Il n’y a pas internet au paradis. Gaëlle Pingault

« Il n’y a pas internet au paradis » mais il y a peut-être ceux qui partent trop tôt, chronique d’après … un suicide annoncé, par Gaëlle Pingault.

Domi_C_Lire_il-n-y-a-pas-Internet-au-paradisComment réagir après une tragédie, et peut-on l’accepter quand celui qui partage votre vie vient de commettre un acte irrémédiable, ne vous laissant aucun indice pour comprendre son geste ?

C’est ce que vient de vivre Aliénor. Mariée à Alex depuis quelques années, et alors que leur couple rêvait d’enfants et de mise au vert à la campagne, cette jeune femme a vu celui-ci s’enliser inexorablement dans une spirale de dépression et de perte de confiance. Et ce à la suite de l’arrivée d’un nouveau chef tout disposé à appliquer les règles de harcèlement systématique, celles qui font partir les salariées de l’entreprise à coup sûr, et même comme certains auraient pu le dire « par la porte ou par la fenêtre »… Car les méthodes appliquées par le boss sont promptes à isoler les personnes qu’il faut faire partir, à les placer en situation de perte de confiance en soi.

Les conséquences sur la vie du couple, sournoises, ont sapé leur relation au point qu’Alex n’a pu confier son mal-être à personne, pas même à sa femme … La seule issue de secours pour cet homme qui pourtant maitrisait sa fonction depuis de longues années et dont les capacités n’étaient plus à prouver est de se suicider au vu de tous.

La question qui se pose alors pour Aliénor est de savoir si elle aurait pu comprendre que la situation était tragique au point qu’Alex souhaite perdre la vie. Mais Aliénor le comprend vite, la culpabilité et le chagrin sont mauvais conseillers, aussi va-t-elle user d’armes plus sournoises pour « faire payer » à sa façon ces managers qui n’ont eu aucune pitié ni aucune humanité envers son mari et sans doute envers certains de ses collègues. Seul moyen pour elle de continuer sa route, sans Alex, sans remords ni regrets. Elle se confronte à cette occasion à toutes sortes de sentiments contradictoires de la part des témoins potentiels de la descente aux enfers de son mari, ceux qui ont tenté de… , ceux qui auraient pu…, ceux qui ont respiré  de savoir que ce n’était pas leur tour…, ceux qui n’ont pas osé aider, par peur de…

Voilà un roman qui pose quelques interrogations sur le management, les méthodes de travail où les hommes ne sont plus que des variables d’ajustement, simples ETP (équivalents temps plein) que l’on peut jeter à la demande, sur l’isolement de plus en plus criant dans les entreprises, mais aussi sur la solidarité, le soutien qui savent parfois s’instaurer au cœur de ces situations. Quel est le prix à payer pour avoir la conscience tranquille, ou celui que l’on peut accepter pour reprendre sa route ? La façon de traiter le problème du harcèlement, mais aussi celle d’aborder le suicide et la culpabilité de ceux qui restent, et enfin la résilience, sont particulièrement bien maitrisées, un premier roman prometteur !

Autre vision de celui qui reste, et de l’incompréhension après le suicide, l’excellent roman de Marie Laberge Ceux qui restent, autre vision du harcèlement moral en entreprise le roman de Stéphanie Dupays. Brillante.


Catalogue éditeur : Editions du Jasmin

Gentiment bourgeois bohèmes sans être tout à fait dupes, Alex et Aliénor s’aiment, envisagent de faire un enfant ou deux, et de se déconnecter d’un monde qui va trop vite. Mais la Grande Entreprise en a décidé autrement. À coups de réorganisations, elle consomme de l’être humain comme une machine du carburant : sans états d’âme.
Entre chagrin et souvenirs, la colère d’Aliénor monte contre l’entreprise, mais aussi contre Alex, à qui son amour n’a pas suffi pour continuer à vivre. Et puis le deuil se fait, Aliénor commence une existence nouvelle, un peu hésitante, avec une seule certitude : face à l’adversaire, il ne faut pas plier.
Sans rien masquer de la souffrance de son personnage, l’écriture enlevée, touchante et drôle de Gaëlle Pingault réussit à tenir à distance la cruauté des entités déshumanisées pour laisser à l’individu toute la place, car en continuant à chercher son paradis sur cette Terre et dans cette vie, il est le seul grain de sable capable de gripper la machine.

ISBN: 978-2-35284-220-0 / format: 15×19 – 224 pages / 19,90 € /  Date de parution : 03/09/2017

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