A la rencontre de Frédéric Couderc

Il est des rencontres, et des romans, qui vous marquent plus que d’autres, avec lesquels vous vous sentez une affinité immédiate… Frédéric Couderc est de ceux-là, ses romans aussi…

Domi_C_Lire_frederic_couderc_4Il y a eu d’abord la découverte du roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien, puis Aucune pierre ne brise la nuit dont je vous ai parlé sur le blog.
En juin dernier, je suis allée écouter l’auteur à la maison de l’Amérique Latine, lors d’une soirée organisée par Alicia, qui a fondé le Collectif argentin pour la mémoire *.

Depuis, Frédéric Couderc a accepté de répondre à quelques questions, réponses à découvrir ici.


– Comment est née l’idée de ce roman, car apparemment l’Amérique du Sud ou centrale (je pense à votre précédent roman Le jour se lève et ce n’est pas le tien ) vous inspire ?

Je porte ce roman finalement depuis mon adolescence, la coupe du monde de football 78, mais je n’imaginais pas un instant la part française dans cette dictature qui m’a fait me jeter à l’eau. L’horreur le dispute à l’idée de rentrer dans les contradictions des personnages,  j’espère ainsi que ce texte n’emprunte pas un chemin militant, qu’il est parfois enragé, mais que le travail littéraire, les métaphores, l’amour entre Ariane et Gabriel permettent clairement de se sentir dans un objet littéraire. Finalement nous sommes entre Buenos Aires et Paris, mais tout ça me semble bien universel, on voyage et en même temps on est au coin de sa rue.

Mais je sais que le lecteur ressent tout ça … devine mon enquête littéraire, mes rencontres (Alicia/Paula), et ma peine à chaque fois qu’une grand-mère disparaît, je me suis rendu chez elles exactement comme Ariane dans le roman….

– La tragédie de la dictature argentine, est-ce au départ une curiosité ou un travail de journaliste ?

Il est de coutume de dire que Buenos Aires est la femme, et Paris la maîtresse, tant les liens sont étroits entre les deux pays.

Comme évoqué précédemment, certains faits émergent au moment du mondial de 78, avec Rocheteau en particulier. Pendant cette coupe du monde, il y a eu un boycott par certains français. Surtout face à l’ambiguïté qu’il y avait entre le président Giscard d’Estaing qui recevait les réfugiés et la vente d’armes à la junte militaire qui continuait en parallèle.

– Vous parlez des vols de la mort, cette monstruosité qui veut que l’on fasse disparaitre non pas des corps, mais bien des humains encore vivants…voilà qui glace le sang juste d’y penser. Est-il aisé d’enquêter là-dessus  ou existe-t-il toujours une forme d’omerta sur le sujet ?

Les vols de la mort… Il est si difficile d’imaginer les arrestations et les disparitions, et pour les familles, de savoir que le deuil est impossible, difficile d’imaginer également la barbarie exercée à ce point et la cruauté incroyable de ces militaires argentins.
J’ai assisté en décembre dernier au procès d’un pilote de la mort qui s’était reconverti en Europe… et travaillait depuis pour Transavia !

De fait, il y a l’utilisation du présent pour parler de torture. Peut-être parce que c’est totalement hors du temps ?

– Les bébés volés, on en parle aussi pour l’Espagne, est-ce une sordide caractéristique des dictatures ?

30 000 disparus, 500 bébés disparus. Ce sont autant d’histoires différentes. Il est important alors d’interroger la question du pardon !

– Je découvre par « Aucune pierre ne brise la nuit » le rôle des anciens de l’OAS, comment et quand vous est venue l’envie d’en parler?

Il était important de nommer ici tous les faits qui se sont passés dans cette période.
La fuite des nazis en Argentine à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais aussi l’existence de négociations entre les nazis et l’Amérique du Nord et l’Argentine, qui ont permis leur fuite en très grand nombre. Puis, quelques années après les années 60, la présence des anciens de l’OAS.
Également la mise en place du « Plan Cóndor » destiné à anéantir l’opposition dans plusieurs pays d’Amérique Latine qui se met en marche en Uruguay, Brésil, Chili, Paraguay.

– Aborder les horreurs et la tragédie par le biais d’un roman d’amour, cela permet de captiver le lecteur, est-ce un moyen de montrer que la vie continue ? Comment les avez-vous imaginés ? Avez-vous rencontré les survivants, les mères, les perdants de ces desaparecidos avant d’écrire, pendant ou après vos recherches ?

Il y a un désir d’écrire comme j’aime lire. D’aller dans la zone grise de l’histoire et des personnages.
L’idée est de surprendre, de se laisser surprendre, sans obéir à un plan. D’être un écrivain jardinier qui regarde pousser sa plante. En particulier avec le personnage de Constant. C’est important de montrer que toutes les lumières ne sont pas éteintes. Et dans ce cas, la psychologie du personnage est importante.
Un fait très étonnant, ce sont les liens qui se sont tissés, y compris des liens invisibles, avec Alicia. Et de fait être capable de parler d’événements qui ont réellement existé sans qu’on les ait évoqués ! Comme s’il y avait eu une transmission de pensée, de mémoire, de savoir.

L’auteur doit définir une réalité augmentée où la grande histoire va grandir, et entrer en empathie avec les personnages. Pourtant, c’est pesant une écriture de militant. Il faut être sur le fil et rester à la fois documenté et réussir à brouiller les pistes pour que le lecteur se fasse son avis.

En même temps il y a une temporalité indispensable du roman, comme une course contre la montre car les grands mère et les témoins sont en train de disparaître ! il y a urgence pour que la justice passe mais il fait se dire aussi que tant qu’on n’a pas retrouvé les bébés cela ne passera pas.

 

 

 

– Et si j’ose, un nouveau roman est-il en préparation ? Un roman qui va nous emporter loin de nouveau ?

Alors l’avenir… je termine mon premier roman jeunesse qui paraîtra en mai chez PKJ. Une histoire qui se déroule en Corse, hier et aujourd’hui autour de la protection des juifs par l’ensemble de la population…Et bien sûr je prépare mon prochain roman chez Héloïse. Pour le moment je cherche l’inspiration, mais disons que Tel Aviv m’attire beaucoup, un livre me donne toujours le la pour une nouveauté, cette fois-ci c’est Le poète de Gaza

Quel lecteur êtes-vous ?

– Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu récemment, ce serait lequel et pourquoi ?

Je recommande avec ardeur Chien-loup, de Serge Joncour, non parce que le maître d’école s’appelle Couderc, mais parce que tout y est : une langue riche, subtile, et variée, des personnages profonds et attachants, une vrai intrigue, et un rapport à la nature que je partage totalement, entre contentement et malaise face au monde sauvage.

– Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Les Chutes de Joyce carol Oates, pour la passion de Dirk et la « veuve des Chutes », la lutte contre le pognon roi, leur façon de se relever et rester vivant.

Merci cher Frédéric pour votre disponibilité et pour vos réponses.

 

 

Bien sûr, j’ai envie de vous parler à nouveau de ce superbe roman paru en début d’année… Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors, courrez vite chez votre libraire, à la bibliothèque, où vous voulez, lisez-le… et dites-moi ce que vous en avez pensé !


* Le  » Collectif Argentin pour la Mémoire  » rassemble des argentins et des français qui vivent en France et assument la Mémoire en tant que responsabilité historique et morale, se ralliant à la lutte permanente pour la Vérité, la Justice, l’information et la transmission aux nouvelles générations des crimes de  » lèse-humanité » commis sans relâche par l’État Argentin entre 1972 et 1983.

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Le malheur du bas. Inès Bayard

« Le malheur du bas »  d’Inès Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un étonnant roman de solitude et de mort.

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Dès la première scène, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallèle est édifiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mère peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariée à un époux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence à être reconnu, leur vie est relativement aisée, un appartement confortable, une famille aimante, un métier à la banque qui sans la satisfaire démesurément, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour où son vélo est détérioré et elle doit rentrer à pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance… puis la sidération, l’incompréhension, la scène de viol, dévastatrice, violente, dérangeante, puis le retour… se laver, se débarrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstiné, confus, honteux… la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mépris, ses interrogations, imaginer qu’elle est même fautive peut-être ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut à peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opère dans la vie, dans le cœur, dans la tête de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, être légère, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mère, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bébé qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en être autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre… Peu à peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dévorant jusqu’à ses pensées, sa vie, son intimité. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu à peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dévastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse étonnante et bouleversante des réactions d’une femme violée, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir été violée au moins à ses propres yeux, blessée, meurtrie, mais niée au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incompréhension en s’enfermant dans sa solitude intérieure et son désespoir. Pourtant il y a aussi des scènes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynécologue, le mari rêveur qui ne comprend décidément rien, la mère qui découvre sa fille dans un état second et ne réagit pas… Alors bien sûr, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcément, mais j’ai eu un peu de mal à être touchée, et surtout convaincue par cette brutalité des mots, de l’écriture, brusque, ardente, réaliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lâcher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme émeut, bouleverse, dérange. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dès les premières pages…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Édition brochée 18.50 € / 22 Août 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

Et boire ma vie jusqu’à l’oubli. Cathy Galliègue

Découvrir Cathy Galliègue avec « Et boire ma vie jusqu’à l’oubli », le deuxième roman à la fois intimiste et bouleversant d’une auteure qui explore les chagrins de l’âme et sa détresse, la perte du bonheur.

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Betty Songe a perdu son mari, c’est une déchirure qui ne peut pas devenir un deuil, car elle refuse l’idée même de sa mort, de sa disparition, et sombre dans un chagrin noyé d’alcool. Pourtant Betty est mère, et son fils est là, qui attend son amour, son attention, qui a besoin d’elle.

Alors pourquoi Betty sombre-t-elle ? Peut-être à cause d’une mère absente ? Il faut dire que pendant ces années d’enfance où chacun a tant besoin de ses parents, la seule réponse de son père à la question lancinante de sa fille « Elle est où, maman » sera « Elle est partie ». Sans doute est-il aussi désespéré qu’elle face à ce vide. Mais cette absence d’explication crée une blessure indélébile, profonde, qui marque l’enfant, puis la femme qu’elle devient. Celle qui cherche toujours cette présence qui lui manque, qui cherche à comprendre cette fêlure qui de discrète se fait prépondérante dans cette vie d’amours brisés, manque d’une mère, mais manque aussi de cet amour qui l’a abandonnée, qui est parti lui aussi…

Peu à peu se dessinent une vie, des relations, des silences et des béances affectives qui bouleversent la vie de Betty, qui la transpercent et l’empêchent de vivre pleinement son deuil, d’accepter l’absence de Simon. Et pourtant, au fil des pages se dessine aussi un amour immense, celui d’un père pour sa fille, celui d’une femme pour son mari disparu, celui d’une mère pour son enfant.

Ce que j’ai aimé dans ce roman de Cathy Galliègue ? L’écriture, la finesse d’analyse de son personnage, les mots pour dire la souffrance, la rédemption face au chagrin destructeur, l’amitié et la force des sentiments qui lient une famille, ou qui l’anéantissent. Mais aussi l’audace de l’auteur, qui ose parler de ce tabou, l’alcoolisme féminin, pas plus sordide pourtant que celui des hommes, mais si difficilement accepté dans nos sociétés.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Betty s’efforce de vivre mais, à la nuit tombée, elle se cache et boit pour oublier la mort de son mari, Simon, et pour se souvenir de sa mère. Elle s’abrutit et s’effondre. Dans sa quête de la vérité, les images reviennent peu à peu. Des clichés tendres de l’enfance, une mère trop belle pour être vraie, des souliers rouges… et cette question lancinante :  » Elle est où, maman ?  » Cathy Galliègue aborde dans Et boire ma vie jusqu’à l’oubli un sujet tabou, celui de l’alcoolisme féminin, et nous offre un roman sans filtre sur la mémoire et le deuil, un diamant brut plein d’humanité et d’espoir.

à propos de l’auteur : Après une carrière dans l’industrie pharmaceutique en France, elle est partie vivre en Guyane, où elle a animé pendant un saison une émission quotidienne littéraire sur la chaîne Guyane1ère et où elle se consacre désormais à l’écriture. Son premier roman, La nuit, je mens (Albin Michel, 2017), a remporté un succès d’estime, il est sélectionné pour le Prix Senghor 2018. Et boire ma vie jusqu’à l’oubli est son deuxième roman.

Date de parution : 05/10/2018 / ISBN : 978-2-490155-07-1 / EAN : 9782490155071 / Nb. de pages : 250 pages

Maisons du voyage, photographies couleurs de Hidenobu Suzuki

Exposition de photographies couleurs de Hidenobu Suzuki

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_1Les Maisons du Voyage, dans le bel espace de La Maison de thé de La Maison de la Chine, dans un lieu mythique, jadis cinéma de la place Saint-Sulpice au cœur de Saint-Germain des Prés. Là, chacun peut venir déguster à l’heure du déjeuner des dim sum aux saveurs exceptionnelles, ou des thés de leur sélection accompagnés de délicieuses pâtisseries Banh.

Sur les murs, l’exposition de photographies couleurs de Hidenobu Suzuki nous transporte dans un Japon à la fois éternel et moderne, mais tellement poétique, magique par certains côtés, tant les photos et les couleurs semblent irréels.

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_7Hidenobu Suzuki habite à Toyohashi. Spirituel dans l’âme, il nous propose un voyage au fil des saisons dans l’archipel nippon.

Sa façon d’assimiler la photographie à l’Art millénaire de la peinture japonaise donne un résultat absolument prodigieux. Couleurs éclatantes des carpes Koï dans un bassin à la Claude Monet – là on est bluffé par la technique ! – champs démesurés de floraisons printanières chatoyantes et vives, les couleurs éclatent sur des fonds plus sombres, contraste étonnant qui nous ravit et nous transporte dans le Japon éternel, rêvé pour ma part, mais dans lequel on a tant envie de s’immerger tant c’est féérique… Des photos comme autant de fenêtres ouvertes sur un ailleurs magique !

Retrouver les photos d’Hidenobu Suzuki sur son site. 

Exposition présentée dans le cadre de japonismes 2018 : Japonismes 2018 : les âmes en résonance.

Domi_C_Lire_hidenobu_suzuki_2L’année 2018 marquera le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France, ainsi que le 150e anniversaire du début de l’ère Meiji lorsque le pays s’ouvrit à l’Occident.

Portée par les gouvernements français et japonais, Japonismes 2018, une riche saison culturelle nippone, est un petit bout de Japon qui prend ses quartiers à Paris, en Île-de-France et dans toute la France de juillet 2018 à février 2019.

Tout comme les Pixcell-Deer de Kohei Nawa, au Musée de la Chasse et de la Nature dont je vous ai parlé ici.

A découvrir du 8 octobre 2018 au 19 janvier 2019. Au 76 rue Bonaparte 75006 Paris. Entrée libre.

La dérobée. Sophie de Baere

La dérobée de Sophie de Baere est un premier roman qui a beaucoup de charme et brule d’un amour fou, l’auteur sait nous embarquer dans ses mots et ses personnages, sans se dérober.

Domi_C_Lire_la_derobee_sophie_de_baereClaire habite à Nice, elle est mariée à François. Vingt ans, deux enfants et une petite fille plus tard, seule Léonie, leur petite fille semble capable d’égayer la vie du couple. Claire travaille dans l’épicerie d’une aire d’autoroute, son mari à la banque, leur vie est presque fade, banale, sans saveur mais sans éclats non plus.

Mais un jour, Claire croise son nouveau voisin, et celui-ci n’est autre qu’Antoine, le grand amour de sa jeunesse, Antoine toujours aussi beau, est devenu un photographe célèbre et talentueux. Ce jeune homme aux yeux dorés a su faire battre son cœur d’adolescente, cet amoureux perdu au seuil de l’âge adulte.  A cette époque, Claire vivait dans le nord, et Antoine passait les étés dans cette ville de province. Antoine est le seul amour de Claire, bien banalement remplacé par un gentil mari sans éclat, mais qui comble un vide.

Il faut dire que la vie de Claire a plutôt mal démarré, avec des parents qui ne se sont jamais remis de la perte accidentelle de leur fils Stéphane. Difficile alors pour celle qui reste de prendre sa vraie place sans faire de l’ombre à l’absent. Les grands moments de bonheur de Claire seront alors ceux qu’elle passe, été après été, avec le bel Antoine. Jusqu’au jour où celui-ci la délaisse, car des soupçons insupportables séparent les amoureux.

Cette rencontre, fortuite, va réveiller les souvenirs perdus d’une adolescence heureuse et pleine de promesses, d’un amour fou jamais vraiment oublié. D’une passion qui se révélera intacte. Mais Antoine comme Claire sont mariés et parents, comment imaginer alors briser leurs ménages, en ont-ils seulement et le droit, et l’envie ? Entre les deux couples va naitre une amitié à la fois sincère et troublante, car ni Paola, ni François, les conjoints, ne connaissent leur passé… Pourtant, entre eux la passion va naitre à nouveau, au risque de tout balayer.

Mais François, ce mari gentil et sans éclat, que devient-il alors ? Mais Paola, cette belle femme inutile et si malheureuse, tant dans son couple que dans sa maternité, que va-t-elle devenir elle aussi ? Mais leurs enfants, et ce beau-père, ah, ce beau-père !

Sophie de Beare réussit le tour de force de nous faire aimer des personnages pas forcément très aimables, de nous faire vibrer avec une intrigue à rebondissements, de nous faire hésiter, croire, comprendre, puis chercher, qui, quand, pourquoi, bref, à nous intéresser à son histoire comme nous le ferions à celles d’amis que l’on veut à la fois aider et comprendre. Et puis il y a le couple, l’amour fou ou celui qui dure longtemps, la vie, la mort, tant de sujets pour nous faire réfléchir à la vie justement.

Ce que j’ai aimé ? Ces personnages ambigus mais attachants pour la plupart, ou au contraire plutôt faciles à détester, quoi que… Et puis l’amour, plus fou, plus fort, que les années et la vie, que les chagrins et les solitudes, capable de tout dévaster sur son passage… Un premier roman qui se lit avec plaisir.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Anne Carrière

Alors que Claire mène une existence morne mais tranquille avec son mari, elle tombe sur Antoine, son grand amour de jeunesse. Jeune grand-mère d’une petite Léonie, Claire travaille comme responsable de caisse sur une aire de l’autoroute A8 et croit n’avoir plus grand-chose à partager avec Antoine, photographe reconnu et marié à une fille de diplomate.
Mais l’irruption inattendue d’Antoine qui va user de tous les stratagèmes pour rétablir une relation avec elle, oblige Claire à interroger son existence du moment et à fouiller les drames du passé… À travers les évènements dramatiques de sa vie, Claire saisit peu à peu qui elle est et ce qu’elle souhaite vraiment.
Habilement mené, ce roman aux airs de quête initiatique nous entraîne sur des chemins insoupçonnés. On se laisse d’abord prendre par le charme d’une écriture, puis très vite le lecteur est happé par l’histoire, le destin de l’héroïne et les nombreux rebondissements savamment dosés.

Après avoir étudié la philosophie, Sophie de Baere vit et enseigne à Nice. La Dérobée est son premier roman.

ISBN : 978-2-8433-7906-2 / Code barre : 9782843379062 / Nombre de pages : 250 / Parution : 13 avril 2018 / Prix : 18 €

Musée de la chasse et de la nature

Chefs-d’œuvre de la collection Mellon, du Virginia Museum of fine Art

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Le musée, toujours dans la ligne de la vocation de la Fondation François Sommer, montre une fois encore les différents aspects de la relation entre l’homme et l’animal dans l’espace naturel. Ici, avec Chefs-d’œuvre de la collection Mellon, du Virginia Museum of fine Art, dans une belle scénographie proposée par Alexandre Platteau, chef décorateur de la maison Hermès, au milieu des stalles au noms des chevaux de Paul Mellon, on peut admirer quelques toiles emblématiques de cette collection.

domi_C_Lire_musee_chasse_et_nature_paul_mellon_1En cette période où grâce à la révolution industrielle et à l’essor des classes bourgeoises, la civilisation occidentale fait de la campagne un lieu de villégiature. Basé sur l’esprit de la country life britannique, la terre, l’animal domestique et le cheval tout particulièrement se voient également liées à une notion récréative. Émergence de la notion de loisir et idéalisation de la vie à la campagne vont alors de pair.

Le milliardaire et amateur d’art Paul Mellon (1907-1999) a collectionné toute sa vie, perpétuant une tradition familiale. Avec son épouse ils transposent au cœur de la campagne de Virginie le mode de vie des gentlemen Farmer.

Dans leur domaine d’Oak Spring, Bunny donne libre cours à son goût pour le jardinage, tandis que Paul élève des chevaux de course. Saturant les murs du cottage, leur collection de peintures illustre cette relation rêvée à la nature, aux antipodes de l’agriculture industrielle qui, au même moment, transforme radicalement le paysage rural.

 

On peut notamment découvrir dans cette exposition un genre artistique représenté dans l’école anglaise : la sporting painting. Mais également des impressionnistes français qui témoignent d’un autre aspect de la vie à la campagne, en cette époque où la petite bourgeoisie investit l’espace pour ses propres loisirs.

 

Les chefs-d’œuvre présentés au Musée de la Chasse et de la Nature ont été légués au Virginia Museum of Fine Arts (VMFA).

Et comme c’est aussi l’habitude dans ce musée très original et qui mérite le détour, une exposition en deux temps par deux artistes se mêle adroitement à l’ensemble des collections :

Kohei Nawa, avec ses Pixcell-Deer du 4 septembre au 2 décembre 2018

La présentation par le musée :
A l’occasion de la saison en France et dans la continuité d’une collaboration initiée il y a deux ans, le musée de la Chasse et de la Nature et la Villa Kujoyama à Kyoto présentent une exposition personnelle consacrée à Kohei Nawa.

Figure éminente de l’art contemporain japonais, l’artiste est à l’honneur à Paris cet automne avec la sculpture Trône exposée au musée du Louvre dans le cadre de la saison Japonismes 2018. Les œuvres disséminées dans les collections permanentes du musée de la Chasse et de la Nature reprennent les thèmes chers à l’artiste qui tente de renouveler l’imagerie sacrée. A cette fin, il mixe des éléments issus de la culture traditionnelle japonaise – et notamment les références aux cultes shintoïstes – avec des images issues de la technologie contemporaine. Ainsi, PixCell-Deer transforme la perception que l’on a d’un cerf – animal sacré dans le Japon ancien – en associant un spécimen naturalisé à des sphères de verre qui le recouvrent intégralement en fragmentant sa silhouette. Au musée de la Chasse et de la Nature, l’œuvre vient dialoguer avec les images de cerf issues de la culture occidentale qui sont déjà présentes dans la collection permanente.

 

Angelika Markul et ses Tierra Del Fuego du 4 septembre au 2 décembre 2018

La présentation par le musée :
domi_C_Lire_musee_chasse_et_nature_Aangelika_markulTierra Del Fuego est un projet artistique polymorphe, composé d’un ensemble d’œuvres plastiques qui porte sur la disparition d’un paysage de glaciers. Il est inspiré de l’archipel du même nom qui se situe en Patagonie, aux confluences de l’Argentine et du Chili, à l’extrême sud du continent américain… L’exposition donne lieu à un cycle autour des imaginaires du changement climatique et de la fonte des glaces.

La fin de la solitude, Benedict Wells

Lire « La fin de la solitude » de Benedict Wells, c’est aller à la rencontre d’un auteur de talent qui donne immédiatement envie de découvrir tous ses romans !

benedict_wells_rencontre_3Découvrir ce jeune auteur trentenaire et réaliser qu’il a déjà publié cinq romans ! Être bluffée par la qualité et l’intelligence de l’écriture (merci au traducteur bien sûr !) et par la maturité des sentiments, des personnalités de ses personnages, par la finesse et la justesse de sa fiction qui n’a rien mais absolument rien de l’auto fiction pour une fois !

Jules est le plus jeune d’une fratrie de trois enfants, Marty est l’ainé, Liz leur sœur. Ils évoluent dans une famille heureuse et relativement aisée, père français, mère allemande, ils vivent à Berlin. Ce sont des parents droits, optimistes, bon parents qui donnent une belle éducation à leurs enfants… l’avenir des enfants est donc presque tracé, ils ont tout pour être heureux comme on dit.
Mais survient un terrible accident de voiture et la mort brutale des parents. C’est la vente de la maison, les années d’internat et la séparation de la fratrie dans cette école qui n’a rien à voir avec ce qu’avaient espéré les enfants quand la famille heureuse était réunie et imaginait l’avenir.

Jules était un enfant plutôt avenant, intelligent, prometteur. Il va devenir un enfant solitaire et méfiant. Par peur d’affronter cet univers austère et inhospitalier, il va se renfermer, se replier sur lui-même.

Liz, jeune fille encore enfant, proche de sa mère et de ses poupées, est perdue quand elle est lâchée seule dans ce monde austère et dur des adultes. Les garçons, les fêtes, la drogue, elle tentera tout, jusqu’à la fuite…

Marty quant à lui, avec son imperméable et ses cheveux.. au look grunge prendra également un tout autre chemin que celui dont il avait rêvé.

Nous les suivons tous les trois au fil des ans, séparations, études, travail, échecs, succès, fiançailles ou mariages, relation heureuses, retrouvailles, décès, une vie, des vies…

Le roman est porté par une structure intelligente et fine, car de cinq ans en cinq ans, nous allons suivre les protagonistes de cette histoire racontée par Jules. Cet espace-temps va permettre à l’auteur de planter des pistes qui donnent au lecteur les clés pour comprendre les différents  personnages, mais aussi pour combler les vides en fonction de son propre vécu !

Ce que j’ai aimé ?

La question posée implicitement sur que fait-on de sa vie, et que serait-elle si un des points de départ avait été différent. La mort des parents, que l’on soit jeune ou moins jeune, qu’est-ce que ça change, qu’est-ce que ça implique dans nos caractères, culpabilité, remords, absence, chagrin ?
Et pourquoi la solitude et le silence des frères et sœur, le manque de communication, leur façon personnelle d’affronter le deuil n’est pas toujours compris par les autres membres de la fratrie.
Amours et amitiés de l’enfance, jusqu’où nous mènent-elles, est-ce important ou pas dans une vie…
Enfin, comprendre l’importance des clés, des bases données dans la vie par une éducation qui permet à chacun de comprendre, d’affronter son avenir et d’enjamber les obstacles de sa vie avec les armes plantées dès le plus jeune âge en chacun de nous.

La question est : qu’est-ce que ne serait pas différent ? Qu’est-ce qui serait invariable chez toi ? Qu’est-ce qui resterait identique dans n’importe quelle vie, quel que soit son déroulement ? Est-ce qu’il y a des choses en nous qui résistent à tout ?

💙💙💙💙💙

Photos de la rencontre avec l’auteur à Paris en septembre.

 


Catalogue éditeur : Le livre de Poche, Slatkine et Cie

Traduit de l’allemand par Juliette Aubert.

« Je suis entré dans le jardin et j’ai fait un signe de tête à mon frère. J’ai pensé : une enfance difficile est comme un ennemi invisible. On ne sait jamais quand il se retournera contre vous. »
Liz, Marty et Jules sont inséparables. Jusqu’au jour où ils perdent leurs parents dans un tragique accident de voiture dans le sud de la France. Placés dans le même pensionnat, ils deviennent vite des étrangers les uns pour les autres, s’enfermant chacun dans une forme de solitude. Jules est le plus solitaire des trois lorsqu’il rencontre Alva, qui devient sa seule amie. Son obsession. Vingt ans plus tard, Jules se réveille d’un coma de quelques jours. À la lisière de l’inconscient, il se souvient.

Benedict Wells a su, sans cruauté ni sensiblerie, décrire la faiblesse humaine, l’échec ou le vieillissement. Nicolas Weill, Le Monde.
Ce roman n’a qu’une ambition : raconter des destins tourmentés par le deuil et l’espérance de la communion amoureuse. Gilles Heuré, Télérama.

Prix de littérature de l’Union européenne. Prix littéraire des lycéens de l’Euregio.
352 pages / Date de parution : 22/08/2018 / EAN : 9782253074243