Les herbes folles. Philippe Fréling

Dans « Les herbes folles », Une femme découvre et réinvente la vie. Philippe Fréling nous fait découvrir à sa façon la France de l’après-guerre et des années sombres de la guerre d’Algérie.

DomiCLire_les_herbes_folles.jpgElle est jeune mais cependant déjà mère d’un enfant, mariage arrangé par les mères, solitude et tromperie, la voilà déjà divorcée. Elle est ouvreuse au cinéma l’Eden et rêve d’ailleurs, de liberté, de légèreté. Là, de beaux militaires passent, lui surtout, celui avec qui elle va vivre des moments intenses, loin des contingences du quotidien, comme dans un rêve, dans une simple chambre d’hôtel. Ces instants hors du temps, que l’on vit sans se poser de question, sans réellement essayer de se connaitre, et qui pourtant sont aussi les prémices de l’amour naissant.

Il part, elle reste. Mais elle le sait, un deuxième enfant sera bientôt là, des lettres échangées, la guerre en Algérie, un frère qui la comprend, un mère qui élève ses enfants… C’est une jeune femme décidée, qui même une vie simple mais pas tranquille, et qui pourtant sait ce qu’elle veut, un mari, une famille, de enfants, les siens, avec lui. Alors malgré son innocence apparente, elle saura le joindre et le rejoindre, l’attendre et l’espérer pour enfin mener la vie qu’elle a décidé de mener.

Sous des airs parfois un peu mièvres, on apprécie cette écriture sobre qui décrit la vie, la pugnacité malgré la candeur, la réalisation d’un rêve, dans ces années de guerre où tout peut s’arrêter demain, où les règles ne sont plus écrites, où l’espoir pourrait être vain car la vie tient à si peu de choses. L’auteur plonge adroitement son lecteur dans ces années 50 / 60, difficiles, tourmentées, dans une province qui promet peu d’espoir d’avenir radieux, mais où l’on peut espérer un bout de ciel bleu à l’horizon. J’ai juste envie de dire que ça fait du bien au final, un peu de douceur !

Un extrait :

Dans une grange, sur des ballots de paille, en plein hiver… Tu ne pouvais pas attendre l’été ? Et puis, ce type, quel âge il a ? Si ça se trouve, il est marié, il se sera offert une jeunotte. Franchement, tu aurais pu trouver mieux …  Attendre l’été… Un petit gars du coin, un petit puceau…Vous auriez fait ça tous les deux pour la première fois, couchés dans le foin, avec le soleil pour témoin…


Catalogue éditeur : Denoël

Elle vit quelque part en province, dans la France des années 50, celle de la guerre d’Algérie. Elle connaît un premier homme, il lui fait un enfant. À cet homme on la marie. Il est absent, infidèle. Le divorce prononcé, la jeune femme laisse son enfant à sa mère, part travailler en ville. Ouvreuse dans un cinéma, un soir où on projette Johnny Guitar, elle fait la rencontre d’un deuxième homme. Il est militaire. Ils vont à l’hôtel, passent quelques nuits ensemble. Lire la suite

Littérature française > Romans et récits / Collection Romans français / Parution : 12-01-2017 / 208 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207136249

Marguerite. Jacky Durand

De 1939 à 45, Marguerite aime, Marguerite vit, Marguerite espère, son mari, la fin de la guerre, un improbable amour, et Jacky Durand signe là un bien joli premier roman.

DomiCLire_marguerite_jacky_durand.jpgPendant la seconde guerre mondiale, Marguerite tente de vivre normalement dans son petit village étriqué. Pierre, celui qu’elle aime, qu’elle a épousé et avec qui elle n’aura vécu que quelques mois est sur le front. D’abord la ligne Maginot à défendre, puis le stalag et la vie de prisonnier en Allemagne, en attendant la libération.

Pendant ce temps, Marguerite doit affronter la curiosité des voisins,  la difficulté, au quotidien et saison après saison, à réaliser des travaux d’hommes, ceux que Pierre accomplissait en rentrant du travail, puis le travail à l’usine, le contremaitre libidineux et prêt à abuser des ouvrières, le marchand de bois qui abuse de la détresse des femmes pour profiter d’elles, pauvres malheureuses qui quémandent quelques bûches pour ne pas mourir de froid.

Dans l’univers de Marguerite  il y a tout d’abord Germaine, la voisine qui, bien que trop curieuse est malgré tout un présence rassurante ; il y a Raymonde, la postière libre et courageuse, qui lui offre l’opportunité de travailler pour sortir un peu de chez elle ; André le jeune Gitan, qu’elle prend sous son aile, nourrît les dimanches en échange de quelques travaux, pas de façon assumée car chacun a sa fierté, mais avec une tendresse et un compréhension mutuelle des malheurs de l’autre qui les rapproche. Enfin il y a Frantz, l’Allemand au regard bleu azur, le soldat qui parle si bien français, qui est droit et honnête et cherche à faire du bien, qui prend soin de Marguerite un peu contre son grès, et ce malgré la guerre et sa position d’occupant, dans ce petit village où les langues et les médisances ont vite fait de semer le doute et le mal. Frantz, comme certainement tant d’autres, aurait aimé un ailleurs autrement, mais il est malgré lui impliqué dans cette guerre.

Voilà un beau premier roman, qui certes décrit une période sombre, mais qui évoque avec tant de justesse les sentiments, l’amour fou, l’absence et l’oubli, la solitude et la fidélité, les incertitudes, les interrogations et les envies légitimes d’une jeune femme qui se découvre, qui évolue, qui grandit et décide d’être et de vivre, envers et contre tous, quoi qu’il en coûte.

Extrait :

C’est le silence qui surprend désormais après la colère des hommes. Comme s’il ne s’était rien passé en cette fin d’août 1944 dans cette sous-préfecture endormie par la chaleur. Sauf une pluie d’orage qui a déposé une odeur de mouillé sur le gravier échauffé où une vieille traine les pieds dans des chaussures trop grandes. On entend le chuintement pénible de ses pas qui s’éloignent alors que monte le bruit rauque d’un char Sherman remontant du fleuve. La guerre est bien encore là.


Catalogue éditeur : Carnets Nord

Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Parution : jeudi 26 janvier 2017 / ISBN : 9782355362330 / 240 pages / 17 €

Principe de suspension. Vanessa Bamberger

Dans ce roman au titre étrange « Principe de suspension », Vanessa Bamberger parle de la vie et des relations familiales, mais aussi du travail et la passion d’un chef de PME pour son entreprise dans le contexte difficile de la désindustrialisation des territoires.

DomiCLire_principe_de_suspension.jpgLes premières pages s’ouvrent sur un lit d’hôpital, Thomas est dans le coma, et Olivia, sa femme, espère, attend et d’une certaine façon réinvente son couple.
Thomas est un chef d’entreprise qui rêve de bousculer l’ordre établi, celui qui inéluctablement prive les villes de province de leur tissu industriel vieillissant. Il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique qui travaille pour l’industrie pharmaceutique. Il faut dire que la médecine et la pharmacie, inconsciemment, sont comme un aimant pour cet homme marqué par le décès de sa jeune sœur handicapée alors qu’il était adolescent. Mais dans le Grand Ouest et comme partout en France, l’industrie est en déclin. Aussi lorsque Loïc se présente pour travailler avec lui, Loïc dont le fils est justement handicapé, Thomas se laisse séduire par cet homme avenant qui fourmille de projets. Thomas espère qu’il va l’aider à sortir son entreprise de l’ornière dans laquelle elle s’enfonce peu à peu, car les donneurs d’ordre opèrent des mutations vers les pays de l’est ou l’Allemagne.  Jusqu’au jour où….
En parallèle, Olivia tente de comprendre ce mari si peu présent, ce père tellement absent de la vie et de l’évolution de ses fils, qu’elle en vient peu à peu à se demander si la vie de couple est réellement ce qu’elle a de mieux à espérer, à vivre. Aussi le jour où un accident respiratoire inattendu plonge Thomas dans le coma, chacun s’interroge sur le bienfondé de son quotidien, sur son envie de poursuivre, sur son utilité, ses priorités.

Questionnements sur le couple, sa fragilité, son équilibre. Mais questionnement également sur la vie d’un patron de PME, contraint par ses employés, ses fournisseurs, ses clients, et surtout par l’évolution des marchés de l’emploi, la mondialisation et les coûts du travail, la tyrannie des actionnaires et les rachats d’entreprise. De flash-back en retour au présent, puis au futur, chaque chapitre est introduit par une définition, principe ou suspension…et le lecteur s’interroge avec Olivia, avec Thomas, sur l’importance de sa vie, de son couple, de ses choix, ses aspirations et sur l’utilité de ses actions, sur la réalité du quotidien. Voilà un premier roman intéressant qui nous plonge dans les affres de la réalité et du quotidien de ces petits patrons qui tentent tout pour faire survivre leurs entreprises.


Catalogue éditeur : Liana Levi

«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

Date de parution : 03-01-2017  / 14 x 21 cm – 208 pages / ISBN : 9782867468759 / 17,50 €

Dans la forêt sombre et mystérieuse. Winshluss

Mais que va trouver Angelo là-bas, dans la forêt sombre et mystérieuse ? Vite, embarquez avec lui et découvrez ce conte initiatique très actuel.

DomiCLire_dans_la_foret_sombre_et_mysterieuse.jpgDans la famille d’Angelo, les enfants se disputent allégrement, le grand frère embête Angelo, la petite sœur pleure, une vie normale en somme. Jusqu’au moment où la maman d’Angelo s’écroule en larmes. Une maman qui n’a jamais pleuré, ce doit être grave ! Et en effet, mémé, celle qui permet tout, celle qui sent si bon, celle avec qui on passe de si super vacances, est gravement malade. Il faut partir la voir, toute la famille embarque dans la voiture pour un long voyage.
Mais la route est longue, il faut s’arrêter, « pause pipi pour tout le monde ». Quand tout le monde repart, papa et maman sont tellement stressés qu’ils oublient Angelo au bord de la route.
Et pour Angelo, l’aventure commence : comment rejoindre ses parents, comment aller chez mémé ? Il va traverser la forêt sombre et mystérieuse. Il y fera de nombreuses rencontres, les fourmi rouge qui piquent et se défendent, Fabrice, l’écureuil qui rêvait d’être un oiseau, Goouh, le drôle de monstre qui incarne si bien la forêt, un crapaud qui fume à l’entrée de la vallée du désespoir, celle qui les hommes ont ravagée en cherchant « la source de vie », le nuage, qui tonne lorsqu’il est en colère et qui fait tomber une pluie abondante qui recouvre la vallée. Quand Angelo a trop faim, il tombe dans le piège de la femme de l’orge qui espère bien préparer « un bon petit garçon » pour le dîner de son mari !…. Mais Angelo est un gentil petit garçon qui soutien ceux qui souffrent, ceux qui ont besoin de lui, les plus petits que lui qui sont à sa merci mais qu’il sait épargner, aider, et qui lui sauront gré de sa gentillesse lorsqu’il aura besoin d’eux.

A la fin de son long voyage dans la forêt sombre et mystérieuse, Angelo va retrouver sa famille, son papa et sa maman qui l’avaient oublié sans s’apercevoir de son absence, sa famille qui veille mémé si malade. Et alors ? Mémé ? Que devient-elle ? Ah mais là, pour le savoir il faut lire cette superbe BD !

Un superbe graphisme, des couleurs sombres ou plus lumineuses adaptées à chaque situation que rencontre Angelo dans la forêt, à la fois synonyme de mystère, d’aventure, à la manière d’un conte, qui inquiète mais sans jamais faire réellement peur.  De toute l’histoire émerge une morale intéressante, celle du plus grand qui aide, qui soutien, et qui reçoit en retour la gentillesse dont il a su faire preuve, mais également une approche du côté parfois cruel que peuvent prendre les situations, du deuil, de la peur des enfants d’être abandonnés par ceux qu’ils aiment plus que tout, les parents. Un joli voyage au milieu des ogres et des géants, dans un conte pour enfants version moderne.


Catalogue éditeur : Gallimard Jeunesse

Angelo, jeune apprenti aventurier féru de zoologie, prend la route en famille pour rendre visite à sa mémé géniale qui est très malade. Mais sur l’aire d’autoroute où ils s’arrêtent, ses parents l’oublient et repartent sans lui! Terrorisé, Angelo décide de couper à travers la forêt, où il se perd tout à fait…
Ses rencontres avec de fascinantes créatures — de la luciole obèse à l’ogre terrifiant — vont faire de son singulier périple une aventure fantastique.

Pépite d’or du meilleur livre jeunesse 2016 / Prix France Télévisions – Catégorie moyens.

Bandes dessinées jeunesse / hors collection, Parution : 20-10-2016 / 160 pages, 190 x 260 mm / De 7 à 12 ans / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782070655700

La Peinture américaine des années 1930 « tHe AgE of aNxiEty » Musée de l’Orangerie

Plus que quelques jours pour aller découvrir les grands peintres américains du XXe siècle. L’exposition se termine le 30 janvier.

domi_c_lire_expo_peinture_americaine_1Si nous connaissons parfois bien nos peintres majeurs français, et au moins quelques peintres européens, pour l’art des États-Unis, il est souvent plus difficile de citer des noms lorsque l’on se pose la question.
Le musée de l’orangerie nous permet donc de faire un tour d’horizon  des artistes qui ont émergé sur le nouveau continent à la période difficile de la grande crise.  Après la chute de la bourse à Wall Street en 1929, le pays plonge dans La Grande Dépression, elle aura des effets jusqu’en Europe. Tous les artistes présentés dans cette exposition témoignent à leur façon de la réalité de ces années anxiogènes, où il était peut-être parfois compliqué de croire en l’avenir, où le paysage se transforme. De rurale, l’Amérique devient urbaine avec les migrations des ouvriers agricoles vers les grandes villes.  Mais dans les années 30, on assiste également à l’émergence de l’industrie et de sa puissance, en parallèle la misère sociale entraine cette migration des campagnes vers les villes, ces dernières prennent alors une grande importance dans le paysage national. Tout cela n’empêche pas d’avoir le goût de la fête, de la danse et de la musique, d’ailleurs un magnifique tableau nous rappelle le roman de Horace Mac Coy, on achève bien les chevaux, quand on pratiquait des marathons de danse, sur plusieurs jours, pour un gain misérable.

C’est également l’époque de la naissance du jazz dans les villes et à Harlem, mais aussi des inégalités, des discriminations et des violences raciales, perpétrées en particulier dans les états du sud. Période encore où les artistes réinventent un passé, celui des colons et de Thanksgiving, celui des austères sœurs de la révolution, celui beaucoup moins glorieux de l’esclavagisme. S’ils réinventent leur passé, ils sont toujours attentifs au présent, on retrouve dans les œuvres présentées des évocations du drame de Guernica qui, s’il a largement inspiré une œuvre majeure de Picasso, est également évoqué dans les toiles présentées ici, tout comme la montée du fascisme en Italie ou en Espagne.

Exposition intéressante qui nous fait découvrir de grands noms d’artistes très peu connus, qui préfigurent le réalisme, l’expressionnisme abstrait ou le pop art, qu’importe car ce qui est sûr, c’est que l’art moderne américain prend son envol à cette époque. Exposition ponctuée de deux superbes toiles de Hopper, dont j’avais particulièrement aimé la rétrospective au Grand Palais.


Exposition du 12 octobre 2016 au 30 janvier 2017

The Age of Anxiety

Les années 1930 sont, à plus d’un titre, décisives dans l’affirmation d’une scène artistique moderne aux États-Unis, à un moment particulièrement complexe de son histoire où la définition d’un art moderne américain ne peut être univoque. De l’abstraction au réalisme « social » en passant par le régionalisme, les univers esthétiques de peintres tels que Marsden Hartley, Georgia O’Keeffe, ou Edward Hopper cohabitent et se confrontent dans les mêmes foyers de création.
Organisée en collaboration avec l’Art Institute de Chicago, cette exposition présente un ensemble d’une cinquantaine de toiles issues de prestigieuses collections publiques américaines (l’Art Institute à Chicago, le Whitney Museum, le Museum of Modern Art à New-York…) et de collections particulières, dont la diversité reflète toute la richesse de cette période précédant la Seconde Guerre mondiale.

La mélodie familière de la boutique de Sung. Karin Kalisa

Voilà un drôle de roman qui sous des airs de légèreté et de naïveté bon enfant aborde intelligemment le problème de l’immigration et de l’insertion dans ces pays que l’on n’adopte pas toujours par choix.

DomiCLire_la_melodie_familiere_de_laboutique_de_sung.jpgBerlin, dans le quartier de Prenzlauer berg, la fête de l’école s’annonce chaleureusement classique. Mais le directeur à une idée farfelue, demander à chacun des enfants d’étrangers, d’émigrés, de son école de venir avec un objet représentant son pays d’origine. Tout serait très simple si Minh n’avait pas eu la belle idée de venir avec sa grand-mère, qui donne un spectacle peu commun de marionnettes, abordant en même temps la difficile période d’immigration, d’adaptation et d’insertion des Vietnamiens dans le Berlin d’avant la chute du mur.

Cette représentation au demeurant fort artistique et poétique pourrait ne pas avoir de suite. Mais c’est sans compter sans l’institutrice, qui va aimer puis reprendre l’idée des marionnettes pour en faire un élément de contestation. Pour ce faire, elle va rencontrer différemment ces vietnamiens qu’elle côtoie depuis toujours sans les aborder réellement. Parler, travailler ensemble, échanger, sourire, goûter, rêver, voilà bien un exercice simple, évident, mais si peu courant. Pourtant, l’ensemble de la communauté va peu à peu changer ses habitudes, les allemands d’origine pour découvrir les coutumes de ces étrangers qu’ils voient dans leur quartier depuis toujours sans pour autant avoir jamais essayé de les connaitre, les vietnamiens pour sortir de leur isolement, apprendre une langue qu’ils avaient ignorée jusque-là, mais aussi partager des habitudes, des goûts, des savoirs. Chacun faisant un pas vers l’autre, de découverte en découverte, le quartier va changer pour le plus grand bonheur de tous.

Ah, et si c’était aussi simple ! Car bien sûr ici tout parait bien idyllique. Mais quand même, quel joli moment d’échange, d’ouverture vers l’autre, de rêve idéalisé d’entraide, de partage, d’échange, de joies communes et de vie plus sereine. C’est une drôle d’aventure terriblement optimiste qui se déroule dans ces pages-là, et même si on a du mal à y croire, on voudrait bien malgré tout que cette belle expérience se répète dans nos villes, dans nos quartiers, entre les différentes communautés qui trop souvent s’ignorent, plus par manque d’élan vers l’autre, de curiosité, que par réel manque d’ envie.

Et s’il suffisait de construire quelques ponts de singe pour créer des liens entre nous ?


Catalogue éditeur : éditions Héloïse d’Ormesson

Lorsque la grand-mère de Minh donne un spectacle de marionnette vietnamienne à la fête de l’école, personne ne soupçonne que le quartier de Prenzlauer Berg va en être bouleversé. Et pourtant, dans ces rues de l’ancien Berlin-Est, la part d’Asie ressurgit, insufflant un nouveau sens de la communauté. C’est l’effet papillon assuré. Bientôt, les habitants sont coiffés de chapeaux de paille pointus, des légumes méconnus apparaissent dans les assiettes, des ponts de bambou relient les maisons de toit en toit. De belles vibrations, une vraie révolution ! Lire la suite

Rose Labourie / 288 pages | 20€ / Paru le 19 janvier 2017 / ISBN : 978-2-35087-380-0

Illustration de couverture © conception : Geviert, Grafik & Typografie, Andrea Janas ; illustration : © Geviert ; photo de Berlin © shutterstock/linerpics.

Un enfant de pauvres. Christophe Honoré & Gwen Le Gac

Cet enfant de pauvre, c’est Enzo, et son histoire est racontée avec beaucoup de poésie et tout en finesse et sobriété par Christophe Honoré, accompagné par le graphisme insolite de Gwen Le Gac.

domiclire_un_enfant_de_pauvre_1Enzo vit à Lille, avec son père et sa mère… peu à peu des objets disparaissent autour de lui, puis son père quitte à son tour la maison… Que s’est-il passé ? Enzo s’en rend bien compte, la vie n’est plus la même, ses parents n’ont plus d’argent, il n’est plus possible de vivre normalement, d’aller en vacances, au centre aéré, aux anniversaires.
Il part vivre dans le sud, hébergé par une amie de sa mère, et prend conscience de ce que veut dire être pauvre, quand on n’a pas d’argent à dépenser et encore moins à gaspiller pour se faire un petit plaisir… Heureusement, sa vie change aussi en mieux lorsqu’il rencontre Ethel, même s’il est méfiant, sur ses gardes, conscient des efforts que font ceux qui l’entourent pour qu’il ait l’impression de vivre normalement. Au risque d’en devenir trop méfiant, trop sauvage, trop solitaire. Et malgré ces changements il sait que cette expérience le marquera à jamais, car c’est un univers particulier qu’il affronte, celui d’être un enfant de pauvres.

Christophe Honoré présente avec ses mots et surtout avec une infinie poésie grâce au graphisme très particulier de Gwen Le Gac la différence, la pauvreté, la vie autrement… Le roman est ponctué de magnifiques photos ou dessins, qui montrent peu à peu la solitude, puis la renaissance par le surf et grâce à l’amitié, d‘un enfant grandi trop vite dans la difficulté. Un très beau livre qui ose mettre des mots sur ce qui fait la différence et que je conseille à tous les ados ! Qui sait, peut-être que comme moi vous serez étonnés par la couverture cartonnée, par les photos et les dessins, étonnamment plus ou moins pixelisés, mais ils forment un tout avec l’histoire, et ce livre est une belle leçon de vie en plus d’être un bien bel objet.

 

Catalogue éditeur : Actes Sud Junior

Une histoire graphique d’une puissante sobriété, sur le sujet encore tabou de l’argent.

À douze ans, Enzo est champion de surf. Mais ce n’est pas cela qu’il veut nous raconter. Il veut écrire comment, alors qu’il avait huit ans, sa vie a basculé. Comment il est devenu un enfant de pauvres. Comment, après les lampes, les chaises, les vases, les livres… c’est son père qui a finalement quitté la maison. Avec sa mère ils ont dû partir aussi, recueillis par une amie, au bord de la mer, après avoir vendu tout ce qu’il leur restait. Mais l’argent n’est pas revenu. Alors Enzo s’est mis à voler. Et puis il a rencontré Ethel…

novembre 2016 / 16.50 x 23.00 cm / 56 pages / ISBN 978-2-330-06985-8 / prix : 16,00 €