Suiza, Bénédicte Belpois

Dans un petit village de Galice, la rencontre de deux ĂȘtres cabossĂ©s par la vie, rĂ©vĂ©lĂ©s par l’amour. Un roman puissant, humain, violent, aux accents de vĂ©ritĂ© qui bouleverse ses lecteurs.

Parce que les gens vont dire n’importe quoi, Tomas dĂ©cide de parler. Il raconte sa maladie, sa rencontre, son histoire, sa Suiza.

D’abord, il y a la maladie, sournoise, qui frappe fort et dont bien trop souvent hĂ©las on ne revient pas. Alors il faut la combattre, la refuser, puis l’accepter, la dompter, et se laisser submerger.

Puis il y a la vie, qui se prĂ©sente sous la forme d’une belle jeune femme en apparence un peu stupide, mais si rousse, si pale… Tomas en tombe instantanĂ©ment amoureux, instantanĂ©ment fou devrais-je dire, fou au point de vouloir la prendre, sauvage, brutal, comme un viol. Mais elle l’accepte, elle le veut, elle se soumet et se rĂ©vĂšle Ă  son contact.

Enfin, il y a Suiza, magnifique jeune fille rejetée et brutalisée par son pÚre, soumise et abusée par les hommes qui croisent sa route, et qui a décidé un beau matin de quitter sa Suisse natale pour voir la mer, sans carte routiÚre, sans argent, sans raison.

La rencontre de ces deux paumĂ©s meurtris par la vie est une dĂ©flagration de bonheur, d’amour, de sentiments et de violence, de passion et de silences. Car ils s’aiment, c’est Ă©vident, elle vit et apprend Ă  son contact les mots, les gestes, le bonheur, la libertĂ©. Il en oublierait presque la maladie sournoise, insidieuse, qui le dĂ©truit Ă  petit feu, tant l’amour de Suiza l’illumine et le rassure.

VoilĂ  un premier roman absolument rĂ©ussi. Tellement Ă©mouvant, aux sentiments forts et criants de vĂ©ritĂ© malgrĂ© leur Ă©trangetĂ©. L’auteur parle de maladie grave sans pathos, de personnes fracassĂ©es par la vie en les rendant proches, montre l’amour dans ce qu’il a de plus beau, et emporte ses lecteurs jusqu’à la derniĂšre page. Et l’on referme ce livre avec le sentiment d’avoir lu et dĂ©couvert un auteur superbe qui sait nous tenir par ses mots, sa langue, son amour.

💙💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

«Elle avait de grands yeux vides de chien un peu con, mais ce qui les sauvait c’est qu’ils Ă©taient bleu azur, les jours d’étĂ©. Des lĂšvres lĂ©gĂšrement entrouvertes sous l’effort, humides et d’un rose dĂ©licat, comme une nacre. À cause de sa petite taille ou de son excessive blancheur, elle avait l’air fragile. Il y avait en elle quelque chose d’exagĂ©rĂ©ment fĂ©minin, de trop doux, de trop pĂąle, qui me donnait une furieuse envie de l’empoigner, de la secouer, de lui coller des baffes, et finalement, de la possĂ©der. La possĂ©der. De la baiser, quoi. Mais de taper dessus avant.»
La tranquillitĂ© d’un village de Galice est perturbĂ©e par l’arrivĂ©e d’une jeune femme Ă  la sensualitĂ© renversante, d’autant plus attirante qu’elle est l’innocence mĂȘme. Comme tous les hommes qui la croisent, TomĂĄs est immĂ©diatement fou d’elle. Ce qui n’est au dĂ©part qu’un simple dĂ©sir charnel va se transformer peu Ă  peu en vĂ©ritable amour.

Parution : 07-02-2019 / 256 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072825729

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La collection Emil BĂŒhrle au musĂ©e Maillol

La Collection Emil BĂŒhrle, voir ou revoir Manet, Degas, Renoir, Monet, CĂ©zanne, Gauguin, Van Gogh, Modigliani, Picasso.

Une exposition de toiles incontournables à travers l’une des collections les plus importantes au monde.

Le musĂ©e Maillol prĂ©sente pour la premiĂšre fois en France les chefs-d’Ɠuvre de la Collection Emil BĂŒhrle. Emil Georg BĂŒhrle (1890-1956) nĂ© en Allemagne, s’installe en Suisse en 1924. Personnage pour le moins ambigu puisqu’une grande partie de sa fortune provient de la vente d’armes pendant la Seconde Guerre Mondiale, il Ă©tait aussi un amateur d’art passionnĂ© – apparemment pas toujours Ă©clairĂ© – mais nous ne verrons ici que des Ɠuvres majeures. Entre 1936 et 1956 il rassemble plus de 600 Ɠuvres d’art reprĂ©sentant un panorama trĂšs complet de l’art français du XIXe et du dĂ©but du XXe siĂšcle.

Le musĂ©e prĂ©sente une soixantaine de piĂšces de cette collection qui englobe diffĂ©rents courants de l’art moderne : l’impressionnisme avec Manet, Monet, Pissarro, Degas, Renoir, Sisley, le postimpressionnisme avec CĂ©zanne, Gauguin, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, les Nabis du dĂ©but du XXe siĂšcle avec Bonnard, Vuillard, les Fauves et les Cubistes de Braque, Derain ou Vlaminck, l’École de Paris avec Modigliani, enfin, Picasso qu’il apprĂ©cie sur le tard.

A noter, dans une salle consacrĂ©e plus particuliĂšrement aux archives, les lettres et le parcours de certains Ɠuvres spoliĂ©es pendant la guerre, achetĂ©es, rendues pour certaines Ă  leurs propriĂ©taires, puis rachetĂ©es lĂ©galement par BĂŒhrle et lĂ©guĂ©es par la suite Ă  une fondation

Blog Domi C Lire photo du tableau de Modigliani, nu couché

Cette exposition est un tĂ©moignage historique majeur. C’est beau, trop court Ă  mon goĂ»t, mĂȘme si j’aime vraiment beaucoup ce musĂ©e. C’est un beau voyage, ne boudez pas votre plaisir.

C’est au 61 rue de Grenelle 75007 Paris, jusqu’au 21 juillet 2019.

Vasarely, le partage des formes au Centre Pompidou

Une rĂ©trospective trĂšs complĂšte de l’Ɠuvre du maĂźtre de l’Op art. Hypnotique, cosmique, visionnaire, avec lui la 4e dimension entre sur la toile.

C’est la premiĂšre grande rĂ©trospective française consacrĂ©e au pĂšre de l’art optique, Victor Vasarely. Dans un parcours Ă  la fois la chronologique et thĂ©matique, l’exposition prĂ©sente prĂšs de trois cents Ɠuvres de toutes tailles, souvent impressionnantes avouons-le, pour explorer le continent Vasarely,et aborder toutes les facettes de l’Ɠuvre d’un artiste plus Ă©clectique qu’il n’y parait.

De sa formation dans les traces du Bauhaus jusqu’aux ses derniĂšres innovations formelles – peintures, sculptures, multiples, intĂ©grations architecturales, publicitĂ©s, Ă©tudes – il touche Ă  tout.

De Budapest Ă  Paris, de Belle ile en mer Ă  Gordes, par ses gĂ©omĂ©tries abstraites en noir et blanc qui exacerbent l’illusion optique ou par ses toiles pixellisĂ©s aux couleurs chatoyantes qui font perdre tous repĂšres, approchant la science-fiction et l’imaginaire cosmique, on retrouve celui qui a marquĂ© la culture populaire des annĂ©es 1960-1970. Vasarely s’inscrit totalement dans un contexte scientifique, Ă©conomique et social, qui met en exergue la place centrale de l’artiste dans l’imaginaire de ces Trente Glorieuses.

J’ai passĂ© un moment magique, et vraiment eu un grand plaisir Ă  voir diffĂ©remment cet artiste que l’on croisait dans les annĂ©es 70 Ă  chaque coin de rue. Des Ɠuvres majeures marquantes, des couleurs Ă©tonnantes, chaque grande toile, en particulier les sĂ©ries Ă©nergies abstraites ou rĂȘveries cosmiques, Ă  regarder de prĂšs et de loin, en apprĂ©ciant la scĂ©nographie et les Ă©clairages de chaque salle d’expo. Une rĂ©ussite.

Un artiste Ă  redĂ©couvrir absolument. L’exposition, organisĂ©e par le Centre Pompidou, Paris en collaboration avec le StĂ€del Museum, Francfort, est Ă  voir jusqu’au 6 mai.

À la rencontre de Jean-Marie Blas de RoblĂšs

Jean-Marie Blas de RoblĂšs nous rĂ©gale une fois de plus avec « Le Rituel des dunes » paru aux Ă©ditions Zulma. Roman exotique et parfaitement dĂ©calĂ©, aux personnages multiples et foisonnants, portĂ© par sa sublime Ă©criture. J’ai eu envie de lui poser quelques questions Ă  propos de ce roman, et de son travail d’Ă©criture. Toutes les rĂ©ponses sont Ă  dĂ©couvrir ici.

À propos du roman « Le Rituel des dunes Â»

Dans Le Rituel des dunes, le protagoniste principal, Roetgen, est parti comme expatriĂ© en Chine,  je crois que c’est Ă©galement votre propre expĂ©rience, est-ce la raison qui vous a donnĂ© envie d’écrire ce roman ?

J’ai effectivement vĂ©cu en Chine de 1983 Ă  1984. J’y ai fait l’expĂ©rience d’un monde si Ă©trange, si diffĂ©rent du nĂŽtre qu’il semblait incomprĂ©hensible Ă  premiĂšre vue, presque monstrueux par son altĂ©ritĂ©. « La civilisation chinoise, Ă©crit Joseph Needham, le grand sinologue britannique, prĂ©sente l’irrĂ©sistible fascination de ce qui est totalement « autre », et seul ce qui est totalement « autre » peut inspirer l’amour le plus profond, en mĂȘme temps qu’un puissant dĂ©sir de le connaĂźtre. » Cela a certainement jouĂ© lorsque je me suis mis en tĂȘte de raconter l’histoire de Roetgen et sa rencontre avec Beverly, mais je ne connais pas de « raison » prĂ©alable qui me pousse Ă  Ă©crire tel ou tel roman. C’est toujours le rĂ©sultat d’un processus complexe d’amalgames, d’une longue maturation dont je ne maĂźtrise pas les diffĂ©rentes Ă©tapes. 

Quand on est Ă©crivain, j’imagine que l’on peut mettre beaucoup de soi dans ses livres, ou au contraire trĂšs peu. Comment vous situez-vous ?

C’est la fiction qui m’intĂ©resse, l’exploration d’un univers aberrant situĂ© Ă  la marge du rĂ©el. Ce qui ne veut pas dire que je n’intĂšgre pas certaines expĂ©riences vĂ©cues Ă  mes romans, mais que je les utilise comme n’importe quel autre matĂ©riau dans ce collage de petites rĂ©alitĂ©s disparates que nĂ©cessite toute invention dans l’ordre de l’imaginaire. Pas d’autobiographie, donc, mĂȘme si mes livres reflĂštent sans doute ce que je suis, puisqu’ils tĂ©moignent du long travail d’écriture et des questionnements qui occupent ma vie depuis bientĂŽt cinquante ans.

Le protagoniste principal, Roetgen va vivre des moments forts avec Beverly, cette amĂ©ricaine fantasque et un peu folle, mais qui a pourtant bien des choses Ă  lui apprendre.  J’ai eu l’impression que le personnage est important aussi, d’abord par sa personnalitĂ©, pour ce qu’il Ă©veille chez Roetgen.  Mais aussi parce qu’il me semble confronter deux mondes – les USA et la Chine –, deux caractĂšres et deux Ăąges
 Quelle est votre vision de Berverly, elle qui me semble indispensable pour « rĂ©vĂ©ler Â» Roetgen.

Beverly est le personnage central du Rituel des dunes. C’est sa personnalitĂ© dĂ©concertante, sa folie que le narrateur retient de son sĂ©jour en Chine. Il lui faudra trois cents pages de remĂ©moration pour qu’il se reproche enfin de ne pas avoir su l’accueillir dans son Ă©trangetĂ©. Cette Chine millĂ©naire et encore maoĂŻste oĂč ils sont plongĂ©s, cette façade Ă  premiĂšre vue impĂ©nĂ©trable Ă  nos yeux d’occidentaux, n’est qu’une amplification de l’étrangetĂ© de l’autre lorsqu’il n’obĂ©it pas Ă  nos propres codes de reconnaissance culturelle. Il faut un violent effort sur soi-mĂȘme pour aller vers lui sous peine de n’apercevoir que son exotisme ou sa bizarrerie. C’est le sens de la phrase de Zhuang Zi mise en exergue du roman : À vrai dire, tout ĂȘtre est autre, et tout ĂȘtre est soi-mĂȘme. Cette vĂ©ritĂ© ne se voit pas Ă  partir de l’autre, mais se comprend Ă  partir de soi-mĂȘme. Roetgen s’aperçoit qu’il a manquĂ© Beverly, comme elle-mĂȘme ou les expatriĂ©s qu’ils cĂŽtoient ont manquĂ© la Chine. Tous deux ont Ă©chouĂ©, faute d’empathie dans le rituel d’approche nĂ©cessaire Ă  toute rencontre vĂ©ritable.

Roetgen Ă©crit un roman policier, mais nous n’en connaissons qu’une partie
 Comment et pourquoi vous est venue cette envie de faire travailler notre imagination ?

Beverly s’est construit une thĂ©orie sur ce qui permet de connaĂźtre quelqu’un : Une vĂ©ritable autobiographie, dit-elle, devrait ĂȘtre la sĂ©lection d’une parfaite sĂ©rie de faits sur soi-mĂȘme, sĂ©rie qui permettrait Ă  un lecteur de prĂ©dire tout le reste. Ou, en termes formels, d’axiomes Ă  partir desquels nous pourrions dĂ©river l’ensemble des thĂ©orĂšmes concernant une personne. Lorsque Roetgen lui demande « qui elle est Â», l’AmĂ©ricaine le prend au sĂ©rieux et lui offre toute une sĂ©rie d’axiomes de sa propre biographie permettant peut-ĂȘtre de rĂ©pondre Ă  la question posĂ©e. Elle se raconte sans fards, mais demande en contrepartie que Roetgen lui lise ce qu’il Ă©crit. Le lecteur assiste Ă  ces lectures : la nuit de ce con de Lafitte dans un chaudron de la CitĂ© interdite, le conte fantastique d’un empereur Ă  double visage au sein du Repos prĂ©cieux des monstres dĂ©sirables, et plusieurs chapitres d’un roman policier que Roetgen s’amuse Ă  Ă©crire par correspondance avec un ami de PĂ©kin, chacun inventant la suite de l’intrigue Ă  partir des pages qu’il reçoit. Roetgen ne dispose que de son propre texte et ne peut livrer Ă  Beverly qu’un chapitre sur deux du roman policier en question. Beverly s’en satisfait, arguant que c’est aussi la part du lecteur de combler les « trous Â» : Imagine qu’on supprime un chapitre sur deux dans « Le Grand Sommeil Â» de Chandler, ou mĂȘme de « SalammbĂŽ Â» ou de « Guerre et Paix Â», est-ce que ça gĂȘnerait ? Est-ce que tu n’imaginerais pas une intrigue au moins aussi intĂ©ressante, aussi captivante que dans l’original ? Je ne suis pas loin de partager son avis, mais j’ai fait en sorte de glisser dans ces chapitres nombre d’élĂ©ments qui permettent de suivre l’intrigue principale, malgrĂ© la discordance annoncĂ©e. La rĂ©fĂ©rence aux Mille et une nuits et Ă  ShĂ©hĂ©razade est explicite : il s’agit avant tout de se raconter des histoires pour survivre.

J’avoue qu’au dĂ©but du roman, j’ai Ă  deux reprises relu les chapitres prĂ©cĂ©dents, un peu perdue par ces diffĂ©rents textes
 Vous avez l’art de nous faire rĂ©flĂ©chir ! Je n’ose imaginer la complication pour l’écriture


Retour aux Mille et une nuits : il faut seulement se laisser porter, accepter de passer d’une histoire Ă  une autre, rĂȘver. Dans mes lectures, j’aime que l’auteur prenne au sĂ©rieux mon pouvoir de discernement, j’apprĂ©cie d’ĂȘtre sollicitĂ©. En Ă©crivant, je reproduis certainement ce mĂ©canisme qui provoque chez moi la dĂ©lectation.

J’ai particuliĂšrement aimĂ© comme pour le roman prĂ©cĂ©dent tout d’abord votre Ă©criture, si fine, ciselĂ©e, prĂ©cise, mais aussi ces Ă©vocations de la Chine avec la prĂ©cision et la finesse d’un orfĂšvre, le travail du sculpteur, la citĂ© interdite
 Faut-il avoir vĂ©cu et surtout apprĂ©ciĂ© ces moments-lĂ  pour en parler aussi bien ?

Nourri d’une documentation suffisante, notre imaginaire est plus riche, plus exact, plus vĂ©ridique que n’importe quelle expĂ©rience de terrain. Hubert Haddad, par exemple, a Ă©crit l’un des plus beaux romans sur la culture japonaise – Le peintre d’éventail – sans avoir mis un pied au Japon. L’écriture romanesque met en scĂšne des illusions d’optique, des trompe-l’Ɠil plus vrais que nature.

Ce roman est paru une premiĂšre fois il y a trente ans, pourquoi avoir choisi de le republier, et dans quelle circonstances ?

Tous les romanciers, dit en substance David Lodge, Ă©crivent « pour dĂ©fier la mort, pour que leur nom et leur Ɠuvre se perpĂ©tuent ; c’est une sorte de rĂ©confort pour eux, et de grande fiertĂ©, lorsque leurs livres restent disponibles au catalogue Â». Quand mon Ă©ditrice m’a proposĂ© de republier un livre Ă©puisĂ© depuis vingt ans, j’ai bien Ă©videmment sautĂ© de joie.

Aviez-vous ressenti le besoin d’une rĂ©Ă©criture, et est-ce un rĂ©el plaisir de le faire ?

Quels sont vos sentiments lorsque vous relisez vos premiers romans ? Il me semble que cette dĂ©marche ne doit pas ĂȘtre si habituelle chez les Ă©crivains, il y a tant Ă  dire de nouveau sans doute


Lorsque je relis mes premiers livres, j’y trouve Ă  la fois matiĂšre Ă  me rĂ©jouir et Ă  m’affliger. Si je suis agrĂ©ablement surpris par la maturitĂ© de certains passages, ou la prĂ©sence de thĂšmes qui n’ont cessĂ© de se dĂ©velopper ensuite, j’y aperçois aussi des faiblesses stylistiques qui m’avaient Ă©chappĂ© et que je suis incapable de conserver telles quelles. La rĂ©Ă©dition d’un livre autorise sa « mise Ă  jour Â», elle me permet d’en corriger les failles, voire de remanier sa structure en profondeur – comme c’est le cas pour Le Rituel des dunes – de façon Ă  ce qu’il corresponde Ă  mes exigences d’aujourd’hui et s’intĂšgre avec plus de cohĂ©sion dans l’édifice qui se construit Ă  partir de La MĂ©moire de riz. Cette dĂ©marche n’est pas si rare, me semble-t-il. C’est celle de tout crĂ©ateur en quĂȘte d’excellence, ou du moins d’une progression dans le projet qui est le sien. En retouchant mes Ɠuvres disait Yeats, c’est moi que je corrige. Il ne s’agit pas tant de dire des choses nouvelles que de mieux exprimer celles qui l’ont Ă©tĂ©.

Et 
 si j’ose vous demander, avez-vous dĂ©jĂ  la trame ou le sujet de votre prochain roman ?  Je crois me souvenir que vous avez une vision assez prĂ©cise de ceux que vous souhaitez Ă©crire et qu’ils s’installent dans un schĂ©ma prĂ©cis, pourriez-vous nous en parler ?

Il m’est dĂ©jĂ  trĂšs difficile de parler d’un livre dĂ©jĂ  Ă©crit : c’est trop me demander que d’évoquer un roman qui n’existe pas encore.

Je n’ai pas de vision prĂ©cise des livres Ă  venir, mais ils s’inscrivent bien dans un schĂ©ma dont la matrice est constituĂ©e par les vingt-deux nouvelles de La mĂ©moire de riz. Tous les personnages prĂ©sents dans ce recueil initial sont appelĂ©s Ă  voyager d’un roman Ă  l’autre, avec des effets de loupe pour certains, des complĂ©ments d’histoire ou de simples allusions ; cela vaut Ă©galement pour les objets, les animaux, les lieux, les atmosphĂšres. En installant cette porositĂ© d’ensemble, j’espĂšre laisser derriĂšre moi une sorte d’architecture romanesque oĂč le lecteur reconnaĂźtra un jour l’ombre portĂ©e d’un seul livre aux multiples facettes.

Quel lecteur ĂȘtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu rĂ©cemment, ce serait lequel et pourquoi ?

J’ai particuliĂšrement aimĂ© VĂ©nus s’en va, de Damien Aubel, publiĂ© fin 2018 chez Inculte. Ce roman dresse le portrait intime de l’empereur Claude, souverain dont SuĂ©tone, entre autres, a fait l’idiot de la famille des Auguste. À rebours de cette triste rĂ©putation – celle d’un cocu gĂąteux et pitoyable presque invisible entre les rĂšgnes excessifs de Caligula et de NĂ©ron â€“ nous dĂ©couvrons un homme inquiet, tourmentĂ© par sa quĂȘte mystique de la dĂ©esse VĂ©nus. C’est l’époque de Messaline, des jardins de Lucullus : avec une Ă©rudition maĂźtrisĂ©e, Damien Aubel ne nous Ă©pargne rien des intrigues de palais ni des lupanars sordides du quartier de Suburre, mais il le fait dans un style exceptionnel, puissamment novateur, avec cette libertĂ© poĂ©tique, cette aptitude Ă  distordre la langue oĂč je reconnais d’emblĂ©e l’inutile et nĂ©cessaire beautĂ© de la grande littĂ©rature.

Un grand merci à Jean-Marie pour avoir accepté de répondre à toutes ces questions. Et pour le plaisir que procure la lecture de chacun de ses romans.

Retrouvez Ă©galement ma chronique du roman Le Rituel des dunes.

A la rencontre de Thierry Montoriol

Il nous a passionnĂ© avec son roman « Le roi chocolat », Thierry Montoriol nous dit tout, en particulier sur Victor, ce personnage si romanesque !

Je remercie Thierry Montoriol, rencontrĂ© lors du Salon Livre Paris, et avec qui j’avais alors Ă©voquĂ© mon envie de rĂ©aliser cet interview Ă  propos de son passionnant roman Le roi chocolat. J’avais eu envie de lire ce roman sans Ă  priori, n’ayant pas lu en dĂ©tail la 4e de couverture.
J’ai dĂ©couvert ensuite avec plaisir que cette histoire extraordinaire Ă©tait vĂ©ridique. C’est un vĂ©ritable rĂ©gal de lecture, et j’imagine que c’est une aventure comme de nombreux auteurs aimeraient en inventer.

A propos de votre roman  « Le roi chocolat »

Thierry Montoriol, vous nous parlez ici d’un personnage qui a rĂ©ellement existĂ©, puisque c’est Ă©galement une personne de votre famille.  Victor est Ă  la fois un hĂ©ros romanesque, un aventurier et un hĂ©ros de tragĂ©die grecque. Multiple et attachant malgrĂ© tout ! Pouvez-vous nous en dire plus ?

Je crois avoir Ă©crit tout ce qu’il m’était permis de dire sur ce personnage. En revanche, il reste une zone d’ombre que je ne suis pas sur d’avoir envie d’éclaircir. Car, comme le roman le laisse entendre Ă  la fin, il est possible que l’homme qui a Ă©tĂ© enterrĂ© au PĂšre Lachaise, ruinĂ©, veuf et dĂ©sespĂ©rĂ©, ne soit qu’un inconnu qui lui aurait Ă©tĂ© substituĂ© pour lui permettre de rejoindre la femme qu’il aimait au Mexique. Jacuba Malitzine, laquelle avait quittĂ© Paris enceinte. Il est possible que j’ai une famille dont j’ignore tout au Mexique


Avez-vous eu besoin de convaincre les personnes de votre entourage, pour qu’ils acceptent ? Et du coup, qu’ont-ils pensĂ© de votre superbe roman ? (j’espĂšre vraiment qu’ils l’ont aimĂ© !)

Il a Ă©tĂ© extrĂȘmement difficile de persuader ma mĂšre de me confier ce qu’elle savait sur la derniĂšre partie de sa vie. Dans son milieu, la ruine, celle qui entraine toute la famille, est vĂ©cue comme un dĂ©shonneur. MĂȘme petite fille, elle en avait beaucoup souffert. Mais quand j’ai rĂ©ussi, en recoupant les articles de presse assez nombreux, Ă  reconstituer sa vie publique, elle a bien voulu valider mes dĂ©couvertes. Ma mĂšre a perdu la vue trois mois avant la sortie du livre et n’en connais que ce que ses frĂšres plus jeunes lui en ont dit. Ils Ă©taient enthousiastes et j’ai pu la rassurer.

On ne peut que s’attacher Ă  ce personnage si extravagant, ce vĂ©ritable hĂ©ros qui nous fait immanquablement penser Ă  Tintin, difficile de l’inventer en fait. Comment vous est venue l’envie d’en parler ?

Je cherchais un hĂ©ros pour mon troisiĂšme roman. J’ai trouvĂ© des carnets et, du coup, j’ai trouvĂ© mon personnage. Je n’avais pas besoin d’inventer, simplement de vĂ©rifier les faits. Sans compter que, enfant, si on me parlait volontiers de la pĂ©riode faste de cet aĂŻeul rocambolesque, on se refusait Ă  me dire ce qui lui Ă©tait advenu. Par la suite, je suis devenu journaliste, comme lui. Un journaliste Ă  qui on cache quelque chose


Il a vĂ©cu au moment des annĂ©es folles, mais aussi de l’agitation de la IIIe RĂ©publique, et des remous que connaissait alors l’AmĂ©rique du sud, avec en particulier la rĂ©volution au Mexique sous les auspices de Pancho Vila et de Zapata. Pour planter ce dĂ©cor, cela a dĂ» reprĂ©senter des mois de recherches, voire des annĂ©es. Combien de temps avez-vous mis pour ces recherches diverses, puis l’écriture du roman ?

Un an pour l’écriture. Quinze pour les recherches menĂ©es au grĂ© des circonstances quand mon mĂ©tier m’en laissait le temps. J’ai Ă©tĂ© bien aidĂ© par la BibliothĂšque Nationale et les Archives de Paris qui ont acceptĂ© de restaurer et de numĂ©riser la plupart des journaux qu’il avait dirigĂ©s. Le lire, semaine aprĂšs semaine, m’a permis de mieux comprendre et l’époque et le personnage. En tout cas pour la deuxiĂšme partie de sa vie. Pour la premiĂšre, il se confiait beaucoup dans ses carnets de reportage. Le difficile Ă©tait de traduire son Ă©criture.

Fallait-il d’abord le porter en vous, pour le laisser murir ? Et peut-ĂȘtre accepter de rĂ©vĂ©ler aux lecteurs une part intime malgrĂ© tout d’une histoire familiale ? Est-ce facile Ă  faire ?

Pas vraiment difficile. Il y a deux gĂ©nĂ©rations entre lui et moi. Mais c’est vrai qu’il m’a habitĂ© longtemps avant que je me dĂ©cide Ă  lui donner une seconde vie Ă  travers ce roman. J’ai d’abord mis mes pas dans ses traces, puis mes pieds dans ses bottes.

Avez-vous Ă©tĂ© tentĂ© d’occulter certains faits ? En avez-vous rajoutĂ©, inventĂ©, pour le rythme du roman ?

Avec un personnage de ce calibre, il est parfaitement inutile d’inventer quoi que ce soit. Occulter certains faits, j’y ai pensĂ©, notamment sur le chapitre « sentimental Â» qui pouvait heurter ma famille. J’ai dĂ©cidĂ© de lui ĂȘtre fidĂšle comme lui l’a Ă©tĂ©, jusqu’au bout et malgrĂ© les apparences, avec sa femme, mon arriĂšre grand mĂšre, Blanche. Et puis, il y a des choses qui ne s’inventent pas : pourquoi aurais-je prĂȘtĂ© Ă  cette mĂȘme grand mĂšre une filiation directe avec Charles Garnier, l’architecte de l’OpĂ©ra de Paris, par exemple. C’eut Ă©tĂ© ridicule. Si j’ai occultĂ© quelque chose et avec un personnage comme Pierre Lardet, c’est bien possible, c’est ce que je n’ai pas dĂ©couvert.

Mais comment se fait-il qu’il ait Ă©tĂ© aussi naĂŻf, l’amitiĂ©, la confiance, une profonde rigueur morale l’auraient empĂȘchĂ© de voir comment Ă©taient ceux qui tournaient autour de lui ?

Je ne crois pas qu’il ait Ă©tĂ© naĂŻf. CrĂ©dule, Ă  la limite. Et encore. Accorder sa confiance n’est pas naĂŻvetĂ©. Je pense surtout qu’il a Ă©tĂ© entraĂźnĂ© dans un monde, celui des affaires, qui n’était pas fait pour lui et qu’il n’a pas choisi Nous sommes Ă  l’époque des dĂ©buts du capitalisme qu’on a appelĂ© sauvage non sans raison. L’expression « dĂ©linquance en col blanc Â» date de cette Ă©poque. Il Ă©tait profondĂ©ment attachĂ© au mĂ©tier de journalisme et j’aurais aimĂ© avoir un directeur de publication comme lui. Mais toute sa vie l’a montrĂ© : c’était un homme de passion. Il a Ă©tĂ© emportĂ© par l’une d’entre elle.

Comment ce roman est-il accueilli chez vos lecteurs (avec le mĂȘme enthousiasme que moi j’espĂšre !) aimez-vous en parler ?

Si j’en juge par l’enthousiasme de mon Ă©diteur (l’excellente maison GaĂŻa) ce roman a Ă©tĂ© trĂšs bien accueilli


Merci pour cette Ă©criture magnifique, car vous avez Ă©crit un roman d’aventure mais avec une plume digne de la plus belle littĂ©rature, et sans doute est-ce pour cela aussi que ce roman nous plait tant.

J’accepte cet hommage avec gratitude.

A propos de votre prochain roman

Si j’ose vous demander, connaissez-vous dĂ©jĂ  le sujet de votre prochain roman, et pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ah non. Interdit. Tout ce que je peux dire, c’est que son action se situe Ă  cheval entre la rĂ©volution française et nos jours, qu’il prend pour dĂ©cor le milieu des chiffonniers de Paris et qu’il s’appuie sur des faits lĂ  encore assez incroyables pour que je craigne qu’on me demande si « c’est bien vrai, ce que vous racontez ? Â»

Quel lecteur ĂȘtes-vous ?

Si vous deviez me conseiller un livre, que vous avez lu rĂ©cemment, ce serait lequel et pourquoi ?

La femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier. Parce que c’est beau, Ă©mouvant et vrai, lĂ  aussi. Magistralement Ă©crit et racontĂ©.

Un Arturo Perez Reverte au hasard.

Existe-t-il un livre que vous relisez ou qui est un peu le fil rouge de votre vie ?

Celui que je suis en train d’écrire. A la veille de l’envoyer Ă  l’éditeur, je l’ai dĂ©jĂ  relu vingt fois


Thierry Montoriol, je vous remercie infiniment pour votre disponibilité, pour vos réponses, et pour le plaisir que nous prenons à vous lire !

Retrouvez ma chronique de Le roi chocolat paru en aout 2018.Un roman que j’ai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ©.

Que faire Ă  Fort-de-France ?

Visiter la Bibliothùque SchƓlcher !

Vous visitez la Martinique et vous vous promenez Ă  Fort-de-France ? Ce n’est pas encore l’heure du T-Punch mais celle d’une belle balade dans la ville ? Alors c’est le moment de visiter la BibliothĂšque SchƓlcher, ce bĂątiment qui interpelle car il se distingue vraiment dans le paysage, c’est l’un des joyaux architecturaux de la Martinique. Et qui sait, en passant Ă  cĂŽtĂ© appareil photo en mains, on vous dira peut-ĂȘtre que c’est le bĂątiment le plus photographiĂ© de la ville !

Cette vieille dame plus que centenaire, carrefour du patrimoine martiniquais, trĂŽne majestueusement sur la place de la Savane. C’est le lieu oĂč convergent Ă  la fois la population et les nombreux touristes qui n’hĂ©sitent pas Ă  s’arrĂȘter et Ă  la visiter.

Laissez-vous surprendre tout d’abord par sa splendide façade en mosaĂŻque jaune et rouge surmontĂ©e d’une toiture mĂ©tallique ouvragĂ©e, Ă©tonnant mĂ©lange de style byzantin et d’art nouveau.

A l’extĂ©rieur comme Ă  l’intĂ©rieur, vous serez saisi par la beautĂ© de l’édifice. Calme, silencieux, on pĂ©nĂštre sous une vase coupole au plafond spectaculaire, au centre, un espace pour des expositions, et tout autour, les livres, les plus anciens tout en haut.

Sa construction est dĂ©cidĂ©e en 1886 suite au leg par Victor SchƓlcher (1804-1893) d’une large collection de prĂšs de 10,000 d’ouvrages au Conseil GĂ©nĂ©ral de Martinique. Le dĂ©putĂ© SchƓlcher fĂ»t un acteur majeur de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il souhaitait que l’accĂšs Ă  ses Ɠuvres soit gratuit pour le public et serve Ă  l’instruction des anciens esclaves noirs.

C’est l’architecte Pierre-Henri Picq qui rĂ©alise la  bibliothĂšque en 1887. Il s’inspire de la tradition architecturale antique, dorique, ionique, corinthienne ou encore orientale, mais il cherche Ă©galement Ă  rĂ©pondre aux impĂ©ratifs des climats tropicaux et aux contraintes des zones marĂ©cageuses et Ă  haut risque sismique. Le bĂątiment est construit d’abord Ă  Paris dans le Jardin des Tuileries, puis il sera entiĂšrement dĂ©montĂ© et acheminĂ© en bateau jusqu’en Martinique et remontĂ© Ă  son emplacement actuel, puis ouvert au public en 1893. De nombreux livres, manuscrits et partitions de musique ont Ă©tĂ© dĂ©truits lors de l’incendie de 1890. Seuls 1200 ouvrages seront sauvĂ©s des flammes

La BibliothÚque Schoelcher est la bibliothÚque publique départementale de la ville de Fort-de-France en Martinique.

Tout en flĂąnant dans le centre de Fort-de-France, ne pas oublier de visiter la cathĂ©drale Ă©levĂ©e par le mĂȘme architecte parisien Pierre-Henri Picq, la prĂ©cĂ©dente ayant Ă©tĂ© dĂ©truite par le cyclone de 1891. Son style mĂȘle le nĂ©ogothique et le romano-byzantin.

EntiĂšrement mĂ©tallique, afin de rĂ©sister aux tremblements de terre, et en rĂ©fĂ©rence aux techniques employĂ©es par Gustave Eiffel Ă  la mĂȘme Ă©poque, Ă  l’intĂ©rieur on peut admirer des arcs en plein-cintre et une coupole octogonale. Elle mesure 66 mĂštres de long sur 24 mĂštres de large.

(source http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/bs/~~/presentation-de-la-bs.aspx  et http://www.guidemartinique.com/visites/bibliotheque-schoelcher.php )

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et Ă©meut par son courage et son caractĂšre. Quand une histoire vraie devient un rĂ©cit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habitĂ©s par les puritains aux rĂšgles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriĂ©taire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette mĂȘme communautĂ©. Ils vivent relativement aisĂ©ment pour l’époque, femme au foyer, mĂšre attentive, chrĂ©tienne convaincue, Mary respecte les rĂšgles imposĂ©es par l’église et par son mari. A cette Ă©poque et dans cette Ă©glise pour le moins austĂšre, une femme reste Ă  la maison, n’en sort qu’accompagnĂ©e de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut ĂȘtre punie pour insolence, y compris envers son Ă©poux.

Mary et sa famille se conforment aux rĂšgles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaquĂ© par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menĂ©s vers les grandes plaines oĂč se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et ĂȘtre asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquĂ©e et apeurĂ©e dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement dĂ©celer chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle dĂ©couvre avec Ă©tonnement. Ces sauvages qui ont dĂ©vastĂ© son village et tuĂ© sans pitiĂ© les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend Ă  leur contact la libertĂ© de mouvement, le bonheur de l’oisivetĂ©, la possibilitĂ© dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-mĂȘme n’était qu’autorisĂ©e qu’à se taire dans sa propre communautĂ©.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte Ă  des dĂ©placements permanent Ă  travers diffĂ©rents États, tenaillĂ©e par la faim et le froid au mĂȘme titre que ses ravisseurs, aidĂ©e par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passĂ©e. Questions encore plus prĂ©gnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rĂȘve de libertĂ©.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes Ă©critures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et rĂ©futent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvrĂ© sa libertĂ©, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la sociĂ©tĂ©.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basĂ©e sur une histoire vraie et des faits vĂ©rifiĂ©s, Amy Belding Brown nous plonge dans l’AmĂ©rique puritaine du XVIIe siĂšcle oĂč Dieu est le seul maĂźtre, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rĂŽle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les vĂ©ritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrĂ©misme religieux, de l’esclavage, de l’égalitĂ© des races, et soulĂšve une fois encore la question de l’extermination des indiens d’AmĂ©rique du Nord chassĂ©s de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimĂ© ce roman qui dĂ©crit Ă  la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime Ă  la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillĂ© par Jim Fergus, il me fait penser au thĂšme de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais Ă©galement apprĂ©ciĂ© lors de sa sortie.

💙💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communautĂ© de puritains venus d’Angleterre. Bonne mĂšre, bonne Ă©pouse, elle souffre nĂ©anmoins de la rigiditĂ© morale Ă©touffante qui rĂšgne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va ĂȘtre ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonniĂšre. Mary doit alors Ă©pouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquĂ©e par l’armĂ©e. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages Â» qu’elle va trouver une libertĂ© qu’elle n’aurait jamais imaginĂ©e. Les mƓurs qu’elle y dĂ©couvre, que ce soit le rĂŽle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repĂšres. Et, pour la premiĂšre fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « Ă  la normale Â», dans une sociĂ©tĂ© blanche dont l’hypocrisie lui est dĂ©sormais insupportable ?
 
Cette magnifique Ă©popĂ©e romanesque, inspirĂ©e de la vĂ©ritable histoire de Mary Rowlandson, est Ă  la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage Ă  une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation Â» s’est efforcĂ©e d’anĂ©antir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€