Yonah ou le chant de la mer, FrĂ©dĂ©ric Couderc

Une famille emportée par le vent de l’Histoire, un roman incontournable sur la paternité et l’amour

A Tel-Aviv, Zeev Stein, célèbre avocat, forme avec son épouse Hélène un couple emblématique. Ils fêtent leurs quarante ans de mariage dans leur somptueuse maison au style Bauhaus typique de la Ville Blanche. Ce soir-là, Yonah, leur fille est présente, ainsi que toute l’équipe du film qui se tourne autour d’Abie Nathan, ce pacifiste décédé en 2008 à 84 ans. Zeev, qui l’a bien connu, est le conseiller d’Eytan Lansky, le cinéaste qui tourne ce biopic avec dans le rôle-titre le sémillant Orlando Dito Beck. Abie Nathan également connu pour avoir ancré le Voice of Peace au large d’Israël, ce bateau sur lequel il avait installé une radio-pirate qui diffusait jusqu’à Beyrouth et Le Caire, et dont le mot d’ordre était From somewhere in the mediteranean, peace, love and good music. Mais connu aussi pour avoir voulu échanger, parler et négocier avec les palestiniens, une intention sacrilège à l’époque en Israël.

Zeev et Hélène ont deux enfants, Yonah et Raphaël. On comprend rapidement que l’un des deux a disparu, ou du moins n’est plus présent dans la famille. Raphaël est un jeune homme révolté, sa soif d’idéal et une brouille avec son père l’ont entrainé vers les religieux intégriste israélites. Il vit à Jérusalem dans le quartier de Mea Shearim. Là, il a adopté leur mode de vie archaïque et radical, priant la thora du matin au soir, parlant Yiddish, adoptant la tenue noire traditionnelle, acceptant la femme qu’on lui a assignée comme épouse, il est déjà père de trois enfants. Raphaël, que Zeev voudrait tant faire revenir à la vie, et dans la famille. Et Yonah la belle, colombe de la paix, la fille chérie, qui travaille au muséum d’histoire naturelle, mais sa mission est délicate en Israël, ce pays où il n’est pas question de faire la moindre découverte qui pourrait remettre en question l’ordre du monde établi par les Textes. La famille se retrouve, mais ils ne seront pas maitres de leur avenir, tributaires de circonstances aussi malheureuses que complexes. Car le tournage ne sera pas aussi idyllique que prévu et l’enchaînement d’impondérables va remettre en cause l’équilibre familial.

L’auteur sait mêler habilement la grande Histoire, ici le conflit israélo-palestinien à travers l’expérience d’Abie Nathan et des différents protagonistes, et sa liberté de l’écrivain. Si les relations familiales sont parfois houleuses, en particulier pour le couple Zeev-Hélène, les relations parents-enfants sont primordiales et émouvantes, tant avec Raphaël que Yonah, qui prend ici toute sa place. En effet, tout au long du roman la relation à la paternité est à la fois magnifique et bouleversante.

J’ai particulièrement aimé, une fois de plus, ce savant dosage entre la réalité historique d’un pays que je découvre en partie à travers les faits évoqués, et la façon de les intégrer dans une intrigue romanesque à souhait. L’Histoire récente d’Israël, mais aussi les spécificités des juifs orthodoxes, aussi intégristes que peuvent l’être tous religieux radicalisés. Et enfin l’amour, toujours présent avec les conflits, les rapprochements, la filiation et le couple, tout est là pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Du mĂŞme auteur, retrouvez mes chroniques des romans prĂ©cĂ©dents : Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit. Mais aussi ma chronique d’un roman jeunesse Je n’ai pas trahi. Ainsi que l’entretien qu’il a bien voulu m’accorder lors de la parution du roman Aucune pierre ne brise la nuit.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

À Tel-Aviv, une équipe de cinéma hollywoodienne tourne un biopic sur Abie Nathan, militant pacifiste tombé dans l’oubli. Parmi ses hauts faits, le Voice of Peace, une radio-pirate ancrée au large d’Israël dont les millions d’auditeurs se comptaient de Beyrouth jusqu’au Caire. C’est auprès du meilleur ami d’Abie, Zeev Stein, que le réalisateur prend conseil. Ce brillant avocat des droits civils, proche du camp de la paix, forme avec Hélène un couple iconique de la vie telavivienne. Leur fille, Yonah, tente de trouver sa place dans leur ombre. Mais la vie des Stein, lézardée par des blessures intimes, bascule quand la star du film disparaît… à Gaza.
Yonah ou le chant de la mer fait le pari de l’humanité, et révèle à travers l’histoire d’une famille morcelée celle d’un pays où certains gardent encore espoir.

Frédéric Couderc est un écrivain voyageur. À chacun de ses romans, il part vivre dans le pays qui abrite son intrigue pour être au plus près de son sujet. Il est l’auteur d’Un été blanc et noir (Prix du roman populaire 2013), Le jour se lève et ce n’est pas le tien et Aucune pierre ne brise la nuit.

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782350875484/ Pages : 320 / Format : 14 x 205 mm / Prix : 20.00 €

Le roman des Goscinny, naissance d’un gaulois, Catel

Anne et René Goscinny réunis par le trait de Catel dans un superbe roman graphique

Parce qu’elle aime le travail et la créativité de Catel, un jour Anne Goscinny lui propose d’écrire sur son père René Goscinny. Mais Catel aime les héroïnes et René est un homme. Pourtant, une bien belle idée va germer, Anne et René Goscinny réunis dans un même roman graphique, pour nous raconter chacun à son tour son histoire.

D’abord la naissance de RenĂ©, le deuxième fils de Stanislas Goscinny et Anne Beresniak-Goscinny Ă  Paris, puis son enfance Ă  Buenos Aires en Argentine, nĂ© de parents juifs arrivĂ©s de Pologne, et dont la famille restĂ©e en France sera en grande partie dĂ©portĂ©e dans les camps. De cela, comme pour beaucoup d’hommes et de femmes de sa gĂ©nĂ©ration, RenĂ© Goscinny ne parla jamais.

Depuis toujours attiré par le dessin, et par l’humour, lui l’excellent élève rêve d’un métier dans lequel il pourra se réaliser, être heureux et faire le bonheur des autres. Pas facile malgré tout de vivre du dessin, même s’il a déjà le trait sûr. La mort de son père viendra compliquer son avenir, il va devoir travailler avec sa mère pour que son frère puisse poursuivre ses études. De changements d’orientation en petits boulot, de l’argentine à New-York et Paris, d’un continent à l’autre, nous découvrons cet immense artiste, ses rencontres, ses intuitions, sa coopération avec les plus grands de son temps, car si au départ il s’oriente vers le dessin, très vite c’est dans l’écriture qu’il excelle, et c’est le scénariste qui s’impose, avec Uderzo bien sûr, mais aussi Morris ou Sempé, pour créer d’inoubliables personnages, Astérix, Lucky Luke ou même le petit Nicolas pour ne citer qu’eux.

On retrouve avec plaisir le trait de Catel, sa façon de présenter, les couleurs tranchées adaptées aux époques et personnages, mais aussi de nombreux dessins de Goscinny lui-même, particulièrement intéressants même si parfois pas facilement lisibles, en particulier pour les extraits de journaux. Un excellent moyen de découvrir l’homme qui se cachait sous l’artiste, le fils, puis le père, et la vie et la carrière de ce grand nom de la BD.

De Catel, on ne manquera pas de découvrir également le formidable Joséphine Baker dont je vous avais parlé ICI.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Raconter RenĂ© Goscinny en bande dessinĂ©e. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet  album exceptionnel. Un Ă©vĂ©nement artistique. Et un livre de tendre amitiĂ©.

Catel, cĂ©lèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l’appui et l’amitiĂ© d’Anne Goscinny, Ă  ce Roman des Goscinny – un roman graphique oĂą tout est vrai. 320 pages magnifiques, en trichromie, oĂą Catel nous raconte la vie de RenĂ© Goscinny. Sa  naissance, dans le Paris des annĂ©es 20, au cĹ“ur d’une famille juive, exilĂ©e de Pologne et d’Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, nĂ©e en Ukraine, ayant fui les pogroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L’enfance en Argentine, bientĂ´t. Et les passions de RenĂ© : le dessin, le rire,  puis  l’écriture.

Catel nous emmène dans un voyage familial marquĂ© par l’histoire,  entre l’AmĂ©rique et l’Europe. Tandis que le jeune RenĂ© cherche sa voie,  lui le «  paresseux contrariĂ©  », une partie de la famille meurt dans les camps d’extermination. RenĂ© part Ă  New York, frappe Ă  toutes les portes, dessine et vit dans la pauvretĂ© avec sa mère. A Bruxelles puis Ă  Paris, il trouvera peu Ă  peu sa vocation : non pas dessiner, mais Ă©crire, scĂ©nario, sketchs, histoires. Goscinny crĂ©e, avec Uderzo, le personnage d’AstĂ©rix, qui devient très vite cĂ©lèbre dans le monde entier ; mais aussi   le Petit Nicolas  avec SempĂ©. Et il est le grand scĂ©nariste de Lucky Luke et Iznogoud.

C’est aux portes du «  cĂ©lèbre village gaulois  » que s’arrĂŞte le premier tome du «  Roman des Goscinny  » : alternant avec force et tendresse des Ă©pisodes de la vie de «  RenĂ©  » ; et ceux racontĂ©s par sa fille Anne  Ă  son amie – donnant une vĂ©ritĂ©, une drĂ´lerie et une Ă©motion Ă  ce projet fondateur.

Format : 162 x 220 mm / Pages : 344 / EAN : 9782246861003 / Prix : 24.00  / Parution : 28 AoĂ»t 2019

Le secret Hemingway, Brigitte Kernel

L’histoire méconnue de Grégory Gloria Hemingway, ou le secret Hemingway dévoilé avec pudeur et délicatesse par Brigitte Kernel

L’auteur prĂ©sente avec beaucoup de rĂ©alisme et de dĂ©licatesse l’histoire du troisième fils du grand Ernest Hemingway, explicitant si besoin Ă©tait la difficultĂ© d’ĂŞtre soi et en mĂŞme temps le fils de ce monstre de la littĂ©rature, coureur de jupons, ancien soldat, pĂŞcheur au gros et compĂ©titeur hors pair dans cette catĂ©gorie, entre autre, cette force de la nature adulĂ©e par les femmes et par ses  nombreux admirateurs, cet Ă©crivain laurĂ©at de tant de prix…

Celui qui s’appelait Gregory, mariĂ© trois fois, père de huit enfants et qui deviendra Gloria.

Si dans la lignĂ©e des Hemingway alcool et dĂ©pression, mais aussi pulsions suicidaires sont un fil rouge, Gregory/Gloria n’y coupera pas, et Ă  tout cela s’ajoute cette difficultĂ© Ă  ĂŞtre lui ou elle, et Ă  choisir puis assumer sa diffĂ©rence. Comment devient-on soi-mĂŞme lorsque l’on a un père aussi cĂ©lèbre ?  Mais aussi une vie multiple, des rĂŞves et des dĂ©sespoirs, celui d’avoir comme il lui a dit tant de fois, tuĂ© sa mère, tuĂ© son père, et de n’avoir pas pu finalement tuer plus tĂ´t cet homme qui Ă©tait dans son corps mais qu’il ne voulait pas ĂŞtre, qu’il ne pouvait pas ĂŞtre au plus profond de lui.

Habillé en fille jusqu’à l’âge de sept ans, attendu par son père comme une fille qui viendrait éclairer ses jours, a-t-il était totalement troublé par cette relation ou est-il réellement né dans le mauvais corps ? Si on peut se poser la question, c’est qu’il se l’est peut-être parfois posée. Pourtant il se sentait fille ce petit garçon appelé Gigi par son père, mais que celui-ci va emmener à la pêche, et faire des sports très masculins pour l’aguerrir. Il devient médecin et a fait médecine pour comprendre comment et pourquoi sa mère est morte.  Mais aussi pour savoir puis être en mesure de prendre des hormones et se traiter seul avant même de pouvoir imaginer se faire opérer pour réaliser et assumer son besoin d’être femme. Car il ne le fera qu’à 60 ans passés, soucieux de sa femme et de ses enfants, et son opération n’est même pas terminée lorsqu’il décède à la prison de femmes de Miami en 2001.

Lecture bouleversante que celle de ce roman qui nous interroge Ă  la fois sur la famille, l’amour entre un père et son fils, l’amour dans le couple, mais aussi sur le genre et la difficultĂ© d’être soi dans le corps d’un autre. C’est une vĂ©ritable dĂ©couverte. J’aime cette façon d’Ă©crire, cette capacitĂ© qu’à l’auteur de se mettre Ă  la place d’un personnage rĂ©el mais si romanesque en mĂŞme temps. Alors oui, j’ai Ă©coutĂ© Gloria me parler de Gregory et de sa famille avec beaucoup d’Ă©motion, j’ai essayĂ© de le comprendre et j’ai aimĂ© les mots et l’écriture de Brigitte Kernel qui le fait revivre le temps de ce beau roman.

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

Ils ont dit que j’avais tué ma mère.
Puis ils ont dit que j’avais tué mon père.
Enfin, ils ont dit que chez nous, les Hemingway, de génération en génération, tout le monde se tuait.

Ce roman est une histoire vraie, celle de Gloria, née Gregory Hemingway (1931-2001).

Paru le 08/01/2020 / 320 pages / 137 x 210 mm / Prix : 19,00 € / ISBN : 9782081471894

Une vie comme les autres, Hanya Yanagihara

Une fresque romanesque intense et dramatique sur l’amitiĂ© masculine, l’enfance, la rĂ©silience, dans le New-York d’aujourd’hui

Ils sont quatre, ils se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants, et depuis lors sont devenus des amis, inséparables ou presque. Il y a Willem, JB, Malcolm, et Jude.

Ils vivent Ă  New-York, mais dans une ville hors du temps, presque hors de leur Ă©poque, car on se concentre tout au long de ces 1122 pages et sur quelques dizaines d’annĂ©e sur leurs vies, leurs familles, l’évolution de leurs carrières, de leurs amitiĂ©s qui parfois se transforment en amour ou en haine, presque sans mention du monde qui les entoure.

Dans ce quatuor magistralement dépeint par Hanya Yanagihara, un homme en particulier se distingue. Alors qu’il réussit sa vie, que tout est là pour son bonheur, il cache au fond de lui une souffrance, un passé, si dramatiquement douloureux que sa vie entière en est gâchée.

Jude est orphelin, nourrisson trouvĂ© posĂ© sur une poubelle par les pères d’un monastère. LĂ , il sera Ă©levĂ© dans la douleur, on va lui apprendre qu’il n’est rien, il va connaitre la souffrance extrĂŞme et les punitions Ă  rĂ©pĂ©tition, ancrant dangereusement en lui cette idĂ©e qu’il n’est rien. Il va vivre une enfance puis une adolescence difficile, que l’auteur distille peu Ă  peu au fil des flashback. Puis, enfin libĂ©rĂ© de ses bourreaux, il va laisser Ă©clater son intelligence et ses capacitĂ©s intellectuelles pendant ses annĂ©es de fac, puis dans son travail. Mais sa vie est brisĂ©e, et malgrĂ© l’amour de ceux qui l’entourent, il ne se remettra jamais complĂ©tement des supplices de l’enfance. Pourtant, chacun de ces quatre amis va Ă©voluer dans le monde, rĂ©ussir, JB est un artiste reconnu, Malcolm, issu d’une famille aisĂ©e est un architecte de talent et Willem, un acteur adulĂ© par son public. Enfin Jude, l’Ă©tudiant en droit talentueux, est quant Ă  lui devenu un grand avocat, dans un cabinet de premier plan. Ils ont tous gagnĂ© le bonheur et le confort auxquels ils aspiraient plus jeunes. Et Ă  l’âge adulte, sont rendus plus forts par cette amitiĂ© qui dure par-delĂ  le temps et les Ă©preuves. Mais cela peut-il suffire Ă  rendre heureux, Ă  rendre une confiance en soi perdue Ă  jamais ?

Quel roman ! Qui parle d’amour et de fraternitĂ©, de confiance et de solidaritĂ©, d’amitiĂ© masculine et d’homosexualitĂ©, qui Ă©voque surtout des sujets graves comme la pĂ©dophilie et la prostitution enfantine, et qui montre la difficultĂ© de la rĂ©silience, lorsque le mal absolu vous a touchĂ© et que rien ne peut vous dĂ©lirer de ce mal ancrĂ© en vous.

Il y a peu de moments lumineux dans ce livre, et pourtant, plus on lit, plus on s’attache à ces personnages, avec l’envie folle de les suivre jusqu’au bout.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le livre de Poche

Ils sont quatre amis de fac, et ils ont dĂ©cidĂ© de conquĂ©rir New-York : Willem, l’acteur Ă  la beautĂ© ravageuse ; JB, l’artiste peintre, aussi ambitieux et talentueux qu’il peut ĂŞtre cruel ; Malcolm, qui attend son heure dans un prestigieux cabinet d’architectes ; Jude, le plus mystĂ©rieux d’entre eux, celui qui, au fil des annĂ©es, s’affirme comme le soleil noir de leur quatuor, celui autour duquel les relations s’approfondissent et se compliquent cependant que leurs vies professionnelles et sociales prennent de l’ampleur.
ÉpopĂ©e romanesque d’une incroyable intensitĂ©, chronique poignante de l’amitiĂ© masculine contemporaine, Une vie comme les autres interroge aussi nos dispositions Ă  l’empathie et notre façon d’endurer la souffrance, la nĂ´tre comme celle d’autrui.

1 128 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253100560
Éditeur d’origine : Buchet – Chastel

De la part d’Hannah, Laurent Malot

De la part d’Hannah, un beau roman sur l’enfance et sur une époque, émouvant, indispensable, intemporel

Dans les années 60, nous faisons la connaissance d’Hannah, une fillette de dix ans qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle revient du sanatorium et s’installe dans sa famille, avec son père et son grand père. La seconde guerre mondiale est encore un souvenir intact, la peur de l’émigré est déjà présente, et la guerre d’Algérie se profile, les jeunes partent faire un service militaire dont ils ne veulent pas et dont souvent ils ne reviennent pas. C’est dans ces conditions que nous allons suivre Hannah.

Elle est étonnante cette petite fille, avec son caractère bien trempé, son vocabulaire de charretier parfois, son manque flagrant d’éducation et qui pousse sans trop d’amour, orpheline de mère, et tuberculeuse dans un sanatorium.

Elle est d’autant plus étonnante qu’elle va apprendre peu à peu la réalité de son existence, affronter la duplicité et la méchanceté, la jalousie et l’envie, qui poussent les villageois, et de préférence les villageoises acariâtres et frustrées de La Chapelle-Meyniac à faire le mal autour d’elles.

Elle est Ă©mouvante, attachante, bouleversante quand elle apprend qu’elle peut quitter le sanatorium ; quand elle cherche le dialogue avec son père, qu’elle veut savoir oĂą est enterrĂ©e sa mère, qu’elle se bat avec ses poings, son Ă©nergie et tout son cĹ“ur contre ceux du haut, mais aussi contre ceux qui la blessent ; quand elle met toute son Ă©nergie aussi Ă  faire parler Martha ou Jimino, le grand père au grand cĹ“ur et Ă  la bouteille facile, lorsqu’elle en a assez des secrets de famille qui pourrissent l’existence.

Elle a une grande maturité malgré sa jeunesse, un franc parler, une envie de vivre et d’être heureuse qui bouleversent le lecteur. De la part d’Hannah est un beau roman sur l’enfance, la filiation, la guerre, celle qui vient de finir depuis pas si longtemps, et celle qui se déroule là-bas de l’autre côté de la méditerranée en cette année 1961, mais aussi sur les préjugés, la médisance, la bassesse et la méchanceté et bien sûr l’intolérance, et pour tout cela il n’y a hélas pas prescription.

Un roman qui émeut, d’une belle intelligence, celle de l’esprit mais aussi celle du cœur. Une belle raison de le faire connaitre, maintenant qu’il est enfin en poche.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

Hannah a dix ans et un caractère bien trempĂ©. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on dĂ©crète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. Ă€ La Chapelle-Meyniac, les cancans des mĂ©gères vont bon train. Hannah s’en mĂ©fie. En 1961, en pleine guerre d’AlgĂ©rie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisĂ©es. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

NĂ© en 1970, Laurent Malot Ă©crit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littĂ©rature, roman jeunesse, roman policier et thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans et scĂ©narii. 

216 pages / Date de parution : 08/01/2020 / EAN : 9782253934554

Éditeur d’origine : Robert-Laffont / EAN : 9782221135549 / pages : 234 / Format : 135 x 215 mm / prix : 19.00 €

Il est juste que les forts soient frappĂ©s, Thibault BĂ©rard

Quand la réalité dépasse la fiction et qu’une expérience douloureuse devient un sublime témoignage de vie et d’amour, un roman à découvrir absolument

Ce livre est un véritable concentré d’émotion. Triste, étonnant, vivant, il parle de maladie et de passion, de mort et de naissance, d’accouchement et de scanner, de vacances et de chambre d’hôpital.

C’est le roman de Sarah, l’amoureuse de Théo, la maman de Simon et Camille, Sarah, morte à 42 ans d’un cancer. Elle nous parle de lui, d’elle, d’eux, de ses petits aussi, elle nous parle depuis cet au-delà que l’on n’imagine pas, ces limbes dans lesquelles errent ces morts que l’on a tant aimé et que par la force de nos pensées, on ne peut pas laisser partir vers cet ailleurs inconnu et mystérieusement angoissant.

Lorsque Sarah et Théo se rencontrent, la relation semble improbable entre ce jeune homme et cette punkette contestataire plus âgée que lui. Pourtant, très vite, entre le Moineau et le Lutin, c’est l’amour fou, léger, romantique, puissant. Les petits bonheurs de chaque jour, l’avenir qui leur sourit. Mais c’est compter sans la fatalité, sans cette maladie qui vient leur couper les ailes, ce cancer violent et dévastateur qui s’invite pendant la seconde grossesse de Sarah. Ce sera aussi la lutte, l’énergie du désespoir pour gagner des jours, des mois, des heures, face à ce crabe qui ne lâche rien. Car de couple heureux, lutin et Moineau deviennent un couple extra-ordinaire dans tout ce que cela représente, devenir des super-héros pour se battes, gagner contre la maladie, se soutenir l’un l’autre, lutter ensemble dans cette épreuve qui les soude mais qui peut aussi les détruire tant c’est difficile.

Ah, me direz-vous alors, ce roman est triste, dĂ©moralisant, etc. Mais non, en fait, malgrĂ© la mort inĂ©luctable, malgrĂ© la lutte contre la maladie, la tristesse, le chagrin, voilĂ  un livre particulièrement lumineux. Il a tout pour lui ce premier roman, l’amour, la gaitĂ©, la joie mĂŞme, le couple, les enfants, l’espoir, le chagrin, la tristesse, la fin inĂ©luctable. Et Ă  chaque page Ă©clate la vie, celle des enfants, celle d’avant et celle d’après, qu’il faudra vivre car on continue, car le soleil se lève encore et que chaque jour apporte son lot de satisfactions mĂŞme au milieu de tant de souffrance. Et bien sĂ»r, on ne peut qu’être bouleversĂ©s par cet Ă©mouvant message que l’auteur adresse ici Ă  ses enfants, lui qui a vĂ©cu de l’intĂ©rieur tout ce que nous raconte sa Sarah.

Bien sûr il y a aussi ces moments douloureux à l’extrême, surtout oserais-je dire lorsque l’on a soi-même accompagné quelqu’un aux frontières de la mort, lors de ce passage parfois si délicat. Ici les scènes terriblement humaines et réalistes portent une souffrance et une vérité parfois difficile à lire, mais les mots de l’auteur et la voix de Sarah qui évoque son propre départ, subliment en quelque sorte ce moment-là. Et si Thibault Bérard avait raison, s’il fallait laisser partir ceux que l’on a tant aimés, pour qu’ils puissent enfin atteindre la sérénité dans cet au-delà inconcevable.

Lisez, osez, et sachez qu’on ne sort pas indemne de cette lecture. On voit la vie autrement, les instants à savourer, les enfants à aimer, les plaisirs et même les contrariétés à apprécier à leur juste valeur, légère, profonde, amicale ou désespérée. Mais si j’en retiens une chose, c’est bien qu’il faut prendre la réelle mesure de ces mots que l’on entend souvent : vivons chaque jour comme si c’était le dernier…parce que le bonheur, c’est ici et maintenant.

Catalogue Ă©diteur : Editions de l’observatoire

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Nombre de pages : 304 / ISBN : 979-10-329-0881-5 / Format 14 x 20 cm / Parution : 08/01/2020

Que faire Ă  Roubaix ? Visiter La Piscine

Visiter La Piscine, plonger dans ce lieu Art Déco emblématique pour y découvrir les œuvres exposées dans ce musée fascinant et totalement hors du temps

La Piscine, ou  MusĂ©e d’art et d’industrie AndrĂ© Diligent, a ouvert ses portes en octobre 2001. Elle est implantĂ©e sur le site d’une ancienne piscine Art DĂ©co bâtie entre 1927 et 1932 selon les plans de l’architecte lillois Albert Baert (1863-1951).

Aujourd’hui inscrite au patrimoine du XXe siècle, cette piscine offrait à l’époque un service sportif et hygiénique de grande qualité, doté d’un fonctionnement social innovant qui présentait l’image d’une équipe municipale issue du monde ouvrier et capable de promouvoir des projets d’exception et de prestige.

La piscine ferme en 1985 en raison de la fragilitĂ© de sa voĂ»te. Le projet d’en faire un musĂ©e est Ă©tudiĂ© puis confirmĂ© en 1992. C’est l’architecte Jean-Paul Philippon qui va faire renaitre les lieux. Les travaux dĂ©butent en janvier 1998 et s’achèvent Ă  l’automne 2001. Le monument est alors prĂŞt Ă  commencer sa nouvelle vie pour le plus grand bonheur des visiteurs.

On accède à la piscine depuis l’avenue Jean Lebas, via ce long mur de briques qui est l’ancienne façade de l’usine de textile Hannart qui se trouvait là.

Le bassin est un espace oĂą subsiste encore un grand miroir d’eau. Il se laisse deviner peu Ă  peu, Ă  mesure que l’on parcourt les salles adjacentes, et lorsqu’on y entre, c’est absolument magique. On retrouve mĂŞme la mosaĂŻque Ă  dĂ©cor marin sur les bords du bassin, avec le lion d’un cĂ´tĂ©, Ă  l’autre bout a Ă©tĂ© placĂ© le grand portique en grès colorĂ© de Sandier. Il est Ă  noter que la lame d’eau de quarante mètres de long peut ĂŞtre recouverte par un plancher pour  y organiser des rĂ©ceptions, expositions, etc.

L’endroit est sublime, la verrière colorée qui représente le soleil et que l’on voit de chaque côté donne un aspect irréel à l’ensemble, quelle que soit la lumière qu’elle diffuse.

Dans le musée lui-même et autour du bassin, les cabines de douche au rez-de-chaussée et de déshabillage à l’étage sont transformées en vitrines et en cabinets de consultation. Conservant ainsi à l’ensemble sa belle unité Art Déco. On peut y admirer de somptueux vases de Sèvres, mais aussi de céramiques de Picasso ou même originaires de la région Nord de France. Enfin, dans les ailes elles aussi réhabilités, on peut voir de nombreuses sculptures, peintures, etc.

Une visite passionnante, de belles œuvres et un décor sublime, voilà de quoi passer un excellent moment.

Toutes les informations sont Ă  retrouver sur le site de La Piscine

Quoi : La Piscine – MusĂ©e d’art et d’industrie AndrĂ© Diligent
OĂą : 23, rue de l’EspĂ©rance 59100 Roubaix