Ceux qui restent. Marie Laberge

Dans « Ceux qui restent » Marie Laberge aborde le difficile retour à la vie des perdants, ceux dont un proche s’est suicidé et qui tentent de revivre, de comprendre, d’avancer, après ce geste le plus souvent profondément énigmatique.

DomiCLire_marie_labergeMarie Laberge donne la parole à Ceux qui restent quand ceux qu’on aime s’en sont allés et surtout quand leur départ laisse un gouffre d’interrogation, d’incompréhension, un abime de culpabilité et de silence. Ceux qui restent quand un enfant, un amant, un mari se suicide. Même si tout au long du roman il y a surtout Sylvain, l’absent, celui qui est présent en chacun des personnages. Sylvain a, en apparence au moins, réussi sa vie, malgré un mariage  pas forcément des plus heureux avec Mélanie-Lyne qui lui a donné un fils, Stéphane. Après avoir passé comme à son habitude un moment de sexe « enragé » avec sa maitresse, et sans laisser aucune explication, Sylvain va se suicider dans la maison familiale. Il laisse orphelins ceux qui restent, son fils et tous ses proches, que l’on retrouve quinze ans plus tard.

Voilà un roman à la fois choral, avec les réflexions de trois personnages principaux, un père, une veuve et une maitresse, Vincent, Mélanie-Lyne et Charlène, qui vont tenter de revivre chacun à sa façon « après ça », et plus classique par l’alternance de chapitres qui reprennent le fil de la vie de chacun, où le lecteur va suivre les hésitations, les atermoiements, les désespoirs de ceux qui voudraient comprendre.

Car que faire lorsqu’un proche se suicide, comment expliquer, comment concevoir un tel acte, se pardonner, arrêter de culpabiliser ou seulement accepter le fait de n’avoir pas su, pas vu, pas compris, voilà bien toutes les inconnues posées ici. Je découvre la belle écriture de Marie Laberge avec ce sujet vraiment pas facile, mais traité de telle façon que chacun peut se l’approprier, et se poser qui sait les mêmes questions.

Mais ne pas croire que c’est triste, car dans ce roman il y a la mort, mais il y a aussi et surtout la vie, l’amour, l’amitié, et puis le sexe, intense, fréquent, comme une échappatoire à l’inconcevable, mais également au mal de vivre que ressentent la plupart des personnages. J’ai envie d’ajouter qu’il faut se laisser emporter par l’écriture et ne pas se bloquer avec les expressions cependant si savoureuses de nos cousins Québécois. Elles ne gâchent pas la lecture mais au contraire lui apportent un dépaysement qui rend peut-être le thème abordé plus acceptable.


Catalogue éditeur : Stock et Pocket

En avril 2000, Sylvain Côté s’enlève la vie, sans donner d’explications. Ce garçon disparaît et nul ne comprend. Sa femme Mélanie s’accroche férocement à leur fils Stéphane ; son père Vincent est parti se reconstruire près des arbres muets ; sa mère Muguette a laissé échapper le peu de vie qui lui restait. Seule la si remuante et désirable barmaid Charlène, sa maîtresse, continue de lui parler de sexe et d’amour depuis son comptoir.
Ce n’est pas tant l’intrigue qui fait la puissance hypnotique du roman de Marie Laberge que ses personnages, qui parlent, se déchirent, s’esquivent et luttent dans une langue chahutée, turbulente, qui charrie les émotions et les larmes, atteignant le lecteur au cœur.

Collection : La Bleue / Parution : 04/05/2016 : 576 pages / Format : 140 x 216 mm / EAN : 9782234081338 / Prix: 22.50 €

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