Sex Doll, Danielle Thiéry

Quel bonheur de retrouver Edwige Marion, la commissaire fétiche de Danielle Thiéry, pour une enquête passionnante au temps de l’amour 2.0.

De nos jours dans Paris, bienvenue au XDoll, une maison qui abrite des amours d’un nouveau genre. Là, ni prostitution, ni violence, ni contrainte, seulement de belles poupées gonflables prêtes à accepter toutes vos exigences. Le propriétaire est un jeune chef d’entreprise qui met à disposition de ses clients des poupées gonflables en silicone. Et de fait, il ne se considère absolument pas proxénète ! Un jour, un mystérieux client s’acharne avec violence sur une de ses protégées. il s’est présenté sous le nom de Docteur X et a laissé un papier avec le numéro de téléphone de Marion, la directrice de l’Office de répression des violences aux personnes de la police judiciaire. Concomitamment, des meurtres de femmes étrangement mutilées amènent l’équipe de la commissaire à faire le lien avec cet hôtel de passe singulier. Et bizarrement, tour à tour les femmes de l’entourage de Marion sont prévenues de façon anonyme de chacun des crimes.

Au fil des pages, le Docteur X s’avère être un fil rouge dans la vie et la carrière de Marion. On le retrouve régulièrement, Marion espérait l’avoir oublié et le voilà qui ressurgit plus violent qu’avant. C’est ce que l’on appelle chez les policiers avoir des clous dans le cœur (Danielle Thiéry en avait d’ailleurs fait l’objet de son roman éponyme Prix du quai des Orfèvres). Comme les cold case, ces affaires que les policiers n’ont jamais réussi à solutionner et qui reviennent régulièrement les titiller.

Il faut avouer aussi que Philémon de Saint-Léger, le nouvel adjoint de Marion, ne fait pas l’unanimité dans ses équipes. Le doute plane, mais Marion l’a choisi il faut donc faire avec. Pourtant, les soupçons pèsent sur lui, qui est-il, que fait-il ? Lorsqu’il s’avère qu’Alix de Clavery disparait à son tour, l’enquête prend une tournure plus dramatique. En parallèle, Nina, vingt ans, la fille que Marion a adoptée lorsqu’elle avait six ans, est concernée par l’affaire des meurtres de femmes. La relation entre les deux femmes est chaotique depuis que sa fille s’est éloignée à Londres. Mais Nina est revenue et Marion tente de la protéger.

Tout est bon pour tenter de résoudre l’affaire, profilage, psycho-criminologie, et cette nouvelle technique, l’odorologie, qui permet de piéger dans des bandelettes de textile spécial une signature olfactive laissée sur une scène de crime. Car ici l’un des protagonistes souffre d’une maladie qui perturbe l’odorat de tous ceux qui le croisent. Le tout nous entraine dans le décor très particulier de l’hôpital des pendus, un espace hors du temps qui crée une ambiance glauque à souhait.

Danielle Thiéry  est l’une des premières femmes commissaire divisionnaire en France. Après une carrière bien remplie dans de nombreux et très différents  services de police, enquêtrice de la première heure, cette curieuse née régale aujourd’hui ses lecteurs à chacun de ses polars. Marion me fait penser à ces femmes fortes qui réussissent une carrière dans les services de police, sans doute est-ce un peu pour ça qu’elle est aussi attachante ! Elle n’est pas forcément un personnage systématiquement récurent, mais les lecteurs y sont très attachés. Même si c’est le 14e roman, et si Danielle Thiéry a essayé de s’en séparer, quel plaisir de la retrouver !

Le tout est mené tambour battant, le rythme soutenu tient le lecteur en haleine, et l’on tourne les pages avec fébrilité. Mais ne croyez pas que tout sera limpide ! Danielle Thiéry ne nous donne pas toutes les clefs ni toutes les réponses, et finalement c’est bien ce que l’on aime avec ses polars, chercher, trouver ou pas, s’interroger, s’impatienter et vibrer, puis attendre le suivant avec impatience.

Lire également l’interview avec Danielle Thiéry lors de la parution d’un précédent roman. Et mes billets de Tabous et Dérapages.

Lancement de Sex Doll au restaurant les éditeurs, avec Danielle Thiéry et Michel Drucker.

« On attend chacun de vos livres avec impatience. Ce roman-là est tout à fait extraordinaire, passionnant !» Michel Drucker, Vivement Dimanche France 2

Catalogue éditeur : Flammarion / Versilio

À Paris, l’ouverture d’un hôtel de passe 2.0, dont les pensionnaires sont des poupées de silicone, ne fait pas l’unanimité. Son jeune propriétaire, précurseur sur le marché du sexe, n’avait pas imaginé les réactions violentes que sa start-up provoquerait…
Dans le même temps, l’Office, dirigé par la… Lire la suite

Paru le 01/05/2019 / 416 pages – 131 x 202 mm / ISBN : 9782081487345/ Prix : 20€

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Commissaire Kouamé, un si joli jardin ; Marguerite Abouet, Donatien Mary

Compliqué ? Vous avez dit compliqué de mener l’enquête ? On embarque avec le commissaire Kouamé et cette BD primée au 19e prix du Polar SNCF.

A Abidjan, suite à la découverte d’un corps dans un hôtel de passe, le commissaire Marius Kouamé et son adjoint Arsène mènent l’enquête. La victime n’est autre que le magistrat Compliqué, ce qui va bien compliquer la tâche du commissaire. Voilà un excellent prétexte pour nous entrainer à la suite de quelques malfrats de seconde zone, dans les prisons ou dans les commissariats où les coups et la torture ne sont pas lettres mortes, et où l’on fait bon usage des radiateurs en fonte d’antan. C’est rythmé, féroce, et rempli de rebondissements de toutes sortes, le dessin est aussi vif et coloré que les habitudes et le langage des protagonistes, aussi haché parfois que les réflexions du commissaire, comme esquissé, mais toujours affirmé .

Alors bienvenue dans ce pays où il ne fait pas toujours bon être différent, où lorsque la sexualité est exacerbée c’est forcément en respectant les poncifs de la société traditionnelle, où l’on part à la découverte du quartier « mon mari ma laissée » et des résidences huppées des hauts dignitaires, à la poursuite du coupable et de son mobile.

J’avais particulièrement aimé la série Aya de Yopougon, je retrouve ici l’humour un peu féroce qui caractérise cet auteur. Il faut avouer que Marguerite Abouet n’a pas son pareil pour nous conter son pays la Côte d’ivoire en mettant en exergue les travers de la société africaine et le poids des traditions. Cette BD vient de remporter le prix du polar SNCF.

Catalogue éditeur : Gallimard

Par : Marguerite Abouet, Donatien Mary / Couleurs de Frédéric Boniaud

Abidjan. Un homme a été mystérieusement assassiné dans un minable hôtel de passe. Personne n’a rien vu… et l’enquête doit rester discrète sous peine de défrayer la chronique, car la victime n’est autre que Traoré Compliqué, le célèbre magistrat ! Le grand commissaire Marius Kouamé est immédiatement mis sur l’affaire. Accompagné d’Arsène, son fidèle adjoint, il traque les suspects en tout genre, qui n’ont qu’à bien se tenir, car les tortures infligées par les deux flics sont aussi incongrues qu’efficaces !
Un polar loufoque et déjanté, relevé par la verve ivoirienne de l’auteure de « Aya de Yopougon ».
Date de parution : 09 / 11 / 2017 / 104 pages / 20 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075076920

Barbara, roman ; Julie Bonnie

De la petite fille à la longue dame brune, Julie Bonnie nous entraine dans le sillage de Monique Serf, celle qui deviendra Barbara.

photo couverture du roman Barbara, roman, éditions pocket

Barbara n’a pas toujours été cette femme à la silhouette longiligne et à la voix si caractéristique dont chacun d’entre nous a au moins une ou deux chansons en tête. De il pleut sur Nantes à l’aigle noir, deux titres et des paroles qui, si on n’en connaissait pas la genèse, prennent ici toute leur force, celle qui enfant jouait du piano sur une feuille de papier vite pliée et cachée, a poursuivi toute sa vie une obsession, la musique. Elle se rêve pianiste (rêve anéanti par une mauvaise opération à la main qui l’a handicapée à un doigt), puis se tourne vers le chant, quand elle comprend enfin qu’elle a un timbre de voix particulier.

Il y a d’abord la famille, une mère au foyer qui met au monde des enfants les uns après les autres, en silence et en soumission. Un père perpétuellement absent et fauché. Puis ce père qui vient la retrouver le soir dans son lit de petite fille, cet aigle noir effrayant qui la tient en lui déclarant son amour inconditionnel et secret. Une grand-mère qu’elle adore et qui lui dit de jouer du piano sur cette feuille de papier qui la sauve en lui permettant de matérialiser ainsi ce rêve fou. L’école, où une Monique qui ne rêve que de musique s’envole au loin sans rien retenir. Puis les fuites des enfants cachés et séparés de la famille, car juif pendant la guerre c’est si dangereux. Enfin les hommes, un mari en particulier qui lorsqu’elle fuit vers la Belgique s’occupe d’elle et lui trouve les lieux où se produire, amorçant ainsi la carrière de l’artiste en devenir.

Ce roman d’une vie est beau et mélancolique, imagé et sonore, car derrière les mots, c’est la violence du père, les amours désespérées, ce sont les notes du piano, les tonalités de la voix magique et mélancolique de Barbara que l’on entend. Plus qu’une simple lecture, Julie Bonnie fait vivre – et parfois s’exprimer – cette enfant qui devient femme, cette artiste qui saura si bien écrire et chanter les amours enfuies, les regrets, les chagrins et la solitude.

Catalogue éditeur : éditions Pocket et Grasset

Joue, piano, joue.
C’est un piano de papier, dessiné au crayon par sa grand-mère adorée. Dès que son soleil devient trop noir, la petite Monique y compose des cantates secrètes, des airs rien que pour elle, du bout des doigts. Quand la guerre jette sa famille dans la clandestinité… Quand un… Lire la suite

Pocket : EAN : 9782266286800 / Nombre de pages : 176 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 23/05/2019 / Prix : 6.40 €

Grasset : Parution : 13/09/2017 / Pages : 198 / Format : 133 x 205 mm / Prix : 17.50 € / EAN : 9782246860761

Comme elle l’imagine, Stéphanie Dupays

Comme elle l’imagine il pourrait même être celui qui sera l’homme que j’aime … ainsi le chantait Véronique Samson, ainsi le rêve l’héroïne du roman de Stéphanie Dupays.

photo couverture roman comme elle l'imagine de Stéphanie Dupays

Laure est professeur de lettres, satisfaite de son métier, entourée d’amis, elle vit seule et se sent bien ainsi, bien mieux que si elle était mal accompagnée comme on l’affirme si souvent. Pourtant, lorsqu’elle tombe sur Vincent, rencontré à la suite de quelques échanges sur Facebook, échanges qui montraient leur communion d’idées et de point de vue, rapidement l’envie d’en savoir plus, de le connaitre et surtout de le rencontrer va se faire de plus en plus prégnante.

Habituée à sa solitude ordinaire, celle du bonheur de se retrouver avec un livre chez elle par exemple, elle va désormais sombrer dans la solitude forcée, celle qui la pousse à attendre près de l’ordinateur la petite lumière verte qui lui dit qu’il est là, qu’il va lui parler…Ah le piège des échanges virtuels, ceux qui permettent de tout dire sans risque, sans le regard de l’autre, sans s’impliquer dangereusement. Piège également de l’immédiateté, qui fait se poser mille et une questions lorsqu’il n’y a pas de réponses mais que la présence est avérée…Laure a besoin de ces échanges, autant pour découvrir Vincent que pour se révéler à elle-même, différente, plus libre peut-être ? Pourtant Laure examine, détaille, décortique chaque mot, photo, réaction de Vincent, pour tenter de le comprendre mais au risque aussi d’interpréter à sa façon et de s’imaginer ce qui n’est pas.

Lorsqu’elle provoque la rencontre avec celui dont elle est tombée amoureuse par écran interposé, le résultat ne sera pas forcément identique pour chacun d’eux. Alors, passion qui ébloui, amour qui rend aveugle, solitude trompée dans un échange fragile et sans lendemain ? Et si l’amour, le vrai, était plutôt celui d’à côté, concret, réel, vivant ?

Voilà une intéressante analyse de l’influence des réseaux sociaux sur notre vie au quotidien, addiction, vérité ou faux-semblants, par le biais de son héroïne, l’auteur fait une fois de plus une analyse brillante de notre société. Ou quand le virtuel change les codes, mais utilise toutes les phases de la relation amoureuse, en particulier épistolaire, même si le rapport au temps, en particulier l’attente, n’existe plus et modifie ces codes de la relation amoureuse, pour le meilleur mais certainement aussi pour le pire !

Je ne peux m’empêcher de penser à (et de vous conseiller également !) la lecture du roman de Philippe Annocque que j’avais vraiment beaucoup aimé : Seule la nuit tombe dans ses bras.

Catalogue éditeur : Mercure de France

Laure est tombée amoureuse de Vincent en discutant avec lui sur Facebook. Depuis des mois, ils échangent aussi des SMS à longueur de journée. Elle sait tout de lui, de ses goûts, de ses habitudes mais tout reste virtuel. Si Vincent tarde à lui répondre, l’imagination de Laure prend le pouvoir et remplit le vide, elle s’inquiète, s’agace, glisse de l’incertitude à l’obsession. Quand une rencontre réelle se profile, Laure est fébrile : est-ce le début d’une histoire d’amour ou bien une illusion qui se brise ?  
Subtile analyste du sentiment amoureux, Stéphanie Dupays interroge notre époque et les nouvelles manières d’aimer et signe aussi un roman d’amour intemporel sur l’éveil du désir, l’attente, le doute, le ravissement.

Paru le 07/03/2019 / 160 pages – 140 x 205 mm / EAN : 9782715249882 / ISBN : 978271524988 / Prix : 16€

Amour propre, Sylvie le Bihan

Être mère ou être femme… Mais à quel moment dit-on aux femmes que mettre au monde un enfant, c’est signer un bail ad vitam aeternam ? Dans ce roman magnifique qui ose dire, Sylvie le Bihan interroge le rôle de la mère et de la femme.

Giulia, prof d’italien, a la cinquantaine fatiguée et lasse. Giulia a des failles, elle a toujours ressenti un grand vide avec l’absence inexplicable de sa mère. Sa mère a abandonné le foyer en laissant sa petite fille de quelques mois au père qui l’a élevée avec tout l’amour possible. Giulia a divorcé, puis élevé seule ses trois enfants, s’efforçant d’être mère sans avoir eu son propre modèle. Aujourd’hui elle n’a qu’une hâte, voir ses enfants quitter son foyer pour vivre enfin sa vie de femme. Sa fille est en fac, ses fils viennent de passer leur bac avec succès, il est temps de s’envoler du nid douillet et protecteur dans lequel elle les maintient depuis tant d’années.

Pourtant, tout ne va pas se passer comme prévu, et lorsque les garçons annoncent qu’ils souhaitent entamer une année sabbatique, Giulia craque et fuit vers la villa Malaparte, à Capri. Il faut dire qu’elle a hérité de sa mère un livre de cet auteur qui l’attire irrésistiblement. Là, elle travaille, elle se ressource, se retrouve, et compulse les nombreuses archives qui lui permettront d’écrire sur Curzio Malaparte, auteur singulier et incompris de la majorité des lecteurs. Elle rencontre Maria, une femme attachante et mystérieuse.

Dans ce roman émouvant, Sylvie le Bihan prend également le parti de ces femmes souvent montrées du doigt parce qu’elles n’ont pas eu ou ne veulent pas d’enfant. Comme si la maternité était une évidence, un besoin vital pour l’accomplissement personnel. Ah ça, je l’ai souvent entendu dire par des collègues tant hommes que femmes, à qui j’ai souvent essayé d’expliquer que chacune était libre, difficile de le faire entendre ! À croire qu’une femme ne peut s’accomplir que dans la maternité. Mais non, alors osons le dire haut et fort, il y a tant de raisons à en pas vouloir d’enfants, à ne pas en avoir tout simplement, sans que cela retire quoi que ce soit aux femmes.

Il y a la société bienpensante, la religion, la famille, le regard des autres, qui imposent d’avoir des enfants pour rentrer dans la norme. Quelle pression sur les épaules des femmes, de celles qui rêvent d’être amoureuse, mère, amie, collègue, parfaite, et se mettent dans des situations inextricables fort déprimantes. Non, la femme parfaite n’existe pas et c’est tant mieux ! Et d’ailleurs, n’essayons pas d’être parfaite, de donner aux enfants tout ce qu’ils attendent sans lever même le petit doigt, laissons-les s’ennuyer, chercher, attendre, espérer et vouloir. Aidons-les à se construire à nos côtés jusqu’au jour où il sera temps de quitter le cocon familial pour voler de leurs propres ailes. C’est aussi ça, aimer ses enfants, et c’est toujours d’amour que l’on parle, même lorsqu’une mère rêve de voir partir « ses petits »!

Sylvie le Bihan revient avec justesse et pudeur sur le rôle souvent imposé de mère parfaite que l’on attribue aux femmes… Merci d’aborder ce sujet tabou encore aujourd’hui, de mettre à sa vraie place le désir d’être une femme sans être une mauvaise mère. Comme si ne pas avoir eu d’enfant était synonyme de vie gâchée. Enjeu difficile qui impose parfois des choix et des décisions de vies qui ne sont pas ceux dont on aurait rêvé.
Et cerise sur le gâteau, merci de faire vivre Curzio Malaparte, un écrivain et une personnalité aux engagements multiples et sans doute courageux que je découvre dans cette villa qui fait rêver. De nous faire découvrir, et approfondir si l’on en avait, nos connaissances sur sa vie et son œuvre… Avec comme une envie d’aller à Capri après cette lecture.

Catalogue éditeur : JC Lattès

Giulia n’a hérité de sa mère que son prénom, italien comme elle, et son amour pour Malaparte. Elle a grandi seule avec son père et avec les livres du grand écrivain. Elle est devenue mère, elle est devenue professeure d’université, spécialiste de Malaparte. Ses enfants ont grandi, ils ont encore besoin d’elle,  mais c’est elle qui a besoin de vivre sans eux maintenant : elle ne fuit pas comme sa mère a fui dès sa naissance, elle fuit pour comprendre ce qu’elle a hérité de cette absente, ce qu’elle a légué, elle, mère si présente, à  ses enfants.
Elle répond à l’invitation d’un ami universitaire et part seule à la Villa Malaparte à Capri pour écrire un livre. Lire la suite…

Sylvie Le Bihan est romancière. Elle a publié aux éditions du Seuil trois romans remarqués : L’Autre (2014), Là où s’arrête la terre (2015) et Qu’il emporte mon secret (2017). Et un récit Petite bibliothèque du gourmand, (Flammarion, 2013) préfacé par son mari Pierre Gagnaire.

EAN : 9782709664134 / Parution : 06/03/2019 / 250 pages

La plus précieuse des marchandises, Jean-Claude Grumberg

C’est un conte qui dit la vie, l’amour, l’enfant… C’est un conte indispensable qui dit l’indicible. C’est peut être une Histoire vraie…

La plus précieuse des marchandises c’est la vie. Celle qui est donnée, celle qui est offerte, celle qui part en fumée à l’arrivée des wagons plombés dans les plaines au bout de la forêt, au bout de l’hiver, du froid et de la faim. Dans ces wagons passent hommes et femmes, vieillards et enfants, meurtris, bientôt oubliés du monde quand, à leur arrivée au camp, ils sont triés, puis pour la majorité d’entre eux envoyés à la mort.

Dans ce conte, il y a une grande forêt où chaque jour une vieille bûcheronne regarde ces trains qui passent dans un sens puis dans l’autre, elle rêve de voyages et d’ailleurs. Elle espère elle ne sait quoi, pourtant souvent tombent des trains des petits papiers qu’elle garde, sur lesquels sont écrit ces mots qu’elle ne comprend pas. Jusqu’au jour où tombe du wagon un petit paquet emmailloté dans un châle somptueux tissé de fils d’or.

Dans ce paquet, une petite fille, cadeau du ciel qu’elle va nourrir et élever contre l’avis du bucheron son époux, contre l’avis de la population alentour, avec l’aide de l’homme des forêts, prenant la fuite au péril de sa vie pour la sauver.

Voilà un contenu absolument émouvant pour dire la solution finale, la mort et que l’auteur a voulu rendre universel en choisissant de l’exprimer sous la forme du conte. Pour montrer sans doute aussi qu’au plus noir des hommes il reste parfois un espoir de vie. Ce texte qui parle à chacun de nous, partout, est à la fois sombre et empreint d’une grande humanité. Cette femme qui élève cet enfant qu’on lui refuse, dans ce pays où il était si facile de fermer les yeux face à l’extinction programmée de tout un peuple. Ce père qui va choisir entre ses enfants m’a forcément fait penser au Choix de Sophie, douleur, espoir, culpabilité, tout est dans le geste, celui qui sauve et celui qui condamne, et cependant il y a tant d’espoir dans ces pages.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du prix BFM l’Express

Écrivain et dramaturge, Jean-Claude Grumberg est né à Paris en 1939, dans une famille juive. Il est hanté par l’arrestation, sous ses propres yeux, de son père emmené à Drancy et déporté par le convoi 49, parti pour Auschwitz le 2 mars 1943.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Seuil

Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons…
Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s’abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.

Date de parution 10/01/2019 / 12.00 € TTC / 128 pages / EAN 9782021414196

Les confidences, Marie Nimier

Pourquoi se confier à un auteur dans l’anonymat ? Pour qu’il sublime vos révélations ? Les confidences, comme autant de tranches de vies recueillies par Marie Nimier.

photo de la couverture du roman de Marie Nimier "Les confidences" blog Domi C Lire

Avec des airs de recueil de nouvelles qui seraient parfois, rarement pourtant, ponctuées de quelques mots et remarques de l’auteur, ces 48 textes sont comme autant d’instants de vies cachés, enfin révélés pour se faire du bien, se soulager, se souvenir, à celle qui les a recueillies dans l’anonymat le plus complet, un bandeau blanc sur les yeux, dans un appartement vide seulement peuplé de deux chaises, d’une table, d’un portemanteau et d’un grand philodendron.

Hommes ou femmes, jeunes ou plus âgés, chacun raconte, dévoile, l’intime ou le banal, le violent ou le tendre, caché et pourtant si commun à chacun de nous pour la plupart. Culpabilité, prostitution ou soumission, vengeance ou pardon, lâcheté, violence ou silence, rêve ou cauchemar, ces étapes de vies restent à jamais en mémoire, importantes ou pas, ces parenthèses font que vous devenez autre ou que vous restez le même.

Se confier à quelqu’un qui ne vous voit pas, c’est un peu comme échanger sur les réseaux sociaux avec ceux qu’on n’a jamais rencontré et à qui on ose dire tant de secrets, dévoiler tant d’intime, tout ce que l’on ne dirait sans doute jamais à ceux que l’on côtoie chaque jour.

Chaque confidence est personnelle, différente, banale souvent. Chacune annonce, dénonce, déculpabilise, espère, promet, surprend, regrette. Dans ces mots attribués à des inconnus tout est dit sur la nature humaine, avec pudeur ou sans retenue, avec douleur ou soulagement.

Le roman (c’en est un ?) s’intitule Les confidences, ce pourrait être Tranches de vies, instants furtifs ou souvenirs. Le lecteur découvre chaque témoignage avec avidité mais sans voyeurisme, porté par l’écriture et la sensibilité de l’auteur. J’avais découvert Marie Nimier avec son précédent roman La plage, je retrouve avec plaisir son style et sa délicatesse.

Catalogue éditeur : Gallimard

Dans un appartement vide, meublé de deux chaises, une table et un immense philodendron, Marie recueille, les yeux bandés, des confidences.
Les candidats se sont inscrits anonymement. Ils prennent place sur la chaise libre et racontent ce qu’ils ont choisi de partager, souvent pour la première fois.
Remords, regrets, culpabilité, mais aussi désirs, rêves, fantasmes se dévoilent ; les confidences se succèdent, toujours plus troublantes.

192 pages / 140 x 205 mm / ISBN : 9782072843136 / Parution : 07-03-2019