Histoire du lion personne. Stéphane Audeguy

Stéphane Audeguy  nous conte l’Histoire extra-ordinaire d’un lion nommé Personne, qui traverse une époque révolutionnaire et dont nul ne se souvenait… jusqu’à aujourd’hui.

Domi_C_Lire_histoire_du_lion_personneSénégal, 1786. Dans son village, Yacinne est protégé par le père Jean, le vieux missionnaire qui a su détecter chez ce jeune homme de belles capacités intellectuelles et qui lui donne toute l’éducation qu’il est possible de recevoir au village. Voyant que l’enfant peut aller plus loin, il décide de l’envoyer à St Louis, pour parfaire cette éducation. En chemin, Yacinne trouve un lionceau, et lorsqu’il est certain de pouvoir s’en occuper sans danger, l‘adopte et lui donne pour nom Kena, ce qui en langage de sa propre tribu signifie « personne ».

Voilà comment va naitre « l’Histoire du lion Personne ».

Arrivé à Saint-Louis-du-Sénégal, le jeune Yacine se place immédiatement sous la protection de Jean-Gabriel Pelletan de Camplong, le directeur de la Compagnie Royale du Sénégal. Ce dernier, arrivé là d’avantage par punition que par promotion, va prendre goût à la vie au Sénégal, et adopter Kena, le lion Personne. Pourtant, Jean Gabriel est un homme droit, dont les pensées vont à l’encontre de la morale de l’époque et de l’intérêt du commerce, bataillant contre l’esclavagisme, refusant de prendre pour maitresse ces belles mulâtres qui se donneraient pourtant facilement à lui pour obtenir promotion et porte ouverte dans le grand monde, et ses goûts plus prononcés pour les hommes que pour le jeunes femmes qui le convoitent ne vont pas lui rendre la vie facile. Personne devient très vite le compagnon de solitude de Pelletan. A la mort de Yacinne, Personne va adopter un nouvel ami, un jeune chiot bâtard appelé Hercule, ils deviendront inséparables.

Face au risque encouru par Personne dans sa maison du Sénégal, et grâce à ses contacts épistolaires avec Georges-Louis Leclerc Buffon, Pelletan décide de le faire partir pour la Ménagerie Royale de la cour de Louis XVI à Versailles. Hélas, nous sommes en mai 1788, en pleine période révolutionnaire. La mission sera compliquée et le chemin qui les mène de Saint-Louis du Sénégal au Havre de Grâce en Normandie, puis jusqu’à Versailles, enfin jusqu’à la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, sera un véritable parcours du combattant semé d’embuches. Les animaux sauvages et nobles ont une image un peu trop majestueuse pour cette époque de révolte, et celle du roi des animaux est bien trop associée à l’image du roi, cela ne plait vraiment pas au peuple. Ii est intéressant de comprendre alors la vision des classes de la société à travers les différents animaux, l’image qu’ils transmettent, et de fait, le principe de création du premier jardin zoologique.

Personne aura une courte vie, à peine dix ans, protégé par ses différents maitres, et surtout par le chien Hercule qui l’accompagne dans son périple.

J’ai vraiment apprécié découvrir cette aventure, l’écriture est étonnante et parfois ampoulée car ancrée dans son siècle, mais foisonnante d’images et de sentiments, d’idées et de interrogations. Qui ne s’est pas posé des questions face à la pléthore d’animaux empaillés de la Grande Galerie de l’évolution au Muséum d’Histoire Naturelle, animaux datant souvent de cette époque ?

Et surtout, j’ai apprécié cette façon de personnifier le lion, Personne, de lui créer des souvenirs, des émotions, pendant cette période historiquement riche d’événements importants : la colonisation de l’Afrique et l’esclavagisme, la révolution française et la fin de la royauté. Cela donne une autre vision de tous ces événements, de cette grande période de bouleversement politiques, économiques et sociétaux majeurs dans notre histoire. Un peu à la façon d’Éric Vuillard qui observe l’Histoire à travers les personnages la plupart du temps insignifiants ou oubliés, Stéphane Audeguy fait parler les petits, les faibles, pour donner sa version de ces dix ans de vie.

#PMR2018


Catalogue éditeur : Seuil, éditions Points, sélection du Prix du meilleur Roman 2018

Il est absolument impossible de raconter l’histoire d’un lion, parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal.

Il est absolument impossible de raconter l’histoire du lion Personne, qui vécut entre 1786 et 1796 d’abord au Sénégal, puis en France. Cependant, rien ne nous empêche d’essayer.

6,5€ // 168 pages / Paru le 17/08/2017 / EAN : 9782757868829

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Le Sans Dieu. Virginie Caillé-Bastide

Roman d’aventure, roman de pirates, roman d’amour et de désespoir. Batailles, défaites, famine ou vengeance, tout est là ! Pourquoi on aime « Le sans Dieu » de Virginie Caillé-Bastide.

Domi_C_Lire_le_sans_dieu_virginie_caillebastide.jpgBretagne, en 1709. Alors qu’une vague de froid s’est installée sur l’Ouest du royaume, le Conte Arzhur de Kerloguen voit mourir son fils. C’était le dernier de ses enfants, la famine et l’hiver lui ont pris sa famille, sa femme devenue folle s’en remet à Dieu. Plus rien ne le retient désormais sur ces terres où même la mort d’un innocent ne fait pas bouger les hommes de Dieu soumis au pouvoir local.

 Quelques années plus tard, Ombre sur le bateau Le Sans Dieu, pirate parmi les pirates, nous le retrouvons chef tout puissant sans foi ni loi. Flibustier qui part sur les mers des caraïbes conquérir et détrousser les galions sans regret ni hésitation. Jusqu’au jour où lors d’une attaque particulièrement sanglante, il épargne Anselme, un prêtre jésuite, et le retient captif sur son bateau. Les longues discussions et les tentatives d’Anselme de remettre en question l’action d’Arshur seront propices à de nombreux échanges entre les deux hommes, en particulier des questionnements sur la foi en Dieu, ou sur la perte de la foi. Mais fort de son malheur, il sera difficile pour Arzhur de revenir dans un chemin de pardon et de soumission. Intéressant dialogue que celui de l’homme de Dieu et du mécréant, propice également à de nombreuses interrogations sur l’esclavage, celui de la traite triangulaire autant que celui des humbles dans les villages perdus de Bretagne.

Le lecteur suit avec plaisir les différents personnages aux caractères bien trempés et au passé souvent sombre. Comme en particulier les émois et les sentiments ambigus de Maël le boiteux, car on sent très vite qu’il a un lien étroit avec Arzhur, ou encore Barbe, gouvernante et servante, restée à jamais fidèle à la famille et qui a élevé Maël le boiteux. Tout au long de l’intrigue, des relations se tissent, des caractères se forgent, des amours fraternelles se défont ou s’espèrent.

L’auteur nous plonge immédiatement dans un roman d’aventures et d’Histoire qui plaira aux amateurs du genre.  On y retrouve ce qui fait le sel des romans de pirates, les batailles, les prises de bateau à l’abordage, le sang et le vin qui coulent à flot. L’écriture, la langue, le parler de Virginie Caillé-Bastide ressuscitent l’époque, rendant plus véridique encore cette aventure de pirates et d’insoumis, de révoltés et de brigands. Un roman inattendu et absolument rafraichissant.


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Bretagne, 1709. Une vague de froid sans précédent s’abat sur le royaume de France, déclenchant une famine effroyable. Arzhur de Kerloguen assiste impuissant à la mort du dernier de ses sept enfants. Sa femme ayant perdu la raison, il abandonne sa terre natale et les derniers fragments de sa foi.
Au large des Caraïbes, 1715. L’Ombre, farouche capitaine, fait régner la terreur sur ces mers du bout du monde qu’il écume sans relâche. Lors de l’attaque d’un galion espagnol, il épargne un prêtre jésuite et le retient prisonnier. Un affrontement s’engage alors entre les deux hommes sur l’épineuse question de l’existence de Dieu. Lire la suite …

336 pages | 20€ / Paru le 24 août 2017 / ISBN : 978-2-35087-421-0

Une longue impatience. Gaëlle Josse

Retrouver la belle écriture de cet auteur qu’on aime tant, et se laisser emporter par la force des émotions avec « Une longue impatience », le dernier roman de Gaëlle Josse.

Domi_C_Lire_gaelle_josse_une_longue_impatienceEn Bretagne, dans les années d’après-guerre. Une femme, Anne Quémeneur, veuve le Floch attend. Elle attend son fils, Louis, issu de son premier mariage avec Yvon, le marin qui n’est jamais rentré au port. Car pendant la seconde guerre mondiale, les anglais ont aussi bombardé les bateaux de pêche qui alimentaient l’ennemi.

Veuve restée au village, Anne épouse en seconde noces Étienne, le pharmacien. Fils d’une famille aisée, il est celui que toutes voulaient épouser mais qui attendait Anne depuis sa plus tendre enfance. Amoureux de cette fille pauvre, mais libre et si différente, qui le fait rêver et qu’il aime en silence depuis de nombreuses années avant de pouvoir se déclarer. Le mariage se fait, Étienne promet d’aimer Louis comme son fils. Deux enfant naissent de cette union, qui font le bonheur de leurs parents.

Mais un jour, Étienne corrige Louis avec violence. Louis, cet enfant qu’au fond il n’a jamais accepté comme le sien, peut-être parce qu’il est la preuve vivante de l’existence du premier mari d’Anne. Et à seize ans, Louis s’en va, quitte la maison sans un mot, sans une ligne, sans une explication.

La douleur de Anne est un gouffre sans fond, une blessure à vif, car le silence, le doute, les questions qu’elle se pose vont la miner et la tuer à petit feu. Anne est une mère qui aime ses autres enfants mais qui ne pourra jamais se résoudre à l’absence de Louis. Elle va réussir à afficher une vie de mère, d’épouse, mais va surtout souffrir de l’abandon de ce fils qu’elle n’aura pas pu protéger et qu’elle va attendre chaque jour, inlassablement.

Voilà un roman de souffrance et d’attente, d’espoir et de chagrin, d’amour et d’incompréhension. Porté par une écriture fine et ciselée comme un diamant, qui pose les mots à leur juste place, qui décrit les sentiments et les fait vivre au lecteur aussi surement que s’il les avait vécus lui-même. Voilà un magnifique portrait de femme qui pleure un fils perdu, qui se détruit dans l’attente du retour de ce fils silencieux, qui attend aussi une forme de rédemption qui ne viendra sans doute jamais.

Gaëlle Josse a une façon bien à elle de nous emporter dans une finesse de sentiments qui nous semblent parfois d’un autre âge. Mais également dans ces descriptions qui rendent tellement vivant son roman. Ici je pense en particulier aux lettres d’Anne à son fils, avec ce repas sans fin, symbole de vie et de joies, de bonheur et d’enthousiasme, rêve irréel de celle qui attend. On y côtoie aussi la pression sociale des villages, dans une France d’après-guerre où ceux qui trahissent leur milieu sont regardés avec inquiétude et parfois mépris.


Catalogue éditeur : Noir sur Blanc

Ce soir-là, Louis, seize ans, n’est pas rentré à la maison. Anne, sa mère, dans ce village de Bretagne, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, voit sa vie dévorée par l’attente, par l’absence qui questionne la vie du couple et redessine celle de toute la famille.
Chaque jour, aux bords de la folie, aux limites de la douleur, Anne attend le bateau qui lui ramènera son fils. Pour survivre, elle lui écrit la fête insensée qu’elle offrira pour son retour. Telle une tragédie implacable, l’histoire se resserre sur un amour maternel infini.

Avec Une longue impatience, Gaëlle Josse signe un roman d’une grande retenue et d’une humanité rare, et un bouleversant portrait de femme, secrète, généreuse et fière. Anne incarne toutes les mères qui tiennent debout contre vents et marées.

Date de parution : 04/01/2018 / Format : 12,8 x 20 cm, 192 p., 14,00 EUR € / ISBN 978-2-88250-489-0

La petite famille. Sophie Avon

Des mots, des sentiments, un choc. Découvrir Sophie Avon avec son dernier roman « La petite famille » et avoir envie de suivre cet auteur.

LDomi_C_Lire_la_petite_famille_sophie_avon.jpga petite famille, c’est celle de Camille et Ron. A Amsterdam où elle était venue passer quelques mois, Camille a rencontré Ron et n’a eu de cesse de le prendre dans ses filets. Un mariage et un bébé  plus tard, la petite famille a du mal à vivre sereinement ces bouleversements que sont une naissance et une vie qui s’ajoute au couple, qui le détruit doucement pour en faire une autre entité, la famille.

Car Ron, encore étudiant, doit poursuivre et réussir ses études de droit. Camille se lance alors dans la création de bijoux pour subvenir aux besoins de la famille. Mais son bonheur n’est pas au rendez-vous, l’ennui, la lassitude, la dépression s’installent doucement. Jusqu’au jour où elle décide de renouer avec Nina, cette amie d’enfance qu’elle avait perdue de vue depuis longtemps et qui vient la rejoindre à Amsterdam.

Mais tout n’est pas si simple dans cette famille où le désamour de Camille pour son mari, l’intérêt grandissant de Ron pour Nina, et la vie de Sacha, cet enfant trop négligé par sa mère, trop aimé par cette amie, vont se percuter.

Un moment, l’équilibre est trouvé, mais il est fragile, instable. Pourtant, chacun semble y trouver son compte. Mais est-ce si sûr ? Peu à peu, l’auteur distille quelques mots, quelques phrases, qui font rapidement craindre le pire, sentir cette lourdeur qui s’installe, mais sans vraiment comprendre ce qu’elle va entrainer.

J’ai aimé cette intrigue bien ficelée, troublante à souhait, crée par une relation équivoque et ambiguë et portée par des caractères très différents, très marqués chez Nina et Camille. Le lecteur s’attache aux personnages tout en craignant on ne sait quoi pour eux. Car il a raison de s’inquiéter le lecteur, Sophie Avon l’entraine dans une chute vertigineuse et inattendue qui résonne comme une claque. Un roman court où pas un mot n’est en trop, qui sous des airs de douceur vous emporte et vous glace. Un choc, assurément.


Catalogue éditeur : Mercure de France               

« Il y a trois ans, Camille est tombée amoureuse de Ron et n’a eu de cesse de le conquérir. Elle n’a pas eu de mal à le séduire, les choses se sont compliquées après. Elle voulait tout : l’amour, le mariage, une famille. Ron commençait à peine ses études de droit, il n’avait qu’une chose en tête : coucher avec cette jolie Française et fuir. C’est elle qui a gagné. »

Depuis la naissance du petit Sacha, les relations entre Camille et Ron se sont dégradées. Lorsque Camille renoue avec Nina, une amie d’enfance qu’elle n’a pas vue depuis sept ans et qui vient leur rendre visite à Amsterdam, les deux jeunes femmes retrouvent leur complicité d’antan. Lire la suite…

04/01/2018 / ISBN : 9782715246782 / 176 pages / 11,8×18,5 cm / 14,80 €

 

Imago. Cyril Dion

Imago, le roman de Cyril Dion interroge ses lecteurs sur le conflit israélo-palestinien. Comment vivre ses idéaux, fussent-ils ceux du terrorisme. Comment vivre sur une terre de conflit et s’épanouir, se transformer, se révéler à soi-même ?

Domi_C_Lire_imago_cyril_dion.jpgImago, c’est en Palestine, l’histoire de deux frères, Nadr le pacifiste et Khalil le révolté.
C’est aussi à Paris, Fernando Clerc. Cet homme étrange travaille au fonds, ce fonds qui aide et finance les pays en difficulté. Rapidement on comprend qu’il y a un lien entre ces trois-là mais que le destin les a définitivement séparés.
C’est aussi Amandine, cette femme qui s’est exilée dans la solitude. La mère de Nadr, la mère de Fernando, le père des trois…
Trois hommes jeunes, trois engagements différents pour  trouver une place dans un monde qui ne leur convient pas. Khalil veut faire le djihad et venir se faire exploser  à Paris, Nadr veut sauver son frère, qui malgré le fait qu’il le rejette, est sa famille. Fernando, on le comprend, a un problème avec la Palestine, et avec sa mère, mais quel est ce problème ?

Dans la première partie, Cyril Dion pose ses personnages, sous forme d’un roman choral qui perd un peu le lecteur, mais qui est une base indispensable pour la suite. De Gaza à Paris, de Marseille à l’Égypte, d’un personnage à l’autre, sans lien apparent.
Dans la deuxième partie, la densité des personnages prend corps, leurs volontés, leur passé,  les liens qui les lient entre eux, pour le pire d’avantage que pour le meilleur.

Un roman étonnant qui interroge sur le conflit israélo-palestinien, sur l’engagement que l’on peut souhaiter dans une action terroriste, sur deux visions d’un même monde, qu’il soit vécu de l’intérieur au Moyen-Orient ou depuis son bureau confortable loin du théâtre d’opérations en Europe, mais aussi sur la solitude, la famille et les liens du sang. Porté par une belle écriture descriptive, imagée, colorée, car malgré le sujet, chaleur, odeurs, couleurs, transpirent dans ce récit d’une intrigue familiale sur fond d’Histoire et d’humanité. On appréciera également le fait que l’un des frères soit féru d’écriture et de poésie, comme un rappel que culture et instruction sont aussi des moyens de sauver le monde.

Premier roman lu dans le cadre des 68 premiers romans.


Catalogue éditeur : Actes Sud

Parce que son frère s’apprête à commettre en France l’irréparable, Nadr le pacifiste se lance à sa poursuite, quitte la Palestine, franchit les tunnels, passe en Égypte, débarque à Marseille puis suit la trace de Khalil jusqu’à Paris. Se révolter, s’interposer : deux manières d’affronter le même obstacle, se libérer de tout enfermement, accéder à soi-même, entrer en résilience contre le sentiment d’immobilité, d’incarcération, d’irrémédiable injustice.
Sous couvert de fiction, ce premier roman est celui d’un homme engagé pour un autre monde, une autre société – un engagement qui passe ici par l’imaginaire pour approcher encore davantage l’une des tragédies les plus durables du XXe siècle.

Août, 2017 / 11,5 x 21,7 / 224 pages / ISBN 978-2-330-08174-4 / prix indicatif : 19, 00€

Éclipses japonaises. Eric Faye.

Étonnant roman d’Eric Faye, « Éclipses japonaises » nous dévoile les pratiques de la Corée du Nord dans les années 60, 70.

IMG_4351Au Japon, des femmes, des hommes, jeunes pour la plupart, disparaissent dans une région en bord de mer. Malgré des enquêtes de la police, nulle trace ne peut être trouvée. Mais alors, quel liens entre Naoko Tabane, une collégienne de treize ans qui disparait en 1977 alors qu’elle revenait de son cours de badminton, et Setsuko Okada, qui veut devenir infirmière et qui disparait avec sa mère en 1978 sur l’île de Sado, et avec Jim Selkirk, un  GI américain qui disparait à côté de la DMZ entre les deux Corées.

Pour chacun d’entre eux, la vie change brusquement lorsqu’ils sont brutalement enlevés, jetés dans un sac, puis sur un bateau, et se retrouvent dans un pays inconnu dans lequel ils devront accepter les règles, apprendre la langue, puis former de jeunes coréens à leur propre langue, leurs coutumes, leurs habitudes, en leur inculquant tous leurs souvenirs, afin d’en faire de parfaits japonais, ou américains, futur espions qui pourront ainsi se fondre dans une population qui nous pourra pas soupçonner leur réelle origine.

Pourquoi ? Où ? Cela se passe en Corée du Nord, dans les années 70. La pratique était courante d’enlever des personnes dans des pays étrangers, en fonction des besoins, des envies, y compris pour le plaisir de réaliser un spectacle ou un film, mais le plus souvent pour former de futurs espions.

Jusqu’au jour où, à Berlin, une jeune femme est arrêtée lors d’une escale. Elle a changé d’avion, et celui dans lequel elle était précédemment a explosé. Pourquoi, et  qui est cette jeune japonaise ? La vérité, ou du moins une partie de la vérité éclate au moment de l’explosion du vol 858 de la Korean Air en 1987.

L’écriture superbe d’Eric Faye, à la fois fine et parfaitement dosée, avec une grande justesse dans les descriptions des sentiments divers de ces jeunes, nous emporte dans leurs têtes, nous fait comprendre les souffrances, les atermoiements, les doutes, et aussi les espoirs, tout au long de ces longues années loin de chez eux ou chez elles. Devenues étrangers dans leur propre pays, ayant continué à vivre ailleurs une vie qui leur a pourtant été volée, le retour au pays sera à la fois une délivrance et certainement également une grand souffrance. Dans quels esprits tortueux et dérangés peut-on envisager de faire perdre leur identité à des personnes, en les traitant comme des objets utilitaires, dont on ne retire que ce qui est utile sans respect pour leur personnalité.

« Eclipses japonaises » est un roman étonnant, prenant, qui fait passer sous une forme romanesque une vérité et des faits historiques à la fois déconcertants et glaçants d’inhumanité. Car l’auteur dévoile une réalité politique et économique complexe et sombre, particulièrement bien documentée (une bibliographie complète nous le montre à la fin du roman) à la fois fascinante par le fait qu’elle ait pu exister, et sidérante par sa réalité. Un excellent moment de lecture.

Lu dans le cadre du jury du Meilleur Roman des Lecteurs de Points 2018


Catalogue éditeur : éditions Points

Sans laisser la moindre trace, elles ont été arrachées au Japon et à leur famille. Naoko a disparu à la sortie de son cours de badminton, Setsuko s’est volatilisée au bord d’une route. Elles sont devenues des fantômes. Pourtant, en Corée du Nord, une nouvelle vie a commencé pour elles. Une vie animée par une mission qu’elles n’ont pas choisie et le secret espoir de rentrer un jour au pays…

 « Un choix littéraire aussi audacieux qu’intelligent. » Télérama.
« Beau et brillant. » Le Figaro littéraire.

Un article lecteurs.com : Les disparus de l’Empire du soleil Levant

7€ // 240 pages / Paru le 14/09/2017 / EAN : 9782757868744

Quelque chose de rond. Calouan & Jérémy Parigi

Quelque chose de rond, comme un ballon ? Comme la terre ? Ou comme…

Domi_C_Lire_quelque_chose_de_rond.jpgVoilà bien la question que se pose cette jolie petite fille en observant sa maman, et ce ventre si rond, si mystérieux, que peut-il bien cacher, la terre, un ballon, un aquarium ou une belle lanterne magique ?

Les questionnements à l’approche d’une naissance, les interrogations et l’imagination galopante des enfants, autant de textes de Calouan mis en images par Jérémy Parigi avec beaucoup de grâce et d’originalité. Le graphisme est aérien, mutin, magique, les traits en teintes douces, une maman à la taille et à l’arrondi totalement démesurés, sans doute comme elle peut être perçue d’ailleurs par un tout petit enfant. D’ailleurs les dessins sont tous en double page comme pour amplifier cette impression. Puis arrive la solution à ce mystère, douce, enveloppante, rassurante, dans les traits de l’enfant qui vient d’arriver et les sourires de chacun.

Un livre pour rêver, questionner, se rassurer, comprendre, face à l’arrivée souvent troublante d’un petit frère ou d’une petite sœur.
Le livre se termine par une double page, faite de mots posées au hasard, pour aider l’enfant à décrire sa propre maman. Destiné aux enfants de 4 à 7 ans, dommage, ce n’est pas mentionné sur le livre (ou je ne l’ai pas vu ? ).


Catalogue éditeur : La Pimpante

Que cache Maman sous son ventre si rond ? Une pastèque ? Une planète ? De drôles d’habitants semblent vivre là…
Album à partir de 4 ans / Mai 2017 / ISBN : 9782372050364 / 16.00 euros