Underground Railroad, Colson Withehead

Avec énormément de talent Colson Withehead embarque ses lecteurs dans une fresque étourdissante et puissante au pays des esclavagistes et de la liberté, dans cette course éternelle pour la vie entre fugitif et chasseur.

photo illustration du roman de Coslon Whitehead "Underground raildoad" blog Domi C Lire

Au XIXe, dans le sud des États-Unis. Cora est une esclave parmi tant d’autres dans une plantation de coton du sud esclavagiste. Le jour où Caesar lui propose de s’évader de la plantation Randall avec lui, elle dont la mère a réussi à s’enfuir sans être capturée par les chasseurs de neg’marron, elle hésite, puis finira par dire oui. Cora et Caesar vont alors suivre le chemin des esclaves recherchés par les chasseurs d’esclaves sur tout le territoire des États-Unis.

Colson Withehead prend alors prétexte de cette fuite pour nous raconter l’histoire extraordinaire de Underground Railroad … Car ce réseau clandestin matérialisé ici par un chemin de fer souterrain a réellement existé. Il a permis à de nombreux esclaves de s’enfuir des territoires où ils étaient exploités, martyrisés, soumis à des maitres qui prenaient parfois plaisir à exprimer leur toute puissance envers ceux qui au même titre que leurs meubles ou leurs terres, leur appartenaient, et à se réfugier au-delà de la Mason-Dixon ligne (ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud) et jusqu’au Canada.

États esclavagiste ou pas, la loi est la loi pour tous et sur tout le territoire des États-Unis, un esclave évadé n’est donc jamais réellement libre et les chasseurs d’esclaves se font fort de les retrouver, les rançons étant souvent généreuses voire exorbitantes, le maitre trahi offrait cher pour récupérer l’impudent, son châtiment cruel permettant de contrôler et de décourager ceux qui auraient eu à leur tour des velléités de fuite. Ce roman est alors prétexte pour évoquer à la fois ceux qui font le mal sans complexe ni retenue, exploitation des esclaves, viols, vente des enfants, séparation des familles, vente d’un esclave lorsqu’il n’est plus assez fort ou valide pour le travail qui lui a été assigné châtiments sordides et cruels. Cruauté gratuite et racisme s’appuyant sur une idéologie religieuse complaisante qui parle de race inférieure, mais aussi argument commercial, maintien ou amélioration des exploitations de coton ou d’indigo, tous les prétextes sont bons pour expliquer et accepter l’esclavagisme.

Mais aussi l’aide apportée dans l’ombre, au risque de la vie de familles entières, par des blancs conscients qui l’esclavagisme et la condition des noirs ne peut être ni acceptée ni acceptable, qu’il est important d’essayer de faire évoluer les consciences, mais qui en attendant font tout pour aider la fuite et la mise en sécurité de ceux qui ont osé franchir les limites de la plantation, de la propriété des maitres. Que ce soit par des noirs affranchis ou nés libres, par des blancs abolitionnistes ou à la conscience éveillée, l’aide si précieuse était souvent une prise de risque mortelle pour ceux qui s’impliquaient.

Pourquoi j’ai tant aimé ce roman ? Parce que sous couvert d’une superbe fresque historique et mélodramatique superbement écrite et rythmée – portrait d’un des personnages principaux, étape de la fuite de Cora, et sordides et véridiques petites annonces pour récupérer un esclave en fuite (bien utiles aux chasseurs d’esclaves)- Colson Withehead ose avec talent nous rappeler une fois encore que les races et les différences ne sont que des subtilités temporelles, que le regard que l’on porte sur les hommes est souvent dévoyé par l’époque dans laquelle il se place, et surtout que le combat pour l’égalité de tous est permanent et indispensable. Parce qu’il est bon de savoir ce qui a été fait. Mais aussi que ce combat est toujours d’actualité, qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux sur le monde et ses inégalités.

💙💙💙💙💙

Comment ne pas penser et avoir alors en tête la chanson de Mark Knopfler…

You talk of liberty
How can America be free…
We are sailing to Philadelphia
To draw the line 
The Mason Dixon line

D’après Wikipédia : D’après James A. Banks au cours du XIXe siècle, environ 100 000 esclaves se seraient échappés grâce au « Railroad ». L’Amérique du Nord britannique, où l’esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d’accès. Plus de 30 000 personnes sont supposées s’y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui a duré 20 années, bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de 6 000.

Harriet Tubman a œuvré avec les quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée The Underground Railroad Records.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Livre de Poche, Albin-Michel

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les États libres du Nord, elle accepte.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération. Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

416 pages / Date de parution : 27/03/2019 : EAN : 9782253100744

Publicités

Saltimbanques, François Pieretti

Exercice difficile et périlleux, à la manière des saltimbanques, le héros du roman de François Pieretti  doit faire le deuil d’un inconnu, et malgré le désenchantement qu’est sa vie, se trouver lui-même au bout du chemin.

Nathan n’a jamais vraiment connu Gabriel ce petit frère qui disparait dans un accident de voiture à 18 ans. Il ne l’a même jamais vu grandir puisqu’il a quitté le domicile familial depuis dix ans. Aujourd’hui, malgré tout ce qui le sépare de ses parents, Nathan est revenu pour enterrer son frère. Mais comment peut-on faire son deuil d’un inconnu, dans une maison où rien ne vous le rappelle, ni  sa vie, ni son enfance, et surtout que retenir d’un adolescent qui n’est au fond qu’un étranger ?

Arrivé dans le sud-ouest de son enfance, il y fait un temps d’enterrement et l’ambiance n’est pas propice aux confidences. Nathan cherche malgré lui les traces de vie de ce frère inconnu. Il essaie de s’approcher d’une bande de jeunes gens, les amis de son frère. Une fille en particulier va l’attirer, la jolie Apolline.

Au contact d’Apolline et des autres, il découvre des pans de vie de son frère. Dans ce groupe d’ados qui joue les saltimbanques, Gabriel savait jongler comme personne, pilier du spectacle que la troupe doit donner pendant l’été. Cette troupe de jeunes est aussi déboussolée que Nathan et doit affronter la mort de leur ami à l’âge où la vie s’ouvre devant eux, c’est une cruelle épreuve.

Repartir à Paris, rester auprès de la belle et mystérieuse Apolline et de Bastien, même s’il ne trouve pas sa place ? Nathan va se poser, le temps d’aimer, de douter, d’apprendre à connaitre celui qui n’est plus, au contact de ces jeunes qui auraient pu être ses amis. Et si, de rencontres en questionnement, de fuite en errances, c’était lui-même que Nathan réussissait à trouver enfin ?

Écrit sans pathos, sans tristesse au fond, malgré les temps qu’il évoque, ce roman interroge doucement avec émotion et délicatesse sur le temps qui passe, sur la quête de l’autre et de soi, sur ce que peut signifier réussir une vie… L’auteur sait nous toucher, y compris lorsqu’il aborde avec intelligence le sujet d’Alzheimer. Il nous rappelle aussi que de nombreux jeunes meurent bien trop tôt sur les routes des soirs de fêtes, et que ces morts-là signent inéluctablement la fin de l’insouciance pour tous ceux qui les entourent.

Lire également les chroniques de Nicole du blog motspourmots, de Françoise blog Mes lectures

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Plusieurs années auparavant, j’avais suivi mon père sur un long trajet, vers Clermont-Ferrand. Parfois il me laissait tenir le volant sur les quatre voies vides du Sud-Ouest, de longs parcours, la lande entrecoupée seulement de scieries et de garages désolés, au loin. Je conduisais de la main gauche, ma mère ne savait pas que j’étais monté devant. C’était irresponsable de sa part, mais la transgression alliée à l’excitation de la route me donnait l’impression d’être adulte, pour quelques kilomètres. Mon père en profitait pour se rouler de fines cigarettes qu’il tenait entre le pouce, l’index et le majeur. Sa langue passait deux fois sur la mince bande de colle. Il venait d’une génération qui ne s’arrêtait pas toutes les deux heures pour faire des pauses et voyageait souvent de nuit. J’avais un jour vu le comparatif d’un crash-test entre deux voitures, l’une datant des années quatre-vingt-dix et l’autre actuelle. Mon frère et sa vieille Renault n’avaient eu aucune chance.

Parution : 17/01/2019 / ISBN : 9791097417215 / Pages : 240 p. / Prix : 18€

Que faire à Fort-de-France ?

Visiter la Bibliothèque Schœlcher !

Vous visitez la Martinique et vous vous promenez à Fort-de-France ? Ce n’est pas encore l’heure du T-Punch mais celle d’une belle balade dans la ville ? Alors c’est le moment de visiter la Bibliothèque Schœlcher, ce bâtiment qui interpelle car il se distingue vraiment dans le paysage, c’est l’un des joyaux architecturaux de la Martinique. Et qui sait, en passant à côté appareil photo en mains, on vous dira peut-être que c’est le bâtiment le plus photographié de la ville !

Cette vieille dame plus que centenaire, carrefour du patrimoine martiniquais, trône majestueusement sur la place de la Savane. C’est le lieu où convergent à la fois la population et les nombreux touristes qui n’hésitent pas à s’arrêter et à la visiter.

Laissez-vous surprendre tout d’abord par sa splendide façade en mosaïque jaune et rouge surmontée d’une toiture métallique ouvragée, étonnant mélange de style byzantin et d’art nouveau.

A l’extérieur comme à l’intérieur, vous serez saisi par la beauté de l’édifice. Calme, silencieux, on pénètre sous une vase coupole au plafond spectaculaire, au centre, un espace pour des expositions, et tout autour, les livres, les plus anciens tout en haut.

Sa construction est décidée en 1886 suite au leg par Victor Schœlcher (1804-1893) d’une large collection de près de 10,000 d’ouvrages au Conseil Général de Martinique. Le député Schœlcher fût un acteur majeur de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il souhaitait que l’accès à ses œuvres soit gratuit pour le public et serve à l’instruction des anciens esclaves noirs.

C’est l’architecte Pierre-Henri Picq qui réalise la  bibliothèque en 1887. Il s’inspire de la tradition architecturale antique, dorique, ionique, corinthienne ou encore orientale, mais il cherche également à répondre aux impératifs des climats tropicaux et aux contraintes des zones marécageuses et à haut risque sismique. Le bâtiment est construit d’abord à Paris dans le Jardin des Tuileries, puis il sera entièrement démonté et acheminé en bateau jusqu’en Martinique et remonté à son emplacement actuel, puis ouvert au public en 1893. De nombreux livres, manuscrits et partitions de musique ont été détruits lors de l’incendie de 1890. Seuls 1200 ouvrages seront sauvés des flammes

La Bibliothèque Schoelcher est la bibliothèque publique départementale de la ville de Fort-de-France en Martinique.

Tout en flânant dans le centre de Fort-de-France, ne pas oublier de visiter la cathédrale élevée par le même architecte parisien Pierre-Henri Picq, la précédente ayant été détruite par le cyclone de 1891. Son style mêle le néogothique et le romano-byzantin.

Entièrement métallique, afin de résister aux tremblements de terre, et en référence aux techniques employées par Gustave Eiffel à la même époque, à l’intérieur on peut admirer des arcs en plein-cintre et une coupole octogonale. Elle mesure 66 mètres de long sur 24 mètres de large.

(source http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/bs/~~/presentation-de-la-bs.aspx  et http://www.guidemartinique.com/visites/bibliotheque-schoelcher.php )

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et émeut par son courage et son caractère. Quand une histoire vraie devient un récit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habités par les puritains aux règles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriétaire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette même communauté. Ils vivent relativement aisément pour l’époque, femme au foyer, mère attentive, chrétienne convaincue, Mary respecte les règles imposées par l’église et par son mari. A cette époque et dans cette église pour le moins austère, une femme reste à la maison, n’en sort qu’accompagnée de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut être punie pour insolence, y compris envers son époux.

Mary et sa famille se conforment aux règles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaqué par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menés vers les grandes plaines où se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et être asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquée et apeurée dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement déceler chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle découvre avec étonnement. Ces sauvages qui ont dévasté son village et tué sans pitié les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend à leur contact la liberté de mouvement, le bonheur de l’oisiveté, la possibilité dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-même n’était qu’autorisée qu’à se taire dans sa propre communauté.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte à des déplacements permanent à travers différents États, tenaillée par la faim et le froid au même titre que ses ravisseurs, aidée par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passée. Questions encore plus prégnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rêve de liberté.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes écritures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et réfutent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvré sa liberté, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la société.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basée sur une histoire vraie et des faits vérifiés, Amy Belding Brown nous plonge dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle où Dieu est le seul maître, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rôle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les véritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrémisme religieux, de l’esclavage, de l’égalité des races, et soulève une fois encore la question de l’extermination des indiens d’Amérique du Nord chassés de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimé ce roman qui décrit à la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime à la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillé par Jim Fergus, il me fait penser au thème de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais également apprécié lors de sa sortie.

💙💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée. Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères. Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?
 
Cette magnifique épopée romanesque, inspirée de la véritable histoire de Mary Rowlandson, est à la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage à une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation » s’est efforcée d’anéantir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€

Hammershøi, le maître de la peinture danoise, musée Jacquemart André

Visiter l’Expo « Hammershøi, le maître de la peinture danoise » et ressentir un moment de sérénité pure à contempler ces toiles en impressions de gris et blancs.

Un artiste éternellement contemporain, superbement étonnant, une jolie découverte. Apparemment tombé dans l’oubli pendant de nombreuses années, Wilhem Hammershøi (1864-1916) est parfois considéré comme le Vermeer du XX° siècle.

Il se dégage de ces quelques 40 toiles, à mesure que l’on progresse dans les salles, une telle sérénité, un tel calme, que l’on a envie d’y revenir. Si le thème des intérieurs était en vogue à l’époque chez les peintres danois, il l’a en quelque sorte sublimé. Les couleurs sont quasi absentes, essentiellement des tonalités de gris, bruns, blancs, tonalités froides donnant une impression de mélancolie, voire d’austérité, peu de meubles ou d’objets, et des compositions de lignes horizontales et verticales pour arrêter le regard… Chaque pièce semble la même et pourtant l’artiste a voyagé et peint les différents intérieurs dans lesquels il a évolué avec sa femme Ida.

Si la fiancée est représentée de face, l’épouse quant à elle ne le sera que de dos ou visage penché. Un parti pris artistique, pour ne retenir du tableau que les formes, la lumière, la pièce dans laquelle elle se situe ?

Alors oui, avouons-le, ce rendu est superbe. On a l’impression de se trouver face à des partis-pris photographiques, cadrage resserré, ombre et lumière, contrejour, suite de pièces et de portes… L’artiste est mort jeune, 51 ans, on peut se demander jusqu’où serait allé son désir d’abstraction dans ses œuvres…

💙💙💙💙💙

Le musée Jacquemart André met l’artiste danois à l’honneur jusqu’au 22 juillet. Ouvert 7/7 de 10h à 18h, nocturnes les lundis jusqu’à 20h30.

Nymphéas noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillée par l’intrigue originale que séduite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari réussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, Nymphéas noirs, aux éditions Dupuis.

Nymphéas noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlé, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expérience originale, et avouons-le géniale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il était une fois trois femmes, Stéphanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorcière qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille très douée en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champêtre coin de d’Eure. Joli, mais étouffant semble-t-il, car irrémédiablement figé au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversées pendant quelques jours en mai 2010, parenthèses maudite entre la découverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxième assassinat.

Enquête, contre-enquête, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextérité les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle à la magie qui opère au fil des pages. C’est beau, étrange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mêle savamment à ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre à zéro quand on a enfin terminé, car la surprise finale est à la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particulièrement réussie.

💙💙💙💙💙

Lire également les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue éditeur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, à Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnée de peinture, une séduisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenêtre. Lorsqu’un meurtre est perpétré dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp

Sous les mots de Sophie Lemp, la sincérité, la douceur, la passion amoureuse et le plaisir de découvrir « les miroirs de Suzanne »

De Sophie Lemp, j’avais particulièrement aimé Leur séparation qui traitait le thème du divorce sous un angle très peu usité, celui de l’enfant d’un couple séparé, et du mal qu’il va avoir à trouver sa place au sein des familles recomposées. Dans Les miroirs de Suzanne c’est une toute autre histoire, mais le travail que fait l’auteur sur la personnalité, l’enfance, la famille, est toujours présent.

À la suite d’un cambriolage, Suzanne se rend compte que les carnets intimes qu’elle avait écrits adolescente ont disparu. Bien sûr, ils n’ont aucune valeur fiduciaire, mais une réelle importance à ses yeux car ils sont le recueil de ses sentiments d’adolescente, de ses atermoiements, de son amour passionné pour Antoine, un auteur, marié, de trente ans plus âgé qu’elle. Au fil des ans, cette relation sans avenir n’existait plus que dans ces pages-là.  

Alors Suzanne cherche à retrouver la femme amoureuse d’alors, ses sentiments, ses rencontres, son amour, et couche tout cela sur le papier, pour ne plus le perdre. Les mots qui n’étaient écrits que pour elle deviennent la matière d’un roman destiné à être lu par le plus grand nombre, des mots offerts à tous, au grand dam d’un mari compréhensif mais blessé .

Martin, un jeune homme déçu par une rupture amoureuse, découvre ces carnets dans une poubelle. Il décide presque par hasard de les lire. Il avait tout abandonné, y compris famille et amis, mais les sentiments qui se dégagent de ces pages-là vont peu à peu lui redonner goût à la vie, à dessiner ce qu’il découvre, à mettre en mouvement les sentiments que ces mots lui procurent, retrouvant peu à peu le goût et l’envie d’aller vers les autres… Grâce à cette lecture nous avons alors accès aux mots les plus secrets de Suzanne, ceux que l’on n’écrit que pour soi.

J’ai aimé cette intrigue en deux destins parallèles, cette même histoire d’amour et ses deux lectures parallèles, l’intime qui est dévoilée peu à peu par la lecture de Martin, et le travail d’écriture de Suzanne destiné à tous mais que nous ne connaitrons finalement jamais. Martin et Suzanne doutent chacun à sa façon. Pourtant chacun va faire un chemin introspectif qui lui permettra de retrouver la lumière,  l’aider à sortir de son gouffre de douleur et de doute, pour accepter enfin ce qu’il est, à travers son passé et surtout son futur possible.

L’écriture de Sophie Lemp est toujours aussi ciselée et précise, pas de mots en trop, mais au contraire, juste ceux qu’il faut pour faire passer les sentiments et les émotions, tout en délicatesse. Sentiments décortiqués ici avec une grande justesse, mais aussi une certaine douceur, mettant en exergue les douleurs et les doutes des protagonistes pour mieux nous montrer leur cheminement intérieur. Enfin, chacun d’eux semble nous montrer que l’on peut avancer en faisant le deuil de certains éléments de son passé, ceux qui nous empêchent de vivre pleinement sans doute ? Le remède aux bleus de la vie par l’écriture, pour Suzanne, par la lecture, pour Martin, et pour nous, un baume au cœur de les avoir rencontrés sous la plume délicate de Sophie Lemp.

Ah, quand Suzanne nous prend par la main pour passer une nuit sans fin…

💙💙💙💙

Souvenir de la soirée de lancement du roman à Paris

Catalogue éditeur : Allary Editions

Un roman sur la mémoire, l’adolescence et sur ce que deviennent nos premières amours.

Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolé. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l’écrivain qui avait trois fois son âge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage à l’âge adulte.

Martin est livreur, il pédale pour épuiser ses pensées. Un soir, il trouve les cahiers au fond d’une poubelle et dévore ces mots qui le transpercent. Qui le ramèneront à la vie.

« Ne jamais oublier ce que j’ai vécu de fort dans ma vie. Mes émotions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Être sereine. Martin poursuit sa lecture. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira. Martin sent que quelque chose l’étreint, l’urgence de continuer à lire. »

200 pages / 17,90 € / En librairie le 07 mars 2019 / EAN : 9782370732668