Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono

Le destin de Nejiko Suwa et de son Stradivarius pendant le seconde guerre mondiale

Nejiko Suwa est depuis son plus jeune âge attirée par la musique occidentale, et par le violon en particulier. Une formation à cet instrument ne peut être exhaustive, même si elle est enseignée par les plus grands musiciens japonais, que si elle est complétée par un séjour en France auprès des maîtres de son temps. La jeune femme part à Paris parfaire sa formation et étudier avec Boris Kamensky.

Mais la guerre est lĂ , et le Japon est l’alliĂ© de l’Allemagne et de l’Italie. En 1943, c’est Ă  Berlin de Nejiko reçoit des mains de Goebbels le Stradivarius qui va l’accompagner toute sa vie. Instrument magnifique qu’elle protège comme si sa propre vie en dĂ©pendait. Mais dont elle ignore l’origine. Est-ce un bien spoliĂ© Ă  Lazare Braun, le musicien juif dĂ©portĂ© avec sa famille Ă  Auschwitz ? Si tel est le cas, Herbert Gerigk ne le lui avouera jamais. Pourtant, la jeune musicienne a bien du mal Ă  apprivoiser les sonoritĂ©s de cet instrument fabuleux, tant il est vrai que ce dernier a une âme, peut ĂŞtre celles de ses propriĂ©taires successifs. Elle va de concert en concert, protĂ©geant son instrument et peut-ĂŞtre elle aussi par cette forme de dĂ©ni et de candeur affichĂ©s face aux atrocitĂ©s de la guerre qu’elle semble ne jamais voir.

Le roman alterne plusieurs points de vue et adopte plusieurs formes. Essentiellement celui du narrateur, un musicien de jazz chargĂ© de rĂ©cupĂ©rer le Stradivarius , qui n’en est peut ĂŞtre pas un, mais plutĂ´t un Guarini. Et celui de Nejiko Ă  travers des extraits de son journal, ou dans les diffĂ©rentes Ă©tapes de sa carrière et de sa vie, de Paris Ă  Berlin, des États Unis au Japon, en cette pĂ©riode si compliquĂ©e de la seconde guerre mondiale et de l’après guerre.

L’auteur a su mĂŞler avec talent les connaissances historiques sur la place du Japon Ă  cette pĂ©riode charnière du XXe siècle, la vie Ă  Berlin ou Ă  Tokyo, les tractation politiques et les règlements de compte de l’après guerre. La place de la musique et l’importance de poursuivre une carrière au service de celle-ci, quelles que soient les circonstances, y compris au mĂ©pris de l’image que l’on projette, en particulier lors de pĂ©riodes troubles. Ce qui provoque d’interminables discussions, surtout hĂ©las des annĂ©es après et hors contexte, quand on essaie de comprendre de telles attitudes. Ce qui est vrai d’ailleurs pour la plupart des artistes qui ont continuĂ© Ă  travailler pendant les diffĂ©rentes guerres ou conflits.

Le roman Ă©voque aussi les tragĂ©dies de la guerre, la spoliation des biens juifs envoyĂ©s en masse en Allemagne, la dĂ©portation et la mort de millions de juifs, les villes bombardĂ©es, la fidĂ©litĂ© sans faille des japonnais envers leur empereur et leur pays, (fidĂ©litĂ© forcĂ©e, quand le choix est la mort ou l’indignitĂ©…), les atrocitĂ©s commises par les japonais et les jugements des crimes de guerre. Enfin, on y rencontre Goebbels et les dignitaires allemands, mais aussi l’empereur Hirohito et Mac Arthur, Miles Davis et Boris Vian, Juliette Greco et Pablo Picasso pour ne citer qu’eux.

La musique est prĂ©sente mais seulement comme un fil rouge tĂ©nu qui vient rappeler la passion de Nejiko, Ă  travers les grands artistes de son Ă©poque, de ceux qui l’ont entourĂ©e et dont elle s’est inspirĂ©e, qu’ils soient chefs d’orchestre, musiciens ou compositeurs. Un premier roman très qui nous fait Ă©galement re-dĂ©couvrir les liens politiques et culturels existants entre les grandes nations au XXe, en particulier après la seconde guerre mondiale.

Lire Ă©galement les chroniques de Les instants de lecture, Des plumes et des livres, Squirelito

Catalogue Ă©diteur : Slatkine et Cie

Le roman vrai de Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise à qui Joseph Goebbels offre un Stradivarius à Berlin en 1943, au nom du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. Le violon a été spolié à Lazare Braun, un musicien juif assassiné par les nazis. Nejiko n’arrive d’abord pas à se servir de l’instrument. Le violon a une âme. Son histoire la hante. Après guerre, Félix Sitterlin, le narrateur, musicien de la brigade de musique des Gardiens de la Paix de Paris est chargé par les autorités de la France Libre de reconstituer l’histoire du Stradivarius confisqué. Il rencontre Nejiko qui finit par lui confier son journal intime.

Paru le 7 janvier 2021 / 240 pages – Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-171-6

Joueuse, Benoît Philippon

Et si la vie n’Ă©tait qu’une partie de Poker, alors, partie gagnante, ou pas ?

Zack est joueur professionnel depuis l’enfance, il faut dire que son père ne lui a rien appris d’autre. Avec Baloo, son ami de toujours, ils Ă©cument les concours, les tripots, et se satisfont de ce qu’ils gagnent. Baloo qui malgrĂ© ses tentatives de suicides Ă  rĂ©pĂ©tition sait bien, lui qui a tout perdu, que dans la vie il en faut peu pour ĂŞtre heureux. Mais le jour oĂą il croisent la route de Maxine, leur vie pourrait bien changer de cap.

Joueuse, elle l’est, et douĂ©e avec ça. Maxine fait le tour des circuits de jeu de poker clandestins, des bars de seconde zone, rien ne l’arrĂŞte et sa technique Ă  fait ses preuves. Le jour oĂą elle dĂ©couvre le beau Zack, elle dĂ©cide de l’utiliser pour enfin rĂ©aliser son rĂŞve. Un pari Ă  quelques centaines de milliers d’euros, mais un pari risquĂ©, affronter un joueur redoutable qui ne s’en laisse pas compter et qui en a anĂ©anti plus d’un.

Car le pari de Maxine vient de loin, du plus profond de l’adolescence, et il lui faudra beaucoup de courage pour s’y prĂ©parer et y arriver. Une fois que Baloo, le matraqueur de violeur de femmes, est convaincu, il lui reste Ă  dĂ©cider Zack. Les voilĂ  embarquĂ©s dans une course semĂ©e d’embĂ»ches. D’autant que Maxine prend aussi sous son aile Jean, son petit voisin surdouĂ©, qui s’avère un peu encombrant pour mener Ă  bien son projet. Qu’importe, elle n’Ă©coute que son cĹ“ur pour le protĂ©ger des violences de sa mère.

Sous des airs lĂ©gers et avec de jolies pointes d’humour, l’auteur aborde ici des sujets graves tel que pĂ©dophilie, viol, violences faites aux femmes, et nous permet aussi de pĂ©nĂ©trer dans le milieu des joueurs de poker, qui s’il semble parfois bon enfant est bien souvent rĂ©git par les mafias lorsqu’il touche aux salles de jeu clandestin.

Les dialogues, les caractères des principaux protagonistes et leurs aventures procurent un vrai plaisir de lecture. L’ensemble est aussi très cinĂ©matographique, on s’y croirait. J’ai eu parfois l’impression d’entrer avec Maxine, Zack et Baloo dans ces salles crasseuses et enfumĂ©es, dans le manoir majestueux, ou dans les ruelles sombres. Le rythme soutenu fait de Joueuse un polar tout Ă  fait divertissant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche, Les Arènes

Maxine est une de ces femmes à qui rien ne résiste. Elle tombe sous le charme de Zack, joueur de poker professionnel comme elle, mais elle n’en montre rien. Qui maîtrise à la perfection l’art de la manipulation ne dévoile jamais son jeu.
Maxine propose Ă  Zack une alliance contre un concurrent redoutable. Piège ou vengeance… Zack n’en sait rien. Mais comment rĂ©sister Ă  la tentation du jeu ? Maxine est une tornade qui dĂ©fie le monde si masculin des joueurs de poker. Elle est bien dĂ©cidĂ©e Ă  rĂ©gler ses comptes, coĂ»te que coĂ»te.

Joueuse est une partie de poker virtuose où chacun mise sa vie. Un nouveau livre jubilatoire, teigneux, drôle et renversant de Benoît Philippon, qui décidément aime les héroïnes qui n’ont pas froid aux yeux.

NĂ© en 1976, BenoĂ®t Philippon est scĂ©nariste et rĂ©alisateur pour le cinĂ©ma. Après CabossĂ© (la SĂ©rie Noire, Gallimard) et Mamie Luger (EquinoX), Joueuse est son troisième roman. 

Pages : 352 / prix : 7,90€ / Date de parution : 10/03/2021 / EAN : 9782253241492

Le petit seigneur, Antonio Ferrara

RĂŞver sa vie n’est pas toujours une option et dĂ©pend parfois de sa naissance…

Tonino est un gamin comme tant d’autres, enfin, presque. Pour ses parents, l’Ă©cole n’est pas une prioritĂ©, bien au contraire. A l’âge oĂą les gamins apprennent et jouent comme des enfants, Tonino comme ses sĹ“urs aident Ă  faire fonctionner l’entreprise familiale. Et l’entreprise familiale n’a rien de banal. Enfin, peut-ĂŞtre l’est-elle finalement, puisque après tout on est Ă  Naples, dans le pays oĂą les mafieux règnent en maĂ®tres.

Si les petites sĹ“urs ont la dextĂ©ritĂ© voulue pour empaqueter les grammes de blanche, Tonino est, Ă  treize ans Ă  peine, dĂ©jĂ  passĂ© maĂ®tre dans l’art du commerce de la neige. Vendre des doses au seuil de l’appartement ou dealer dans la rue, avec son revolver dans la poche, est devenu son ordinaire chaque jour Ă  partir de dix-huit heures et jusque tard dans la nuit.

Impossible de se lever pour aller au collège. Pourtant, son professeur d’italien s’obstine, Tonino est un excellent Ă©lève qui rĂŞve de devenir journaliste. Mais en bon napolitain, le père veille, et saura agir si nĂ©cessaire pour garder son fils dans l’entreprise. Car dans la ville de Naples, point de salut pour les enfants en dehors de la famille et du milieu.

Antonio Ferrara pointe du doigt ces milieux oĂą les jeunes ont pour avenir celui que leur aĂ®nĂ©s leur ont assignĂ©, sans possibilitĂ© de tracer leur route comme ils l’entendent. L’auteur le dit bien en exergue de son roman, avoir des rĂŞves, des choix de vies, cela n’est pas donnĂ© Ă  tous les enfants. Et ceux qui le dĂ©noncent le payent souvent de leur vie.

Un livre jeunesse Ă  faire lire Ă  tous les adolescents mais qui peut aussi ĂŞtre lu par tous. Une lecture importante qui montre que la libertĂ© et le rĂŞve ne sont pas donnĂ©s Ă  tous de façon semblable dans le monde, et pour reconnaĂ®tre le privilège de recevoir une Ă©ducation familiale et scolaire enrichissante et Ă©galitaire. l’Ă©criture est agrĂ©able et l’on se met facilement dans la peau de Tonino, ses rĂŞves, ses amitiĂ©s, ses doutes et ses dĂ©sillusions.

Catalogue Ă©diteur : Bayard

Tonino suit la voie que son père a tracée pour lui. Celle des seigneurs, pour qui les codes d’honneur sont une question de vie ou de mort.
Chaque soir, il descend sur la place. Adossé au mur, il attend les clients qui viennent lui acheter ses petits sachets.
La drogue, c’est une histoire de famille.
À treize ans, Tonino n’a peur de rien.
Sa vie lui convient telle qu’elle est. Remplie d’adrénaline.
De toute façon, il n’a pas le choix. Dans certains quartiers de Naples, le rêve n’est pas une option.
Pourtant, quand la loi du silence se brise, la nuit laisse aussi parfois entrevoir une lueur d’espoir.

Ă€ partir de 12 ans / Parution : 06/01/2021 / Prix : 12,90 â‚¬ / Pages 144 / EAN 9791036304736

Grand Platinum, Anthony van den Bossche

Une lecture savoureuse et instructive

Lire Grand Platinum, c’est tout d’abord en savoir plus, beaucoup plus, sur l’origine des carpes au sang choisi, enfin des carpes NishikigoĂŻ rebaptisĂ©es KoĂŻ par les occidentaux. Par exemple, dĂ©couvrir enfin que les paysans de la province de Niigata ont sĂ©lectionnĂ© des spĂ©cimens aux mutations gĂ©nĂ©tiques spontanĂ©es, puis les ont croisĂ©es entre elles, pour en faire les KoĂŻ exceptionnelles que l’on connaĂ®t aujourd’hui.

Puis suivre Louise dans ses pĂ©rĂ©grinations pour sauver les carpes de son père. Car celui-ci vient de dĂ©cĂ©der. Mais pendant sa vie, il avait dissĂ©minĂ© dans quelques mares et Ă©tangs parisiens sa collection unique de KoĂŻ. Il faut dire que ces dernières ont besoin d’espace pour se dĂ©velopper. Et lorsqu’il avait quittĂ© sa maison au grand jardin, il avait bien fallu leur trouver un point de chute.

Mais pas seulement ! Car ce sauvetage est aussi un moyen de mieux connaĂ®tre le père disparu. Avec l’aide de son frère, un garçon au rythme de vie totalement dĂ©calĂ© et hors du temps, et de quelques amis bien choisis, Louise va parcourir la capitale Ă  la rencontre des secrets bien gardĂ©s de son père.

Il y a une belle poĂ©sie et beaucoup d’humour, de sentiments et d’empathie dans ce premier roman pour le moins insolite et original. Le rythme, les personnages, l’intrigue, en font un joli moment de lecture. Original, enlevĂ©, le sujet singulier des KoĂŻ et la personnalitĂ© de Louise, de son client Stan, de son frère et de quelques autres protagonistes donnent envie de la poursuivre encore un peu et laisse comme un goĂ»t de pas assez.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Parce que souvent sur un mĂŞme roman les avis sont très partagĂ©s, n’hĂ©sitez pas Ă  lire aussi l’avis enthousiaste de Geneviève du blog mĂ©mo Ă©moi, et beaucoup moins par Les miss chocolatine bouquinent

Catalogue Ă©diteur : Seuil

Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer , Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d’eau de Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage.

Anthony van den Bossche est nĂ© en 1971. Ancien journaliste (Arte, Canal +, Nova Mag, Paris Première, M6, Le Figaro) et commissaire indĂ©pendant (design contemporain), il accompagne aujourd’hui des designers, artistes et architectes.

Date de parution 07/01/2021 / 16.00 € TTC / 160 pages / EAN 9782021469165

Le Doorman, Madeleine Assas

Une vie pour découvrir NewYork, la ville qui ne dort jamais

Ray est le Doorman du 10 Park avenue, Ă  Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’AlgĂ©rie dans les annĂ©es 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis Ă  Paris. Après un emploi particulièrement pĂ©nible Ă  dĂ©charger le poisson au marchĂ©, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vĂŞtu de son bel uniforme Ă  boutons dorĂ©s.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des annĂ©es 70 jusqu’Ă  effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres dĂ©couvre la vie des quartiers, de Little Italy Ă  Chinatown, du Lower East Side Ă  TriBeCa, de Harlem Ă  Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait dĂ©couvrir par son regard. Les commerces, les cafĂ©s et les restaurants, les bars et leurs habituĂ©s, rien ne lui Ă©chappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, dĂ©ambule avec lui et voit l’Ă©volution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rĂŞver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. MĂŞme si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissĂ© la place aux pas plus hĂ©sitants du sexagĂ©naire, son regard est toujours aussi affĂ»tĂ© et empathique envers ses congĂ©nères, d’un cĂ´tĂ© ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il cĂ´toie lorsqu’il revĂŞt son habit de Doorman.

Je suis allĂ©e la première fois Ă  New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui dĂ©barquait lĂ -bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un cĂ´tĂ© irrĂ©el et festif. J’y suis retournĂ©e depuis Ă  maintes reprises. J’ai retrouvĂ© dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus rĂ©centes de mes dernières visites. Cette diffĂ©rence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beautĂ© des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le cotĂ© vieillot et archaĂŻque du mĂ©tro ou de certaines boutiques par exemple. Le rĂ©servoirs d’eau sur les toits des buildings, les Ă©cureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressĂ©s de Wall Street, les touristes Ă©merveillĂ©s de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si diffĂ©rents qui font pourtant l’unitĂ© de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mĂŞlent pas. Enfin, Ray a rĂ©veillĂ© en moi le sentiment fort et l’Ă©motion qui m’avaient saisie en entrant Ă  Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rĂŞve amĂ©ricain au fil des dĂ©cennies. Quand un roman Ă©veille autant de souvenirs et d’Ă©motions, c’est sans doute qu’il a atteint son but.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Actes Sud

Le Doorman est le roman d’un homme secret vĂŞtu d’un costume noir Ă  boutons dorĂ©s. Un Ă©tranger devenu le portier d’un immeuble de Park Avenue puis, avec le temps, le complice discret de plusieurs dizaines de rĂ©sidents qui comme lui sont un jour venus d’ailleurs. Ă€ New York depuis 1965, ce personnage poĂ©tique et solitaire est aussi un contemplatif qui arpente Ă  travers ce livre et au fil de quatre dĂ©cennies l’incomparable mĂ©gapole. Humble, la plupart du temps invisible, il est fidèle en amitiĂ©, prudent en amour et parfois mĂ©lancolique alors que la ville change autour de lui et que l’urbanisme Ă©rode les communautĂ©s de fraternitĂ©.

Toute une vie professionnelle, le Doorman passe ainsi quarante annĂ©es protĂ©gĂ©es par son uniforme, Ă  ouvrir des portes monumentales sur le monde extĂ©rieur et Ă  observer, Ă  Ă©couter, avec empathie et intĂ©gritĂ© ceux qui les franchissent comme autant de visages inoubliables. Jusqu’au jour oĂą il repart pour une autre ville, matrice de son imaginaire.

Ce livre est le théâtre intemporel d’une cartographie intime confrontĂ©e Ă  la mythologie d’un lieu. Il convoque l’imaginaire de tout voyageur, qu’il s’agisse du rĂŞveur immobile ou de ces inconditionnels piĂ©tons de Manhattan, marcheurs d’hier et d’aujourd’hui aux accents d’ailleurs.

février, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 384 pages / ISBN : 978-2-330-14427-2 / Prix indicatif : 22.00€

La sacrifiĂ©e du Vercors, François MĂ©dĂ©line

Un voyage dans le temps à la recherche des véritables héros de notre Histoire

En ce 10 septembre 1944, quand on dĂ©couvre dans une forĂŞt du Vercors le corps de Marie, tondue, violĂ©e, assassinĂ©e, l’ombre des règlements de comptes pèse sur la scène. Mais c’est vite oublier que la famille de Marie est une famille de rĂ©sistants. Alors, que s’est-il passĂ© ?
Georges Duroy, commissaire Ă  l’Ă©puration, et Judith, photographe amĂ©ricaine et correspondante de guerre pour le magazine Life, qui se trouvent sur les lieux au moment de la dĂ©couverte vont mener une enquĂŞte dont ils se seraient bien passĂ©.

Dans cette Ă©poque trouble le moindre jeune du coin est devenu FFI ou rĂ©sistant de la dernière heure. Ces ardents dĂ©fenseurs de la France sont prĂŞts Ă  liquider l’ennemi ou le traĂ®tre sans sommation. Les jeunes FFI du village sont dĂ©jĂ  prĂŞts Ă  en dĂ©coudre avec Simone Fucilla, un marginal italien qui se prĂ©sente comme le coupable idĂ©al. Mais les raisons invoquĂ©es ne sont peut ĂŞtre pas aussi limpides qu’il y paraĂ®t. Et l’on dĂ©couvre Ă  l’occasion la place donnĂ©e Ă  l’immigrĂ© italien, ce qui permet de rĂ©aliser que chaque Ă©poque Ă  ses boucs Ă©missaires, ses contradictions et ses peurs quand il s’agit d’immigration.

Le roman Ă©voque le travail rarement abordĂ© de la police de l’Ă©puration et de la complexitĂ© de sa tâche. Mais aussi ces nombreuses questions qui se sont posĂ©es Ă  la fin de la guerre. Ceux de l’intĂ©rieur sont ils amis ou ennemis, hĂ©ros ou traĂ®tres, valeureux ou lâches. Qui sont nos hĂ©ros, et comment peut-on arriver Ă  rĂ©concilier la population pour relancer un pays meurtri, par le règlement de compte ou par l’absolution ? Mais si l’absolution ou du moins le silence a Ă©tĂ© un moyen de faire repartir le pays, cela ne s’est pas fait sans dĂ©gâts. Il n’y a qu’Ă  voir ce qu’en disent les gĂ©nĂ©rations actuelles chez nos voisins espagnols par exemple. Enfin, cette pĂ©riode de la guerre a Ă©tĂ© propice Ă  certains règlements de comptes. Un grand nombre de femmes ont eu Ă  en souffrir, Ă  tord ou Ă  raison, puisqu’on parle de près de 20 000 femmes tondues en place publique.

Le sujet est complexe et l’auteur n’apporte pas de solutions pĂ©remptoire. Il revient en fait sur sa propre histoire Ă  la suite de la dĂ©couverte dans un coffre de documents de son grand-père se rapportant Ă  cette pĂ©riode prĂ©cise. Avec une construction sur le modèle de la tragĂ©die, en une seule journĂ©e et un seul lieu, il rĂ©ussit a retranscrire une ambiance, une Ă©poque, et nous fait nous poser de vraies questions. Et ce roman Ă  la fois historique et roman noir, qui interroge sur la justice et bouscule le mythe du hĂ©ros par ses ambivalences, est un rĂ©el plaisir de lecture.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions 10/18

Une robe bleu roi roulée sous des branchages. Plus loin, une jeune femme sauvagement tondue gît sous un arbre.
Dans cette forêt du Vercors, Marie Valette a été violée et assassinée. Elle avait 24 ans.
Ce 10 septembre 1944, Georges Duroy, commissaire de police près le délégué général à l’épuration, et Judith Ashton, jeune photographe de guerre américaine, se trouvent sur la scène de crime.
En cette journée caniculaire, tous deux s’interrogent. Qui a pu s’en prendre si violemment à la fille d’une famille de résistants ?
Jeunes héros sortis de l’ombre, coupable idéal et villageois endeuillés s’affrontent dans les cendres encore fumantes de la Libération. Car au sortir de cinq années de guerre, ce sont les silences et les règlements de comptes qui résonnent sur les flancs arides des montagnes.
Avec force et intensité, François Médéline interroge la complexité des hommes et de leurs combats.

EAN : 9782264077981 / Pages : 198 / Format : 128 x 197 mm / 14,90€ / Parution : 04/03/2021

Le banquet annuel de la confrĂ©rie des fossoyeurs, Mathias Enard

Un roman foisonnant et Ă©rudit qui revisite l’exploration ethnologique

Alors qu’il doit finaliser sa thèse d’ethnologie sur la ruralitĂ©, l’Ă©tudiant David Mazon dĂ©cide de partir en exploration dans les Deux-Sèvres du cĂ´tĂ© de Niort. Il s’installe Ă  la PensĂ©e Sauvage, au milieu de nulle part, enfin en tout cas pour un parisien, dans un logis peuplĂ© de bestioles en apparence aussi bizarres que son voisinage.

C’est au cafĂ©-Ă©picerie-pĂŞche qu’il fait la connaissance de Martial. A la fois maire du village et entrepreneur de pompes funèbres, il connaĂ®t tout le monde et peut lui prĂ©senter ses concitoyens. Quant aux autres, le sĂ©millant trentenaire devra enfourcher sa pĂ©taradante motocyclette pour aller les rencontrer chez eux. Il part donc en Ă©tude rapprochĂ©e des habitants du marais et de ses environs, Martial le maire, l’artiste totalement dĂ©calĂ©, Arnaud, l’idiot du village Ă  la mĂ©moire encyclopĂ©dique des dates et des Ă©vĂ©nements, Lucie et son grand-père, Gary et Mathilde, Thomas, pour ne citer qu’eux.

Un roman en trois parties principales. Avec tout d’abord (puis en dernière partie) le journal de bord de David Mazon. Il est au dĂ©part fort surpris et rĂ©ticent Ă  partager la vie Ă  la campagne de ces paysans mal dĂ©grossis avec qui il savoure pourtant volontiers le kir vin blanc au cafĂ©. De plus en plus distant de Laura, sa petite amie restĂ©e Ă  Paris. Il confie Ă  son journal ses Ă©tats d’âme et sa perplexitĂ© quant Ă  l’utilitĂ© de ses recherches. Puis nous le retrouvons dans la dernière partie, sĂ©duit par la campagne et ses habitants, en particulier par Lucie avec qui il compte bien se lancer dans la permaculture, la fourniture des AMAP et les bonheurs de la vie rurale. Ah, Ă©cologie quand tu nous tiens…

Entre temps, de multiples digressions nous content les vies et les rĂ©incarnations successives mais aussi les mĂ©tempsycoses des divers protagonistes que rencontre le jeune David. C’est foisonnant de dĂ©tails, vies, naissances et morts, nourriture, banquets, libations, la vie explose, se rĂ©pète, se multiplie, s’Ă©teint. Pourtant, dans une version audio, le lecteur est ma foi un peu perdu. Difficile parfois de comprendre les diffĂ©rentes parties du roman et leurs enchaĂ®nements, sans pouvoir revenir quelques pages en arrière pour remettre les personnages Ă  leur place, dans le prĂ©sent ou le lointain passĂ©. Il faut une grande attention pour ne pas trop perdre le fil.

Enfin, sommet du roman, le banquet annuel de la confrĂ©rie des fossoyeurs, pendant lequel une centaine de personnes vont s’en mettre plein la panse jusqu’Ă  plus soif, cent personnes comme les cent noms de la mort elle-mĂŞme. Chacun d’eux se fendra d’un rĂ©cit, prĂ©texte pour l’auteur Ă  nous prĂ©senter de nombreux personnages historiques, Rabelais, François Villon, Agrippa d’AubignĂ©, pour ne citer qu’eux. C’est Ă©rudit, foisonnant, aussi riche et savoureux que le menu des fossoyeurs, et parfois fort humoristique.

Le talent de conteur et l’Ă©rudition de Mathias Enard sont Ă©vidents et la qualitĂ© littĂ©raire du roman indiscutable. Pourtant j’ai parfois Ă©tĂ© perdue dans les nombreux aller-retour prĂ©sent passĂ©, entre les diffĂ©rents personnages et leurs vies antĂ©rieures, les relations qu’ils ont eues dans le passĂ© puis qu’ils ont dans le prĂ©sent… On s’y perd, mais sans doute est-ce un effet de la version audio. Je dois dire que j’ai cependant aimĂ© suivre David dans ses recherches inabouties, suivre ses tergiversations et son changement de cap, et bien sĂ»r retrouver tous les personnages historiques dont nous parle l’auteur. Avec l’envie de creuser un peu Ă  propos de certains dont l’histoire nous a enseignĂ© l’existence, mais oubliĂ©s depuis fort longtemps. Sans compter que cela m’a donnĂ© envie de dĂ©couvrir la maison et les traces de Pierre Loti dans la rĂ©gion.

Le voix du narrateur, qui me semblait un peu professorale au dĂ©part, donne le ton de ces multiples vies. Elle est particulièrement savoureuse, gouailleuse et adaptĂ©e aux truculences du banquet, posĂ©e quand il le faut, et m’a permis au final une lecture fort agrĂ©able.

mĂ©tempsycose : RĂ©incarnation de l’âme après la mort dans un corps humain, ou dans celui d’un animal ou dans un vĂ©gĂ©tal. (Certains peuples ont fait de la mĂ©tempsycose une croyance fondamentale : les anciens Égyptiens, les Hindous.)

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue Ă©diteur : Actes-Sud et Audiolib

Pour les besoins d’une thèse sur « la vie à la campagne au XXIe siècle », l’apprenti ethnologue David Mazon a quitté Paris et pris ses quartiers dans un modeste village fictif au bord du Marais poitevin. Logé à la ferme, bientôt pourvu d’une mob propice à ses investigations, s’alimentant au Café-Épicerie-Pêche et puisant le savoir local auprès de l’aimable Maire – également fossoyeur –, le nouveau venu entame un journal de terrain, consigne petits faits vrais et mœurs autochtones, bien décidé à circonscrire et quintessencier la ruralité.

Mais déjà le Maire s’active à préparer le Banquet annuel de sa confrérie – gargantuesque ripaille de trois jours durant lesquels la Mort fait trêve pour que se régalent sans scrupule les fossoyeurs – et les lecteurs – dans une fabuleuse opulence de nourriture, de libations et de langage. Car les saveurs de la langue, sa rémanence et sa métamorphose, sont l’épicentre de ce remuement des siècles et de ce roman hors normes, aussi empli de truculence qu’il est épris de culture  populaire, riche de mémoire, fertile en fraternité.

Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone.

Un livre audio lu par Vincent Schmitt

Date de parution : 20 Janvier 2021 / DurĂ©e : 14h57 / Prix public conseillĂ©: 25.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 618 / Poids CD 2 (Mo): 616 / EAN Physique: 9791035404673

Actes Sud : octobre, 2020 / 432 pages / ISBN : 9782330135508 / Prix : 22.50€

Florida, Olivier Bourdeaut

Un roman qui bouscule, émouvant et féroce

Devenir Miss, un rêve pour les jeunes femmes qui se présentent aux concours, mais parfois un cauchemar pour les petites filles que leurs mères inscrivent aux compétitions de mini Miss aux USA. Car de ce jour, pomponnées, apprêtées, vêtues de robes à dentelles, fanfreluches, paillettes et diadème sur la tête, leur vie de petite fille ne leur appartient plus.

Élisabeth Vern se souviendra toute sa vie de l’anniversaire de ses sept ans. Ce jour-lĂ , il n’y avait pas eu d’amies Ă  la maison pour partager jeux et gourmandises, ouvrir la paquet cadeau d’un blanc immaculĂ© et en retirer une robe froufroutante. Seulement elle et sa mère pour partir, participer, et gagner son premier concours de Miss.

Cadeau maudit d’une mère qui vit par procuration la beautĂ© insolente de sa blondinette, qui projette ses envies et ses rĂŞves sur ceux d’une enfant qui ne lui a rien demandĂ©. Un père absent comme en Ă©quilibre sur le pas de la porte, des parents qui se disputent sans cesse, et une mère ne trouve rien de mieux comme Ă©chappatoire. Pendant cinq ans, mère et fille passent leurs week-ends sur la route. Mais si elle est d’une beautĂ© indiscutable, la fillette ne l’est cependant jamais assez pour gagner Ă  nouveau. Rien n’est suffisant aux yeux de sa mère pour prĂ©parer cette Ă©ternelle deuxième Ă  la compĂ©tition. Ce seront cinq annĂ©es difficiles pendant lesquelles la violence et la perversion de cet amour maternel dĂ©voyĂ© vont la marquer Ă  tout jamais.

Dès lors, elle fera tout pour s’en Ă©loigner. Le psy, le pensionnat du collège, une fugue, puis la rencontre avec un artiste en devenir qui va la recueillir, sont autant de fuites en avant. Elle veut Ă©chapper Ă  l’emprise maternelle et reprendre possession de son corps, de sa vie, quitte Ă  se crĂ©er une image Ă  l’opposĂ© des rĂŞves de beautĂ© de sa mère. Élisabeth n’a qu’une envie, celle de maĂ®triser son corps, pour le rendre diffĂ©rent, aimable ou haĂŻssable, et projeter une image vers l’autre.

Olivier Bourdeaut s’est donnĂ© un challenge risquĂ©, se mettre dans la peau de cette enfant, puis de cette jeune femme et faire passer toute l’amplitude et la complexitĂ© des sentiments qui l’animent. Amour, haine, vengeance, violence, dĂ©sespoir, tristesse, tout est lĂ . Pari rĂ©ussi, le lecteur suit son hĂ©roĂŻne avec Ă©motion, rĂ©volte, rĂ©pugnance, un brin d’humour aussi parfois. L’auteur dresse un constat, le corps est soit un outil, soit une arme pour parvenir Ă  un but fixĂ©, quel qu’il soit. Il nous propose un Ă©tonnant plaidoyer sur la relation au corps, Ă  l’apparence, Ă  ce qu’il reprĂ©sente dans notre relation aux autres. Il aborde aussi bien sĂ»r en parallèle au dictât de l’image et du culte du corps celui du harcèlement et de la manipulation envers les enfants, que ce soit par la violence ou par l’amour, mais aussi tous les questionnements qui touchent les adolescents d’aujourd’hui dans ce monde rĂ©git par l’image et les rĂ©seaux sociaux.

Catalogue Ă©diteur : Finitude

« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »

13,5 x 20 cm / 256 pages / isbn 978-2-36339-146-9 / 19 euros

Danse avec la foudre, Jeremy Bracone

Dans la grisaille des citĂ©es de Lorraine, il faut la poĂ©sie d’un homme pour rĂ©aliser les rĂŞves des enfants

II est amoureux Figuette. D’une femme enfant si dĂ©licieusement irrĂ©sistible, fantasque et Ă©thĂ©rĂ©e. Mais MoĂŻra vit tellement loin du quotidien, elle s’est pourtant laissĂ©e sĂ©duire par la folie douce de Figuette. Elle semble bien ignorante de la galère dans laquelle il se retrouve lorsqu’elle le quitte. Car il est bien seul pour gĂ©rer le risque de fermeture de l’usine, le manque d’argent pour boucler la fin du mois, et surtout pour s’occuper seul de sa petite ZoĂ© qu’il faut choyer, aimer et Ă©blouir pour deux.

Heureusement il y a les copains, ces fidèles compagnons de route, de sacrĂ©s bonhommes qui aiment passer leurs soirĂ©es Ă  refaire le monde au cafĂ© le Spoutnik. Il y a aussi les jardins ouvriers pour amĂ©liorer un peu l’ordinaire, les travailleurs transfrontaliers qui cherchent un meilleur emploi de l’autre cĂ´tĂ© de la frontière, les ouvriers qui « cagnottent » pour aider les autres, les patrons qui dĂ©localisent sans bruit et sans fanfare, si peu soucieux de faire vivre ces rĂ©gions qui sont tant Ă  la peine. Si Ă  travers eux, le cĂ´tĂ© social de la vie ouvrière est Ă©voquĂ© en filigrane, c’est pourtant bien la vie de Figuette, son amour immodĂ©rĂ© tant pour Moira que pour sa petite ZoĂ©, qui sont au cĹ“ur de ce premier roman tout en Ă©motion.

On aime dĂ©couvrir l’amour fou, la passion, de ce père cĂ©libataire qui se dĂ©brouille pour que sa fille passe des vacances inoubliables Ă  la belle Ă©toile. Mais aussi toute la magie de ces sentiments qui dĂ©bordent au fil des pages et nous font aimer cet homme qui tente le tout pour le tout pour Ă©blouir son enfant. Il y a de la magie et de la poĂ©sie dans ces lignes, dans ce roman que l’on ne veut pas quitter, dans ces personnages pour la plupart si attachants.

Un premier roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : L’Iconoclaste

Au cœur de la Lorraine en faillite industrielle, une communauté ouvrière indomptable et l’histoire d’un amour fou.

Figuette est ouvrier et père cĂ©libataire de la petite ZoĂ© depuis que sa femme, MoĂŻra, imprĂ©visible et passionnĂ©e, a fuguĂ©. L’étĂ© arrive et l’usine qui l’emploie menace de fermer, il n’aura pas les moyens d’emmener sa fille en vacances comme il l’avait promis.
Pour sĂ©duire MoĂŻra, il avait Ă©tĂ© capable des plus belles folies. Pour la reconquĂ©rir et ne pas dĂ©cevoir sa fille, il va aller encore plus  loin.
Entre drame et comĂ©die, solidaritĂ© ouvrière et passion amoureuse, Danse avec la foudre est un premier roman poĂ©tique et rĂ©voltĂ©.

JĂ©rĂ©my Bracone a quarante ans. Il a vĂ©cu en Lorraine jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Artiste plasticien, il sculpte, dessine et rĂ©alise des installations. Danse avec la foudre est son premier roman.

288 pages / 19,00 € / EAN : 9782378801755 / 07/01/2021

Comme des bĂŞtes Violaine BĂ©rot

Au pays des fées et des Ours, un roman émouvant et fort qui bouleverse nos certitudes

Mariette et son fils vivent dans la montagne, Ă  l’orĂ©e du village. Un fils sans père, vite surnommĂ© l’Ours par les enfants du village. Puisque dans ce coin reculĂ© de montagne, c’est bien connu, les enfants sans père sont les enfants de l’ours. S’il est allĂ© un temps Ă  l’Ă©cole, l’Ours n’a jamais rĂ©ussi Ă  s’intĂ©grer ni Ă  s’habituer aux contraintes. Lui qui ne s’exprime que par gestes ou grognements a besoin de l’espace et de la sĂ©rĂ©nitĂ© de la nature et des animaux pour vivre.

La mère et ce fils que d’aucuns trouvent diffĂ©rent, vivent en paix depuis des annĂ©es près du village, au flanc de cette montagne sauvage et isolĂ©e. Jusqu’au jour oĂą un randonneur plus curieux que les autres dĂ©nonce ce qu’il a dĂ©couvert, et qui jusqu’alors ne faisait de mal Ă  personne, une enfant qui vit nue dans la montagne, auprès d’un âne et de l’Ours. .

Le lecteur entre dans leur histoire Ă  travers les interrogatoires de divers villageois, l’institutrice, le facteur, la pharmacienne, un voisin, Luc le coureur, et quelques autres. Mais aussi Mariette qui tente de faire comprendre Ă  cette marĂ©chaussĂ©e obtuse et bornĂ©e que les diffĂ©rences et un handicap ne sont pas forcĂ©ment synonymes de dangerositĂ©. Que son fils est un homme bon qui a eu peur du dĂ©ploiement de force de ceux qui sont venus l’arrĂŞter, qu’il ne peut pas s’exprimer ni comprendre. Mais surtout, tente de montrer que l’on peut accepter les diffĂ©rences, que le bonheur et la justice ne sont pas toujours oĂą on croit.

Violaine BĂ©rot nous propose lĂ  un roman choral subtil, qui dĂ©roule peu Ă  peu une intrigue forte en Ă©motion. La diffĂ©rence, le handicap, le viol, les peurs enfantines, les croyances, les fĂ©es protectrices, chaque Ă©lĂ©ment qui compose cette intrigue apparaĂ®t peu Ă  peu, le mystère se dĂ©voile et nous montre qu’il faut ouvrir son cĹ“ur Ă  l’autre pour l’accepter tel qu’il est.

J’ai aimĂ© cette Ă©criture et cette façon si poĂ©tique et en mĂŞme temps si sobre de dire la douleur, la diffĂ©rence. Mais aussi de mettre en avant notre manière d’apprĂ©hender ces autres que l’on veut tellement conformes Ă  nos idĂ©es, notre cadre de rĂ©fĂ©rence, notre propre façon de vivre et de penser. Comme des bĂŞtes, un titre Ă  double sens particulièrement bien trouvĂ©. Car ici on peut se demander qui sont les bĂŞtes, qui juge qui, et de quel droit ?

Du mĂŞme auteur j’avais dĂ©jĂ  apprĂ©ciĂ© le roman Nue, sous la lune et cette façon bien Ă  elle apprĂ©hender de vrais sujets de sociĂ©tĂ© avec force et en si peu de pages.

Lire également la chronique de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.

Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

La montagne. Un village isolé. Dans les parois rocheuses qui le surplombent, se trouve une grotte appelée ’la grotte aux fées’. On dit que, jadis, les fées y cachaient les bébés qu’elles volaient.

A l’écart des autres habitations, Mariette et son fils ont construit leur vie, il y a des années. Ce fils, étonnante force de la nature, n’a jamais prononcé un seul mot. S’il éprouve une peur viscérale des hommes, il possède un véritable don avec les bêtes.

En marge du village, chacun mène sa vie librement jusqu’au jour oĂą, au cours d’une randonnĂ©e dans ce pays perdu, un touriste dĂ©couvre une petite fille nue. Cette rencontre va bouleverser la vie de tous…

Violaine Bérot, dans ce nouveau roman à l’écriture poétique, décrit une autre vie possible, loin des dérives toujours plus hygiénistes et sécuritaires de notre société. Un retour à la nature qu’elle-même expérimente depuis vingt ans dans la montagne pyrénéenne

Retrouvez Ă©galement le blog de Violaine Berot

Parution : 01/04/2021 / Format : 13 x 19 cm, 160 p., / 14,00 EUR € / ISBN 9782283034873