A la rencontre de StĂ©phanie Kalfon

Autour de son dernier roman Un jour ma fille a disparu dans la nuit de mon cerveau

StĂ©phanie Kalfon – Photo © Francesca_Mantovani/Gallimard

Bonjour Stéphanie,

Un jour ma fille a disparu dans la nuit de mon cerveau dont j’ai parlĂ© sur le blog il y a quelques jours est votre troisiĂšme roman. J’ai adorĂ© le premier, et je vous suis depuis. Ils sont tous trĂšs diffĂ©rents d’ailleurs et c’est aussi ce qui me plaĂźt chez vous.

Dans ce dernier roman paru aux Ă©ditions Verticales le 5 janvier, une petite fille disparaĂźt quelques heures et Ă  son retour, plus rien ne sera jamais comme avant dans sa famille. Sa mĂšre ne la reconnaĂźt plus et doute chaque jour un peu plus de la rĂ©alitĂ© du lien qui l’attache Ă  cette enfant.

Qu’est-ce qui a Ă©tĂ© Ă  l’origine de ce sujet ? La famille, le doute, la maladie ?

Ça a Ă©tĂ© la dĂ©couverte par hasard, il y a une dizaine d’annĂ©es, du syndrome de l’illusion des sosies. Je faisais des recherches sur un scĂ©nario et je suis tombĂ©e sur un petit livre qui rĂ©sumait une foule de maladies de maniĂšre humoristique, un peu comme des « fiches cuisine Â». J’ai Ă©tĂ© sidĂ©rĂ©e en lisant la dĂ©finition. J’ai Ă©clatĂ© de rire, puis ce rire s’est troublĂ© ; il m’a fait capturer quelque chose de bien plus grave, au revers du drĂŽle
ce sentiment tragique qu’éprouve la narratrice de mon roman, Emma, que j’ai observĂ© avec le plus grand sĂ©rieux du monde. Alors, ça a Ă©tĂ© comme un appel ; la certitude qu’il y a avait lĂ  une question qui m’était posĂ©e Ă  travers ce sujet, absolument vertigineuse. Il fallait que j’entre dans cette fiction, et que je marche sur la crĂȘte du vrai. Ma boussole, c’était le doute. Ce doute qui envahit le livre et cette famille, comme une infiltration. Parce que ce livre est avant tout un roman de l’incertitude.

Comment dĂ©cide-t-on de traiter un tel sujet ? Et surtout quel est l’aspect qui vous a le plus intĂ©ressĂ©e ?

Je ne dĂ©cide pas vraiment, je suis happĂ©e, hantĂ©e, dĂ©rangĂ©e, obsĂ©dĂ©e par quelque chose. D’ailleurs ce n’est jamais un sujet, c’est toujours trĂšs vague, mais saisissant. Ce qui fait que je me dĂ©cide Ă  aller voir, c’est la maniĂšre dont cette impression qui me frappe tout d’abord (qui peut se rattacher Ă  n’importe quoi ; un sourire, une situation dramatique, un fait personnel, une lecture, une lumiĂšre, etc
) persiste. Insiste. Vient se superposer Ă  la rĂ©alitĂ© de ma vie, entre dans mon imagination et se dĂ©ploie. Un peu comme une musique, une atmosphĂšre. Progressivement, elle est lĂ , puis elle est encore lĂ  et toujours lĂ , si bien que c’est elle qui dĂ©cide de me faire lire tel livre, aller voir tel spectacle, parler Ă  telle personne
 elle prend la main sur mes dĂ©cisions, elle me prend la main.

Ce qui m’a le plus intĂ©ressĂ©e dans cette histoire, c’est son mystĂšre. Je savais qu’elle contenait des thĂ©matiques qui me travaillent et qu’elle pouvait me permettre d’en parler autrement. Mais chaque fois que j’y parvenais, il fallait que je dĂ©cale la direction. La boussole de ce livre (qui parle de se perdre dans la nuit) Ă©tait toujours dĂ©calĂ©e, son « nord Â» se situait en dehors des clichĂ©s. Par exemple, entre Emma et sa fille il ne s’agit pas d’un manque d’amour, mais du rĂ©cit d’un amour manquĂ©.

Avez-vous rencontré ou lu des témoignages de personnes dans ce cas, que ce soit à la place de la mÚre, du pÚre mais aussi de la petite fille ?

Je me suis documentĂ©e exclusivement sur le syndrome, en lisant des tĂ©moignages et des publications scientifiques. Assez vite, j’ai eu la sensation d’avoir compris quelque chose qui me dĂ©passait totalement. Si bien que la plus grande partie de mes recherches, je l’ai consacrĂ©e Ă  quitter le terrain de la documentation pour entrer en profondeur Ă  la recherche de ces Ă©chappĂ©es ; j’ai couru aprĂšs l’exigence de l’authentique et du vrai, c’est avant tout sur moi que j’ai posĂ© le regard, sur « mon moi Â» d’écrivain, qui se dĂ©place dans les personnages, les temporalitĂ©s, les distances, les focales, les vĂ©ritĂ©s, les illusions. Je suis restĂ©e fidĂšle au vertige que je dĂ©couvrais. Les personnages se sont trouvĂ©s en chemin, mais ne sont pas tirĂ©s de tĂ©moignages rĂ©els. Sauf peut-ĂȘtre Emma, qui m’a d’emblĂ©e fait penser au personnage de Mabel dans « Une femme sous influence Â» de John Cassavetes : son sourire, sa maniĂšre de renoncer et de vouloir Ă  tout prix, sa solitude dĂ©solĂ©e, l’incomprĂ©hension des autres, ce qu’elle doit cacher, protĂ©ger, taire, amoindrir, imaginer pour se sauver d’un rĂ©el qui la considĂšre dĂ©jĂ  comme fugitive
 cela m’a inspirĂ©e Ă©normĂ©ment.

Il me semble qu’il est toujours difficile de se mettre Ă  la place des enfants, qu’en est-il pour vous ? Car Nina est prĂ©sentĂ©e avec une grande finesse et justesse des sentiments qui Ă©meut le lecteur au plus haut point.

Je trouve qu’il est difficile de se mettre Ă  la place de n’importe quel personnage, si on vise une proximitĂ© qui ne triche pas, si on accepte de le crĂ©er et de le regarder avec ses couleurs, ses volumes, et surtout, ses dĂ©fauts. Qu’il s’agisse d’une enfant ou d’un adulte, la situation dramatique d’une histoire les contraint d’une certaine maniĂšre. L’énergie de Nina, je la porte depuis longtemps. Le vrai travail, ça a Ă©tĂ© d’accepter d’aller au bout de ses dĂ©sirs, de ses sentiments, mĂȘme quand cela devenait cruel ; accepter de ne pas la protĂ©ger de sa mĂšre et que toutes deux dĂ©veloppent cette relation inouĂŻe, inĂ©dite. C’est sa relation avec sa mĂšre qui m’a permis de la rendre vivante : il fallait que tout soit totalement crĂ©dible, mĂȘme dans la folie, mĂȘme quand ça va trop loin. Mais sa mĂ©lodie est simple et stable : c’est une enfant, elle aime sa mĂšre, elle la regarde se perdre de croire qu’elle l’a perdue, alors cette gamine est capable de tout faire pour retrouver cet amour. Absolument tout. C’est dans cette exigence que se trouvait la clĂ© de Nina.

J’ai aimĂ© la façon dont vous parlez de Nina, son sentiment envers sa mĂšre, son silence, son incomprĂ©hension, cet abandon de l’amour maternel auquel elle doit faire face. Cela a-t-il Ă©tĂ© facile de parler d’une enfant et de lui faire vivre ce que vous avez dĂ©cidĂ© de lui faire endurer ?

Ça a Ă©tĂ© trĂšs difficile parce que rien, dans cette relation, n’est banal. La situation de dĂ©part est dingue : voici une mĂšre qui cherche une enfant qu’elle n’a pas perdue. Et voici une fille qui regarde sa mĂšre qui ne la voit plus. C’est violent, inextricable et paradoxal, car elles ne se parlent que d’amour au fond. Plus Emma cherche sa « vraie Â» fille sans jamais y renoncer, plus Nina mesure Ă  quelle point sa maman l’aime et tout ce qu’elle est prĂȘte Ă  faire pour elle. Mais c’est tragique, parce que l’enfant que sa mĂšre veut retrouver existe seulement dans la nuit d’Emma, le passĂ©, dans la lĂ©sion de son cerveau, en raison du syndrome dont elle est atteinte et qu’elle ignore longtemps. Nina est spectatrice passive. En thĂ©orie. Car elle ne le reste pas. Je crois que les enfants font toujours tout ce qu’ils peuvent pour changer les choses, rĂ©parer, aider, retrouver leur sĂ©curitĂ©. Ils sont prĂȘts Ă  tout, mĂȘme maladroitement ou de maniĂšre extrĂȘme et c’est ça qui me touche chez eux. C’est cela que j’ai cherchĂ© Ă  montrer avec Nina : elle ne juge pas, elle ne perd jamais confiance, elle ne se dĂ©courage pas, elle essaye, et elle s’ajuste. LĂ  oĂč les adultes y voient un lien violent, cruel, Nina y voit une situation Ă  traverser, Ă  rĂ©parer. Elle ne lĂąchera jamais la main de sa mĂšre. Et sa mĂšre non plus. C’est ce qui m’a bouleversĂ©e.

Comment avez-vous fait pour ĂȘtre aussi prĂšs de ses sentiments ?

J’ai essayĂ© de ne jamais m’éloigner de ce qui me dĂ©rangeait dans la vĂ©ritĂ© des sentiments traversĂ©s, et leur Ă©volution. M’approcher et tenter d’atteindre la justesse : cela, je l’ai fait de maniĂšre radicale, obsessionnelle, c’était un pacte avec moi-mĂȘme et ceux qui liraient. Le point de dĂ©part du dĂ©ploiement de l’histoire est tellement extravagant, que je voulais en contrepoids (et en contrepoint) que cela soit absolument crĂ©dible, rĂ©el. Rester Ă  ras de ce que nous pourrions tous ressentir dans la mĂȘme situation : pas de spectaculaire mais entrer dans le familier, lĂ  oĂč il se brise, justement quand il se brise. Parce que ce syndrome peut arriver Ă  n’importe qui.

Qu’est-ce qui vous a le plus intĂ©ressĂ©e dans cette relation familiale qui s’Ă©puise et se dĂ©lite face Ă  ce qui semble inĂ©luctable ?

Leur rĂ©sistance et leurs silences. La nuit est un registre spĂ©cial : en elle, le jour est incertain. Cette famille fait l’épreuve du vacillement de leurs repĂšres, de leurs pensĂ©es, de leurs points d’appui, mais cela se vit intimement, dans l’inouĂŻ. Le drame a lieu dans la rĂ©sonance des gestes, dans l’interstice des regards qui s’échangent ou ne s’échangent plus. Ce sont les non-dits qui les lient progressivement et prennent la place de leurs liens, qui m’ont passionnĂ©e. Cette maladie ne se guĂ©rit pas, ce qui arrive est donc inĂ©luctable et en cela, tragique. Mais je voulais qu’ils parviennent Ă  dĂ©passer le tragique, Ă  faire comme ils peuvent avec la vie. Comme nous tous.

Vous auriez pu Ă©crire un thriller, en tout cas vous nous faites vraiment suivre cette famille, avec ses questionnement et ses doutes, Ă  la façon d’un roman noir. Pourtant le lecteur plonge dans une intrigue bien plus profonde qu’il y paraĂźt de prime abord.

Était-ce une Ă©vidence pour vous au dĂ©part ?

Non, au dĂ©part je n’ai aucune Ă©vidence ; et j’ai mĂȘme dĂ©couvert la noirceur obligatoire de cette histoire au fur et Ă  mesure de l’écriture. Elle est Ă©vidente et pourtant, j’ai commencĂ© par de petits dĂ©tails, comme des touches de lumiĂšre, de petits pas. Ce dont j’étais conscience en revanche, c’est d’entrer dans une sorte de galerie des glaces, oĂč la possibilitĂ© que tout soit une illusion (ou non), ronge, dĂ©vore le rĂ©cit et fait vaciller sans cesse les certitudes. J’ai cherchĂ© avant tout Ă  proposer au lecteur d’une expĂ©rience du vacillement. Qu’en lisant, tout vacille sans cesse, Ă  cause de ce « peut-ĂȘtre Â» qui menace ce qui est posĂ©, menace sourdement, puis de maniĂšre de plus en plus sonore. Je voulais que la pensĂ©e du lecteur, ses rĂ©flexions, le rythme de sa comprĂ©hension, ses Ă©motions, ses impressions, ses effrois, ses curiositĂ©s, ses limites soient touchĂ©es, exactement comme les personnages de cette famille.

Comment s’est passĂ©e la genĂšse de ce roman ?

Longue. Dix ans. Des tĂątonnements, des recherches qui se sont perdues mille fois dans le vertige ; impossible de trouver oĂč se situait le point de vue rĂ©el de l’histoire et sa temporalitĂ©, c’est-Ă -dire ce qui pouvait durer vraiment tout le livre et non pas tenir en haleine et s’essouffler. Chaque fois que je trouvais une rĂ©ponse, un peu plus tard, tout retombait ; la tension, l’intĂ©rĂȘt, le sens de l’histoire cessaient d’agir ou d’avancer, Ă©lectrocardiogramme plat, brutalement. Je ne comprenais pas pourquoi. Jusqu’à ce que je rĂ©alise qu’il fallait que j’écrive du point de vue du doute, qui n’est pas exactement celui d’Emma, qui est plus prĂ©cis et plus vaste aussi, parce qu’il englobe les hors-champs et les autres personnages.

Avez-vous fait de nombreuses recherches sur la maladie avant d’Ă©crire ce roman ?

Au dĂ©but, j’étais partie pour Ă©tudier tout ce qui existait au monde sur le sujet. Mais j’ai « attrapĂ© Â» trĂšs vite le secret de cette maladie, parce que dans son Ă©vidence Ă©taient dĂ©jĂ  contenus une foule d’aspects qui m’étaient familiers. J’ai eu accĂšs Ă  son scandale, Ă  sa profondeur, Ă  tout ce par quoi cette histoire peut Ă  la fois fasciner et dĂ©ranger.

Comment est-il accueilli auprĂšs de vos lecteurs ? En tout cas pour moi qui vous suit depuis le premier je l’ai trouvĂ© particuliĂšrement rĂ©ussi, j’Ă©tais trĂšs heureuse de le lire, j’ai eu du mal Ă  le poser j’avais juste envie de le lire d’une traite.

Il est accueilli trĂšs joliment et je suis contente de voir qu’il parvient Ă  ceux qui le lisent, malgrĂ© la noirceur spĂ©ciale et les aspects dĂ©routants du sujet. A travers ce livre, je parle de choses simples et de sentiments que tous nous Ă©prouvons : de ce qui nous lie, nous dĂ©lie, nous sidĂšre ou nous soude. Ce qui me touche, c’est la maniĂšre dont les lectrices et lecteurs s’emparent du livre et en parlent spontanĂ©ment ; je trouve que ce qu’ils en Ă©crivent ressemble au livre, comme un petit « air musical Â» qui circulerait de moi Ă  eux. Comme si quelque chose de ce roman ouvrait leur envie d’écrire aussi, d’en passer par certains mots.

Quelle lectrice ĂȘtes-vous ?

Quand on est autrice, est-on aussi lectrice ? Si vous pouviez nous conseiller un roman, lequel ce serait ?

Un roman ? Un seul ? Impossible. Je peux vous conseiller le premier qui me vient en tĂȘte, La vie devant soi de Romain Gary, parce qu’en termes de cache-cache, d’illusion, d’humour tragiquement drĂŽle, de dĂ©sespoir tendre, de rythmique, de renouvellement, de panache, bref
 de tout ce qui fait que certains livres qu’on lit paraissent plus urgents que la vie, c’est un auteur majeur.

Pouvez-vous nous conseiller un roman de cette rentrée littéraire mais aussi un roman plus ancien ?

Je peux vous conseiller deux romans qui prolongent notre conversation :
Dans cette rentrĂ©e littĂ©raire, je vous conseille Une histoire du vertige de Camille de Toledo, en rĂ©sonance directe avec l’expĂ©rience de lecture du vacillement.
Autre conseil : L’attrape cƓur de Salinger : Ă©crit Ă  hauteur d’enfant, le temps d’une nuit.

Merci Stéphanie, je vous souhaite plein succÚs et longue vie à ce titre émouvant et surprenant.

Je vous remercie d’avoir acceptĂ© de rĂ©pondre Ă  mes questions.

Merci Ă  vous !

Cinq petits indiens, Michelle Good

Un roman choral bouleversant d’humanitĂ©, de douleur, d’espoir

Il y a Maisie, Clara, Lucy, Kenny et Howie et tous les autres, tous ceux qui ne sont plus lĂ , disparus pour certains, silencieux pour la grande majoritĂ© d’entre eux.

Qui sont-ils ? Ce sont des indiens autochtones canadiens. Alors qu’ils n’Ă©taient que des enfants, le gouvernement a dĂ©cidĂ© de les enlever Ă  leurs familles pour ĂŽter l’indien en eux, les faire vivre selon les prĂ©ceptes de la religion catholique, dans des Ă©coles qui devaient leur apprendre Ă  devenir des blancs vivants Ă  l’occidentale. Mais un indien reste Ă  jamais indien, fort heureusement, et cet Ă©pisode douloureux de l’histoire rĂ©cente du Canada signe l’échec de cette « invisibilisation » forcĂ©e des PremiĂšres Nations.

Michelle Good a voulu nous faire connaĂźtre leurs vies Ă  travers le destin de cinq enfants devenus adultes. Leur prime enfance souvent heureuse, l’arrachement aux familles, les annĂ©es noires du pensionnat, lĂ  oĂč rien ne leur sera Ă©pargnĂ©, puis leur avenir Ă  partir du jour oĂč ils sont tout simplement mis Ă  la porte du pensionnat Ă  leurs 16 ans.

Chacun Ă  son tour, les cinq petits indiens se racontent, du prĂ©sent au passĂ©, de l’enfance Ă  l’adolescence, les peurs, les pleurs, la souffrance, les violences subies, les visites nocturnes du PĂšre, tant aux filles qu’aux garçons, les silences de sƓur Mary et sa cruautĂ©, le soutien et l’entraide reçus de la part d’autres enfants.

Et le dĂ©part dans la vie, loin de la Mission, tellement difficile quand on a reçu ni amour, ni une Ă©ducation correcte pour pouvoir s’en sortir.

Un trĂšs beau roman, terriblement Ă©mouvant, empreint d’un rĂ©alisme qui fait mal tant les maltraitances sont flagrantes, la violence physique et morale destructrice pour ces adultes en devenir. Les derniĂšres Ă©coles ont fermĂ© en 1996 Ă  peine. De nombreux enfants sont passĂ© par lĂ , un grand nombre n’en est jamais revenu.

Des pratiques sordides que d’aucuns ont eues Ă©galement ailleurs. En lisant ce roman on pense Ă©galement aux enfants enlevĂ©s aux rĂ©publicains par le gouvernement espagnol de Franco pour les Ă©lever dans la ligne du parti au pouvoir. Ici, c’est la nation indienne qui est niĂ©e en bloc. Fort heureusement, depuis des procĂšs ont eu lieu, certains anciens pensionnaires ont pu s’exprimer au nom de tous ceux qui Ă©taient passĂ©s par lĂ , et une forme de reconnaissance essaye de voir le jour. Mais cela ne pourra jamais Ă©clipser la cruautĂ© de ce qu’ils ont subit pendant autant d’annĂ©es.

J’ai aimĂ© les Ă©couter, les suivre, eu mal avec eux des outrages subits et de leurs difficultĂ©s Ă  s’en sortir. J’ai suivi les traces de John Lennon et les pas des cinq petits indiens que je n’oublierai pas de sitĂŽt.

Michelle Good, est une autrice crie qui appartient Ă  la nation Red Pheasant. Elle a Ă©tĂ© l’avocate des survivants des pensionnats pendant de nombreuses annĂ©es. Ce sont leurs voix qu’elle nous fait entendre, leurs douleurs, leurs vies. Certes romancĂ©es, mais le fonds est lĂ , un roman choral bouleversant d’humanitĂ©, de tristesse, de douleur, mais aussi d’espoir et d’empathie.

Pour aller plus loin, lire par exemple l’article DĂ©couverte de corps d’enfants autochtones : comme si le Canada « se rĂ©veillait d’une longue amnĂ©sie »

« Ces pensionnats autochtones – on en dĂ©nombre officiellement 140 – ont Ă©tĂ© mis en place dans les annĂ©es 1880. Le dernier a fermĂ© en 1996″, »Le plus souvent gĂ©rĂ©s par l’Église catholique, leur objectif Ă©tait de ‘civiliser’ les enfants des PremiĂšres Nations. »

Pendant prĂšs d’un siĂšcle, l’État a ainsi arrachĂ© plus de 150 000 enfants amĂ©rindiens, mĂ©tis ou inuits, Ă  leur famille pour les assimiler Ă  la culture blanche dominante », poursuit-elle. Un rapport publiĂ© en 2015 estime qu’entre 4 000 et 6 000 seraient morts dans ces institutions sous l’effet de maladies, de sous-nutrition, de maltraitances ou d’abus sexuels. 

Catalogue Ă©diteur : Seuil, Voix autochtones

Traduit par : Isabelle Maillet

Canada, fin des annĂ©es 1960. Des milliers de jeunes autochtones, libĂ©rĂ©s des pensionnats, essaient de survivre dans le quartier d’East Vancouver, entre prostitution, drogue et petits boulots.
Il y a Maisie, qui semble si forte ; la discrĂšte Lucy, Ă©panouie dans la maternitĂ© ; Clara, la rebelle, engagĂ©e dans l’American Indian Movement ; Kenny, qui ne sait plus comment s’arrĂȘter de fuir, et, enfin, Howie, condamnĂ© pour avoir rossĂ© son ancien tortionnaire.

D’une plume saisissante, Michelle Good raconte les destins entremĂȘlĂ©s de ces survivants. Un roman choral bouleversant.

Michelle Good est une autrice crie appartenant à la nation Red Pheasant. Elle a travaillé comme avocate auprÚs des survivants des pensionnats autochtones pendant plus de 20 ans et elle a également publié de la poésie, des essais et des nouvelles dans de nombreux magazines et anthologies. Cinq Petits Indiens a reçu, entre autres, le prix du Gouverneur général 2020 et le prix du public Canada Reads de Radio-Canada.

Date de parution 10/03/2023 / 22.00 € TTC / 352 pages / EAN 9782021502626

Pour Tommy 22 janvier 1944, HĂ©lios Azoulay et Bedrich Fritta

Que d’émotion Ă  la lecture de ce court recueil pas ordinaire. Lorsque j’en ai entendu parler aux informations il y a quelques semaines, je n’imaginais pas qu’il serait aussi vite entre mes mains. J’en suis vraiment ravie.

Ces dessins de Bedrich Fritta pour son jeune fils Tommy ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s dans le camp de Terezin. Cinquante-deux aquarelles dĂ©couvertes aprĂšs guerre lĂ  oĂč elles avaient Ă©tĂ© cachĂ©es, avec d’autres dessins de cet artiste et d’autres artistes internĂ©s avec lui avec qui il avait Ă©tĂ© contraint de travailler pour les nazis.

Fritta a fait ce recueil pour son fils internĂ© dans le camp avec lui et sa femme. Une couverture en sac Ă  pomme-de-terre, ce petit livre carrĂ© contient des dessins en forme de cadeau d’anniversaire, de cadeau de vie, souvenir d’un pĂšre aimant qui espĂšre que son fils sortira vivant de l’horreur qu’ils vivent au quotidien.

Les artistes internés devaient travailler au service des nazis pour réaliser des plans, dessins, graphiques, tableaux. Mais ils ont également utilisé leur art pour laisser des traces et réaliser les dessins interdits qui pouvaient leur coûter cher, et qui leur ont coûté la vie pour la plupart.

Le 17 juillet 1944 aprĂšs la dĂ©couverte de quelques uns de ces dessins interdits, Bedrich Fritta, Leo Hass, Ferdinand Bloch, Norbert Troller et Otto Ungar sont arrĂȘtĂ©s, torturĂ©s, puis en octobre dĂ©portĂ©s vers Auschwitz. Fritta meurt lĂ -bas, mais Leo survit, il a donnĂ© sa parole, il va s’occuper de Tommy.

C’est aussi Leo qui revient au camp de Terezin pour retrouver et sauver les dessins qui sont toujours dans leurs cachettes. C’est Ă  cette occasion qu’il dĂ©couvre le livre de Tommy. Avec sa femme, ils adoptent Tommy et l’élĂšvent comme un fils. Il remet ce livre Ă  Tommy pour ses dix-huit ans. Tommy est dĂ©cĂ©dĂ© en 2015, mais Ă  travers son livre, c’est son histoire et celles des hommes artistes de Terezin qui se prolonge Ă  travers le temps pour ne jamais oublier.

Un livre comme un miracle, le don d’un pĂšre Ă  son fils Ă  travers la mort, un pĂšre qui dessine l’amour, la vie, l’espoir.

Le livre de Tommy est ici complĂ©tĂ© par les superbes textes d’ HĂ©lios Azoulay, empreints de justesse, pudeur, sincĂ©ritĂ©, et d’une grande Ă©motion pour dire ce qui a Ă©tĂ©.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions du Rocher

TerezĂ­n, 22 janvier 1944. Tommy a trois ans.

Pour son anniversaire, son pĂšre, le peintre Bedrich Fritt a, lui offre un livre qu’il a lui-mĂȘme dessinĂ©. Une histoire rien que pour lui. 52 petites aquarelles sublimes de beautĂ©, de dĂ©licatesse et d’humour. Et il y a tant de tendresse, tant de poĂ©sie dans cet ultime cadeau d’un pĂšre Ă  son fils que cela semble inconcevable qu’il ait pu voir le jour dans un camp, des mains d’un homme cernĂ© comme tous les siens par la terreur et la mort.

Le pĂšre mourut dĂ©portĂ© Ă  Auschwitz. L’enfant survĂ©cut.

Dialoguant Ă  travers le temps, l’Ă©crivain HĂ©lios Azoulay raconte l’histoire de Tommy, de son livre, de cet hĂ©ritage. Des pages d’une profondeur saisissante, dont on ressort Ă©tourdi et bouleversĂ©.

Bedrich Fritta est nĂ© en BohĂȘme, Ă  VisnovĂĄ, en 1906. De son vrai nom Fritz Taussig, il a Ă©tĂ© graphiste et caricaturiste Ă  Prague. DĂ©portĂ© Ă  Theresienstadt en 1941, il dirige le Bureau de dessin du DĂ©partement technique. En juillet 1944, il est arrĂȘtĂ© pour « propagande mensongĂšre». TorturĂ©, il est envoyĂ© Ă  Auschwitz oĂč il meurt le 4 novembre 1944. Ses dessins clandestins et son livre Pour Tommy sont parmi les plus grands chefs-d’Ɠuvre Ă  ĂȘtre revenus des camps.

HĂ©lios Azoulay est compositeur, clarinettiste, Ă©crivain, comĂ©dien. Artiste insaisissable, il se dĂ©ploie Ă  travers une Ɠuvre d’une extraordinaire libertĂ©. Parmi sa production littĂ©raire, citons L’enfer a aussi son orchestre, sur les musiques composĂ©es dans les camps dont il est devenu l’interprĂšte de rĂ©fĂ©rence avec l’Ensemble de Musique Incidentale qu’il dirige. Ses romans, Moi aussi j’ai vĂ©cu (Flammarion) et Juste avant d’Ă©teindre (Le Rocher), ont tous deux Ă©tĂ© adaptĂ©s au thĂ©Ăątre.

160 pages / 16,00 x 16,00 cm / Date de parution 18/01/2023 / ISBN 978-2-268-10799-8 / EAN 9782268107998 / 17,90€ TTC

Kimono, musĂ©e du Quai Branly jacques Chirac



Plus de 200 kimonos, anciens et plus modernes, mais aussi objets, gravures, etc. sont lĂ  pour nous raconter l’histoire de ce vĂȘtement emblĂ©matique portĂ© au Japon depuis le XVIIe siĂšcle.
Un kimono est toujours en forme de T, sa diversité vient du choix des matiÚres, broderies, accessoires associés.
On peut d’ailleurs voir dans cette expo une grande variĂ©tĂ© de tissus, soieries, cotons, et de somptueuses broderies.
Mais aussi techniques de teinture particuliĂšres, comme le Kanoko shibori, ou couleurs extravagantes Ă  base de pigments naturels.

VĂȘtements aussi bien fĂ©minin que masculin, portĂ© Ă  tout Ăąge, y compris par les enfants. Il existe depuis plus de 1000 ans.
Ici, on peut voir des vĂȘtements de l’Ă©poque Edo, de 1603 Ă  1868 jusqu’Ă  aujourd’hui.

S’il est un vĂȘtement emblĂ©matique de l’histoire du Japon, il est Ă©galement toujours d’actualitĂ©.

On peut voir des piĂšces rares comme un kimono fabriquĂ© par Kunihiko Moriguchi, mais aussi Yves Saint Laurent, John Galliano, etc. car il est toujours une source d’inspiration pour les grands couturiers.

L’expo est magnifique. RĂ©servation obligatoire, mais l’un des avantages de ce musĂ©e c’est que le billet dure toute la journĂ©e y compris si vous sortez. Je suis donc allĂ©e voir les blacks Indians le matin avec mon petit fils, et suis retournĂ©e seule l’aprĂšs-midi voir cette somptueuse exposition.

OĂč : musĂ©e du Quai Branly jacques Chirac

Quand : jusqu’au 28 mai.

Black Indians de La Nouvelle-Orléans

En dĂ©cembre je suis allĂ©e voir cette exposition que l’on pouvait voir jusqu’au 15 janvier 2023 au musĂ©e du quai Branly Jacques Chirac.

“If you go to New Orleans you ought to go see the Mardi Gras” (Si tu vas Ă  La Nouvelle-OrlĂ©ans, tu devrais aller voir le Mardi Gras) disait dĂ©jĂ  Professor Longhair dans son titre emblĂ©matique, Mardi Gras in New Orleans (1949). Aller lĂ -bas pour le mardi gras, c’est un must car c’est l’évĂ©nement par excellence qui incarne l’identitĂ© de La Nouvelle-OrlĂ©ans. Le carnaval, ses chars et ses fanfares dĂ©filant dans le Vieux CarrĂ© de la ville. Mais ce que l’on dĂ©couvrait en allant voir cette exposition, c’Ă©tait ces festivitĂ©s hĂ©ritĂ©es de l’époque coloniale française, les spectaculaires dĂ©filĂ©s de Black Indians, avec leurs incroyables costumes colorĂ©s, ornĂ©s de perles, sequins et plumes.

« Ces parades sont un vĂ©ritable marqueur social et culturel pour les Africains-AmĂ©ricains de Louisiane. PortĂ©es par les percussions et les chants des Big Chiefs et Queens issus d’une quarantaine de « tribus Â», elles cĂ©lĂšbrent la mĂ©moire de deux peuples opprimĂ©s, amĂ©rindiens et descendants d’esclaves. Elles tĂ©moignent de la rĂ©sistance de la communautĂ© noire aux interdits de la sĂ©grĂ©gation raciale et aux festivitĂ©s de Mardi Gras dont elle Ă©tait autrefois largement exclue. Tout en rendant hommage aux communautĂ©s amĂ©rindiennes ayant recueilli les esclaves en fuite dans les bayous. Â»

J’ai visitĂ© cette exposition avec mon petit-fils de 7 ans qui a apprĂ©ciĂ© les fabuleux costumes contemporains mais aussi la partie plus ancienne qui retraçait l’histoire de cette rĂ©gion Ă  partir des conquĂȘtes française de Cavellier de la Salle jusqu’Ă  nos jours. Avec bien sĂ»r les tribus des Indiens natifs, puis l’esclavage et l’arrivĂ©e des africains sur le territoire, enfin la façon dont les descendants des afro-amĂ©ricains se sont emparĂ©s des traditions des amĂ©rindiens avec ces costumes colorĂ©s qui Ă©voquent leurs tenues. La partie sur l’esclavage n’Ă©tait pas forcĂ©ment la plus facile Ă  expliquer, mais elle l’a beaucoup intĂ©ressĂ©. ChoquĂ© par cette notion d’esclavage et de privation de libertĂ©, il en a je pense retenu l’essentiel.

L’exposition prĂ©sentait ce que le musĂ©e appelle une culture singuliĂšre, construite par plus de trois siĂšcles de rĂ©sistance contre les assauts de la domination sociale et raciale, encore prĂ©sente aujourd’hui. C’Ă©tait en tout cas une vĂ©ritable dĂ©couverte, qui m’a donnĂ© envie d’aller faire un tour Ă  la Nouvelle-OrlĂ©ans si possible Ă  cette pĂ©riode spĂ©cifique de l’annĂ©e.

Cette exposition était organisée par le musée du quai Branly Jacques Chirac avec le soutien du Louisiana State Museum.

L’archiviste, Alexandra Koszelyk

Je suis attirĂ©e par la couleur pure, couleurs de mon enfance, de l’Ukraine, Sonia Delaunay

Alexandra K est une passeuse de mots, d’Ăąmes, d’histoires, celles d’un peuple qui depuis trop longtemps doit plier face Ă  l’envahisseur. Ce peuple qui a Ă©tĂ© contraint d’abandonner sa langue dĂ©jĂ  depuis les annĂ©es 1930, et donc sa mĂ©moire, son histoire. Ce peuple aujourd’hui encore envahi et meurtri par la puissance soviĂ©tique qui rĂȘve de l’anĂ©antir.

K vit avec une montre arrĂȘtĂ©e Ă  19h06, l’heure de l’invasion, de la guerre, de la dĂ©faite. Elle s’occupe de sa mĂšre malade Ă  qui elle ne dit rien de la situation en ville et dans le pays. Elle a une sƓur jumelle, Mila, partie photographier les combats, dont elle est sans nouvelle.
K est archiviste. Elle a refusĂ© de fuir. Les Ɠuvres d’art, livres, sculptures, tableaux majeurs du pays ont Ă©tĂ© mis Ă  l’abri dans sa bibliothĂšque aux sous-sols infinis. Chaque jour elle protĂšge ces richesses, accompagnĂ©e d’ombres invisibles et protectrices qui veillent avec elles. Mais c’est sans compter sur la visite de l’homme au chapeau qui doit mener Ă  bien un grand projet de rĂ©visionnisme d’Ă©tat. Il reprĂ©sente l’envahisseur et demande Ă  K d’annihiler les traditions et la culture de son pays en falsifiant et en dĂ©tournant un certain nombre d’Ɠuvres majeures. K peut-elle se soustraire Ă  ses ordres alors qu’il dĂ©tient sa sƓur jumelle sur qui il a droit de vie ou de mort.

De chapitre en chapitre, l’homme au chapeau lui prĂ©sente les Ɠuvres ou les artistes sur lesquels elle doit travailler. Et chacun est prĂ©texte Ă  nous parler avec poĂ©sie et dans une atmosphĂšre fantastique et envoĂ»tante qui allĂšge les douleurs, de la culture et des traditions de l’Ukraine, ce pays cher au cƓur d’Alexandra Koszelyk.

J’y retrouve ce qui constitue un pays, ses traditions, son histoire, sa culture, et dĂ©couvre ces artistes qui ont agit pour que vive et survive leur art.

Si le tournesol est l’une des fleurs emblĂ©matiques de l’Ukraine, ici ce sont les soucis qui fleurissent. Cette fleur orange appelĂ©e la chornobryvtsi est plantĂ©e partout et prolifĂšre dans les jardins et au bord des routes ;
L’hymne national crĂ©Ă© par Mukhailo Verbytsky en souvenir de l’Hematat, premier Ă©tat ukrainien fondĂ© par les cosaques en 1649, et les coutumes des cosaques ;
Mais aussi Kharkiv et les tentatives de faire taire Ă  jamais les joueurs de bandoura, l’instrument de musique traditionnel de l’Ukraine ;
Les vitraux d’Alla Horska, artiste assassinĂ©e comme tant d’autres dans les annĂ©es 70, et la poĂ©sie de Taras Chevchenko ou de Lessia OukraĂŻnka ;
Les peintures naĂŻves de Maria Primatchenko, dĂ©nigrĂ©e et rejetĂ©e par l’acadĂ©mie mais certaine d’ĂȘtre dans la bonne voie ;
La littĂ©rature de Mykola Gogol et son envie de parler de son pays mĂȘme en exil Ă  Paris ;
L’artiste peintre Sonia Delaunay et ses magnifiques Ɠuvres colorĂ©es pour peindre les sentiments les Ă©motions ;

Chacun Ă  sa maniĂšre donne sa force Ă  K, lui montre le chemin, ombres bĂ©nĂ©fiques qui veillent sur elle et sur la culture et les traditions d’un pays meurtri.

Comment ne pas Ă©voquer enfin les grands Ă©vĂ©nements qui ont marquĂ© le pays. L’Holodomor, la grande famine orchestrĂ©e par Staline pour vider l’Ukraine de ses habitants, mais aussi Tchernobyl ou la rĂ©volution de MaĂŻdan. Ces Ă©vĂ©nements meurtriers que l’on peut rapprocher de ce que vit l’Ukraine aujourd’hui.

Ce que j’ai aimĂ© ?

DĂ©couvrir cette culture que je connais trop peu et bien mal, et j’ai vraiment envie de m’y plonger plus avant pour mieux dĂ©couvrir les Ɠuvres et les artistes. D’ailleurs, si j’ai mis quelques jours Ă  le lire, c’est surtout par envie de noter des noms, de les chercher sur internet pour commencer Ă  mieux connaĂźtre ces artistes. Merci Alexandra K pour ce magnifique roman, l’Ă©criture est vraiment la plus belle façon de prendre les armes. A vous maintenant de lire L’Archiviste ce roman qui nous fait mieux comprendre le pouvoir que dĂ©tiennent les livres et la culture pour forger une nation.

Catalogue Ă©diteur : Aux forges de Vulcain

K est archiviste dans une ville dĂ©truite par la guerre, en Ukraine. Le jour, elle veille sur sa mĂšre mourante. La nuit, elle veille sur des Ɠuvres d’art. Lors de l’évacuation, elles ont Ă©tĂ© entassĂ©es dans la bibliothĂšque dont elle a la charge. Un soir, elle reçoit la visite d’un des envahisseurs, qui lui demande d’aider les vainqueurs Ă  dĂ©truire ce qu’il reste de son pays : ses tableaux, ses poĂšmes et ses chansons. Il lui demande de falsifier les Ɠuvres sur lesquelles elle doit veiller. En Ă©change, sa famille aura la vie sauve. Commence alors un jeu de dupes entre le bourreau et sa victime, dont l’enjeu est l’espoir, espoir d’un peuple Ă  survivre toujours, malgrĂ© la barbarie.

18.00 € / 272 pages / ISBN : 978-2-373-05655-6 / Date de parution : 07 Octobre 2022

La sĂ©lection des titres en lice pour le Prix Audiolib 2023

Cette année encore, pour mon plus grand bonheur, je vais participer au jury du Prix du meilleur livre audio avec les éditions Audiolib.

Mais alors, quels sont les livres dans la course pour remporter le Prix Audiolib 2023 ? Et surtout, le prix Audiolib, qu’est-ce que c’est ?

Il a été créé en 2013 et récompense chaque année le meilleur livre audio des éditions Audiolib.
Le jury des blogueurs dont je vais faire partie va devoir sĂ©lectionner les 5 finalistes aprĂšs l’Ă©coute attentive des 10 titres en lice. Ensuite, les lecteurs – vous par exemple ?- Ă©liront leur ouvrage prĂ©fĂ©rĂ© lors d’un vote en ligne qui dĂ©terminera le laurĂ©at du Prix Audiolib 2023.

En 2022, c’est Laura Imai Messina qui a Ă©tĂ© rĂ©compensĂ©e pour Ce que nous confions au vent, traduit par Marianne Faurobert et lu par Clara Brajtman.

La sélection 2023 :

Comme vous pouvez vous en douter, j’ai vraiment hĂąte de recevoir ces nouveaux titres et de les dĂ©couvrir !

Et si vous voulez lire les avis des jurĂ©es qui vont partager l’aventure avec moi, voici le liens vers leurs blog ou leurs chaĂźnes Youtube :

Que faire Ă  paris ? Visiter le Palais de la Porte DorĂ©e

Le palais de la Porte DorĂ©e ou MusĂ©e national de l’immigration et l’Aquarium Tropical

Un bĂątiment art DĂ©co construit Ă  la gloire de l’empire colonial, mais qui est aujourd’hui bien dans son Ă©poque et montre les apports positifs de l’immigration.

Construit par l’architecte Albert Laplace pour l’exposition coloniale de 1931, le Palais est lĂ  pour donner une image Ă  la fois pĂ©dagogique, monumentale et pĂ©renne du « Salut par l’Empire Â»

La majestĂ© de la façade en pierre sculptĂ©e par Alfred Janniot (1889-1969) montre la force Ă©conomique de la France, et tout ce que le pays peut retirer de ses colonies pour alimenter son industrie. On y retrouve Ă  la fois nue allĂ©gorie de la France, mais aussi les noms des principaux ports d’arrivĂ©e des produits, le Havre, Saint-Nazaire, Bordeaux, Marseille. Les reprĂ©sentations des personnages n’est pas celle du mĂ©pris que l’on pouvait trouver ailleurs Ă  cette Ă©poque. Au contraire, ils sont reprĂ©sentĂ©s dans un style Ă  la fois sĂ©vĂšre, puissant, et quelque peu sensuel, avec une Ă©galitĂ© de traitement homme femme. Mettant en scĂšne avant tout une forme d’utilitĂ© coloniale.

À l’intĂ©rieur, le Forum, ou ancienne Salle des FĂȘtes, dĂ©corĂ© par le peintre Pierre Ducos de la Haille (1886-1972) Ă©tait lĂ  pour montrer ce que la France apportait aux colonies.

Un mĂ©lange de style antique, inspirĂ© des styles grec et romain, et de l’art DĂ©co contemporain de la crĂ©ation du Palais Ă©voque Ă  la fois le classique et l’affiche publicitaire moderne.

De chaque cĂŽtĂ© du grand hall on peut encore admirer deux salons . Le salon Reynaud, concentrĂ© sur l’Afrique, et le salon Lyautey, sur l’Asie.

Sans en connaĂźtre les dĂ©finitions et tout ce que ces fresques voulaient reprĂ©senter, nous avons apprĂ©ciĂ© les dĂ©cors art DĂ©co, les reprĂ©sentations stylisĂ©es emblĂ©matiques de cette Ă©poque et d’une mentalitĂ© fort heureusement aujourd’hui en partie disparue. Nous sommes loin du « Nous avons apportĂ© la lumiĂšre dans les tĂ©nĂšbres Â» de Paul Reynaud, ministre des colonies pour son discours inaugural de l’Exposition coloniale de 1931.

Quoi que, lorsque je vois aujourd’hui les cursus proposĂ©s aux Ă©tudiants pour aller faire de l’aide l’humanitaire, en Afrique ou ailleurs, je me dis parfois que nous ne sommes peut-ĂȘtre pas si loin de cette pensĂ©e. La France se croit-elle indispensable Ă  l’Ă©volution de certains pays ? Ne vaut-il pas mieux mettre des compĂ©tence acquises dans diffĂ©rents mĂ©tiers au service des autres pour faciliter leur dĂ©veloppement, et arrĂȘter de penser que ces autres auront forcĂ©ment besoin de notre aide humanitaire sur le long terme ? Vaste sujet qui m’interroge et pour lequel je n’ai aucune rĂ©ponse.

ApprĂ©cier la beautĂ© et la diversitĂ© de l’aquarium tropical

Aujourd’hui, le palais de la porte dorĂ©e est Ă  la fois un musĂ©e et un trĂšs bel aquarium tropical, avec une belle sĂ©lection et prĂ©sentation de poissons et coraux, montrant la richesse de la biodiversitĂ©, attrait majeur pour les plus jeunes.

Nous avons essentiellement visitĂ© l’aquarium tropical car ce jour-lĂ  le musĂ©e Ă©tait fermĂ© (ce que l’on nous a dit au moment de payer nos billets couplĂ©s, musĂ©e aquarium, mais nous avons pu modifier !).

Nous avons apprĂ©ciĂ© la grande variĂ©tĂ© d’espĂšces prĂ©sentĂ©es, les diffĂ©rents aquariums proposĂ©s aux amĂ©nagement parfaitement en symbiose avec le milieu prĂ©sentĂ©, et les crocodiles albinos, frĂšre et sƓur, que les enfants ont beaucoup aimĂ©.

Quoi : Palais de la Porte DorĂ©e, musĂ©e de l’immigration et aquarium Tropical

OĂč : 293 avenue Daumesnil 75012 Paris

La porte du vent, Jean-Marc Souvira

Quand le vent de l’Histoire souffle sur le prĂ©sent, un polar humain et intelligent

Dans ce nouveau roman tant attendu, Jean-Marc Souvira nous entraßne auprÚs de clans mafieux qui réalisent ensemble des opérations financiÚres frauduleuses à grande échelle, alors que tout devrait les séparer, culture, origine, religion.

D’un cĂŽtĂ© le clan Nathan, ce sont des juifs qui habitent du cĂŽtĂ© de Saint MandĂ© et aiment faire dĂ©monstration de leur force et de leur richesse.
De l’autre cĂŽtĂ© l’empire du chinois Shen Li. Le patriarche prend soin de gĂ©rer son empire sans jamais montrer son immense fortune. Une vieille voiture, des gardes du corps habillĂ©s comme de simple travailleurs, une sociĂ©tĂ© du cĂŽtĂ© d’Aubervilliers, il habite avec sa famille en Seine et Marne. Il ne se mĂȘle jamais de trafic de drogue, c’est trop risquĂ© Ă  tout point de vue pour toute sa famille, c’est mĂȘme absolument interdit.
Pourtant, Ă  la suite de l’exĂ©cution en pleine rue de Richard Nathan, de son chauffeur et du garde du corps, que les bruits imputent Ă  Shen Li, puis en reprĂ©sailles celle de son ami Sun Hao exĂ©cutĂ© devant chez lui, il semble Ă©vident que quelqu’un parmi les siens a franchi la limite. Les morts violentes ne s’arrĂȘtent pas lĂ  et bientĂŽt les mafieux et les flics sont confrontĂ©s Ă  une vĂ©ritable hĂ©catombe.

L’enquĂȘteur en charge de ces affaires est Paul Dalmate, il doit tout mettre en Ɠuvre pour Ă©lucider ces meurtres. Ancien sĂ©minariste, ce flic solitaire aime la musique, surtout depuis que Mistral (ceux qui ont lu les prĂ©cĂ©dents roman de l’auteur apprĂ©cieront) lui a fait dĂ©couvrir autre chose que les musiques sacrĂ©es. Dalmate traĂźne aussi quelques traumatismes venus d’une enfance difficile et qui vont se dĂ©voiler peu Ă  peu.

Tout le 36 est sur le pont, il ne faudrait pas que tout Paris s’embrase. Mais le mystĂšre s’Ă©paissit lorsque Avi Richter et Guo Tran, deux puissants responsables d’organisations criminelles dĂ©barquent Ă  Paris. Ces vieillards sont des chefs incontestĂ©s qui ne se dĂ©placent jamais. L’un arrive d’IsraĂ«l l’autre de Chine. Ils partent se recueillir devant une tombe chinoise du plus grand cimetiĂšre de guerre du Commonwealth en France, et emmĂšnent avec eux un fils Nathan et un fils Shen.

La suite du roman bascule alors dans le passĂ© et nous propulse en automne 1916, en France, au plus prĂšs des combats. On y rencontre de nouveaux personnages, d’abord en Chine dans le village de Kaifeng, puis Ă  Boulogne-sur-mer et Ă  l’arriĂšre de la ligne de front. Un retour en arriĂšre qui Ă©claire d’un jour nouveau les liens entre les diffĂ©rents protagonistes.

Dans ces annĂ©es 1916/1917, on compte dĂ©jĂ  des milliers de pertes humaines. Les femmes ont remplacĂ© les hommes dans les usines, mais on manque encore de bras. Les gouvernements de la France et de l’Angleterre, deux pays prĂ©sents en Chine, ont l’idĂ©e d’enrĂŽler des paysans chinois pour aller faire les manutentionnaires Ă  l’arriĂšre du front, ou dans le port de Boulogne-sur-mer. Il est indispensable de pallier Ă  la logistique dĂ©faillante pour apporter le soutien nĂ©cessaire aux soldats qui se battent sans relĂąche dans les tranchĂ©es. PayĂ©s une misĂšre, ces quelques 140 000 chinois ont signĂ© un contrat de plusieurs annĂ©es, ils reçoivent un salaire de misĂšre, mais peuvent ainsi envoyer de l’argent au pays.

C’est dans ce passĂ© et sur ces zones de guerre que se trouvent les racines de la fraternitĂ© aujourd’hui en miette entre les deux clans, celui des Nathan et celui des chinois de Shen Li. LĂ  aussi que l’on comprend le pourquoi de la venue des deux chefs de guerre Avi Richter et Guo Tran.

Un thriller qui m’a entraĂźnĂ©e bien au-delĂ  de ce que j’imaginais. Merci Jean-Marc Souvira d’ĂȘtre allĂ© chercher ces histoires oubliĂ©es, pour les mĂȘler Ă  celles des violence d’aujourd’hui, et surtout d’en faire un polar aussi intelligent, instructif, que passionnant, mĂȘlant habilement une intrigue policiĂšre actuelle Ă  un vĂ©ritable roman historique. J’ai aimĂ© dĂ©couvrir la vie de ces chinois sur le front, dans les tranchĂ©es de la premiĂšre guerre mondiale. Mais aussi retrouver les coins que Paris que je connais et les voir ainsi d’une tout autre façon. Tout au long du roman, on sent la maĂźtrise Ă  la fois des mĂ©tiers de la police et de ceux qu’elle doit combattre. Jean-Marc Souvira est un commissaire divisionnaire qui a exercĂ© pendant trente ans dans la police judiciaire. Ce grand flic possĂšde une excellente connaissance de l’institution mais aussi de ceux contre lesquels elle doit lutter.

Merci d’avoir rĂ©veillĂ© pour nous cet Ă©pisode mĂ©connu de l’Histoire, d’avoir donnĂ© une Ăąme et une profonde humanitĂ© Ă  ces personnages capables aussi de bienveillance et de solidaritĂ©.

Catalogue Ă©diteur : Fleuve Ă©ditions

Pourquoi ces deux vieillards, venus l’un de Chine et l’autre d’IsraĂ«l, ont-ils dĂ©cidĂ© de se recueillir ensemble sur cette mystĂ©rieuse tombe chinoise d’un cimetiĂšre militaire picard de la PremiĂšre Guerre mondiale ? Pour le commandant Dalmate, la prĂ©sence de ces personnages sur le territoire national n’augure rien de bon. En effet, ils sont, chacun dans leur pays, Ă  la tĂȘte d’organisations criminelles dont les ramifications s’étendent jusqu’en France.
Or, depuis peu, les rĂšglements de comptes entre ces communautĂ©s s’intensifient ; une escalade de violence qui semble Ă©chapper au contrĂŽle des forces de l’ordre. Mais le monde ne date pas d’aujourd’hui, et c’est peut-ĂȘtre dans le passĂ© que se trouvent les rĂ©ponses capables d’apaiser les esprits. Dans des amitiĂ©s nĂ©es il y a bien longtemps, au cƓur des tranchĂ©es


Date de parution : 05/01/2023 / EAN : 9782265156623 / Nombre de pages : 592 / 22.90 €

Les Sources, Marie-HĂ©lĂšne Lafon

Un retour aux Sources et la puissance d’une Ă©criture Ă  l’os pour Ă©voquer les violences et les non-dits

Elle vit Ă  la ferme, et avec l’homme depuis dix ans. Dix annĂ©es de mariage, de douleurs, de silence, de honte sans partage. Trois enfants, deux filles et un fils, qu’elle aime et Ă©lĂšve du mieux qu’elle peut.
Vingt-six mois de service au Maroc, de courriers Ă©changĂ©s, puis le mariage. Mais il l’avait bien dit le pĂšre, je ne le sens pas ton fiancĂ©. Au fils des annĂ©es, tant de mots dits et autant de mots tus, car Ă  qui dire, avec qui partager la honte des roustes, des coups, des bleus, des insultes du mari.
Pourtant elle est propriĂ©taire de la moitiĂ© de la ferme, descend en voiture au village pour aller Ă  la messe avec ses trois enfants, c’est important de montrer ses forces, ses richesses, sa puissance aux autres, ceux du village qui la connaissent et dont elle sait qu’ils racontent ce qu’ils ont vu.

Et les annĂ©es passent, dix ans dĂ©jĂ , de souffrance de douleur de silence jusqu’au jour oĂč, plus envie de revenir Ă  la ferme, juste envie de tout quitter.
Quotidien ordinaire d’une paysannerie aisĂ©e de province, oĂč la vie n’est pas toujours facile mais oĂč les apparences sont sauves. Jusqu’au moment oĂč tout doit changer.

Trois parties de longueurs inĂ©gales dans ce roman, la mĂšre, l’homme, la fille aĂźnĂ©e. Trois Ă©poques, 1967, 1970, 2021. Trois moments importants dans une vie de femme, mariage, divorce, et aprĂšs.

Une fois de plus Marie HĂ©lĂšne Lafon a les mots simples pour tout dire, l’amour, la souffrance le silence l’abandon la rĂ©volte l’incomprĂ©hension la famille la solitude la douleur la vie. Impossible de lĂącher ce roman avant la fin, et aussitĂŽt l’envie de tout reprendre Ă  zĂ©ro tant les mots sont pesĂ©s, travaillĂ©s posĂ©s prĂ©cis comme ils le sont roman aprĂšs roman.
Les mots pour dire la vie en province dans les annĂ©es 60 la famille les violences silencieuses qui dĂ©truisent aussi sĂ»rement que les coups, et les violences physiques aussi, isolĂ©es dans le silence dĂ©vastateur du qu’en dira-t-on et de l’honneur.
J’ai aimĂ© suivre cette femme qui subit, s’interroge accepte et un jour se rĂ©volte pour sauver Ă  la fois sa vie et celle de ses enfants. Une vie de femme qui a hĂ©las toute sa place en 2023.

Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

La cour est vide. La maison est fermĂ©e. Claire sait oĂč est la clef, sous une ardoise, derriĂšre l’Ă©rable, mais elle n’entre pas dans la maison. Elle n’y entrera plus. Elle serait venue mĂȘme sous la pluie, mĂȘme si l’aprĂšs-midi avait Ă©tĂ© battue de vent froid et mouillĂ© comme c’est parfois le cas aux approches de la Toussaint, mais elle a de la chance ; elle pense exactement ça, qu’elle a de la chance avec la lumiĂšre d’octobre, la cour de la maison, l’Ă©rable, la balançoire, et le feulement de la Santoire qui monte jusqu’Ă  elle dans l’air chaud et bleu. AnnĂ©es 1960. Isabelle, Claire et Gilles vivent dans la vallĂ©e de la Santoire, avec la mĂšre et le pĂšre. La ferme est isolĂ©e de tous.

Les Sources est le nouvel opus de Marie-HĂ©lĂšne Lafon aprĂšs Histoire du fils, prix Renaudot 2020.

Marie-HélÚne Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel.

Date de parution : 05/01/2023 / 16,50 € / 128pages / ISBN : 978-2-283-03660-0