Le guerrier de porcelaine, Mathias Malzieu

Traverser la guerre à travers les yeux d’un enfant

Mainou vient de perdre sa mère, morte en couche alors que la famille attendait impatiemment une petite sÅ“ur. Drame de la vie qui ne devient plus du tout ordinaire quand on sait que cela se passe en zone libre, en août 1944, et que le père de Minou est engagé dans les combats. Impossible pour cet homme seul de s’occuper de son fils si jeune. Il décide donc de l’envoyer chez sa propre mère. Mais la grand-mère de Mainou habite en Lorraine, zone occupée par l’Allemagne depuis trente ans.

Débute alors pour le garçonnet un voyage clandestin hors du commun, puisqu’au lieu de fuir la zone occupée, il doit franchir incognito la ligne de démarcation pour aller se terrer en zone occupée.

Avec l’aide de son père, puis de complices, d’une cousine, de passeurs, il embarque dans le train puis sur une charrette, caché sous la paille, et arrive sans heurts à sa destination. Mais la vie à la ferme n’est pas vraiment amusante pour cet enfant qui, ne parlant pas allemand, et n’étant pas du coin, doit se cacher chaque jour. Impossible de courir, de jouer, de sortir, pendant une année entière.

Fort heureusement, il se passe malgré tout quelques aventures dans cette ferme isolée. Un cambrioleur du grenier, une voisine accorte à qui il faut apporter ses poèmes quotidiens, un oncle et une grand-mère pas si bourrus que ça, un vélo que l’on peut emprunter la nuit sans lumière, un Å“uf qui bientôt laissera sortir un cigogneau baptisé Marlène Dietrich, compagnon des jours de solitude, et surtout l’ombre de la meilleure amie de sa mère qui rode par là.

Ce roman, qui pourtant évoque une période difficile, est un véritable bonheur de lecture. Lors qu’il était hospitalisé et qu’il luttait pour rester en vie, Mathias Malzieu avait demandé à son père de lui raconter cet épisode pour le moins singulier de son enfance. Il a réussi par ses mots, son humanité, sa justesse, sa capacité à se mettre dans la tête d’un gamin, à nous faire rire, à nous émouvoir, nous étonner, nous bouleverser.

J’ai écouté la version audio après avoir lu le roman publié chez Albin-Michel. La voix de Mathias Malzieu est juste, attachante, posée, dansante, espiègle parfois. La musique qui rythme certains passages en allant crescendo donne une vitalité et une dynamique au texte. Une angoisse aussi, telle que devait la vivre cet enfant orphelin de mère, dont la père à également disparu, car du moins nul ne sait s’il reviendra un jour, perdu dans sa famille inconnue, adopté avec amour par les siens mais contraint au silence et aux questionnements sans réponse, au milieu de cette guerre atroce. C’est un bonheur à écouter, et pourtant il parle de chagrins, de guerre, de deuil, mais l’auteur sait faire émerger la lumière à travers le mots de Mainou qui chaque jour pose quelques lignes sur le papier, dans ces lettres qu’il écrit sans s’arrêter à la mère absente, à celle qui console, qui dorlote, qui aime et qui protège.

J’ai écouté la version audio avec mes petits-fils de sept et neuf ans, en faisant régulièrement des pauses pour expliquer certaines situations, ils ont adoré et avaient chaque fois hâte de reprendre la lecture.

Catalogue éditeur : Albin-Michel Audiolib

En juin 1944, le père de Mathias, le petit Mainou, neuf ans, vient de perdre sa mère, morte en couches. On décide de l’envoyer, caché dans une charrette à foin, par-delà la ligne de démarcation, chez sa grand-mère qui a une ferme en Lorraine. Ce sont ces derniers mois de guerre, vus à hauteur d’enfant, que fait revivre Mathias Malzieu, mêlant sa voix à celle de son père. Mainou va rencontrer cette famille qu’il ne connaît pas encore, découvrir avec l’oncle Émile le pouvoir de l’imagination, trouver la force de faire son deuil et de survivre dans une France occupée.

Albin-Michel 12 janvier 2022 / Édition Brochée 19,90 € / 240 pages / EAN : 9782226470379

Audiolib Date de parution 16/02/2022 / Durée 4h35 / EAN 9791035408039 Prix du format cd

21,90 â‚¬ / EAN numérique 9791035407896 Prix du format numérique 19,95 â‚¬

La nuit introuvable, Gabrielle Tuloup

Un roman qui se lit d’un souffle


Nathan Weiss a toujours été davantage le fils de son père que celui de sa mère
Aussi depuis le décès de Jean, il a délaissé Marthe sans aucun scrupule d’autant que ce nouveau poste en Slovénie évite bien des discussions.
Mais aujourd’hui c’est une voisine inconnue qui l’appelle pour lui parler de Marthe. Sa mère va mal, il doit venir la voir.
Il est à Paris tous les deux mois, il ira donc retrouver sa mère rue du cherche midi, dans l’appartement qui a abrité les amours fusionnels de ses parents.
Le choc est intense lorsqu’il comprend que la maladie est là. Alzheimer a pris possession de la mémoire et du passé de Marthe, de son présent et lui a volé son futur.

Pourtant celle qui fut une épouse avant d’être une mère a laissé des lettres pour son fils unique. Huit lettres qui lui seront remises au fils du temps, afin qu’il sache et comprenne, qu’il envisage le présent à la lumière du passé.
Et le lecteur ému et attentif va suivre les interrogations de Nathan et les révélations de Marthe à mesure de leur lecture et du temps qui passe, ces découvertes qui vont bouleverser ses sentiments.

Gabrielle Tuloup dit sans dire l’enfance, la douleur, la peur d’une mère d’être un jour séparée de son enfant, l’amour entre deux êtres absolu et éternel, les regrets et les silences, la vie qui vient et qui s’en va. L’amour d’un fils pour son père, celui qu’on attend en vain d’une mère qui n’ose pas embrasser et aimer. Elle dit les pourquoi et les comment, les silences et les absences, l’amour que l’on n’ose pas dire et celui que l’on cache pour se protéger.
Un roman qui se lit d’un souffle et que j’ai aimé.

Catalogue éditeur : Philippe Rey, Le Livre de Poche

Nathan Weiss vient d’avoir quarante ans lorsqu’il apprend que sa mère, malade, souhaite le voir en urgence – cette mère qu’il s’efforce d’oublier depuis le décès de son père, il y a quatre ans… Expatrié en Slovénie, il revient néanmoins à Paris.
Marthe a changé : elle est atteinte d’Alzheimer et ne le reconnaît presque plus. Nathan apprend alors qu’elle a confié huit lettres à sa voisine, avec pour instruction de les lui remettre selon un calendrier précis. Il se sent manipulé par ce jeu, qui va toutefois l’intriguer dès l’ouverture de la première enveloppe.
Ces textes d’une mère à son fils, d’une poignante sincérité, vont éclairer Nathan sur le vécu de Marthe. Et si la résolution de ses propres empêchements de vivre se trouvait dans ces lettres qui tentent de réparer le passé ?

D’une écriture sensible et poétique, Gabrielle Tuloup décrit l’émouvant chassé-croisé de deux êtres qui tentent de se retrouver avant que la nuit ne recouvre leur mémoire.

144 pages / Date de parution: 14/09/2022 / EAN : 9782253242161 / 6,90€

Le soldat désaccordé, Gilles Marchand

Un roman d’amour et de guerre

Merci mille fois Gilles Marchand de m’embarquer à chaque fois avec tes personnages singuliers, décalés, et tellement attachants. Merci pour ces oubliés de la grande Histoire qui font la beauté de tes histoires, celles que l’on aime tant découvrir et qui nous enchantent à chaque fois malgré les vies cassées et parfois difficiles que tu leur fait vivre. Le soldat désaccordé en est de nouveau la preuve, et comme à chaque nouveau roman il m’a été impossible de lâcher ce livre, avec une fois terminé un puissant sentiment de frustration d’avoir déjà terminé cette lecture émouvante et réjouissante à la fois.

Le narrateur a fait la guerre, la moche, enfin moche elles le sont toutes forcément. Mais la sienne devait durer le temps d’un été et de fait elle s’est embourbée pendant quatre ans dans les tranchées obscures et pouilleuses du Nord de la France. Retour plus vite que prévu avec une main en moins. Une chance là aussi, quand il regarde ces gueules cassées et tous ces soldats désespérés qui n’ont jamais retrouvé une vie normale, il se trouverait presque chanceux.

Nous sommes dans les années 20, il cherche pour sa mère éplorée un soldat qui a disparu. C’est devenu son activité à plein temps, rechercher les disparus, savoir où et quand ils sont tombés ou si finalement ils ne se seraient pas évaporés. Cela ferait tellement de bien à leurs proches de pouvoir mettre un nom dans la bonne colonne, celle des morts plutôt que celle des disparus, de savoir enfin. Et à la veuve qui pourra ainsi toucher sa pension, ou à la commune qui ajoutera un nom sur son monument aux morts. Mais aussi réhabiliter les fusillés pour l’exemple.

Alors il enquête, qu’est devenu Émile Joplain ?

De rencontre en investigation, le voilà sur la piste de Lucie, jeune alsacienne dont Émile se serait épris. Comment, une alsacienne, l’ennemie, l’allemande, et qui plus est une domestique ! Un amour prohibé et rejeté par sa mère. Il faut dire que Jeanne Joplain a des principes et dans ceux-là n’entre pas le bonheur de son fils. Pourtant dans les tranchées, sous les bombes et les coups de canons, malgré la pluie le froid les poux la faim, Émile écrit chaque jour à sa bien-aimée. Car l’amour est aussi ce qui permet à ces jeunes soldats de tenir le coup.

Il faut remonter l’histoire, mener l’enquête, sous les pluies obus, à Verdun, sur les champs de bataille, dans la boue des tranchées et suivre le fil des combats, des déplacements, des disparitions. Partir dans les hôpitaux à l’arrière, sur le front à Arras, à Vimy, rencontrer la Fille de la Lune, les amérindiens et leur langage codé, soutien des Canadiens venus renforcer les armées déjà bien malmenés par tant d’années de guerre. Mais aussi des morceaux de canassons, des moustaches, des corps sans tête, des bouches sans personne…

Et un jour, qui sait, écouter les paroles d’un accordéoniste aveugle…

Gilles marchand a les mots pour dire l’horreur, l’indicible, les souffrances et le silence de ceux qui sont revenus, les blessures, les ordres irresponsables qu’il faut exécuter au risque d’être fusillé, la folie qui guette ces hommes autant que la mort sous le feu ennemi. Et ces deux provinces, l’Alsace et la Lorraine restées allemandes depuis quarante ans et qu’il faut libérer. À tord ou à raison, étaient-ils français ou allemands, difficile de savoir. Pour dire la folie de la guerre qu’elle qu’elle soit. Il a aussi les mots pour dire l’amour, absolu, immortel, éternel, et rendre à la vie sa beauté.

Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d’amour que le jeune homme a vécue au milieu de l’Enfer. Alors que l’enquête progresse, la France se rapproche d’une nouvelle guerre et notre héros se jette à corps perdu dans cette mission désespérée, devenue sa seule source d’espoir dans un monde qui s’effondre.

Prix 18.00 € / 208 pages / ISBN : 978-2-373-05648-8 / Date de parution : 19 Août 2022

Trois sÅ“urs, Laura Poggioli

Passionnant, émouvant, et si tristement instructif

Elles sont trois, elles ont de 17 à 19 ans, elles sont sÅ“urs, ce sont les filles de Mikhaïl Khatchatourian. Lorsque la police arrive, Krestina, Angelina et Maria se tiennent près du cadavre de leur père sur le palier qui mène à leur appartement. Accident ou assassinat, aucun doute n’est permis puisqu’elles expliquent rapidement les événements qui ont précédé le décès du bourreau.

Lorsque leur mère Aurelia rencontre Mikaël elle a 17 ans à peine. Plus âgé, plus affirmé, sûr de lui et de son pouvoir d’homme, mais déjà violent, celui qui la viole dans les toilettes du bar où ils se rencontrent sera le père de ses quatre enfants. Un fils et trois filles plus tard, celle qui subit quotidiennement des violences physiques et psychologiques de cet homme à qui personne ne résiste doit quitter le foyer. C’est une question de vie ou de mort.

A compter de ce jour, et même si c’était déjà le cas avant, Krestina, Angelina et Maria sont à la merci de Mikhaïl. Violence, tortures psychologiques, privations, viols, tout lui est permis, puisque ce sont ses filles, elles lui appartiennent. Et la famille paternelle entre dans le jeu pervers des violences et du silence. Et même si des déclarations ont été faites auprès des autorités ou de la police, en Russie ce qu’il se passe dans la famille doit rester secret et se régler en famille. Personne jamais ne prendra soin de ces trois jeunes femmes. Quand on sait qu’une loi a été promulguée qui permet d’arrêter et de punir toute femme qui se plaindrait de violence intra-familliale on peut s’interroger sur la valeur de la vie d’une femme ou d’une fille dans ce pays.

Laura Poggioli alterne le récit de ce drame familial avec sa propre expérience. Amoureuse de la Russie, elle y a passé de nombreuses années. Étudiante étrangère, elle y a rencontré Mitia. Amoureux prévenant et attentionné au début de leur relation, il est rapidement devenu violent, exerçant sur elle un harcèlement destructeur auquel elle s’est soumise pendant des années.

C’est cette réflexion sur sa propre soumission et l’acceptation de ces relations qui émaille le récit autour des trois sÅ“urs. Un peu trop car on s’y perd parfois, mais le récit est passionnant en particulier en ce qu’il nous présente la condition des femmes en Russie et le plein pouvoir accordé aux hommes sans condition par l’état complice, en vertu sans doute du sacro-saint proverbe russe « S’il te bat c’est qu’il t’aime ».

J’ai lu ce roman d’une traite, impossible à lâcher malgré quelques défauts, cette introspection un peu trop prégnante parfois, comme si l’autrice avait hésité entre deux récits, le personnel et intime et le public avec les trois sÅ“urs. Un formidable premier roman que je vous conseille sans hésiter.

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Assises côte à côte dans l’entrée d’un appartement moscovite, trois jeunes filles, âgées de dix-sept, dix-huit et dix-neuf ans, attendent l’arrivée de la police, à quelques mètres du corps inerte de leur père, Mikhaïl Khatchatourian. Depuis des années, il s’en prenait à elles, les insultait, les frappait, nuit et jour. « S’il te bat, c’est qu’il t’aime », dit un proverbe russe. Alors, en juillet 2018, les trois sœurs l’ont tué. Une vague d’indignation inédite déferle, les médias s’enflamment.

Les visages insouciants des trois gamines, dissimulant les supplices endurés pendant des années, questionnent l’autrice. Elle se souvient de sa jeunesse moscovite où elle rencontra Marina, son amie la plus chère, et Mitia, son amour. Il lui donnait parfois des coups, mais elle pensait que c’était peut-être aussi de sa faute. Laura Poggioli reconstitue la vie de ces trois sœurs, et son histoire personnelle ressurgit.

320 pages / 20,00 € / EAN 9782378803018 / paru le 18/08/2022

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, Maria Larrea

Une histoire de vie et d’amour, où tout est inventé, où tout est vrai

À Bilbao en 1943 naît Julian, hijo de puta au vrai sens de l’expression, mais hijo abandonné par cette mère qui l’a enfanté sans désir. C’est à l’orphelinat chez les jésuites qu’il va vivre désormais. En Galice naît Victoria, déposée à l’orphelinat d’un couvent de bonnes sÅ“urs par Dolorès, cette mère qui ne veut pas de sa fille mais ne l’abandonne pas vraiment. Elle ne sera jamais adoptée et sera « récupérée » à dix ans par une mère ingrate et peu ou pas aimante. Les enfants peuvent travailler et faire vivre certains parents, c’est cette vie là qui est désormais dévolue à Victoria.

Un jour, le destin fait se rencontrer ces deux orphelins. Amoureux, ils se marient, quittent Bilbao et partent vivre à Paris.

Julian est concierge au théâtre de la Michodière. Passionné et excessif, l’alcool est son meilleur ami, même s’il rencontre et devient l’ami de tous ces grands noms qui fréquentent le théâtre.
Victoria ne sait ni lire ni écrire, on se demande bien qui aurait bien pu lui apprendre entre l’orphelinat et une mère aussi peu mère, aussi peu attentive et si peu aimante. Elle sera femme de ménage et secondera son mari concierge.

L’amour entre ces deux là est une réalité, mais il leur est si difficile d’avoir un enfant. Heureusement dans ces années 70 a Bilbao des gynécologues peuvent aider les femmes infertiles à avoir des enfants. Cela s’est pratiqué au bon temps du franquisme pour de bien mauvaises raisons, cela se pratique encore en ces années là pour d’aussi obscures raisons, l’appât du gain en particulier.

C’est dans ces conditions que naît Maria, mais elle ne le sait pas encore. La jeune femme a toujours senti une sorte de flou autour de sa naissance sans en comprendre la raison, la future naissance de son premier enfant et la rencontre avec une cartomancienne vont déclencher une quête de quatorze longues années pour découvrir d’où elle vient.

Une quête longue et éprouvante, non pas pour connaître ses parents biologiques, mais plutôt la genèse de sa vie, l’histoire avant la naissance, le pourquoi et le comment de ce qui a permis qu’elle vienne au monde.

Un roman incroyable, dans lequel comme disait Boris Vian, « tout est vrai puisque je l’ai écrit » . Mais ici, tout est romancé, et tout est vrai. Je ne veux pas vous en dire plus si ce n’est lisez-le !

La rencontre avec l’autrice à Manosque puis à la librairie Tonnet de Pau m’a donné un bel éclairage sur la genèse du roman, mais il n’est pas besoin de trop en savoir pour lire avec bonheur et intérêt ce magnifique premier roman.

Catalogue éditeur : Grasset

L’histoire commence en Espagne, par deux naissances et deux abandons. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille et la laisse aux sœurs d’un couvent. Elle revient la chercher dix ans après. L’enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l’aimera.
Le garçon, c’est Julian. La fille, Victoria. Ce sont le père et la mère de Maria, notre narratrice.
Dans la première partie du roman, celle-ci déroule en parallèle l’enfance de ses parents et la sienne. Dans un montage serré champ contre champ, elle fait défiler les scènes et les années : Victoria et ses dix frères et sÅ“urs, l’équipe de foot du malheur  ; Julian fuyant l’orphelinat pour s’embarquer en mer. Puis leur rencontre, leur amour et leur départ vers la France. La galicienne y sera femme de ménage, le fils de pute, gardien du théâtre de la Michodière. Maria grandit là, parmi les acteurs, les décors, les armes à feu de son père, basque et révolutionnaire, buveur souvent violent, les silences de sa mère et les moqueries de ses amies. Mais la fille d’immigrés coude son destin. Elle devient réalisatrice, tombe amoureuse, fonde un foyer, s’extirpe de ses origines. Jusqu’à ce que le sort l’y ramène brutalement. A vingt-sept ans, une tarologue prétend qu’elle ne serait pas la fille de ses parents. Pour trouver la vérité, il lui faudra retourner à Bilbao, la ville où elle est née. C’est la seconde partie du livre, où se révèle le versant secret de la vie des protagonistes au fil de l’enquête de la narratrice.  

Pages : 224 / EAN : 9782246831969 prix : 20.00€ / EAN numérique: 9782246831976 prix :

14.99€ Parution : 17 Août 2022

Patte blanche, Kinga Wyrzykowska

Manipulation et survie, ou l’aventure extra-ordinaire d’un famille ordinaire

Si les Simart-Duteil ont marqué notre esprit, c’est parce que cette famille est une caricature de la famille typiquement française vivant dans une maison bourgeoise. Elle cristallise à la fois nos ambitions et nos rêves. Et pourtant, si nous savions ce qui se cache derrière le vernis.

Chez les Simart-Duteil il y a Claude le patriarche, disparu depuis peu victime d’un cancer. Ce bâtisseur non pas de cathédrale mais d’autoroute, en particulier au Moyen Orient, a su mener sa famille à la baguette ; Isabella la mère, italienne belle et racée sur le retour ; Paul, Clotilde et Samuel, la fratrie pas toujours aussi solidaire qu’elle le laisse à penser. Mais à la disparition du patriarche, un frère inconnu vient se manifester et réclamer sa place.

Cet étrange courrier arrive dans les boites mails de chacun, faisant planer une ombre malveillante sur la famille. Issu d’un mariage illégal en Syrie, il veut connaître ses frères et sa sÅ“ur. Tant qu’il vit en Syrie, tout va bien. Mais si les routes sont dangereuses et souvent mortelles pour les migrants, le chemin vers une famille parisienne aisée est bien tentant.

Commence alors de la part de Paul un véritable travail pour souder la famille contre l’intrus. Paul qui avait été rejeté par tous du fait de son homosexualité avouée lorsqu’il était plus jeune cherche aujourd’hui à reprendre sa place d’aîné. Il devient l’unique conseiller et le soutient de la famille. C’est ainsi que chacun des membres de la famille va se terrer pendant des mois, loin de l’intrus, dans une résidence secondaire en Normandie.

Questionnements sur l’immigration, sur notre façon d’accueillir l’autre, celui que l’on ne connaît pas, mais aussi sur les attentats de 2015 et la façon dont ils ont transformé la société française. Enfin, sur les relations parfois délétères des familles, le pouvoir de la séduction, de la manipulation, la jalousie, le pouvoir, le doute, les craintes, l’aplomb et l’assurance de certains et cette capacité à convaincre envers et contre toute logique.

Intriguant et perturbant, voilà un roman qui se lit jusqu’au bout avec circonspection, puis à la fin avec comme une envie de tout reprendre depuis le début avec un nouvel éclairage projeté sur les membres de cette famille pour le moins déjantée.

Inspiré d’un fait divers réel, mais posé ici de façon intelligente et tout à fait singulière, Kinga Wyrzykowska sait nous tenir en haleine et nous faire douter. Un excellent premier roman, et une autrice que l’on a immédiatement envie de suivre.

Alors, et vous, qu’en avez-vous pensé si vous l’avez déjà lu ? Intriguant à souhait, non ?

Catalogue éditeur : Seuil

Les Simart-Duteil ont marqué votre enfance. Leur nom si français, leur maison flanquée d’une tourelle – comme dans les contes –, leur allure bon chic bon genre ont imprimé sur le papier glacé de votre mémoire l’image d’une famille parfaite.
Un jour, pourtant, vous les retrouvez à la page des faits divers, reclus dans un manoir normand aux volets fermés. Les souvenirs remontent et, par écran interposé, vous plongez dans la généalogie d’un huis clos.
Paul, Clothilde, Samuel ont été des enfants rois. Leur père, magnat des autoroutes au Moyen-Orient, leur mère, Italienne flamboyante, leur ont tout donné. Quand un frère caché écrit de Syrie pour réclamer sa part de l’héritage, la façade se lézarde. Les failles intimes se réveillent.
Paul, dont la notoriété d’influenceur politique commence à exploser, décide de prendre en main le salut de son clan. Une lutte pour la survie de la cellule familiale se met en branle. Et l’« étranger » a beau montrer patte blanche… il n’est pas le bienvenu. Lire la suite….

Date de parution 19/08/2022 / 20.00 € / 320 pages / EAN 9782021514087

La terre c’est…

illustrations de Jack Koch et préface d’Olivier Norek

De beaux textes qui évoquent la terre, celle qui nous nourrit, nous protège, nous fait vivre, et que nous maltraitons pourtant trop chaque jour.

Par 120 autrices et auteurs, et une libraire passionnée 😉 qui se sont unis pour réaliser ce magnifique volume en soutien à l’association Le rire médecin.

J’avais particulièrement aimé les précédents, j’aime énormément celui-ci ! La poésie des dessins de Jack Kock, les mots des auteurs, et l’envie qui sait de poser les nôtres dans les dernières pages : Et pour vous la Terre, c’est…

Et de vous demander, mais vous, qu’en pensez-vous ?

Le cadeau idéal pour les fêtes, n’hésitez pas une seconde à aller trouver votre libraire, non seulement c’est beau, mais en plus c’est une bonne action !

Catalogue éditeur : Fleuve

272 pages / prix 17,50€ / EAN : 9782265156012 / Date de parution : 10/11/2022

La lionne du barreau, Clarisse Serre

Je suis une femme, je fais du pénal, j’exerce dans le 9-3, et alors ?

Clarisse Serre est avocate. Et femme.
Pourtant elle n’a pas choisi la facilité lorsque elle s’est orientée vers le pénal.

Mais alors, qu’est-ce qui fait qu’une jeune avocate choisit cette spécialité, qu’elle y reste et s’y fait un nom. Qu’elle prouve son sérieux et son professionnalisme à tel point que les bandits, enfin, pas seulement, décident de la choisir pour assurer leur défense. Certainement le fait qu’elle n’a aucune langue de bois, un sérieux à toute épreuve, et une passion pour un métier qui ne pardonne aucun écart.

Ajoutons à cela que pour corser le tout, elle a choisi d’installer ses bureaux à Bobigny. Pour qui connaît la banlieue parisienne ce n’est pas forcément la première situation qui viendrait à l’idée, surtout aussi près de Paris, et sachant l’addiction de certains à l’image que renvoi le fait d’officier dans la ville lumière.

Clarisse a osé, s’y est installée et y travaille depuis des années. Enfin, sillonne la France et ses tribunaux serait plus exact puisque son métier nécessite de nombreux déplacements en province. Dans La lionne du barreau, elle évoque ce métier qui est avant tout une passion et n’ayons pas peur des mots, ‘une vocation. Métier pour le moins très prenant, exigeant, il est parfois bien difficile de mettre la distance souhaitée avec certains clients, de se faire respecter. Elle y excelle et son livre est là pour donner envie et du courage à toutes celles qui hésitent, en montrant que la force, la conviction, la passion, permettent d’arriver à réaliser ce que l’on souhaite au plus profond de soi.

J‘ai aimé le dynamisme, la force de conviction et l’assertivité dont Clarisse Serre fait preuve tout au long de ce livre, un exemple à suivre assurément, un livre à lire et à faire lire.

Catalogue éditeur : Sonatine

Dans les couloirs des tribunaux, on la surnomme « la lionne ». Clarisse Serre détonne à tous les niveaux parmi les avocats pénalistes. Quand ses confrères ont adopté le confort d’un cabinet parisien, elle préfère s’installer à Bobigny. Quand elle embrasse sa carrière dans le pénal, c’est pour défendre des délinquants violents ou des figures du grand banditisme. Comment une femme peut elle trouver sa place dans cet univers brutal ? À force de ténacité, répond l’intéressée. Qu’elle évoque les affaires qu’elle a plaidées, sa vision du système judiciaire, ses doutes, ses combats, ou encore le féminisme, Clarisse Serre bouscule par son goût de la controverse et son franc-parler. Frondeuse, intrépide et incisive… Il existait des ténors du barreau – une diva est née !

Classée parmi les trente avocats les plus puissants de France par le magazine GQ, Clarisse Serre a su gagner le respect de ses confrères comme de ses clients, qu’ils soient petits délinquants ou criminels endurcis. Un rapport au réel brut et sans fard, qui n’est pas passé inaperçu puisqu’elle a été consultante pour la série phénomène de Canal Plus Engrenages.

20.00 € / EAN : 9782355847882 / Date de parution : 15/09/2022 / pages : 192

Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori, Fondation Cartier

« Voici ma terre, ma mer, celle que je suis »

La Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la première exposition personnelle de l’artiste aborigène Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori hors de l’Australie

Sally Gabori est venue à la peinture très tard. Pour ses « sans doute » 80 ans, puisque les dates de naissance sont assez approximatives, elle découvre la couleur et l’expression artistique dans le centre d’art de Mornington, près de son epad. Elle va peindre pendant un peu moins de quinze ans près de 2000 toiles, jusqu’à son décès en 2015.

Rapidement elle passe au grand format, plus propice à exprimer ce qu’elle désire. Car elle ne fait pas de l’art abstrait, mais bien du figuratif. Elle représente sur les immenses toiles les endroits de l’île Bentonck, ou l’île Morninton voisine, dans le golfe de Varpentarie au nord de l’Australie. Mais aussi les membres de sa famille. Il faut savoir que dans le peuple kaiadilt auquel elle appartient les personnes sont nommées en fonction de leur lieu de naissance. C’est donc bien de ses proches qu’elle parle lorsqu’elle peint les lieux de leur naissance.

Alors que son peuple ne possédait aucune tradition iconographique, Sally Gabori invente une nouvelle forme d’expression et invite sa famille ou ses amies à la rejoindre pour réaliser certaines Å“uvres.

J’ai adoré les couleurs, les tonalités, les ensembles composés de plusieurs tableaux qui se répondent. La technique qui peut paraître simple est cependant très élaborée puisque Sally Gabori travaille selon la technique alla prima, c’est-à-dire avant que la couche inférieure soit sèche, pour faire muer les couleurs qui se marient pour rendre ces tonalités si particulières et ces jeux de transparence. Elle qui n’utilise que des couleurs pures excelle autant dans des couleurs pastel et douces que dans le blanc ou les couleurs vives.

Les salles de la fondation Cartier sont tout à fait adaptées à l’exposition de ces formats gigantesques, la visite est très agréable et la lumière diffuse une belle chaleur sur ces immenses aplats de couleur.
Sally Gabori née vers 1924 est décédée en 2015.

Fondation Cartier pour l’art contemporain
261 bd raspail Paris 14
Exposition jusqu’au 6 novembre.

Rosa bonheur et l’atelier de By, A la FolieThéatre

à la découverte de l’artiste animalière Rosa Bonheur

Au château de By, l’artiste Rosa bonheur vit enfin comme elle le souhaite, proche de la nature, entourée d’animaux qu’elle peux peindre à satiété, sans être constamment importunée dans son atelier par un défilé de visiteurs hautement improductifs.
En ce 14 août 1863 elle attend impatiemment un courrier important, son marchand d’art Ernest Gambart vient la trouver pour lui apprendre une mauvaise nouvelle de vive voix.

C’est dans cette atmosphère d’attente que se déroule la pièce. Chaque personnage, chaque élément est prétexte à nous présenter la vie et l’Å“uvre de l’artiste dont on fête cette année le bicentenaire de la naissance.

La pièce et les acteurs emplissent toute la salle de leur énergie, leur maîtrise du texte, et nous plongent deux siècles en arrière le temps de la représentation.

J’ai été transportée avec bonheur dans ce château à l’orée de Fontainebleau qu’elle a occupé pendant plus de quarante ans. J’ai aimé mieux connaître la femme indépendante et affirmée, l’artiste reconnue par les collectionneurs anglo-saxons quand la France lui refusait encore le droit d’entrer à l’académie de peinture, la grande spécialiste de la peinture de paysages, d’animaux, de nature, en opposition aux standards de son époque et qui a laissé de somptueuses Å“uvres picturales.

Une pièce formidable d’une heure et quart mais surtout des minutes qui défilent à toute allure tant on se plaît en compagnie de Rosa et de celles et celui qui l’accompagnent ici.

Pour aller plus loin :
Une exposition Rosa Bonheur va débuter en octobre au musée d’Orsay.
Une visite du château de By en Île de France pour tous ceux qui veulent approfondir leur connaissance de cette artiste.
Un roman J’ai l’énergie d’une lionne dans un corps d’oiseau publié aux éditions Albin Michel, Patricia Bouchenot-Dechin

Auteur : Barbara Lecompte
Artistes : Aurélia Frachon, Laurent Ledermann, Hélène Phénix, Sabine Pisani, Marie-Line Grima, Martine Piat-Raffier, Myriam Descoutures
Metteur en scène : Yves-Patrick Grima, Marie-Line Grima
@rosabonheur_lapiece
A La Folie Th̢̩tre РGrande Salle
6 rue de la Folie-Méricourt 75011 Paris
Jeudi, samedi, dimanche