LĂ  oĂą chantent les Ă©crevisses, Delia Owens

Une lecture aussi Ă©mouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, rĂ©ussi Ă  vivre malgrĂ© l’abandon de Ma, puis de ses frères et sĹ“urs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle rĂ©ussit Ă  apprendre Ă  lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni Ă©lectricitĂ© au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher Ă  la connaĂ®tre est une fleur qui s’Ă©panouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaĂ®t mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette Ă©mouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, prĂ©cise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse Ă  elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les Ă©preuves et les abandons, mais toujours forte et dĂ©terminĂ©e. Une voix en vĂ©ritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beautĂ© de l’Ă©criture et de la prĂ©cision de l’auteur lorsqu’elle dĂ©crit la nature omniprĂ©sente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais dĂ©jĂ  lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprĂ©ciĂ© ici toute la beautĂ© et la finesse grâce Ă  cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue Ă©diteur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / DurĂ©e : 11h18 / Prix public conseillĂ©: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

A la rencontre de Eugène Ă‰bodĂ©

« Revenir Ă  la trace que laissent des personnages rĂ©els m’émeut »

Elle a crĂ©Ă© l’association des amis du musĂ©e de CĂ©ret, a Ă©tĂ© l’amie intime des artistes de son Ă©poque, Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali… DĂ©couvrir la vĂ©ritable histoire de Mado (Madeleine Petrasch, aujourd’hui âgĂ©e de 84 ans) m’a donnĂ© envie de partir Ă  la rencontre de Eugène ÉbodĂ©, l’auteur de BrĂ»lant Ă©tait le regard de Picasso.

(c) Photo Le courrier Suisse

Eugène Ébodé est né en 1962 à Douala, au Cameroun. Docteur en littératures française et comparée, diplômé de l’IEP d’Aix-en-Provence, et du CELSA, il est titulaire du CAPES et professeur documentaliste au Vigan (Cévennes) en France. Également critique littéraire, Eugène Ébodé a publié une quinzaine de livres qui évoquent l’Afrique, sa jeunesse, ses arts et ses traditions, mais aussi l’Europe et l’Amérique Son dernier roman Brûlant était le regard de Picasso, raconte l’histoire de Mado, métisse, amie et égérie de Picasso, mais aussi de Matisse, Chagall, Soutine et Dali…

Eugène ÉbodĂ© est un auteur Ă  l’actualitĂ© chargĂ©e, puisque c’est depuis Bamako qu’il a acceptĂ© de rĂ©pondre Ă  mes questions. LĂ , il a Ă©tĂ© reçu par la ministre malienne de la culture, Mme Kadiatou KonarĂ© après avoir reçu la distinction de Docteur Honoris Causa Ă  l’UniversitĂ© Mahatma-Gandhi de Conakry. Car l’auteur se prĂŞte volontiers Ă  ces exercices de diplomatie culturelle, mais aussi de conversation avec des autoritĂ©s politiques qui veulent agir de manière diffĂ©rente pour la promotion de la culture.

Mado et les grands artistes de son temps

BrĂ»lant Ă©tait le regard de Picasso… Mais dans votre roman, on ne voit quasiment aucun des artistes de cette Ă©poque, pourquoi ce parti pris ?

Je les ai fait apparaĂ®tre dans une première version, mais j’ai dĂ», Ă  mon grand regret me sĂ©parer d’eux pour deux raisons : ils sont connus, cĂ©lèbres et occupent un espace sensible et gĂ©ographique Ă©norme. Ils avaient dĂ©jĂ , de leur vivant pris une grande place dans la vie de Mado. A un moment, il est bon de laisser les « grands » hommes se reposer. Par ailleurs, le roman est centrĂ© sur Mado. Croyez-moi, ça n’a pas Ă©tĂ© facile de congĂ©dier ces immenses artistes, hommes et femmes confondus. Dora Maar Ă  elle seule mĂ©ritait dix romans. Vous ĂŞtes un brin dure, car j’ai entendu les râles des uns et les gronderies des autres et j’ai ainsi parlĂ© de Chagall, Masson, Dali… 

Je dois avouer que j’Ă©tais un peu frustrĂ©e de ne pas en savoir plus sur les rencontres de Mado avec ces artistes que vous Ă©voquez, ont ils eu des relations suivies, amicales, d’affaires ou autre, avec Mado et Marcel ? Et de fait, quelle a Ă©tĂ© selon vous l’influence de Mado et Marcel sur la vie artistique de la ville ?

Allez à Céret et on vous dira combien Mado et Marcel se sont impliqués dans l’action culturelle locale. Tenez les 19 et 20 juin 2021, Mado et moi serons à Céret pour le premier salon du livre de la ville. Vous verrez l’accueil que les cérétants lui réserveront.

Mado et sa famille mi-suédoise, mi-camerounaise

Le personnage principal est Mado, nĂ©e en Afrique d’un père suĂ©dois et d’une mère africaine. Qu’est-ce qui vous a donnĂ© envie de nous parler d’elle ?

Le malheur qu’elle a connu, enfant de ne pas connaître sa mère et le bonheur qu’elle a eu de servir l’art. Et puis, approchez donc Mado et vous verrez combien elle a une bonté magnétique.

Le lecteur est un peu surpris de voir comment la mère biologique de Mado a Ă©tĂ© rapidement Ă©vincĂ©e de sa vie, tant en Afrique qu’ensuite lorsque elle arrive en France. Était-ce quelque chose de courant Ă  cette Ă©poque ? Comment l’expliquer ?

Non, ce n’est pas courant. Elle n’a eu qu’un amour : Gosta. Après, elle s’est emmurĂ©e dans un monde qui sauvait en elle et son amour et sa fille. EmmurĂ©e est un rien excessif, car elle a Ă©levĂ© beaucoup d’enfants au village. Les retrouvailles avec sa fille près de 40 ans après leur sĂ©paration sont très Ă©mouvantes. Je n’en ai restituĂ© qu’une brève intensitĂ©. Le roman peut tout, mais ne lui demandez pas l’innommable !

On se pose la question du pourquoi Mado n’est pas allĂ©e la retrouver dès qu’elle a su qu’elle Ă©tait toujours vivante. En avez-vous parlĂ© avec elle ? Ou est-ce une partie que vous avez dĂ©libĂ©rĂ©ment choisie de romancer ?

C’est expliquĂ© dans le roman : chaque fois qu’elle programmait un voyage vers sa maman il se produisait un Ă©vĂ©nement qui reportait ce projet. LĂ -dessus, je n’ai fait que reprendre les faits. La rĂ©alitĂ© est souvent plus Ă©tourdissante que l’imagination. 

La vie des enfants mĂ©tis de cette Ă©poque ne semble pas facile, un peu comme si on avait refusĂ© aux mères biologiques d’Ă©lever et de voir leurs enfants. Savez-vous si c’Ă©tait courant ?

Le métissage n’a jamais été un long fleuve tranquille. C’était vrai hier, cela le demeure aujourd’hui. Je m’exprime intuitivement sur la question. Tournons-nous vers les sociologues ; ils nous éclaireraient.

Vous Ă©voquez des annĂ©es de colonisation, avec les douleurs et les ruptures que cela a impliquĂ©. J’ai eu un peu de mal Ă  comprendre l’attitude du père de Mado, qui a abandonnĂ© ses deux filles finalement assez facilement il me semble. Cela a dĂ» ĂŞtre terrible pour Mado. Pourtant cela ne semble pas avoir eu de rĂ©percussions nĂ©fastes sur sa vie en France, savez-vous ce qu’il en Ă©tait rĂ©ellement ? D’autant que les parents adoptifs n’Ă©taient pas faciles non plus il me semble.

Difficile d’accepter votre idée de départ, puisque le Suédois a donné son nom à tous ses enfants métis et Collinette, l’aînée, a vécu avec son père et ses fratries en Angola. C’est un abominable accident qui l’a retirée des vivants et de l’affection des siens. Non, la vie de Mado n’a pas été semée de roses en France. L’exil cause des tourments dont je parle avec netteté. Le racisme ajoutait régulièrement sa dose de piquants sur des blessures à vif.

Si ce n’est pas indiscret, savez-vous ce qu’Ă  pensĂ© Mado de votre roman ? S’est elle retrouvĂ©e dans ces pages ?

Elle m’a dit : « Merci de m’avoir fait découvrir quantité de choses que j’ignorais de mon père ! »

Si on parlait aussi de vous ?

Quels sont les thèmes que vous aimez aborder dans vos romans, et avez-vous déjà réfléchi au prochain ?

L’Histoire et la bêtise humaine. Les faits et les lieux. Au fond amer de l’histoire à la géographie m’amuse. Revenir à la trace que laissent des personnages réels m’émeut. Le prochain roman ? Oh, lisons et relisons celui-ci ! Le « Brûlant » a des caches qu’il faut savoir soulever pour percer quelques secrets ou confidences.

Si vous deviez nous conseiller de lire un autre de vos romans, ce serait lequel ? Tous !

Vous faites partie cette année du jury du Prix Orange du Livre en Afrique, que pensez vous de ce prix ? Pas seulement cette année. J’y étais déjà l’année dernière.

La fondation Orange est très prĂ©sente en Afrique, que pensez vous de ses activitĂ©s autour de la lecture ? Est-ce important de s’investir ainsi Ă  votre avis ? Encourager la lecture est une Ĺ“uvre de santĂ© publique. Quiconque s’y implique mĂ©rite le respect.

Enfin, quelles lectures aimeriez-vous nous conseiller en dehors de cette rentrĂ©e ? 

Un livre réjouissant et que je place au cœur du corpus des œuvres que j’enseignerai l’année prochaine à l’université dans mon cours de diplomatie culturelle : Ben Aïcha, roman de Kebir Ammi (Éditions l’Encrier, 2020). Les atouts culturels de l’Afrique, à travers le Maroc, y sont brillamment exposés. Mais elle tarde à les investir et à les utiliser comme ses meilleures armes d’éducation massive.

(RĂ©ponses depuis Bamako, Mali, le 29 avril 2021)

Merci infiniment d’avoir pris le temps de rĂ©pondre Ă  mes questions.

Vous ne l’avez pas encore lu ? DĂ©couvrez Ă  votre tour BrĂ»lant Ă©tait le regard de Picasso, ce roman qui m’a donnĂ© envie d’en savoir plus sur son auteur et sur Mado, sa protagoniste si attachante.

Le passeur, StĂ©phanie Coste

Passeur de rĂŞves, passeur de vie, un roman bouleversant et indispensable

Ce sera la dernière traversĂ©e de l’annĂ©e, ensuite, il faudra attendre le printemps. Aussi les candidats au dĂ©part sont-ils particulièrement nombreux, cantonnĂ©s sous de fortes chaleurs dans les entrepĂ´ts de Seyoum, sur la cĂ´te libyenne. Car loin d’ĂŞtre un voyage d’agrĂ©ment, cette traversĂ©e est le dernier espoir de ceux qui tentent d’atteindre les cĂ´tes de l’Europe, et tout d’abord Lampedusa, pour quitter cette terre d’Afrique trop inhospitalière.

Ils ont payĂ© le prix fort aux hommes qui les ont conduit jusque ici depuis l’Éthiopie, le Soudan ou l’ÉrythrĂ©e. Et Seyoum est comme tant d’autres, un passeur de vies. De ces hommes qui font fortune sur la misère des autres. Sans hĂ©siter, il sait user de violence pour se faire respecter. Est-il sans pitiĂ©, cet homme qui s’enrichit sur la peur et le dĂ©sespoir de ses congĂ©nères ? D’oĂą viennent ces angoisses qu’il calme avec des doses de Khat et de gin dans cette chambre oĂą il traĂ®ne sa misère dans la profondeur et la noirceur de la nuit.

Peu Ă  peu, alors que le dernier chargement d’Ă©rythrĂ©ens vient d’arriver, le passĂ© de Seyoum se dĂ©voile, sombre et meurtri. Car lui aussi est arrivĂ© de ce pays voilĂ  dĂ©jĂ  dix ans. La vie familiale heureuse Ă  Asmara, son amour naissant pour Madiha, puis la rĂ©volution, la peur, les arrestations et les exĂ©cutions, l’embrigadement dans les camps de travail, les tortures, et la fuite, seul. Il se nourrit aujourd’hui de son propre passĂ©, de ses peurs les plus profondes, de ses plaies Ă  vif qui se rĂ©veillent en cette ultime nuit.

En deux Ă©poques pour conter la vie et la misère de ses diffĂ©rents protagonistes, Libye 2015, ÉrythrĂ©e, de 1993 Ă  2005, StĂ©phanie Coste dĂ©roule une partie infime de l’histoire politique de l’Afrique. Le dĂ©sespoir de ceux qui donnent tout, en prenant le risque assumĂ© de perdre leur vie en mer, pour quitter leurs terres et vivre leur rĂŞve de l’autre cĂ´tĂ© de la mĂ©diterranĂ©e. Cette mer devenue le tombeau de trop nombreux candidats Ă  l’exil.

Une lecture particulièrement intĂ©ressante qui nous donne une vision depuis l’intĂ©rieur du monde des passeurs, de ces guerres d’intĂ©rĂŞts financiers qui règnent sur les rives libyennes, pour amener jusqu’Ă  nos cĂ´tes les migrants qui tentent de rĂ©aliser leurs rĂŞves de vie meilleure. Mais lecture Ă©mouvante et dĂ©rangeante aussi quand elle nous prĂ©sente des hommes qui ne sont pas des hĂ©ros, ni totalement bons ni totalement mauvais. La malchance, le sort, le passĂ©, le destin, sont venus se mettre en travers de leur route pour contrecarrer leurs rĂŞves d’avenir et les obliger Ă  en avoir d’autres, plus loin, plus compliquĂ©s, plus alĂ©atoires. La dĂ©tresse, la violence, l’espoir, sont lĂ  pour nous dire les drames qui se nouent Ă  quelques encablures de nos cĂ´tes, pas bien loin de notre confort quotidien, confinĂ©s mais en toute sĂ©curitĂ©.

En lisant Le passeur on ne peut s’empĂŞcher de penser au roman magistral d’Olivier Norek Entre deux mondes mais aussi au court recueil de Khaled Hosseini publiĂ© pour venir en aide aux migrants Une prière Ă  la mer

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Quand on a fait, comme le dit Seyoum avec cynisme, « de l’espoir son fonds de commerce Â», qu’on est devenu l’un des plus gros passeurs de la cĂ´te libyenne, et qu’on a le cerveau dĂ©vorĂ© par le khat et l’alcool, est-on encore capable d’humanitĂ© ?
C’est toute la question qui se pose lorsque arrive un Ă©nième convoi rempli de candidats dĂ©sespĂ©rĂ©s Ă  la traversĂ©e. Avec ce convoi particulier remonte soudain tout son passĂ© : sa famille dĂ©truite par la dictature en ÉrythrĂ©e, l’embrigadement forcĂ© dans le camp de Sawa, les scènes de torture, la fuite, l’emprisonnement, son amour perdu…
À travers les destins croisés de ces migrants et de leur bourreau, Stéphanie Coste dresse une grande fresque de l’histoire d’un continent meurtri. Son écriture d’une force inouïe, taillée à la serpe, dans un rythme haletant nous entraîne au plus profond de la folie des hommes.

136 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072904240 / Parution : 07-01-2021 / prix 12,50 â‚¬

De mon plein grĂ©, Mathilde Forget

Un court roman qui déstabilise, dit les non-dits, et ne laisse personne indifférent

Quand une jeune femme vient d’elle-mĂŞme raconter les faits au commissariat de police, est-elle coupable ou victime ? Lorsqu’elle arrive au commissariat pour expliquer ce qu’elle vient de faire, elle ne sait plus vraiment quel rĂ´le elle a jouĂ©. Comment en ĂŞtre certaine alors que tout l’accuse pendant ces interminables heures d’interrogatoire. A force de rĂ©pĂ©ter, dire, redire, elle va se rendre compte qu’elle doit faire très attention Ă  la façon dont chacune de ses phrases va ĂŞtre interprĂ©tĂ©e. Car elle est ensuite Ă©crite dans son procès verbal par celui qui l’interroge depuis des heures pour comprendre, lui faire dire, la faire douter…

C’est une jeune femme qui ressemble Ă  un adolescent filiforme. Une jeune femme qui depuis ses huit ans sait qu’elle est amoureuse des filles. Qui a longtemps pleurĂ© Ă  cause de cette soit disant hĂ©rĂ©sie de la nature qui choquait tant ses parents. Elle s’est habituĂ©e Ă  souffrir de ses diffĂ©rences, de l’incomprĂ©hension des autres, de leur regard sur elle.

Mais aujourd’hui, elle vient dire. L’homme qui la suit, son incapacitĂ© Ă  refuser, sa violence lorsqu’elle lui dit quelle est lesbienne, le viol, les coups…
Mais aujourd’hui tout l’accuse, comment, vous n’avez pas rĂ©agit, vous n’avez rien dit, vous ne l’avez pas…

Des questions comme des accusations, des doutes dans les regards, des mots qui expriment violence et suspicion, rien n’est fait pour apaiser, pour comprendre, aucune empathie n’est exprimĂ©e envers celle qui ose dĂ©noncer.

Un livre nĂ©cessaire pour comprendre la difficultĂ© que connaissent celles qui osent dĂ©noncer, pour entendre les mots de ceux qui reçoivent sans les comprendre les plaintes de celles qui ont souffert avant, mais qui devront encore souffrir après car elles ne sont souvent ni comprises, ni entendues, ni mĂŞme Ă©coutĂ©es. Pour entendre l’ironie, la suspicion, les moqueries, qui les font douter Ă  leur tour, se demander s’il est raisonnable ou pas de venir porter plainte. Un livre important pour savoir Ă©couter, pour ne plus entendre les doutes, encore moins les « après tout, elles l’ont peut-ĂŞtre cherché ».

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Elle a passé la nuit avec un homme et est venue se présenter à la police. Alors ce dimanche matin, au deuxième étage du commissariat, une enquête est en cours. L’haleine encore vive de trop de rhum coca, elle est interrogée par le Major, bourru et bienveillant, puis par Jeanne, aux avant-bras tatoués, et enfin par Carole qui vapote et humilie son collègue sans discontinuer.

Elle est expertisĂ©e psychologiquement, ses empreintes sont relevĂ©es, un avocat prĂ©pare dĂ©jĂ  sa dĂ©fense, ses amis lui tournent le dos, alors elle ne sait plus exactement. S’est-elle livrĂ©e Ă  la police elle-mĂŞme après avoir commis l’irrĂ©parable, cette nuit-lĂ   ?

Inspiré de l’histoire de l’auteure, De mon plein gré est bref, haletant, vibrant au rythme d’une ritournelle de questions qui semblent autant d’accusations. Mathilde Forget dessine l’ambiguïté des mots, des situations et du regard social sur les agressions sexuelles à travers un objet littéraire étonnant, d’une grâce presque ludique. Il se lit comme une enquête et dévoile peu à peu la violence inouïe du drame et de la suspicion qui plane très souvent sur sa victime.

Auteure, compositrice et interprète, Mathilde Forget a publié un premier roman très remarqué, À la demande d’un tiers (Grasset, 2019).

Parution : 24 Mars 2021 / Format : 120 x 185 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246827160 prix : 15.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246827177 prix : 10.99€

On ne peut vivre qu’Ă  Paris, Emil Cioran

Traverser Paris en découvrant les aphorismes de Cioran

Les dessins de Patrice Reytier et les couleurs de Chantal Piot illustrent bien joliment les phrases de Cioran, dans ce recueil publié par les éditions Payot-Rivages.

Le livre idéal pour partir en balade dans les rues de notre capitale, en particulier au seuil de ce nouveau confinement.
Y dĂ©couvrir ces aphorismes d’Emil Cioran qui ponctuent les traversĂ©es de Saint Germain, du jardin du Luxembourg, des quais, de Notre-Dame ou mĂŞme du cimetière pour ne citer que celles-ci.

Qu’est-ce qu’un aphorisme ? Le Larousse nous dit : Phrase, sentence qui rĂ©sume en quelques mots une vĂ©ritĂ© fondamentale. ÉnoncĂ© succinct d’une vĂ©ritĂ© banale.

Ici, Cioran devient un personnage qui nous emmène Ă  travers ses mots dans les diffĂ©rents quartiers de la ville. J’ai trouvĂ© très intĂ©ressant d’approcher l’auteur par ce biais.
Ambition, doute, orgueil, ancĂŞtres, solitude, l’âge, la santĂ©, la musique, etc. il exploite tous les thèmes.
NĂ© en 1911en Transylvanie, il arrive dès 1937 pour Ă©tudier dans cette ville qu’il avouera plus tard avoir le plus grand mal Ă  quitter.
« Je ne peux vive qu’Ă  Paris et j’envie tous ceux qui n’y vivent pas »

Le graphisme de Patrice Reytier est superbe, on y retrouve ces quartiers de Paris que l’on aime tant, et que l’on connaĂ®t parfois sans mĂŞme y ĂŞtre allĂ© tant ils sont emblĂ©matiques de la ville capitale. Une belle façon de nous faire dĂ©couvrir cette infime partie de l’Ĺ“uvre de Cioran.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Payot-Rivages

Préface de Sylvie Jaudeau

Un livre illustrĂ© Ă  partir des aphorismes de Cioran  : il distille ses maximes en se promenant Ă  Paris, l’unique ville oĂą on peut vivre – « c’est la ville idĂ©ale pour rater sa vie ».
Un aphorisme doit cingler comme une gifle, il faut qu’il soit écrit sous le coup de la fièvre pour devenir un moyen thérapeutique pour se soulager du poids du monde.
SurnommĂ© le Diogène du XXe siècle, tant par ses propos qui relèvent des cyniques que pour ses refus des honneurs, Cioran devient ici un personnage de bande dessinĂ©e, le Tintin de la philosophie.

EAN: 9782743652326 / Parution: mars, 2021 / 96 pages / Format : 21.0 x 14.0 / Prix : 13,90€

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand CĂ©line

Retrouver les classiques…

et reprendre ici mes chroniques postées sur lecteurs.com ou Babelio avant la création du blog

J’ai lu « le voyage au bout de la nuit » d’une traite, comme dans un souffle. Et j’ai été scotchée, j’ai pris une véritable claque, j’ai eu une surprise énorme en le découvrant. Lorsque je l’ai refermé, je me suis simplement dit : Quel talent, quel voyage !
J’avais tellement entendu parler de ce roman que je repoussais sans arrêt sa lecture. Je voulais lire l’œuvre en laissant de côté son auteur, même si quelque part les deux sont indissociables. Et finalement, quand je l’ai commencé, j’ai passé 48h non-stop plongée dans ces lignes fabuleuses.

Il y a du génie dans cette écriture, qui nous plonge à la fois dans l’absurde, dans l’horreur, dans la misère, et nous montre de la beauté, de l’espoir, face au réalisme de la vie et à l’incompréhension des hommes.
Car s’il est un antisémite notoire et critiquable, l’auteur est également un pacifiste acharné, brisé par les horreurs de la guerre qu’il a vécue de l’intérieur en 14.

Céline nous embarque dans le sillage de Bardamu, son héros inoubliable. On le suit dans son voyage qui a tout d’une introspection, de l’Afrique à l’Amérique, puis en médecin des banlieues désespérées. Quand on lit ce voyage, on part, loin, ou tout près, au plus profond des hommes, de leur stupidité parfois, de leur misère, on peut rire aussi, cela m’est arrivé, en tout cas on ne sort absolument pas intact de ce voyage-là. En même temps, c’est une écriture dense, presque fatigante, comme peut l’être la vie, et les successions de mots, de phrases de Bardamu, épuisent parfois le lecteur, mais l’interpellent aussi.

C’est lourd, noir, sombre, mais tellement bien écrit. C’est sûr, je pense que c’est un livre qu’il faut avoir lu et sans doute à relire plusieurs fois.

Retrouvez mes chroniques sur Babelio et sur lecteurs.com

Catalogue éditeur : Collection Folio (n° 28), Gallimard

 Â«â€“ Bardamu, qu’il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n’en dis pas de mal !…
– T’as raison, Arthur, pour ça t’as raison! Haineux et dociles, violĂ©s, volĂ©s, Ă©tripĂ©s et couillons toujours, ils nous valaient bien! Tu peux le dire! Nous ne changeons pas! Ni de chaussettes, ni de maĂ®tres, ni d’opinions, ou bien si tard, que ça n’en vaut plus la peine. On est nĂ©s fidèles, on en crève nous autres! Soldats gratuits, hĂ©ros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C’est lui qui nous possède! Quand on est pas sage, il serre… On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gĂŞne pour parler, faut faire bien attention si on tient Ă  pouvoir manger… Pour des riens, il vous Ă©trangle… C’est pas une vie…
– Il y a l’amour, Bardamu !
– Arthur, l’amour c’est l’infini mis Ă  la portĂ©e des caniches et j’ai ma dignitĂ© moi! Que je lui rĂ©ponds.»

Prix Renaudot 1932 / Première parution en 1952 / 512 pages / ISBN : 9782070360284

Le poète, Michael Connelly

Des suicides de flics, le poète Edgar Allan Poe et tout le talent de Michael Connelly pour un thriller inoubliable

Je me souviens d’avoir lu ce livre prĂŞtĂ© lors de sa sortie par un collègue qui voulait me faire dĂ©couvrir le style novateur de l’auteur. Depuis j’ai lu bien d’autres romans de Michael Connelly avec toujours autant de plaisir.

Dès le dĂ©but, l’affaire est quasiment classĂ©e puisqu’il s’agit d’un suicide de policier, dramatiquement triste mais si facile quand on se supprime avec son arme de service, et surtout lorsque l’enquĂŞte que vous n’arrivez pas Ă  l’Ă©lucider vous obsède. Pourtant, le frère jumeau de Sean, Jack McEvoy, doute du suicide de son frère. Alors que tout lui souriait, pourquoi se serait-il supprimé ?

Jack est journaliste au Rocky de Denver. Il dĂ©cide de mener sa propre enquĂŞte et dĂ©couvre que toute une sĂ©rie de suicides de policiers sont en fait certainement des morts suspectes. Mais dès lors que vous enclenchez la grosse artillerie et que vous reliez des faits entre eux et qu’ils dĂ©passent le frontière de votre Ă©tat, c’est le FBI qui se saisit de l’affaire. Tout d’abord inclus avec beaucoup de suspicion et bien peu de bonne volontĂ© dans les Ă©quipes d’enquĂŞteurs, jack se sent mis peu Ă  peu sur la touche. MalgrĂ© tout, il continue Ă  investiguer de son cĂ´tĂ©. Et son enquĂŞte couplĂ©e Ă  celle qui FBI va nous entraĂ®ner du cĂ´tĂ© noir du net, dĂ©jĂ , au milieu de rĂ©seaux pĂ©dophiles et de criminels aguerris.

Ce roman est paru en 1996. Depuis les techniques ont Ă©voluĂ© et les moyens de communications Ă©galement. Plus besoin de fax, de ligne fixe pour brancher son ordinateur, etc. plus de notes de tĂ©lĂ©phone avec sa note d’hĂ´tel…. MalgrĂ© ces quelques anecdotes qui datent un peu, on s’y laisse prendre Ă  tous les coups. J’avoue que je me suis plongĂ©e sans retenue au cĹ“ur de cette enquĂŞte aux ramification et aux sources bien sombres.

La voix de Benjamin Jungers sied parfaitement au rĂ´le, chaude, posĂ©e, j’avais l’impression de voyager dans la tĂŞte de Jack, de l’Ă©couter penser Ă  voix haute, ses hĂ©sitations, ses dĂ©couvertes et le plaisir pris Ă  avancer dans l’enquĂŞte. Jack qui ne sait pas trop ce qu’il veut, au passĂ© difficile, qui a du mal Ă  faire confiance aux autres et de fait n’arrive pas Ă  se rĂ©aliser pleinement. Jack avec ses forces et ses faiblesses qui mène de main de maĂ®tre le lecteur par le bout du nez jusqu’au final.

J’ai eu une lĂ©gère inquiĂ©tude en rĂ©alisant qu’il y avait plus de seize heures d’Ă©coute. Aucune crainte, le rythme soutenu, le suspense toujours prĂ©sent, les protagonistes plus ou moins attachants mais qui ont un vrai rĂ´le Ă  jouer, et les diffĂ©rents rebondissements font passer le temps presque trop vite !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Calmann-Levy, éditions Points, Le Livre de Poche, Audiolib

Un livre audio lu par Benjamin Jungers. Traduit par Jean Esch

La spécialité de Jack McEvoy, c’est la mort. En tant que chroniqueur judiciaire au Rocky Mountain News, il y a été confronté plus d’une fois. Mais rien n’a pu le préparer au suicide de son frère jumeau. Inspecteur de police, déprimé et incapable de supporter le meurtre non résolu d’une jeune femme retrouvée coupée en deux, Sean s’est tiré une balle dans la bouche, comme le font souvent les policiers dépressifs. Un sujet dont Jack décide de s’emparer, en guise de dernier hommage à son frère.
Mais en s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins de son article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se sont suicidés dernièrement, et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir le plus gros scoop de sa carrière.
Il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect, un assassin qui a, jusqu’à présent, toujours réussi à tromper les plus fins limiers lancés à ses trousses…
Le Poète, l’un des premiers jalons de l’œuvre magistrale de Michael Connelly, brillamment porté par la lecture de Benjamin Jungers, fête en 2021 ses 25 ans.

NĂ© en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d’un crash d’avion en 1986 lui valant d’être sĂ©lectionnĂ© pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il dĂ©cide de se lancer dans l’écriture avec Les Égouts de Los Angeles, pour lequel il reçoit l’Edgar du premier roman. Il y campe le cĂ©lèbre personnage du policier Harry Bosch, que l’on retrouvera notamment dans Volte-Face et Ceux qui tombent. Auteur du Poète, il est considĂ©rĂ© comme l’un des maĂ®tres du roman policier amĂ©ricain. Deux de ses livres ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© adaptĂ©s au cinĂ©ma, et l’ensemble de son Ĺ“uvre constitue le cĹ“ur de la sĂ©rie tĂ©lĂ©visĂ©e Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus Ă  près de soixante-cinq millions de livres dans le monde et ont Ă©tĂ© traduits en trente-neuf langues. 

Date de parution : 17 Mars 2021 / Durée : 16h43 / Prix : 26.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 586 / Poids CD 2 (Mo): 564/ EAN Physique: 9791035402976 / Éditeur d’origine : Calmann-Lévy

Je te verrai dans mon rĂŞve, Julie Bonnie

MĂŞme sans mĂŞme sang… ou comment devenir père sans l’ĂŞtre vraiment

Une ville de province, quelque part au seuil des annĂ©es 70. GĂ©rard a trente ans, il vient de sortir de prison ; des annĂ©es Ă  galĂ©rer avec des potes pas très recommandables lui ont coĂ»tĂ© dix ans de vie derrière les barreaux. Ă€ la sortie, il retrouve le cafĂ© de ses parents aujourd’hui disparus, ce bien qu’a gardĂ© pour lui Nana, la tante fidèle qui ne l’a jamais abandonnĂ©.

Nouvelle vie, nouveau prĂ©nom, c’est donc Blaise qui rĂ©nove le cafĂ© pour le transformer et crĂ©er le lieu de ses rĂŞves, un cafĂ© concert pour les musiciens de jazz de la rĂ©gion.

Un matin, il croise une jeune femme. JosĂ©e a vingt ans et sa fille Nour quelques jours Ă  peine. JosĂ©e dans laquelle il se retrouve, paumĂ©e, en marge, fragile et dĂ©jĂ  bien abĂ®mĂ©e par la vie. Car la galère, il connaĂ®t, et dans cette ville comme dans tant d’autres, les mauvaises frĂ©quentations et les dangers ne sont jamais loin. ImmĂ©diatement, alors qu’il n’a jamais Ă©tĂ© père, Baise ressent une profonde affection pour ce tout petit bĂ©bĂ© nĂ© de père inconnu.

L’auteur alterne les rĂ©cits de Nour puis de Blaise. Nour que l’on voir grandir Ă  la fois dans ses souvenirs et dans ceux de Blaise. Blaise qui s’est un peu trop assagit sans doute aux yeux d’une jeune fille de seize ans qui rĂŞve d’Ă©mancipation, de modernitĂ©, d’un peu de folie. Ni Blaise ni JosĂ©e ne la voient devenir jeune fille puis presque femme, et ni l’un ni l’autre ne comprennent ses tourments et ses envies d’autre chose, d’ailleurs.

Ce que j’ai aimĂ© ?

Ă€ l’heure oĂą les romans nous parlent si souvent de relation toxiques ou bancales entre homme et femme, l’amour paternel aussi platonique qu’inconditionnel qu’Ă©prouve Blaise pour Nour, cette relation qui apaise, qui aide Ă  grandir nous fait du bien Ă  nous aussi lecteurs.

La vie n’est ni simple ni linĂ©aire. La rĂ©demption de Blaise dont on devine le passĂ© complexe Ă  peine esquissĂ© mais très habilement suggĂ©rĂ©, les embĂ»ches les chausses trappes dans lesquelles tombe JosĂ©e, les hĂ©sitations et les erreurs de jeunesse de Nour sont aussi la vraie vie, celle des jeunes autour de nous, celle que l’on ne voit pas toujours. Mais il y a une telle force d’amour, d’Ă©motion, de sincĂ©ritĂ©, que l’on ne peut qu’aimer les diffĂ©rents protagonistes, avec leurs dĂ©fauts, leurs erreur, leurs faux-pas et leurs espoirs.

L’Ă©criture est sobre, intimiste, rĂ©aliste aussi. On s’y laisse prendre et il en ressort Ă  la fois douceur et sĂ©rĂ©nitĂ© Ă  voir que l’on peut aussi croire en ces rĂŞves qui parfois nous portent.

Du même auteur, javais lu et particulièrement aimé Barbara, roman, dont vous pouvez retrouver la chronique ici.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

1971. Tout juste sorti de prison, GĂ©gĂ©, dit Blaise, retrouve le bar familial dont il a hĂ©ritĂ© Ă  la mort de son père. Son rĂŞve  de toujours  : le transformer en cafĂ©-concert pour en faire un rendez-vous incontournable de la scène jazz. Il se lance, rĂ©solu Ă  faire bouger sa ville terne et sans âme.
Mais un bébé, la petite Nour, et sa mère défaillante arrivent par effraction dans sa vie solitaire. Blaise fait tout pour les garder à distance. Hanté par son passé, il craint plus que tout de s’attacher… Mais d’un regard, l’enfant fait tomber ses résistances, et il va désormais veiller sur elle à sa façon. Ce faux père la protège tant bien que mal, l’initie à la musique, lui offre sa première guitare et son premier concert. Il la regarde grandir, adolescente écorchée vive qui se brûle aux accidents de la vie, ceux qui menacent à coup sûr les gamines sans repères.
En ville règne une atmosphère de perdus, d’à quoi bon, alcoolisée et souvent brutale. Au milieu de tous les dangers, Nour chante. Et entre deux concerts de jazz mythiques dans le bar de Blaise, elle compose, pour fuir son enfance, tracer son destin, tenter de défier la mort.
Blaise, l’ancien taulard paumé et farouche, s’est mis à aimer. Et parce qu’il est la victime d’un secret de famille, il va tout faire pour sauver Nour. Jusqu’à la dernière page, nous respirons avec eux et tremblons pour eux. Romanesque, haletant, sensible et bouleversant.

NĂ©e Ă  Tours, Julie Bonnie a donnĂ© son premier concert Ă  14 ans et chantĂ© dans toute l’Europe pendant dix ans avant de travailler en maternitĂ© jusqu’en 2013. Elle est l’auteur de Chambre 2 (Belfond, 2013 ; Pocket, 2014), laurĂ©at du prix du roman Fnac 2013, adaptĂ© au cinĂ©ma sous le titre Voir le jour, avec Sandrine Bonnaire. Chez Grasset, elle a publiĂ© Mon amour (2015 ; Pocket, 2017), Alice et les orties (2016) et Barbara, roman (2017 ; Pocket, 2019 ). Elle publie chez Albin Michel une sĂ©rie pour adolescents Ă  succès, L’internat de l’île aux cigales et crĂ©e des spectacles musicaux pour les tout-petits.

Paru le 10 Mars 2021 / Format : 131 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246826279 prix 18.00€ / EAN numérique : 9782246826286 prix 12.99€

Le château de mon père, Versailles ressuscitĂ©

Comment Pierre de Nolhac, conservateur passionné, a fait du Versailles de la IIIe république un fleuron du patrimoine français

Quatre chapitres pour dire le retour Ă  la vie de l’un des musĂ©es prĂ©fĂ©rĂ© des français et des touristes qui visitent la France. L’arrivĂ©e Ă  Versailles (1887-1892), la redĂ©couverte de Versailles (1892-1900), Versailles Ă  la mode (1900-1913), Versailles entre guerre et paix (1914-1936). Puis un dossier composĂ© de nombreuses photos et portraits pour conclure cette BD.

En 1887, Pierre de Nolhac est nommĂ© conservateur du château de Versailles, pas vraiment une promotion quand on comprend dans quel Ă©tat il est, et surtout quel est l’intĂ©rĂŞt que porte le ministère de la culture, ou plutĂ´t son Ă©quivalent de l’Ă©poque, pour ce château qui incarne encore si fort la monarchie et l’ancien rĂ©gime. Pierre de Nolhac s’installe alors au château avec femme et enfants. D’autres enfants suivront, nĂ©s dans ce cadre certes somptueux mais qui dĂ©vore totalement la vie de Pierre de Nolhac, au dĂ©triment et pour le malheur de son Ă©pouse et de sa progĂ©niture.

Henri, l’un de ses fils, nous conte ici son histoire. Il vient rendre visite Ă  son père en mai 1935. Celui-ci est dĂ©sormais conservateur du musĂ©e Jacquemart-AndrĂ©, très affaibli, il fini de rĂ©diger ses mĂ©moires sur les heures vĂ©cues dans le château de Louis XIV.

Les auteurs mĂŞlent subtilement l’histoire de la renaissance de Versailles Ă  celle du dĂ©litement de la famille de Pierre de Nolhac. Cet homme si passionnĂ© par son mĂ©tier et par ce qu’il envisage de faire Ă  mesure de ses dĂ©couvertes du château et de ses trĂ©sors n’aura pas su vivre Ă  la fois son mĂ©tier et sa vie de famille. Son absence ou son indiffĂ©rence devant les nombreuses naissances, les dĂ©cès de certains de ses enfants qui affectent durablement son Ă©pouse, puis le dĂ©part de celle-ci, montrent qu’il n’aura jamais su gĂ©rer avec autant de ferveur sa vie personnelle.

Par contre, la rĂ©surrection du palais de Versailles, la façon dont il a Ă©tĂ© protĂ©gĂ© en particulier pendant la seconde guerre mondiale, les Ĺ“uvres cachĂ©es ou exfiltrĂ©es en province, le Grand Canal et les nombreuses fenĂŞtres occultĂ©s, et cette Ă©nergie mise Ă  restaurer sans le dĂ©naturer ce splendide ouvrage que l’Histoire lui a confiĂ©, parfois en se battant contre sa propre hiĂ©rarchie, toujours rĂ©alisĂ©s grâce Ă  la passion et au dĂ©vouement de Pierre de Nolhac, ont fait de ce musĂ©e le magnifique château que nous pouvons visiter avec tant de bonheur aujourd’hui.

Au niveau du graphisme, le parti pris du noir et blanc, avec ses dessins esquissĂ©s aux visages ou aux traits parfois Ă  peine dĂ©finis, nous plonge dans le passĂ© avec une subtilitĂ© qui ne se voit pas forcĂ©ment de prime abord, mais qui devient vite une Ă©vidence. Rendant parfois bien sombre le majestueux Palais du Roi Soleil, sans doute pour ĂŞtre en symbiose avec ce qu’il Ă©tait Ă  cette Ă©poque. La grande qualitĂ© de cet album vient aussi des Ă©lĂ©ments historiques fouillĂ©s, de vĂ©ritables rĂ©vĂ©lations pour certaines, tant il semble Ă©vident au commun des mortels dont je suis que ce château a toujours connu la mĂŞme splendeur et le faste que nous pouvons admirer aujourd’hui. MĂŞme si j’ai le souvenir, Ă  mesure de mes visites depuis près de cinquante ans, de l’ouverture de nouvelles salles, de nouveaux meubles, de restaurations aussi splendides et prodigieuses les unes que les autres. Car le travail de restauration et de conservation des grands musĂ©es, du patrimoine que nous a lĂ©guĂ© l’histoire est sans fin. Ce roman graphique a enfin l’avantage d’ĂŞtre crĂ©Ă© en partenariat avec le château de Versailles et par des auteurs qui connaissent et maĂ®trisent parfaitement leur sujet, cela se sent et renforce la crĂ©dibilitĂ© et l’intĂ©rĂŞt de cette lecture.

PassionnĂ©s d’histoire, de Versailles, ou simplement amateur de romans graphiques qui nous apprennent l’Histoire en nous racontant des histoires, ce livre est fait pour vous.

Catalogue Ă©diteur : Le Château de Versailles avec la BoĂ®te Ă  Bulles

Comment imaginer que, voici moins de 150 ans, le château de Versailles était presque tombé dans l’oubli ?
Lorsque Pierre de Nolhac s’y installe en 1887 avec femme et enfants, il s’aperçoit bien vite que le palais du Roi-Soleil n’intĂ©resse plus grand monde en ces temps rĂ©publicains. Il faudra au jeune attachĂ© devenu conservateur du château toute son Ă©nergie et sa dĂ©termination pour redonner au lieu ses lettres de noblesse… Mais Ă  quel prix ?
Henri de Nolhac, le fils de Pierre, nous conte sa vie de famille et de château, un rĂ©cit mĂŞlant joies et drames, petite et grande histoire…

ScĂ©nario : MaĂŻtĂ© Labat et Jean-Baptiste VĂ©ber
Storyboard : StĂ©phane LemardelĂ© et Alexis Vitrebert
Dessin : Alexis Vitrebert

2019 / 22 x 30 cm, 170 p., 24 € / ISBN 978-2-84953-347-5

BrĂ»lant Ă©tait le regard de Picasso, Eugène Ă‰bodĂ©

Pas un roman sur Picasso mais la biographie romancĂ©e d’une femme qui traverse le siècle et parle Ă  nos Ă©motions

J’y dĂ©couvre une hĂ©roĂŻne Ă©mouvante et attachante. Mado est nĂ©e Ă  ÉdĂ©a en Afrique d’un père suĂ©dois et d’une mère camerounaise sur les bord de la rivière rouge et blanche. Toute petite elle est Ă©levĂ©e par son père. Mais très vite celui qui est reparti en Suède pour voir sa famille se trouve bloquĂ© lĂ -bas car la seconde guerre mondiale vient de dĂ©buter. Tout change alors dans la vie de Mado.
Face Ă  l’inquiĂ©tude des combats et de la guerre, et alors que son Ă©poux Jacques a pris les armes pour dĂ©fendre la France libre, sa « mère d’adoption » quitte le Cameroun pour Perpignan, via le Maroc et Constantine. La rencontre avec le gĂ©nĂ©ral De Gaulle ou l’armĂ©e du gĂ©nĂ©ral Leclerc, les troupes françaises libres qui “blanchissent” leurs rĂ©giments Ă  la libĂ©ration de Paris, sont des Ă©pisodes marquants de ces annĂ©es-lĂ . L’arrivĂ©e Ă  Perpignan est pour Mado une plongĂ©e dans un autre monde. L’Ă©cole, la religion qu’elle embrasse sans que ce soit celle d’aucun de ses parents biologiques, tout change. Elle prend dĂ©sormais conscience de sa couleur de peau, car la belle mĂ©tisse attire les regards et ce n’est pas toujours un bonheur pour la jeune femme.
Jusqu’au jour oĂą elle rencontre Marcel, l’homme de sa vie. Ă€ CĂ©ret oĂą ils s’installent, le couple rencontre les grands artistes de son Ă©poque, Chagall, Matisse, Dali, Miro, et « BrĂ»lant Ă©tait le regard de Picasso » sur la belle Mado. Ils Ĺ“uvrent ensemble pour la promotion et la protection de l’art et des artistes et pour la crĂ©ation du musĂ©e d’art moderne qui abrite en particulier les donations de Picasso.

J’ai aimĂ© partager la vie et les tourments de Mado enfant, en quĂŞte de sa famille biologique, de cette mère qu’elle a longtemps crue morte mais qu’elle retrouvera finalement. Une hĂ©roĂŻne au destin si lumineux malgrĂ© les nombreuses blessures de l’enfance, une femme Ă  la fois forte et fragile et que l’on se prend Ă  aimer si fort. Mais Ă©galement entendre les difficultĂ©s des pays africains pendant la colonisation et la dĂ©colonisation, par ceux qui les ont vĂ©cues, que ce soit le point de vue des colons ou celui des africains.
Il faut dire que l’Ă©criture d’Eugène ÉbodĂ© est magnifique, le style travaillĂ© et de grande qualitĂ©. Il nous entraĂ®ne dans cette vie que nous avons tous envie de connaĂ®tre. Car Mado, ou Madeleine Petrasch est âgĂ©e de 84 ans et vit Ă  CĂ©ret. Cette femme forte, mère et grand-mère si attachante, n’est pas sortie de l’imagination de l’auteur mais est bien un personnage important de l’histoire de la ville. La crĂ©atrice de l’association des amis du musĂ©e de CĂ©ret a traversĂ© le siècle et connu tant de chagrins et de joies.
Une superbe biographie romancée que je vous recommande vivement.

Pour aller plus loin, on ne manquera pas d’aller visiter le site de l’auteur https://www.eugene-ebode.fr/

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

À quatre-vingts ans passés, Mado, née d’un père suédois et d’une mère camerounaise, vit à Perpignan et se souvient : de son enfance à Edéa, au Cameroun, sur les bords de Rivière blanche et rouge, avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et ses bouleversements. Elle revoit son départ inattendu vers la France où l’entraîne une mère adoptive aux nerfs fragiles. Les voici en escale à Témara, au Maroc, ovationnant le général de Gaulle venu stimuler la 2ème DB du général Leclerc en route vers le débarquement en Normandie. Lui revient aussi son escale à Constantine, en Algérie, où la Victoire des Alliés s’achève dans des explosions de joie mais aussi de colère. Arrivée à Perpignan, Mado déplore et le froid et les regards de biais sur une Métisse chagrine qui, longtemps, a cru sa mère biologique morte.
C’est à Céret que Mado deviendra l’amie et l’égérie secrète de plusieurs artistes de renom : Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali…

Collection Continents Noirs / Publication date: 14-01-2021 / 256 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072914850 / 20,00€