Furies, Julie Ruocco

Un premier roman sur le drame syrien, exigeant et intense, sensible et humain

A la frontière turque, Bérénice s’active. L’archéologue française est devenue pourvoyeuse d’antiquités volées dans cette région du monde bouleversée par la guerre. La jeune femmes déterre et emporte les trésors cachés, ignorante de la folie qui l’entoure. Elle se trouve toutes les excuses pour légitimer son trafic d’antiquités dans ce pays en guerre où les hommes eux-même détruisent des trésors inestimables au nom de leur religion.

Jusqu’au jour où une femme lui donne sa fille à travers les barbelées d’un camp de réfugiés. Dès lors, sa vie va changer du tout au tout.

Un jeune pompier enterre les morts tombés sous les coups de l’État Islamique. Arrivé de la Syrie voisine, Asim pleure sa sœur Taym, si forte, si libre, exécutée par la police islamique. Lui le sauveur d’âmes est devenu le fossoyeur de leurs innombrables victimes. Il consacre désormais sa vie à retrouver les âmes de tous les disparus pour leur restituer la place qui leur a été volée dans l’histoire.

Leur rencontre se fera autour de cette fillette que sa mère va confier à Bérénice pour la sauver de ce monde en guerre.

Un roman fort, qui relate des situations dramatiques, au milieu du conflit syrien, des réfugiés qui attendent on ne sait quelle délivrance, entassés et oubliés dans les camps, au cœur de cette guerre sournoise faite aussi aux femmes à qui l’État Islamique enlève jusqu’à la vie lorsqu’elles ne s’effacent pas assez vite du monde des vivants. Les femmes, leurs silences, leurs souffrances, la douleur de vivre dans un monde qui nie leur place dans la société. Les violences qu’elles subissent prennent ici une toute autre dimension. Au milieu de tant d’horreur émerge pourtant le courage et l’héroïsme des peshmerga, de la résistance kurde, de ceux qui tentent et osent se révolter souvent au prix de leur vie.
Quelle peut être la réponse face à tant de violence, la soumission ou la révolte ? Des mots bien faciles à proférer lorsque l’on est à l’abri d’une société égalitaire où chacun a droit à la liberté, à l’éducation, hommes et femmes, garçons et filles. Des mots qui ont une autre portée et une toute autre signification lorsque votre vie est en danger à chaque instant.
Un magnifique premier roman sur un sujet difficile, à la fois exigeant et intense, sensible et humain, à l’écriture et au style direct et très contemporain.

Catalogue éditeur : Actes Sud

Les destins d’une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’un pompier syrien, devenu fossoyeur, se heurtent à l’expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.
Variation contemporaine des « Oresties », un premier roman au verbe poétique et puissant, qui aborde avec intelligence les désenchantements de l’histoire et « le courage des renaissances ». Un hommage salutaire aux femmes qui ont fait les révolutions arabes.

Prix « Envoyé par La Poste » 2021 /Août, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 288 pages / ISBN : 978-2-330-15385-4 / Prix : 20.00€

Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah

Une femme rattrapée par la violence de son passé, un magnifique roman d’amour et de mort

Tara attend l’arrivée d’Eli, son beau-fils. Elle se laisse aller, et son appartement est le reflet de son délabrement intérieur. Les déchets s’amoncellent, elle doit ranger ce désordre, éliminer cette saleté, mais elle n’y arrive plus. Cette chaleur ambiante, ce chagrin intérieur, la tuent à petit feu. Gravement blessée et victime d’une amnésie partielle, elle a rencontré son mari à la suite du séisme qui a ravagé son pays. Depuis la mort de son époux plus rien ne la retient à la vie. Les souvenirs surgissent peu à peu et viennent peupler ses nuits et ses jours de noirceur et de regrets. Son passé, son enfance, sonnent à la porte de sa mémoire pour raviver les douleurs enfouies de l’enfance. Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Mais qui est elle vraiment cette Tara qui s’abandonne et se perd ainsi.

Vijaya est une fillette à l’esprit libre, joyeuse, insouciante, cultivée. Elle passe son enfance auprès de parents aisés, aux mentalités atypiques sur cette île paradisiaque. Athées, qui prônent l’égalité et la liberté de croyance dans un pays qui n’accepte pas cette idée, ou très mal. Sortir de l’enfance est parfois difficile, mais lorsque la cruauté du monde rejaillit sur Vijaya elle n’a aucun moyen d’anticiper ce qui l’attend. La petite fille est recueillie dans une famille qui ne la comprend pas. Le silence s’installe, la solitude devient son quotidien. Les années passent, la jeune femme découvre l’amour et la douceur des corps qui se comprennent avec ce garçon qui l’aime pour ce qu’elle est.

Mais cet amour là est interdit. Elle est emmenée au Refuge, là où son éduquées et dressées les filles gâchées. Un refuge qui a tout d’une prison pour ces filles rejetées par la société. Devenue désormais Avril, elle va apprendre cette phrase qu’on lui répète inlassablement Rien ne t’appartient. C’est une adolescente brisée qui survit aux années terribles de dressage, mais aussi à la puissance des flots qui emportent tout sur leur passage.

L’arrivée d’Emmanuel sera sa bouée de sauvetage. Ensemble, le médecin venu porter secours aux victimes du tsunami trouve l’amour et Vijaya devenue Tara trouve la vie. À ses côtés elle se réinvente, devient autre. Jusqu’au jour où le cataclysme déclenché par la mort de son sauveur fait resurgir les souvenirs. Un prénom en particulier, oublié, enfoui au fond de sa mémoire. Et ces années pendant lesquelles elle a appris ce que les hommes font aux filles comme elle, ce qui est interdit, ce qui est autorisé, que rien ne leur appartient, jamais. Comment vivre avec ça, que peut-elle en faire désormais.

Dans ce pays jamais nommé que l’on imagine multiculturel, évolué, à l’environnement luxuriant, une île sur laquelle se côtoient plusieurs religions, la vie pourrait être paisible. Mais même là, les filles n’ont pas les mêmes droits que les hommes, elles doivent se plier aux exigences et aux violences que la société leur inflige. À travers ces deux prénoms et ces deux personnalités, le lecteur découvre l’enfant à qui tout sourit, à la vie insouciante et belle. Puis l’adolescente à la vie si difficile, qui a tant de mal à trouver une place dans cette société à laquelle elle n’a jamais été préparée. Enfin, la femme sauvée, aimée, puis meurtrie, rattrapée par son passé.

J’ai retrouvé dans ce roman toute la beauté de l’écriture de Nathacha Appanah. Sa façon de parler de la difficulté d’être, de devenir, de vivre, en mettant tant de douceur et de poésie dans ses mots. Le sujet des violences faites aux filles et aux femmes, ces filles que l’on dit gâchées, mais aussi l’intransigeance et les dictât des religions sont abordés avec subtilité et avec un réalisme qui fait froid dans le dos. J’ai aimé la façon dont l’autrice évoque les relations si belles et parfois violentes entre filles, l’amitié, le deuil, la solitude, avec tant d’humanité et de sensibilité.

De Nathacha Appanah, on ne manquera pas de lire le sublime roman Tropique de la violence, ou encore Le ciel par dessus le toit.

Catalogue éditeur : Gallimard

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rêves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientôt, je n’aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les événements, c’est elle qui me fait danser nue. »
Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.
À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

160 pages / ISBN : 9782072952227 / Parution : 19-08-2021 / 16,90 €

Danger en rive, Nathalie Rheims

Harcèlement, traumatisme, perte de mémoire, disparition, dans un roman qui a tout du roman noir

La narratrice est une autrice qui a cessé d’écrire et décidé de disparaître. Elle vit désormais dans la maison qu’elle avait achetée des années auparavant, dans un petit village normand en pays d’Auge. Elle se terre loin du monde auquel elle appartenait pourtant avec un certain bonheur. Son changement de vie fait suite à une hospitalisation qui a failli lui être fatale. Elle vit avec Paul, ce chien fidèle qui l’accompagne partout où elle va, y compris ce matin là lorsqu’elle trouve une Clio bleue bizarrement garée au bord de la route, personne à bord, clé bien visibles.

Une impulsion et elle rentre dans le véhicule, le fouille, y trouve un bracelet qu’elle emporte discrètement chez elle. Puis elle part déclarer cette étrange rencontre à la police locale. Ensuite, elle écoute dans le village ce qu’il peut bien se dire de cet incident. En parle-t-on sur les réseaux sociaux ? Sait-on à qui appartient cette voiture ? A-t-on retrouvé la femme disparue qui semble y être liée ?

A mesure de l’intrigue, on comprend peu à peu que cette femme à quasiment perdu la mémoire à la suite d’un fort traumatisme liée au harcèlement dont elle a été victime cinq ans plus tôt. Et les bribes lui reviennent, la douleur, la souffrance, la seule issue qu’elle trouve dans la fuite. Surtout au moment où le harceleur en question semble être de retour. Son seul salut est dans un désir d’écrire à nouveau, comme une catharsis qui pourrait l’aider à panser ses plaies et à raviver sa mémoire. Car elle le sait depuis toujours, l’imaginaire est bien pire que le réel. Le lecteur quant à lui se demande que viennent faire cette voiture, cette rencontre dans son histoire, dans sa recherche des souvenirs disparus. Et la question se pose de savoir si par des mots posés sur le papier elle pourrait enfin traverser le gouffre qui s’ouvre devant elle avec le retour de son harceleur.

L’autrice aborde ici le traumatisme liée au harcèlement quel qu’il soit. Et la situation des harcelés souvent incompris par ceux qui les entourent ou même par la police ou la justice. Eux qui souvent passent pour faibles et uniquement victimes, sans que l’on prenne en compte la souffrance réellement endurée. Elle aborde également le rôle des réseaux sociaux. Leur influence sur des populations souvent crédules qui gobent la moindre information sans jamais chercher à la vérifier. j’ai apprécié le sujet de la perte de mémoire traité par l’autrice, et les situations ou le désespoir que cela peut aussi entraîner, qui nous fait penser aux amnésies causées par de grands traumatismes, mais aussi aux malades d’Alzheimer et à leur proches.

Enfin, le retournement final apporte une touche roman noir et explique finalement assez bien le comportement de la narratrice. De la magie des installations artistiques appliquées à l’écrit. Étrange roman dont les protagonistes ne m’ont cependant pas vraiment touchée.

De Nathalie Rheims, retrouvez également ma chronique du précédent roman Les reins et les cœurs.

Catalogue éditeur : éditions Léo Sheer

La narratrice de ce roman a décidé, un jour, de couper les ponts avec le monde qui l’entoure, de renoncer à sa carrière d’écrivain, de quitter Paris pour se réfugier dans sa maison, perdue dans la campagne, au milieu du Pays d’Auge.
Cela fait maintenant cinq ans qu’elle vit là, recluse, parfaitement solitaire, en dehors de son chien, Paul, qui l’accompagne partout. Depuis, elle n’a plus écrit une ligne.
À l’origine de ce changement de vie, il y a un traumatisme, si violent qu’elle en a perdu la mémoire. Des bribes de souvenirs vont pourtant refaire surface.
Elle découvre alors qu’elle a été la victime d’un harceleur qui ne lui a laissé aucun répit, au point qu’elle a failli y perdre la vie.
Ce personnage monstrueux a réussi à s’échapper et à la retrouver. Cette fois, elle n’a plus le choix : ce sera lui ou elle.

Parution le 1er septembre 2021 / 192 pages / 17 euros / EAN 9782756113593

Eiffel, Nicolas d’Estienne d’Orves

Le monument le plus visité de Paris est-il une belle déclaration d’amour ?

Alors qu’il est déjà célèbre et vient de finir l’ossature de celle qui représente à jamais la porte du nouveau monde, cette statue de la liberté qu’il construit en collaboration avec le sculpteur Bartoli, Eiffel rêve de participer au projet de l’exposition universelle de 1889. Il souhaite réaliser un métro qui transporterait les parisiens d’un bout à l’autre de la capitale. Mais c’est sans compter sur les désirs du gouvernement qui pense à une construction magistrale pour symboliser la grandeur de la France, un siècle après la révolution française.

En se basant sur un projet de ses collaborateurs, Gustave Eiffel propose alors une tour extraordinaire qui devra être implantée en bord de Seine en plein Paris. Prodige architectural en particulier pour sa réalisation dans un terrain meuble qui se rempli d’eau à mesure que sont creusés les emplacements des piliers, l’ingénieur met à profit ses compétences pour finaliser l’œuvre majeure de l’exposition.

Ce que l’on sait moins est sans doute que la création de cette tour s’accompagne de la rencontre totalement imprévue, surtout aussi longtemps après, avec son grand amour de jeunesse. Cette jeune bordelaise qu’il avait imaginé épouser et qui a hanté ses rêves sera sa muse et sa source d’inspiration sur le chantier titanesque de notre éternelle Dame de Fer. Cette tour qui devait être détruite dix ans plus tard et qui étend son ombre majestueuse et incontestée sur la capitale.

N’oublions pas que son édification a été source de nombreux conflits et de violentes contestations. L’auteur met particulièrement bien en situation toutes les contraintes, contestations, railleries dont Eiffel a été victime lors de la construction de son monument éphémère. Nous permettant peut-être d’avoir un peu plus d’indulgence envers ce qui aujourd’hui aussi nous perturbe ou nous choque, qui sait ? Alors si la tour que chacun connaît sous le nom de tour Eiffel a une forme pour le moins étonnante, lisez ce roman ou courez voir le film pour comprendre le pourquoi de ce grand A qui surplombe Paris depuis 1889.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Paris, 1886. Obsédé par « sa » tour de métal, une bagatelle d’acier de 300 mètres de hauteur qu’il s’est lancé le défi de construire en plein Champ-de-Mars, Gustave Eiffel ne quitte plus ses ateliers. Certes, l’Exposition universelle mérite bien ce pari, et la France, de croire à nouveau en sa toute-puissance. Mais est-ce l’unique raison qui pousse celui qu’on surnomme « le magicien du fer  » à griffonner sans relâche des plans pour trouver la forme parfaite ? Depuis ce dîner chez le ministre du Commerce, et cette idée folle qu’il a lancée devant le Tout-Paris, l’ingénieur est comme possédé. Quelles que soient ses esquisses, c’est Adrienne, son amour perdu réapparue ce même soir, qui se dessine, la magnifique cambrure de son dos qui cascade depuis la nuque jusqu’à la taille. L’illumination le frappe : ce n’est pas une ligne droite qui doit mener du pilier au sommet, mais une courbe, incarnée, vivante. « Nous allons construire un rêve ! » Désormais la vie de Gustave ne tient plus qu’à un A majuscule, celui de sa tour qui s’élance dans le ciel de Paris, prête à le transpercer et le conquérir…

Écrivain et journaliste né en 1974, Nicolas d’Estienne d’Orves est l’auteur d’une trentaine d’essais et de romans salués par la critique, notamment son Dictionnaire amoureux de Paris.

Parution : 23 septembre 2021 / prix : 19,95€ ISBN : 9782749945866

Premier amour de Samuel Beckett, Théâtre La Croisée des Chemins 

La scène s’ouvre sur un guitariste faiblement éclairé, il accompagne un acteur assis sur un escabeau ; vêtu d’un antique pardessus et de godillots il a tout du clodo pensif et vieillissant.

Son long monologue nous entraîne dans le souvenirs d’une vie solitaire et égoïste. Il évoque d’abord la grande maison de son père dans laquelle il est resté jusqu’à ses vingt-cinq ans. Puis jeté dehors au décès de ce dernier, il squatte les maisons désaffectées ou le cimetière dans lequel il aime venir manger ses bananes et son sandwich.

Enfin il évoque la rencontre prépondérante de sa vie, qui l’a pourtant bien peu bouleversé, avec une femme seule qui vit dans un appartement avec deux chambres. Là, égoïste encore, il s’installe et profite de ce qu’elle peut lui offrir sans pour autant donner en retour ni amour ni sentiment. Jusqu’au jour où il fuit devant les responsabilités, celles que donne à tout homme un enfant à naître. Et c’est à nouveau la cloche, la rue, les tombes et les odeurs de macchabée qu’il sent sourdre de sous la terre. Une vie totalement ratée, uniquement tournée vers lui, cet homme aux remarques acerbes et acides qui fait fi du bonheur et de l’amour des autres.

Dans cette pièce, tout est principalement basé sur le jeu de l’acteur. Pas de décor, un chapeau, un escabeau qui fait aussi office de chaise. Tout est dans le geste, le dos voûté, le regard larmoyant, le bonnet sous le chapeau et la tenue pitoyable de cet homme qui n’inspire aucune pitié. Une véritable performance, un regard, des intonations, des gestes mesurés, et l’arrogance du personnage, sa singularité, sa vie ratée qui transpirent à chaque phrase.

Ne vous attendez pas à une belle historie d’amour, ce n’en est pas une. C’est l’histoire d’un homme qui… mais allez donc voir par vous même pour découvrir cette nouvelle de Samuel Beckett mise en scène par Jean-Pierre Ruiz.

Durée : 1h15
Production : Vol de nuit
Direction : Jean-Pierre Ruiz
Interprétation : Jean Michel (Illustration musicale : Roland Gomes)

Quoi : Histoire d’amour calamiteuse (et l’éternelle fuite) d’un vieux garçon égoïste avec une prostituée, qui l’installe chez elle et se déclare très vite enceinte de ses œuvres. Mais pourquoi ce vagabond, qui aime tant manger son sandwich et sa banane sur les tombes, qui répugne à se déshabiller et adore les vases de nuit, ressasse-t-il sans fin son histoire d’amour ? Un voyage dans les méandres doux-amers, tragi-comiques d’une vie ratée.

Où : Théâtre de la Croisée des chemins, La Salle Paris-Belleville : 120 bis, rue Haxo, 75019 Paris – Métro : Télégraphe. C’est une salle intimiste où le spectateur est placé à quelques mètres à peine des comédiens

Quand : Les mercredis et jeudis à 21h jusqu’au 28 oct. 2021

La Riposte, Jean-François Hardy

Quelle attitude choisir face au cataclysme climatique qui s’annonce, un roman sombre et lucide

Nous y sommes, le point de non retour a été atteint, la planète ne peut plus faire demi-tour … Paris ravagé, pollué, connaît la misère, la faim, les maladies, la violence. Nulle part les hommes et le femmes qui tentent de survivre ne sont désormais tranquilles.

C’est dans ce contexte que fleurissent sur les murs les affiches placardées par Absolum, un groupe qui prône la révolution pour la terre. C’est aussi dans ce contexte que Jonas, infirmier à domicile, quitte définitivement ses malades et son métier pour tenter de gagner le nord. Là, un semblant de vie paraît encore possible.

Pourtant, lorsqu’il se blottit dans les bras de la douce Khadija, son bonheur est presque palpable. Avec elle il serait même prêt à tenter la survie en milieu hostile. Mais elle est embringuée dans la lutte extrémiste et veut sauver ce qui l’est encore. Tenaillé entre son amour pour Khadija et son envie de fuite, Jonas décide de réfléchir en partant quelques jours retrouver sa sœur qu’il a perdue de vue depuis trop longtemps. Les années ont passé, et il apparaît vite que le frère et la sœur se sont irrémédiablement éloignés l’un de l’autre.

Jonas doit se décider, partir, rester en province chez sa sœur, retrouver Khadija à Paris, prendre les armes et s’engager dans la lutte pour la survie du monde, commencer à son tour la Riposte, la décision s’avère bien plus compliquée que prévu.

Dans cette dystopie apocalyptique, Jean-François Hardy dépeint le monde qui nous attend demain, car nous ne savons pas protéger cette terre qui nous porte et nous nourrit. Largement déprimant, ce roman a pourtant l’avantage de dépeindre un futur sans doute bien plus proche que ce que l’on veut admettre. C’est sombre, violent, déstabilisant, tellement défaitiste et pourtant certainement réaliste. Les crises écologiques et climatiques sont déjà là, les bouleversements des saisons, les cataclysmes, les mouvements migratoires, la montée des eaux, ne sont plus des utopies mais bien devenues réalités dans quelques régions de la planète. L’écriture directe, précise, jamais légère, donne vie à ces sensations déprimantes et réalistes bien qu’excessives. Et si le monde que nous décrit l’auteur était tout simplement celui qui nous attend demain ?

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix de la Vocation 2021

Catalogue éditeur : Plon

Dans Paris désagrégé par la crise écologique, la misère a définitivement pris ses quartiers. Au rationnement alimentaire s’ajoutent la violence de l’État, la canicule et les maladies. Un mystérieux mouvement, Absolum, placarde ses affiches dans toute la ville et gagne du terrain. Son slogan : « Révolution pour la Terre ».
Dans ce chaos, Jonas est infirmier à domicile. Quand il ne s’occupe pas de ses patients, il se réfugie dans les bras de la jeune Khadija, déterminée à sauver le monde. À 37 ans, Jonas est quant à lui désabusé et s’apprête à fuir comme tant d’autres vers le nord de l’Europe, en quête d’une vie meilleure. Mais peut-il partir si facilement sans se retourner ? Qu’est devenue sa sœur Natalia, sa seule famille, dans la campagne aride privée d’électricité ? Et s’il parvenait à convaincre Khadija de le suivre ? Incapable de s’engager comme de rester loyal à un système dont il a su pourtant profiter, Jonas va devoir faire face au murmure d’une grande révolte.

EAN : 9782259306942 / pages : 208 / Format : 135 x 210 mm / Date de parution : 26/08/2021 / 18.00 €

Les touristes du désastre, Yun Ko-Eun

Quand la nature reprend ses droits…un roman noir sur les dérives du tourisme de catastrophe

Yona le sent bien, le compte à rebours à commencé, elle est désormais sur la liste noire des employés de Jungle, l’agence de voyage qui l’emploie. Des signes imperceptibles le lui font sentir, en particulier l’attitude inconvenante de son manager. Attitude qu’il n’a qu’avec ceux qui seront bientôt mis sur la touche. Aussi le jour où elle décide de donner sa démission, elle ne peut qu’accepter l’offre que lui fait ce supérieur-harceleur, suspendre sa demande et partir en mission pour évaluer un de leurs lieux de vacances en perte de vitesse auprès des clients.

Car Jungle offre à ses clients des lieux de villégiature hors du commun. Les seuls qu’elle plébiscite sont ceux qui ont connu d’importantes catastrophes, un nombre important de décès et des ravages sur lesquels les touristes vont pouvoir s’extasier.

Yona embarque alors pour Mui, une île qui associe trois risques importants, un volcan, un désert, et une doline. Même si c’est un voyage pour lequel elle devrait profiter d’un hébergement très confortable.

Le trajet jusqu’à Mui est un véritable périple depuis la Corée. Sur place, elle se rend compte de la superficialité de la zone qu’elle visite, plus proche d’un parc d’attraction minable que d’un site aux accents réalistes. C’est bientôt l’heure de rentrer, mais elle se perd dans le train du retour et se retrouve seule, isolée, sans papiers.

La voilà revenue sur Mui, le site qu’elle venait de quitter. Yona comprend alors que tout ce qu’elle vient de voir ne correspond en rien avec la vie sur l’île, et répond avant tout aux désidérata des touristes. Mise dans le secret et partie prenante d’un nouveau projet en gestation, elle participe à une manipulation de grande envergure. Le cataclysme attendu replacera Mui sur le devant de la scène. Mais tout ne se passe pas forcément prévu, et parfois la nature reprend le pouvoir.

Un roman très étonnant, septique de prime abord, j’ai eu beaucoup de mal à le lâcher. Quelle critique acerbe de notre société qui prône la consommation et l’utilisation du moindre événement à tout prix. L’écriture, en tout cas via l’excellente traduction qui en est faite, est très agréable, vivante, moderne. Le thème abordé fait réfléchir. L’autrice nous place face à nos propres contradictions, nous qui passons tant de temps devant nos écrans pour découvrir les catastrophes qui se déroulent de par le monde sans pour autant penser à changer nos habitudes. Et si cela impliquait de notre part une autre façon d’anticiper le futur, de considérer les autochtones lors de nos voyages, d’appréhender les défis climatologiques sans doute autrement qu’en simples spectateurs.

Catalogue éditeur : La Croisée

Yona travaille chez Jungle, agence de voyages coréenne spécialisée dans le tourisme macabre, dit « tourisme noir ». Elle conçoit des circuits touristiques dans des destinations marquées par la mort et les désastres écologiques. Harcelée par son chef, Yona veut quitter l’entreprise. Mais Jungle l’envoie pour une dernière mission sur l’île de Mui, lieu ravagé où subsiste une étrange population…

Couronné du prix du roman policier international CWA Dagger 2021, Les Touristes du désastre est un roman noir et acide sur les excès du consumérisme moderne, porté par la plume alerte d’une des meilleures jeunes écrivaines coréennes.

Traduction du coréen par JEONG JIN EUN & JACQUES BATILLIOT
Parution le 6 octobre 2021 / 192 pages / 20€

Côté jardin, de Monet à Bonnard, Giverny

À Giverny, les visiteurs se pressent pour découvrir la maison de Claude Monet, que l’on apprécie quelle que soit la saison avec ses jardins et son bassin aux nymphéas. Mais il ne faut pas oublier le musée des impressionnismes, situé à deux pas. L’exposition actuelle s’intéresse tout particulièrement à la représentation des jardins dans l’univers des peintres.

Le visiteur navigue des œuvres d’Auguste Renoir à celles de Claude Monet, d’Édouard Vuillard à Pierre Bonnard pour ne citer qu’eux.

Il faut se souvenir que sous l’impulsion de Napoléon III, le baron Haussmann a transformé l’aménagement de Paris, en dotant la ville non seulement de ses célèbres grands boulevards mais aussi de grands espaces verts. Dès lors, des grands parcs de la capitale aux jardins privés, les artistes présentent leur vision de cette nature qui les entoure en mettant en scène famille, épouses ou amis, en combinant fleurs et personnages, femmes et enfants.

Qu’ils soient Impressionnistes ou Nabis, hommes ou femmes, ils aiment tous saisir ces moments de grâce. Les femmes en particulier sont présentes (parfois même elles semblent absentes, plongées dans d’insaisissables pensées !) sous le pinceau de James Tissot, Alphonse Legros, Albert Bartholomé ou encore Marie Bracquemond. Édouard Vuillard et Pierre Bonnard saisissent quant à eux les promeneurs qui se trouvent dans ces espaces publics, nourrices, élégantes, enfants.

Si le jardin est devenu le refuge des impressionnistes, chez Pierre Bonnard, Maurice Denis, Gustave Caillebotte ou encore Claude Monet, il est aussi le symbole du bien-être et de la renaissance. Ils n’hésitent plus à produire des œuvres purement décoratives comme le Parterre de Marguerites de Caillebotte ou le bassin de nymphéas de Claude Monet.

Alors qu’ils étaient portés par une forme de défiance vis-à-vis de l’impressionnisme qui prônait la retranscription de la sensation immédiate loin des ateliers, la dissolution du cercle des Nabis les ramènent vers des perspectives plus classiques. Bonnard quant à lui tend peu à peu vers une abstraction colorée qui prépare déjà ce que la génération américaine d’après-guerre qualifiera d’all-over.

Une visite que l’on aime prolonger en découvrant les compositions florales du jardin du musée des impressionnismes Giverny.

Quand : jusqu’au 1er novembre
Où : Musée des impressionnismes de Giverny 99 rue Claude Monet 27620 Giverny

Les cœurs inquiets, Lucie Paye

Un beau roman qui déborde d’amour et d’espoir

Lui, artiste peintre qui excelle dans les paysages sans aucun personnage, a quitté l’île Maurice pour Paris. Son galeriste envisage une nouvelle expo en septembre, mais est-il capable de répondre à cette exigence.
Son inspiration du moment ? Une femme, pas un modèle, pas une amoureuse, pas une voisine, mais une femme surgie des limbes de son imaginaire sans qu’il arrive à comprendre l’urgence qui s’est emparée de lui.

Elle, on le comprend vite, est malade. Elle saisi les moments de sérénité et de lucidité qu’il lui reste pour écrire à l’amour de sa vie qui a disparu depuis si longtemps.
Qui est-il cet homme qu’elle a cherché pendant tant d’années, que veut-elle de lui, et pourquoi a-t-il disparu ?

Lui et elle, vont-ils être deux destins parallèles ou leurs trajectoires vont-elles se croiser un jour ?

Ce que j’ai aimé ?

L’auteur nous propose des tranches de vie qui émeuvent et bouleversent, mais qui en même temps nous procurent un sentiment de sérénité.
Ces lettres qui débordent d’amour, de regrets, mais qui sont tellement positives et généreuses envers celui qui devrait les recevoir. L’amour d’une mère, absolu et définitif.
Les secrets de famille et les silences qui détruisent inexorablement ceux qui les acceptent.
Cet homme qui trouve une inspiration dans une femme inconnue qui le bouleverse sans qu’il en connaisse la raison. La force de amour filial suggérée ainsi.
Cet amour de l’art et de la peinture qu’ils ont en commun, cette façon qu’à l’auteur de distiller la beauté des œuvres et de nous en faire apprécier le beauté et à parfois le sens.

Un premier roman particulièrement réussi que l’on n’arrive pas à lâcher avant la fin.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

Parution : 05-03-2020 / 52 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072847301 / 16,00 €

Bélhazar, Jérôme Chantreau

Entrer dans le monde énigmatique de Bélhasar pour enfin se retrouver

Bélhazar est un élève prometteur, un enfant précoce, de ces enfants que la société a tant de mal à comprendre et à accepter. Dix-huit ans, ce n’est certainement pas un âge pour mourir, encore moins lors qu’une interpellation de police qui tourne mal, et qui plus est, tué par sa propre arme. C’est pourtant ce qui est arrivé à Bélhazar en 2013. Alors, bavure, accident, suicide comme on a bien voulu le faire croire, que doit-on en penser.

Une affaire étrange, dont on a peu parlé mais sur laquelle Jérôme Chantreau décide un jour de faire la lumière. Car si la police et la justice ont tôt fait de conclure à un suicide qui arrange bien les autorités et les délivre de toute responsabilité, les parents eux, se posent bien des questions.

Antoine Bélhazar est un garçon différent, brillant. Jamais vêtu d’un tee-shirt, mais toujours d’une chemise et d’un grand manteau, il dénote terriblement dans sa classe ou dans la cour de l’école. Et cette différence, comme son intelligence, en font un souffre douleur, mais aussi un jeune homme hors norme.

Rêveur, collectionneur fou, artiste, passionné, inspiré, unique, il mène rapidement sa vie en dehors des sentiers battus, et surtout de la vie normale d’un enfant ou d’un adolescent. Passionné par la guerre et par les armes à feu, il les collectionne, apprend à tirer au club de tir et compte bien trouver un métier en relation avec cette passion dévorante. Mais Bélhazar est aussi quelqu’un qui vit dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles, avec son lapin blanc dans sa forêt magique, à la limite du monde merveilleux et enchanté de ces histoires qu’il aime tant. Un monde dans lequel peu à peu va le suivre l’auteur, passant insensiblement de la recherche de vérité à la magie d’un monde parallèle accessible aux seuls initiés, ceux qui savent comment passer de l’autre côté du miroir.

Difficile alors de cerner le personnage, de trouver la réponse au pourquoi et comment est-il mort, et d’apporter aide et soulagement aux parents.

Le long cheminement de l’auteur vers un semblant de vérité au côtés de ce jeune homme unique, lunaire, magnifique, est avant tout un chemin vers une meilleure connaissance de lui-même et de ce qui l’entoure, de ce vers quoi il veut aller. Un moyen d’évoluer et de se trouver là où il pensait seulement cerner cet élève singulier, énigmatique et magnétique à l’imagination et à la créativité débordantes.

Un livre étrange qui nous parle d’un disparu auquel on s’attache sans parvenir à le cerner vraiment. Mais est-ce vraiment le but, l’auteur ne cherche-t-il pas plutôt à mieux se connaître à travers cette relation à l’autre, à celui qui a disparu et à ceux qui l’ont aimé.

Catalogue éditeur : Les éditions Phébus

Février 2013 : Bélhazar, un jeune homme sans histoire, décède lors d’un contrôle de police. Accident? Bavure ? Suicide, comme l’avance le rapport officiel ? L’affaire en reste là. Passée sous silence, elle tombe dans l’oubli.

Jusqu’à ce que Jérôme Chantreau décide de mener l’enquête. Professeur de français et de latin, il avait eu pour élève le jeune Bélhazar. L’auteur se plonge dans le passé, interroge les souvenirs.
Mais se heurte à la malédiction qui semble entourer ce drame. Que s’est-il vraiment passé ce soir d’hiver ?

Et par-dessus tout, qui était Bélhazar ? Adolescent hypnotique ? Artiste précoce ? Dandy poète laissant derrière lui un jeu de piste digne d’Alice au pays des merveilles ?

Jérôme Chantreau écrit contre l’oubli, et pour la vérité. Le crime est-il vraiment là où l’on croit ?
Les faits sont réels, mais ils ne disent pas le vrai. Pour comprendre enfin, l’histoire de Bélhazar exige une mise à nu totale : celle de l’auteur. Son engagement inconditionnel emporte le lecteur dans un labyrinthe d’indices et d’émotions.

Parution : 19/08/2021 / Prix : 19,00 € / Format : 20.5 x 14 cm, 320p. / ISBN : 978-2-7529-1237-4