Suzanne, Frédéric Pommier

Suzanne, un roman indispensable, récit tendre et émouvant d’une vie et de la fin de vie dans un Ehpad

Suzanne est nĂ©e en 1922, autant dire il y a un siècle, dans une famille relativement aisĂ©e, sur les hauteurs de sainte Adresse, le quartier huppĂ© du Havre. Ses parents se sont connus pendant la première guerre mondiale. Un père aimant mais bien trop absent, une mère Ă©goĂŻste qui lui montre si peu d’amour et qui est très exigeante envers sa fille.  Elle grandit en sagesse, douĂ©e Ă  l’école, plutĂ´t jolie. Elle Ă©pouse Pierre, une vie de couple sereine, des enfants, des filles surtout puisque leur fils meurt au berceau. Une vie somme toute heureuse et qui n’a rien de très extraordinaire, si ce n’est le confort et l’amour et les sentiments chaleureux partagĂ©s par tous y compris dans les Ă©preuves. Suzanne, une femme libre, active, qui aime le sport, la culture, la vitesse dans sa voiture, sa libertĂ© et les voyages.

Mais aujourd’hui, parce qu’elle ne peut plus vivre seule ni mĂŞme dans son petit appartement dans la maison de retraite, Suzanne a Ă©tĂ© placĂ©e dans un Ehpad. S’il paraissait correct lors du premier rendez-vous, en fait il a tout d’un mouroir oĂą le manque criant de personnel et la mauvaise gestion (enfin, mauvaise ça dĂ©pend pour qui) fait que les personnes placĂ©es-lĂ  ne mangent pas Ă  leur faim, ne sont ni soignĂ©es ni accompagnĂ©es correctement, oĂą humiliations, maltraitances, vols, sont devenus son quotidien. Un grand rĂ©alisme dans les descriptions du personnel, une jeune plus intĂ©ressĂ©e par son portable, trop pressĂ©s pour faire les toilettes, les soins minuteur en main, pas le temps de rĂ©parer le rideau, qu’importe, une vieille dame, ça reste plusieurs jours dans le noir.  Et difficile aussi, quand vous ne pouvez plus vous mouvoir mais que votre tĂŞte est bien lĂ , de supporter la dĂ©chĂ©ance des coreligionnaires, l’un perdant la tĂŞte, l’autre violent.

Il y a deux niveaux de récit dans cet émouvant roman. Les souvenirs de Suzanne, égrenés de façon assez factuelle, des phrases et paragraphes assez courts, rythmés, il faut dire que tant d’années, on ne peut pas trop s’y appesantir, et après tout, elles n’ont rien de particulièrement extraordinaire en soi. Puis la vie dans l’Ehpad, la solitude, le manque de soin, de réponse aux appels au secours par les aides ou les soignants, l’abandon, la dureté des mots, des gestes de certains, racontés par Suzanne qui n’en peut plus de survivre là. Puis racontée par le petit-fils de Suzanne, qui vient la voir, l’aide à reprendre vie.

Il y a beaucoup de sentiments, mais surtout une vision réaliste de la vieillesse, ce triste naufrage, du temps qui passe, amis, famille, relations que l’on enterre peu à peu. Il y a la solitude de celui ou celle qui reste, la maladie, le handicap. L’aide qu’il faut accepter mais qui ne vient plus de la famille, trop occupée à mener à son tour sa propre vie, avec enfants, travail, toutes ces occupations qui nous prennent tant et nous privent du nécessaire, voir et accompagner ceux qui nous précédent.

J’ai aimĂ© le style, la narration, et la prise de conscience que cela implique d’abord d’écrire, puis sans doute de lire et d’entendre tout ce que nous dit ce roman.  Chacun doit ĂŞtre attentif au fait que la vieillesse d’abord, puis la prise en charge de ceux qui autour de nous ont passĂ© l’âge d’être seul, est un vrai sujet de sociĂ©tĂ©. Difficile de faire sans, indispensable d’y penser, parfois tragique  quand les solutions ne sont pas humaines.

Catalogue Ă©diteur : Equateurs et Pocket

Suzanne est ma grand-mère, ou la vôtre. Suzanne est un symbole. Du haut de ses 95 ans, elle en a des choses à dire. Toute une vie bien remplie, dans la guerre ou la paix, dans les deuils ou la joie. Bébé, petite fille, adolescente, jeune mariée, femme, mère et maintenant vieille dame, elle raconte à son petit-fils ses souvenirs, mais aussi son quotidien. Elle lui dit que jamais elle n’a dérogé à son principe « SQM », Sourire Quand Même. Et ce n’est pas toujours simple. Surtout ces derniers temps. Alors elle veut du champagne, pour trinquer au temps qui passe, et au temps qui reste.
Sous la plume de Frédéric Pommier, entre rires et larmes, Suzanne devient une déclaration d’amour, une ode au respect, un plaidoyer pour faire de la vie une fête. SQM.

Frédéric Pommier est journaliste à France Inter. Il signe ici son premier roman.

Prix : 6.95 €  / EAN : 9782266293204 / Pages : 216 / Format : 108 x 177 mm / Parution : 02/01/2020
Équateur : 236 pages / 19.00 € / parution : 18 octobre 2018 / ISBN : 9782849905708

En vĂ©ritĂ©, Yves Gaudin

Enquête, introspection, découvrir le surprenant thriller psychologique d’Yves Gaudin

Émile Blanchard Ă©tait lieutenant de police au Quai des Orfèvres. Mais ça c’était avant… Aujourd’hui et depuis trois ans, il traverse la route chaque jour en espĂ©rant ĂŞtre tuĂ© par un automobiliste. Comment en est-il arrivĂ© Ă  un tel degrĂ© de dĂ©sespoir et Ă  l’accepter de façon aussi dĂ©sabusĂ©e ?

Retour quelques années en arrière. Alors qu’il enquête sur une affaire, trois meurtres violents quasi identiques en quelques jours, Blanchard s’interroge sur sa vie. L’enquête est sombre et l’entraine dans une sordide affaire de trafic d’organes et de corruption en laboratoire de recherche, mais aussi d’amour et de violence faite aux femmes. La résolution sera relativement aisée, le coupable évident.

L’enquête, le fil rouge qui rythme ce roman noir. S’il fait bien son métier, Blanchard est aussi en pleine introspection. Ses interrogations sur la vie, la fin de vie, sa relation avec mère dont la santé décline dangereusement, font que tout se bouscule dans sa tête. Jusqu’au moment où il atteint le point de non-retour. Se pose alors la question de savoir jusqu’où est-on capable d’aller par amour et comment s’exprime cet amour. Des questions essentielles auxquelles l’auteur nous confronte.

En vérité est un court roman qui dit l’essentiel en peu de mots. Une écriture au rythme étonnant, ciselée et précise, sans fioriture ni digression, quasi brutale. Assez froid finalement, violent aussi, et qui ne laisse entrevoir aucun espoir au bout du tunnel. Un roman auquel on s’attache en souhaitant vite arriver au bout. Et pour ma part, en relisant le prologue avec un autre regard.

En vérité, je vous le dis, voilà un roman dérangeant qu’il faut lire car il interroge et bouscule brillamment nos certitudes, un auteur à découvrir.

Je voudrais revenir au temps d’avant. Mais je ne peux pas. Je ne serais jamais léger dans mes peines. À quoi ça sert de toute façon ?

Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Ancien flic au Quai des Orfèvres, Émile Blanchard broie du noir. Et c’est peu dire quand on sait qu’il a pris l’habitude de traverser chaque jour la nationale, dans l’espoir qu’un conducteur providentiel le percute. Mais entre sa vie privée qui allait à vau-l’eau et une enquête sur un triple meurtre sordide, Blanchard a fini par perdre pied. Jusqu’à commettre l’irréparable…
En vérité est un roman féroce et jubilatoire. De magouilles en violences, de désillusion en désespérance, au rythme de son phrasé affûté, Yves Gaudin nous livre une réflexion aussi implacable que politiquement incorrecte sur la condition humaine.

Originaire du canton du Valais en Suisse, Yves Gaudin est musicien, musicothérapeute et docteur en psychologie. Il a notamment travaillé sur l’enrichissement du langage des enfants autistes dans le cadre de sa thèse. En vérité est son premier roman publié en France.

176 pages / 16€ / Paru le 16 janvier 2020 / ISBN : 978-2-35087-558-3
Photo de couverture © Trini Schultz

Mon annĂ©e de repos et de dĂ©tente, Ottessa Moshfegh

Ottessa Moshfegh  propose un roman Ă©trange et dĂ©routant, une introspection poussĂ©e Ă  son paroxysme

Mais quelle drôle d’idée, rester chez soi, confinée, pour dormir, dormir, dormir pendant un an. C’est ce qu’a décidé de faire l’héroïne de ce roman, une jeune femme de 26 ans. Elle veut prendre une année de repos, se terrer au moins pendant douze mois pour se réveiller en septembre 2001. A dose forcée, grâce à une quantité assez délirante de somnifères de toute sorte, pour changer sa vie, passer à autre chose, se régénérer dans l’oubli !

Elle a hérité de la fortune de ses parents à leur mort, une mère qui s’est noyée dans l’alcool et les médicaments (ah, décidément) un père mort d’un cancer, la voilà à l’abri du besoin. Appartement sur la quatre-vingt quatrième rue de Manhattan, toilettes, bijoux, meubles, un magnétoscope et tous les films à voir et revoir à l’infini, elle ne manque de rien. Elle a même quitté la galerie d’art dans laquelle elle avait trouvé un travail.

Reva sa seule amie est toujours lĂ , fidèle, elle l’accompagne mĂŞme lorsqu’elle la rejette et la suit dans ses dĂ©lires. Avec Reva, nous allons la suivre tout au long d’interminables journĂ©es et nuits de coma mĂ©dicamenteux, Ă  se souvenir de l’enfance, de l’adolescence, des parents, des amis, de Trevor son Ă©trange amoureux et de leur relation malsaine. Tous ces souvenirs d’une vie qu’elle veut oublier dans ce sommeil forcĂ© quelle imagine rĂ©parateur.

Tout cela est rendu possible grâce à la plus délirante et la plus folle des psychiatres, cette Dr Tuttle qu’elle a déniché dans l’annuaire par hasard, qui ne l’écoute jamais et lui fait toutes les ordonnances les plus délirantes possibles, avec tous les médicaments qu’elle lui demande. Elle va essayer tous les psychotropes présents sur le marché, des anxiolytiques aux hypnotiques.

MalgrĂ© une hĂ©roĂŻne Ă  laquelle je n’ai pas su m’attacher, voilĂ  un roman singulier Ă  la fois dĂ©routant, intrigant et lucide. Un roman qui dit la solitude extrĂŞme, le besoin d’effacer le passĂ© pour repartir Ă  zĂ©ro dans un monde qui ne convient plus. On regarde le personnage principal agir en Ă©tant totalement abasourdi, interrogateur, perplexe mais aussi inquiet sur la façon que peuvent avoir les jeunes d’apprĂ©hender leur vie dans un monde qui va trop vite, trop loin. Je n’y ai pas vu vraiment d’humour, plutĂ´t l’expression d’un vĂ©ritable mal ĂŞtre et d’une sacrĂ© dose de dĂ©sillusion.

Catalogue Ă©diteur : Fayard

Les tribulations assoupies de cette Oblomov de la gĂ©nĂ©ration Y forment un rĂ©cit hilarant  qui est aussi une charge au vitriol contre les travers de notre Ă©poque.

Jeune, belle, riche, fraîchement diplômée de l’université de Columbia, l’héroïne du nouveau roman d’Ottessa Moshfegh décide de tout plaquer pour entamer une longue hibernation en s’assommant de somnifères. Tandis que l’on passe de l’hilarité au rire jaune en découvrant les tribulations de cette Oblomov de la génération Y qui somnole d’un bout à l’autre du récit, la romancière s’attaque aux travers de son temps avec une lucidité implacable, et à sa manière, méchamment drôle.

Parution : 21/08/2019 / Pages : 304 / Format : 135 x 215 mm / Prix : 20.90€ / EAN : 9782213711515 / Prix Numérique : 14.99 € / EAN numérique : 9782213711256

Vanda, Marion Brunet

Vanda, un roman qui happe ses lecteurs. Un drame contemporain au pays de l’amour fou

On y dĂ©couvre l’amour absolu et possessif d’une mère pour son fils de six ans, son petit bulot qu’elle couve comme une louve.

A Marseille, Vanda subsiste en faisant le mĂ©nage Ă  l’hĂ´pital psychiatrique, avec un contrat prĂ©caire. Celle qui a eu plus jeune des rĂŞves d’artiste vit aujourd’hui en marge de la sociĂ©tĂ© dans un cabanon sur la plage. Cette jeune femme aux tatouages fleuris Ă©lève tant bien que mal, mais avec une Ă©norme tendresse, l’amour de sa vie, sa passion, son fils NoĂ©. Bien sĂ»r dans la vie de Vanda il y a aussi les sorties, un peu d’alcool, les hommes de temps en temps et un peu de drogue, mais surtout une grande prĂ©caritĂ©.

Jusqu’au jour oĂą Simon revient au pays pour l’enterrement de sa mère. Simon qu’elle avait quittĂ© sept ans plus tĂ´t et qui dĂ©couvre ce fils dont il ne soupçonnait mĂŞme pas l’existence. Aujourd’hui, Simon est en couple avec ChloĂ©, et justement, cette dernière ne veut pas d’enfant, malgrĂ© les tentatives de Simon. Alors ce petit tombĂ© du ciel est un miracle pour ce le papa tout neuf se sent une âme de protecteur, de papa poule. Au grand dam de Vanda la louve, fusionnelle avec son bĂ©bĂ©, son petit bulot, qu’elle abrite dans le creux ses bras, sur son cĹ“ur, et qu’elle ne laisserait partir pour rien au monde.

Alors nous suivons alternativement Vanda, dans ses souvenirs et dans sa vie avec son Bulot, puis Simon, ses souvenirs, ses regrets et la façon dont il va se projeter dans ce rôle de père tellement inespéré, pour lequel il pourrait peut-être changer de vie.

La suite ? Pour la connaĂ®tre il faut lire ce roman Ă©mouvant et dĂ©bordant d’un amour exclusif et dĂ©vastateur. Roman qui dit l’amour, la complexitĂ© du quotidien pour ces marginaux qui n’ont pas toujours choisi de l’être, la diffĂ©rence de vie des classes sociales qui se cĂ´toient sans se rapprocher vraiment. Roman qui dit les combats et les rĂŞves de vie meilleure, mais aussi l’amour d’une mère qui fait tout ce qu’elle peut pour son enfant.  

Nerveuse, rythmé, réduite au strict minimum, l’écriture est adaptée aux moments, au milieu social, aux différents protagonistes. Ce double langage à un impact fort sur le lecteur. L’auteur place son roman dans une actualité brulante, manifestations de gilets jaunes, violences policières fantasmées ou pas, précarité, chômage, difficulté du milieu hospitalier avec son manque cruel de personnel, solitude. Mais l’auteur aborde aussi avec le personnage de Chloé la situation d’une femme qui ne veut pas d’enfants, et la façon dont la société a du mal à accepter ce choix, comme si c’était un monstre d’égoïsme, lui niant le droit à déterminer sa vie de femme. Un drame contemporain au pays de l’amour fou.

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Personne ne connaît vraiment Vanda, cette fille un peu paumée qui vit seule avec son fils Noé dans un cabanon au bord de l’eau, en marge de la ville. Une dizaine d’année plus tôt elle se rêvait artiste, mais elle est devenue femme de ménage en hôpital psychiatrique. Entre Vanda et son gamin de six ans, qu’elle protège comme une louve, couve un amour fou qui exclut tout compromis. Alors quand Simon, le père de l’enfant, fait soudain irruption dans leur vie après sept ans d’absence, l’univers instable que Vanda s’est construit vacille. Et la rage qu’elle retient menace d’exploser.

Marion Brunet a 43 ans et vit actuellement à Marseille. Après des études de Lettres, elle a travaillé comme éducatrice spécialisée dans différents secteurs, notamment en psychiatrie. Reconnue pour ses romans « young adults » (Dans le désordre, 2016 ; Sans foi ni loi, 2019), elle a été fortement remarquée avec la parution aux éditions Albin Michel de L’été circulaire, Grand Prix de littérature policière 2018 et Prix des libraires du Livre de Poche 2019.

18.00 € / 26 Février 2020 / 140mm x 205mm / 240 pages / EAN13 : 9782226449573

LaRose, Louise Erdrich

Un roman qui entraine le lecteur au cœur des traditions des indiens d’Amérique du Nord

Dakota du Nord, en 1999 dans la rĂ©serve des indiens ojibwĂ©. Landreaux est Ă  l’affut, il traque le grand cerf, tire, et tue le fils de son voisin. Comment peut-on survire Ă  une horreur pareille ? Tant du cĂ´tĂ© de la famille de Landreaux que de celle qui a perdu un fils, Peter et Nola, ou un frère, Maggie.

Dans ce roman, Louise Erdirch invoque les traditions et les valeurs séculaires des indiens, et une ancienne coutume qui veut que l’on donne son plus jeune fils pour réparer sa faute. LaRose est donc offert en pardon aux Ravich. Cet enfant a le prénom de celui qui sait, qui voit, qui sent la présence de ceux qui ont rejoint les grandes plaines, ce prénom de guérisseur porté par des générations de femmes avant lui, dans la famille de sa mère Emmaline. Il est le lien entre les ascendants et la famille d’Emmaline, entre le passé et le présent, entre le naturel et le surnaturel. Il est aussi le lien entre les deux familles et le seul capable d’atténuer les blessures causées des deux côtés par ce drame pourtant irréparable.

A travers lui et la vie de ceux qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, l’intrigue court sur plusieurs gĂ©nĂ©rations. Car dès 1839, la première LaRose est vendue par sa mère Vison Ă  Wolfred, un employĂ© du magasin Mackinnon. C’est une enfant unique, brillante, belle, une magicienne qui communique avec les esprits des ancĂŞtres. Le lecteur va suivre son Ă©trange parcours de loin en loin et comprendre grâce Ă  elle la spĂ©cificitĂ© de cette lignĂ©e de LaRose.  

Avec une écriture dense, des personnages à foison, de nombreux retours en arrière, et plusieurs histoires en parallèle, Louise Erdrich fait vivre ces indiens d’Amérique qu’elle connait bien. Ceux d’hier et d’aujourd’hui, ces hommes et ces femmes dépossédés de leurs traditions. Parqués dans des réserves, avec interdiction de parler leur langue, de continuer à revêtir leurs tenues traditionnelles, de chausser les mocassins brodés et de porter les cheveux longs. Tout au long du roman, on ressent bien l’errance et le désespoir d’hommes qui se perdent dans l’alcool et l’inactivité, qui utilisent avec maestria le moindre médicament, psychotrope ou opiacé, pour compenser les drogues qu’ils ne peuvent pas se payer. Étonnante incursion également dans le mal qui a pu être fait par les médecins ou religieux à une époque, de ceux qui exhibaient ou étudiaient les corps des indigènes comme de simples curiosités scientifiques.

L’analyse des sentiments et des personnalitĂ©s des deux mères – Emmaline et Nola- et de la grand-mère laRose, mais aussi des diffĂ©rentes fratries, et enfin des pères –Landreaux, Peter mais aussi Romeo- est très intĂ©ressante et finement restituĂ©e dans toute sa singularitĂ©.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche, Ă©ditions Albin-Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Dakota du Nord, 1999. Le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L’auteure continue d’y explorer le poids du passé, de l’héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d’observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

Louise Erdrich est nĂ©e en 1954 dans le Minnesota. D’origine germano-amĂ©ricaine et amĂ©rindienne, elle est l’une des grandes voix de la nouvelle littĂ©rature indienne d’outre-Atlantique. Auteure de La Chorale des maĂ®tres bouchers, de Love Medicine ou encore de Ce qui a dĂ©vorĂ© nos cĹ“urs, son Ă©criture a les accents de William Faulkner et Toni Morrison. RĂ©compensĂ©e par de nombreux prix littĂ©raires, elle a Ă©tĂ© distinguĂ©e en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015, par le Library of Congress Award. 

Le Livre de Poche 576 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253240631 / Prix 8,70€

Albin-Michel prix 24.00 € / 17 Janvier 2018 / 140mm x 205mm / 528 pages / EAN13 : 9782226325983

Un petit carnet rouge, Sofia Lundberg

Un petit carnet rouge, un roman émouvant et tendre pour dire une vie et traverser le siècle

Doris a quatre-vingt-seize ans, son corps est usé, elle a besoin d’aide pour vivre seule dans son appartement, jusqu’au jour où elle fait une mauvaise chute et doit être hospitalisée. Et l’on découvre la façon dont sont parfois traitées les personnes âgées, oubliées, infantilisées, maltraitées.

Doris a eu une vie bien remplie mais elle sait que la fin approche. Elle a décidé de coucher sur le papier ses souvenirs pour les laisser à Jenny, sa petite nièce adorée qui vit en Californie et avec qui elle correspond régulièrement via internet.

De Stockholm à Paris, du Royaume Uni aux États-Unis, les chapitres alternent entre les souvenirs de Doris et sa vie aujourd’hui avec son lien avec Jenny. Les souvenirs sont inscrits dans son petit carnet rouge, offert par son père pour ses dix ans et qu’elle a rempli tout au long de sa vie. A chaque nom correspond un instant ou des années de vie, les personnes qui ont compté en bien ou en mal. Ces noms qu’elle raye au fil des ans en y ajoutant la mention décédé.

Doris a eu une enfance difficile après la mort de son père. Obligée de travailler, placée par sa mère, elle s’éloigne définitivement de sa famille. A Paris, elle devient mannequin haute couture pour les plus grands noms de son époque. Puis viennent les années de guerre, la rencontre avec Allan, architecte franco-américain, l’amour de sa vie.

Un petit carnet rouge est un roman qui traverse le siècle. De très courts chapitres alternent entre le prĂ©sent et le passĂ©,  les malheurs et les Ă©preuves, les rencontres, le bonheur, la tendresse parfois. L’auteur a su rendre cela très sensible tout au long des pages. Le lecteur se prend d’affection pour Doris et ses rendez-vous manquĂ©s avec l’amour et sa nĂ©anmoins belle vie de femme.

Vous aimez les beaux romans d’amour qui parlent vrai ? Lisez Un petit carnet rouge !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Calmann-LĂ©vy et Le Livre de Poche

Ă€ quatre-vingt-seize ans, Doris vit seule Ă  Stockholm. Elle n’a plus aucune famille si ce n’est une petite-nièce aux États-Unis. Son bien le plus prĂ©cieux est un carnet qu’elle possède depuis 1928, qui contient le souvenir des gens qu’elle a rencontrĂ©s au fil de son existence et dont elle a rayĂ© les noms Ă  mesure qu’ils ont quittĂ© ce monde. De l’excentrique bourgeoise pour qui elle a travaillĂ© enfant Ă  l’amour de sa vie rencontrĂ© Ă  Paris, de la veuve qui lui a appris l’anglais sur le bateau l’emmenant Ă  New York aux plus grands couturiers français qui l’ont vue dĂ©filer, de l’artiste suĂ©dois devenu son confident Ă  sa propre sĹ“ur, au destin douloureux, l’existence de Doris est une Ă©popĂ©e romantique, tragique et Ă©mouvante.

Sofia Lundberg a eu l’idĂ©e d’écrire Un petit carnet rouge après avoir retrouvĂ© dans les affaires de sa grand-tante Doris un carnet d’adresses rempli de noms inconnus et pour la plupart rayĂ©s. Le roman, d’abord auto-Ă©ditĂ©, a connu un succès exceptionnel sur Internet avant d’être repĂ©rĂ© par un Ă©diteur suĂ©dois puis vendu dans plus de trente pays. L’auteure est journaliste et vit Ă  Stockholm.

Traduit du suédois par Caroline Berg.

EAN : 9782253074403 / Prix : 8,20€ / Pages : 408 / Parution: 30/10/2019

Calmann-LĂ©vy  EAN : 9782702163511 / Prix : 19.90 € / Pages : 360 / Parution : 30/05/2018

Fringales, Hélène Lanscotte

Dans ce savoureux recueil de nouvelles, le lecteur découvre avec gourmandise quelques portraits de mangeurs finement croqués

De très courts textes pour décortiquer notre comportement alimentaire, de la préparation du repas à l’acte de manger, mais aussi pour parler de nourriture, de fringales, de gourmets et de gourmands, et de notre relation parfois étrange et souvent passionnée avec l’alimentation.

Les français aiment manger et cuisiner, se réunir pour partager le plaisir de la table, et l’auteur en parle formidablement bien ici. Elle présente quelques courts portraits, instants de vie, moments savoureux d’assiettes, de plats, de bruits de bouche ou de couverts, tant sur une belle table bien mise qu’au comptoir ou sur un coin de cuisine. Tout est prétexte à nous faire savourer les mets, les envies, les saveurs dont ces papilles gustatives se délectent avec bonheur et gourmandise.

Il y a ceux qui cuisinent, qui hument et goûtent du bout des lèvres, qui pétrissent à pleine main ou au contraire du bout des doigts cette cuisine qu’ils vont consommer seul ou partager avec proches, famille, amis, de bon cœur ou par habitude.

Il y a tout dans la nourriture, plaisir, partage, contrainte, dĂ©couverte, voyage, rĂ©pulsion, abandon, besoin, dĂ©sir, satisfaction, souvenir, enfance, la liste est longue ! Il y a l’excès et le dĂ©bordement, mais aussi la mesure et la frugalitĂ©. Car dans tous les cas, le repas est une fĂŞte, repas de noce, repas de noĂ«l, repas lors d’un deuil, tout est prĂ©texte Ă  se retrouver pour communier ensemble.

Que l’on soit un gourmand qui déguste, un glouton qui avale, ou un précieux qui savoure à dose homéopathique, notre relation à la nourriture dit beaucoup sur notre façon d’être, de vivre, d’aimer et de partager. Avec ces instantanés de vie saisis sur le vif, Hélène Lanscotte fait le tour de ces mangeurs, de leur fringales assouvies ou pas. Tout simplement de notre rapport à la nourriture qui souvent nous défini.

Une très agréable surprise, une lecture à savourer sans modération.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions  Arlea

De la pinailleuse qui cache son jeu au glouton qui semble jouer sa vie à chaque repas, des habitudes de cuisine aux recettes transmises de génération en génération, Hélène Lanscotte se penche avec délectation sur notre rapport à la nourriture. En une série de portraits allègrement croqués, elle fait le tour de ces mangeurs qui peuplent sa vie, proches ou inconnus, observés à la volée, dans des restaurants, des rencontres de hasard, dîners improvisés ou patiemment préparés.

De quelques miettes, elle fait son essentiel, comme si manger était bien plus que se nourrir, mais aussi se dire et se dévoiler.

Hélène Lanscotte a publié depuis 2002 des récits et de la poésie chez Cheyne éditions, à L’Escampette ou chez Isabelle Sauvage. Également comédienne-lectrice, elle participe à des performances et à des lectures autant en France qu’à l’étranger. Elle vit à Paris et dans le Lot.

janvier 2020 / 200 pages – 17 € / Dimensions : 13 x 19 cm / ISBN : 9782363082145