Le pain perdu, Édith Bruck

Trouver les mots pour dire l’innommable, écrire pour ne jamais oublier

Parce qu’elle a senti que sa mĂ©moire allait ĂŞtre bientĂ´t dĂ©faillante, Ă  90 ans Édith Bruck a dĂ©cidĂ© d’Ă©crire, pas un simple texte Ă  ajouter Ă  ses dĂ©jĂ  nombreux Ă©crits, non, mais un rĂ©cit unique. Le rĂ©cit impossible d’une vie, celle d’une des dernières grande voix, d’un des derniers tĂ©moins de la Shoah. Édith Bruck est nĂ©e en Hongrie, et a vĂ©cu en Italie la plus grande partie de sa vie.

Le pain perdu, c’est celui que la famille n’a jamais pu manger car les soldats sont arrivĂ©s pour leur faire prendre le train qui devait les emmener dans le camp de concentration.

Le pain perdu, c’est la famille disloquĂ©e, la mère qui part Ă  gauche, lĂ  oĂą est le feu, les filles Ă  droite, et Édith qui s’accroche Ă  sa mère mais que le soldat fait changer de file, Édith qui ne finira pas dans la fumĂ©e du camp comme tant d’autres femmes, enfants, vieillards, hommes, arrivĂ©s lĂ  en mĂŞme temps, avant ou après elle.

C’est une enfant nĂ©e le 3 mai 1931 dans une famille juive pauvre, l’enfance heureuse d’une fillette qui travaille bien Ă  l’Ă©cole ; ce sont les premières manifestations de racisme contre les juifs dans son petit village de Tiszabercel, près de la frontière ukrainienne, un village jusque lĂ  plutĂ´t tranquille ; puis a 13 ans en avril 1944, c’est la dĂ©portation, le matricule 11152, Birkena, Auschwitz, Kaufering, Dachau, Bergen-Belsen, les camps d’extermination, les privations, la faim, l’Ă©puisement, les morts, les longues marches dans le froid ; la libĂ©ration en 1945 ; l’exil en IsraĂ«l, et toujours, ensuite, tenter de vivre après ça.

C’est n’avoir aucun mot pour dire, pas d’Ă©change possible avec ceux qui n’ont pas connu cette horreur, et tant de questions, tant de pourquoi, tant de douleur. C’est le rĂŞve fou d’aller en IsraĂ«l, la dĂ©sillusion, puis la vie en Italie, et les mots, toujours, pour dire.

C’est un rĂ©cit autobiographique Ă  la lecture nĂ©cessaire, douloureuse, indispensable. Le tĂ©moignage des survivants, ceux qui bientĂ´t ne seront plus lĂ , ceux qui encore peuvent nous dire, Ă  nous les gĂ©nĂ©rations suivantes ce que fut le mal absolu.

On ne peut que penser aux tĂ©moignages de Primo Levi, Marceline Loridan, Charlotte Delbo et tant d’autres en lisant ce livre qui se termine sur une lettre Ă  Dieu, mais quel Dieu, celui qui a laissĂ© faire tout cela ? Le pain perdu, Ă  faire lire, encore et encore, pour ne jamais oublier.

« Je t’écris Ă  Toi qui ne liras jamais mes gribouillis, ne rĂ©pondras jamais Ă  mes questions, Ă  mes pensĂ©es ruminĂ©es pendant toute une vie. Â»

Édith Bruck a publié une trentaine d’ouvrages en six décennies d’écriture, mais Le pain perdu, publié aux Éditions du sous-sol, lui a valu, à 90 ans, une aussi soudaine que tardive notoriété en Italie. Le livre a remporté le prix Strega Giovani, équivalent du Goncourt des lycéens, le prix Viareggio.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions du Sous-Sol

“Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle, une langue qui blesse moins que la mienne, maternelle.”

En moins de deux cents pages vibrantes de vie, de lucidité implacable et d’amour, Edith Bruck revient sur son destin : de son enfance hongroise à son crépuscule. Tout commence dans un petit village où la communauté juive à laquelle sa famille nombreuse appartient est persécutée avant d’être fauchée par la déportation nazie. L’auteur raconte sa miraculeuse survie dans plusieurs camps de concentration et son difficile retour à la vie en Hongrie, en Tchécoslovaquie, puis en Israël. Elle n’a que seize ans quand elle retrouve le monde des vivants. Elle commence une existence aventureuse, traversée d’espoirs, de désillusions, d’éclairs sentimentaux, de débuts artistiques dans des cabarets à travers l’Europe et l’Orient, et enfin, à vingt-trois ans, trouve refuge en Italie, se sentant chargée du devoir de mémoire, à l’image de son ami Primo Levi.

« PitiĂ©, oui, envers n’importe qui, haine jamais, c’est pour ça que je suis saine et sauve, orpheline, libre. Â»

Édith Bruck, née Steinschreiber, voit le jour le 3 mai 1931 à Tiszabercel en Hongrie. À sa déportation, elle consacre à partir de 1959 plusieurs récits et poèmes dans la langue italienne qu’elle a adoptée en choisissant de vivre à Rome, dès 1954. Épouse du poète et cinéaste Nelo Risi, elle évoque souvent cette passion dans ses romans. Journaliste, scénariste, documentariste, comédienne, cinéaste, dramaturge, elle a multiplié les activités, sans jamais renoncer à témoigner de son expérience et sans jamais recourir à la haine.

Traduit de l’italien par René de Ceccatty / 176 p. / 16,50 euros / paru le 7 janvier 2022 / ISBN : 9782364686090

Ilya RĂ©pine (1844-1930), Peindre l’âme russe

Jusqu’au 23 janvier 2022, le Petit Palais prĂ©sente la première rĂ©trospective française
consacrée à Ilya Répine, l’une des plus grandes gloires de l’art russe. Répine est né en 1844 à Tchougouïev, une petite ville de l’Empire russe qui est aujourd’hui située en Ukraine, non loin de Kharkov. A l’époque l’Ukraine est une des régions qui composent l’Empire russe.

Ilya Répine, Les Haleurs de la Volga, 1870-1873, Huile sur toile © Musée d’État russe, Saint-Pétersbourg

Ilya RĂ©pine et le portrait

Ilya RĂ©pine est l’un des portraitistes les plus courus de son temps, il a rĂ©alisĂ© près de 300 portraits. Les visiteurs peuvent admirer la multiplicitĂ© des sujets abordĂ©s : hommes politiques, le Tsar et sa famille, auteurs, scientifiques, Ă©crivains, femmes du monde et personnalitĂ©s influentes des milieux artistiques, mais aussi proches de l’artiste.

Dès les annĂ©es 1860, il prend pour modèles les membres de sa famille, sa première Ă©pouse VĂ©ra, et ses enfants, la petite VĂ©ra, Nadia et Youri, comme le font d’ailleurs de nombreux artistes, c’est en particulier pour la facilitĂ© Ă  les faire poser Ă  loisir. C’est aussi dans le cercle familial qu’il peut donner libre cours Ă  son imagination, Ă  ses expĂ©rimentation, abordant la lumière et les couleurs Ă  la façon des impressionnistes par exemple, on le remarque dans Libellule ou le portrait de LĂ©on TolstoĂŻ allongĂ© dans l’herbe.

Plusieurs Ĺ“uvres de l’exposition font rĂ©fĂ©rence Ă  la fiertĂ© de RĂ©pine d’être originaire de sa rĂ©gion d’Ukraine, comme le montre par exemple ce portrait d’une Ukrainienne en costume traditionnel.

Lorsque RĂ©pine et LĂ©on TolstoĂŻ se rencontrent pour la première fois en 1880, dans l’atelier du peintre, l’auteur de Guerre et paix et d’Anna KarĂ©nine est dĂ©jĂ  un auteur mondialement cĂ©lèbre. Cet homme nĂ© dans une ancienne famille de la noblesse russe refuse son statut de nantis et veut donner un nouveau but Ă  sa vie, en vivant plus proche de la nature et des paysans. RĂ©pine a rĂ©alisĂ© de très nombreux portraits de l’auteur, quelques uns sont prĂ©sentĂ©s dans l’exposition.

Répine et l’Histoire de la Russie

Grand peintre d’histoire, Ilya RĂ©pine excelle dans la reprĂ©sentation des personnages historiques. Pour ĂŞtre le plus juste, il voyage, se documente, fait des recherches sur les costumes, dĂ©cors, etc. qu’il met ensuite en scène avec rigueur et exactitude.

Les Cosaques zaporogues, 1880-1891

On peut admirer des formats immenses (et se demander comment ils sont arrivĂ©s jusque lĂ ) oĂą tout le talent de l’artiste est dĂ©montrĂ© dans la prĂ©cision, le dĂ©tail, la finesse.

Une magnifique exposition proposĂ©e par le Petit Palais jusqu’au 23 janvier. Jusqu’au 22 fĂ©vrier 2022, on peut admirer Ă©galement quelques tableaux d’Ilya RĂ©pine de La Collection Morozov, icĂ´nes de l’art moderne Ă  la Fondation Vuitton .

Je suis l’abysse, Donato Carrisi

Un thriller efficace et haletant

Quel est le lien entre l’homme qui nettoyait, la fille Ă  la mèche Violette et la chasseuse de mouches ? Qui est ce mystĂ©rieux Micky derrière la porte verte ?
Qui est cet enfant de cinq ans que sa mère entraîne dans la piscine de cet hôtel désaffecté ?
Qui est cet homme qui traque les femmes blondes jusque dans leurs maisons ?
Quel rapport entre ces femmes blondes qui disparaissent et cette jeune fille qui tente de mourir ?

Pour le savoir, il faut dĂ©couvrir ce roman qui dĂ©marre sur les chapeaux de roues, Ă  la fois sombre et dur, au suspense garanti. Certaines scènes sont Ă  la limite du supportable, mais elles sont indispensables Ă  la bonne comprĂ©hension des rĂ´les de chacun des protagonistes. Les flash-back dans le passĂ© de l’enfant en particulier permettent habilement au lecteur de commencer Ă  Ă©chafauder sa propre thĂ©orie, mais il est bien difficile malgrĂ© tout de savoir jusqu’oĂą l’auteur veut nous mener.

J’ai aimĂ© le chassĂ© croisĂ© entre ces trois, quatre avec le mystĂ©rieux Micky, personnages aux parcours parallèles qui subtilement vont ĂŞtre amenĂ©s Ă  se croiser. Peu Ă  peu, leurs personnalitĂ©s prennent forme, le passĂ© de chacun se dĂ©voile avec ses blessures, ses failles, ses rĂŞves et ses dĂ©sillusions.

Le mal, l’amour maternel, les origines, les troubles de la personnalitĂ©, la maltraitance, et de nombreux autres sujets y sont abordĂ©s sans que cela n’enlève quoi que ce soit Ă  l’intensitĂ©, au rythme ou Ă  l’intrigue.
Vous l’aurez compris, c’est ma première lecture de cet auteur et je suis totalement emballĂ©e.

Un roman traduit de l’italien par AnaĂŻs Bouteille-Bokobza. Et lu par Benjamin Jungers, un acteur qui donne toute leur intensitĂ© aux diffĂ©rents personnages.

Catalogue Ă©diteur : Audiolib, Calmann-Levy

L’homme qui nettoie rôde autour de nous.
Parmi nos déchets, il cherche des indices sur nos vies.
En particulier sur celles des femmes seules.
Une femme lui a fait beaucoup de mal enfant : sa mère.
La chasseuse de mouches, elle,
tente de sauver les femmes en péril.
Et elles sont nombreuses…
Surtout quand l’homme qui nettoie rôde autour d’elles.

EAN 9791035407513 / Prix du format physique 23,90€ / EAN numérique 9791035407377 Prix du format numérique 21,45€ / Date de parution 10/11/2021

Bel abĂ®me, Yamen Manai

Cent pages d’Ă©motion pure

Un adolescent de quinze ans parle avec l’avocat commis d’office puis avec le psy auquel il a Ă©tĂ© confiĂ©.
Dans sa cellule, il revit ses dernières annĂ©es jusqu’Ă  cet Ă©vĂ©nement qui l’a amenĂ© lĂ , dans la prison, seul, plus victime que coupable peut ĂŞtre malgrĂ© la gravitĂ© de ses actes.

Son long monologue est avant tout un prĂ©texte Ă  dĂ©crire la sociĂ©tĂ© tunisienne depuis le printemps arabe. Pas de rĂ©volution si ce n’est dans les paroles et dans la violence, mais la vie de certains tunisiens loin d’ĂŞtre meilleure semble beaucoup plus compliquĂ©e et encore plus misĂ©rable qu’avant.
Pourtant dans cette sociĂ©tĂ© qui ne veut pas s’occuper des jeunes, lui avait trouvĂ© le bonheur auprès de Bella la fidèle, l’aimante, la douce. Bella, cette petite chienne qu’il avait recueillie âgĂ©e de quelques jours Ă  peine et Ă©levĂ©e contre l’avis de sa famille. Car dans les sociĂ©tĂ©s musulmanes, les chiens n’ont pas bonne presse, rejetĂ©s par la religion, ils n’ont pas leur place au sein des familles.

Il y a de l’amour et de la rage, de l’espoir et de la colère, de la passion et du mĂ©pris dans ce roman Ă  l’Ă©criture incisive et violente, dĂ©sespĂ©rĂ©e et percutante. Le lecteur s’attache Ă  ce jeune homme d’aujourd’hui prisonnier d’une sociĂ©tĂ© tunisienne qui n’arrive pas Ă  comprendre, Ă  aider ou Ă  donner le moindre espoir Ă  sa jeunesse en mal d’avenir.

Je n’en dit pas plus, mais courrez lire ce court, très court, mais fort, vraiment très fort roman. Il interpelle, bouscule, bouleverse. C’est un roman Ă  mettre entre toutes les mains, une excellente idĂ©e de cadeau pour ces fĂŞtes de fin d’annĂ©e.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Elyzad

Un jeune homme s’adresse tour Ă  tour Ă  son avocat et Ă  un psychiatre venus lui rendre visite en prison. Avec une ironie mordante, le narrateur prend Ă  parti ses interlocuteurs. Les charges qui pèsent sur lui sont sĂ©rieuses, mais il affirme ne rien regretter. Se dĂ©voilent les raisons qui l’ont poussĂ© au crime : un père qui l’a toujours humiliĂ© ; une sociĂ©tĂ© gouvernĂ©e par les apparences ; la domination des plus forts sans partage.
La pauvretĂ©, la saletĂ©, le mĂ©pris des animaux et de l’environnement. Les seuls Ă©lans d’affection que le jeune homme a connus ont Ă©tĂ© ceux de Bella, le chiot qu’il a recueilli. Mais dans ce pays, on tue les chiens « pour que la rage ne se propage pas dans le peuple ». Pourtant la rage est dĂ©jĂ  lĂ . Alors quand Bella a Ă©tĂ© tuĂ©e, il a fallu la venger.
Date de parution : 02/09/2021 / EAN :9782492270444

Simone Veil, Les combats d’une effrontĂ©e

Une pièce émouvante, un rôle qui sied à merveille à Cristiana Reali, qui incarne avec justesse et réalisme cette grande dame qui a traversé les épreuves et la vie avec autant de courage que de détermination.

Qui ne connaĂ®t pas cette date, le 1er juillet 2018. Simone Veil entre au PanthĂ©on. Pas seule non, son mari Antoine l’accompagne.

Une jeune journaliste doit commenter la cĂ©rĂ©monie Ă  la radio. PrĂ©texte Ă  faire revivre avec brio celle qui a connu l’horreur des camps de concentration et la gloire des politiques et des Ă©lus.

Bien sur nous en avons tous plus ou moins entendu parler,. Nous la connaissons tous un peu, les camps de concentration avec sa mère adorĂ©e et sa sĹ“ur. Le mariage et les enfants, le travail qu’elle voulait faire et que le mari ne souhaitait pas. Puis la façon dont le prĂ©sident Giscard d’Estaing souhaitant faire voter la loi sur l’avortement lui demande de la porter Ă  l’assemblĂ©e, les insultes, la violence subie alors, et cette femme digne et droite qui a su faire front face Ă  une assemblĂ©e d’hommes bien peu compatissants ou comprĂ©hensifs, quel manque d’humanitĂ© dans les mots, les gestes qu’elle devra essuyer alors. Enfin, son combat pour la rĂ©conciliation et pour une Europe forte et unie.

Il y a tout ça, mais il y a surtout un rôle porté par Cristiana Reali avec réalisme, force et pudeur, avec une vérité qui émeut et qui convainc, dans un décor minimaliste qui donne toute leur ampleur aux deux actrices.

C’est jusqu’Ă  fin dĂ©cembre ! Alors vite, courrez au théâtre, vous ne le regretterez pas.

Quoi : Simone Veil « Les combats d’une effrontĂ©e » d’après Une vie de Simone Veil
Adaptation Cristiana Reali et Antoine Mory
Mise en scène Pauline Susini

Il y a d’abord cette Ă©trange sensation, en cette chaude matinĂ©e d’Ă©tĂ©. Comme si le temps s’Ă©tait brutalement figĂ©.
Comme si l’Histoire reprenait ses droits. Simone Veil entre au PanthĂ©on, avec son mari Antoine.
L’histoire de Camille, elle, ne fait que commencer. AppelĂ©e Ă  prendre la parole sur Simone Veil dans une Ă©mission de radio, elle part Ă  la recherche de ses souvenirs d’Ă©tudiante. A moins qu’il s’agisse des souvenirs de toute une gĂ©nĂ©ration, qui a grandi avec les combats de cette femme hors du commun.
A mesure que progresse l’Ă©mission de radio, une conversation voit le jour entre ces deux femmes, comme un dialogue entre deux gĂ©nĂ©rations.

Comment trouve-t-on la force de consacrer sa vie aux combats politiques ? Comment reçoit-on cet héritage?

OĂą : Théâtre Antoine 14 Boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Quand : encore jusqu’au 30 dĂ©cembre

Elles disent, LĂ©onora Miano

D’Olympe de Gouges Ă  Toni Morisson
De Barbara Ă  Erica Jong
D’AnaĂŻs Nin Ă  Jeanne Moreau
De Delphine Horvileur Ă  Marguerite Yourcenar
De Gisele Halimi Ă  Winnie Mandela
LĂ©onora Miano les convoque toutes et rassemble ici leurs mots pour nous les proposer Ă  son tour.

Ă€ travers ces citations, qu’elles soient intellectuelle, rĂ©volutionnaire, avocate, chanteuse, Ă©crivain ou visionnaire, chacune nous offre ses pensĂ©es, ses paroles, ses idĂ©es dans ce recueil construit comme une harmonie musicale.

Exactement le genre de recueil que l’on a envie d’avoir avec soi, et de lire et relire de temps Ă  temps. Ă€ offrir et/ou Ă  s’offrir, ou les deux !

« Ma revendication en temps que femme c’est que ma diffĂ©rence soit prise en compte, que je ne sois pas contrainte de m’adapter au modèle masculin » Simone Veil.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

« Des femmes d’horizons diffĂ©rents parlent, se parlent. Parfois  de manière frontale, parfois en se tournant le dos ou en se  prenant par la main.
Celles dont les mots composent cette mĂ©lopĂ©e sont spirituelles,  politiques, cĂ©rĂ©brales, sensuelles, visionnaires, enragĂ©es,  mystiques, torturĂ©es, espiègles.
Leurs citations s’organisent en une manière de conversation  qui emprunte au jazz avec ses harmonies et dissonances, Ă   l’emphase d’antiques prĂŞtresses, Ă  diverses modalitĂ©s du chant.
Ce n’est pas le testament des femmes qui est ici proposĂ©,  mais une dĂ©ambulation rythmĂ©e dans leurs paroles. » L.M.

Léonora Miano est née en 1973 à Douala, au Cameroun.
Prix Goncourt des lycĂ©ens pour Contours du jour qui vient en 2006, Grand prix littĂ©raire d’Afrique noire en 2011 pour l’ensemble de son Ĺ“uvre, Prix Femina pour La saison de l’ombre en 2013, elle est l’auteur d’une Ĺ“uvre forte d’une vingtaine de titres en fiction et non-fiction. Son dernier essai : Afropea. Utopie post-occidentale et post-raciste, Grasset, 2020.

Parution : 29 Septembre 2021 / Format : 120 x 185 mm / Pages : 56 / EAN : 9782246824619 prix 6.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246824626 prix 4.49€

Furies, Julie Ruocco

Un premier roman sur le drame syrien, exigeant et intense, sensible et humain

A la frontière turque, BĂ©rĂ©nice s’active. L’archĂ©ologue française est devenue pourvoyeuse d’antiquitĂ©s volĂ©es dans cette rĂ©gion du monde bouleversĂ©e par la guerre. La jeune femmes dĂ©terre et emporte les trĂ©sors cachĂ©s, ignorante de la folie qui l’entoure. Elle se trouve toutes les excuses pour lĂ©gitimer son trafic d’antiquitĂ©s dans ce pays en guerre oĂą les hommes eux-mĂŞme dĂ©truisent des trĂ©sors inestimables au nom de leur religion.

Jusqu’au jour oĂą une femme lui donne sa fille Ă  travers les barbelĂ©es d’un camp de rĂ©fugiĂ©s. Dès lors, sa vie va changer du tout au tout.

Un jeune pompier enterre les morts tombĂ©s sous les coups de l’État Islamique. ArrivĂ© de la Syrie voisine, Asim pleure sa sĹ“ur Taym, si forte, si libre, exĂ©cutĂ©e par la police islamique. Lui le sauveur d’âmes est devenu le fossoyeur de leurs innombrables victimes. Il consacre dĂ©sormais sa vie Ă  retrouver les âmes de tous les disparus pour leur restituer la place qui leur a Ă©tĂ© volĂ©e dans l’histoire.

Leur rencontre se fera autour de cette fillette que sa mère va confier à Bérénice pour la sauver de ce monde en guerre.

Un roman fort, qui relate des situations dramatiques, au milieu du conflit syrien, des rĂ©fugiĂ©s qui attendent on ne sait quelle dĂ©livrance, entassĂ©s et oubliĂ©s dans les camps, au cĹ“ur de cette guerre sournoise faite aussi aux femmes Ă  qui l’État Islamique enlève jusqu’Ă  la vie lorsqu’elles ne s’effacent pas assez vite du monde des vivants. Les femmes, leurs silences, leurs souffrances, la douleur de vivre dans un monde qui nie leur place dans la sociĂ©tĂ©. Les violences qu’elles subissent prennent ici une toute autre dimension. Au milieu de tant d’horreur Ă©merge pourtant le courage et l’hĂ©roĂŻsme des peshmerga, de la rĂ©sistance kurde, de ceux qui tentent et osent se rĂ©volter souvent au prix de leur vie.
Quelle peut ĂŞtre la rĂ©ponse face Ă  tant de violence, la soumission ou la rĂ©volte ? Des mots bien faciles Ă  profĂ©rer lorsque l’on est Ă  l’abri d’une sociĂ©tĂ© Ă©galitaire oĂą chacun a droit Ă  la libertĂ©, Ă  l’Ă©ducation, hommes et femmes, garçons et filles. Des mots qui ont une autre portĂ©e et une toute autre signification lorsque votre vie est en danger Ă  chaque instant.
Un magnifique premier roman sur un sujet difficile, Ă  la fois exigeant et intense, sensible et humain, Ă  l’Ă©criture et au style direct et très contemporain.

Catalogue Ă©diteur : Actes Sud

Les destins d’une jeune archéologue, dévoyée en trafiquante d’antiquités, et d’un pompier syrien, devenu fossoyeur, se heurtent à l’expérience de la guerre. Entre ce qu’elle déterre et ce qu’il ensevelit, il y a l’histoire d’un peuple qui se lève et qui a cru dans sa révolution.
Variation contemporaine des « Oresties », un premier roman au verbe poĂ©tique et puissant, qui aborde avec intelligence les dĂ©senchantements de l’histoire et « le courage des renaissances ». Un hommage salutaire aux femmes qui ont fait les rĂ©volutions arabes.

Prix « EnvoyĂ© par La Poste » 2021 /AoĂ»t, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 288 pages / ISBN : 978-2-330-15385-4 / Prix : 20.00€

Rien ne t’appartient, Nathacha Appanah

Une femme rattrapée par la violence de son passé, un magnifique roman d’amour et de mort

Tara attend l’arrivĂ©e d’Eli, son beau-fils. Elle se laisse aller, et son appartement est le reflet de son dĂ©labrement intĂ©rieur. Les dĂ©chets s’amoncellent, elle doit ranger ce dĂ©sordre, Ă©liminer cette saletĂ©, mais elle n’y arrive plus. Cette chaleur ambiante, ce chagrin intĂ©rieur, la tuent Ă  petit feu. Gravement blessĂ©e et victime d’une amnĂ©sie partielle, elle a rencontrĂ© son mari Ă  la suite du sĂ©isme qui a ravagĂ© son pays. Depuis la mort de son Ă©poux plus rien ne la retient Ă  la vie. Les souvenirs surgissent peu Ă  peu et viennent peupler ses nuits et ses jours de noirceur et de regrets. Son passĂ©, son enfance, sonnent Ă  la porte de sa mĂ©moire pour raviver les douleurs enfouies de l’enfance. DĂ©sormais, plus rien ne sera jamais comme avant. Mais qui est elle vraiment cette Tara qui s’abandonne et se perd ainsi.

Vijaya est une fillette Ă  l’esprit libre, joyeuse, insouciante, cultivĂ©e. Elle passe son enfance auprès de parents aisĂ©s, aux mentalitĂ©s atypiques sur cette Ă®le paradisiaque. AthĂ©es, qui prĂ´nent l’Ă©galitĂ© et la libertĂ© de croyance dans un pays qui n’accepte pas cette idĂ©e, ou très mal. Sortir de l’enfance est parfois difficile, mais lorsque la cruautĂ© du monde rejaillit sur Vijaya elle n’a aucun moyen d’anticiper ce qui l’attend. La petite fille est recueillie dans une famille qui ne la comprend pas. Le silence s’installe, la solitude devient son quotidien. Les annĂ©es passent, la jeune femme dĂ©couvre l’amour et la douceur des corps qui se comprennent avec ce garçon qui l’aime pour ce qu’elle est.

Mais cet amour lĂ  est interdit. Elle est emmenĂ©e au Refuge, lĂ  oĂą son Ă©duquĂ©es et dressĂ©es les filles gâchĂ©es. Un refuge qui a tout d’une prison pour ces filles rejetĂ©es par la sociĂ©tĂ©. Devenue dĂ©sormais Avril, elle va apprendre cette phrase qu’on lui rĂ©pète inlassablement Rien ne t’appartient. C’est une adolescente brisĂ©e qui survit aux annĂ©es terribles de dressage, mais aussi Ă  la puissance des flots qui emportent tout sur leur passage.

L’arrivĂ©e d’Emmanuel sera sa bouĂ©e de sauvetage. Ensemble, le mĂ©decin venu porter secours aux victimes du tsunami trouve l’amour et Vijaya devenue Tara trouve la vie. Ă€ ses cĂ´tĂ©s elle se rĂ©invente, devient autre. Jusqu’au jour oĂą le cataclysme dĂ©clenchĂ© par la mort de son sauveur fait resurgir les souvenirs. Un prĂ©nom en particulier, oubliĂ©, enfoui au fond de sa mĂ©moire. Et ces annĂ©es pendant lesquelles elle a appris ce que les hommes font aux filles comme elle, ce qui est interdit, ce qui est autorisĂ©, que rien ne leur appartient, jamais. Comment vivre avec ça, que peut-elle en faire dĂ©sormais.

Dans ce pays jamais nommĂ© que l’on imagine multiculturel, Ă©voluĂ©, Ă  l’environnement luxuriant, une Ă®le sur laquelle se cĂ´toient plusieurs religions, la vie pourrait ĂŞtre paisible. Mais mĂŞme lĂ , les filles n’ont pas les mĂŞmes droits que les hommes, elles doivent se plier aux exigences et aux violences que la sociĂ©tĂ© leur inflige. Ă€ travers ces deux prĂ©noms et ces deux personnalitĂ©s, le lecteur dĂ©couvre l’enfant Ă  qui tout sourit, Ă  la vie insouciante et belle. Puis l’adolescente Ă  la vie si difficile, qui a tant de mal Ă  trouver une place dans cette sociĂ©tĂ© Ă  laquelle elle n’a jamais Ă©tĂ© prĂ©parĂ©e. Enfin, la femme sauvĂ©e, aimĂ©e, puis meurtrie, rattrapĂ©e par son passĂ©.

J’ai retrouvĂ© dans ce roman toute la beautĂ© de l’Ă©criture de Nathacha Appanah. Sa façon de parler de la difficultĂ© d’ĂŞtre, de devenir, de vivre, en mettant tant de douceur et de poĂ©sie dans ses mots. Le sujet des violences faites aux filles et aux femmes, ces filles que l’on dit gâchĂ©es, mais aussi l’intransigeance et les dictât des religions sont abordĂ©s avec subtilitĂ© et avec un rĂ©alisme qui fait froid dans le dos. J’ai aimĂ© la façon dont l’autrice Ă©voque les relations si belles et parfois violentes entre filles, l’amitiĂ©, le deuil, la solitude, avec tant d’humanitĂ© et de sensibilitĂ©.

De Nathacha Appanah, on ne manquera pas de lire le sublime roman Tropique de la violence, ou encore Le ciel par dessus le toit.

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

« Elle ne se contente plus d’habiter mes rĂŞves, cette fille. Elle pousse en moi, contre mes flancs, elle veut sortir et je sens que, bientĂ´t, je n’aurai plus la force de la retenir tant elle me hante, tant elle est puissante. C’est elle qui envoie le garçon, c’est elle qui me fait oublier les mots, les Ă©vĂ©nements, c’est elle qui me fait danser nue. Â»
Il n’y a pas que le chagrin et la solitude qui viennent tourmenter Tara depuis la mort de son mari. En elle, quelque chose se lève et gronde comme une vague. C’est la résurgence d’une histoire qu’elle croyait étouffée, c’est la réapparition de celle qu’elle avait été, avant. Une fille avec un autre prénom, qui aimait rire et danser, qui croyait en l’éternelle enfance jusqu’à ce qu’elle soit rattrapée par les démons de son pays.
À travers le destin de Tara, Nathacha Appanah nous offre une immersion sensuelle et implacable dans un monde où il faut aller au bout de soi-même pour préserver son intégrité.

160 pages / ISBN : 9782072952227 / Parution : 19-08-2021 / 16,90 â‚¬

CĂ´tĂ© jardin, de Monet Ă  Bonnard, Giverny

Ă€ Giverny, les visiteurs se pressent pour dĂ©couvrir la maison de Claude Monet, que l’on apprĂ©cie quelle que soit la saison avec ses jardins et son bassin aux nymphĂ©as. Mais il ne faut pas oublier le musĂ©e des impressionnismes, situĂ© Ă  deux pas. L’exposition actuelle s’intĂ©resse tout particulièrement Ă  la reprĂ©sentation des jardins dans l’univers des peintres.

Le visiteur navigue des Ĺ“uvres d’Auguste Renoir Ă  celles de Claude Monet, d’Édouard Vuillard Ă  Pierre Bonnard pour ne citer qu’eux.

Il faut se souvenir que sous l’impulsion de NapolĂ©on III, le baron Haussmann a transformĂ© l’amĂ©nagement de Paris, en dotant la ville non seulement de ses cĂ©lèbres grands boulevards mais aussi de grands espaces verts. Dès lors, des grands parcs de la capitale aux jardins privĂ©s, les artistes prĂ©sentent leur vision de cette nature qui les entoure en mettant en scène famille, Ă©pouses ou amis, en combinant fleurs et personnages, femmes et enfants.

Qu’ils soient Impressionnistes ou Nabis, hommes ou femmes, ils aiment tous saisir ces moments de grâce. Les femmes en particulier sont prĂ©sentes (parfois mĂŞme elles semblent absentes, plongĂ©es dans d’insaisissables pensĂ©es !) sous le pinceau de James Tissot, Alphonse Legros, Albert BartholomĂ© ou encore Marie Bracquemond. Édouard Vuillard et Pierre Bonnard saisissent quant Ă  eux les promeneurs qui se trouvent dans ces espaces publics, nourrices, Ă©lĂ©gantes, enfants.

Si le jardin est devenu le refuge des impressionnistes, chez Pierre Bonnard, Maurice Denis, Gustave Caillebotte ou encore Claude Monet, il est aussi le symbole du bien-être et de la renaissance. Ils n’hésitent plus à produire des œuvres purement décoratives comme le Parterre de Marguerites de Caillebotte ou le bassin de nymphéas de Claude Monet.

Alors qu’ils Ă©taient portĂ©s par une forme de dĂ©fiance vis-Ă -vis de l’impressionnisme qui prĂ´nait la retranscription de la sensation immĂ©diate loin des ateliers, la dissolution du cercle des Nabis les ramènent vers des perspectives plus classiques. Bonnard quant Ă  lui tend peu Ă  peu vers une abstraction colorĂ©e qui prĂ©pare dĂ©jĂ  ce que la gĂ©nĂ©ration amĂ©ricaine d’après-guerre qualifiera d’all-over.

Une visite que l’on aime prolonger en dĂ©couvrant les compositions florales du jardin du musĂ©e des impressionnismes Giverny.

Quand : jusqu’au 1er novembre
OĂą : MusĂ©e des impressionnismes de Giverny 99 rue Claude Monet 27620 Giverny

Je serais lĂ , Ă€ la vie, l’homme Ă©toilĂ©

Une superbe dĂ©couverte, l’Ă©motion est au rendez-vous

Infirmier en centre de soins palliatifs, l’homme Ă©toilĂ© nous livre ici un message empli d’amour et d’humanitĂ©.
Il le fait avec humour, beaucoup de douceur et de rĂ©alisme, et toujours une grande pudeur, mĂŞme lorsqu’il Ă©voque ces moments oĂą celle de ses malades est bien mise Ă  mal par des personnels un peu trop dĂ©shumanisĂ©s par le quotidien, le stress, les habitudes.

Apprendre à aider, écouter, soutenir autant que guérir et soigner est le maître mot des différentes scènes décrites dans chacun de ces deux volumes.
Les mots bien sĂ»r, mais aussi les silences, la musique, les regards et les sourires valent parfois bien plus que les pilules ou les traitements en tous genres, surtout lorsque l’on est dramatiquement conscient que sa fin est proche.


Les avez-vous lus ? Pas encore ?
Ă€ emporter dans vos bagages, Ă  lire, Ă  faire dĂ©couvrir, c’est beau et ça fait du bien, mĂŞme si parfois le rĂ©alisme de certaines scènes fait Ă©merger quelques souvenirs et vous fait venir des larmes au bord des yeux.

Catalogue Ă©diteur : Calmann-Levy

Avec Roger, l’Homme étoilé met une claque à la maladie sur les sons endiablés des tubes de Queen. Avec Mathilde, il apprend à parler le suédois, Edmond lui lance un véritable défi gastronomique et Nanie finit par l’adopter, en parfaite nouvelle grand-mère.

Dans ce roman graphique plein d’humanité, émouvant et drôle, l’Homme étoilé, l’infirmier aux plus de 1OO OOO abonnés sur Instagram, raconte la vie aux soins palliatifs avec douceur, pudeur, amour et humour.

EAN : 9782702167328 / Prix en euros TTC: 16.50 € / Pages : 192 / Format : 175 x 209 mm / Parution : 08/01/2020 / EAN numérique: 9782702167267 / Prix Numérique: 9.99 €