Rhapsodie des oubliĂ©s, Sofia Aouine

Avec des airs de Momo perdu Ă  la goutte d’or, Sofia Aouine Ă©voque avec gouaille et rĂ©alisme la vie d’un gamin de treize ans soumis aux rĂšgles du quartier, un roman Ă  lire absolument

Abad, jeune Ă©migrĂ© libanais, a l’ñge de tous les possibles, celui d’une vie qui commence, des envies de sexe et d’amour, de voyages et de dĂ©couvertes, l’envie de vivre et de se fabriquer de beaux souvenirs. Mais c’est sans compter sur le pĂšre quasi absent, la mĂšre dĂ©bordĂ©e et soumise, les copains qui promettent la lune et ne voient pas les piĂšges, sur la justice qui n’entend pas ces gamins qui espĂšrent, attendent, tombent.

Alors dans la vie d’Abad il y aura Madame Futterman, la dame qui ouvre dedans, celle qui malgrĂ© sa vie de petite fille juive triste, sait Ă©couter et rire encore ; il y aura Gervaise, la belle prostituĂ©e noire qui par peur des sorciers ne quittera jamais cette condition avilissante qui l’attendait Ă  Paris quand on lui avait fait miroiter un vrai mĂ©tier pour Ă©lever sa fille, il y aura Odette, la voisine accueillante qui offre un peu de rĂȘve et de douceur au pays des sucreries et de la musique, il y aura encore Batman, la jeune fille voilĂ©e, tenue enfermĂ©e par les hommes de sa famille autant chez elle que sous son voile et qui ne rĂȘve que de s’échapper pour enfin respirer, pour laquelle Abad aura son premier coup de foudre.

Premiers amours, premiers Ă©mois, premiĂšres grosses bĂȘtises, quitter la rue LĂ©on et la Goutte d’Or, quitter encore une fois ceux qu’on aime, partir encore pour grandir.

Quelle Ă©criture, vivante et violente, utilisant Ă  la fois l’argot et le langage des rues pour faire passer les Ă©motions, la vie qui brule et bouleverse Abad et ses copains. Quelle Ă©nergie, quel humour mais aussi quel tourment dans ces mots, ces rencontres, ces aventures amĂšres et douloureuses. Il se dĂ©gage de ce roman une rage de vivre, d’ĂȘtre, d’exister, qui prend le lecteur et ne le lĂąche pas. Si Abad m’a fait penser au petit Momo de Romain Gary, d’ailleurs prĂ©sent en exergue d’un chapitre, son tempo est bien celui d’aujourd’hui. L’auteur fait vivre par ses mots, son rythme, cette ville qui perd ses jeunes dans les quartiers oĂč la violence, la drogue et la misĂšre ne sont jamais loin, malgrĂ© leur rage de vivre, leurs rĂȘves et leur droit au bonheur. Et oĂč l’on constate une fois de plus que la volontĂ© et l’intelligence ne favorisent pas toujours l’intĂ©gration des jeunes Ă©migrĂ©s, comme de tant d’autres sans doute. Une rĂ©ussite Ă©galement, l’importance et la personnalitĂ© de chaque personnage secondaire, indispensables au roman.

Catalogue Ă©diteur : La MartiniĂšre

Ma rue raconte l’histoire du monde avec une odeur de poubelles. Elle s’appelle rue LĂ©on, un nom de bon Français avec que des mĂ©tĂšques et des visages bruns dedans.

Abad, treize ans, vit dans le quartier de BarbĂ©s, la Goutte d’Or, Paris XVIIIe. C’est l’ñge des possibles : la sĂšve coule, le cƓur est plein de ronces, l’amour et le sexe torturent la tĂȘte. Pour arracher ses dĂ©sirs au destin, Abad devra briser les rĂšgles. A la maniĂšre d’un Antoine Doinel, qui veut rĂ©aliser ses 400 coups Ă  lui.
Rhapsodie des oubliĂ©s raconte sans concession le quotidien d’un quartier et l’odyssĂ©e de ses habitants. DerriĂšre les clichĂ©s, le crack, les putes, la violence, le dĂ©sir de vie, l’amour et l’enfance ne sont jamais loin.
Dans une langue explosive, influencée par le roman noir, la littérature naturaliste, le hip-hop et la soul music, Sofia Aouine nous livre un premier roman éblouissant.

NĂ©e en 1978, Sofia Aouine est reporter radio. Elle publie aujourd’hui son premier roman, Rhapsodie des oubliĂ©s.

Toute la vĂ©ritĂ©, Karen Cleveland

Quand la vie d’une famille amĂ©ricaine ordinaire se transforme en cauchemar. On adore plonger dans ce premier thriller de Karen Cleveland qui nous dit « toute la vĂ©rité »… ou presque

Vivian a un mari aimant, quatre beaux enfants et un super mĂ©tier, que rĂȘver de plus ? Bien sĂ»r, les salaires ne sont pas Ă  la hauteur. Mais son mari Matt est toujours prĂ©sent pour l’épauler, en particulier lors des soins importants qu’il faut apporter Ă  l’un des jumeaux. Et si son mĂ©tier la passionne toujours autant, il est aussi une source de revenus et une garantie d’assurance santĂ© non nĂ©gligeable.

Vivian est analyste Ă  la CIA, spĂ©cialisĂ©e sur la Russie. Son projet phare va bientĂŽt aboutir et lui permettre de percer Ă  jour l’ordinateur d’un espion russe. Mais elle dĂ©couvre sur l’ordinateur en question une photo de son mari, certainement l’un des agents Ă©trangers dormants. A partir de lĂ , plus rien n’est sĂ»r dans la vie de Vivian. Le doute s’installe, qui alterne avec l’assurance de connaĂźtre parfaitement cet homme qui partage sa vie depuis plus de dix ans. Mais que valent les certitudes face Ă  une telle dĂ©couverte ? Que faire, et comment rĂ©agir Ă  une telle rĂ©vĂ©lation ? Penser d’abord Ă  son pays ou Ă  sa famille ?

Tout l’art de Karen Cleveland est de distiller le doute, les certitudes, les interrogations, avec une apparente vĂ©racitĂ© qui fait frissonner. De flashback en souvenirs, de certitudes en moments de doute, la tension monte et le lecteur est pris au piĂšge. Car Karen Cleveland est du sĂ©rail, huit annĂ©es comme analyste Ă  la CIA, forcĂ©ment ça aide Ă  planter un dĂ©cor juste et rĂ©aliste. Alors bien sĂ»r les russes sont un peu trop caricaturaux, ou est-ce tout simplement l’image donnĂ©e aux espions, mais qu’importe. Le suspense est garanti pour ce page turner parfaitement maitrisĂ© que l’on dĂ©vore avec l’envie de connaitre Toute la vĂ©ritĂ© et de se laisser balader par l’auteur jusqu’à la fin.

Roman lu dans la cadre de ma participation au Prix des nouvelles voix du polar Pocket

Catalogue Ă©diteur : Pocket et Robert Laffont

MalgrĂ© un travail passionnant qui l’empĂȘche de passer du temps avec ses enfants et un prĂȘt immobilier exorbitant, Vivian Miller est comblĂ©e par sa vie de famille : quelles que soient les difficultĂ©s, elle sait qu’elle peut toujours compter sur Matt, son mari, pour l’épauler.
En tant qu’analyste du contre-renseignement Ă  la CIA, division Russie, Vivian a la lourde tĂąche de dĂ©busquer des agents dormants infiltrĂ©s sur le territoire amĂ©ricain. Un jour, elle tombe sur un dossier compromettant son Ă©poux. Toutes ses certitudes sont Ă©branlĂ©es, sa vie devient mensonge. Elle devra faire un choix impossible : dĂ©fendre son pays
 ou sa famille.

DiplĂŽmĂ©e du Trinity College de Dublin et de Harvard, Karen Cleveland a passĂ© huit ans Ă  la CIA en tant qu’analyste. Elle vit dans le nord de la Virginie avec son mari et ses deux enfants.

Robert Laffont : Date de parution : 25/01/2018 / EAN : 9782221214947 / Nombre de pages : 384 / prix : 21€
Pocket : Date de parution : 10/01/2019 / EAN : 9782266287869 / Nombre de pages : 408 / prix : 7.90€

Ceux que je suis, Olivier Dorchamps

Ceux que je suis, d’Olivier Dorchamps, un roman au ton juste qui parle de famille, d’identitĂ©, de filiation

Tarek et Khadija ont quittĂ© le Maroc alors qu’ils Ă©taient jeunes mariĂ©s pour aller vivre en France. Trois fils et une vie plus tard, Tarek dĂ©cĂšde brusquement. PassĂ© le choc de sa disparition, les trois fils sont encore plus choquĂ©s d’apprendre qu’il faudra faire le voyage jusqu’au Maroc pour l’accompagner jusqu’Ă  sa derniĂšre demeure.

Difficile pour ces enfants devenus adultes d’accepter cette dĂ©cision. Car depuis tant d’annĂ©es que leurs parents vivent Ă  Clichy, et avec des fils nĂ©s en France et sont donc français avant tout, c’est l’incomprĂ©hension. Ils se sentent frustrĂ©s et volĂ©s de ces moments de recueillement qu’ils ne pourront pas avoir sur sa tombe.

Commence alors pour chacun un voyage vers les racines de la famille. Pas un simple voyage de Clichy Ă  Casablanca, mais bien un voyage pour remonter le temps, un chemin vers les origines et ce qui a forgĂ© l’identitĂ© de chacun. Cette identitĂ© que l’on se crĂ©e soi-mĂȘme, et celle qui vient de Ceux que nous sommes. Au contact de la famille, une grand-mĂšre qui n’a jamais parlĂ© du passĂ©, un ami fidĂšle, une mĂšre devenue veuve, les fils vont apprendre d’oĂč ils viennent, tenter de comprendre leurs diffĂ©rences, le pourquoi d’un dĂ©part et de ce retour. Mais apprendre aussi le poids des traditions, des croyances et de la religion dans une sociĂ©tĂ© dont ils ne maitrisent pas les subtilitĂ©s.

Ceux que je suis est un livre au ton juste, qui parle de famille, de cette lignĂ©e qui construit chaque individu qui la compose, mais aussi de secrets enfouis profondĂ©ment, de ceux qui marquent des gĂ©nĂ©rations sans qu’elles ne comprennent pourquoi. Un roman qui parle d’amour, celui d’un couple, mais Ă©galement de l’amour filial et de celui des parents pour leurs enfants.

Merci Olivier Dorchamps pour ce beau roman d’identitĂ© et de filiation. Un livre qui dit sans juger, qui montre avec beaucoup d’humanitĂ© la complexitĂ© des sentiments, la douleur, le poids des traditions, l’importance de la famille et des gĂ©nĂ©rations qui nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s.

Catalogue Ă©diteur : Finitude

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hĂ©ritĂ© un prĂ©nom que je passe ma vie Ă  Ă©peler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver Ă  Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes Ă©tudes. »
Marwan est français, un point c’est tout. Alors, comme ses deux frĂšres, il ne comprend pas pourquoi leur pĂšre, garagiste Ă  Clichy, a souhaitĂ© ĂȘtre enterrĂ© Ă  Casablanca. Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça ?
C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille ­arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mùre, dernier lien avec ce pays qu’il connaüt mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

13,5 x 20 cm / 256 pages / isbn 978-2-36339-118-6 / 18,50 euros
Talent Cultura 2019

Musée Zadkine, Paris

Le plaisir de dĂ©couvrir le musĂ©e Zadkine 🌿

Le MusĂ©e Zadkine est situĂ© au 100 bis rue d’Assas, tout prĂšs du jardin du Luxembourg, Ă  Paris. C’est un des musĂ©es de la ville de Paris, il fait donc partie du groupe Paris MusĂ©es et comme presque tous les autres, l’entrĂ©e est gratuite en dehors des pĂ©riodes d’expositions 🌿

Dans un cadre lumineux, le visiteur parcourt les salles de l’atelier puis peut se promener dans un petit jardin qui incite au repos et Ă  la rĂȘverie. C’est un vĂ©ritable bonheur de dĂ©couvrir les Ɠuvres du Zadkine, un artiste trop peu connu il me semble. Et admirer les sculptures de bois, plĂątres, pierre ou bronze, de diverses tailles.

Le musĂ©e :

C’est l’un des rares ateliers de sculpteurs, avec celui d’Antoine Bourdelle, qui ont pu ĂȘtre sauvegardĂ©s Ă  Paris, tĂ©moignant du Montparnasse des artistes.

DĂ©diĂ© Ă  la mĂ©moire et Ă  l’Ɠuvre du sculpteur d’origine russe Ossip Zadkine (1888-1967), qui vĂ©cut et travailla dans la maison et les ateliers qui l’abritent, de 1928 Ă  1967 ; ce lieu conservatoire a Ă©tĂ© inaugurĂ© en 1982. Il a Ă©tĂ© crĂ©Ă© grĂące au legs consenti par Valentine Prax, veuve du sculpteur, elle-mĂȘme artiste peintre, Ă  la Ville de Paris, instituĂ©e lĂ©gataire universelle de ses biens. (Source MusĂ©e Zadkine)

Zadkine en quelques dates :

Ossip Zadkine naĂźt le 4 juillet 1890 Ă  Vitebsk, aujourd’hui en BiĂ©lorussie.
En 1905, ses parents l’envoient Ă  Sunderland, au nord l’Angleterre, chez un certain « oncle John » qui le fait inscrire Ă  l’Art school locale et l’initie Ă  la sculpture sur bois.
En dĂ©cembre 1910, Zadkine s’inscrit Ă  l’école des Beaux-Arts de Paris. Le Salon d’automne de 1913 lui vaut son premier collectionneur.
En 1920 il Ă©pouse Valentine Prax, une jeune femme peintre, Ă  Bruniquel (tout prĂšs de Montauban, parmi les plus beaux villages de France).
Zadkine embarque Ă  Lisbonne le 20 juin 1941 sur l’Excalibur, dernier bateau amĂ©ricain Ă  quitter l’Europe, le 5 septembre 1945, Zadkine obtient son visa, le 28 il dĂ©barque au Havre.
Il meurt le 25 novembre au matin. Il est enterrĂ© au cimetiĂšre Montparnasse.

RĂ©ouverture du musĂ©e le 27 septembre avec l’exposition Le rĂȘveur de la forĂȘt renseignements ici.

Bien penser Ă  vĂ©rifier sur leur site si c’est ouvert ou s’il y a des expositions.

La collection Alana, Chefs-d’Ɠuvre de la peinture italienne

La collection Alana, Chefs-d’Ɠuvre de la peinture italienne est Ă  dĂ©couvrir au MusĂ©e Jacquemart-AndrĂ©

La Collection Alana, l’une des plus prĂ©cieuses et secrĂštes collections privĂ©es d’art de la Renaissance italienne au monde, est actuellement conservĂ©e aux États-Unis.

Pour lever tout de suite le mystÚre du nom de la collection, malgré ses sonorités italiennes il associe tout simplement le début du prénom de son propriétaire, le milliardaire chilien Álvaro Saieh, à celui de son épouse, Ana Guzmån.

Le MusĂ©e Jacquemart AndrĂ© expose ici plus de 75 chefs-d’Ɠuvre des plus grands maitres italiens qui n’avaient jusque-lĂ  jamais Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s au public : il s’agit entre autre des chefs-d’Ɠuvre de Fra Angelico, Lorenzo Monaco, Vittore Carpaccio, Filippo Lippi, Tintoret, VĂ©ronĂšse, Bartolomeo Manfredi ou Orazio Gentileschi.

Les Ɠuvres prĂ©sentĂ©es dĂ©montrent une vĂ©ritable fascination du couple pour l’art gothique et la Renaissance italienne, mais aussi plus rĂ©cemment pour la peinture des XVIe et XVIIe siĂšcles.

Ne boudez pas votre plaisir, c’est tout simplement somptueux !

A voir jusqu’au 20 janvier 2020 infos ici
Le Musée Jacquemart-André est ouvert tous les jours y compris les jours fériés de 10h à 18h, au 158 boulevard Haussmann 75008 Paris

Le bal des folles, Victoria Mas

Voulez-vous danser â€Š? Venez dĂ©couvrir Le bal des folles, un premier roman magistral signĂ© Victoria Mas.

Le roman de Victoria Mas Ă©voque ces femmes internĂ©es Ă  la SalpĂȘtriĂšre au XIXe, que l’on appelait les folles, les hystĂ©riques ou mĂȘme les aliĂ©nĂ©es. Elles sont sous la responsabilitĂ© de cette figure devenue mythique de la neurologie et de la psychiatrie, le professeur Jean-Martin Charcot qui expĂ©rimente sur elles toutes sortes de nouveautĂ©s. Ces pauvres femmes sont parfois effectivement malades, mais le plus souvent elles ont Ă©tĂ© internĂ©es lĂ  par un pĂšre, un mari, un frĂšre qui ne demande qu’Ă  en ĂȘtre dĂ©finitivement dĂ©barrassĂ©. Car qui veut d’une Ă©pouse qui se rĂ©volte, d’une fille qui a Ă©tĂ© violĂ©e, d’une sƓur qui exprime un souhait d’émancipation ?
Dans les dortoirs de l’hĂŽpital, point de salut, ni lecture, ni activitĂ©, tout au plus quelques bavardages, le plus souvent une isolation forcĂ©e et dĂ©sastreuse pour leur Ă©quilibre dĂ©jĂ  bien fragile, un peu d’éther de temps en temps pour calmer les crises des malades. Et qui se soucie de leur bienĂȘtre ? Le bon docteur Charcot prĂ©fĂšre ses sĂ©ances publiques d’hypnose, oĂč une jeune et jolie malade est endormie pour tenter de lui faire reproduire les crises d’hystĂ©rie qui les qualifient si bien, devant un public plus voyeur que soignant et au prĂ©texte de faire avancer l’étude de leur comportement
 Chaque annĂ©e Ă  la mi-carĂȘme un bal voulu par Charcot est organisĂ© pour elles dans l’enceinte d’hĂŽpital. Le bal des folles confronte les bourgeois et les personnalitĂ©s du tout Paris fascinĂ©s par ces femmes qu’ils vont cĂŽtoyer un instant.

Victoria Mas s’intĂ©resse Ă  quelques-unes d’entre elles, GeneviĂšve, l’infirmiĂšre dĂ©vouĂ©e, effacĂ©e et attentive, ThĂ©rĂšse, la folle enfin Ă  l’abris des violences du monde extĂ©rieur entre les hauts murs de l’hĂŽpital, et EugĂ©nie, la douce et brillante jeune femme qui vient d’ĂȘtre internĂ©e Ă  la demande de son pĂšre. Car en cette annĂ©e 1885, EugĂ©nie s’intĂ©resse aux esprits et aux Ă©crits d’Allan Kardec, se demandant si les dĂ©funts parlent aux vivants. C’en est trop pour son pĂšre et pour l’honneur de sa famille, la voilĂ  exilĂ©e elle aussi auprĂšs de ces malheureuses qui peuplent les dortoirs de l’hĂŽpital.

Le bal des folles est avant tout un Ă©clairage sur le sort des femmes, sur les violences qu’elles ont eu Ă  subir entre ces hauts murs symbole d’enfermements, sur la façon dont de tout temps elles sont Ă©cartĂ©es de la vie publique par les hommes qui les gouvernent, ici point de couvent mais un hĂŽpital, rien de pire pour perdre tout Ă  fait la raison et ne plus faire d’ombre Ă  des pĂšres de famille bien Ă©goĂŻstes. C’est aussi un excellent roman par son Ă©criture Ă  la fois rĂ©aliste et descriptive, qui nous entraine avec ses personnages attachants et bouleversants de vĂ©ritĂ© et de raison.

Selon WikipĂ©dia : Jean-Martin Charcot (Paris 29 novembre 1825 /Montsauche-les-Settons 16 aoĂ»t 1893) est un neurologue français, professeur d’anatomie pathologique et acadĂ©micien. DĂ©couvreur de la sclĂ©rose latĂ©rale amyotrophique (SLA), une maladie neurodĂ©gĂ©nĂ©rative Ă  laquelle son nom a Ă©tĂ© donnĂ© dans la littĂ©rature mĂ©dicale francophone, il est le fondateur avec Guillaume Duchenne de la neurologie moderne et l’un des grands promoteurs de la mĂ©decine clinique, une figure du positivisme.
Ses travaux sur l’hypnose et l’hystĂ©rie, Ă  l’origine de l’École de la SalpĂȘtriĂšre, ont inspirĂ© Ă  la fois Pierre Janet dans ses Ă©tudes de psychopathologie et Sigmund Freud, qui a Ă©tĂ© briĂšvement son Ă©lĂšve et l’un de ses premiers traducteurs en allemand, en ce qui concerne l’invention de la psychanalyse.

Ce roman a déjà reçu de nombreux prix en 2019 : Prix Patrimoines de la Banque Privée BPE, Prix Stanislas, Prix PremiÚre Plume, Talent Cultura

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Chaque annĂ©e, Ă  la mi-carĂȘme, se tient un trĂšs Ă©trange Bal des Folles.  Le temps d’une soirĂ©e, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes dĂ©guisĂ©es en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. RĂ©parti sur deux salles, d’un cĂŽtĂ© les idiotes et les Ă©pileptiques ; de l’autre les hystĂ©riques, les folles et les maniaques. Ce bal est en rĂ©alitĂ© l’une des derniĂšres expĂ©rimentations de Charcot, dĂ©sireux de faire des malades de la SalpĂȘtriĂšre des femmes comme les autres. Parmi elles, EugĂ©nie, Louise et GeneviĂšve, dont Victoria Mas retrace le parcours heurtĂ©, dans ce premier roman qui met Ă  nu la condition fĂ©minine au XIXe siĂšcle.

Prix 18.90 € / parution : 21 AoĂ»t 2019 / 140mm x 205mm / 256 pages / EAN13 : 9782226442109

Les reins et les cƓurs, Nathalie Rheims

Quand la vie ne tient plus qu’à un fil, la rĂ©surrection est parfois au bout du chemin, dĂ©couvrir « Les reins et les cƓurs Â» le rĂ©cit de Nathalie Rheims

couv du rĂ©cit les reins et les cƓurs de Nathalie Rheims photo Domi C Lire

« Les reins et les cƓurs » le rĂ©cit tĂ©moignage de Nathalie Rheims paru aux Ă©ditions LĂ©o Scheer est le vingtiĂšme livre de l’auteur. Mais pour celui-ci elle n’a pas eu besoin d’imagination, ni de personnages fictifs, mais bien d’une rĂ©alitĂ© qui poursuit les femmes de sa famille de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Jusqu’au jour oĂč cette maladie hĂ©rĂ©ditaire la frappe Ă  son tour. Jusqu’au jour oĂč ses reins s’arrĂȘtent de fonctionner.

Bien sĂ»r au dĂ©part il y a le dĂ©ni – pas moi, je ne suis pas de cette famille-lĂ -, le doute –et si c’était vrai- puis la rĂ©volte, la faiblesse et l’abandon, faut-il rendre les armes ou accepter l’inĂ©luctable, ce par quoi sont passĂ©es les autres femmes, mĂšre, tantes, grand-mĂšre


Alors que son corps abdique et que la mort semble si proche, il en aura fallu de la volontĂ©, du courage, et l’aide et le travail de la mĂ©decine et des personnels soignants pour remonter la pente vertigineuse qui mĂšne Ă  la mort, puis le don absolu pour parvenir Ă  l’impossible, le reins d’un autre, pour retrouver la vie au bout de ce tunnel de souffrance inimaginable.

J’ai fait cette lecture en apnĂ©e, impossible Ă  lĂącher, c’est un tĂ©moignage particuliĂšrement Ă©mouvant, mais aussi tellement positif. Moi qui vit avec une mĂšre malade des reins depuis tant d’annĂ©es, avec un pĂšre dĂ©cĂ©dĂ© d’un cancer du rein, comment-dire, je suis Ă©mue, touchĂ©e, bouleversĂ©e par ce livre.

En lisant ce récit, impossible de ne pas penser également au roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants.

Catalogue Ă©diteur : LĂ©o Scheer

« J’avais fini par imaginer que les reins, parce qu’ils fonctionnent sans qu’on puisse rien en savoir, sont le vĂ©ritable siĂšge de l’inconscient. J’avais optĂ© pour les maintenir dans cette sphĂšre de mon ignorance. Inutile de fouiller dans ces zones d’ombre, je savais trĂšs prĂ©cisĂ©ment oĂč cela me conduirait. Qui Ă©tais-je pour me croire l’égale de celui qui, seul, peut sonder les reins et les cƓurs ? Â»
Pour Ă©crire ce texte, Nathalie Rheims n’a pas Ă©tĂ© guidĂ©e par son imagination. ConfrontĂ©e Ă  une rĂ©alitĂ© implacable, elle raconte une annĂ©e de lutte contre un mal singulier, qui, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, frappe toutes les femmes de sa famille. ArrivĂ©e aux limites de ce que le corps et la conscience sont capables d’endurer, elle doit faire un choix, auquel elle n’aurait jamais cru devoir faire face, un choix sublimĂ© par le don, mais rongĂ© par le sentiment de culpabilitĂ©.

Parution 21 août 2019 / 216 pages / 18 euros / EAN 9782756112909