Tu es vraiment si pressĂ© ?

Une piÚce de et avec Chantal Peninon et Denis Tison, au théùtre de la croisée des chemins

Un spectacle à découvrir masqué et à distance de ses voisins

Vous passerez un peu plus d’une heure en compagnie de madame Lefort qui, pour arrondir sa retraite et Ă©viter les fins de mois un peu justes, loue une chambre dans son appartement.
Un de ses locataires, monsieur Robin, est lĂ  pour affaires. Mais il s’installe et prolonge son sĂ©jour… Les jours passent, une relation de plus en plus intime se forge au fil des soirĂ©es, des thĂ©s, des petits dĂ©jeuners pris de plus en plus souvent ensemble.

Chacun se dĂ©voile peu Ă  peu, son enfance, sa jeunesse, sa vie plus ou moins rĂ©ussie. Je ne vous en dit pas plus, mais c’est Ă©mouvant, intime, parfois bouleversant, souvent rĂ©jouissant.

Dans cette petite salle, le public se sent vite proche de ces deux acteurs qui incarnent avec maitrise et émotion ces deux retraités aux existences bouleversées.

OĂč : ThĂ©Ăątre La CroisĂ©e des Chemins (Salle Belleville / mĂ©tro TĂ©lĂ©graphe) 120 bis rue Haxo Paris 19
Quand : Les mercredis et jeudis Ă  19h, du 9 septembre au 29 octobre Comment : RĂ©servation (au 01 42 19 93 63) et masque đŸ˜· obligatoires.

Noir VĂ©zĂšre, Gilles Vincent

Se laisser embarquer par ce thriller historico-paléontologique haletant

La VĂ©zĂšre traverse le PĂ©rigord Noir. C’est dans la vallĂ©e de la VĂ©zĂšre que l’on trouve Ă  la fois Lascaux et Les Eyzies, et c’est lĂ  que Gilles Vincent nous entraĂźne Ă  trois Ă©poques diffĂ©rentes.

D’abord, il y a 17 000 ans, au moment oĂč des hommes ont commencĂ© Ă  peindre de merveilleuses fresques sur les murs de la Grotte de Lascaux. L’auteur pose la question et tente de comprendre pourquoi Ă  un certain moment l’homme prĂ©historique a eu l’idĂ©e, tout Ă  fait extravagante sans doute pour ses contemporains, d’une part d’offrir une sĂ©pulture Ă  ses morts, et d’autre part de peindre sur les parois des grottes le panthĂ©on d’animaux auxquels il devait se confronter. Comme une introduction Ă  la fois au chagrin et Ă  l’Ă©motion que provoque la perte de son prochain. Mais aussi Ă  la naissance d’une dĂ©marche crĂ©atrice et d’un sens artistique, eux aussi porteurs et traducteurs d’émotions.

Puis en 1919, Ă  la fin de la guerre de 14/18. Deux hommes, un lieutenant et son acolyte de retour au pays dĂ©couvrent incidemment la grotte de Lascaux. La beautĂ© du lieu, la majestĂ© des fresques vont les submerger et donner Ă  l’un d’eux le dĂ©sir fou de garder cette merveille secrĂšte. Jusqu’au jour de l’invention officielle de la grotte en 1940 par Marcel Ravidat, Jean Clauzel, Maurice Queyroi et Louis PĂ©rier, quatre adolescents Ă  Montignac en Dordogne.

Enfin, de nos jours, avec un paléontologue et une jeune gendarme, à Lascaux. Un violent orage va perturber les lieux, provoquant un accident géologique souterrain qui ne sera pas sans conséquences. Ensemble, ils pénÚtrent dans le saint des saints, la grotte originelle. Là, ils vont découvrir une scÚne qui va les bouleverser.

Un roman court, avec une intrigue évidente mais prenante, aux personnages bien campés, qui aborde ces trois époques avec une justesse de ton qui emporte immédiatement le lecteur.

Du mĂȘme auteur, retrouver aussi ma chronique de Un, deux, trois, sommeil !

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Cairn

Gilles Vincent revient avec un polar qui va nous ramener au cƓur de nos racines, au cƓur de l’Histoire, lĂ  oĂč tout a commencĂ©, dans les cavernes et les grottes. Les murs et les peintures ont encore beaucoup Ă  rĂ©vĂ©ler. Lascaux n’a pas livrĂ© tous ses mystĂšres. PrĂ©parez‐vous Ă  un huis clos surprenant : un polar prĂ©historique jamais vu.

AprĂšs 33 ans dans le Nord et onze ans Ă  Marseille, Gilles Vincent dĂ©cide, en 2003, de poser valises et stylos dans le BĂ©arn. Depuis quinze ans, il consacre le plus dense de sa vie Ă  l’écriture. Il est aussi animateur d’ateliers d’écriture en milieu scolaire, en prison, Ă  l’hĂŽpital…Les pages lues, Ă©crites sont ses poumons, les mots, tout le sang qui l’habite… Auteur de polars connu et reconnu, il a plusieurs fois Ă©tĂ© rĂ©compensĂ© : prix Europolar 2014 pour Djebel, prix Cezam Inter-CE 2014 pour Beso de la Muerte et prix du Mauvais Genre 2015 du Val Vert duClain pour Trois heures avant l’aube. Dans la collection Du Noir au Sud il a dĂ©jĂ  publiĂ© Un deux trois, sommeil ! en 2016 et Noir VĂ©zĂšre en 2018.
ISBN : 9782350685779 / 8,50 € TTC / Pages 168 / Date de parution mai 2018

FrĂšres soleil, CĂ©cilia Castelli

Un roman d’apprentissage dans lequel la Corse tient la premiùre place


Dans les annĂ©es 60, en Corse, trois jeunes garçons jouent au bord de la mer. Deux frĂšres, Christophe et Baptiste et leur cousin RĂ©mi. Les frĂšres habitent au village, avec leur mĂšre Gabrielle. RĂ©mi quant Ă  lui est nĂ© Ă  Marseille mais il vient toujours passer ses vacances sur l’Ăźle avec Martine, sa mĂšre, heureuse de retrouver le village et la famille le temps d’un Ă©tĂ©. Elle l’a quittĂ© Ă  19 ans Ă  peine pour chercher fortune ailleurs, pour chercher une forme de libertĂ© aussi sans doute. Contre l’avis de son pĂšre mais avec l’assentiment de sa mĂšre, elle a trouvĂ© un travail et un mari, marin, parti longtemps, souvent, l’homme de sa vie.

Nous suivons les trois cousins et leurs familles pendant une dizaine d’annĂ©es. Ces jeunes qui pour certains ne souhaitent jamais au grand jamais quitter l’Ăźle, se contentant d’y exercer le boulot qu’ils y trouveront. Ou cet autre qui rĂȘve de devenir mĂ©decin, de faire des Ă©tudes Ă  Marseille, d’éprouver enfin la libertĂ© des annĂ©es d’universitĂ©.
Ces jeunes femmes enfin qui brisent les tabous et l’ordre Ă©tabli qui veut que les filles restent au pays, et s’en vont sur le continent chercher un travail et un mari. Certaines pour toujours, d’autres reviendront, plus tard.

Dans la famille, il y a comme partout des singularitĂ©s, des secrets, des non-dits, le grand pĂšre assassinĂ© dont on ne doit pas parler, la fille partie sur le continent dont on dit qu’elle porte le diable, et tant d’autres bien sĂ»r, inavouables et tus par tout le village, la communautĂ©.
Un roman sur la famille, l’apprentissage de la vie, l’enfance et l’adolescence. Sur la famille et sur l’Ă©mancipation des femmes pas toujours Ă©vidente quand les traditions et la famille sont omniprĂ©sentes. Un roman aussi sur la peur de l’autre, l’étranger, celui qui est diffĂ©rent, que l’on rejette sans chercher Ă  la connaitre, Ă  le comprendre. Un roman sur les choix et les non-choix de certaines de nos actions, et sur leurs consĂ©quences. L’auteur aborde aussi la spĂ©cificitĂ© du nationalisme et le poids de l’omerta omniprĂ©sente dans chaque famille, Ă  chaque gĂ©nĂ©ration.
Enfin, un roman sur la Corse, personnage à part entiÚre avec sa singularité ilienne, ses nationalistes, ses traditions et ses sorciÚres jetant des mauvais sorts ou déjouant le malin, ses paysages magnifiques et odorants, enfin, ses familles viscéralement attachées à leur ßle.

Une Ă©criture tout en finesse, prĂ©cise, avec des descriptions trĂšs visuelles et des personnages qui sont comme ces dentelles si fines et complexes que l’on se plaĂźt tant Ă  admirer, ciselĂ©s, polis, et terriblement attachants.

Un roman dans lequel on s’immerge immĂ©diatement, on dĂ©couvre pas Ă  pas ces jeunes et leur famille, un rĂ©cit fait de retour arriĂšre qui ne perd jamais le lecteur et qui au contraire ancre chacun dans sa rĂ©alitĂ©, son environnement, pour une meilleure fluiditĂ© de l’ensemble. Il s’en dĂ©gage beaucoup de douceur et de beautĂ©, tant des paysages que des hommes et de leurs sentiments, mais toujours en dessous une violence intense, dĂ©vastatrice, Ă©touffĂ©e.
Une jolie découverte qui nous entraßne avec bonheur sur cette ßle de beauté que comme tout bon touriste qui se respecte nous aimons tant.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Le Passage

Chaque Ă©tĂ© sur l’üle, les deux frĂšres retrouvent leur jeune cousin venu du continent. Ensemble, les enfants pĂȘchent, jouent, chahutent. RĂ©mi, le plus jeune des trois, est en admiration devant les deux grands. Il aimerait leur ressembler mais il n’est pas vraiment comme eux, il ne vit pas ici. De leur cĂŽtĂ©, les adultes profitent de l’insouciance de l’étĂ©. Sur le terrain familial, au bord de la mer, l’existence est plus douce. Au soleil, ils souhaitent effacer les anciennes cicatrices, celles dont on ne parle jamais, le meurtre du grand-pĂšre et l’enfant qui devait naĂźtre.
Leur histoire se mĂȘle Ă  celle des ancĂȘtres. Dans la maison au figuier, figure tutĂ©laire, il y a la vieille tante Maria. Signadora mystique, sorciĂšre, guĂ©risseuse qui perpĂ©tue les traditions immĂ©moriales. Les enfants la redoutent, s’interrogent sur cette femme silencieuse et toujours en noir. Puis ils grandissent et pensent Ă  d’autres jeux, aux feux de camp sur la plage avec les filles notamment.
Mais quand vient la fin de l’adolescence, que certains choix s’imposent mĂȘme s’il semble impossible de quitter l’üle, un nouveau drame se produit. Meurtre ou accident ? Comme leurs parents avaient autrefois dissimulĂ© les blessures, la nouvelle gĂ©nĂ©ration se retrouve Ă  son tour confrontĂ©e Ă  l’indicible.

CĂ©cilia Castelli est nĂ©e et vit Ă  Ajaccio. Avec FrĂšres Soleil, elle nous livre un roman intense sur la force vĂ©nĂ©neuse des secrets. Un roman d’enfance et d’égarement. Entre mer et montagne. Entre sublime et violence.

ISBN: 978-2-84742-445-4 / Date de publication: AoĂ»t 2020 / Nombre de pages: 280 / Dimensions du livre: 14 × 20,5 cm / Prix public: 18 €

Carnaval, Hector Mathis

Un roman de l’urgence, sombre et caustique sur l’adolescence et le temps qui passe

Avec Carnaval, Hector Mathis nous plonge immĂ©diatement dans la suite de K.O, ce premier roman qui l’avait rĂ©vĂ©lĂ© en 2018. Le personnage principal, Sitam, verlan ou palindrome quasi parfait du nom de l’auteur, continue ses pĂ©rĂ©grinations et porte en lui un sentiment d’urgence qui transparait dans chacun de ses mots.

Il avait fui ses amis et surtout Capucine Ă  la suite de la dĂ©routante dĂ©couverte de la maladie grave qui le frappait, la sclĂ©rose en plaque. Sur le mĂȘme rythme, soutenu, hachĂ©, vif, direct, au style parlĂ© dynamique et exaltĂ©, il parcourt Ă  nouveau la route et tente de retrouver cette Capu qui lui manque tant. Mais encore faudrait-il la localiser, et qu’elle veuille encore de lui.

Le chemin pour la retrouver n’a rien d’un fleuve tranquille, d’autant qu’entre temps il apprend le dĂ©cĂšs d’un de ses insĂ©parables amis d’enfance. C’est alors le retour obligĂ© vers la banlieue grise de l’enfance. Il part avec un de ses amis pour assister aux obsĂšques. Les souvenirs affluent alors, en vrac, vivants, bruyants, mouvementĂ©s, colorĂ©s, gais et tristes, qu’importe. Ils sont lĂ  pour rappeler ces annĂ©es oĂč les amis ont Ă©tĂ© prĂ©sents, l’avenir Ă©tait ouvert, la vie s’annonçait belle malgrĂ© les bĂȘtises, les incartades, la soif de dĂ©couvertes, les quatre-cent coups faits par les adolescents d’hier. Aujourd’hui, l’avenir est sombre, la situation triste, et Capu n’apparait toujours pas. Fort de cette quĂȘte, il avance sur le difficile chemin de l’acceptation de cette maladie lourdement invalidante et sournoise.

Un roman Ă  l’écriture aussi Ă©tonnante que le premier, sombre et caustique, parfois triste, souvent mordant et joyeux. Qui se lit quasi sans respirer, dans l’urgence absolue. RĂ©aliste et pessimiste aussi, mais pourtant au bout du chemin apparait peut-ĂȘtre une lumiĂšre.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

Lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une maladie incurable, Sitam quitte tous ceux qui partageaient son existence. Quelques mois plus tard, conscient de son erreur, il cherche Ă  retrouver sa compagne. Mais aprĂšs de multiples tentatives infructueuses, il se rĂ©signe Ă  mener une vie solitaire. Alors qu’il semble abandonner tout espoir, un coup de fil de son vieil ami Benji l’oblige Ă  quitter Paris pour revenir dans sa banlieue natale : la grisĂątre. Un des leurs est mort. Il faut l’enterrer.

Ce voyage en banlieue replonge Sitam dans le passĂ© et son enfance. Ils Ă©taient un groupe de copains qui ont grandi entre la dĂ©conne, les problĂšmes d’argent et une soif immodĂ©rĂ©e d’aventure. Sitam retrouve ses anciens compĂšres, s’aperçoit de l’attraction qu’exerce sur eux la banlieue et de la duretĂ© de l’existence qui s’est imposĂ©e Ă  eux.

Parution : 20/08/2020 / Format : 13×19 cm, 224 p., 16,00 € / ISBN 978-2-283-03225-1

On ne touche pas, Ketty Rouf

Une philosophie de la vie qui questionne et bouscule les certitudes

JosĂ©phine est prof de Philo dans un lycĂ©e de banlieue, la vie classique d’un prof qu’aucun Ă©lĂšve ne veut Ă©couter, qu’aucune direction ne soutient, et oĂč quasiment aucune rĂšgle n’est respectĂ©e. Alors forcĂ©ment, pour tenir c’est Xanax et somnifĂšres, un peu d’alcool de temps en temps, et beaucoup trop de dĂ©gout de soi. Comment s’aimer quand on ne vous Ă©coute pas, ne vous respecte pas, que ce pourquoi vous aviez choisi ce mĂ©tier est tenu pour quantitĂ© nĂ©gligeable par ceux Ă  qui vous vous adressez chaque jour. JosĂ©phine abhorre cette Ă©ducation nationale qui ne soutient pas son corps enseignant et tente de niveler son Ă©ducation par le bas pour ne pas faire de vague, crĂ©ant ainsi des gĂ©nĂ©rations d’incapables bacheliers. Difficile de se sentir utile, de se plaire tout simplement, et de continuer Ă  avoir confiance en soi.

Parce qu’un soir de dĂ©prime elle avait poussĂ© la porte d’un cabaret, et enivrĂ©e par le champagne avait apprĂ©ciĂ© avec envie le dĂ©hanchĂ© et l’assurance de la jeune femme qui s’effeuillait et dansait face Ă  elle, JosĂ©phine dĂ©cide d’aller suivre des cours de danse. Mais des cours d’un genre particulier, pour y apprendre Ă  danser puis s’effeuiller devant de grands miroirs, s’obliger Ă  se regarder en quasi tenue d’Eve et commencer Ă  s’accepter, Ă  s’aimer peut-ĂȘtre. Porter de hauts talons et des escarpins qui font le pied cambrĂ© et la jambe fine, cela donne une forme d’assurance qui vous rend irrĂ©sistible. Car le charme et l’attraction ne sont pas simplement le fait de la beautĂ© ou pas, d’un visage ou d’un corps, mais bien d’une allure gĂ©nĂ©rale, d’un port de tĂȘte, d’une grĂące, d’une maitrise de soi et d’une assurance que l’on projette vers l’autre.

Et ça marche, JosĂ©phine prend tellement de plaisir Ă  enfin ĂȘtre sĂ»re d’elle, qu’elle tente mĂȘme le mĂ©tier de la nuit, la danse dans une boite oĂč pour quelques billets bien placĂ©s sur une jarretiĂšre, les filles dansent nues pour des hommes qui n’ont jamais le droit de toucher.

La nuit, l’alcool, la compagnie des filles, belles ou pas, droguĂ©es ou pas, seules ou pas, deviennent une seconde vie, puis une passion pour cette prof dĂ©sabusĂ©e qui peu Ă  peu se transforme. Mais la vie de la nuit a aussi des inconvĂ©nients et des risques qu’il faut pouvoir assumer. En sera-t-elle capable et en a-t-elle vraiment envie, voilĂ  sans doute la question importante Ă  laquelle elle devra rĂ©pondre seule.

J’ai aimĂ© suivre la progression des pensĂ©es de cette jeune femme. DĂ©sespĂ©rĂ©e par ce mĂ©tier de prof qu’elle avait pourtant choisi, elle va se construite autour de cette expĂ©rience de vie, d’émotion, de solidaritĂ©, de connaissance des autres et surtout d’elle-mĂȘme qu’elle n’avait pourtant pas imaginĂ©e. Devenant cette Rose Lee assumĂ©e et assurĂ©e par l’acceptation de ce corps qu’elle rejetait peu de temps avant.

J’ai aimĂ© aussi l’image de la nuit, des femmes, jamais dĂ©prĂ©ciĂ©e, qui acceptent leurs corps, leurs imperfections, leurs dĂ©sirs et leurs craintes, qui s’assument vraiment. Un peu idyllique sans doute, mais est-ce important dans ce contexte. L’auteur a su rendre crĂ©dibles, humaines et attachantes ces femmes que l’on croise aux cĂŽtĂ©s de JosĂ©phine et de Rose Lee. Leur donnant corps mais aussi des sentiments et des vies, sans jugement ni apriori. Enfin, si le mĂ©tier de prof est dĂ©peint sous un jour plutĂŽt dĂ©primant, il existe tout de mĂȘme toujours quelque Ă©lĂšve pour vous faire voir un peu de lumiĂšre au bout du tunnel, et c’est tant mieux.

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

JosĂ©phine est prof de philo dans un lycĂ©e de Drancy. Elle mĂšne sa vie entre Xanax, Tupperware en salle des profs, et injonctions de l’Éducation nationale qui lui ĂŽtent le sentiment d’exister.
Sauf que.
Chaque nuit, JosĂ©phine devient Rose Lee. Elle s’effeuille dans un club de striptease aux Champs-ÉlysĂ©es. Elle se rĂ©approprie sa vie, se rĂ©concilie avec son corps et se met Ă  adorer le dĂ©sir des hommes et le pouvoir qu’elle en retire.
Sa vie se conjugue dÚs lors entre glamour et grisaille, toute-puissance du corps désiré et misÚre du corps enseignant.
Mais de jouer avec le feu, Rose Lee pourrait bien finir par se brûler les ailes.

RĂ©cit d’un affranchissement, rĂ©flexion bouleversante sur l’image de soi et le rapport Ă  l’autre, ce premier roman hors norme de Ketty Rouf fait voler en Ă©clats les prĂ©jugĂ©s sur le sexe et la sociĂ©tĂ©.

Ketty Rouf est nĂ©e Ă  Trieste, en Italie, en 1970. AprĂšs une maĂźtrise de philosophie, elle s’établit Ă  Paris pour poursuivre ses Ă©tudes, conseillĂ©e par Paul RicƓur. Elle suit des cours de danse classique. AprĂšs avoir travaillĂ© pour l’Éducation nationale, elle a dĂ©sormais choisi de donner des cours d’italien pour adultes, et de travailler en tant que traductrice et interprĂšte.

Édition brochĂ©e 18.90 € / 19 AoĂ»t 2020 / 140mm x 205mm / 240 pages / EAN13 : 9782226454102

Frida Kahlo le petit cerf blessĂ©, GĂ©rard de Cortanze

Frida Kahlo femme et artiste, ou la beauté, la créativité et la force incarnées

GĂ©rard de Cortanze a beaucoup Ă©crit sur Frida Kahlo. Ce rĂ©cit au titre inspirĂ© par un tableau de Frida, retrace en 7 chapitres les Ă©vĂ©nements, les rencontres, la souffrance et les blessures tant physiques que sentimentales qui ont Ă©maillĂ© sa vie. Apparaissent tour Ă  tour Diego Rivera, GisĂšle Freund, LĂ©on Trotski, la sƓur ou la famille, mais avant tout la fureur de vivre et de crĂ©er de cette artiste inimitable et inoubliable.

Frida Kahlo est nĂ©e en 1907 dans la « Casa azul” dans une famille aisĂ©e Ă  CoyoacĂĄn, Mexico, d’une mĂšre mexicaine et d’un pĂšre allemand. Une poliomyĂ©lite Ă  cinq ans, puis un grave accident dans un bus alors qu’elle Ă©tait Ă©tudiante vont transformer sa vie Ă  tout jamais. L’étudiante joyeuse et promise Ă  un bel avenir d’à peine dix-sept ans devient une femme forte qui souffre intensĂ©ment dans sa chair. De multiples interventions chirurgicales, diffĂ©rents corsets rigides, une amputation, de nombreuses fausses-couches et de longs sĂ©jours Ă  l’hĂŽpital ou allongĂ©e dans son lit vont Ă©mailler sa vie, rien ne lui sera Ă©pargnĂ©.

Mais Frida est forte, courageuse, dĂ©terminĂ©e Ă  vivre, crĂ©er, aimer. Elle rencontre Diego Rivera,  puis Ă©pouse l’artiste de 21 ans son aĂźnĂ© en aoĂ»t 1929. S’en suit une relation intense, prolixe, et tumultueuse. L’un et l’autre se trompent mutuellement, en souffrent, se sĂ©parent puis se remarient.

Elle rencontre Trotski lors de son arrivĂ© au Mexique en 1937. Banni d’URSS par Staline, le rĂ©fugiĂ© court le monde pour sauver sa peau. Ils vivent une relation amour-amitiĂ© passionnĂ©e et mouvementĂ©e, comme tout dans la vie de Frida. LĂ©on Trotski sera finalement assassinĂ© au Mexique en 1940.

Toute sa vie, Frida Kahlo porte comme un emblĂšme les signes de sa culture et de l’identitĂ© mexicaine, sur ses toiles comme sur elle avec ses coiffures et ses tenues de paysanne. Mais ce qui ressort le plus de ses Ɠuvres est sans doute la tristesse, la douleur, la souffrance.

« La tristesse est reflĂ©tĂ©e dans chaque recoin de mes tableaux« 

Frida Kahlo meurt en 1954 Ă  quarante-sept ans, on se posera toujours la question d’un suicide, surtout aprĂšs la lecture de son journal « J’espĂšre que la sortie sera joyeuse
 et j’espĂšre bien ne jamais revenir. Frida« .

J’ai aimĂ© ce court rĂ©cit qui fait revivre l’artiste et la femme Ă  travers de ceux qui l’ont cĂŽtoyĂ©e, aimĂ©e, soutenue, trompĂ©e et trahie parfois aussi. Si de chapitre en chapitre, des faits et des Ă©vĂ©nements se rĂ©pĂštent, ce n’est vraiment pas gĂȘnant, au contraire et en particulier pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’artiste, c’est une excellente approche de sa vie.

On ne manquera pas de lire Ă©galement le formidable roman de Claire Berest, Rien n’est noir, Editions Stock, 2019

GĂ©rard de Cortanze a publiĂ© :

Frida Kahlo, la beauté terrible, Albin Michel, 2011; Livre de Poche Hachette, 2013.
Frida Kahlo par GisĂšle Freund, Albin Michel, 2013.
Les amants de Coyoacan, Albin Michel, 2015; Le Livre de Poche Hachette, 2017.
Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre, Albin Michel, 2020.
Frida Kahlo, le petit cerf blessé, Libretto/Phébus, 2020
Un amour de Frida Kahlo (théùtre), 2020.

Catalogue Ă©diteur : Libretto

Reconstitution sensible, sous la forme de sept textes, de la vie de Frida Kahlo (1907-1954), figure mythique de l’art du siĂšcle dernier. Sept chapitres, oĂč l’on croise Diego Rivera bien sĂ»r, mais aussi la photographe-portraitiste GisĂšle Freund mais encore LĂ©on Trotski dont elle a Ă©tĂ© la maĂźtresse lorsqu’il vĂ©cut son exil au Mexique.

RĂ©cit subjectif plein de sensibilitĂ©, la vie de Frida Kahlo est ici vue par GĂ©rard de Cortanze Ă  l’aune d’évĂ©nements ou de rencontres qui ont marquĂ©s son existence et imprĂ©gnĂ©s sa crĂ©ation.

Date de parution : 20/08/2020 / Format : 12 x 18,2 cm, 160 p. / 8,10 € / ISBN 978-2-36914-573-8

L’Ɠil du paon, Lilia Hassaine

Un conte fantastique et cruel sur l’orgueil et la vanitĂ©

VoilĂ  un roman qui dĂ©bute comme un conte, une tragĂ©die grĂ©co-romaine. HĂ©ra vit sur l’ile des paons en Croatie avec Adonis, son pĂšre. Depuis la mort de sa mĂšre ils ont une relation fusionnelle. Mais lorsque Titus, le souverain des lieux, dĂ©cĂšde, son pĂšre lui explique qu’une malĂ©diction pĂšse sur tous ceux qui vivent sur cette ile et qu’elle doit en partir pour sauver sa vie.

HĂ©ra a 21 ans lorsqu’elle quitte cette ile hors du temps et arrive dans un Paris trĂšs actuel. LĂ , l’apprentie photographe pose son regard affutĂ© et naĂŻf sur le monde qui l’entoure.

Elle est accueillie par un couple Ă  la relation dĂ©lĂ©tĂšre, Agathe, la sƓur de sa mĂšre et Laurent son Ă©poux, qui la traitent comme une Ă©trangĂšre. Le seul qui semble vraiment heureux de la connaitre est Hugo, leur petit garçon au regard triste dont elle va rapidement se sentir proche. Autour d’elle gravitent de bien Ă©tranges personnages, d’abord Gabriel, le sĂ©duisant et mystĂ©rieux instituteur d’Hugo, puis ce couple de pharmaciens chez lesquels Agathe s’approvisionne grassement en anxiolytiques, enfin l’énigmatique monsieur Quentin, un opticien, celui qui voit, ou qui aide ceux qui ne voient pas.

Si elle comprend qu’Hugo a besoin de sa prĂ©sence, la jeune HĂ©ra se laisse rapidement emporter dans le tourbillon de la vie parisienne avec ses sorties, ses soirĂ©es, sa superficialitĂ©. Car le bonheur de sĂ©duire, de plaire, d’ĂȘtre aimĂ©e vont lui faire rapidement oublier l’essentiel, que le temps passe et qu’on ne le retient pas. Et surtout oublier ceux qui l’aiment, ceux qui comptent vraiment, ceux qui ont besoin d‘elle. Comme Ă©blouie par la beautĂ© de l’Ɠil du paon, elle en oublie de regarder la rĂ©alitĂ© et la vĂ©ritĂ© des Ă©vĂ©nements et de ceux qui l’entourent. Le jour oĂč cette photographe qui pourtant traque la vĂ©ritĂ© dans le regard de ses contemporains va enfin ouvrir les yeux et regarder au delĂ  des apparences, ne sera-t-il pas trop tard pour les autres et pour elle.

Quel Ă©trange roman qui sous des airs lĂ©gers nous fait rĂ©flĂ©chir en profondeur sur la vacuitĂ© de certains de nos actes. Un roman qui frĂŽle le fantastique mais qui Ă©voque si bien l’apprentissage de la vie, l’orgueil et ses ravages, et ce sentiment de supĂ©rioritĂ© qui dĂ©truit parfois. Un conte cynique et brillant.

Le roman Ă©tonnant, Ă  l’écriture poĂ©tique et parfois onirique, qui malgrĂ© quelques dĂ©fauts (j’aurais aimĂ© un peu plus de profondeur dans la psychologie de certains personnages par exemple) accroche le lecteur. Une jeune autrice que l’on a assurĂ©ment envie de suivre.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

 Â«HĂ©ra Ă©tait fascinĂ©e par ces petites planĂštes qui habillaient la robe rousse du paon. La lumiĂšre du matin, diffractĂ©e par les lamelles des plumes, oscillait du vert Ă©meraude au dorĂ©, moirĂ© de reflets bleu mĂ©tallique. Sur ses ailes, des centaines de plumes parsemĂ©es de perles claires, aussi Ă©clatantes que les Ă©toiles d’une nuit sans lune. Quant Ă  l’herbier de sa fourrure, il avait la couleur ocre des feuilles mouillĂ©es d’octobre, que piĂ©tinait dĂ©jĂ  HĂ©ra, loin de son Ăźle.
À l’ombre des marronniers, elle dĂ©couvrit les premiĂšres images de Paris.»
AprĂšs avoir toujours vĂ©cu sur une Ăźle sauvage de Croatie, HĂ©ra se retrouve Ă  Paris chez une tante qui la traite comme une Ă©trangĂšre. Tandis que son petit cousin, Hugo, reporte toute son affection sur elle, Gabriel, le mystĂ©rieux instituteur de l’enfant, l’initie aux plaisirs de la ville. Vite intĂ©grĂ©e Ă  la jeunesse des beaux quartiers, contaminĂ©e par le cynisme ambiant, HĂ©ra semble se satisfaire d’une certaine artificialitĂ©. Mais un drame bouleverse le cours de son destin.

Parution : 03-10-2019 / 240 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 978207285390 / Prix : 18 ,50€

Tout va me manquer, Juliette Adam

À la fois fort et lĂ©ger, le roman d’une rencontre, de la jeunesse et de la solitude

Le roman se situe dans une ville de province, autour du magasin de jouets autrefois tenu par Alain, un homme seul et malheureux depuis le dĂ©cĂšs de l’une de ses filles.

Étienne est seul, mĂȘme s’il tient dĂ©sormais le magasin de jouets de son grand-pĂšre et vit dans l’appartement qu’il partage avec cet homme atteint de la maladie d’Alzheimer. MalgrĂ© Paco, ce petit frĂšre si attachant, et avec une mĂšre absente et un beau-pĂšre transparent. Seul et sans amis, sans mĂȘme une petite amie ou une copine pour partager ses moments de solitude. Car il faut l’avouer, ce jeune homme un peu sauvage n’est pas trĂšs douĂ© pour entrer en relation avec les autres. 

ChloĂ© est seule, dans cette Ă©trange vie qu’elle mĂšne, Ă  la fac, avec son amie Nina, farouche, indomptable, impĂ©tueuse, explosive et parfois mĂȘme violente.

Ces deux jeunes gens solitaires se croisent sur un malentendu un soir de Carnaval. Depuis ils se frĂŽlent Ă  nouveau sans se parler vraiment, s’explorent sans se dĂ©voiler. Car ChloĂ© est un vrai mystĂšre, elle qui apparait sans bruit aux cĂŽtĂ©s d’Étienne, oĂč qu’il aille, elle qui fuit puis cherche sa compagnie. Cette jeune femme insaisissable, qui semble aussi fragile que parfois violente et dĂ©terminĂ©e intrigue et inquiĂšte Étienne.

Passant sans arrĂȘt du rire aux larmes, de la gaitĂ© Ă  la plus profonde dĂ©tresse, ce roman fait le portrait Ă©mouvant et sombre d’une jeunesse en mal de repĂšres. En mal de vivre aussi et qui crĂšve de solitude Ă  l’heure des rĂ©seaux sociaux et de la communication Ă  outrance. Perdus dans leurs galĂšres et leurs complexitĂ©s internes, peuvent il seulement se comprendre et se trouver ?

Un roman qui dit souffrance et solitude, peur de l’autre et de soi-mĂȘme, sombre, violent et parfois aussi lumineux. S’il y a quelques longueurs ou au contraire quelques manques, en particulier sur la derniĂšre partie, j’ai Ă©tĂ© plutĂŽt sĂ©duite dans l’ensemble. L’Ă©criture, les descriptions, les personnages, s’ils n’ont rien de vraiment nouveau, sont Ă©tonnamment matures pour une jeune autrice dĂ©jĂ  Ă©ditĂ©e Ă  18 ans.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue Ă©diteur : Fayard

Il semblerait que tout oppose Étienne et ChloĂ©, pourtant le hasard n’arrĂȘte pas de les faire se rencontrer. Mais est-ce vraiment le hasard ? Elle, inflammable et imprĂ©visible ; lui, maladroit et rĂȘveur, dans un curieux mĂ©lange de fantaisie et de noirceur, ils vont pourtant faire un bout de chemin ensemble.

Étienne s’ennuie. Dans le magasin de jouets oĂč  il travaille, dans l’appartement oĂč  il vit avec son grand-pĂšre, dans cette petite ville oĂč  il n’y a jamais rien Ă   faire. Partout, il promĂšne sa solitude, et se demande s’il n’est pas en train de passer Ă   cĂŽtĂ©  de sa vie. Alors, lorsqu’il se fait frapper par erreur par une inconnue au cƓur d’un carnaval, il y voit un signe. Quelque chose se produit enfin. Quelqu’un l’attend quelque part.
Elle s’appelle ChloĂ©. Inflammable, imprĂ©visible, elle est de celles qu’on ne peut pas vraiment cerner. Qui ne se laissent pas approcher. Constamment Ă   deux doigts d’imploser. Maladroit et rĂȘveur, Étienne n’a jamais vraiment su comment aborder une fille. Pourtant, ils vont se tourner autour. Et, dans un curieux mĂ©lange de fantaisie et de noirceur, faire un bout de chemin ensemble.
 
Juliette Adam est nĂ©e en 2002. Elle a passĂ© son enfance en Bretagne et vit aujourd’hui Ă  Paris. Tout va me manquer est son premier roman.

Parution : 19/08/2020 / Pages : 270 / Prix TTC : 18.00 € EAN : 9782213717449 / Prix NumĂ©rique : 12.99 € EAN numĂ©rique : 9782213719214

FacĂ©ties et paysages contĂ©s en PyrĂ©nĂ©es-Orientales, Caroline Chemarin

Arpenter les routes des PyrĂ©nĂ©es-Orientales au fils des secrets et de l’imaginaire poĂ©tique de Caroline Chemarin

VoilĂ  un joli recueil de contes qui nous entraine dans le sud-ouest de notre beau pays, du cĂŽtĂ© des PyrĂ©nĂ©es que j’aime tant. Tout au long de dix-neuf « promenades » qui nous entrainent dans les PyrĂ©nĂ©es-Orientales.

Chaque commune est ici prĂ©texte Ă  raconter une « promenade » qui mĂȘle la nature, la faune ou la flore, le paysage ou la ville, la mer ou la cĂŽte de sable, l’architecture et l’art. En se basant sur les histoires qui se racontent le soir au coin du feu, ou pas d’ailleurs, l’auteur nous transporte dans un univers fĂ©Ă©rique fait de sirĂšnes, de NĂ©rĂ©ides, de sorciĂšres gentilles et de jeunes filles exigeants, mais aussi de gentils vignerons, de pauvre sculpteur, de fabricant de sandales ou mĂȘme de pas de danse.

Les sentiments les plus divers tels que jalousie, peur, envie, dĂ©sobĂ©issance, ou au contraire fidĂ©litĂ©, amour, pour ne citer qu’eux, sont prĂ©sents. Ici les animaux, gentils, solidaires, malins, peureux ou voleurs, lapin, renard, GypaĂštes, ours et huppes fasciĂ©es, isard aux cornes d’or, viennent aussi nous rendre visite pour notre plus grand bonheur.

C’est un vrai plaisir de lire ces contes Ă  l’écriture aussi poĂ©tique que chantante. A noter Ă©galement que certains contes sont illustrĂ©s de jolis dessins de l’auteur. J’ai aimĂ© tourner les pages, courir d’un bout Ă  l’autre du dĂ©partement, de ses cĂŽtes maritimes jusqu’aux montagnes, de Collioure Ă  Prats-de-Mollo-La Preste (cette ville situĂ©e Ă  la fin de la route dans la montagne, oĂč ma mĂšre a fait tant de sĂ©jours de cure et qui me paraissait au bout du monde). Je crois que je ne regarderai plus certains paysages de la mĂȘme façon.

J’avais rencontrĂ© Caroline Chemarin au salon du Livre de paris, l’an dernier, et j’avais Ă©tĂ© intriguĂ©e par ses jolis recueils de contes bilingues Ă  destination des tout-petits. Mais il n’était pas facile d’imaginer les faire lire Ă  mes petits-enfants. Alors c’est une joie de dĂ©couvrir ce recueil-lĂ , qui parle d’une rĂ©gion que j’aime et qui associe l’universalitĂ© du conte, le rythme et la qualitĂ© de la narration avec le plaisir de pouvoir lire Ă  voix haute.

Catalogue Ă©diteur : Les Presses LittĂ©raires

Nous avons appris Ă  poser sur le territoire l’Ɠil gĂ©ographique et le regard historique. Nous savons qu’il peut ĂȘtre apprĂ©hendĂ© de façons multiples par le gĂ©omĂštre, le gĂ©ologue, le botaniste, le zoologue mais
 Livre-t-il pour autant tous ses trĂ©sors ? Ne percevez-vous pas l’ombre de tout ce qu’il cache encore ?
Quel est le terrible secret qui lie la huppe fasciĂ©e au vigneron ? Comment le peintre dĂ©sobĂ©issant crĂ©a-t-il les cerises ? Par quelle ruse Sire Chat parvint-il Ă  sauver tous ses compagnons du bĂ»cher ? De quelle façon le roi philosophe Ă©loigna-t-il le chaos du Canigou ? Connaissez-vous le tout petit Desman ? Pour quelle raison n’a-t-on jamais retrouvĂ© le temple de VĂ©nus bĂąti Ă  Port-Vendres ?
Un paysage qui regorge de merveilles suscite mille questions.
Arpentez les routes des PyrĂ©nĂ©es Orientales, perdez-vous sur les sentiers et remontez les fleuves jusqu’aux sources cachĂ©es : elles sont trĂšs bavardes pour peu qu’on fasse mine de les Ă©couter.

Comme elles, les « FacĂ©ties » murmurent, courent et serpentent Ă  travers les imaginaires successifs qui ont nourri et enrichi notre dĂ©partement. Elles en racontent les paysages, dĂ©voilent certains de leurs secrets et nous invitent Ă  poser un Ɠil nouveau sur le monde qui nous entoure.

ISBN : 979-10-310-0734-2 / 16 X 24, 132 pages / Prix 13,00 €

Sous le soleil de tes cheveux blonds, Agathe Ruga

L’amitiĂ©, l’amour, ces sentiments complexes, indispensables et parfois si douloureux

Elles Ă©taient deux, brune et blonde, belles comme le jour, amies de longue date, jusqu’au jour oĂč Brigitte a disparu de la vie de Brune. A l’aube de sa deuxiĂšme grossesse, et lors de la disparition de France Gall, Brune se souvient de leurs annĂ©es d’amitiĂ© folle et intense. Brigitte hante ses rĂȘves, bouleverse sa grossesse, ravive la douleur de l’absence de ce double d’elle qui lui manque tant.

Brune et Brigitte, deux jeunes femmes belles et intelligentes, lycĂ©ennes puis Ă©tudiantes fusionnelles et talentueuses, solaires et brillantes. Brune se souvient des bancs de la fac de mĂ©decine, de la fĂȘte, des sorties, des weekends de folie Ă  boire et danser jusqu’au bout de la nuit, du bonheur de plaire et de sĂ©duire, des vacances en Bretagne, des hommes que l’on aime et qui ne vous voient mĂȘme pas, de ceux que l’on Ă©pouse mais qui ne vous satisfont pas, de ceux que l’on aime Ă  la folie, contre la morale, la famille, la raison. Tous ces secrets, ces moments de vie, cette rivalitĂ© parfois, la passion toujours et cette intensitĂ© de sentiments partagĂ©s.

Avec talent, Agathe Ruga nous transporte au cƓur d’une jeunesse provinciale dorĂ©e Ă  qui tout sourit. Par son Ă©criture parfaitement maitrisĂ©e, sincĂšre, audacieuse et parfois crue, elle dit la vie et la violence des sentiments, l’amitiĂ© et l’amour, mais aussi la maternitĂ©, la sĂ©paration, le couple.

Les annĂ©es d’études en fac de mĂ©decine dont on sait mĂȘme sans l’avoir faite Ă  quel point elle est difficile, les vacances et les weekends en libertĂ©, les folles nuits d’insouciance, la vie de couple, tout y est, et le lecteur plonge dans cet univers qui m’a fait penser aux romans de Monica Sabolo ou de Laura Kasischke. Si le dĂ©but de la lecture m’a semblĂ© parfois fastidieux, c’est un roman qui devient rapidement addictif.

On ne peut s’empĂȘcher de penser Ă  l’autofiction bien sĂ»r, mais portĂ©e par cette Ă©criture Ă  la fois subtile et vivante qui donne envie de lire le prochain roman de cette dentiste, blogueuse, amoureuse, maman et dĂ©sormais autrice. Le tout bercĂ© par ces airs de France Gall qui Évidement, trottent dĂ©sormais dans ma tĂȘte.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : ArpĂšge (Ă©ditions Stock) et Le Livre de Poche

L’une est blonde, secrĂšte et bourgeoise. Au lycĂ©e, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, rĂ©pond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Traversant les annĂ©es folles de la jeunesse, elles dĂ©couvrent ensemble la joie d’aimer, de danser, de rire et de boire jusqu’au petit matin en rĂȘvant Ă  leurs destins de femmes. Mais un Ă©trange jour d’Ă©tĂ©, tout s’arrĂȘte brusquement. Sans donner aucune explication, Brigitte rompt leur amitiĂ© et disparaĂźt.
Les annĂ©es passent mais n’effacent pas la douleur de l’absence. Lorsque Brune tombe enceinte, elle ressent le besoin de comprendre.
Avec brio, Agathe Ruga explore une tranche de vie aussi enivrante que violente, celle des premiĂšres fois, de l’Ă©veil de la fĂ©minitĂ©, du passage Ă  l’Ăąge adulte et des dĂ©sillusions, jusqu’Ă  la dĂ©livrance.

Agathe Ruga a dĂ©laissĂ© sa carriĂšre de dentiste pour devenir Ă©crivain et chroniqueuse littĂ©raire sous le nom d’Agathe.the.book. Elle a fondĂ© le Grand Prix littĂ©raire des blogueurs ainsi que la distinction L’ÉtĂ© en poche. Avec Sous le soleil de mes cheveux blonds, elle signe un premier roman ultra contemporain, percutant et sensible.

Le Livre de Poche : 7,70€ / 312 pages / Date de parution : 10/06/2020 / EAN : 9782253241027
Éditions Stock : Sous le soleil de mes cheveux blonds / 27/02/2019 / 288 pages / EAN : 9782234087118 / Prix : 18.50 €