Le premier homme. Jacques Ferrandez, d’après l’œuvre d’Albert Camus

Lire « Le premier homme » et se laisser emporter par ce graphisme de Jacques Ferrandez et par les mots de Camus.

DomiCLire_le_premier_homme_gallimardJ’ai un goût immodéré pour les romans graphiques, enfin je crois. Avec Le premier homme, une fois de plus, j’ai été emportée par un graphisme, des couleurs, un récit magique et prenant, que je n’ai pas voulu lâcher avant de l’avoir terminé.

Le premier homme  est basé sur le texte d’Albert Camus dont le manuscrit fut retrouvé dans sa sacoche en janvier 1960, lors de l’accident de voiture qui lui coûta la vie, et qui ne sera publié qu’en 1994. Ce roman graphique nous entraine sur les pas de Jacques Cormery, double fictif de l’auteur, qui de l’Algérie au retour en France va évoquer avec amour la mère, le père disparu à la guerre de 14/18, la grand-mère sévère mais juste, le professeur qui guide l’enfant brillant vers les études supérieures, la reconnaissance de l’écrivain chez Gallimard, et le recherche du père, sa tombe en Bretagne, les amis, la guerre, le pays que l’on aime et que l’on quitte à regret.

Il y a tout cela et plus encore, car les flashback sont là, les rêves aussi, le miracle du dessin qui permet de faire cohabiter l’enfant et l’homme, le souvenir et le présent, le malheur et l’espoir, l’enfance et l’âge mur. Il y a de l’humour, du bonheur, de grands malheurs, des regrets et de la nostalgie, de la passion et du désespoir aussi face la mort, l’incompréhension face à la guerre, mais il y a surtout l’amour d’un fils pour sa mère et pour le pays qu’il a quitté. On sent les personnages à travers les couleurs, les teintes, les paroles, les textes et les différentes écritures dans une même case, c’est magique et nostalgique, intime et réaliste, comme avec ses photos ou carnets en surimpression, posés là, pour prouver la réalité du récit.

Vous aimez Camus ? Vous aimez les romans graphiques ? Vous êtes simplement curieux ? Alors foncez vers celui-ci, car il est superbe, et peut-être tout comme moi aurez-vous envie ensuite de découvrir L’étranger, du même auteur toujours chez Gallimard !


Catalogue éditeur : Gallimard BD

« En somme, je vais parler de ceux que j’aimais », écrit Albert Camus dans une note pour l’œuvre à laquelle il travaillait au moment de sa mort. Il y avait jeté les bases de ce que serait son récit de l’enfance : une odyssée temporelle et émotionnelle à travers ses souvenirs, un récit qui, sous couvert de fiction, revêt un caractère autobiographique exceptionnel. À la recherche de ses origines, il y évoque avec une singulière tendresse son univers familial, le rôle des femmes, celui de l’école, la découverte du monde extérieur… En filigrane, on découvre les racines de ce qui fera la personnalité de Camus, sa sensibilité, la genèse de sa pensée, les raisons de son engagement.

Après le succès de « L’Étranger », le chef-d’œuvre autobiographique d’Albert Camus en bande dessinée.

Par : Albert Camus, Jacques Ferrandez / Collection : Fétiche / Date de parution : 21 / 09 / 2017 / 184 pages / 24,5 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075074155

Publicités

Bakhita. Véronique Olmi

Véronique Olmi et Bakhita, ou la rencontre singulière d’un auteur et d’une esclave soudanaise canonisée par Jean-Paul II.

Domi_C_Lire_bakhitaAssister à une rencontre-lecture, à l’alliance française, avec Véronique Olmi autour de son roman Bakhita, quel bonheur.
Alors qu’elle visitait l’église de Langeais, pays de la duchesse de Balzac, Véronique Olmi a découvert dans l’église le portrait de Bakhita. Intriguée par les éléments biographiques qu’elle y découvre, elle décide d’approfondir ses recherches. Littéralement happée par le personnage, elle abandonne son roman en cours et part à la rencontre de cette femme à la « storia meravigliosa », lui consacrant deux années entières. Elle dit avoir rencontré l’âme de Bakhita lorsqu’elle est allée arpenter les lieux où elle a vécu en Vénétie, mais n’est pas encore allée au Darfour. Elle avoue même être partie « bille en tête », comme lorsqu’on tombe en amour tant elle l’a adorée et lui voue une admiration que l’on ressent en lisant ce roman qui transpire d’humanité, alors qu’il montre tout ce que la cruauté et le manque d’humanité peuvent engendrer de souffrances.

Voilà donc un roman inspiré d’une histoire réelle, celle de Sainte Guiseppina Bakhita, religieuse d’origine soudanaise première Africaine canonisée par le pape Jean-Paul II. D’une  enfance anéantie lorsqu’elle est enlevée à l’âge de sept ans (vers 1875) et qu’elle est vendue comme esclave à sa conversion au catholicisme, elle passera une vie au service des enfants et des femmes. Cette femme, célébrée contre son gré et certainement sans même s’en rendre vraiment compte par l’Italie fascisme de Mussolini, va faire preuve sa vie durant d’une résilience incroyable.

Bakhita signifie « la chanceuse », mais l’est-elle cette enfant qui au seuil d’une vie heureuse et choyée, dans ce village du Darfour où elle est aimée de sa mère et de sa fratrie, va être enlevée puis vendue comme esclave ?

Elle a tout juste 7 ans, sa sœur a déjà disparu, emportée lors d’une razzia dont sont coutumiers les négriers musulmans, marchands d’esclaves par tradition. Elle sera vendue plusieurs fois, ira de famille en famille, de souffrance en souffrance, d’abandon en séparation, mais toujours elle aura cette force en elle qui lui a permis de vivre, belle et invincible, peut-être doit-on en trouver l’origine dans une enfance choyée, aimée, insouciante. Dans l’oubli de son prénom aussi sans doute, qui marque à jamais la perte des siens, de ceux qu’elle aura cependant cherché en vain toute sa vie. Elle connaitra les chaines, la violence, physique et mentale, l’abandon, l’oubli, la maltraitance de ceux qui s’attribuent les êtres comme ils le feraient des objets, pour les prendre et les jeter. Souffre-douleur des fillettes à qui elle est offerte, objet sexuel et creuset des souffrances infligées par leur frère, torturée et scarifiée pour le plaisir par la femme d’un général Turc, elle saura survivre en regardant la lune, le ciel, les étoiles, souvenir lointain du bonheur quotidien et familial, beauté immuable et salvatrice. Jusqu’à sa rencontre avec le consul italien, qui va une fois de plus bouleverser sa vie. Son année passée chez les sœurs Canossiennes de Venise, sa volonté farouche qui lui fera dire « je sors pas ». La Moretta décide enfin de son sort et veut consacrer sa vie à el Paron, ce Dieu qu’elle vénère à son tour, une vie exceptionnelle tout au long de cette période tourmentée de la première moitié du XXe siècle.

Bakhita est un roman émouvant, bien que parfois difficile, superbe par son écriture, à la fois visuelle et sensuelle, faite d’ombre et de lumière, ni revancharde, ni pleurnicheuse, ni dans le pathos, toujours dans une grande justesse de mots et de sentiments, emplis de cette humanité que dégage tout le roman. J’ai été émue par ces mots qui font comprendre, au-delà de la souffrance et de l’esclavage, que l’on peut porter très haut un flambeau d’espérance. Ces mots qui très certainement vont changer notre regard porté sur les autres, esclaves des temps modernes, migrants, enfants abandonnés dans les rues de nos villes capitales, ou ailleurs.

« il n’y a que Dieu qui puisse donner l’espérance aux hommes victimes des formes d’esclavage anciennes ou nouvelles. » Jean Paul II


Catalogue éditeur : Albin Michel

Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l’esclavage. Rachetée à l’adolescence par le consul d’Italie, elle découvre un pays d’inégalités, de pauvreté et d’exclusion.
Affranchie à la suite d’un procès retentissant à Venise… Lire la suite

Édition brochée / 22.90 € / 23 Août 2017 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226393227

Véronique Olmi, lauréate du prix du roman Fnac 2017 avec Bakhita

Gabriële. Claire et Anne Berest

Deux sœurs, Claire et Anne Berest, pour une arrière-grand-mère, Gabriële, personnalité au foisonnement inventif et artistique unique, féministe avant l’heure, muse iconoclaste et dépendante de celui à qui elle voue un amour par-delà le temps, Francis Picabia.

Domi_C_Lire_gabriele.jpgCette histoire débute donc avec deux sœurs, une grand-mère côté maternel rescapée des camps de la mort où ont péri tous les autres membres de sa famille, et peut-être en contrepoint de l’horreur un grand-père et une famille dont on ne parle pas, une arrière-grand-mère, Gabriële Buffet, née en 1881,  morte à 104 ans en 1985 et un nom, Picabia, qui est celui d’un artiste au talent certainement méconnu, voilà qui promet une aventure littéraire particulièrement intéressante.

Comme beaucoup d’amateurs d’art, j’ai entendu parler de Francis Picabia, mais j’ignore presque tout de sa vie, en dehors des origines espagnoles et de la concurrence acharnée avec Picasso, son compatriote. Avec le roman à quatre mains des sœurs Berest, je découvre un homme étonnant. Né en France mais issu d’une famille aisée arrivant d’Espagne via Cuba, Picabia s’est révélé à travers l’impressionnisme et les toiles qu’il vendait, cher et bien, lui permettaient de vivre fort à son aise pour un artiste de la première moitié du XXe. Peintre et poète, artiste fantasque, amoureux et mari volage, ami festif, Picabia est aussi un malade totalement maniaco-dépressif. Sa rencontre avec Gabriële va sonner le glas de la facilité, et l’entrainer vers de nouvelles formes picturales, à la recherche d’une symphonie de couleurs et de formes encore jamais expérimentées.

Le crédo de Gabriële, c’est la composition musicale. Et à force de volonté et de persévérance, cette femme réussi à se faire accepter dans des écoles jusqu’alors réservées aux hommes. Puis elle part  à Berlin pour y perfectionner cet art qu’elle souhaite mettre en pratique. Si Gabriële n’avait pas rencontré Picabia, aurions-nous eu d’autres formes de musique avant-gardiste avant l’heure ?

Si cette rencontre a lieu, c’est grâce à son propre frère jean, artiste peintre lui aussi. Elle va bouleverser sa vie. Une nuit de folie, non pas amoureuse, mais créatrice, montre à Gabriële que Francis est sur la même longueur d’ondes qu’elle, et démontre à Francis Picabia que sans Gabriële, cette femme moderne et à l’esprit brillant,  point de salut, car sa muse, son inspiratrice, sa fée, c’est elle. Il doit l’épouser, la garder, la faire sienne pour trouver son chemin, pour exalter sa créativité, son art, pour qu’enfin ses pensées et ses recherches aboutissent. De leur union vont naitre quatre enfants, mais ils seront souvent déposés comme des fardeaux chez la mère de Gabriële ou dans des pensions en Suisse, car aucun des deux parents n’a la fibre parentale, leurs vies, leurs passions, s’exercent ailleurs et leur amour réciproque et exclusif n’englobe pas leurs enfants.

Leurs vies sont faites de rencontres, de créativité, d’insouciance, de voyages, impromptus, Martigues ou Saint Tropez, car Francis collectionne les voitures comme les maitresses et adore partir à l’improviste (enfin, autant que cela se peut à cette époque !), étonnants parfois, Séville ou New York pour l’exposition monumentale consacrée aux peintres contemporains, la plus grande exposition d’art moderne du monde, en 1912. Ce sont aussi des amitiés à trois, avec Marcel Duchamp, créatif, foisonnant d’inventivité mais timide, amoureux autant qu’ami, ou encore Guillaume Apollinaire, l’ami de toujours, relations à trois avec les maitresses de Francis, Germaine en particulier, acceptées et aidées par Gabriële… Folle époque créatrice, où l’on aime sentir vivre ces artistes, de Debussy à Stravinski, d’Isadora Duncan à Elsa Schiaparelli, sans parler de Picasso, Man Ray, André Breton et tous les autres rencontrés au fil de ce roman.

On peut aussi se poser des questions sur la vie de cette femme que l’on dit féministe avant l’heure. Car alors comment comprendre son incroyable acceptation de tout ce que cet homme fantasque, égoïste, très égocentrique lui aura fait subir ? Et qu’elle aura accepté et voulu avec autant de détermination qu’elle en avait mis jeune fille à essayer de devenir musicienne. Qu’est-ce qui fait qu’on accepte cet oubli de soi pour devenir et rester la muse indispensable d’un artiste mal dans sa peau,  mais au talent indiscutable. Éblouissant certainement ! … pour qu’elle s’y perde à ce point.

Enfin, belle écriture à quatre mains, une seule plume pour des mots qui touchent et qui vous emportent, que l’on soit séduit ou énervé par Gabriële ou Francis, qu’importe, l’histoire est étonnante, le talent des écrivains certain, merci pour cette lecture et cette découverte. J’ai bien aimé les digressions au temps présent, échange de paroles entre deux sœurs qui écrivent et s’interrogent, avancent ensemble pour dérouler à l’envers le fil de leur histoire commune.

Un grand merci également aux #MRL2017 sans qui je n’aurais pas eu le plaisir de découvrir ce roman. A conseiller à tous les amateurs d’art, mais aussi de biographies romancées et de personnages, de femmes en particulier, hors du commun.


Catalogue éditeur : Stock

Septembre 1908. Gabriële Buffet, femme de 27 ans, indépendante, musicienne, féministe avant l’heure, rencontre Francis Picabia, jeune peintre à succès et à la réputation sulfureuse. Il avait besoin d’un renouveau dans son œuvre, elle est prête à briser les carcans : insuffler, faire réfléchir, théoriser. Elle devient «  la femme au cerveau érotique  » qui met tous les hommes à genoux, dont Marcel Duchamp et Guillaume Apollinaire. Entre Paris, New York, Berlin, Zürich, Barcelone, Étival et Saint-Tropez, Gabriële guide les précurseurs de l’art abstrait, des futuristes, des Dada, toujours à la pointe des avancées artistiques. Ce livre nous transporte au début d’un XXe  siècle qui réinvente les codes de la beauté et de la société.
Anne et Claire Berest sont les arrière-petites-filles de Gabriële Buffet-Picabia.

Collection : La Bleue / Parution : 23/08/2017 / 450 pages / Format : 140 x 215 mm / EAN : 9782234080324 / Prix : 21.50 €

Sol. Raluca Antonescu

Sol, c’est un retour vers les origines à travers l’histoire d’un exil forcé, c’est  également l’histoire de l’auteur, Raluca Antonescu.

Domi_C_Lire_sol.jpgLa politique menée en Roumanie par Ceausescu et ses conséquences sur la vie de nombreuses familles m’intéresse toujours. Aussi ai-je immédiatement été tentée par la lecture de Sol, le roman de Raluca Antonescu, dont les parents ont fui ce pays pour s’installer en Suisse, contraints de laisser leurs enfants en Roumanie, Raluca ne les rejoindra qu’à l’âge de quatre ans.

Années 1979/1980, Ion est attaqué par une abeille qui, incroyable malchance, va rentrer dans sa narine, s’y loger, s’affoler, le piquer sans vergogne. Épisode, ou anecdote, pour le moins banal, mais qui va voir s’enchainer une multitude d’autres événements qui vont bouleverser irrémédiablement la vie de sa famille. Une théorie des dominos qui serait synonyme de malchance en série en quelque sorte.

Car à partir de ce jour, Ion n’est plus le même, il vocifère et lance des insultes à l’encontre du pouvoir, des communistes, du dictateur tout puissant. Comme si la piqure avait libéré cette parole qui se doit d’être tue, ses mots qu’il faut garder au plus profond de soi. Car dans la Roumanie de Ceausescu, la parole n’est pas libre et la peur étend son manteau de silence, de délation, dans les villes et les villages. Les voisins, la famille, craignent le pire, jusqu’au jour où les hommes du village tabassent Ion, pour tenter de le calmer, par crainte de représailles à leur encontre. Puis il est arrêté et enfermé. Sa fille Elena, ses petites filles Dina et Alina, sa femme Ibolya, la grand-mère pourtant maitresse-femme de cette famille, et même Viorel Cioban, le gendre, craignent également pour leur propre liberté.

La décision est prise, les filles vont profiter de l’unique autorisation  de quitter à deux le pays,  exceptionnellement accordée à Alina championne nationale de tir, et à Dina. Les filles partiront seules sans espoir de retour. Elles s’installeront, jeunes adolescentes, en Suisse. Les années ont passé, on découvre Johan, le fils d’Alina, élevé par Dina. Il refuse de connaître ses origines, d’écouter les souvenirs et les regrets de cette tante qui l’a élevé à la mort de ses parents. Mais on le comprend, son cheminement vers la racine de l’oubli, vers ses propres racines, est pourtant l’élément indispensable qui lui permettra de continuer son parcours vers l’équilibre et la lumière.

Difficile chemin vers une liberté qui coûte si cher : l’abandon de ses racines, de sa famille, parents, grands-parents, souvenirs, il faut partir sans aucun bagage de quelque sorte que ce soit, pour se créer ailleurs une vie nouvelle. L’auteur utilise de façon très imagée la métaphore du sol – sable, argile, calcaire, humus –  et donc de ses différentes strates toutes si différentes et pourtant toutes indispensables à la survie de chacun, pour montrer que ces strates sont aussi la famille, la vie, la mémoire et l’avenir, celui dont on rêve et celui que l’on vit.

Autre point particulièrement intéressant et qui transpire dans chaque partie du roman, la dureté de la vie quotidienne sous la dictature, la misère et les privations, le manque de liberté, criant, paralysant. Jusqu’à l’envie de produits de base, du beurre, de la farine, dont le besoin tellement criant peut parfois entrainer la délation.

Enfin, les informations sur les orphelinats, sur cette politique de natalité à outrance, et d’abandon forcé des bébés dans les orphelinats où ils étaient maltraités, souvent victimes de malnutrition et de violence, et qui a entrainé un trafic d’enfants et l’adoption de ces milliers d’orphelins à l’étranger.

Sol est un très beau roman, même s’il y règne parfois une grande tristesse, faite de violence et de mutisme, y compris entre les membres d’une même famille, qui nous montre que les années de silence laissent des traces jusque sur les générations futures.


Catalogue éditeur : La baconnière

En pleine Roumanie de Ceausescu, deux jeunes adolescentes sont forcées par leurs parents à fuir leur pays et leur famille. La plus jeune sœur a intégré l’équipe junior roumaine de tir et elles sont exceptionnellement autorisées à se rendre en Suisse disputer un tournois international. Elles ne rentreront pas. L’intégration de chacune de ces deux femmes à leur nouvelle vie se fera de façon totalement divergente.
Ce roman se penche surtout sur la deuxième génération d’immigrés et sur la très délicate question du rapport à leurs familles et à leurs origines. Raluca Antonescu va tout mettre en œuvre pour créer un sol, couche par couche, du calcaire à l’humus, à son personnage principal, Johan, fils de la tireuse d’élite, morte dans un accident.
C’est un roman familial de lecture aisée qui gagne en profondeur par le point de vue artistique et non littéraire de départ. Venant des Beaux-arts, Raluca Antonescu utilise souvent les matières comme point de départ d’une scène.
Elle excelle ensuite dans le rendu des descriptions et des dialogues. Ses personnages sont attachants, finement construits et évolutifs.

Date de parution : 17/08/2017 / Éditeur : La Baconnière / EAN : 9782940431717

 

Dans l’épaisseur de la chair. Jean-Marie Blas de Roblès

Avec « Dans l’épaisseur de la chair » son roman paru chez Zulma à la rentrée littéraire, Jean-Marie Blas de Roblès nous embarque dans un retour vers le passé, véritable hommage d’un fils à son père.

Domi_C_Lire_dans_lepaisseur_de_la_chair.jpgAu matin du 24 décembre au large de Marseille, un homme seul tombe à la mer…
Aie, alors forcément, sa vie va défiler devant les yeux de Thomas le naufragé, avant le grand saut vers l’inconnu, c’est sûr… Eh bien, non, l’auteur va, avec énormément de finesse, lui faire revivre non pas sa propre vie mais celle de son père. Il faut dire que peu de temps auparavant, cet homme lui a lancé l’insulte suprême, celle dont on ne se remet pas  « Toi, de toute façon, tu n’as jamais été un vrai pied-noir ». Grenade dégoupillée lancée à la tête d’un fils estomaqué, que son père met au sol aussi surement que s’il lui avait tiré dessus. Thomas est anéanti, bouleversé, touché. Mais, pourquoi ? Et en fait, qu’est-ce réellement qu’être un VRAI pied-noir ? C’est ce que va peut-être nous dire ce récit émouvant et légèrement autobiographique qui rend à sa façon justice aux Pieds Noirs.

Il y a beaucoup d’humour, mais aussi beaucoup de tendresse pour évoquer Manuel Cortès, ce fils d’émigrés espagnols installés à Sidi-Bel-Abbès en 1882 – car les colons français d’alors ont besoin de bras – et son parcours parfois chaotique mais toujours droit. Et le fils va voguer dans les souvenirs de son père. Après une enfance plutôt heureuse, Manuel Cortès épouse Flavie, devient chirurgien, puis va combattre comme médecin  aux côtés des alliés, il débarque en Italie, fait la campagne de Monte Cassino, avant de revenir en Algérie, pays cher à son cœur. Mais si La Seconde Guerre Mondiale est terminée, les évènements d’Algérie ne font que commencer, vivre au quotidien devient compliqué et dangereux. Même si Manuel et Flavie souhaitent rester dans ce pays qu’ils aiment tant, ils partiront comme tant d’autres vers cette autre rive de la méditerranée qui ne les attend pas plus que ne les voulaient ce pays qu’ils quittent. Rejeté des deux côtés de la méditerranée, Manuel s’installe comme médecin de ville et la famille va vivre dans le sud.

Voilà un roman porté par une écriture magnifique, ciselée, affutée, faite de mots précis et justes pour dire sans jamais juger le bon comme le mauvais, la vie et la misère, la joie et la guerre, les années de bonheur et les années de souffrance. Des chapitres très courts, étrangement numérotés, mais qui font dire au lecteur que je suis allez, encore un chapitre, puis un autre. On avance dans le fil des souvenirs émus et toujours respectueux d’un fils qui raconte une famille, des vies, un peuple et deux pays. J’ai aimé l’alternance des deux récits, celui du présent, inquiétant car il s’agit d’une situation tragi-comique – celle d’un homme à l’eau simplement agrippé à une corde, aidé dans ses pensées par les interventions philosophiques d’un perroquet, le bien nommé Heidegger- traitée avec beaucoup d’humour, et le récit d’un père, d’une famille, d’un passé, traité avec beaucoup d’humanité. Pas de regrets, de ressentiments ou de reproches, mais des vies, avec ce qu’elles ont de bon et de moins bon, beaucoup d’amour aussi dans les mots d’un fils pour son père, tout comme ceux que l’on sent d’un homme pour son pays, et pour son pays perdu.

Merci Jean-Marie Blas de Roblès pour la rencontre lors des Correspondances de Manosque, et pour la beauté des mots. 


Catalogue éditeur : Zulma

C’est l’histoire de ce qui se passe dans l’esprit d’un homme. Ou le roman vrai de Manuel Cortès, rêvé par son fils – avec le perroquet Heidegger en trublion narquois de sa conscience agitée. Manuel Cortès dont la vie pourrait se résumer ainsi : fils d’immigrés espagnols tenant bistrot dans la ville de garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, devenu chirurgien, engagé volontaire aux côtés des Alliés en 1942, accessoirement sosie de l’acteur Tyrone Power – détail qui peut avoir son importance auprès des dames…
Et puis il y a tous ces petits faits vrais de la mythologie familiale, les rituels du pêcheur solitaire, les heures terribles du départ dans l’urgence, et celles, non moins douloureuses, de l’arrivée sur l’autre rive de la Méditerranée.
Dans l’épaisseur de la chair est un roman ambitieux, émouvant, admirable – et qui nous dévoile tout un pan de l’histoire de l’Algérie. Une histoire vue par le prisme de l’amour d’un fils pour son père.

Parution août 2017 / 390 p.  20 €

Le livre que je ne voulais pas écrire. Erwan Larher

En cette rentrée littéraire, il faut lire « Le livre que je ne voulais pas écrire » ce roman est un OVNI littéraire qui vous prend et ne vous lâche plus.

DomiCLire_le_livre_que_je_ne_voulais_pas_ecrire_larher.jpgUn roman indispensable. Même si ce qu’a vécu l’auteur est difficile, émouvant au-delà de ce qu’on imagine, intense et terrible aussi, et puis doux comme l’amour et l’amitié, ces sentiments plus forts que tout qui viennent rappeler au monde que la vie existe, il faut le lire !

Erwan aime le rock, et quand il va au concert, il l’annonce sur son profil Facebook, celui destiné aux amis, aux vrais, pour qu’ils viennent avec lui à l’occasion… En ce soir du 13 novembre 2015, il est comme beaucoup d’autres amoureux de la musique et de la vie au concert des Eagles Of Death Metal… La suite, on s’en doute, ce sera l’horreur, les tirs, les cris, l’attente, les blessés et les morts, les sonneries des téléphones, les paroles et les regards, l’angoisse et les blessures. Le temps qu’il faut pour être enfin pris en charge par des secours totalement débordés devant la multiplicité des événements simultanés qui ont endeuillé Paris ce soir-là. Puis l’ambulance de fortune, le blessé plus grave qui est transporté à côté de vous, l’arrivée à l’hôpital et le personnel efficace bien que submergé, arriver enfin à prévenir, savoir ce qu’il se passe et ensuite, se poser des questions sur ses capacités physiques, et réapprendre à vivre, entouré d’amour et d’amitié, mais aussi grâce à sa force intérieure, à l’abnégation du personnel soignant, ou en relisant les épreuves de « Marguerite n’aime pas ses fesses » par exemple.

Alors que ce récit aurait pu être celui d’un homme blessé, il est au contraire celui d’un homme debout, non pas victime mais survivant, qui se relève grâce à ses mots et à cette histoire qu’il a posée là, à côté de lui, et pas en lui, comme si elle ne lui appartenait plus. L’auteur transcende la peur et la douleur, il convoque dans son texte les mots de ses amis, ceux  qui l’attendaient, qui l’espéraient, qui l’ont cru… ça personne ne l’a jamais verbalisé bien sûr. Récit bouleversant de pudeur, écrit à cette deuxième personne du singulier qui éloigne et met une distance entre l’intime et l’Histoire, qui relate les hurlements et les silences, l’effroi et l’espoir, qui va au-delà du simple j’étais là, qui questionne aussi, sur la vie, le hasard, les circonstances, et nous aide sans doute à comprendre ces chaos que vit notre époque. Témoignage émouvant, poignant, sensible et qu’il faut lire, vraiment, absolument ! Et surtout, se dire qu’il faut vivre, aimer, donner, et ne jamais oublier de dire aux gens qu’on aime, qu’on les aime !

En décembre 2016, lors de la soirée des 68 premiers romans, j’ai rencontré Erwan Larher et nous avons parlé de « Marguerite n’aime pas ses fesses ». Puis, assez banalement j’ai demandé le thème de son prochain roman. Et là, Erwan répond qu’il écrit sur le Bataclan… Ah, le Bataclan, les attentats, le terrorisme, il y avait déjà eu quelques titres de la rentrée littéraire 2016 qui portaient sur le sujet, ce que j’ai certainement dit, et Erwan de répondre « oui, mais moi j’y étais et j’ai pris une balle… » Aie, là, c’est évident vous vous trouvez totalement stupide. Ne sachant plus trop comment continuer, je parle victime, résilience (sujet évoqué si souvent avec Françoise Rudetzki). Mais là,  Erwan me répond en substance : « Je ne suis pas une victime, je suis un survivant ». Ah, quelle façon extraordinaire de se voir, après avoir vécu ÇA ! Oui « ça » parce que ne l’ayant pas vécu, comment comprendre, savoir et surtout en parler autrement ?

Photos de la rencontre à la librairie Millepages à Vincennes.

N’hésitez pas, allez lire les avis de Virginie, Nicole, Joëlle


Catalogue éditeur : Quidam

Je suis romancier. J’invente des histoires. Des intrigues. Des personnages. Et, j’espère, une langue. Pour dire et questionner le monde, l’humain.
Il m’est arrivé une mésaventure, devenue une tuile pour le romancier qui partage ma vie : je me suis trouvé un soir parisien de novembre au mauvais endroit au mauvais moment ; donc lui aussi.

Collection : Made in Europe / Thèmes : politique violence Histoire Invention formelle /  août 2017 / 140 x 210mm / 268 pages 20 € /   ISNB : 978-2-37491-063-5

Chouquette. Émilie Frèche

Quand l’âge et la solitude sont difficiles à accepter, et pas seulement un cliché mais bien une réalité du quotidien pour cette « Chouquette » d’Émilie Frèche en particulier !

Domi_C_Lire_chouquette_emilie_frecheChouquette, c’est Catherine, la mère un peu fofolle d’Adèle. Chaque été, dans sa vaste et somptueuse maison de Saint Tropez, elle attend son mari Jean-Pierre. Bien que ce dernier ait fini par la quitter, après de longues années d’infidélité et d’humiliations, elle continue à penser que cet homme, au fond le seul amour véritable de sa vie, va venir la rejoindre pour fêter son anniversaire avec elle.

Mais en ce début d’été, tout ne se passe pas comme d’habitude. Adèle voudrait que sa mère s’occupe de Lucas, son petit-fils, sinon malgré son très jeune âge il faut l’envoyer en colonie de vacances. Car pendant l’été Adèle et son mari partent en Afrique s’occuper des miséreux…

Émilie Frèche déroule le départ en vacances, puis les tourments de Chouquette, cette grand-mère qui refuse de voir le temps qui passe, de devenir plus une mamie qu’un amante ou une épouse, qui ferme les yeux sur les réalités de son âge. Prétexte à surtout nous montrer tout le désespoir d’une femme amoureuse de son mari, trompée, humiliée, abandonnée, et qui ne veut pas affronter les années qui passent, l’abandon, la solitude, préférant se perdre dans ses rêves de vie heureuse. Mais le hasard fera peut-être bien les choses, et les yeux se décillent, les amours se révèlent, celui d’une grand-mère pour son petit-fils, d’une mère pour sa fille.

Élégance de l’écriture, qui sous des couverts légers, aborde si bien les affres de l’âge, les problèmes de la filiation, les relations parents-enfants, mais aussi celles du couple. Voilà un court roman qui nous fait passer agréable moment de détente, porté par l’écriture d’une auteure que j’avais découvert et appréciée avec Un homme dangereux, et qui saura encore me séduire, c’est certain.


Catalogue éditeur : Babel (Actes Sud)

Trois jours de la vie d’une sexagénaire en perte de repères, grand-mère récalcitrante qui se fait appeler Chouquette, pour tirer le portrait au vitriol d’une femme qui se noie, d’une époque qui boit la tasse et d’une génération qui tente coûte que coûte de garder les yeux grands fermés.

Juin, 2017 / 11,0 x 17,6 / 144 pages / ISBN 978-2-330-08039-6 /prix indicatif : 6, 80€