Very Math Trip, Manu Houdart au Théâtre Gymnase Marie-Bell

Les maths avec Manu Houdart, c’est Waooh

Comment dire, les maths, vous les aimez ou vous les détestez ? Venez donc voir Manu Houdart au Gymnase et vous comprendrez à quel point ils méritent qu’on les aime ! Professeur de maths, mais aussi show man, ce belge aussi dynamique qu’énergique a décidé de nous faire aimer la matière la moins choisie en classe par nos lycéens (merci à ce propos au dernier programme concocté avec bien peu d’anticipation par nos édiles). Comment est-ce possible ?

À partir de quelques exercices de calcul mental, de quelques démonstrations, et de textes aussi étonnants et amusants les uns que les autres, il arrive en une heure trente à démystifier la matière la plus rebutante de toute notre scolarité.

Parce que finalement les mathématiques ne sont pas seulement des équations, des intégrales, ou de théorèmes fumeux qui ne servent à rien, mais bien des astuces qui peuvent être utiles tout au long d’une vie.

Alors n’hésitez pas, le temps du spectacle, vous vous rendrez compte que les maths peuvent aider, mener à tout ou presque, et surtout vous allez vous divertir et oublier la morosité ambiante, que demander de plus !

Et si vous n’avez pas le temps d’y aller, Manu Houdart a également écrit un livre sur le sujet, Very math trip, éditions Flammarion.

Qu’allez-vous voir : De et avec Manu Houdart – Mise en scène Thomas Le Douarec
Quel pari fou d’avoir décidé de nous faire aimer cette matière fascinante et presque effrayante que sont les mathématiques ! Un spectacle qui s’adresse même à ceux qui pensent être des cancres. Avec une énergie débordante, Manu Houdart s’amuse à nous démontrer qu’elles se cachent partout dans nos vies, que le théorème de Pythagore peut se glisser (incognito) dans une partie de foot, que le Bonheur et l’Amour peuvent dépendre d’une simple équation.
 : théâtre du Gymnase Marie-Bell salle : Petit Gymnase
Dates : jusqu’au 30 avril 2022 , Samedi 15H00 et 18H00, Dimanche 11H00, durée : 1h15

Tous tes amis sont là, Alain Dulot

Paul Verlaine, les derniers jours d’un poète maudit

En titre, la célèbre phrase d’Eugénie Krantz aux obsèques de Paul Verlaine (né à Metz en Moselle le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896), ces six mots pour l’histoire, nous montre clairement le sujet du roman d’Alain Dulot. C’est une période très particulière que l’auteur a choisi de nous raconter à travers les obsèques, la vie et la mort d’un poète incontournable de la littérature française.

Celui qui a découvert le jeune Rimbaud, qui a largement préféré son verre d’absinthe à toute vie rangée, qui a tout demandé à sa mère, la seule qui le suivra jusqu’au bout de ses folies sans jamais l’abandonner. Il est d’ailleurs très souvent dur, et même violent avec cette mère avec qui il entretient une relation difficile jusqu’à sa mort.

Verlaine est l’homme d’un mariage raté. Il épouse en 1870 Mathilde Mauté, de cette union naîtra Georges, un fils qu’il connaît peu.

Lorsqu’il rencontre Arthur Rimbaud en septembre 1871, il aime d’amour à la fois la jeunesse, la poésie et l’homme qui se dévoilent à lui. La relation amoureuse causera la fin de son mariage, une relation scandaleuse et violente. Ils partiront en Belgique, mais d’un coup de revolver, Verlaine blesse Arthur Rimbaud, son époux infernal au poignet. Il sera jugé puis condamné à passer deux années en prison. Dans la solitude de sa cellule, il écrit des poèmes et va renouer avec la religion catholique qu’il avait largement mis de côté.

Après leur séparation, il rencontre le jeune Lucien Letinois, et voit en lui le fils qu’il n’a pas su élever, l’ami de cœur sans doute aussi. Ils seront d’abord enseignants en Angleterre, puis agriculteurs dans la ferme achetée avec l’argent de sa mère. Mais l’affaire périclite bientôt et ils rentrent à Paris. Lucien décède, Verlaine lui consacre de nombreux poèmes.

Malgré tout son talent, malgré les amis poètes, les subsides versées par l’état ou par ceux qui le soutiennent encore, le génial prince des poètes qui est aussi un homme alcoolique et violent décède d’une pneumonie aux côtés d’Eugénie Krantz le 8 janvier 1896, à 51 ans. Il est inhumé au cimetière des Batignolles. Je dois avouer que l’auteur m’a donné envie d’aller voir sa tombe.

Ce que j’ai aimé ?

Difficile de parler du poète, de son œuvre et en même temps de sa vie. J’ai aimé le parti pris d’Alain Duflot et cette façon iconoclaste qu’il a de faire revivre le poète au seuil de sa mort, de dire la vérité sur les amours, les écarts, la violence, l’alcoolisme, la relation à la mère et aux femmes en général. C’est à la fois respectueux du talent de l’artiste, et factuel et sincère quand il évoque les écarts, mais aussi les amis qui l’ont toujours accompagné, soutenu, aidé, tout au long de cette vie pour le moins dissolue. Le lecteur découvre à travers ces lignes quelque moments emblématiques de la vie de Paul Verlaine. Et de constater que les grandes funérailles nationales des artiste qui marquent les français ne sont pas uniquement des manifestations récentes, pour preuve, celle-ci ou celle de Victor Hugo. On se souviendra à cette occasion du crayon posé sur le cercueil de Jean d’Ormesson par le président et de la phrase qui accompagne le geste.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Le 8 janvier 1896, au 39 de la rue Descartes, Paul Verlaine s’éteint, à l’âge de cinquante et un ans. Le 10 janvier au matin, la foule est dense dans le quartier Mouffetard : proches et curieux, rosettes de la Légion d’honneur et guenilles trouées, vieilles barbes et jeunes moustaches, gens de peu et hauts de forme s’écartent pour laisser passer le corbillard. Alain Dulot se joint au cortège pour suivre la dépouille jusqu’au cimetière des Batignolles en s’adressant au prince des poètes. Il évoque sa mère Élisa, ses amis, la société littéraire qui l’entoure, ses amours tumultueuses – avec Mathilde Mauté, Arthur Rimbaud, Philomène Boudin et Eugénie Krantz – teintées de sa faiblesse pour l’absinthe. Et sa passion sans faille pour la poésie, des tavernes à l’hospice, de la prison aux cabarets, jusque sur son lit de mort.

Paru le 13/01/2022 / 176 pages – 140 x 205 mm / ISBN : 9791037109989 / 16,00€

On n’y échappe pas, Boris Vian et l’OULIPO

Lorsque six membres de l’OULIPO rédigent la fin d’un roman policier inachevé, le dernier inédit de Boris Vian

L’intrigue se déroule en décembre 1950, lorsque le colonel Franck Bolton rentre de la guerre de Corée, une main en moins et de sérieux traumatismes en plus. Alors qu’il vient tout juste d’arriver, il découvre le meurtre atroce d’une de ses anciennes petite amie. Et rapidement, qu’une autre de ses conquête a subi le même sort. Il décide d’appeler Narcissus, un ami détective, et tous deux tentent de démasquer le meurtrier.

Boris Vian avait imaginé et rédigé à la fois le synopsis et les quatre premiers chapitres de ce roman dans la veine de ses titres écrits sous le pseudonyme de Vernon Sullivan. Il en disait :

J’ai un sujet de roman policier que j’écris pour Duhamel (série noire). C’est un sujet tellement bon que j’en suis moi-même étonné et légèrement admiratif.
Si je le loupe, je me suicide au rateloucoume et à la banane frite. Boris Vian.

L’auteur est décédé d’une crise cardiaque en 1959, à l’âge de 39 ans. Quels qu’aient pu être ses projets, il n’a jamais terminé ce roman-là.

J’ai aimé ce roman aux accents de polar noir américain des années 50, la fausse traduction et les notes en bas de page m’ont ramenée de années en arrière lors de ma lecture de J’irais cracher sur vos tombes. Là, on s’en souvient, où il avait écrit roman de Vernon Sullivan, traduit de l’américain par Boris Vian

Les membres de l’OULIPO (l’OUvroir de LIttérature POtentielle ) ont tenu le pari avec brio, du texte à la couverture du roman, Boris Vian lui-même y aurait retrouvé ses petits et peut-être même douté ne pas l’avoir écrit en entier. Merci à La Cohérie – Boris Vian et à Nicole Bertolt de leur avoir donné cette mission, et merci à eux d’y avoir répondu.

Mes photos d’une belle rencontre sur la terrasse de Boris Vian, cité Véron pour le lancement de l’édition du Livre de poche.

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Fayard

Décembre 1950. Frank Bolton, un jeune colonel de l’armée américaine, rentre de la guerre de Corée avec une main en moins. Peu de temps après son retour, il s’aperçoit que toutes les filles qu’il a aimées tombent, l’une après l’autre, sous les coups d’un assassin. Avec Narcissus Rose, son ami détective, il se lance sur sa piste dans une noirceur croissante.

Boris Vian imagina le déroulé de ce roman, en écrivit quatre chapitres et s’arrêta là. Pour les cent ans qu’il aurait eus, ses héritiers ont confié à l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) la mission d’écrire la suite…

192 pages / Date de parution: 22/09/2021 / EAN : 9782253240518

Ces femmes qui ont réveillé la France, à La Gaîté Montparnasse

Féministe, vous avez dit féministe ? Que vous le soyez ou pas, cette soirée est faite aussi pour vous.

Aller voir Jean-Louis Debré sur scène et passer une excellente soirée. Les qualificatifs et les emplois ne manquent pas pour désigner cet homme à la carrière politique bien remplie, magistrat, ancien ministre de l’Intérieur, président de l’Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, écrivain à succès ; Et pour la première fois, acteur, aux cotés de Valérie Bochenek, qui est mime et auteure (de l’ouvrage de référence sur le mime Marceau).

Qu’allez vous voir ?

Une vingtaine de portraits de femmes, des pionnières et des premières.
Il y a bien sûr un grand nombre de celles dont nous avons tous et toutes entendu parler un jour, qui se sont battues pour les droits des femmes, et que l’Histoire n’a pas oubliées, les Louise Michel, Simone Veil, Olympe de Gouges, George Sand, Colette, ou même Marguerite Yourcenar.
Mais aussi les oubliées, celles dont nous n’avons jamais entendu parler, qui ont pourtant par leurs actions contribué à transformer la société en devenant les premières dans des milieux entièrement réservés aux hommes, gérés par eux, et qui ne voulaient accorder aucune place aux femmes : Julie-Victoire Daubié, première bachelière, Jeanne Chauvin première avocate, Madeleine Brès, première médecin, la duchesse d’Uzès, première à passer le permis de conduire.
Ce sont celles qui ont bougé les lignes, qui ont agit pour le bien des autres femmes, montré le chemin en défiant l’autorité masculine. Elles ont agit pour ouvrir la voie à toutes celles qui ont suivi, libres et indépendantes, souvent oubliées mais tellement importantes.
Une soirée où humour, passion, intelligence, brillent et nous font découvrir les combats sans fin menés depuis si longtemps par celles qui nous ont précédé.

J’y ai passé un excellent moment, bien au delà de mes espérances. Même si je n’avais aucun doute sur les différentes cordes que Jean-Louis Debré pouvait avoir à son arc, la découverte de sa prestation d’acteur, avec cet humour et cette verve que je lui connaissait déjà, étaient un vrai régal. Une formidable soirée.

Avec humour et amour pour la République, ce duo nous enchante et nous rappelle ce que nous devons à ces femmes…

Assistant mise en scène : Laurence Guillet
Collaboration artistique : Valérie Bochenek
Piano : Valérie Rogozinski

Quand : jusqu’au 19/03/2022

Durée : 1 heure 20 minutes

 : Théâtre de la Gaîté Montparnasse 26 rue de la Gaîté, 75014 Paris

La collection Morozov, Fondation Louis Vuitton

L’exposition est prolongée jusqu’au 3 avril 2022, somptueux, moderne, coloré, on adore !

L’exposition événement réunit plus de 200 chefs-d’œuvre d’art moderne français et russe des frères moscovites Mikhaïl Abramovitch Morozov (1870-1903) et Ivan Abramovitch Morozov (1871-1921). C’est la première fois depuis sa création, au début du XX ème siècle, que la Collection Morozov voyage hors de Russie.

Après l’exposition de la Collection Chtchoukine en 2016, la fondation Vuitton nous permet d’apprécier et de découvrir ces œuvres emblématiques.

L’expo est un hommage aux deux frères férus d’art moderne qui ont toute leur vie accordé un soutien inconditionnel à l’art contemporain européen et russe. Nés en 1870 et 1871, ils ont acquis au fil des ans une collection de 240 œuvres françaises et 430 russes.
Après la nationalisation en 1918, puis la mise au rancart ou même les différentes interdictions, la totalité des œuvres est aujourd’hui exposée dans différents musées en Russie. L’exposition est d’ailleurs réalisée en partenariat avec le Musée d’État de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg), le Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine (Moscou) et la Galerie nationale Trétiakov (Moscou).

La ronde des prisonniers, de Vincent Van Gogh. Ce tableau est une merveille, en plus seul en scène dans cette salle, j’y suis restée très longtemps il m’a fascinée. Si toute l’exposition est absolument superbe, cette toile en particulier est à voir absolument. Vincent s’est fait interner à l’asile de Saint-Rémy de Provence, mais il manque de modèles et pourtant continue de travailler. Il va alors s’inspirer des documents que lui adresse son frère Théo. Cette toile majeure est la réinterprétation d’une gravure de Gustave Doré. Il ira jusqu’à donner sa couleur de cheveux au prisonnier au centre, avec ses bras ballants comme un autoportrait à la fois physique et mental.

Un parcours superbe pour un voyage chez les artistes iconiques de l’art moderne. À savourer sans modération.

Où : Fondation Louis Vuitton 8 av. du Mahatma Gandhi

Quand : jusqu’au 3 avril 2022

Le sang des bêtes, Thomas Gunzig

Un roman déroutant qui bouscule les certitudes

Tom, la cinquantaine bodybuildée s’ennuie dans sa boutique de produits pour sportifs. Il se demande ce qu’il a fait de sa vie. Une forme de lassitude le tourmente chaque jour, mais rien de bien grave. Il attend les clients et continue ses exercices de musculation pour conserver ce corps qu’il sculpte depuis des années.

Chez lui l’attend Mathilde, la compagne qui partage sa vie depuis vingt cinq ans. Son quotidien va être bouleversé par le retour au bercail de leur fils Jérémie qui vient de rompre avec Jade, sa copine. Et par l’arrivée de Maurice son père atteint d’un cancer. Il vient puiser dans la chaleur du foyer les forces nécessaires pour supporter les séances de chimiothérapie qui s’annoncent. Ce père juif dont la famille a péri dans les camps, victime de la Shoa. Ce père et ce passé dont Tom refuse de s’encombrer.

Malgré la lassitude qui le prend chaque jour et alors qu’il regarde les chalands qui passent devant sa vitrine, Tom est choqué par l’attitude d’un homme envers une femme. Il ne réagit pas immédiatement, mais quelques jours plus tard il décide d’intervenir et de porter secours à la même femme à nouveau violemment traitée par son compagnon. Se sentant légitime pour intervenir, et alors qu’il lui propose son aide, il est très surpris de sa réaction pour le moins inattendue.

Je n’en dit pas plus et vous laisse découvrir la suite …

Voilà un roman tout a fait étrange, à la lecture parfois déroutante et qui bouscule nos certitudes. Sommes nous toujours ce que nous pensons être, qui est l’intrus ou le migrant parmi nos proches, qui est celui qui connaît réellement son passé et ses origines, et savons-nous seulement ce que nous voulons faire de nos vies. De nombreuses questions sont posées ici, sur le genre, le passé et la famille, la place que l’on souhaite occuper dans la société et celle qui nous est assignée sans que l’on ait un mot à dire. Sommes nous libres de nos décisions, de nos actes, de choisir notre futur.

J’ai aimé que sous des airs joyeux et déjantés, ce roman surréaliste nous pose de bonnes questions sur nous même et sur nos désirs, sur la place des femmes tant dans la famille que dans la société, la mode ou le besoin du végan, notre relation aux animaux et aux hommes pour ne citer que celles-là.

Catalogue éditeur : Au Diable Vauvert

« Même si parfois la vie est difficile pour vous, vous n’avez aucune idée de ce que c’est que la sensation terrifiante d’être un animal dans le monde des humains. »

Thomas Gunzig est un fauve littéraire aux gestes féroces et déroutants. On devine que face à lui, les mots tremblent de trouille, et ils ont bien raison. Hervé Le Tellier – Prix Goncourt 2020
Drôle, tendre, cruel et politique, ce roman est un cadeau. Merci Thomas Gunzig. Adeline Dieudonné

Thomas Gunzig, né en 1970 à Bruxelles, est l’écrivain belge le plus primé de sa génération et il est traduit dans le monde entier. Nouvelliste exceptionnel, il est lauréat du Prix des Éditeurs pour Le Plus Petit Zoo du monde, du prix Victor Rossel pour son premier roman Mort d’un parfait bilingue, mais également des prix de la RTBF et de la SCAM, du prix spécial du Jury, du prix de l’Académie Royale de Langue et de Littérature Française de Belgique et enfin du très convoité et prestigieux prix Triennal du Roman pour Manuel de survie à l’usage des incapables. En 2017 il reçoit le prix Filigranes pour son roman La Vie sauvage. Star en Belgique, ses nombreux écrits pour la scène et ses chroniques à la RTBF connaissent un grand succès. Il a publié et exposé ses photos sur Bruxelles, Derniers rêves. Scénariste, il a signé le Tout Nouveau Testament aux deux millions d’entrées dans le monde, récompensé par le Magritte du meilleur scénario et nominé aux Césars et Golden Globes. Sont aussi parus au Diable vauvert, ses romans : 10 000 litres d’horreur pure, Assortiment pour une vie meilleur, Et avec sa queue il frappe.

Date de parution : 2022-01-06, Nombres de pages : 234, EAN-ISBN : 979-10-307-0452-5

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Un roman sensible, poétique et totalement addictif

C’est long très long, c’est triste très triste, chiant parfois j’ose le dire, mais c’est surtout très poétique, bien écrit, et absolument addictif.

Par son style pointilliste brillant de simplicité Valérie Perrin nous raconte un drame familial à travers la vie de Violette, une jeune femme qui a vécu de famille d’accueil en famille d’accueil avant de trouver l’amour avec Philippe Toussaint, et de construire sa vie avec lui. Ce beau jeune homme ne sera pourtant pas l’homme qu’elle espère, et la vie ne lui fera décidément aucun cadeau.

On aime très vite Violette, cette héroïne fragile, sensible, tellement féminine. Même si j’ai eu par moments envie de la secouer, de lui ouvrir les yeux, j’avais également envie de la prendre par la main, ou dans mes bras pour la réconforter. Je l’ai admirée pour sa force, sa détermination, sa résilience.

La construction du roman est une réussite. Le lecteur qui peut se lasser de la lenteur de certaines scènes parfois répétitives est pris par des rebondissements qui relancent l’intrigue. Ces nombreuses itérations, qui peuvent durer le temps d’un chapitre, m’ont quelques fois lassée, mais au final, elles m’ont paru être là pour montrer le rythme d’une vie, du temps qui passe, de la banalité d’un quotidien qui pourrait être le nôtre, et de fait, elles trouvent toute leur place.

L’action évolue dans des univers qui jouent un rôle déterminant dans la construction romanesque. Il faut avouer que garde-barrière ou gardien de cimetière, même si c’est une vie en apparence ordinaire, cela n’est en rien conventionnel. L’héroïne traverse ces deux mondes professionnels d’une grande banalité que le talent descriptif et imaginatif de l’autrice nous rend vivants et intéressants.

La voix de Françoise Cadol est particulièrement bien adaptée à ce personnage. Je l’ai trouvée empathique, douce et en même temps si forte. À tel point que de temps en temps j’imaginais une adaptation ciné dans laquelle elle incarnerait Violette. Elle porte son personnage et tous ceux qui gravitent autour d’elle, Léonine et Philippe, Sasha, Irène et Gabriel, Julien et Nathan, mais aussi Gaston, Nono, Elvis avec une grande finesse, sensible, à la fois résolue et discrète, elle nous fait vibrer, rire, pleurer, aimer cette héroïne qui n’a rien d’ordinaire.

Retrouvez ma chronique du roman dans le cadre du prix des lecteurs du Livre de Poche, et les chroniques de Nath, qui a beaucoup aimé, et celle d’Anthony, qui aime beaucoup moins.

Catalogue éditeur : Audiolib, Le livre de Poche, Albin-Michel

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires se révèlent lumineuses.

Lu par Françoise Cadol
Durée 14h43 / EAN 9791035406974 Prix du format cd 25,90 € / EAN numérique 9791035407124 Prix du format numérique 23,45 € / Date de parution 08/12/2021

Cervin absolu, Benoît Aymon

Le récit d’un amour fou, celui d’un homme qui a passé sa vie à conquérir les sommets indomptés des Alpes

En rédigeant escalade dans les Alpes, Edward Whymper a écrit le récit complet de ses courses en montagne, de ses tentatives infructueuses, échecs, abandons, et de son obstination a vouloir conquérir le sommet des Alpes encore inviolé en 1861, le Cervin.

Alors qu’il est envoyé dans les Alpes pour y faire des gravures pour son employeur, il tombe amoureux de ces montagnes majestueuses et décide d’en tenter l’ascension.

Ce seront d’abord quelques tentatives infructueuses avec les porteurs et les guides qui acceptent de l’accompagner. Il faut dire que le sommet était un rêve pour de nombreux montagnards de la région, mais pas seulement. Les jalousies s’exercent là aussi pour planter son drapeau le premier au sommet.

Après plusieurs essais ratés au fil des ans, il va enfin parvenir à ses fins. Mais cela ne se fera pas sans douleur puisqu’un terrible accident endeuille sa conquête du Cervin.

Le roman alterne deux visions, celle de Edward Whymper, récit contemporain de ses ascensions, puis en 1925, celle de Ethel, une jeune journaliste et de Jeanne, une ancienne employée d’Edward, mais surtout une femme amoureuse en silence de ce conquérant qui n’a d’yeux quant à lui que pour les sommets et la montagne.

J’ai aimé suivre le parcours de ces montagnards, leurs tentatives, le travail des porteurs, le vin qui circule un peu trop abondamment pendant les tentatives d’atteindre le sommet, et la joie d’y arriver. Enfin, la force de cette montagne indomptée qui reprend aussi ce qu’elle offre, même lorsqu’il s’agit de vies arrachées aux hommes.

Catalogue éditeur : Éditions Paulsen

Roman historique, Cervin absolu retrace la vie d’Edward Whymper jusqu’à son ascension ultime du Cervin, point d’orgue de sa carrière d’alpiniste mais aussi tragédie qui marquera sa vie à jamais.
Ce récit, c’est aussi celui d’un amour déçu, celui de Jeanne, domestique française servant chez les Whymper et confidente du jeune Edward, qui la délaissera pour celle qui obsède toutes ses pensées : sa montagne. Il faudra toute la patience et la persévérance d’Ethel, jeune journaliste du Times, pour recueillir cette version inédite de l’histoire et tenter d’en apprendre plus sur cet homme hors du commun.

À l’origine de Passe-moi les jumelles, une émission phare de la Radio Télévision Suisse, Benoît Aymon a toujours entretenu avec le Cervin une relation particulière. Historien de formation, il en fait l’ascension par la voie italienne et la descente par la voie suisse. Traversée intégrale et symbolique, sur la trace d’Edward Whymper, le premier à fouler le sommet du géant des Alpes dont on fête cette année le cent cinquantième anniversaire de la première ascension.

Parution : Octobre 2015 / ISBN 978235221-1365 / 16,00 €

Sur la route avec Bashô, Dany Laferrière

C’est un étrange voyage que nous propose Dany Laferrière avec ce roman dessiné, entre le japon de Bashô et l’Amérique, entre New-York et Berlin, Québec et Port-au-Prince. Aller de poésie en dessins, de paroles en cris, de questions en affirmations. Tout à fait le genre de livre que l’on pose sur la table du salon pour le reprendre régulièrement, en lire quelques mots, quelques textes, écouter les questionnements sur l’homme, le racisme, la vie, les villes et les habitants croisés lors des pérégrinations de l’auteur.

C’est à la fois un touche-à-tout étonnant et une continuité dans les couleurs vives et joyeuses pour la plupart, les mélanges, les voyages, les citations, les phrases posées là, comme par hasard, au fil des dessins qui les représentent. Et surtout, sans en avoir l’air, une façon de poser des mots sur la réalité du monde qui l’entoure, qui nous entoure, et y poser surtout un regard neuf, surpris, bouleversé ou parfois même attendri, par une voisine, un enfant, un paysage.

Et ces phrases si étonnantes !

Le pyjama intimide toujours les actifs (ah, est-ce toujours vrai après deux ans de confinement/télétravail!)

Revoir la même chose sous un nouvel angle et si c’était cela justement que nous propose Dany Laferrière ?

L’avez-vous lu ? En avez-vous lu un autre écrit de la même façon par l’auteur ? C’est une étonnante découverte pour ma part.

Catalogue éditeur : Grasset

Voici le troisième roman dessiné de Dany Laferrière chez Grasset. Après «  Autoportrait de Paris avec chat  » et «  L’exil vaut le voyage  », «  Sur la route avec Bashô  » suit la méthode nonchalante et néanmoins réfléchie de Bashô, le moine-poète japonais du XVIIe siècle, une des inspirations constantes de l’auteur (qui comme on sait est un écrivain japonais). Le narrateur de cette histoire parcourt le monde d’aujourd’hui, de l’Amérique au Japon en le prenant par surprise. Qui se méfierait d’un rêveur ? Il ne rêve pas du tout. Il admire (les femmes écrivains qu’il lit, de Jean Rhys à Zora Neale Hurston). Il se remémore (les divinités vaudoues). Il éprouve de l’affection (envers une de ses voisines alors qu’il séjourne à New York). Des dessins stylisés parcourent le texte, qui sont peut-être la rêverie de ce narrateur « dans ce monde sans pitié ». Voyageant dans le monde contemporain, il ne peut que constater que la menace est partout. Dessinant ce qu’il voit, le narrateur écrit aussi des mots. Et par exemple ceux-ci : « Black lives matter ». « Un nègre est un homme et tout homme est un nègre », a-t-il dit au début de sa pérégrination. Nègres sont donc les manifestants de Hong Kong qu’il voit réclamer la liberté. Pourtant, son intention n’est pas de changer le monde, nous dit-il, « simplement d’y vivre ». Et l’on comprend alors que, comme le disait Pavese, c’est un métier de vivre. 
Heureusement, il y a la littérature, le jazz, les femmes élégantes, les cafés et les fleurs. Il y a encore des rayons de soleil.

Parution : 13 Octobre 2021 / Pages : 384 / EAN : 9782246828884 prix : 22.00€/ EAN numérique : 9782246828891 prix : 15.99€

Prix Audiolib 2022

J’ai le plaisir de faire partie du Jury de la dixième édition du Prix Audiolib !

Les romans en sélection :

  • Apaiser nos tempêtes de Jean Hegland lu par Maia Baran
  • Enfant de salaud de Sorj Chalandon lu par Féodor Atkine
  • Ce que nous confions au vent de Laura Imai Messina lu par Clara Brajtman
  • L’Ange de Munich de Fabiano Massimi lu par Nicolas Matthys
  • La danse de l’eau de Ta-Nehisi Coates lu par Alex Fondja (parution le 13 avril 2022)
  • Le Parfum des cendres de Marie Mangez lu par Sophie Frison
  • Les Gardiens du Phare d’Emma Stonex lu par Guillaume Orsat et Christine Braconnier (parution le 13 avril 2022)
  • Les Sœurs de Montmorts de Jérôme Loubry lu par Slimane Yefsah (parution le 16 mars 2022)
  • Un jour ce sera vide de Hugo Lindenberg lu par Clément Hervieu-Léger (parution le 16 mars 2022)
  • Mise à feu de Clara Ysé lu par l’autrice (parution le 16 février 2022)

Pour en savoir plus sur le Prix, rendez-vous ici