Le paradoxe d’Anderson. Pascal Manoukian

Dans cette France de la fracture sociale qui s’invite à grand bruit dans la rentrée littéraire, Pascal Manoukian fait réfléchir ses lecteurs autrement, avec beaucoup d’humanité.

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Aline et Christophe, un couple, une vie de famille bien rangée. Une fille qui prépare son bac avec l’espoir de continuer des études supérieures, un travail à l’usine textile et un mari qui a également un travail régulier, des parents dont on s’occupe, qui ont trimé toute leur vie et qui le mérite bien, et les copines, dans cette petite ville de l’Oise dans laquelle on a passé toute sa vie…

Un jour, une rumeur de déménagement et peut-être même de fermeture de leur usine se répand chez les ouvrières. Où, quand ? Puis un matin, les machines ont disparu, l’emploi afférant également. Les espoirs d’un futur serein se volatilisent en un clin d’œil, la situation est en équilibre instable. Avec la perte d’emploi, les crédits, les traites et les impôts à payer, les études des enfants, tout devient aléatoire.

Du jour au lendemain c’est la désescalade, tout s’effondre autour d’Aline et Christophe. C’est la fin de la sécurité et du confort, mais le couple décide de ne rien dire aux enfants, ni aux parents, ils ne méritent pas de se faire du soucis, on les aime, on les protège, et après tout on va bien y arriver. Puis, comme souvent dans ces cas-là, une catastrophe ne venant jamais seule, c’est à l’usine du mari que la grève est votée, plus d’heures sup pour rattraper le salaire perdu, même plus de travail pour survivre, être un couple normal intégré dans cette normalité qui disparait du jour au lendemain, sans qu’on y prenne garde, sans prévenir, sans précaution aucune…

Il y a bien sûr du conte social dans ce dernier roman de Pascal Manoukian, mais aussi du Karl Marx, de la pensée communiste et surtout humaniste. L’auteur y évoque avec  justesse la vie des ouvriers dans ces villes du nord de l’Oise. L’avalanche de délocalisations, quand les machines disparaissent en une nuit pour aller alimenter des usines à la main d’œuvre low cost qui font le bonheur des actionnaires, montrant une France à deux vitesses, qui part dans deux directions opposées, le bien des ouvriers d’un côté, le gain des actionnaires de l’autre… Dans ces villes sinistrées où le chômage touche une grande partie de ces populations qui n’avaient qu’un seul patron, l’usine locale, comme pour les Goodyear par exemple. Puis ce sont les grèves, les séquestrations de patrons, les dettes qui s’accumulent, la misère, les maisons vendues au plus offrant … et les enfants qui étudient, mais pourquoi si aucun espoir de vie meilleure ne vient éclaircir leur horizon ? Car tel semble bien être le paradoxe d’Anderson

💙💙💙💙

Du même auteur, on ne manquera pas de lire Les échoués, et l’avis de Nicole du blog Motspourmots.

Catalogue éditeur : Seuil

Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.

À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. « C’est quoi, le paradoxe d’Anderson ? » demande Aline. Léa hésite. « Quelque chose qui ne va pas te plaire », prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : « Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent.»

Photographe, journaliste, réalisateur, Pascal Manoukian a couvert un grand nombre de conflits. Ancien directeur de l’agence Capa, il se consacre à l’écriture. Il a notamment publié, aux éditions Don Quichotte, Le Diable au creux de la main (2013), Les Échoués (2015) et Ce que tient ta main droite t’appartient (2017).

Date de parution 16/08/2018 : 19.00 € TTC /304 pages : EAN 9782021402438

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2 réflexions sur “Le paradoxe d’Anderson. Pascal Manoukian

  1. lire&vous novembre 5, 2018 / 12:01

    C’est un auteur que j’ai découvert avec Les Échoués, à lire absolument d’ailleurs, et qui ensuite m’a toujours conquise… celui-ci fait partie de mes prochaines lectures 😉

    Aimé par 1 personne

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