie de vocabulaire, de savoir, d’histoire et d’érudition, de connaissance des traditions intellectuelles et spirituelles de ces contrées dans tous les textes de Léonora Miano. Ils deviennent des contes et des paraboles dits par ses différents personnages.

Nous sommes en Afrique subsaharienne, région chère au cœur de Léonora Miano qui y situe une grande partie de son œuvre. Quatre femmes s’adressent à un même homme, chacune à son tour, il est absent et elles ne sont ni avec lui ni ensemble. A partir d’un même événement, chacune va remonter le fil de son existence aux côtés de cet homme. Sa mère tout d’abord, puis la femme qu’il a quitté parce qu’il en était amoureux mais ne savait pas l’assumer, ensuite la femme avec qui il voulait se marier sans pour autant en être amoureux, et enfin sa sœur. Ces différents monologues seront pour l’auteur prétexte à expliquer sa vision de la famille, de la société, de l’histoire.

Chacune à son tour, ces quatre femmes expriment leur éveil ou leur exigence du respect des traditions, de ces coutumes qui construisent un peuple, qui forcent le respect, qui en imposent. Chacune de ces femmes se doit d’être « une tacticienne, un monument de ruse, une femme comme les aime la société ». Il ne fait pas bon être « des femmes sans généalogie, descendantes d’esclave ! » car on ne peut alors pas être acceptée dans les familles.

Dans le vocabulaire utilisé par ces femmes tout au long du roman, on retrouve la passion et les convictions de l’auteur. Quand elle parle du Nord, et donc de l’Europe, l’une d’entre-elles parle de ces pays habités par les populations « leucodermes » en regard de celles issues des Kémites, refusant l’appellation de « noirs », qui pour elle ne veut rien dire en regard des multiples différences de teintes qu’il peut y avoir dans les diverses populations africaines. Les références à Aset nous ramènent à Isis, aux pharaons noirs qui peuplaient la côte est de l’Afrique et aux sources des croyances égyptiennes.

Léonora Miano décrypte les travers et les poncifs des différentes religions qui imposent leurs dictats, ordonnés par les hommes et imposés en particulier aux femmes pour les asservir. Son écriture est révélatrice d’un combat pour faire retrouver ses racines à un peuple qui s’est laissé déposséder de ses propres traditions. Elles y ont une importance immense. Le père, la famille, les règles qui régissent les différentes strates de la société et leurs usages, domestique et maitre, femme et homme, mère et fils, filles et fils, sacré et croyances, médecine et sorcellerie, ancêtres et descendants, ont toutes une raison d’être et ne peuvent être comprises que de ceux qui sont prêts à les entendre.

Le conflit qui est en chaque individu est fort et important, prégnant durant toute son existence, celui d’écouter au fond de soi et de laisser émerger ses racines véritables, celles qui étaient là avant l’arrivée du colonisateur, avant la traite subsaharienne à laquelle ont participé les tribus de l’Ouest de l’Afrique, avant les migrations vers les pays du Nord. L’auteur le déplore, « Les natifs du pays premier sont des captifs non déportés » ils subissent un asservissement volontaire et une acceptation de coutumes qui viennent d’ailleurs au détriment des traditions de leur propre pays.

On retrouve tout au long de ces lignes la force et la passion de Léonora Miano que j’avais découverte lors d’une soirée Mahogany march au musée Dapper, ou en lisant  La saison de l’ombre. C’est tout un combat porté par une superbe écriture. Parfois difficile à appréhender tant les différences sont grandes avec nos habitudes et les coutumes et les règles qui régissent nos vies, mais c’est absolument passionnant.

Extraits :

« Grâce à la mystification dont elle était à la fois la conceptrice et l’objet, bien que sans en avoir conscience, celle qui deviendrait la Vierge souhaitait atteindre deux objectifs : régler son compte à la morosité des jours, et se donner de l’importance. Elle y parvînt.

La légende est connue. Et s’il y a chez elle quoi que ce soit dont une femme puisse s’inspirer, c’est cela : faire un rêve, y croire assez fort pour qu’il devienne la réalité de tous. Chacune dans la mesure de ses possibilités. »

« Elle était née fille, dans nos contrées où les filles ne sont plus rien. Je voulais qu’elle se sache aimée, précieuse. »

« C’est toujours le problème avec les religions. Elles sont des pratiques sociales permettant de forger et de consolider des communautés. Elles sont ensuite des systèmes de domination. »

« J’étais le produit d’histoires familiales complexes. Ce que l’on passait sous silence n’était pas sans incidences sur l’existence de l’individu, au contraire. Ces secrets étaient des serpents tapis dans le jardin.»


Catalogue éditeur : Grasset

De nos jours, quelque part en Afrique subsaharienne, au Cameroun peut-être, quatre femmes s’adressent successivement au même homme : sa mère, la femme à laquelle il a tourné le dos parce qu’il l’aimait trop et mal, celle qui partage sa vie parce qu’il n’en est pas épris, sa sœur enfin.
À celui qui ne les entend pas, toutes dévoilent leur vie intime, relatant parfois les mêmes épisodes d’un point de vue différent. Chacune fait entendre un phrasé particulier, une culture et une sensibilité propres. Elles ont en commun, néanmoins, une blessure secrète : une ascendance inavouable, un tourment identitaire reçu en héritage, une difficulté à habiter leur féminité… Les épiphanies de la sexualité côtoient, dans leurs récits, des propos sur la grande histoire qui, sans cesse, se glisse dans la petite.
D’une magnifique sensualité, ce roman choral, porté par une langue sculptée en orfèvre, restitue un monde d’autant plus mystérieux qu’il nous est étranger… et d’autant plus familier qu’il est universel.

Parution : 17/08/2016 / Pages : 288 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 19.00 € / EAN : 9782246854142

Lucie ou la vocation. Maëlle Guillaud

Lucie ou la vocation, le premier roman de Maëlle  Guillaud décrypte sans équivoque la complexité des relations entre les sentiments religieux et les dictats de la Religion. Que l’on ait la foi ou pas, ce roman vous marquera forcément !

Lucie aime et Lucie aime sans retour, sans compter, sans peur de se tromper… mais Lucie aime celui pour lequel il faut donner sa vie sans compter, sans retour, et qui sait peut-être sans peur de se tromper… Contre l’avis de tous, alors qu’elle est une brillante étudiante en Khâgnes, Lucie découvre sa vocation, son amour inconditionnel pour ce Dieu à qui elle décide de dédier sa vie. Au grand désespoir de sa mère dont elle est la fille unique et qui rêvait déjà de petits enfants à dorloter, au grand désespoir aussi de Juliette, son amie de toujours, sa presque sœur, qu’elle abandonne sans regrets en rentrant dans les ordres.

Car Lucie va rentrer dans les ordres, et pas n’importe où puisqu’elle choisi une congrégation de sœurs qui font vœu de silence et s’enferment au couvent. Amour absolu et incompréhensible pour la plupart de ceux qui l’entourent, mais avouons-le aussi pour la plupart d’entre nous lecteurs qui nous pensons libres et éclairés. Pour moi en tout cas, qui n’imagine pas qu’une telle vie puisse être rêvée par des jeunes filles d’aujourd’hui. Voilà donc un livre étonnant qui nous plonge dans une communauté et un univers que j’ai ressenti comme quasiment carcéral, avec ses tentions, ses rancœurs, ses jalousies, entre femmes qui ont fait vœu de pauvreté, abstinence et … obéissance. Jeux de pouvoir au sein de ce couvent, entre la mère supérieure et toutes celles qui espèrent un jour accéder au titre, dominer les autres. Car l’univers d’un couvent est conforme à la société, avec ses tensions et ses jalousies, son amour absolu pour un Dieu omniprésent et pourtant absent, avec ses doutes quant à la justesse du chemin choisi. Et au dehors, mais si proche, les doutes d’une adolescente qui pressent sa vocation puis l’assurance d’une presque adulte qui affirme sa vocation, l’amitié plus forte que tout, l’amour inconditionnel d’une mère, de celles ou ceux qui ne comprennent pas mais qui doivent accepter pour ne pas perdre….

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire la comparaison avec ceux qui s’embarquent pour faire le Jihad… sûrs de leur choix, terrible et incompréhensible pour leurs proches, ou ceux qui se convertissent quand ils pensent qu’ils ont trouvé la lumière, la voie. Ah, l’absolu pouvoir d’une religion et de ses extrêmes. L’incompréhension face à celui qui s’engage sans possibilité de retour. Voilà un livre assez dérangeant. Je pensais ne pas aimer, et en fait je me suis laissée happer par Lucie, sa foi qui l’emporte là où tant auraient abandonné, sur des chemins difficiles et si compliqués, si tendus, loin finalement de son idéal religieux d’amour absolu et joyeux, mais dans un univers dont on ne ressort pas si facilement.

Cette vie ou une autre, laquelle vaut le coup d’être vécue ? Et si elle avait raison ? Lesquels sont dans le vrai finalement, ceux qui doutent ou Lucie qui va au bout de son amour ? Je n’ai toujours pas de réponse. Même si « Lucie ou la vocation » est réellement un livre qui interroge le lecteur, j’avoue que je l’aurai bien parfois secouée un peu pour qu’elle réagisse !

« Christophe Colomb partait à la recherche des Indes, et qu’a-t-il découvert ? L’Amérique ! Partir à la recherche de Dieu aboutit à une découverte tout aussi imprévisible ! « 

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Catalogue éditeur : Editions Héloïse d’Ormesson

Avec une sensibilité et une justesse infinies, Maëlle Guillaud nous entraîne dans un monde aux règles impénétrables.
En posant la question de la foi et en révélant sa puissance à tout exiger, Lucie ou la vocation entre en résonance avec l’actualité.

ISBN : 2350873749 / Parution : 18/08/16

Quand j’étais Théodore Seaborn. Martin Michaud

Avec « Quand j’étais Théodore Seaborn », Martin Michaud, nous revient avec un sujet terriblement d’actualité, difficile et absolument passionnant.

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J’aime beaucoup ce très talentueux auteur québécois dont j’ai déjà lu deux polars, Je me souviens et Violence à l’origine. Avec cet opus-là, il s’éloigne de l’univers de ses policiers fétiches qui sévissent à la section des crimes majeurs, Victor Lessart et Jacinthe Taillon. Il me semble aussi qu’on y perd un peu de la gouaille typique de nos cousins canadiens, mais qu’importe, voilà encore un sujet traité avec une belle maitrise de l’écriture et du suspense.

Théodore Seaborn est un jeune publicitaire de Montréal. Au chômage et dépressif, il ne quitte plus son domicile et passe ses journées devant sa télé, pas rasé, pas changé, il s’empiffre de Coffee Crisp… Jusqu’au jour où, à court de barres chocolatées, il est contraint de sortir enfin de chez lui et découvre tout à fait incidemment son sosie parfait. Dès lors, sa vie bascule et de péripéties en rencontres, le voilà embarqué par Samir, un inconnu, jusqu’en Syrie. Là vont interférer dans son quotidien les forces djihadistes de l’EI, les services de renseignements français, les réminiscences de son enfance au Liban, mais surtout le voilà confronté aux interrogations sur sa vie, sa famille, son couple, sa fille, et tout ce qui fait le sel et la valeur de ce qui nous entoure.

Propulsé terroriste ou au contraire engagé quasiment par hasard, mais pas forcément contre son gré, dans une opération aux côtés des français, à Racca, il va découvrir l’horreur de la vie des prisonniers de l’EI, subir les tortures, assister aux pires exécutions, et pourtant comprendre également au contact de Samir que dans chaque homme, et malgré ses convictions les plus profondes, un soupçon d’humanité peut encore émerger.

Une certaine incohérence apparait quelques fois dans l’enchainement des rencontres, certaines semblent même improbables, et pourtant un écheveau invisible tisse des liens et finit par rassembler les différents protagonistes. On le sait, Martin Michaud aime nous propulser dans des périodes de temps différentes pour mieux nous emmener dans son intrigue, et là encore il y excelle. Voilà donc un roman que l’on ne peut pas lâcher et qui se lit d’une traite. La déchéance, le fatalisme face aux difficultés, puis la rédemption et la transformation de Théodore Seaborn font un bien fou. La relation prisonnier-bourreau, passeur-émigré, les relations humaines entre les hommes, sont complexes et bien mises en évidence, on veut y croire et on se laisse emporter dans le sillage d’un Théodore d’abord anéanti, puis transformé et combatif, et de plus en plus attachant. Car finalement, aussi loin qu’il aille, c’est au fond de lui-même, de ses convictions, de ses envies, ses sentiments, ses croyances, en l’homme et en la religion, qu’il fait son plus important voyage, et c’est peut-être aussi pour ça qu’on s’y attache autant.


Catalogue éditeur : Kennes éditions

Un récit riche sur un sujet d’actualité brûlant : l’état islamique et le terrorisme

Théodore Seaborn, un jeune publicitaire de Montréal, se remet d’une dépression après avoir été congédié. Marié et père d’une petite fille, il passe ses journées à regarder des enregistrements de la commission Charbonneau et à manger des Coffee Crisp. Le jour où ses réserves de barres chocolatées s’épuisent, il sort de chez lui et croise un homme qui lui ressemble de façon troublante. L’entêtement de Théodore à retracer cet inconnu et, plus tard, à croire qu’il appartient à une cellule terroriste vire bientôt à l’obsession. Mais par quel revers de fortune vat-il se retrouver dans le fief de l’État islamique, en Syrie ? De Montréal à Racca, Théodore affrontera tous les dangers, mais le voyage le plus risqué et le plus insensé de tous est celui qui le mènera au bout de lui-même.

Date de parution : 6 avril 2016 / Nombre de pages : 432 pages / ISBN : 9782875802798

La crypte du diable. Dominique Faget

Avec « La crypte du diable », je découvre l’écriture de Dominique Faget, sa passion évidente pour l’histoire – ici nous allons faire une incursion au XVIIe siècle – et son habileté à nous plonger dans son histoire !

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C’est un véritable plaisir de savoir que nos auteurs régionaux écrivent et parlent aussi bien de leurs régions et des villes qu’ils connaissent parfaitement. Avec Dominique Faget, nous embarquons pour Bordeaux. Ici, l’auteur mêle habilement deux époques, 1628 et aujourd’hui. Si la ville est aujourd’hui prospère et magnifique, elle a également connu des temps tout aussi glorieux mais où les croyances, la maladie, la bêtise, étaient monnaie courante.

1628, c’est une époque sombre où les sorcières étaient brulées sur les bûchers, où les prêtres avaient un vrai pouvoir, et où les pères pouvaient décider de l’avenir de leurs enfants, de leurs filles en particulier. Nous découvrons le sieur Chantecaille, riche marchand bordelais et sa famille. Fabrizzio, un jeune peintre italien, doit réaliser le portrait de Catherine, l’ainée de ses filles. Il tombe immédiatement sous le charme…

Aujourd’hui à Bordeaux, les cadavres d’hommes plus ou moins connus dans le bordelais s’amoncellent, on en découvre presque chaque jour dans les eaux glacées de la Garonne, atrocement mutilés, et porteurs de signes religieux étranges. Les services de la PJ ne chôment pas et l’enquête s’avère difficile.

Dans l’église saint Pierre, le prêtre héberge Marie, une ex SDF. Elle tente de revenir à la vie, et l’on comprend vite qu’un évènement particulièrement douloureux de son passé lui a laissé d’importantes séquelles.

Une mystérieuse crypte et le tableau d’une Madone caché dans l’église semblent être le fil conducteur de l’intrigue. Mais quel lien entre chacun des évènements, des personnages… en dire plus serait certainement en dévoiler trop !

L’alternance entre les deux époques est assez facile à suivre car elle est parfaitement introduite dans chaque chapitre, le lecteur est pris par la main… enfin, pas tant que ça, il est aussi plongé en plein mystère ! Mais grâce à une écriture savamment maitrisée et un soucis de la vérité historique évident, l’auteur, par une grande précision dans ses descriptions en particulier des détails, de l’architecture, des arts et de la vie de la société, mais aussi des relations entre les personnages et de leurs psychologies parfois complexes, nous embarque dans une intrigue menée tambour battant. Dominique Faget tient son lecteur en haleine et vous le verrez, nos plus grandes certitudes s’effondrent à mesure et le suspense est tenu jusqu’au bout, mêlant une véritable intrigue policière actuelle à un récit historique haletant. Tout est là pour vous donner envie de tourner les pages, et qui sait, d’aller vite visiter cette belle ville qu’est Bordeaux ?

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Vents Salés

Une sulfureuse affaire au cœur du Vieux Bordeaux !

Pourquoi le tableau d’une Madone peint durant l’épidémie de peste de 1628 a-t-il été dissimulé dans l’église St Pierre ?
Pourquoi ces cadavres repêchés dans la Garonne, ont-ils des symboles religieux fichés dans les chairs ?
Quel rôle a joué cette crypte inexplorée qui plonge sous le quartier St Pierre ?

Une longue et difficile enquête commence pour la P.J. de Bordeaux qui affrontera l’incompréhensible, avec une énigme dont la solution se trouvera dans le passé.

Éditons Vents Salés. ISBN : 978 2 35452 145 5

Les grandes et les petites choses. Rachel Khan

Une belle découverte « Les grandes et les petites choses » le roman-autobiographique de la talentueuse Rachel khan.

Domi_C_Lire_Rachel_khanMais ce livre est un petit bijou ! D’abord on s’imagine entrer dans un roman, un bon roman, au style léger et joyeux, alors qu’il y a une telle profondeur dans ce qui est dit, et surtout ce qui est vécu par l’auteur !

Ensuite, on découvre le personnage, Nina Gary, ou Rachel Khan, sportive de haut niveau, juriste aux multiples diplômes universitaires, conseillère à la culture du cabinet de Jean-Paul Huchon en ile de France, et aujourd’hui actrice, rien de moins.

Sous une narration humoristique on sent une profonde humanité et une grande érudition. Car comment Nina peut-elle prendre apparemment à la légère ce qui lui arrive dans les vestiaires du stade, et qui est juste terrible. Si ce n’est en comparant avec ce qu’a enduré et souffert la famille de sa mère, déportée, exterminée car juive, ou la famille de son père, descendant d’esclave en Gambie…

Nina à des parents qui rappellent fortement ceux de Rachel bien sûr ! Une mère juive qui est libraire et se réfugie dans ses livres pour ne pas dire, ne pas parler ; un père prof d’anglais d’origine africaine, un grand-père qui parle Yiddish à la maison, rescapé des camps, souvenir vivant de ce que peut être l’horreur.

Alors, oui, Nina est juive, oui, Nina est noire, Nina est blanche par sa mère, Nina est également musulmane et animiste par son père, et Nina est faite pour la course, car c’est bien connu les noirs courent vite ! … Mais comment vivre lorsque où que l’on se tourne, on devient une minorité visible ? Elle y réussira, et ce roman est un excellent moyen de nous le montrer.

J’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de Nina, admirative de sa force de caractère, de son sens de la famille, de son amour de la vie avant tout, et avec quelle dérision elle réussit à rendre stupides à nos yeux de lecteurs ceux qui soulignent les différences au lieu de les accepter. Une belle leçon de vie.

Lire l’interview de Rachel Khan par Karine Papillaud pour lecteurs.com

 les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Anne Carriére

Nina Gary a 18 ans ; alors qu’elle tente de devenir une femme, elle réalise que quelque chose cloche. Entre son père gambien qui marche comme un tam-tam, son grand-père à l’accent de Popek qui boit de la vodka, entre le trop d’amour de sa mère cachée pendant la guerre, le rejet de la fac et la violence de la  rue, elle est perdue. Noire, juive, musulmane, blanche et animiste, elle en a gros sur le cœur d’être prise pour une autre, coincée dans des cases exotiques où elle ne se reconnaît pas. Alors, elle court.

C’est la solution qu’elle a trouvée pour échapper aux injustices et fuir les a priori d’une société trop divisée pour sa construction intime. Elle fait le choix de  la vitesse pour se prouver qu’elle a un corps bien à elle et se libérer de l’histoire de ses ancêtres, trop lourde pour ses épaules. Un mouvement permanent pour s’oublier, et tout oublier de la Shoah, de l’esclavage, de la colonisation et de la reine d’Angleterre. Courir pour se perdre, s’évader, se tromper, être trompée, se blesser, se relever peut-être. Ne plus croire en rien, seulement au chronomètre et en l’avenir des 12 secondes qui vont suivre. Sentir ses muscles, pour vivre enfin l’égalité – tous égaux devant un 100 mètres, à poil face au temps. Entre les grandes et les petites choses,  c’est l’histoire de Nina Gary, une jeune fille qui court pour devenir enfin elle-même.

ISBN : 978-2-8433-7814-0 / Nombre de pages : 250 / Parution : 18 février 2016 / Prix : 18 €