Les P’tites Poules, Christian Jolibois et Christian Heinrich

On aime et on vous conseille ces P’tites Poules et leurs belles aventures à raconter aux plus petits

Dans chaque épisode, des enfants désobéissants mais si mignons, des parents attentifs, déroulent avec tendresse et humour une vie de famille dans laquelle les petits peuvent se retrouver à un moment ou un autre de leur jeune vie.

Cette sĂ©rie Ă©crite par Christian Jolibois, avec les illustrations de Christian Heinrich est un rĂ©gal pour tous les enfants qui aiment les belles dĂ©couvertes. A lire, relire et Ă©couter avec les plus jeunes pour se rĂ©galer avec eux et que les plus grands vont aimer lire eux-mĂȘmes.

Les P’tites Poules et l’Ɠuf de l’empereur

A chaque Ă©pisode, nous dĂ©couvrons des rĂ©cits Ă  l’imagination dĂ©bordante. Ici, les petits s’amusent avec des cerfs-volants taillĂ©s dans de grandes chemises sous une brise lĂ©gĂšre. Mais arrive une bourrasque de vent bien plus forte que les autres et voilĂ  nos jeunes compĂšres embarquĂ©s par-delĂ  le pays jusque sur la muraille de Chine. Mais entre poules on se comprend, et aprĂšs quelques belles pĂ©ripĂ©ties, faites d’anecdotes super drĂŽles et intelligentes, propices Ă  de malins jeux de mots.

Et surtout, ces petits-lĂ  n’ont qu’une hĂąte, retrouver le cĂąlins et les bisous de leurs parents, ĂȘtre rassurĂ©s par leur prĂ©sence chaleureuse et douce. Mais comment peuvent-ils retrouver le chemin du poulailler ?

Le poulailler dans les Ă©toiles

Ici, un livre, un CD pour cette histoire Ă  lire, ou Ă  faire Ă©couter racontĂ©e par AndrĂ© Dussollier. Quelques bruitages, de la musique, formidable moment d’écoute et de partage.

CarmĂ©lito n’a peur de rien, et Ă©couter sa maman n’est pas le premier de ses soucis. Alors quand il dĂ©couvre une merveilleuse Ă©toile filante, maman peut dire ce qu’elle veut, la nuit est Ă  lui ! Pourtant, il est trĂšs déçu car son Ă©toile filante n’est qu’une triste Ă©toile de mer. A bien y rĂ©flĂ©chir, si les Ă©toiles existent, il y a peut-ĂȘtre aussi d’autres poules, lĂ -bas dans l’univers ? Mais ça, CarmĂ©lito le saura seulement quand les poules auront des dents, c’est dit ! Ah, mais avec les P’tites Poules, la surprise est parfois au rendez-vous !

Allez, embarquez avec Carmélito et son ami le bélier pour une belle aventure interstellaire.

Les P’tites poules pop-up : Jean qui dort et Jean qui lit

Comme chaque lundi, les P’tites Poules sont surexcitĂ©es, car c’est soir de conte Ă  poulailler land. Le Rat Conteur vient passer la soirĂ©e et leur faire dĂ©couvrir toutes ces mystĂ©rieuses histoires qui se sont transmises de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Mais aujourd’hui, le Rat Conteur est bien fatiguĂ©, et il faut absolument qu’il trouve un successeur. Pas facile, car pour cela il va devoir dĂ©couvrir la rĂ©ponse Ă  l’énigme que lui a posĂ©e le fantĂŽme de l’oncle Ésope, le plus grand des Rat Conteurs. AidĂ© de nos gentils compĂšres, va-t-il y parvenir ?
Un superbe pop-up qui fourmille de détails, de caches à découvrir, de dessins à soulever, pour le régal des petits à partir de 5 ans.

Catalogue Ă©diteur : PKJ

Les P’tites Poules – tome 17 : Les P’tites Poules et l’Ɠuf de l’Empereur

AprĂšs une sĂ©ance inoubliable de cerf-volant oĂč les P’tites Poules se sont amusĂ©es comme des folles, CarmĂ©lito, Carmen, BĂ©lino et CoquenpĂąte sont perplexes. À leur retour, leur poulailler chĂ©ri a changĂ©. Le mur d’enceinte est maintenant infranchissable
 Quant Ă  leur grand copain PĂ©dro le cormoran, l’ami de toujours, il ne semble pas les reconnaĂźtre

Parution : 03/10/2019 / EAN : 9782266294126 / Pages : 56 / Format : 225 x 285 mm / Prix : 10.70 €

Les P’tites Poules – Un poulailler dans les Ă©toiles

Approcher les Ă©toiles ! Depuis qu’il est sorti de son Ɠuf, CarmĂ©lito, le petit poulet, ne rĂȘve que de ça. En digne fils de CarmĂ©la, la poulette de La petite poule qui voulait voir la mer, rien ne peut l’abattre, ni la difficultĂ©, ni les moqueries de PĂ©dro le cormoran….
Parution : 03/10/2013 / EAN : 9782266189736 / Pages : 48 / Format : 225 x 285 mm / Prix : 10.70 €

Les P’tites Poules pop-up- Jean qui dort et Jean qui lit

Les petites poules sont tristes! Le rat Conteur, trop vieux, ne viendra plus leur raconter des histoires le soir, avant qu’elles aillent au nid. Un mystĂ©rieux Jean pourrait le remplacer… Oui, mais, des Jean, il en existe des centaines! L’astucieuse Carmen et son frĂšre CarmĂ©lito, rĂ©ussiront-ils Ă  dĂ©nicher le bon?
Parution : 07/11/2019 / EAN : 9782266294133 / Format : 185 x 260 mm / Prix : 23.90 €

Nous n'avons pas vu passer les jours, Yann Plougastel, Simone Schwarz-Bart

Simone Schwarz-Bart Ă©voque dans ce rĂ©cit Ă©mouvant et passionnant sa vie avec AndrĂ©, auteur du roman « Le Dernier des Justes«  Goncourt 1959

« Il Ă©tait une fois une Noire farouche et un petit Juif solitaire, qui vĂ©curent et Ă©crivirent une demi-douzaine de romans, sans voir le temps passer
 Â»

Quel couple singulier ! Lui AndrĂ© Schwarz-Bart, un jeune juif qui arrive de Metz, issu d’une famille d’origine polonaise en grande partie anĂ©antie dans les camps de concentration. Elle Simone Brumant, une guadeloupĂ©enne issue de l’esclavage. Chacun est lĂ  avec ses chaines et ses morts Ă  porter, par amour et pour se souvenir.

AprĂšs avoir fait de nombreux mĂ©tiers, et passĂ© son bac en mĂȘme temps, AndrĂ© devient Ă©tudiant Ă  la Sorbonne. Mais il est déçu car pour lui la culture aurait dĂ» ĂȘtre liĂ©e Ă  une Ă©lĂ©vation de l’ñme, hors il ne trouve rien de cela Ă  l’universitĂ©. Il prĂ©fĂšre retourner Ă  ses valeurs de fraternitĂ© et de simplicitĂ©.

Ils se croisent de façon improbable dans les couloirs du mĂ©tro. Elle est perdue, il s’adresse Ă  elle en crĂ©ole, ils parlent pendant des heures. C’est la rencontre de leur vie, ils ne se quitteront plus.

Lorsqu’ils se rencontrent, AndrĂ© est un ouvrier en train de finaliser l’Ɠuvre de sa vie, un roman qui sort de ses tripes, ce texte qu’il doit Ă  la fois Ă  sa famille et Ă  tous les juifs qui vivent en lui. Ce sera  Le Dernier des Justes. Le Goncourt de 1959 est bien plus qu’un simple roman, c’est aussi le premier qui dit ce que l’on n’appelle pas encore la Shoah, qui dit l’indicible, qui ose enfin verbaliser la souffrance, les morts, la folie de l’homme.

ConsidĂ©rĂ© par certains comme un quasi « porte-parole Â» du judaĂŻsme, il est conscient que cela n’est pas possible. Il a perdu la foi vers ses 13 ans alors qu’il n’est dĂ©jĂ  qu’un survivant, et comme on le comprend. Le Dernier des Justes est Ă©crit comme un petit caillou blanc que l’on poserait sur une tombe, un hommage Ă  ces morts et Ă  cette communautĂ© partie en fumĂ©e dans les crĂ©matoires de la seconde guerre mondiale. Face Ă  la polĂ©mique de ce Goncourt, et son incomprĂ©hension devant tant de haine, AndrĂ© choisit de s’exiler.

Ensuite, AndrĂ© dĂ©cide de rĂ©aliser un  Â« cycle antillais », qu’il va initier et rĂ©diger avec Simone avec le roman Un plat de porc aux bananes vertes en 1967 (puis en Ă©crivant La MulĂątresse Solitude, Seuil, 1972). Sa dĂ©marche va ĂȘtre totalement incomprise. Car il rassemble dans son roman le sort du peuple juif et celui des esclaves, deux entitĂ©s qui pour lui se ressemblent, car marquĂ©es l’une comme l’autre par une immense catastrophe. Face Ă  l’incomprĂ©hension des lecteurs et des critiques pour sa dĂ©marche, il publiera par la suite trĂšs peu de livres. BlessĂ©, meurtri par ce procĂšs public sur sa lĂ©gitimitĂ©, il part avec Simone s’installer Ă  la Guadeloupe. LĂ , Simone va Ă©galement publier ses romans, Pluie et vent sur TĂ©lumĂ©e Miracle en 1973, et Ti’Jean l’horizon en 1979. Quant Ă  AndrĂ©, toute sa vie il rĂ©dige des notes, pose sur le papier idĂ©es et Ă©bauches de romans, mais sans jamais rien publier.

Ils passeront quarante-six ans ensemble jusqu’au dĂ©cĂšs d’AndrĂ© en 2006. AprĂšs sa mort, Simone va rassembler ces archives, ces notes et ces manuscrits laissĂ©s AndrĂ©. Elle aurait pu en rester lĂ , mais fort heureusement, elle va publier Ă  titre posthume une partie de l’Ɠuvre d’AndrĂ© Schwarz-Bart. Seront ainsi Ă©ditĂ©s au Seuil L’Étoile du matin en 2009, L’AncĂȘtre en Solitude en 2015 puis Adieu Bogota en 2017.

Lors de mon dernier sĂ©jour au festival de Manosque, j’avais longuement Ă©changĂ© avec Louis-Philippe Dalembert, auteur haĂŻtien que par ailleurs j’apprĂ©cie beaucoup, et ce dernier m’avait parlĂ© de jacques, le fils de Simone et AndrĂ© Schwarz-Bart, musicien avec qui il apprĂ©cierait de se produire en lecture musicale. Aussi, j’ai tout de suite Ă©tĂ© intriguĂ©e par ce livre co-Ă©crit avec Yann Plougastel, le rĂ©cit de la vie de ce couple hors du commun. Et ce livre-lĂ  est absolument passionnant, alliant humanitĂ© et intelligence, lisez-le, vous ne verrez pas passer le temps !

Catalogue Ă©diteur : Grasset

C’est l’histoire d’un couple rare. Celle de deux Ă©crivains, l’une guadeloupĂ©enne, l’autre juif, dont l’Ɠuvre croisĂ©e tĂ©moigne de la souffrance de leurs peuples. Et celle de deux ĂȘtres Ă©perdument soudĂ©s, qui, pendant cinquante-cinq ans, tous les soirs, se sont lu un poĂšme d’amour de Pablo Neruda.
Il y a pourtant un mystĂšre autour des Schwarz-Bart. Pourquoi, au milieu des annĂ©es 1970, se sont-ils tus et enfermĂ©s dans leur maison de Guadeloupe ? Douze ans aprĂšs la disparition de son mari, Simone donne sa vĂ©ritĂ© sur le parcours hors norme d’un petit juif d’origine polonaise et d’une mĂ©tisse solitaire.
En 1959, AndrĂ© Schwarz-Bart publie Le Dernier des Justes. Premier roman d’un jeune ouvrier inconnu, orphelin de parents morts Ă  Auschwitz, cette Ă©blouissante saga raconte l’histoire d’une famille juive et, Ă  travers elle, le monde yiddish, disparu dans les camps nazis. Goncourt Ăąprement disputĂ© avec les jurĂ©s Femina, premier succĂšs romanesque sur le sujet, le livre est un best-seller dans le monde entier. Simone et AndrĂ© cosignent ensuite Un plat de porc aux bananes vertes. Mais les ouvrages suscitent d’insupportables polĂ©miques. La vision du judaĂŻsme de Schwarz-Bart est trĂšs critiquĂ©e et, blessĂ©, il cesse dĂ©finitivement de publier.
En IsraĂ«l, sur un mur du musĂ©e de Yad Vashem, on peut lire le Kaddish rĂ©voltĂ© qui conclut Le Dernier des Justes : « Et louĂ©. Auschwitz. Soit. MaĂŻdanek. L’Eternel. Treblinka. Et loué  »

Parution : 23 Octobre 2019 / Format : 140 x 205 mm / Pages : 208 / EAN : 9782246861492

Ma sƓur sĂ©rial killeuse, Oyinkan Braithwaite

Ma sƓur sĂ©rial killeuse, d’Oyinkan Braithwaite, un roman teintĂ© d’humour noir, quand deux sƓurs unies Ă  la vie Ă  la mort bousculent nos habitudes

Korede aime sa sƓur cadette, bien que celle-ci soit la plus belle et la favorite de leur mĂšre. Elle s’est Ă©galement donnĂ© pour mission de s’occuper d’elle. Mais Ayoola est une vĂ©ritable mante religieuse, elle supprime ses amants quand elle n’en veut plus, ou peut-ĂȘtre quand ils se rapprochent trop d’elle. En tout cas, quelle qu’en soit la raison, le rĂ©sultat est lĂ , et c’est toujours la grande sƓur qui doit faire le mĂ©nage pour la protĂ©ger.

Impossible de s’en ouvrir Ă  leur mĂšre, et comme le pĂšre n’est plus là
 on comprendra d’ailleurs au fil des chapitre la relation ambigĂŒe des filles au pĂšre.

Korede, infirmiĂšre Ă  l’hĂŽpital, est toujours cĂ©libataire. Tate, le mĂ©decin avec qui elle travaille, ne la laisse pas insensible. Aussi lorsque sa sƓur s’en approche, elle compte bien sortir les griffes pour qu’il garde toutes ses chances d’avoir la vie sauve.

Vif, rythmĂ©, fait de courts chapitres, qui donnent envie de continuer pour aller jusqu’au bout et de comprendre comment ces deux sƓurs vont bien pouvoir s’en sortir. Mais permet de se poser des questions sur les mĂ©andres obscurs de la sociĂ©tĂ© nigĂ©riane avec ses strates infranchissables, une police inexistante, les relations hommes-femmes et la condition fĂ©minine pas forcĂ©ment au top, les femmes qui luttent pour prendre la place qui devrait leur revenir.

Voilà un premier roman à la fois addictif et déjanté, décapant et hilarant. Famille et solidarité, société et culture africaine, de nombreux thÚmes sont abordés par le biais de cet excellent thriller psychologique et sociologique. Un trÚs plaisant moment de lecture que je vous recommande.

Catalogue Ă©diteur : Delcourt littĂ©rature

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Christine Barnaste

Korede s’est donnĂ© pour mission de protĂ©ger sa cadette envers et contre tout, et ce n’est pas une mince affaire. Non contente d’ĂȘtre la plus belle et la favorite de leur mĂšre, Ayoola a aussi la fĂącheuse habitude de tuer ses amants. Ainsi, au fil du temps, Korede est devenue experte pour faire disparaitre les traces de sang et les cadavres. Seulement, avec Femi, ça fait trois. Et Ă  trois, on vous catalogue serial killer

Korede a une vie Ă  mener, elle aussi : elle est secrĂštement amoureuse de Tade, le sĂ©duisant mĂ©decin qu’elle croise tous les jours dans les couloirs de l’hĂŽpital oĂč elle travaille comme infirmiĂšre. Aussi, lorsque sa jeune sƓur jette son dĂ©volu sur Tade, Korede se trouve face Ă  un dilemme : comment continuer Ă  protĂ©ger Ayoola, sans risquer la vie de l’homme qu’elle aime ?
À l’instar d’une Jane Austen des temps modernes, Oyinkan Braithwaite interroge les liens du sang, tout en pratiquant une critique en rĂšgle de la sociĂ©tĂ© nigĂ©riane : sa corruption, ses diffĂ©rences de classe, son machisme exacerbé 
Une comédie noire et décalée, aussi grinçante que glaçante.

Parution le 13 fĂ©vrier 2019 / 244 pages / 18.50€

Rien n’est noir, Claire Berest

Claire Berest met en mots et en couleurs Frida Kahlo et sa fureur de vive et d’aimer dans un corps cabossĂ©

J’aime l’artiste Frida Kahlo depuis longtemps. Pourtant, les premiĂšres fois oĂč j’ai vu ses tableaux, sans connaitre son histoire, j’étais quelque peu perplexe face Ă  la violence qui Ă©mane de certaines Ɠuvres. Mais aprĂšs avoir lu de nombreux articles, vu diffĂ©rentes expositions tant sur ses Ɠuvres que sur celles de Diego Rivera, Ă  Paris et Ă  New York, j’ai apprivoisĂ©e l’image que vĂ©hicule ce personnage hors du commun.

C’est un vrai bonheur de lire ce roman, qu’on aime Frida ou pas d’ailleurs. Car Claire Berest fait revivre avec talent cette jeune femme passionnĂ©e au destin incroyable, dans le Mexique du XXe siĂšcle.

Partant des couleurs qui ont illuminĂ© sa vie, l’auteur nous raconte avec ses mots vibrants, lumineux ou sombres, l’enfance, la jeunesse, l’accident terrible qui laisse Frida brisĂ©e, au propre comme au figurĂ©, avec pour seul horizon le mur d’une chambre d’hĂŽpital. Assouvissant son dĂ©sir de fuir les limites de la chambre et du corps, elle commence Ă  peindre. Puis vient son mariage avec Diego Rivera, cet artiste bien plus ĂągĂ© qu’elle, sur lequel elle avait jetĂ© son dĂ©volu, dĂ©cidant qu’il serait son mari. Cet homme qu’elle a aimĂ© avec une fureur et un absolu qui laisse pantois. Les annĂ©es de bonheur, de souffrance, la douleur du corps qui inflige de longues sĂ©ances de torture Ă  cette femme au caractĂšre si fort. MalgrĂ© les consignes des mĂ©decins qui la soignent au fil des ans, elle essaiera Ă  plusieurs reprises d’avoir des enfants, au risque d’y perdre la vie.

Brulant sa vie par tous les bouts possibles, avec rage, violence, passion, Frida sait que son temps est fragile. Elle a vu la mort de prĂšs, a connu l’abandon par son premier amour, la dĂ©chĂ©ance du corps mutilĂ©, puis l’amour absolu, et va tout faire pour vivre Ă  1000 Ă  l’heure. Alors elle peint. Des autoportraits parfois choquants tant la douleur transparait, des doubles abandonnĂ©s, l’amour, l’abandon, le chaos, l’enfant qui ne viendra pas, la mort qui rĂŽde si prĂšs de la vie. Avec son rire jaune aprĂšs l’abandon et l’accident, sa peur bleue de perdre Diego, ou lorsqu’elle voit rouge de ses infidĂ©litĂ©s et de sa soif de vivre loin d‘elle, mais toujours parĂ©e des couleurs et des costumes typiques de sa rĂ©gion du Mexique, Frida, personnalitĂ© hors du commun, nous en fait voir de toutes les couleurs.

Claire Berest la fait vivre, souffrir, aimer, douter, et nous fait ressentir la fascination de ce couple atypique bouleversant de passion. Par ses mots et ses couleurs, Frida se dévoile peu à peu et se laisse aimer.

Du mĂȘme auteur, j’avais aussi aimĂ© GabriĂ«le le roman Ă©crit avec sa sƓur Anne, dont on peut lire mon billet ici.

Catalogue Ă©diteur : Stock

À force de vouloir m’abriter en toi, j’ai perdu de vue que c’était toi, l’orage. Que c’est de toi que j’aurais dĂ» vouloir m’abriter. Mais qui a envie de vivre abritĂ© des orages? Et tout ça n’est pas triste, mi amor, parce que rien n’est noir, absolument rien.

Frida parle haut et fort, avec son corps fracassĂ© par un accident de bus et ses maniĂšres excessives d’inviter la muerte et la vida dans chacun de ses gestes. Elle jure comme un charretier, boit des trempĂ©es de tequila, et elle ne voit pas oĂč est le problĂšme. Elle aime les manifestations politiques, mettre des fleurs dans les cheveux, parler de sexe crĂ»ment, et les fĂȘtes Ă  rĂ©veiller les squelettes. Et elle peint.

Frida aime par-dessus tout Diego, le peintre le plus célÚbre du Mexique, son crapaud insatiable, fatal séducteur, qui couvre les murs de fresques gigantesques.

Claire Berest publie son premier roman Mikado Ă  27 ans. Suivront deux autres romans : L’Orchestre vide et Bellevue (Stock, 2016) et deux essais : La Lutte des classes, pourquoi j’ai dĂ©missionnĂ© de l’Éducation nationale et Enfants perdus, enquĂȘte Ă  la brigade des mineurs. En 2017, elle Ă©crit GabriĂ«le avec Anne Berest qui fut un grand succĂšs.

Parution : 21/08/2019 / Collection : La Bleue / 250 pages / Format : 137 x 220 mm / EAN : 9782234086180 / Prix : 19.50 €

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

De bonnes raisons pour mourir, l’excellent polar de Morgan Audic nous entraine Ă  Tchernobyl, dans un paysage aussi fascinant qu’effrayant

Le 26 avril 1986, explosion de la centrale de Tchernobyl

Le 26 avril 1986, dĂ©couverte des corps mutilĂ©s de deux femmes, dans la maison de l’une d’entre-elles

Aujourd’hui, Ă  Pripiat, un homme est retrouvĂ© mort


La premiĂšre thĂšse du policier dĂ©pĂȘchĂ© sur place est le suicide. Mais vu la position du corps, crucifiĂ© sur une façade d’immeuble, il faut se rendre Ă  l’évidence, c’est impossible
 une enquĂȘte sordide commence alors. Dans ce paysage d’un autre temps, dans cette zone qui devrait ĂȘtre abandonnĂ©e de tous, une vie parallĂšle a repris son cours. Entre ceux qui sont revenus vivre dans cette zone qu’ils considĂšrent comme leur seul refuge, ceux qui poussĂ©s par une curiositĂ© malsaine, qui veulent voir oĂč tant d’hommes, les liquidateurs pour ne pas les citer, ont trouvĂ© la mort, la zone pullule de visiteurs venu faire provision de radiations et de frayeurs.

DĂ©pĂȘchĂ©s sur place par deux canaux bien diffĂ©rents, l’un plus officiel que l’autre, deux flics qui ne se sont jamais vu tentent de percer le mystĂšre, tout en se mettant rĂ©ciproquement quelques bĂątons dans les roues. Le capitaine Joseph Melnyk est le policier ukrainien en charge de l’affaire, Alexandre Rybalko, un ancien flic russe qui n’a plus rien Ă  perdre, a Ă©tĂ© envoyĂ© lĂ  secrĂštement par le pĂšre de la victime.

Dans cette ambiance post nuclĂ©aire totalement glaciale, la rĂ©solution de l’enquĂȘte va s’avĂ©rer plus difficile que prĂ©vu. Entre les mensonges par omission des personnes impliquĂ©es pourtant sensĂ©es coopĂ©rer, les visiteurs fantĂŽmes non autorisĂ©s et les tours opĂ©rateurs qui profitent du systĂšme, il faut remonter dans le temps, au moment de l’explosion, pour dĂ©nouer les fils fort embrouillĂ©s de ces secrets bien enfouis dans les mĂ©moires.

Un tueur fou de taxidermie, des morts Ă  la pelle, des secrets Ă  dĂ©terrer, un paysage de fin du monde et cette ambiance dĂ©lĂ©tĂšre donnent Ă  ce polar d’un nouveau genre un cĂŽtĂ© hors du temps et novateur que j’ai particuliĂšrement aimĂ©. DiffĂ©rent des schĂ©mas auxquels nous sommes habituĂ©s, voilĂ  un roman qui emprunte des territoires quasi vierges, qui est fouillĂ© et documentĂ© sans pour autant ĂȘtre fastidieux, mĂȘme si finalement il me semble que Tchernobyl est ces derniers temps un coin trĂšs attrayant pour les romanciers ou les scĂ©naristes. Alors je crois que j’ai attrapĂ© un niveau de contamination maximum â€Š J’en redemande et j’ai hĂąte de savoir si le prochain roman de Morgan Audic saura autant nous embarquer !

Vous aimez les romans qui vous entrainent vers le monde post cataclysme de Tchernobyl, n’hĂ©sitez pas Ă  lire d’excellent roman d’Alexandra Koszelyk A crier dans les ruines, publiĂ© aux Forges de Vulcain, ou celui de de Lucile Bordes 86, annĂ©e blanche chez Liana Levi.

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Un cadavre atrocement mutilĂ© suspendu Ă  la façade d’un bĂątiment. Une ancienne ville soviĂ©tique envoĂ»tante et terrifiante. Deux enquĂȘteurs, aux motivations divergentes, face Ă  un tueur fou  qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillĂ©e. Et l’ombre d’un double meurtre perpĂ©trĂ© en 1986, la nuit oĂč la centrale de Tchernobyl a explosé Morgan Audic signe un thriller Ă©poustouflant dans une Ukraine disloquĂ©e oĂč se mĂȘlent conflits armĂ©s, effondrement Ă©conomique et revendications Ă©cologiques.

Édition brochĂ©e 21.90 € / 2 Mai 2019 / 496 pages / EAN13 : 9782226441423

Cent millions d’annĂ©es et un jour, Jean-Baptiste Andrea

Pour accomplir ses rĂȘves d’enfant, partir Ă  la dĂ©couverte d’un dragon de tonnerre et de foudre. Cent millions d’annĂ©es et un jour, de Jean-Baptiste Andrea, un magnifique roman sur la recherche de soi

« Mais lequel est le vrai ?…. Qui de nous deux rĂȘve l’autre Â»

Stan sera palĂ©ontologue. PalĂ©onto quoi ? PalĂ©ontologue. Il n’a jamais voulu prendre la suite du Commandant, son pĂšre exploitant agricole Ă  la figure autoritaire et violente, d’autant que sa mĂšre a fui cette vie qui lui correspondait trop peu, morte si jeune, elle Ă©tait la seule qui croyait en son fils et en ses rĂȘves. Tout jeune dĂ©jĂ , il dĂ©busquait les fossiles aux abords de la maison, puis de plus en plus loin, au grand dam de son pĂšre qui voulait lui imposer un avenir sans jamais laisser le champ libre Ă  ses rĂȘves de gosse.

En 1954, Stan est palĂ©ontologue. Cette annĂ©e-lĂ , il quitte tout pour partir au pied d’un glacier oĂč il espĂšre trouver le squelette que tout bon scientifique rĂȘve de dĂ©busquer un jour, le chainon manquant dans la litanie dĂ©jĂ  trĂšs longue des dĂ©couvertes extraordinaires.

Il entame la montĂ©e avec deux scientifiques, Umberto qui fut longtemps son assistant, et Peter, et Gio le guide qui va les mener jusqu’au glacier situĂ© entre Mercantour et Argentera, Ă  la frontiĂšre entre la France et l’Italie. LĂ , ils installent leur campement pour plusieurs semaines, et partent Ă  la recherche du dragon.

Cette recherche d’un squelette vieux de quelques centaines de millions d’annĂ©es est surtout l’occasion du huis-clos qui implique un retour sur la vie, l’amitiĂ©, l’espoir et les dĂ©ceptions, sur une carriĂšre pas toujours satisfaisante de scientifique, sur l’absence de ce qui fait une vie bien remplie, amours, amis, famille, enfants, rĂ©ussite et honneurs. Moments d’introspection pour chacun d’entre eux, de retour vers l’enfance, vers leurs vies, leurs dĂ©sirs, vers les failles qui les ont construits

Fait de nombreux retours arriĂšre qui font entrer le lecteur dans l’ñme de Stan, ses rĂȘves et ses espoirs, Cent millions d’annĂ©es et un jour nous happe et nous entraine loin, au cƓur de l’ñme humaine, de ses regrets, ses attentes, ses duperies, ses espoirs et ses croyances, et fait Ă©merger le fils d’une mĂšre silencieuse et absente, mais dont les mots marquent toute une vie.

Ce roman est Ă©mouvant, touchant, intime et violent. Nourri de dĂ©sillusions, de chagrins d’enfance et de rĂȘve absolus. Il y a dans ces mots toute la force et la violence des sentiments entre ces hommes qui se cherchent Ă  travers leur quĂȘte, qui s’épient, se font confiance ou se dĂ©fient, espĂšrent et dĂ©sespĂšrent tout autant. Il y a beaucoup d’émotion, une grande poĂ©sie aussi, quelques pointes d’humour, mais surtout les chagrins d’une vie, la souffrance et les dĂ©sillusions de l’enfance, les espoirs et les attentes, tellement Ă©mouvants. Un roman qui nous dit de le chercher, ce dragon qui peuple nos rĂȘves, sans plus attendre. Et en fond, un magnifique hymne Ă  la montagne, belle et sombre, violente et sauvage, qui reprend parfois ce qu’elle donne.

J’avais dĂ©jĂ  aimĂ© Ma Reine, le premier roman de Jean-Baptiste AndrĂ©a, je suis totalement sĂ©duite par celui-ci
 Un auteur Ă  suivre absolument.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premiĂšres fois

Catalogue Ă©diteur : L’iconoclaste

Une expĂ©dition palĂ©ontologique en pleine montagne oĂč chaque pas nous rapproche du rĂȘve et de la folie. AprĂšs le succĂšs de « Ma reine », un deuxiĂšme roman Ă  couper le souffle.

1954. C’est dans un village perdu entre la France et l’Italie que Stan, palĂ©ontologue en fin de carriĂšre, convoque Umberto et Peter, deux autres scientifiques. Car Stan a un projet. Ou plutĂŽt un rĂȘve. De ceux, obsĂ©dants, qu’on ne peut ignorer. Il prend la forme, improbable, d’un squelette. Apato- saure ? Brontosaure ? Il ne sait pas vraiment. Mais le monstre dort forcĂ©ment quelque part lĂ -haut, dans la glace. S’il le dĂ©couvre, ce sera enfin la gloire, il en est convaincu. Alors l’ascension commence. Mais le froid, l’altitude, la solitude, se resserrent comme un Ă©tau. Et entraĂźnent l’équipĂ©e lĂ  oĂč nul n’aurait pensĂ© aller.
De sa plume cinématographique et poétique, Jean-Baptiste Andrea signe un roman à couper le souffle, porté par ces folies qui nous hantent.

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste.

Format 135×185 mm / Prix : 18 euros / Pages 320 / ISBN : 9782378800765

Un Ă©tĂ© Ă  L’Islette, GĂ©raldine Jeffroy

Un été dans la vie de Camille Claudel et de Rodin, un premier roman sensible et poétique de Géraldine Jeffroy

Par une lettre qu’elle adresse Ă  Millou, EugĂ©nie lui raconte son histoire. Vingt ans auparavant, pendant l’étĂ© 1892, elle est envoyĂ©e par ses parents, chapeliers Ă  Paris, au chĂąteau de L’Islette, prĂšs d’Azay-le-Rideau. LĂ , dans ce bel Ă©difice renaissance, Madame Courcelle, la chĂątelaine, passe l’étĂ© avec Marguerite, sa petite-fille en convalescence, et reçoit deux artistes parisiens qui ont louĂ© deux piĂšces du chĂąteau pour plusieurs semaines.

EugĂ©nie, prĂ©ceptrice de Marguerite, fait alors la rencontre de Camille Claudel. L’artiste amoureuse et passionnĂ©e tant par la sculpture que par Rodin, vient travailler lĂ  pour l’étĂ©. Rodin n’y fera que quelques courts sĂ©jour, tout Ă  l’étude de son Balzac, Ɠuvre singuliĂšre s’il en est, disputes, retrouvailles, leurs amours s’avĂšrent particuliĂšrement tumultueuses.

Camille Ă  la beautĂ© sauvage et la crĂ©ativitĂ© dĂ©vastatrice, s’enferme dans une salle oĂč elle travaille sans relĂąche ses plĂątres, affĂ»te son inspiration, pour terminer La valse (avec voiles), une de ses Ɠuvres maitresses. C’est aussi lĂ  qu’elle rencontre Marguerite, qui lui inspire une Ɠuvre charmante, La petite chĂątelaine (ou la petite de L’Islette). Elle entretient tout au long de l’étĂ© une relation Ă©pistolaire avec Claude Debussy, qui est lui aussi en pleine phase de crĂ©atrice, avec son PrĂ©lude Ă  l’aprĂšs-midi d’un faune.

Éblouie par sa rencontre avec Camille, EugĂ©nie l’accompagne tout au long de cet  Ă©tĂ©. Elle dĂ©couvre sa fragilitĂ©, son Ă©nergie, sa violence dans l’action et sa façon de maltraiter son propre corps, pour ne laisser exploser que sa crĂ©ativitĂ©, que l’art qui semble vouloir sortir tout seul de ses mains. Ce sera un Ă©tĂ© unique, de crĂ©ation, de douceur, de violence. Un Ă©tĂ© qui change Ă  jamais la vie d’EugĂ©nie


Mais que ce roman est agrĂ©able Ă  lire. Entre vĂ©ritĂ© historique et imaginaire de l’Ă©crivain, l’auteur nous transporte dans la vie de ces deux monstres sacrĂ©s. Je m’y suis laissĂ© embarquer avec un vrai bonheur sans pouvoir le lĂącher, mais il est trĂšs court, Ă  peine 110 pages. Je n’ai pas eu envie de quitter Camille, cette artiste qui m’Ă©meut tant, engloutie par sa crĂ©ativitĂ© et par les affres de sa passion pour Rodin.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premiĂšres fois

Catalogue Ă©diteur : ArlĂ©a, 1er Mille

ChĂąteau de l’Islette, juillet 1892. Camille Claudel y installe son atelier estival. Comme Rodin tarde Ă  la rejoindre, elle confie son dĂ©sarroi Ă  Claude Debussy et travaille sans relĂąche. À mesure que La Valse prend forme, traduisant la tension extrĂȘme au sein du couple, la petite chĂątelaine et sa prĂ©ceptrice, EugĂ©nie, entrent dans la danse.
GĂ©raldine Jeffroy tisse avec subtilitĂ© vĂ©ritĂ© artistique et imagination romanesque. Des destinĂ©es se croisent et des passions s’exacerbent. Cet Ă©tĂ©-lĂ  verra naĂźtre des chefs-d’Ɠuvre : La Valse et La Petite ChĂątelaine de Camille Claudel, le Balzac de Rodin et L’AprĂšs-midi d’un faune de Claude Debussy.

GĂ©raldine Jeffroy est nĂ©e Ă  Chinon, en Touraine. Elle est professeur de lettres en rĂ©gion parisienne. Elle est Ă©galement l’auteur de Soutine et l’Écolier bleu, Fondencre, 2019.

septembre 2019 / 144 pages – 17 € / ISBN : 9782363082015