Battling le ténébreux, Alexandre Vialatte

Battling, Battling, tu n’invectiveras plus jamais Victor Hugo dans la cour qui sent le tilleul

Alexandre Vialatte (1901-1971) est romancier et traducteur. Il est connu pour avoir fait découvrir aux français dès 1928 les œuvres de Kafka par sa traduction de La métamorphose. Puis quasiment toute l’œuvre de Kafka. Il a publié seulement trois romans de son vivant, dont Battling le ténébreux. Lorsqu’on plonge dans ce texte, on part immédiatement en 1928, dans l’ambiance de l’entre deux-guerres.

Le narrateur se souvient, ils sont seize ans dans ce lycée de province, sur ces pupitres où la génération précédente avait sculpté son nom avant de partir mourir à la guerre. Les garçons encore jeunes mais déjà hommes se voient pousser des ailes face aux jeunes femmes mystérieuses ou aguicheuses. Quelques rivalités éclatent, avouées ou contenues, à cet âge, on se croit devenu poète, mais on est aussi bagarreur et soucieux de plaire, l’amitié prend de curieux détours, entre rivalité et cohésion, confiance et jalousie.

Fernand Larache est Battling, un adolescent au tempérament fougueux et parfois mélancolique qui aime Victor Hugo. Au lycée, il va découvrir les émois des corps qui se réveillent, la rencontre avec Erna ou Céline, deux jeunes femmes fort différentes, mais aussi la confrontation avec les autres hommes, en particulier avec Manuel dont il se sent à la fois proche et distant.

Il se dégage de ces pages une grande mélancolie, comme une forme de tristesse latente dont Battling n’arrive pas à se débarrasser pour se donner envie de vivre. Une adolescence classique, si ce n’est qu’ici, elle se termine en tragédie grecque. L’écriture est belle, sombre, poétique parfois, expressive et nostalgique.

Je découvre avec ce roman cette collection L’imaginaire de Gallimard, aux nombreux titres et au concept intéressant : Réédition d’œuvres littéraires, tantôt oubliées, marginales ou expérimentales d’auteurs reconnus, tantôt estimées par le passé mais que le temps a pu éclipser.

Une collection de chefs-d’œuvre méconnus. Une collection de plus de 700 perles rares de la littérature mondiale et 300 auteurs majeurs du XXe siècle… Imaginez « L’Imaginaire »

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Gallimard

Première parution en 1928. Préface d’Angelo Rinaldi

Il n’est pas facile d’être jeune. Sans doute, Erna Schnorr se marie et devient la mère de douze enfants roses, Manuel s’en va chez les soldats et chez les femmes, mais la destinée de Battling est plus singulière. Sans doute était-elle appelée par une âme plus acide et une pudeur plus hargneuse, par un goût prononcé pour la vraie musique militaire et pour Victor Hugo, par des cheveux rouges et des muscles d’homme, par les conseils du vent de cinq heures, le café-bar Mexico, et l’influence de l’art moderne, qui peut agir si gravement sur les pensées et la conduite d’un élève de rhétorique, qui ne s’appelle d’ailleurs pas en réalité Battling, mais Fernand Larache.

252 pages, 125 x 190 mm / ISBN : 9782070213627 / Parution : 21-09-1982 / Collection L’Imaginaire (n° 101)

Une réflexion sur “Battling le ténébreux, Alexandre Vialatte

  1. Un balcon en fôret juin 14, 2020 / 05:24

    Quel plaisir de croiser ce titre de Vialatte, lu dans mon adolescence. J’avais beaucoup aimé. Grâce à vous , je découvre cette collection chez Gallimard. Merci !

    Aimé par 1 personne

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