Les nuits d’Ă©tĂ©, Thomas Flahaut

Le roman mĂ©lancolique et humain d’une gĂ©nĂ©ration dĂ©senchantĂ©e

Thomas et Louise, des jumeaux âgĂ©s de 25 ans, et Mehdi sont des amis d’enfance, des amis du quartier, celui des Verrières, en Franche-ComtĂ©, pas loin de MontbĂ©liard. Mais si le père avait trimĂ© pour que Thomas s’en sorte et parte Ă  la ville faire des Ă©tudes qui lui permettrait d’Ă©chapper Ă  la vie des ouvriers, celui-ci s’est sans doute un peu fourvoyĂ©. Ou bien avait-il des aspirations plus hautes que ses capacitĂ©s, toujours est-il que fort de ses Ă©checs aux Ă©tudes de mĂ©decine, c’est dans l’usine qu’il pose aujourd’hui son bardât pour avancer.

VoilĂ  donc Mehdi et Thomas dĂ©sormais collègues Ă  l’usine, la seule qui embauche dans ce coin oĂą la zone a gagnĂ© du terrain. Celle-lĂ  mĂŞme oĂą travaillaient dĂ©jĂ  leurs pères, qu’ils avaient rĂŞvĂ© de fuir, mais qui inexorablement les ramène Ă  leur condition. Job d’Ă©tĂ© ou Ă©tudes manquĂ©es, qu’importe puisque finalement les voilĂ  qui triment comme le autres, sans aucun espoir de s’en sortir un jour. Il faut alors apprendre le maniement des machines, le bruits, les odeurs, la solidaritĂ© et l’entraide, les gestes de sĂ©curitĂ© et le rythme intensif de la production.

Jusqu’au jour oĂą… les actionnaires, les dĂ©localisations, les patrons peu soucieux de leurs ouvriers, tout y passe et l’usine ferme pour se rĂ©installer plus loin, mais avec beaucoup moins de travailleurs. Et cette dĂ©localisation se fera au grand dĂ©sarrois de toutes ces familles qu’elle faisait vivre dans la vallĂ©e.

C’est dans cette usine que Louise est venue poursuivre sa thèse sur les ouvriers frontaliers. Elle se rapproche de Mehdi le solitaire, l’enfant restĂ© au pays qui travaille dans les stations de ski l’hiver et Ă  l’usine tous les Ă©tĂ©s, qui rentre Ă  moto par l’autoroute transjurane pour passer la frontière entre la France et la Suisse. Lui seul dans ce trio sait dĂ©jĂ  ce que veut dire la prĂ©caritĂ©, lui qui aide chaque jour son père, dans son camion rĂ´tisserie sur les parkings de supermarchĂ©s.

Chacun Ă  leur manière, ils incarnent une partie de cette jeunesse de plus en plus dĂ©sespĂ©rĂ©e qui ne sait plus oĂą est son avenir. Dans ce monde gouvernĂ© par l’argent, oĂą les dirigeant suivent le bon vouloir des actionnaires, l’humain n’est plus au centre. C’est aussi un monde de silence que nous dĂ©crit l’auteur, entre frère et sĹ“ur, avec les parents, ceux de Thomas ou le père de Mehdi, silence de ouvriers jamais entendus par des patrons invisibles.

Fils d’ouvrier lui-mĂŞme, Thomas Flahaut a travaillĂ© dans une usine, dans le Jura bernois. Il avait d’ailleurs dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© ce thème du monde ouvrier et de ses problĂ©matiques dans son prĂ©cĂ©dent roman. Il a le talent de le faire sans acrimonie, avec justesse et rĂ©alisme. Il nous propose une analyse sociale de la jeunesse d’aujourd’hui, Ă  un moment charnière de la vie entre adolescence et âge adulte, avec ses rĂŞves, ses dĂ©sillusions et ses attentes, tout en donnant une vraie dimension romanesque Ă  son histoire. Il y a lĂ  Ă  la fois l’amitiĂ©, la mĂ©lancolie, la douceur mais parfois la violence des nuits d’Ă©tĂ©.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020
Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois


Catalogue Ă©diteur : L’Olivier
Thomas, Mehdi et Louise se connaissent depuis l’enfance.
À cette époque, Les Verrières étaient un terrain de jeux inépuisable. Aujourd’hui, ils ont grandi, leur quartier s’est délabré et, le temps d’un été, l’usine devient le centre de leurs vies.
L’usine, où leurs pères ont trimé pendant tant d’années et où Thomas et Mehdi viennent d’être engagés.
L’usine, au centre de la thèse que Louise prépare sur les ouvriers frontaliers, entre France et Suisse.
Ces enfants des classes populaires aspiraient à une vie meilleure. Ils se retrouvent dans un monde aseptisé plus violent encore que celui de leurs parents. Là, il n’y a plus d’ouvriers, mais des opérateurs, et les machines brillent d’une étrange beauté.

Grande fresque sur la puissance et la fragilité de l’héritage social, Thomas Flahaut écrit le roman d’une génération, avec ses rêves, ses espoirs, ses désillusions.

Né en 1991 à Montbéliard (Doubs), Thomas Flahaut a étudié le théâtre à Strasbourg avant de s’installer en Suisse pour suivre un cursus en écriture à l’Institut littéraire suisse de Bienne. Diplômé en 2015, il vit aujourd’hui à Bienne. Il s’initie à l’écriture de scénario et a cofondé le collectif littéraire franco-suisse ­Hétérotrophes, avec des auteurs issus de la filière biennoise.

Paru : 27 aoĂ»t 2020 / 140 Ă— 205 mm 224 pages EAN : 9782823616026 18,00 €

Avant elle, Johanna Krawczyk

Elle, la fille au père si secret, Elle la dictature d’un pays meurtri, avant elle, un premier roman puissant

Elle, Carmen, ne sait plus d’oĂą elle vient ni qui elle est. Elle se noie dans l’alcool et la dĂ©pression depuis la mort d’Ernesto Gomez, le père tant aimĂ©, silencieux, secret. Pourtant, tout devrait lui sourire. Elle est professeur d’espagnol, spĂ©cialiste de l’AmĂ©rique latine. Une Ă©vidence pour cette femme dont les parents sont arrivĂ©s d’Argentine avec leurs lourds secrets, lorsqu’ils ont fui la dictature après l’enlèvement d’Ernesto. Carmen a une petite fille qu’elle ignore totalement, celle-ci est nĂ©e juste après le dĂ©cès de son père, et si une naissance remplace parfois celui ou celle qui vient de partir, pour elle ce vide est bien trop immense pour parvenir Ă  le combler. Ni son mari RaphaĂ«l, ni sa fille, ne peuvent Ă©viter les longues heures de dĂ©sespoir, encore moins remplacer la Vodka et le Whisky qui rĂ©chauffent et permettent d’oublier.

Jusqu’au jour oĂą on la contacte pour lui demander de venir dans un garde meuble rĂ©cupĂ©rer des affaires de son père. Ce sera alors la dĂ©couverte de sept carnets, sept dĂ©cennies pour dire les silences d’une vie. Mais ces carnets intimes vont la mener très loin dans les sombres recoins d’une histoire qu’elle aurait sans doute prĂ©fĂ©rĂ© ignorer. Y trouvera-t-elle des explications au suicide de sa mère, au silence de son père, Ă  leurs vies Avant elle ?

Ernesto Ă©tait nĂ© en argentine en 1928. Issu d’une famille pauvre, un grand-père violent omnipotent qui quitte sa femme, une indienne Guarani, pour vivre avec sa maĂ®tresse. Une mère violĂ©e puis assassinĂ©e. Sa seule issue est l’orphelinat de Buenos-Aires oĂą il rencontre Mario, le frère de cĹ“ur, l’ami insĂ©parable, l’enfant handicapĂ© abandonnĂ© par sa famille. Devenus adultes, tous deux intĂ©greront l’armĂ©e.

Puis vient la ferveur nationale du gouvernement de Juan PerĂłn, Évita puis Isabel. Mais la junte militaire prend le pouvoir en 1973. DirigĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Videla, l’Argentine connaĂ®t les annĂ©es atroces, terribles de la dictature militaire qui sĂ©vit de 1976 Ă  1983. Des annĂ©es de massacres et de disparition en nombre pour la population (on dĂ©nombrera pas moins de 30 000 desaparecidos, 15 000 fusillĂ©s, 9 000 prisonniers politiques, et 1,5 million d’exilĂ©s). Ernesto ne quitte pas pour autant l’armĂ©e, ce lieu oĂą il a enfin trouvĂ© une famille et un avenir. Jusqu’Ă  cette annĂ©e 1979 oĂą, après un drame, il embarque pour la France avec sa femme et ses lourds secrets.

Une vie plus tard, Carmen dĂ©couvre l’histoire de son père, de son pays, de sa famille.

Avant elle est un roman puissant, intense, Ă©mouvant. L’auteur n’hĂ©site pas Ă  dĂ©montrer que la violence et les bourreaux sont souvent, hĂ©las, des gens ordinaires que l’on peut croiser au coin de sa rue. Nous qui avons sans doute tendance Ă  cataloguer ceux qui pratiquent la barbarie cela pose bien des questions. Tout comme ce rapport Ă©vident aux bienfaits ou effets de la psychogĂ©nĂ©alogie : sommes nous aussi ce que nos parents ont Ă©tĂ© avant nous ? Devons nous savoir pour ĂŞtre et devenir, et jusqu’Ă  quel point quand cette connaissance est pire que le silence et l’ignorance ?

J’ai aimĂ© le style très visuel, les flash-back et les questionnements, les vides Ă  remplir, les silence et les doutes. Mais aussi la façon dont le roman est mis en page, nous permettant de suivre aisĂ©ment les diffĂ©rents supports, vie de Carmen, carnets d’Ernesto. C’est Ă  la fois brillant, fort, intime, et un douloureux et nĂ©cessaire rappel de l’histoire somme toute assez rĂ©cente de l’Argentine.

En lisant Avant elle, j’ai forcĂ©ment pensĂ© au superbe roman de FrĂ©dĂ©ric Couderc Aucune pierre ne brise la nuit, Ă©galement publiĂ© chez HĂ©loĂŻse d’Ormesson et qui nous plongeait dĂ©jĂ  dans cette pĂ©riode de l’histoire. Je vous en recommande la lecture. Et parce que l’auteur Ă©voque Ă©galement la coupe du monde de Rugby de 1978, n’hĂ©sitez pas Ă  lire aussi Silencios, de Claudio Fava.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Pour aller plus loin, lire Ă©galement la chronique de Nicole du blog motspourmots

Catalogue Ă©diteur : HeloĂŻse d’Ormesson

Carmen est enseignante, spécialiste de l’Amérique latine. Une évidence pour cette fille de réfugiés argentins confrontée au silence de son père, mort en emportant avec lui le fragile équilibre qu’elle s’était construit. Et la laissant seule avec ses fantômes.
Un matin, Carmen est contactée par une entreprise de garde-meubles. Elle apprend que son père y louait un box. Sur place, un bureau et une petite clé. Intriguée, elle se met à fouiller et découvre des photographies, des lettres, des coupures de presse. Et sept carnets, des journaux intimes.
Faut-il prĂ©fĂ©rer la vĂ©ritĂ© Ă  l’amour quand elle risque de tout faire voler en Ă©clats ? Que faire de la violence en hĂ©ritage ? Avec une plume incisive, Johanna Krawczyk livre un premier roman foudroyant qui explore les mĂ©canismes du mensonge et les traumatismes de la chair.

160 pages | 16€ / Paru le 21 janvier 2021 / ISBN : 978-2-35087-737-2

Le train des enfants, Viola Ardone

Et si le bonheur Ă©tait aussi simple qu’un aller-retour en train ?

Italie 1946, le parti communiste organise un dĂ©placement d’enfants napolitains vers le nord du pays. La misère est grande dans le sud, la solidaritĂ© et l’entraide poussent ceux du nord Ă  accepter ces gamins comme les leurs, et Ă  les faire vivre avec eux, au sein de leurs familles, pendant de longs mois.

Amerigo est l’un d’eux. Il vit dans un basso du quartier populaire avec sa mère qui n’a pas de mari, mais fait de temps en temps des affaires avec un voisin un peu magouilleur. A sept ans, il traĂ®ne dans les rues du quartier avec les copains de misère, compte les chaussures trouĂ©es de ceux qui ont la chance d’en avoir aux pieds, et rĂŞve de connaĂ®tre enfin ce père inconnu parti chercher fortune en AmĂ©rique.
Souhaitant permettre Ă  son fils de connaĂ®tre autre chose que cette misère et de manger Ă  sa faim, sa mère accepte d’adhĂ©rer au programme. Mais comme les autres enfants du train, Amerigo craint de ne jamais pouvoir revenir chez lui, d’ĂŞtre envoyĂ© en Russie ou pire encore.
Il est surpris par l’accueil chaleureux qu’il reçoit dans la famille qui l’hĂ©berge. ÉtonnĂ© de l’amour que lui portent ces inconnus, comme s’il Ă©tait l’un des leurs. Éducation, nourriture, habillement, solidaritĂ©, affection, tout devient facile, normal, Ă©vident. Et l’enfant qui rĂŞvait de retrouver sa mère pourtant si peu dĂ©monstratrice ou aimante, s’intègre dans cette famille d’adoption au point de rĂŞver d’y rester. LĂ , il va mĂŞme dĂ©couvrir son aptitude pour la musique.
Comme tant d’autres avec lui, le retour dans le sud est un moment douloureux et dĂ©stabilisant
D’oĂą vient-il dĂ©sormais ? OĂą sont sa famille et ses repères ?
Qui sont ceux qui l’aiment, le protègent, l’aident Ă  grandir ? Le choix est difficile et pour avancer dans sa vie, Amerigo fera celui de la raison au dĂ©triment peut-ĂŞtre de celui du cĹ“ur.

Le train des enfants rappelle la vie difficile et misĂ©rable des rĂ©gions du sud après la seconde guerre mondiale. Et montre que le choix d’une vie peut ĂŞtre celui du renoncement, de l’oubli, de l’abandon d’une famille. Il y a beaucoup d’Ă©motion Ă  l’Ă©vocation de cette misère, du manque d’affection, mais toujours avec humour et quelques lueurs d’espoir dans cette solidaritĂ© qui s’exprime par delĂ  la solitude, la crainte, le chagrin. J’ai aimĂ© suivre Amerigo dans son aventure hors norme, et dĂ©couvrir par son regard d’enfant puis d’adulte cet Ă©pisode mĂ©connu de l’histoire contemporaine italienne. Ce joli moment de lecture m’a fait penser aux ambiances si particulières des films italiens des annĂ©es 50.

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Naples, 1946. Amerigo quitte son quartier pour monter dans un train. Avec des milliers d’autres enfants du Sud, il traversera toute la pĂ©ninsule et passera quelques mois dans une famille du Nord : une initiative du parti communiste vouĂ©e Ă  arracher les plus jeunes Ă  la misère après le dernier conflit mondial.
Loin de ses repères, de sa mère Antonietta et des ruelles de Naples, Amerigo dĂ©couvre une autre vie. DĂ©chirĂ© entre l’amour maternel et sa famille d’adoption, quel chemin choisira-t-il ?

S’inspirant de faits historiques, Viola Ardone raconte l’histoire poignante d’un amour manquée entre un fils et sa mère.

6 Janvier 2021 / 140mm x 205mm / 304 pages / EAN13 : 9782226442017 Prix : 19.90 € / numĂ©rique
Prix : 13.99 â‚¬ EAN13 : 9782226455628

La dixième muse, Alexandra Koszelyk

Au seuil de deux univers parallèles, entrer dans la vie de Guillaume Apollinaire

S’égarer dans les allĂ©es du Père-Lachaise, quel parisien ou mĂŞme touriste ne l’a pas dĂ©jĂ  fait ? Comme tous les cimetières de la capitale il recèle des trĂ©sors pour les esprits fĂ©conds. Tous les artistes qui reposent lĂ  pour l’Ă©ternitĂ© peuvent nourrir notre imaginaire.

Florent y vient un jour de pluie seconder son ami Philippe et surtout fuir la mĂ©lancolie qui l’habite. Il tombe par hasard sur la tombe de Guillaume Apollinaire de Kostrowitzky. Le poète qui a combattu pendant la première guerre mondiale est dĂ©cĂ©dĂ© le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole. Rien de bien glorieux aux yeux de sa mère, une femme extravagante qui n’a pas vraiment su Ă©lever ses garçons, mais il laisse un grand vide et une vĂ©ritable tristesse pour ses amis, en particulier pour Pablo Picasso.

A peine rentrĂ©e chez lui, Florent se penche avec aviditĂ© sur les poèmes, textes, calligraphies du poète qu’il avait un peu oubliĂ© depuis ses annĂ©es de scolaritĂ©. Et peu Ă  peu, cela devenient une obsession, il veut le suivre, le comprendre, le connaĂ®tre. Une empathie, une curiositĂ©, une boulimie l’habitent. Il veut savoir oĂą il est allĂ©, qui il a cĂ´toyĂ©, qui il a aimĂ©, comment il a vĂ©cu. Comment peut-il revenir Ă  la vie, Ă  sa Louise, Ă  son travail, Ă  un monde bien plus terre Ă  terre.

Florent vit dĂ©sormais dans les pas d’Apollinaire. Il rencontre et aime ce et ceux qu’il aimait, au risque de s’y perdre. Un dĂ©doublement de vie qui lui fait rencontrer les nombreuses muses et femmes de la vie du poète. De Marie Laurencin Ă  Lou, de Annie Playden Ă  Madeleine Pagès, elles ont comptĂ©, elles ont aimĂ© et quittĂ© cet amoureux enfin assagit par son trop bref mariage avec la flamboyante Ruby. Wilhelm Kostrowitzky devenu Apo le prophète, le poète, si proche de la nature, des arbres, du vent, ne fait qu’un avec les saisons, sera portĂ© toute sa vie par l’amour et la passion. ProtĂ©gĂ© par dame nature comme il aimait le clamer, il Ă©chappe Ă  la mort dans les tranchĂ©es mais pas au virus espagnol qui a dĂ©cimĂ© une grande partie de la population de l’époque. Au grès des rĂŞveries de Florent on rencontre entre autre Cendras, Pablo Picasso, et les amis qui l’ont accompagnĂ© jusqu’au bout lorsque la grippe l’a emportĂ©.

J’ai aimĂ© ce roman qui nous entraĂ®ne dans les pas d’Apollinaire et dans les rĂŞves et la folie de Florent. C’est le roman de deux Ă©poques qui se rencontrent, pour lequel il faut se laisser aller et consentir Ă  passer par des hallucinations et des rĂŞves Ă©veillĂ©s. Si vous l’acceptez, alors c’est gagnĂ©, la rencontre et la magie opèrent. Enfin, en Ă©coutant les mots de GaĂŻa la dixième muse, un Ă©lĂ©ment hautement symbolique de cette mère nature qui nous porte, nous Ă©lève, nous nourrit, comment ne pas avoir envie de prendre soin de la terre que l’on maltraite pourtant chaque jour depuis si longtemps.

Ă€ la fois ode Ă  la poĂ©sie, manifeste Ă©cologique et envolĂ©e vers des mondes parallèles, Alexandra Koszelyk dĂ©montre ici son talent Ă  se renouveler et nous Ă©tonner avec cet univers totalement diffĂ©rent de Ă  crier dans les ruines. C’est magique, onirique et poĂ©tique. L’amour est omniprĂ©sent, un amour compliquĂ© qui fait parfois autant de bien que de mal.

Pour aller plus loin : Si vous souhaitez partir Ă  la rencontre de Guillaume Apollinaire, ne manquez pas de dĂ©couvrir le roman APO, et Le Paris d’Apollinaire tous deux Ă©crits par Franck Balandier, un auteur que j’apprĂ©ciais particulièrement, et qui vient de nous quitter.

Catalogue Ă©diteur : Aux forges de Vulcain

Au cimetière du Père-Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

Alexandra Koszelyk est née en 1976. Elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien.
280 pages / Format : 14 x 20,5 cm / ISBN : 9782373051001 / Date de parution : 15 Janvier 2021 / 20.00 €

Over the rainbow, Constance Joly

Quand l’intime rejoint l’universel, le magnifique hommage d’une fille Ă  son père

Un livre pour dire l’amour d’une fille pour son père, pour dire la libertĂ© et la difficultĂ© d’ĂŞtre soi dans un monde qui ne vous comprend pas et ne vous accepte pas tel que vous ĂŞtes, pour dire la force d’un homme qui dĂ©cide enfin de vivre la vie pour laquelle il est fait, envers et contre tous.

Ă€ la fin des annĂ©es 60, Jacques le père de Constance quitte Nice et sa vie de couple avec Lucie. Il part vivre Ă  Paris la vie pour laquelle il est fait depuis toujours, mais qu’il n’avait sans doute pas rĂ©ussi Ă  accepter avant. Le vent de libertĂ© qui souffle en mai 68 a-t-il aidĂ©, ou est-ce la rencontre avec Ivan qui lui montre oĂą est sa vraie place ? Toujours est-il qu’il accepte enfin de se reconnaĂ®tre homosexuel Ă  une Ă©poque oĂą c »Ă©tait encore un crime ou une maladie qu’il fallait combattre.

La relation avec son ex femme, cette amoureuse meurtrie d’avoir Ă©tĂ© abandonnĂ©e, est d’abord compliquĂ©e, puis s’apaisera et deviendra plus sereine au fil du temps. Mais toujours le père saura s’occuper de sa fille, les week-ends, les vacances, l’Ă©ducation pas toujours facile Ă  mesure que les enfants deviennent des ados. et la fillette, puis l’adolescente, trouve sa place au sein du couple qu’il compose avec Ivan.

Il est solaire ce père, Ă  la fois artiste, amoureux, sĂ©ducteur, passionnĂ©, professeur d’italien, amateur de théâtre et d’opĂ©ra, d’art, de belles choses, mort Ă  cinquante quatre ans d’avoir eu le courage d’ĂŞtre enfin lui-mĂŞme, de vivre, et de ce que certains appelaient alors le cancer des homosexuels.

Car après les annĂ©es bonheur viendront les annĂ©es 90, les annĂ©es sida, terribles faucheuses de vies souvent regardĂ©es par les bien-pensants avec un dĂ©dain affligeant. Cette maladie sournoise est souvent tue par ceux que la contractent, surtout dans ces annĂ©es-lĂ . Elle est synonyme de diffĂ©rence, puisqu’elle touche en particulier le milieu des homosexuels. Elle est d’abord mal soignĂ©e, car mĂ©connue de la mĂ©decine. Et si aujourd’hui on en meurt moins, elle est toujours prĂ©sente et fait toujours des ravages.

L’auteur Ă©crit pour dire ce père aimant, ce père prĂ©sent, ses incomprĂ©hensions sans doute Ă  certains moments, quand les ados prĂ©fèrent les vacances avec les copains Ă  celles avec les parents. Mais aussi peut-ĂŞtre le regret de n’avoir pas vĂ©cu ces moments oĂą ils auraient pu se retrouver et qui sont perdus Ă  jamais.

C’est surtout un texte d’amour, d’empathie, de reconnaissance pour la vie donnĂ©e. C’est le livre des regrets, de l’absence, des silences que l’on aimerait combler, des mots que l’on voudrait dire, des regards que l’on ne peut plus poser sur l’autre, sur ce père qui forcĂ©ment manque tant.

C’est beau comme l’amour d’une fille pour son père, d’un père pour sa fille, lumineux comme sait l’ĂŞtre la vie et sombre parfois comme le sont la maladie et la mort. On ressort de cette lecture bouleversĂ©, Ă©mu, avec l’envie de les prendre tous les deux dans nos bras et de les remercier de vivre et d’aimer aussi fort, aussi bien, aussi vrai. Merci Constance Joly de nous avoir emmenĂ© avec autant de sensibilitĂ©, de justesse et de poĂ©sie Over the rainbow Ă  la rencontre de Jacques, cet homme que j’ai presque l’impression d’avoir connu.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.
Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiĂ©vreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la libertĂ©, celui d’être soi contre vents et marĂ©es.

Constance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.

Paru le 06/01/2021 / 192 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081518650 / 17,00€

Ă€ la rencontre de l’association DĂ©sirdelire, la littĂ©rature en mouvement

Une association en Haute-Provence qui parle et (vous) fait parler de la littĂ©rature d’aujourd’hui. 

La prĂ©sidente de l’association est Évelyne Sagnes.

Présidente-fondatrice de l’association Par sons et par mots (jusqu’en septembre 2020), active pendant dix ans sur le territoire des Alpes de Haute-Provence, avec des projets culturels menés avec les habitants. En charge de la programmation littéraire de l’association et modératrice des rencontres littéraires. Rédactrice d’un blog littéraire Tribunelivre

Bonjour Évelyne, pouvez-vous nous dire comment vous avez eu envie de créer Désirdelire ?

J’ai crĂ©Ă© cette association il y a quelques mois (après une longue expĂ©rience dans une autre structure que j’avais aussi fondĂ©e), avec le dĂ©sir de promouvoir la littĂ©rature d’aujourd’hui et la lecture, de faire connaĂ®tre les auteurs, mais aussi les Ă©diteurs et les traducteurs. Tous les acteurs du livre. Nous cherchons Ă  Ă©tablir des relations de proximitĂ© entre les publics et ces acteurs.

Quel est son but ?

Faire dĂ©couvrir la littĂ©rature d’aujourd’hui, tous les acteurs du livre (auteur, traducteur, Ă©diteur etc.), inciter Ă  la lecture et impliquer les publics dans les actions. L’association organise des journĂ©es  avec les auteurs qu’elle invite : cette annĂ©e le 10 avril avec Jadd Hilal et le 29 mai avec Arno Bertina. Avant leur venue des ateliers sont proposĂ©s. Pour cela nous travaillons avec d’autres associations : Le Labo des Histoires (pour les ateliers d’écriture crĂ©ative avec les jeunes) et Le Paon Festival (pour les lectures mises en espace). Le jour de la rencontre, un Ă©change s’instaure avec les participants qui restituent leur travail Ă  cette occasion.

Nous avons également un partenariat avec les Correspondances de Manosque qui nous permet a minima de recevoir pour un événement l’auteur/l’autrice en résidence. 
Nous organisons enfin pour la première fois un atelier d’initiation à la traduction avec le CITL. 
Nous comptons inviter la directrice des Ă©ditions  Zulma, Laure Leroy,  chez qui notre autrice en rĂ©sidence est Ă©ditĂ©e. C’est un partenariat avec une librairie.

Chaque annĂ©e vous recevez un auteur en rĂ©sidence. Qu’est-ce que cela signifie pour l’auteur ? Comment le sĂ©lectionnez vous ? Combien de temps vient-il ? Avec un but prĂ©cis ?

L’auteur.e en rĂ©sidence reste pendant deux mois sur le territoire (en 2021 Ă  Reillanne – 04 en juin et septembre). Elle/il vient pour travailler sur une de ses crĂ©ations en cours, dans un cadre diffĂ©rent, et assure une mĂ©diation culturelle que nous concevons ensemble. Pour cela, nous lui parlons des spĂ©cificitĂ©s du territoire puisqu’il/elle devra s’insĂ©rer dans sa vie quotidienne et artistique. Nous invitons des auteur.e.s avec lesquels nous nous sentons des affinitĂ©s littĂ©raires et qui ont une vraie expĂ©rience du travail sur le terrain avec des publics divers.
Je précise que ces résidences sont possibles grâce au soutien de la DRAC.

Pouvez-vous nous prĂ©senter Laurence Vilaine, en rĂ©sidence cette annĂ©e ?

Nous connaissons Laurence Vilaine depuis plusieurs annĂ©es. Nous avions Ă©tĂ© mises en relation par Pascal Jourdana, directeur de La Marelle Ă  Marseille oĂą Laurence avait Ă©tĂ© en rĂ©sidence il y a quelques annĂ©es. Le dĂ©sir de travailler ensemble Ă  un projet dans les Alpes de Haute-Provence s’est ainsi peu Ă  peu dessinĂ© et confirmĂ© pour 2021. Elle a publiĂ© son troisième livre chez Zulma en aoĂ»t 2020, La GĂ©ante (j’en ai rendu compte sur desirdelire.fr)  

En temps de covid, comment organisez-vous vos activitĂ©s ? En numĂ©rique ? En prĂ©sentiel ?

Dès l’automne nous avons décidé de  décaler toutes nos actions et la résidence entre mars et octobre, dans l’espoir que les conditions sanitaires seraient plus favorables. Pour le moment c’est notre site qui est le lieu « vivant » de Désirdelire. Nous invitons ceux qui le souhaitent à participer à son animation. Nous mettons également en ligne des textes inédits que nous avons demandés à des auteurs déjà publiés (chez Actes Sud, Alma, Gallimard, le Nouvel Attila, Inculte etc.) : c’est une rubrique appelée « Carte blanche » Nous sommes très heureuses du succès qu’elle rencontre. C’est l’occasion encore de partager ces écritures toutes si différentes.

Évelyne, je crois que vous aviez un blog littĂ©raire que vous avez laissĂ© au profit de DĂ©sirdelire ? 

En effet, j’ai pour le moment laissĂ© ce blog en pause. Les chroniques que je publie sont sur desirdelire.fr et parfois aussi sur mon blog Mediapart. Cela faisait beaucoup d’espaces d’expression ! 

Merci beaucoup pour cette attention portée à l’association Désirdelire !

Un grand merci Évelyne pour vos réponses.

Depuis cette semaine, l’association DĂ©sirdelire reprend chaque mardi sur son site une chronique de ce blog, dans la rubrique C’est Ă  vous, Échos de blogs.

Merci DĂ©sirdelire car plus on parle des livres que l’on a aimĂ©, plus on permet leur dĂ©couverte par le plus grand nombre.

Tant qu’il reste des Ă®les, Martin Dumont

Une Ă®le, entre le ciel et l’eau, vivante, avec des hommes et des bateaux

J’ai un souvenir très fort du premier roman de Martin Dumont, Le chien de Schrödinger, qui parlait si bien de la relation entre un père et son fils. Aujourd’hui, je devrais mĂŞme dire, aujourd’hui enfin paraĂ®t Tant qu’il reste des Ă®les, dans la collection les Avrils, une nouvelle collection littĂ©raire du groupe Delcourt.

Ici l’histoire de l’île se mĂŞle Ă  l’histoire intime de LĂ©ni. Il travaille au chantier naval de Marcel qui lui a appris le mĂ©tier et transmis sa passion. Avec Karim et Yann, mĂŞme si les commandes se font de plus en plus rares, ils ont en commun l’amitiĂ© et l’amour du mĂ©tier. Ils aiment aller se remonter le moral au cafĂ© du coin chez Christine et y retrouver les copains pĂŞcheurs autour de quelques bières. Jusqu’au jour oĂą Marcel leur demande de fabriquer un voilier pour un client, un rĂŞve et un espoir de rĂ©surrection pour ces jeunes ouvriers de la mer.

Mais c’est une Ă®le qui doit bientĂ´t ĂŞtre reliĂ©e au continent par un pont. Nombreux sont ceux qui ont votĂ© pour la construction du pont, pour la fin de l’isolement, des horaires des ferrys et des marĂ©es, de l’insĂ©curitĂ©. Mais quelques rĂ©fractaires comme StĂ©phane, un pĂŞcheur ami d’enfance de LĂ©ni, veulent manifester pour stopper les travaux qui avancent trop vite Ă  leur goĂ»t. Car un pont, c’est la fin de l’île, la fin de leur singularitĂ©, l’afflux des touristes et la transformation pour le pire bien plus sĂ»rement que pour le meilleur de leur petit coin de paradis.

LĂ©ni s’occupe un week-end sur deux de la fille Agathe. C’est un taiseux qui ne sait pas exprimer ses sentiments, mĂŞme lorsqu’il s’agissait de sauver son couple avec MaĂ«lys. S’impliquer dans la vie des autres, ou mĂŞme dans la sienne, il ne sait pas le faire, n’en a pas vraiment envie. Alors lorsque la jolie ChloĂ© vient s’installer sur l’île pour faire un reportage sur le pont, c’est encore dans son silence qu’il se mure, laissant les questions et les attentes sans rĂ©ponses.

LĂ©ni le taiseux est aussi un indĂ©cis. Il ne sait pas s’il doit reconquĂ©rir MaĂ«lys, se battre contre le pont avec ses amis pĂŞcheurs, accepter les sentiments de ChloĂ© et changer de vie, s’ouvrir Ă  l’autre. Il se laisse porter par ses doutes, ses hĂ©sitations, par une forme de facilitĂ© Ă  accepter les choses comme elles viennent.

J’ai aimĂ© ce parallèle entre la vie silencieuse et solitaire de LĂ©ni, et la vie des Ă®liens, isolĂ©s du reste du monde par volontĂ© ou par fatalitĂ©. Chacun se pose la question de ce qu’il convient de faire. Ă€ la fois pour les individus mais aussi pour la communautĂ©. Faut-il rester dans sa bulle de silence, de confort, de paix, ou accepter l’autre, que ce soit le touriste, ChloĂ© ou le pont, pour s’ouvrir au monde qui vous entoure, au bonheur qui vous tend les bras ?

L’Ă©criture est aussi prĂ©cise et dĂ©licate que pour le premier roman. Les mots se posent sur les sentiments, disent les hĂ©sitations, les bouleversements, les attentes, avec sobriĂ©tĂ© et justesse. Il n’y a ni trop ni pas assez, les Ă©vĂ©nements se succèdent, les personnages sont vrais, et en mĂŞme temps la poĂ©sie est omniprĂ©sente. C’est une bien belle lecture toute en Ă©motion portĂ©e par des embruns vivifiants que nous proposent Les Avril. VoilĂ  une collection qui dĂ©marre sous les meilleurs hospices avec ce superbe roman.

On ne manquera pas de lire Ă©galement la chronique de Nicole du blog motspourmots

Retrouvez cette chronique sur le site de l’association DĂ©sirdelire dans la rubrique Échos de blogs
Nous invitons Dominique Sudre chaque mardi à partager ici l’une des chroniques de son blog Domi C Lire. Cette semaine : Tant qu’il reste des îles, Martin Dumont, Les Avrils (janvier 2021)

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Les Avrils

Ici, on ne parle que de ça. Du pont. Bientôt, il reliera l’île au continent. Quand certains veulent bloquer le chantier, Léni, lui, observe sans rien dire. S’impliquer, il ne sait pas bien faire. Sauf auprès de sa fille. Et de Marcel qui lui a tant appris : réparer les bateaux dans l’odeur de résine, tenir la houle, rêver de grands voiliers. Alors que le béton gagne sur la baie, Léni rencontre Chloé. Elle ouvre d’autres possibles. Mais des îles comme des hommes, l’inaccessibilité fait le charme autant que la faiblesse.

Martin Dumont est né en 1988. Durant ses études d’ingénieur en Bretagne, il découvre la voile. Aujourd’hui architecte naval à Paris, il rejoint dès qu’il le peut le Morbihan pour naviguer. Après Le Chien de Schrödinger, son deuxième roman nous embarque dans le quotidien secret des insulaires, restitue l’âme des paradis perdus et la sensibilité des hommes.

En librairie le 6 janvier 2021 / ISBN : 978-2-491521-02-8 / Pages : 224 / Prix : 18 €

Mon inventaire 2020

Janvier 2021, Domi C Lire 6 ans déjà

Domi C Lire est un rendez-vous quotidien indispensable pour partager ma passion et vous donner je l’espère quelques envies de lecture.

2020 Ă©tait une drĂ´le d’annĂ©e avec des mois de confinement, des jours que l’on n’a pas vu passer, et souvent l’impression de perdre son temps, de ne pas avancer…

Heureusement l’envie de lire et de partager mes coups de cĹ“ur Ă©tait toujours lĂ . Que ce soit Ă  propos de nouvelles lectures, de rencontres (trop rares cette annĂ©e) avec des auteurs, d’expositions, de musĂ©es, théâtres et les villes ou les lieux que j’ai dĂ©couvert et partagĂ© ici.

Il y a beaucoup moins d’expositions, musĂ©es, théâtre, mais on se rattrapera en 2021 j’espère. Alors avec un peu plus de 190 livres tous genres confondus lus en 2020, combien en reste-t-il ? En tout cas, impossible de n’en garder que 10 comme je pensais le faire au dĂ©part…

Voici Mon inventaire 2020

Ces premiers romans bouleversants

Ces romans qui m’ont fait vibrer

Ces thrillers qui m’ont sortie du quotidien

Une envie de voyage

Une incursion réussie en littérature étrangère

Une BD, parce que Boris Vian !

Notre-Dame de Paris, La nuit du feu

L’incendie de Notre-Dame, un drame national, un patrimoine mondial

Qui a oubliĂ© l’incendie de Notre-Dame de Paris dans la nuit du 15 avril 2019 ?

Aujourd’hui GlĂ©nat propose cette belle BD composĂ©e avec les conseils de StĂ©phane Bern, et pour le scĂ©nario Arnaud Delalande, le dessin CĂ©dric Fernandez, les couleurs Franck Perrot et avec la collaboration d’Yvon Bertorello. De ce dernier je vous avais dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ© Bernadette, l’enquĂŞte. Cet album rĂ©alisĂ© en partenariat avec la fondation Notre-Dame.

Cette BD est un excellent reportage qui nous fait revivre avec Ă©motion Ă  la fois la terrible nuit de l’incendie et les Ă©tapes du sauvetage de ce joyaux de la culture française. Six-cent cinquante pompiers Ă  pied d’œuvre qui sans faillir ont menĂ© le combat pour lequel ils se sont engagĂ©s sauver ou pĂ©rir. Des camions, des infrastructures, des moyens physiques, numĂ©riques et humains absolument dĂ©mentiels vont ĂŞtre engagĂ©s pour sauver ce qui peut l’être sans faire prendre trop de risques aux personnels. Mettre en sĂ©curitĂ© les visiteurs, l’infrastructure, tout faire pour que l’incendie ne se propage pas dans le quartier alentour, mais aussi sauver le trĂ©sor et endiguer l’effondrement de cette merveille de l’architecture.

Nous assistons au rĂ©cit chronologique des Ă©vĂ©nements, d’abord une puis deux alarmes, les diffĂ©rentes vĂ©rifications, puis les hommes se retrouvent face Ă  l’incendie qui prend rapidement de l’ampleur, embrase la charpente, et non seulement dĂ©truit la flèche de Viollet-le-Duc mais cause des dĂ©gâts spectaculaires. Les auteurs nous montrent les secours engagĂ©s, les risques pour la vie des hommes et le combat menĂ© malgrĂ© tout avec professionnalisme et courage par les soldats du feu.
Les Ă©vĂ©nements sont dĂ©crits de l’intĂ©rieur, cĂ´tĂ© diocèse, BSPP, mairie de Paris, architectes des monuments historiques, etc. mais aussi interventions des journalistes, des Ă©lus et de tout ceux qui comptent en politique, et ce Ă©tape par Ă©tape jusqu’au moment oĂą l’incendie est enfin fixĂ©.

Les personnages connus ne sont pas toujours Ă©vidents Ă  reconnaĂ®tre, mais qu’importe. CĂ´tĂ© soldats du feu par exemple, il aurait fallu un nombre incalculable de pages pour tenter de leur rendre tous hommage. On y dĂ©couvre certains rĂ´les incontournables, comme ce croqueur de feu qui mieux que drones ou logiciel va aider aux prises de dĂ©cisions.

Mais de Saint Louis au prĂ©sident Macron, du gĂ©nĂ©ral de Gaulle Ă  Édouard Philippe, de Quasimodo Ă  EsmĂ©ralda, ils sont tous lĂ  ! Car toute l’histoire de France s’inscrit dans la vie de la cathĂ©drale. Moyen âge, croisades, rĂ©volution, invasion, seconde guerre mondiale, la cathĂ©drale a rĂ©sistĂ© Ă  tout et tient toujours debout. Et d’ailleurs, par quelques retours sur les siècles prĂ©cĂ©dents, les auteurs rappellent les diffĂ©rentes phases qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la rĂ©alisation, puis la construction de cette cathĂ©drale emblĂ©matique du catholicisme, de la ville de Paris et de la France. Les reliques, la couronne d’Ă©pine, le trĂ©sor, prennent ici toute leur place. Enfin, les dernières pages font un retour sur l’histoire de Notre-Dame de Paris.

Le tracĂ© et le couleurs sont aussi dĂ©taillĂ©s et parfois spectaculaires que le souvenir que chacun d’entre nous peut avoir de cette nuit d’incendie.

Pour ceux qui ont assistĂ© Ă  « La nuit du feu » le spectacle proposĂ© par la BSPP (auquel j’ai assistĂ© Ă  plusieurs reprises) le titre de l’album prend ici un tout autre sens.

Catalogue Ă©diteur : GlĂ©nat

Paris, le 15 avril 2019. Vers 18h20, un feu dĂ©marre sous la charpente de Notre-Dame de Paris. Une demi-heure plus tard, l’incendie se gĂ©nĂ©ralise Ă  l’ensemble de la cathĂ©drale. Et malgrĂ© l’intervention acharnĂ©e et hĂ©roĂŻque des pompiers, l’impensable finit par se produire : la flèche, Ĺ“uvre de l’architecte Viollet-le-Duc, s’effondre dans un dĂ©luge de dĂ©bris, de fumĂ©e et de flammes. Les yeux du monde entier assistent alors, impuissant, Ă  ce qui pourrait devenir la destruction en direct de l’un des plus grands fleurons du patrimoine de l’humanitĂ©.

À travers cette bande dessinée, revivez heure par heure les circonstances du drame et tentez de mieux comprendre. Par touches, revivez également les moments-clés de la construction de Notre-Dame et plongez au cœur de l’histoire de ce monument, qui reste l’un des plus visités au monde à l’heure actuelle.

Réalisé en soutien de la fondation Notre-Dame (à qui sera reversé 1€ pour chaque album vendu), cette bande dessinée bénéficie de la caution historique de Stéphane Bern, co-rédacteur d’un dossier pédagogique de 8 pages en fin d’album.

Parution : 04/11/2020 / Prix 14,95€ EAN physique 9782344041093 / Prix : 10,99€ EAN Epub 9782331048296

MĂ©moire de soie, Adrien Borne

Quand la famille est un monde et que son histoire se mĂŞle Ă  celle du pays

Lorsque Émile part pour le service militaire, en juin 1936, il a vingt ans et connaĂ®t si bien Auguste et Suzanne, ses parents, qu’il sait dĂ©jĂ  comment ils vont rĂ©agir face Ă  la sĂ©paration annoncĂ©e. Continuer leur vie, leurs habitudes, sans rien en changer. Pourtant, lorsque sa mère dĂ©pose au fond de son sac un mystĂ©rieux carnet, il n’imagine pas Ă  quel pont sa vie va en ĂŞtre transformĂ©e.

Car ce n’est pas le nom de son père, Auguste, que le militaire va dire Ă  haute voix lors de son incorporation, mais celui de Baptistin, un prĂ©nom inconnu qui lui ouvre un monde de questions et de silences. Dès lors, il n’aura de cesse de comprendre, pourquoi cet inconnu, pourquoi ces silences dans la famille, pourquoi l’absence de son vĂ©ritable père.

Peu Ă  peu, il remonte le fil de son histoire, et de l’histoire de son pays.

Suzanne abandonnĂ©e par ses parents. Sans doute n’ont-ils pas assez d’argent pour faire vivre la famille, alors une fille choisie au hasard dans la fratrie va ĂŞtre donnĂ©e Ă  l’orphelinat des sĹ“urs. LĂ , elle sera Ă©duquĂ©e et apprendra comment tenir une maison pour trouver un mari, et surtout un mĂ©tier. Elle connaĂ®t bien les cocons du vers Ă  soie, et maĂ®trise parfaitement le processus pour faire naĂ®tre le fil tant convoitĂ©.

Elle croise dans l’Ă©glise du village un beau garçon. De rencontre silencieuse en Ĺ“illade intimidĂ©e, les deux jeunes gens Ă©changent quelques mots, puis dĂ©cident de se frĂ©quenter. Suzanne quitte l’orphelinat pour la magnanerie de Bapstistin. Car Bapstistin a repris l’œuvre du père, cette magnanerie avec ses papillons, ses vers Ă  soie qui Ă©closent et prospèrent pour donner le fil de soie tant apprĂ©ciĂ© par les soieries lyonnaises. Pourtant l’installation ne se fait pas sans mal, la future bru ne plaĂ®t pas beaucoup Ă  la mère.

Mais la guerre, mais la grippe espagnole, mais le deuil et l’enfant… Baptistin n’est pas rentrĂ© du front en 1918. Auguste qui lui n’est jamais parti pourra prendre la suite, la place du frère prĂ©fĂ©rĂ©, et pourquoi pas tenir le rĂ´le du père absent.

Ce roman est magnifique, tout en finesse dans l’Ă©vocation des sentiments. Il est Ă  la fois dur, profond, violent parfois, et très fort, surtout quand il parle de l’intime et du silence, de la solitude et de la sĂ©paration, de la jalousie et de l’absence. BasĂ© sur une histoire vraie, celle de l’ancĂŞtre de l’auteur, il est aussi le reflet d’une Ă©poque. Il Ă©voque les annĂ©es difficiles des deux grandes guerres, mais aussi une Ă©poque oĂą dire ses sentiments, les montrer, aimer, espĂ©rer, souffrir, se faisait en silence et loin des autres.

L’Ă©criture est ciselĂ©e, poĂ©tique, mĂŞme pour dire le tragique et la douleur, les mots sont posĂ©s, les sentiments dĂ©cryptĂ©s avec subtilitĂ©, sensibilitĂ© et beaucoup d’empathie. C’est une belle dĂ©couverte de cette rentrĂ©e littĂ©raire.

CataloguĂ© Ă©diteur : JC Lattès

Ce 9 juin 1936, Émile a vingt ans et il part pour son  service militaire. C’est la première fois qu’il quitte la  magnanerie oĂą Ă©taient Ă©levĂ©s les vers Ă  soie jusqu’à la fin  de la guerre. Pourtant, rien ne vient bousculer les habitudes  de ses parents. Il y a juste ce livret de famille, glissĂ© au fond  de son sac avant qu’il ne prenne le car pour MontĂ©limar.
Ă€ l’intĂ©rieur, deux prĂ©noms. Celui de sa mère, Suzanne, et  un autre, Baptistin. Ce n’est pas son père, alors qui est-ce ?  Pour comprendre, il faut dĂ©vider le cocon et tirer le fil,  jusqu’au premier acte de cette malĂ©diction familiale.
Ce premier roman virtuose, âpre et poignant, nous  plonge au cĹ“ur d’un monde rongĂ© par le silence. Il explore  les vies empĂŞchĂ©es et les espoirs fracassĂ©s, les tragĂ©dies  intimes et la guerre qui tord le cou au merveilleux. Il raconte  la mĂ©canique de l’oubli, mais aussi l’amour, malgrĂ© tout, et la vie qui s’accommode et s’obstine.

Nombre de pages : 250 / EAN 9782709666190 / Prix du format papier : 19,00 € / EAN numĂ©rique : 9782709665889 / Prix du format numĂ©rique : 13,99 € / Date de parution : 19/08/2020