Matriochka, Laetitia Ayres

Quand les destins s’emmêlent comme s’emboîtent les matriochka, ces poupées russes qui souvent nous fascinent

Un roman en trois parties qui nous fait entrer dans la vie des trois personnages principaux que le lecteur découvre peu à peu.

Claire, divorcée, un enfant, une carrière à plat… comment peut-elle aimer la vie alors que rien ne lui réussi ? Actrice en mal de contrat, elle est aujourd’hui spécialiste du doublage de licornes dans les dessins animés. Jusqu’au jour où elle décroche une audition et devient la voix d’Alma, une comédienne argentine qui joue dans la série à succès Diosa . Dés lors, sa vie change du tout au tout. Au fil des épisodes de la série, elle découvre Alma et s’identifie à celle dont elle connaît ou croit connaître les moindres mimiques, gestes, sentiments, faiblesses.

Le succès est au rendez-vous pour Alma. Mais ce n’est pas au goût de tous car la voilà rattrapée par son passé qu’elle a tenté de rejeter, par l’enfance et la famille qu’elle avait décidé d’oublier. En réaction à ces attaques, elle fait une tentative de suicide et part se mettre au vert.

Claire panique. Que va-t-elle devenir si son double disparaît des écran ? Claire ne fait ni une ni deux et part au Brésil avec son fils Clément pour rejoindre incognito celle à travers qui elle a enfin trouvé une raison de vivre. Comment l’aborder, que lui dire, comment expliquer son voyage, sa quête… autant d’interrogations auxquelles elle refuse de répondre avant de la rencontrer.

Clément profite de ces vacances de rêve au Brésil, de ce cadeau d’anniversaire anticipé offert par sa mère. Pourtant il a des difficultés à comprendre les silences de Claire, la relation étrange qu’elle noue avec Alma, pourquoi tant de mensonges, même par omission.

A travers l’histoire de ces deux femmes, l’auteur aborde de nombreux thèmes importants, la maltraitance, l’enfance difficile qu’Alma a vécue dans cette famille qu’elle rejette de toutes ses forces, mais aussi le deuil, la séparation, et tous les non-dits qui rendent la vie si difficile.

Voilà un roman qui commence tout doucement, monte en puissance peu à peu et nous offre un final tout à fait inattendu. L’auteur a su créer une ambiance, avec des personnages intéressants par leurs failles et leurs faiblesses, et ces non-dits qui les entraînent peut-être au-delà de ce qu’ils auraient souhaité de façon à la fois subtile et sensible.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Deux femmes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, deux destins qui vont s’entremêler.

Claire a les ailes coupées depuis qu’elle a sept ans.
Comédienne, elle double davantage de personnages de dessins animés dans l’ombre des studios qu’elle ne foule de scènes de théâtre. Sa vie est au point mort. Jusqu’à ce qu’elle rencontre, par écran interposé, l’actrice principale d’une série argentine au succès fulgurant dont elle devient la voix française.
Alma a toujours voulu s’envoler.
Elle a grandi dans un quartier pauvre de Buenos Aires, au sein d’une famille dans laquelle elle ne se reconnaît pas, comme si la vie avait commis une erreur de casting. Elle trouve son salut en devenant actrice. Mais le succès qui lui roule dessus pourrait bien finir par balayer ses ambitions.
C’est dans les dunes qui bordent l’Atlantique, au nord du Brésil, que Claire, son fils Clément et Alma vont se rencontrer. Leurs failles, leurs mensonges et leurs secrets de famille aussi.
Quelles sont les voix qui habitent nos silences ?

Laetitia Ayrès est chanteuse et comédienne. En 2019, elle est lauréate du prix littéraire Aufeminin en partenariat avec les éditions Michel Lafon. Matriochka est son premier roman. http://www.laetitiaayres.com

Parution : 28/01/21 / Prix :16.95 € / ISBN :9782749944944

On ne peut vivre qu’à Paris, Emil Cioran

Traverser Paris en découvrant les aphorismes de Cioran

Les dessins de Patrice Reytier et les couleurs de Chantal Piot illustrent bien joliment les phrases de Cioran, dans ce recueil publié par les éditions Payot-Rivages.

Le livre idéal pour partir en balade dans les rues de notre capitale, en particulier au seuil de ce nouveau confinement.
Y découvrir ces aphorismes d’Emil Cioran qui ponctuent les traversées de Saint Germain, du jardin du Luxembourg, des quais, de Notre-Dame ou même du cimetière pour ne citer que celles-ci.

Qu’est-ce qu’un aphorisme ? Le Larousse nous dit : Phrase, sentence qui résume en quelques mots une vérité fondamentale. Énoncé succinct d’une vérité banale.

Ici, Cioran devient un personnage qui nous emmène à travers ses mots dans les différents quartiers de la ville. J’ai trouvé très intéressant d’approcher l’auteur par ce biais.
Ambition, doute, orgueil, ancêtres, solitude, l’âge, la santé, la musique, etc. il exploite tous les thèmes.
Né en 1911en Transylvanie, il arrive dès 1937 pour étudier dans cette ville qu’il avouera plus tard avoir le plus grand mal à quitter.
« Je ne peux vive qu’à Paris et j’envie tous ceux qui n’y vivent pas »

Le graphisme de Patrice Reytier est superbe, on y retrouve ces quartiers de Paris que l’on aime tant, et que l’on connaît parfois sans même y être allé tant ils sont emblématiques de la ville capitale. Une belle façon de nous faire découvrir cette infime partie de l’œuvre de Cioran.

Catalogue éditeur : éditions Payot-Rivages

Préface de Sylvie Jaudeau

Un livre illustré à partir des aphorismes de Cioran  : il distille ses maximes en se promenant à Paris, l’unique ville où on peut vivre – « c’est la ville idéale pour rater sa vie ».
Un aphorisme doit cingler comme une gifle, il faut qu’il soit écrit sous le coup de la fièvre pour devenir un moyen thérapeutique pour se soulager du poids du monde.
Surnommé le Diogène du XXe siècle, tant par ses propos qui relèvent des cyniques que pour ses refus des honneurs, Cioran devient ici un personnage de bande dessinée, le Tintin de la philosophie.

EAN: 9782743652326 / Parution: mars, 2021 / 96 pages / Format : 21.0 x 14.0 / Prix : 13,90€

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline

Retrouver les classiques…

et reprendre ici mes chroniques postées sur lecteurs.com ou Babelio avant la création du blog

J’ai lu « le voyage au bout de la nuit » d’une traite, comme dans un souffle. Et j’ai été scotchée, j’ai pris une véritable claque, j’ai eu une surprise énorme en le découvrant. Lorsque je l’ai refermé, je me suis simplement dit : Quel talent, quel voyage !
J’avais tellement entendu parler de ce roman que je repoussais sans arrêt sa lecture. Je voulais lire l’œuvre en laissant de côté son auteur, même si quelque part les deux sont indissociables. Et finalement, quand je l’ai commencé, j’ai passé 48h non-stop plongée dans ces lignes fabuleuses.

Il y a du génie dans cette écriture, qui nous plonge à la fois dans l’absurde, dans l’horreur, dans la misère, et nous montre de la beauté, de l’espoir, face au réalisme de la vie et à l’incompréhension des hommes.
Car s’il est un antisémite notoire et critiquable, l’auteur est également un pacifiste acharné, brisé par les horreurs de la guerre qu’il a vécue de l’intérieur en 14.

Céline nous embarque dans le sillage de Bardamu, son héros inoubliable. On le suit dans son voyage qui a tout d’une introspection, de l’Afrique à l’Amérique, puis en médecin des banlieues désespérées. Quand on lit ce voyage, on part, loin, ou tout près, au plus profond des hommes, de leur stupidité parfois, de leur misère, on peut rire aussi, cela m’est arrivé, en tout cas on ne sort absolument pas intact de ce voyage-là. En même temps, c’est une écriture dense, presque fatigante, comme peut l’être la vie, et les successions de mots, de phrases de Bardamu, épuisent parfois le lecteur, mais l’interpellent aussi.

C’est lourd, noir, sombre, mais tellement bien écrit. C’est sûr, je pense que c’est un livre qu’il faut avoir lu et sans doute à relire plusieurs fois.

Retrouvez mes chroniques sur Babelio et sur lecteurs.com

Catalogue éditeur : Collection Folio (n° 28), Gallimard

 «– Bardamu, qu’il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n’en dis pas de mal !…
– T’as raison, Arthur, pour ça t’as raison! Haineux et dociles, violés, volés, étripés et couillons toujours, ils nous valaient bien! Tu peux le dire! Nous ne changeons pas! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d’opinions, ou bien si tard, que ça n’en vaut plus la peine. On est nés fidèles, on en crève nous autres! Soldats gratuits, héros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C’est lui qui nous possède! Quand on est pas sage, il serre… On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention si on tient à pouvoir manger… Pour des riens, il vous étrangle… C’est pas une vie…
– Il y a l’amour, Bardamu !
– Arthur, l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi! Que je lui réponds.»

Prix Renaudot 1932 / Première parution en 1952 / 512 pages / ISBN : 9782070360284

Le poète, Michael Connelly

Des suicides de flics, le poète Edgar Allan Poe et tout le talent de Michael Connelly pour un thriller inoubliable

Je me souviens d’avoir lu ce livre prêté lors de sa sortie par un collègue qui voulait me faire découvrir le style novateur de l’auteur. Depuis j’ai lu bien d’autres romans de Michael Connelly avec toujours autant de plaisir.

Dès le début, l’affaire est quasiment classée puisqu’il s’agit d’un suicide de policier, dramatiquement triste mais si facile quand on se supprime avec son arme de service, et surtout lorsque l’enquête que vous n’arrivez pas à l’élucider vous obsède. Pourtant, le frère jumeau de Sean, Jack McEvoy, doute du suicide de son frère. Alors que tout lui souriait, pourquoi se serait-il supprimé ?

Jack est journaliste au Rocky de Denver. Il décide de mener sa propre enquête et découvre que toute une série de suicides de policiers sont en fait certainement des morts suspectes. Mais dès lors que vous enclenchez la grosse artillerie et que vous reliez des faits entre eux et qu’ils dépassent le frontière de votre état, c’est le FBI qui se saisit de l’affaire. Tout d’abord inclus avec beaucoup de suspicion et bien peu de bonne volonté dans les équipes d’enquêteurs, jack se sent mis peu à peu sur la touche. Malgré tout, il continue à investiguer de son côté. Et son enquête couplée à celle qui FBI va nous entraîner du côté noir du net, déjà, au milieu de réseaux pédophiles et de criminels aguerris.

Ce roman est paru en 1996. Depuis les techniques ont évolué et les moyens de communications également. Plus besoin de fax, de ligne fixe pour brancher son ordinateur, etc. plus de notes de téléphone avec sa note d’hôtel…. Malgré ces quelques anecdotes qui datent un peu, on s’y laisse prendre à tous les coups. J’avoue que je me suis plongée sans retenue au cœur de cette enquête aux ramification et aux sources bien sombres.

La voix de Benjamin Jungers sied parfaitement au rôle, chaude, posée, j’avais l’impression de voyager dans la tête de Jack, de l’écouter penser à voix haute, ses hésitations, ses découvertes et le plaisir pris à avancer dans l’enquête. Jack qui ne sait pas trop ce qu’il veut, au passé difficile, qui a du mal à faire confiance aux autres et de fait n’arrive pas à se réaliser pleinement. Jack avec ses forces et ses faiblesses qui mène de main de maître le lecteur par le bout du nez jusqu’au final.

J’ai eu une légère inquiétude en réalisant qu’il y avait plus de seize heures d’écoute. Aucune crainte, le rythme soutenu, le suspense toujours présent, les protagonistes plus ou moins attachants mais qui ont un vrai rôle à jouer, et les différents rebondissements font passer le temps presque trop vite !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Calmann-Levy, éditions Points, Le Livre de Poche, Audiolib

Un livre audio lu par Benjamin Jungers. Traduit par Jean Esch

La spécialité de Jack McEvoy, c’est la mort. En tant que chroniqueur judiciaire au Rocky Mountain News, il y a été confronté plus d’une fois. Mais rien n’a pu le préparer au suicide de son frère jumeau. Inspecteur de police, déprimé et incapable de supporter le meurtre non résolu d’une jeune femme retrouvée coupée en deux, Sean s’est tiré une balle dans la bouche, comme le font souvent les policiers dépressifs. Un sujet dont Jack décide de s’emparer, en guise de dernier hommage à son frère.
Mais en s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins de son article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se sont suicidés dernièrement, et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir le plus gros scoop de sa carrière.
Il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect, un assassin qui a, jusqu’à présent, toujours réussi à tromper les plus fins limiers lancés à ses trousses…
Le Poète, l’un des premiers jalons de l’œuvre magistrale de Michael Connelly, brillamment porté par la lecture de Benjamin Jungers, fête en 2021 ses 25 ans.

Né en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d’un crash d’avion en 1986 lui valant d’être sélectionné pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il décide de se lancer dans l’écriture avec Les Égouts de Los Angeles, pour lequel il reçoit l’Edgar du premier roman. Il y campe le célèbre personnage du policier Harry Bosch, que l’on retrouvera notamment dans Volte-Face et Ceux qui tombent. Auteur du Poète, il est considéré comme l’un des maîtres du roman policier américain. Deux de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, et l’ensemble de son œuvre constitue le cœur de la série télévisée Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus à près de soixante-cinq millions de livres dans le monde et ont été traduits en trente-neuf langues. 

Date de parution : 17 Mars 2021 / Durée : 16h43 / Prix : 26.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 586 / Poids CD 2 (Mo): 564/ EAN Physique: 9791035402976 / Éditeur d’origine : Calmann-Lévy