Qui va là ? Thierry de Pina, Théâtre Les Déchargeurs

Alors que les spectateurs attendent l’acteur resté dans sa loge, un homme arrive dans la salle et s’approche de la scène. Un sac en plastique à la main, chaussé de baskets qui ont connu bien des sentiers, Alexandre Cabari reconnaît le fauteuil posé sur la scène. C’est celui dans lequel sa mère s’asseyait le soir, après ses longues journées de labeur. Cette mère qui l’a élevé et accompagné lorsque le père les a quittés, qui est « partie » et qu’il a portée si longtemps dans son sac plastique de Mr Édouard Leclerc. Dans cette urne dans laquelle il l’a retrouvée au détour d’une fugue parmi tant d’autres. Cette mère à qui il pense chaque jour.

Les souvenirs s’égrennent, les jours heureux, la chambre et le trou qu’il creusait chaque soir un peu plus dans le mur, contraint de rester là alors qu’il rêvait d’ailleurs, de jouer en bas au foot avec les autres, de tout sauf de cet univers restreint dans lequel ils évoluaient tous les deux.

L’abandon du père et ce nom qu’il porte comme une croix, celui d’un inconnu. Le travail et la fatigue de la mère, le décès, la solitude. Les trains de nuit qu’il prend sans billet mais en observant les dormeurs sereins qui passent un paisible trajet sans penser qu’on les observe. Et les souvenirs qui s’emmêlent et qu’il a du mal à remettre en place. Qu’importe puisque ce soir le lien est créé, les souvenirs lui viennent, il nous raconte et se retrouve dans les mots.

Un acteur incroyable que l’on se prend à croire et qui nous fait hésiter à lui répondre lorsqu’au détour d’un souvenir, d’une phrase, il nous questionne et nous sort de notre petit confort. Que l’on se sent privilégié, un peu bête, trop gâté, face à tant de solitude, d’inconfort, de silence, de tristesse. Même ses blagues tombent à plat, idiots que nous sommes, spectateurs de son désarroi, de sa tristesse, de son deuil, de son abandon.

Merci pour ce seul en scène émouvant, poignant et bouleversant qui passe les mardi et mercredi à 21h jusqu’au 25/05 à Paris avant de partir pour Avignon… En train de nuit peut être ?

Superbe texte d’Emmanuel Darley

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