CĂŽtĂ© jardin, de Monet Ă  Bonnard, Giverny

À Giverny, les visiteurs se pressent pour dĂ©couvrir la maison de Claude Monet, que l’on apprĂ©cie quelle que soit la saison avec ses jardins et son bassin aux nymphĂ©as. Mais il ne faut pas oublier le musĂ©e des impressionnismes, situĂ© Ă  deux pas. L’exposition actuelle s’intĂ©resse tout particuliĂšrement Ă  la reprĂ©sentation des jardins dans l’univers des peintres.

Le visiteur navigue des Ɠuvres d’Auguste Renoir Ă  celles de Claude Monet, d’Édouard Vuillard Ă  Pierre Bonnard pour ne citer qu’eux.

Il faut se souvenir que sous l’impulsion de NapolĂ©on III, le baron Haussmann a transformĂ© l’amĂ©nagement de Paris, en dotant la ville non seulement de ses cĂ©lĂšbres grands boulevards mais aussi de grands espaces verts. DĂšs lors, des grands parcs de la capitale aux jardins privĂ©s, les artistes prĂ©sentent leur vision de cette nature qui les entoure en mettant en scĂšne famille, Ă©pouses ou amis, en combinant fleurs et personnages, femmes et enfants.

Qu’ils soient Impressionnistes ou Nabis, hommes ou femmes, ils aiment tous saisir ces moments de grĂące. Les femmes en particulier sont prĂ©sentes (parfois mĂȘme elles semblent absentes, plongĂ©es dans d’insaisissables pensĂ©es !) sous le pinceau de James Tissot, Alphonse Legros, Albert BartholomĂ© ou encore Marie Bracquemond. Édouard Vuillard et Pierre Bonnard saisissent quant Ă  eux les promeneurs qui se trouvent dans ces espaces publics, nourrices, Ă©lĂ©gantes, enfants.

Si le jardin est devenu le refuge des impressionnistes, chez Pierre Bonnard, Maurice Denis, Gustave Caillebotte ou encore Claude Monet, il est aussi le symbole du bien-ĂȘtre et de la renaissance. Ils n’hĂ©sitent plus Ă  produire des Ɠuvres purement dĂ©coratives comme le Parterre de Marguerites de Caillebotte ou le bassin de nymphĂ©as de Claude Monet.

Alors qu’ils Ă©taient portĂ©s par une forme de dĂ©fiance vis-Ă -vis de l’impressionnisme qui prĂŽnait la retranscription de la sensation immĂ©diate loin des ateliers, la dissolution du cercle des Nabis les ramĂšnent vers des perspectives plus classiques. Bonnard quant Ă  lui tend peu Ă  peu vers une abstraction colorĂ©e qui prĂ©pare dĂ©jĂ  ce que la gĂ©nĂ©ration amĂ©ricaine d’aprĂšs-guerre qualifiera d’all-over.

Une visite que l’on aime prolonger en dĂ©couvrant les compositions florales du jardin du musĂ©e des impressionnismes Giverny.

Quand : jusqu’au 1er novembre
OĂč : MusĂ©e des impressionnismes de Giverny 99 rue Claude Monet 27620 Giverny

Je serais lĂ , À la vie, l’homme Ă©toilĂ©

Une superbe dĂ©couverte, l’Ă©motion est au rendez-vous

Infirmier en centre de soins palliatifs, l’homme Ă©toilĂ© nous livre ici un message empli d’amour et d’humanitĂ©.
Il le fait avec humour, beaucoup de douceur et de rĂ©alisme, et toujours une grande pudeur, mĂȘme lorsqu’il Ă©voque ces moments oĂč celle de ses malades est bien mise Ă  mal par des personnels un peu trop dĂ©shumanisĂ©s par le quotidien, le stress, les habitudes.

Apprendre à aider, écouter, soutenir autant que guérir et soigner est le maßtre mot des différentes scÚnes décrites dans chacun de ces deux volumes.
Les mots bien sĂ»r, mais aussi les silences, la musique, les regards et les sourires valent parfois bien plus que les pilules ou les traitements en tous genres, surtout lorsque l’on est dramatiquement conscient que sa fin est proche.


Les avez-vous lus ? Pas encore ?
À emporter dans vos bagages, Ă  lire, Ă  faire dĂ©couvrir, c’est beau et ça fait du bien, mĂȘme si parfois le rĂ©alisme de certaines scĂšnes fait Ă©merger quelques souvenirs et vous fait venir des larmes au bord des yeux.

Catalogue Ă©diteur : Calmann-Levy

Avec Roger, l’Homme Ă©toilĂ© met une claque Ă  la maladie sur les sons endiablĂ©s des tubes de Queen. Avec Mathilde, il apprend Ă  parler le suĂ©dois, Edmond lui lance un vĂ©ritable dĂ©fi gastronomique et Nanie finit par l’adopter, en parfaite nouvelle grand-mĂšre.

Dans ce roman graphique plein d’humanitĂ©, Ă©mouvant et drĂŽle, l’Homme Ă©toilĂ©, l’infirmier aux plus de 1OO OOO abonnĂ©s sur Instagram, raconte la vie aux soins palliatifs avec douceur, pudeur, amour et humour.

EAN : 9782702167328 / Prix en euros TTC: 16.50 € / Pages : 192 / Format : 175 x 209 mm / Parution : 08/01/2020 / EAN numĂ©rique: 9782702167267 / Prix NumĂ©rique: 9.99 €

Les refuges, JĂ©rĂŽme Loubry

Les refuges, ces béquilles psychologiques qui aident à vivre ou à survivre

En 2019 un professeur de la facultĂ© de Tours donne un cours qu’il a nommĂ© Les refuges de Sandrine devant un amphithĂ©Ăątre d’Ă©tudiants attentifs.
En 1949, sur une Ăźle dĂ©serte, ValĂ©rie dĂ©couvre avec horreur et stupĂ©faction les cadavres d’enfants Ă©chouĂ©s sur le rivage.
En 1986, Sandrine, journaliste, doit se rendre dans la maison de Suzanne, sa grand-mĂšre qu’elle n’a jamais connue, pour rĂ©cupĂ©rer les biens que cette derniĂšre lui a lĂ©guĂ©.

Rapidement, le lecteur alterne entre deux Ă©poques, avec des personnages dont on comprend vite qu’ils sont liĂ©s par un secret difficile Ă  percer. Car tous sont venus lĂ  en mĂȘme temps que Suzanne pour s’occuper d’enfants fortement touchĂ©s par la guerre, hĂ©bergĂ©s lĂ  le temps d’un camp de vacances. Mais si les enfants ont rapidement disparu, aucun d’eux n’a pourtant jamais pu s’enfuir de l’üle sur laquelle les trouve Sandrine. Dans une atmosphĂšre mystĂ©rieuse, sombre et glauque Ă  souhait, Sandrine va devoir comprendre ce qu’il s’est passĂ© tant d’annĂ©es auparavant.

Jusqu’au jour oĂč l’on trouve une jeune femme errant sur une plage, couverte de sang et dĂ©sorientĂ©e. Que s’est il passĂ©? Qui est-elle ?

C’est ce que va tenter de trouver Damien, le policier en charge de l’enquĂȘte. Enfin, pas vraiment, car il faut compter sur l’ingĂ©niositĂ© de l’auteur qui de balise en balise nous entraĂźne vers trois histoires diffĂ©rentes mais intimement liĂ©es.

À partir de lĂ , ce roman qui dĂ©jĂ  est totalement addictif devient complexe et dĂ©routant Ă  souhait, jusqu’à un final grandiose dans le genre thriller psychologique diabolique et puissant. Je me suis totalement laissĂ©e balader par JĂ©rĂŽme Loubry sans jamais voir les ficelles ou les balises qu’il posait ça et lĂ  pour guider, ou peut-ĂȘtre perdre ses lecteurs.

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

InstallĂ©e en Normandie depuis peu, Sandrine est priĂ©e d’aller vider la maison de sa grand-mĂšre, une originale qui vivait seule sur une Ăźle minuscule, pas trĂšs loin de la cĂŽte.
Lorsqu’elle dĂ©barque sur cette terre grise et froide, Sandrine dĂ©couvre une poignĂ©e d’habitants ĂągĂ©s organisĂ©s en quasi-autarcie. Tous dĂ©crivent sa grand-mĂšre comme une personne charmante, loin de l’image que Sandrine en a.
Pourtant, l’atmosphĂšre est Ă©trange. En quelques heures, la jeune femme se rend compte que les habitants cachent un secret. Quelque chose ou quelqu’un les terrifie. Et pourtant, aucun d’entre eux ne quitte jamais l’üle. Pourquoi ?

Et qu’est-il arrivĂ© aux enfants du camp de vacances prĂ©cipitamment fermĂ© en 1949 ?…

432 pages / Parution: 02/09/2020 / EAN : 9782253181590 / 8,20€

Signac, les harmonies colorĂ©es

Paul Signac (1863 – 1935) maĂźtre du paysage et thĂ©oricien du nĂ©o-impressionnisme.

J’ai eu le plaisir de visiter cette belle exposition au MusĂ©e Jacquemart-AndrĂ© et de mieux connaĂźtre l’Ɠuvre et les Ă©volutions du style de Paul Signac (1863 – 1935).

En parallĂšle aux 25 toiles de l’artiste, avec par exemple Avant du Tub (1888), Saint-Briac. Les Balises (1890), Saint-Tropez. AprĂšs l’orage (1895), Avignon. Matin (1909) ou Juan-les-Pins, Soir (1914) et ses superbes aquarelles, l’exposition proposait aussi des Ɠuvres de ses contemporains, Georges Seurat, Camille Pissarro, Maximilen Luce, ThĂ©o Van Rysselberghe, Henri-Edmond Cross, Louis Hayet, Achille LaugĂ©, Georges Lacombe et Georges Lemmen.

Le visiteur pouvait suivre un parcours chronologique qui lui permettait de retrouver les premiers tableaux impressionnistes de Signac et l’influence Ă©vidente de Claude Monet, puis la rencontre avec Georges Seurat en 1884 et son changement de style, enfin ses Ɠuvres trĂšs colorĂ©es du XXe siĂšcle.

À travers la vie et l’Ɠuvre de Signac on comprend mieux son travail de libĂ©ration de la couleur, et l’histoire du nĂ©o-impressionnisme.

Que sur toi se lamente le Tigre, Émilienne Malfatto

En Irak, la tragĂ©die inexorable du crime d’honneur par ceux qui la perpĂ©tuent

Elle vit en Irak, de nos jours, sur les bords du Tigre. C’est une jeune femme amoureuse qui a cĂ©dĂ© Ă  son futur mari avant son dĂ©part au combat. Cela aurait pu ĂȘtre une belle histoire ailleurs ou en d’autres temps. Mais alors que Mohammed meurt sous les bombes, leur instant de bonheur fugace a portĂ© ses fruits et elle attend un enfant.

Quel bonheur ! Non, quelle catastrophe, car cette vie qui pousse en elle signe son arrĂȘt de mort. L’honneur est plus important que la vie. Chez nous mieux vaut une fille morte qu’une fille mĂšre

Chacun Ă  son tour, les diffĂ©rents protagonistes de cette triste mais contemporaine et implacable histoire vont Ă©mettre leur avis sur cette situation qu’aucun d’entre eux ne tentera de stopper : le dĂ©cĂšs annoncĂ©, ou plutĂŽt le meurtre annoncĂ©, par le frĂšre aĂźnĂ©, de celle qui pourrait apporter l’opprobre sur la famille.

Le crime d’honneur, cette tradition d’un autre temps est une rĂ©alitĂ© sanglante qui a bien court de nos jours dans le secret des familles. Parce que la tradition, parce que l’honneur, parce que la honte, aucun ne s’y oppose, aucun ne compatit. La mĂšre, la petite sƓur qui devra oublier jusqu’au nom de celle qui doit disparaĂźtre, Baneen la belle sƓur qui vit en totale conformitĂ© avec les rĂšgles et n’interviendra pas, c’est Ă©vident. Le jeune Ali, ce frĂšre aussi lĂąche que faible qui condamne mais ne fera rien, ne dira rien, n’empĂȘchera rien. Amir, le frĂšre aĂźnĂ©, tient son rĂŽle, celui du meurtrier en puissance, Mohammed le jeune amant mort au combat. Et elle, celle par qui le scandale pourrait arriver, celle qui a fautĂ© et accepte son sort avec fatalisme, se demandant si elle aurait aimĂ© vivre, aimĂ© cet enfant, aimĂ© cet homme. Un seul d’entre eux, Hassan, bien trop jeune, se demande quelle aurait Ă©tĂ© ou que serait sa rĂ©action s’il avait quelques annĂ©es de plus et le droit Ă  la parole.

Et toujours fidÚle, le Tigre charrie sur ses eaux la mémoire, les regrets, les silences.

Un roman bref mais puissant, des phrases courtes et percutantes qui disent tout en si peu de mot. Les traditions, les sentiments, les regrets et les contraintes, l’espoir et la rĂ©signation, dans ce pays oĂč la loi des hommes est toute puissante. Le code d’honneur est une atrocitĂ© et les femmes sont ses victimes, hĂ©las encore bien trop souvent aujourd’hui. À lire, Ă  faire lire, Ă  partager.

Catalogue Ă©diteur : Elyzad

Dans l’Irak rural d’aujourd’hui, sur les rives du Tigre, une jeune fille franchit l’interdit absolu: hors mariage, une relation amoureuse, comme un Ă©lan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte: son destin est scellĂ©. Alors que la mĂ©canique implacable s’Ă©branle, les membres de la famille se dĂ©ploient en une ronde d’ombres muettes sous le regard tutĂ©laire de Gilgamesh, hĂ©ros mĂ©sopotamien, porteur de la mĂ©moire du pays et des hommes.
InspirĂ©e par les rĂ©alitĂ©s complexes de l’Irak qu’elle connait bien, Émilienne Malfatto nous fait pĂ©nĂ©trer avec subtilitĂ© dans une sociĂ©tĂ© fermĂ©e, rĂ©gentĂ©e par l’autoritĂ© masculine et le code de l’honneur. Un premier roman fulgurant, Ă  l’intensitĂ© d’une tragĂ©die antique.

EAN : 9789973581228 / 80 pages / 03/09/2020

Montagnes Russes, GwĂ©nola Morizur, Camille Benyamina

Vouloir ĂȘtre parents Ă  tout prix, est-ce possible ?

Être parents Ă  tout prix n’est pas donnĂ© Ă  tous les couples. Le parcours peut s’avĂ©rer long, difficile et sans issue heureuse.

AimĂ©e et Jean ne le seront sans doute jamais, malgrĂ© leur dĂ©sir fou d’avoir un enfant, malgrĂ© leur amour si fort, malgrĂ© la science et ce qu’elle peut parfois apporter pour aider une nature trop capricieuse. Pour eux, point de FIV, de maternitĂ© heureuse, de ventre arrondi et de layette Ă  choisir. Ni la nature ni le progrĂšs et ses Ă©volutions ni pourront rien. Il y a parfois bien des tensions dans ce couple si uni malgrĂ© l’Ă©preuve, bien des regrets face Ă  l’Ă©chec.

AimĂ©e travaille dans une crĂšche. Un mĂ©tier qu’elle aime, des enfants auxquels parfois elle s’attache. Comme avec ce petit Julio si craquant que sa mĂšre a bien du mal Ă  gĂ©rer. Une succession de retards et de manque d’attention de la part de sa mĂšre, et AimĂ©e commence Ă  s’occuper un peu trop de ce petit garçon. Une forme d’amitiĂ© va mĂȘme s’esquisser entre les deux femmes. Mais comme pour les montagnes russes, elle oscille entre confiance, dĂ©fiance et jalousie, et bientĂŽt les complications s’annoncent…

La douceur ou l’énergie du dessin et des couleurs, le graphisme dynamique et parfois sombre, mais surtout les situations qui semblent tellement justes, rĂ©alistes et humaines donnent une cohĂ©rence et un rendu particuliĂšrement touchants. Le parcours du dĂ©sir d’enfant, les espoirs déçus, la tristesse et la rĂ©signation, sont trĂšs bien dĂ©crits et aident Ă  mieux comprendre ceux qui traversent une telle Ă©preuve.


Catalogue Ă©diteur : Grand Angle

“ Une histoire d’amour et d’amitiĂ© : de celles qui nous prennent par surprise, nous oxygĂšnent et nous mĂ©tamorphosent.  
AimĂ©e et Jean rĂȘvent d’avoir un enfant. C’est devenu une idĂ©e fixe et les Ă©checs successifs de procrĂ©ation mĂ©dicalement assistĂ©e sont de plus en plus durs Ă  accepter. Dans la crĂšche oĂč AimĂ©e travaille, elle fait la connaissance de Charlie, qui Ă©lĂšve seule ses trois enfants, et vient inscrire Julio, son petit garçon. Lorsqu’AimĂ©e prend sous son aile l’enfant de Charlie, un lien se tisse entre elles, plus grand et plus fort qu’elles ne l’auraient imaginĂ©. Une histoire qui nous entraĂźne sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent Ă  la vie, et les sensations fortes qui les accompagnent.  

Scénario : Gwénola MORIZUR Dessin, Couleur : Camille BENYAMINA

Paru le 02 Juin 2021 / 16,90 € / 80 pages / ISBN 978-2-81897-600-5

Prix littĂ©raire de la Vocation 2021

Quel bonheur et quel honneur de participer au jury du prix littéraire de la Vocation.

Le prix littĂ©raire de la Vocation est dĂ©cernĂ© par la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet. CrĂ©Ă© par le fondateur de Publicis, il rĂ©compense depuis 1976 des auteurs d’expression française ĂągĂ©s de 18 Ă  30 ans, pour des romans publiĂ©s depuis juin de l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente.

De nombreux Ă©crivains ont reçu ce prix depuis sa crĂ©ation, Victor Jestin (2019) et SalomĂ© Berlemont-Gilles (2020), mais aussi AmĂ©lie Nothomb, Christophe Ono-Dit-Biot, Kaouther Adimi, François-Henri DĂ©sĂ©rable, Alain BlottiĂšre, Jean-Marie Laclavetine, Didier van Cauwelaert pour ne citer qu’eux.

La sĂ©lection 2021 :

  • Anne-Lise Avril, Les confluents, Éditions Julliard
  • Judith da Costa Rosa, Les Douces, Éditions Grasset et Fasquelle
  • Shane Haddad, Toni tout court, Éditions POL
  • Jean-François Hardy, La riposte, Éditions Plon
  • Floriane Joseph, La Belle est la BĂȘte, Editions Frison-Roche Belles Lettres
  • Maud Ventura, Mon mari, Éditions de L’Iconoclaste
  • Clara YsĂ©, Mise Ă  feu, Éditions Grasset Fasquelle

Ces sept romans sont lus par le jury composĂ© de Kaouther Adimi, Jean-Luc BarrĂ©, Anne de la Baume, Alain Germain, Christophe Ono-Dit-Biot, Erik Orsenna, Philippe Taquet, Émilie de Turckheim et par le jury des blogueuses : Ghislaine Antoine (Le domaine de Squirelito), Sylvie Ferrando (La cause littĂ©raire), Nicole Grundlinger (Mots pour mots) et Domi C Lire…

Le lauréat sera proclamé au mois de septembre.

La maĂźtresse du peintre, Simone van der Vlugt

Faire tomber Rembrandt de son piédestal à travers sa relation avec Geertje Dircx, la nourrice de son fils

Geertje Dircx n’est sans doute pas nĂ©e sous la meilleure Ă©toile possible, mĂȘme si une partie de sa vie a malgrĂ© tout Ă©tĂ© heureuse et confortable. Pourtant, Simone van der Vlugt nous dĂ©voile ici la relation ambiguĂ« qu’elle a eu avec Rembrandt et la façon bien peu glorieuse qu’Ă  eu l’artiste pour s’en dĂ©barrasser. Car s’en dĂ©barrasser est bien l’expression qui convient. En 1650, lorsque s’ouvre le roman, Geertje est arrĂȘtĂ©e par la marĂ©chaussĂ©e et emmenĂ©e de force dans une maison de correction dans laquelle elle passera douze trĂšs longues annĂ©es. Que s’est-il donc passĂ© pour en arriver lĂ  ?

Issue d’un milieu trĂšs modeste, la jeune femme travaille Ă  Édam au marchĂ© aux poissons, puis part Ă  la ville pour se proposer comme servante dans une auberge Ă  Hoorn. Elle y rencontre Abraham, un marin qui souhaite rapidement l’Ă©pouser. HĂ©las, la jeune femmes devient veuve trĂšs jeune et ses espoirs de vie meilleure s’envolent avec le dĂ©cĂšs prĂ©maturĂ© de son Ă©poux. La voilĂ  ensuite entrĂ©e au service d’une famille aisĂ©e de sa ville pour s’occuper de leurs enfants. Elle entre au service de de Rembrandt, pour aider son Ă©pouse, puis devient gouvernante de son fils Titus au dĂ©cĂšs de Saskia.

Une relation d’abord ambiguĂ«, puis amoureuse s’instaure alors entre l’artiste et la jeune femme. Mais dans la Hollande puritaine de l’Ă©poque, il est impossible de vivre une relation amoureuse hors mariage. De promesses en mensonges, Rembrandt se lassera vite de celle qu’il ne pourra dans tous les cas jamais Ă©pouser.

Ce que j’ai aimĂ© ?

Cette incroyable et violente incursion dans la vie de Geertje, la façon dont elle sera traitĂ©e par son amant qui pourtant a tant besoin d’elle, la violence du rejet aprĂšs l’amour et le bonheur de façade, jamais consolidĂ© par de quelconques liens. Et surtout la façon ignoble dont le maĂźtre absolu de la peinture flamande s’est dĂ©barrassĂ© de celle qui le gĂȘnait.

Je ne peux que vous recommander cette lecture, Ă©mouvante, instructive, avec de vrais accents fĂ©ministes, qui replace les hommes Ă  leur vraie place et montre une fois de plus Ă  quel point il est difficile pour les petits d’entrer durablement dans le cercle des grands. J’ai aimĂ© le cĂŽtĂ© historique du roman qui nous fait dĂ©couvrir les us et coutumes du Amsterdam du siĂšcle d’or. Cela m’a fait penser au roman Miniaturiste, Jessie Burton, qui se situe en 1686, et que j’avais Ă©galement beaucoup aimĂ©.

Catalogue Ă©diteur : 10/18, Philippe Rey

Traduction de Guillaume Deneufbourg

L’histoire saisissante et vraie de Geertje Dircx, maĂźtresse dĂ©savouĂ©e du peintre Rembrandt, ici rĂ©habilitĂ©e. Un jour de juillet 1650, Geertje Dircx est arrĂȘtĂ©e par la ville d’Amsterdam, poussĂ©e de force dans une voiture et conduite Ă  la Spinhuis de Gouda, maison de correction pour femmes oĂč elle restera enfermĂ©e douze… Lire la suite

Auteure Ă  succĂšs aux Pays-Bas, Simone van der Vlugt a publiĂ© des romans historiques et des thrillers. Elle a reçu plusieurs rĂ©compenses, dont le prestigieux Prix du Livre de l’annĂ©e.

Date de parution : 20 mai 2021 EAN : 9782264078063 / pages 312 / prix 7.80 €

L’heure bleue, Peder Severin KrĂžyer musĂ©e Marmottan Monet

Profiter des plus de soixante chefs-d’Ɠuvre de cette premiĂšre exposition monographique consacrĂ©e Ă  l’un des plus grands maĂźtres de la peinture danoise Peder Severin KrĂžyer (1851-1909). Ce successeur de KĂžbke et prĂ©dĂ©cesseur d’HammershĂži tient une place majeure dans l’art de son temps. Ce peintre prolifique et excellent dessinateur est aussi un photographe au regard humaniste et bienveillant.

S’il est un contemporain de Vilhelm HammershĂži (1864-1916) dont je vous avais parlĂ© ici HammershĂži, le maĂźtre de la peinture danoise, musĂ©e Jacquemart AndrĂ©, Peder Severin KrĂžyer est au plein air ce que HammershĂži fut Ă  la scĂšne d’intĂ©rieur. C’est aussi un extraordinaire interprĂšte de l’heure bleue, ce phĂ©nomĂšne mĂ©tĂ©orologique qui prĂ©cĂšde le crĂ©puscule et se dĂ©ploie surtout aux lointains bords de mer septentrionaux. FormĂ© Ă  l’AcadĂ©mie des Beaux-arts de Copenhague et Ă  l’atelier de LĂ©on Bonnat, Ă  Paris, on peut le qualifier plus certainement de peintre naturaliste qu’impressionniste.

De nombreuses Ɠuvres dont j’ai apprĂ©ciĂ© la beautĂ©, les couleurs, les paysages, mais aussi les thĂšmes, avec ces scĂšnes de pĂȘcheurs, rĂ©unions de famille, portraits ou rencontres avec les amis, donnent une image chaleureuse et rĂ©aliste de son Ă©poque.

Le double portrait de son Ă©pouse Marie et de leur amie, l’artiste Anna Ancher, seules, cheminant, entre mer et plage, sur une Ă©troite bande de sable qui traverse la toile pour s’élever trĂšs haut dans l’horizon clĂŽt le parcours. IntitulĂ© SoirĂ©e calme sur la plage de Skagen, SĂžnderstrand (Anna Ancher et Marie KrĂžyer marchant) (1893, Skagen, Skagens Kunsmuseer) ce chef-d’Ɠuvre est incontestablement la toile la plus illustre de Peder Severin KrĂžyer et sans doute la plus poĂ©tique.

Une trÚs belle exposition à savourer grùce à la jauge réduite dans le respect des mesures sanitaires. Exposition placée sous le haut patronage de la Reine Margrethe II du Danemark.

OĂč : musĂ©e Marmottan Monet 2, Rue Louis Boilly Paris
Quand : jusqu’au 26 septembre 2021

Gabrielle Chanel. Manifeste de Mode, Palais Galliera

Dans les magnifiques espaces du Palais Galliera, musĂ©e de la Mode de la Ville de Paris, c’est un bonheur de voir la grande rĂ©trospective de cette couturiĂšre hors normes qu’a Ă©tĂ© Gabrielle Chanel (1883-1971).

Sur prĂšs de 1 500 m2 et plus de 350 piĂšces, Gabrielle Chanel. Manifeste de mode nous invite Ă  dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir ce qui a fait l’univers de la crĂ©atrice et du style Chanel Ă  l’allure chic.

OrganisĂ©e de façon chronologique pour permettre aux visiteurs de mieux suivre l’Ă©volution de ces crĂ©ations emblĂ©matiques dont nous avons tous entendu parler. Depuis sa fameuse mariniĂšre en jersey de 1916, on passe ensuite par ses petites robes noires et ses modĂšles sport des AnnĂ©es folles pour arriver jusqu’aux somptueuses robes sophistiquĂ©es des annĂ©es 30.

Sans oublier bien sĂ»r son parfum emblĂ©matique lui aussi, le N°5 crĂ©Ă© en 1921, quintessence de l’esprit de « Coco » Chanel. On pourra d’ailleurs lire Ă©galement Ă  ce propos le roman Mademoiselle Coco et l’eau de l’amour, de Michelle Marly.

Quelques piĂšces de joaillerie et de bijoux fantaisie clĂŽturent en beautĂ© l’exposition.

J’ai particuliĂšrement apprĂ©ciĂ© de regarder Ă  loisir les dĂ©tails, plis, fronces, coutures, tissus utilisĂ©s, plumes, soies, dentelles, broderies, perles ton sur ton, en admirer Ă  la fois la simplicitĂ© apparente et la sophistication et voir le superbe rendu et l’allure finale.

Les piĂšces proposĂ©es sont issues des collections de Galliera, du Patrimoine de CHANEL, de musĂ©es internationaux (le Victoria & Albert Museum de Londres, le De Young Museum de San Francisco, le Museo de la Moda de Santiago du Chili, le MoMu d’Anvers…) et de collections particuliĂšres, comme les tailleurs de GrĂące de Monaco par exemple.


OĂč :
Palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris
10, Avenue Pierre Ier de Serbie 75116 Paris
Quand : jusqu’au 18.07.2021
RĂ©servation obligatoire sur www.billetterie-parismusees.paris.fr