Le sanglot de l’homme noir. Alain Mabanckou

Sous la forme d’une lettre à son fils, et comme en écho au « sanglot de l’homme blanc » de Pascal Bruckner, Alain Mabanckou signe avec « le sanglot de l’homme noir » un essai sur la définition de l’identité de l’homme noir.

DomiCLire_le_sanglot_de_l_homme_noirSuffit-il d’être noir pour être frère ? Il n’y a pas un homme ni une communauté noire, et c’est Alain Mabanckou qui nous le dit ici. Je découvre son écriture avec cet essai court, précis et très intéressant. L’auteur, congolais et français, citoyen du monde, vit en France et aux États Unis où il enseigne. C’est un homme que je trouve passionnant pour son engagement, ses activités artistiques et littéraires qui enchantent le public, pour son esprit novateur et son humanisme.

Dans cet essai, chaque chapitre porte le nom d’un roman ou d’un classique de la littérature. Alain Mabanckou y parle de négritude, évoquant Aimé Césaire mais pas seulement, d’intégration, de traite négrière, par les blancs, mais il dénonce aussi les crimes de la colonisation par les tribus noires d’Afrique subsaharienne, rejoignant là les écrits de Leonora Miano sur le sujet. Il nous parle découverte, intégration, égalité, identité nationale. Il nous questionne et nous explique ce ressentiment qui peut subvenir entre un afro américain et un noir d’Afrique, mais aussi les différences entre par exemple un noir des Antilles et un noir en situation irrégulière à Paris. Levant par là un certain nombre d’idées préconçues.

Il me fait penser aussi a Chimamanda Ngozi Adichie dont le personnage dans Americanah découvre qu’elle est noire en débarquant aux États Unis, car avant, elle était tout simplement une femme parmi d’autres, sa couleur ne la définissait pas. Alain Mabanckou parle couleur de peau mais souligne avant tout la beauté de la tolérance et de la communauté d’âmes, évoque humanité et solidarité, reconnaissance et accomplissement de soi. Il exprime l’amour de la langue française, la richesse de la littérature, les rêves qu’elle peut engendrer ou aider à accomplir.

C’est un très court texte, mais tellement dense, fait de mots pour comprendre, pour se poser des questions, pour aller vers l’autre. Un essai qui nous ouvre l’œil et l’esprit, à lire et relire.

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Lors de la rencontre avec Alain Mabanckou par lecteurs.com

 


Catalogue éditeur : Fayard, puis éditions Points, été 2017

Suffit-il d’être Noirs pour être frères ? Qu’ont en commun un Antillais, un Sénégalais et un Noir né à Paris, sinon la couleur à laquelle ils se plaignent d’être réduits ? Et la généalogie qu’ils se sont forgée, celle du malheur et de l’humiliation (esclavage, colonisation, immigration)… Dans cet essai, Alain Mabanckou refuse de définir l’identité noire par les larmes et le ressentiment.

Alain Mabanckou est essayiste, poète et romancier. En 2015, il a été professeur de création artistique au Collège de France. Il est notamment l’auteur de Petit Piment, Mémoires de Pointe-Noire et Le monde est mon langage.

6,5€ // 144 pages / Paru le 15/06/2017 / EAN : 9782757865118

Comme de longs échos. Elena Piacentini

Qui sont les monstres, ceux qui tuent et nous entrainent en apnée dans les noirceurs de l’âme ? C’est ce que le lecteur va entrevoir dans  « Comme de longs échos » le dernier roman d’Elena Piacentini paru chez Fleuve noir.

Domi_C_Lire_comme_de_longs_echosUne femme retrouvée morte par son mari, un enfant qui a disparu, il n’en faut pas d’avantage à l’équipe du chef Lazaret à la DIPJ de Lille pour suspecter en priorité le mari. Sombre histoire, car si Chloé, sa jeune épouse, est bel et bien morte, son fils de quelque mois a également disparu. Vincent Dussart clame son innocence malgré les indices qui pourtant l’accablent. Leur couple battait sérieusement de l’aile et Chloé lui avait demandé de prendre ses distances. Alors, est-ce la réaction d’un mari rejeté qui ne supporte pas l’idée d’une séparation ? Lorsque la vie d’un enfant est en jeu, les services de police mettent tout en œuvre pour démêler l’enquête le plus rapidement possible. Or là, aucun indice ne leur permet d’avancer.

A mille kilomètres et des années-lumière de là, Orsalhier, un ancien flic recyclé dans la photo de montagne, tombe sur cette affaire. Cela réveille en lui les souvenirs d’une affaire non résolue qui bien que survenue des années auparavant le hante chaque jour. Il décide d’entrer en piste pour apporter son soutien et sa connaissance d’un dossier similaire à l’équipe de Lazaret.
Celui-ci est assisté de Mathilde Sénéchal. Un personnage auquel on s’attache rapidement. On comprend vite qu’elle cache ses propres faiblesses et tente d’affronter ses démons dans une solitude obstinée et bravache.

Elena Piacentini a beaucoup de talent en particulier celui de maintenir ses lecteurs en haleine, de rendre ses personnages de flics un peu à la dérive attachants ou énervants, mais dans tous les cas de nous les faire apprécier chacun à sa manière. Puisant son inspiration dans des faits réels quelle agrémente et modifie avec un véritable talent de narratrice. Elle fait passer son lecteur par tous les stades, de l’inquiétude raisonnée à l’angoisse irrépressible, face à l’incompréhensible et au mal, plus fort que la raison ou que la vie et qui vous font côtoyer des monstres et la folie humaine sans jamais arriver à les comprendre.

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Catalogue éditeur : Fleuve Noir

« Partout, les monstres sont chez eux… »
Vincent Dussart est sûr de son coup.
Ce break imposé par sa femme va prendre fin aujourd’hui. Il n’a rien laissé au hasard. Comme toujours.
Confiant, il pénètre dans la maison de son épouse. Le silence l’accueille. Il monte les escaliers. Puis un cri déchire l’espace. Ce hurlement, c’est le sien. Branle-bas de combat à la DIPJ de Lille. Un mari en état de choc, une épouse assassinée et leur bébé de quelques mois, introuvable. Les heures qui suivent cette disparition sont cruciales. Le chef de groupe Lazaret et le capitaine Mathilde Sénéchal le savent.
Malgré ses propres fêlures, ou peut-être à cause d’elles, Sénéchal n’est jamais aussi brillante que sous la pression de l’urgence. Son équipe s’attend à tout, surtout au pire. À des milliers de kilomètres, un homme tourne en rond dans son salon. L’écran de son ordinateur affiche les premiers éléments de l’affaire. Ce fait divers vient de réveiller de douloureux échos…

Date de parution 24 Août 2017 / Fleuve noir / 288 pages / EAN 9782265116498

L’Exposition François Ier et l’art des Pays-Bas au Musée du Louvre

Le goût de François Ier pour les arts et l’importance de l’influence italienne, en particulier de Léonard de Vinci, sont aujourd’hui connus de tous. Le Louvre nous présente ici un bel éventail d’artistes venus du nord, et nous démontre l’influence des Pays-Bas à la cour et au-delà, au début du XVIe siècle.

On retrouve ces maîtres néerlandais en Normandie, Picardie, Champagne ou Bourgogne entre autre. Ils arrivent d’Anvers, Bruxelles, ou Haarlem par exemple. Ils sont spécialisés dans les enluminures, la peinture religieuse bien sûr, très courante à cette époque, les vitraux, la tapisserie, la sculpture, ou encore les pièces d’orfèvrerie.

On y découvre Jean Clouet et Corneille de La Haye dit Corneille de Lyon, spécialiste du portrait, une salle entière est d’ailleurs consacrée aux portraits. Mais aussi des artistes tels Godefroy le Batave, enlumineur d’origine hollandaise, ou Noël Bellemare, peintre et enlumineur, et d’autres restés anonymes.

L’exposition nous plonge dans les fastes de la Renaissance française, on apprécie ces portraits majestueux de François Ier ou Marguerite de Navarre entre autre, mais aussi ceux de petit format représentant des personnages anonymes. Une leçon d’histoire comme on les aime.

Domi_C_Lire__expo_le_louvre_9On admire également le livre d’heures que Le Louvre tente d’acquérir. Ce minuscule objet vaut 10 millions d’euros. Ce livre de prières manuscrit est entièrement recouvert d’une reliure d’or et de pierres précieuses. François Ier l’offrit à sa nièce Jeanne d’Albret, future mère d’Henri IV. Le Louvre a lancé une campagne d’appel aux mécènes. Cette campagne de dons continue jusqu’au 15 février.

Exposition François Ier et l’art des Pays-Bas Musée du Louvre du 18 Octobre 2017 au 15 Janvier 2018

 

La loi du Phajaan. Jean-François Chabas

Un vieil homme se souvient… Kiet est né en 1953 en Thaïlande, dans une famille où les hommes sont mahouts de génération en génération et où s’applique la loi du Phajaan …

Domi_C_Lire_la_loi_du_phajaanUn mahout, c’est celui qui capture et dresse un éléphant. Enlevé à sa mère alors qu’il est encore très jeune, l’éléphant doit être dressé, brisé, par celui qui l’accompagnera toute sa vie. Et ce dressage, cet exercice difficile et cruel qui consiste à broyer la volonté de l’éléphant, en particulier en utilisant le bullhook (un croc en métal qui sert à le blesser pour le faire souffrir) c’est le Phajaan.

Il faut plusieurs jours de souffrances, de coups, de blessures, pour faire plier la volonté de ces animaux majestueux, forts et puissants. Mais une fois que le rite est accompli, l’éléphant se souvient et respecte celui qui l’aura dompté, il craindra et respectera son maitre, et avec son mahout ils ne se quitteront plus de toute une vie.

Kiet, accompagné de son père, le terrible Lamon, part le jour de ses dix ans pour capturer et dresser son éléphant. Mais Kiet n’est pas de ceux qui veulent la souffrance de l’animal, au contraire. Et même s’il se soumet au rite de la capture et du dressage, jamais il n’acceptera de faire plier Sura, son éléphant. Aussi lorsqu’un accident survient, et que la seule issue pour Sura devrait être la mort, Kiet décide de fuir avec lui. Cinquante ans après, cet ardent défenseur de la cause animale n’a rien oublié.

Ce beau texte de Jean-François Chabas est aussi un véritable réquisitoire en faveur de la cause animale. Kiet, ou l’auteur, fait passer une  multitude de sentiments, montrant également l’évolution du pays, le mal fait par l’exploitation d’animaux enlevé à leur état sauvage, pour les faire rentrer dans des règles qui ne sont pas les leurs, au risque de voir changer leur comportement, et ce uniquement pour le plaisir de quelques touristes, sans tenir compte de leur souffrance, ou chassées sans merci pour leurs défenses d’ivoire par les braconniers, malgré toutes les réglementations internationales en faveur de leur protection. Une belle leçon d’humanité à destination des adolescents.

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Citations :

  • Tout ce qui est sauvage est fort et redoutable, car dans la nature seuls les plus puissants, les plus agressifs survivent.
  • En 1900 il y avait trois mille éléphants sauvages dans notre pays., et cent mille captifs.
    Aujourd’hui, il en reste deux mille toujours libres, et quatre mille sont nos prisonniers.

Catalogue éditeur : Didier Jeunesse

Dans la famille de Kiet, on est dresseur d’éléphants de père en fils. Le jour de ses dix ans, Kiet part avec son père et des chasseurs pour capturer son premier éléphanteau. Pendant plusieurs jours, l’enfant participe au « Phajaan », une méthode de dressage traditionnelle particulièrement cruelle qui marquera à jamais le jeune garçon…

Didier Jeunesse soutient EVI (Eco Volontaire International), une association dont le but est d’intervenir pour la protection des animaux sauvages et de l’environnement dans le monde, ainsi que de consolider un lien respectueux entre les humains et la nature.
Plus d’informations :  http://eco-volontaire-international.com/evi-mag-illustre-tourisme-edition-n2/

Format : 14.8 x 21.8 cm / Nb de pages :128 pages / Parution : 6 septembre 2017 / EAN 13 : 9782278085699

Je peux me passer de l’aube. Isabelle Alonso

Avec « Je peux me passer de l’aube » Isabelle Alonso nous entraine dans l’Espagne de la fin des années 30. Années difficiles où le pays devra réapprendre à vivre autrement, en silence et en religions, celle de Dieu et celle du tout puissant Caudillo Franco.

Domi_C_Lire_isabelle_alonso_je_peux_me_passer_de_l_aube.jpgComme beaucoup de lecteurs, j’avais apprécié  Je mourrai une autre fois, le précédent roman d’Isabelle Alonso sur cette période de l’histoire d’Espagne (les deux romans peuvent tout à fait se lire séparément). Dans ce premier opus, Angel et sa famille croient en la Seconde République, votée le 14 avril 1931 dans le calme et de façon pacifique, mais c’est compter sans  le soulèvement militaire de juillet 1936 et ses conséquences sur la population, en particulier la Retirada, ou l’exil en masse vers la France. En révolte, ne comprenant pas la passivité de son père, Angel s’engage dans l’armée alors qu’il n’a que 15 ans. Dans Je peux me passer de l’aube nous le retrouvons à la fin de la guerre civile espagnole, il est encore interné au camp de Saint Cyprien, côté français.

Dans les camps de ce côté des Pyrénées, à partir de juin 39, les espagnols ont le choix entre rester ou repartir au pays. Angel choisi de revenir en Espagne pour retrouver sa famille, mais le voyage ne sera ni paisible, ni rapide.  A son arrivée en Espagne, il va être trimbalé en prison ouverte, condamné à faire des travaux, en particulier reconstruire ces ponts qu’il avait aidé à détruire alors que s’organisait la résistance. Après plus d’une année, il apprend que son père est mort. Il est anéanti car il ne pourra plus jamais s’expliquer avec lui, mais il peut enfin rejoindre sa famille. Il découvre alors la vie dans l’Espagne franquiste. La peur de la délation, la misère, le manque de travail, la crainte d’être pris pour ces Rojos qui ont tout à craindre du pouvoir en place, font de la vie au quotidien un véritable enfer.

Malgré cette situation, Gélin espère des jours meilleurs, découvre une fraternité au quotidien, faite de petits moments de résistance, pour prouver qu’une  vie dans un pays où la démocratie existe est encore possible. Ces rêves de démocratie, de liberté, de fraternité lui font rejoindre un groupe de clandestins, pour la plupart communistes, car eux seuls semblent un tant soit peu organisés, de ces jeunes hommes qui par des activités souvent minuscules prouvent que la guerre contre Franco n’est pas terminée.

Bel espoir porté par ces jeunes hommes qui espèrent la fin de la seconde guerre mondiale pour voir tomber tous les dictateurs, de Hitler à Mussolini, en passant par Franco. Quand on sait combien de temps ce dernier sera resté au pouvoir…

Alors si vous aimez l’histoire, l’Espagne et le contexte de la seconde guerre mondiale sans pour autant souhaiter lire un roman trop dur ou trop noir, écrit avec autant d’humour que de dérision, celui-ci est pour vous. Car Isabelle Alonso a choisi d’évoquer le quotidien des espagnols, la montagne de difficultés pour trouver à manger, s’habiller, travailler et avoir un salaire, laissant de côté la partie la plus sombre, celle des arrestations, tortures, exécutions (même si ces thèmes sont également abordés). Mais le sentiment qui persiste à la fin de la lecture est bien celui d’un immense espoir et d’une grande foi en l’homme, en d’avantage de légèreté, en une forme de fraternité dans la lutte indispensable pour se préparer un avenir meilleur.

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Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Juillet 1939, la guerre d’Espagne est finie. Angel Alcalá Llach, 16 ans, rentre enfin chez lui, après un an au front et quatre mois au camp de Saint-Cyprien. Mais sous Franco, le pays asphyxié n’est plus qu’une prison à ciel ouvert. Angel parviendra-t-il à survivre dans ce monde sans droits, où toute résistance est passible de mort ? C’est pourtant dans les temps les plus sombres que l’on fait les rencontres les plus surprenantes et que, contre toute attente, la vie peut revêtir les couleurs de l’espoir.

Avec une écriture lumineuse et passionnée, Isabelle Alonso dépeint la tragédie sans jamais se départir de son humour. Je peux me passer de l’aube donne la parole aux vaincus qui croient malgré tout en l’avenir.

Roman / 304 pages | 20€ / Paru le 7 septembre 2017 / ISBN : 78-2-35087-423-4

Photo de couverture © Stephen Mulcahey/Arcangel

Loups solitaires. Serge Quadruppani

Dans son dernier roman  « Loups solitaires » Serge Quadruppani associe adroitement ses  thèmes de prédilection, géopolitique et écologie, pour une intrigue aux consonances très actuelles qui tient en haleine ses lecteurs.

Domi_C_Lire_serge_quadruppani.jpgSerge Quadruppani nous embarque avec ses Loups solitaires à la frontière italo-française, du côté de Bardonecchia. Là, Pierre Dhiboum, un ancien des forces spéciales, rentre d’une mission qui l’a amené à se convertir pour infiltrer un groupe de djihadistes au nord du Mali. Alors qu’il est poursuivi par toutes les forces de police et directions des ministères de l’intérieur ou de la défense, il réussit le tour de force d’échapper à ses suiveurs et disparait de la circulation.

Jane, une sémillante rousse éthologue et spécialiste des comportements, vient tout juste d’enterrer son mari. Elle mène ses activités dans un petit village du limousin profond. Son voisin Christian, un chirurgien qui vient de perdre la foi en sa vocation et qui est par ailleurs passionné par les poules de luxe à belles plumes, décide de changer de vie et s’installe plus ou moins chez elle.

Quelle relation entre ceux trois-là ? Comment vont-ils se rencontrer, et surtout que va-t-il advenir de cette rencontre ? C’est toute la gageure de ce thriller bien ficelé qui nous embarque dans les mailles des filets anti-djihadistes, qui nous parle de missions spéciales, de destruction de cibles à distances, d’implication multi partîtes par les grands de ce monde dans la lutte contre ce fléau mondial qu’est le terrorisme. Mais ce thriller au final rocambolesques nous démontre également toute la stupidité des manipulations des plus hautes sphères du pouvoir, de ces opérations à l’issue pour le moins aléatoire mais qui confortent leur besoin de puissance.

De blaireaux en poules de luxe à belles plumes, de choucas et loup solitaire invisible, la nature dans ce qu’elle a de plus beau, mais aussi de plus sombre est largement évoquée par l’auteur. Un bémol par contre, les différents groupes, les flashback et les passages d’une époque à une autre m’ont un peu perdue au début. Pourtant on se laisse vite embarquer et l’intrigue est portée par une écriture à la mesure du sujet, fort bien documentée, à la fois sérieuse et d’un humour à toute épreuve. Car on rit aussi, malgré le sujet, ou peut-être à cause du sujet ?

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Catalogue éditeur : Métailié

Pierre Dhiboun, membre des forces spéciales françaises infiltré dans un groupe djihadiste au nord du Mali, a disparu à son retour en France. Manifestement, il a déserté. Mais de quelle armée ? Beaucoup de monde aimerait le savoir : sa supérieure directe – une générale de gendarmerie qui ne rend compte qu’au président –, une mystérieuse organisation d’anciens contractants de toutes les guerres d’Orient et tous les services secrets français. Dhiboun est-il un loup solitaire ?…Lire la suite

Publication : 05/10/2017 / Nombre de pages : 240 / ISBN : 979-10-226-0718-6 / Prix : 18 €

Il n’y a pas internet au paradis. Gaëlle Pingault

« Il n’y a pas internet au paradis » mais il y a peut-être ceux qui partent trop tôt, chronique d’après … un suicide annoncé, par Gaëlle Pingault.

Domi_C_Lire_il-n-y-a-pas-Internet-au-paradisComment réagir après une tragédie, et peut-on l’accepter quand celui qui partage votre vie vient de commettre un acte irrémédiable, ne vous laissant aucun indice pour comprendre son geste ?

C’est ce que vient de vivre Aliénor. Mariée à Alex depuis quelques années, et alors que leur couple rêvait d’enfants et de mise au vert à la campagne, cette jeune femme a vu celui-ci s’enliser inexorablement dans une spirale de dépression et de perte de confiance. Et ce à la suite de l’arrivée d’un nouveau chef tout disposé à appliquer les règles de harcèlement systématique, celles qui font partir les salariées de l’entreprise à coup sûr, et même comme certains auraient pu le dire « par la porte ou par la fenêtre »… Car les méthodes appliquées par le boss sont promptes à isoler les personnes qu’il faut faire partir, à les placer en situation de perte de confiance en soi.

Les conséquences sur la vie du couple, sournoises, ont sapé leur relation au point qu’Alex n’a pu confier son mal-être à personne, pas même à sa femme … La seule issue de secours pour cet homme qui pourtant maitrisait sa fonction depuis de longues années et dont les capacités n’étaient plus à prouver est de se suicider au vu de tous.

La question qui se pose alors pour Aliénor est de savoir si elle aurait pu comprendre que la situation était tragique au point qu’Alex souhaite perdre la vie. Mais Aliénor le comprend vite, la culpabilité et le chagrin sont mauvais conseillers, aussi va-t-elle user d’armes plus sournoises pour « faire payer » à sa façon ces managers qui n’ont eu aucune pitié ni aucune humanité envers son mari et sans doute envers certains de ses collègues. Seul moyen pour elle de continuer sa route, sans Alex, sans remords ni regrets. Elle se confronte à cette occasion à toutes sortes de sentiments contradictoires de la part des témoins potentiels de la descente aux enfers de son mari, ceux qui ont tenté de… , ceux qui auraient pu…, ceux qui ont respiré  de savoir que ce n’était pas leur tour…, ceux qui n’ont pas osé aider, par peur de…

Voilà un roman qui pose quelques interrogations sur le management, les méthodes de travail où les hommes ne sont plus que des variables d’ajustement, simples ETP (équivalents temps plein) que l’on peut jeter à la demande, sur l’isolement de plus en plus criant dans les entreprises, mais aussi sur la solidarité, le soutien qui savent parfois s’instaurer au cœur de ces situations. Quel est le prix à payer pour avoir la conscience tranquille, ou celui que l’on peut accepter pour reprendre sa route ? La façon de traiter le problème du harcèlement, mais aussi celle d’aborder le suicide et la culpabilité de ceux qui restent, et enfin la résilience, sont particulièrement bien maitrisées, un premier roman prometteur !

Autre vision de celui qui reste, et de l’incompréhension après le suicide, l’excellent roman de Marie Laberge Ceux qui restent, autre vision du harcèlement moral en entreprise le roman de Stéphanie Dupays. Brillante.

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Catalogue éditeur : Éditions du Jasmin

Gentiment bourgeois bohèmes sans être tout à fait dupes, Alex et Aliénor s’aiment, envisagent de faire un enfant ou deux, et de se déconnecter d’un monde qui va trop vite. Mais la Grande Entreprise en a décidé autrement. À coups de réorganisations, elle consomme de l’être humain comme une machine du carburant : sans états d’âme.
Entre chagrin et souvenirs, la colère d’Aliénor monte contre l’entreprise, mais aussi contre Alex, à qui son amour n’a pas suffi pour continuer à vivre. Et puis le deuil se fait, Aliénor commence une existence nouvelle, un peu hésitante, avec une seule certitude : face à l’adversaire, il ne faut pas plier.
Sans rien masquer de la souffrance de son personnage, l’écriture enlevée, touchante et drôle de Gaëlle Pingault réussit à tenir à distance la cruauté des entités déshumanisées pour laisser à l’individu toute la place, car en continuant à chercher son paradis sur cette Terre et dans cette vie, il est le seul grain de sable capable de gripper la machine.

ISBN: 978-2-35284-220-0 / format: 15×19 – 224 pages / 19,90 € /  Date de parution : 03/09/2017