L’inventeur, Miguel Bonnefoy

Le soleil est l’avenir…

Qui Ă©tait Augustin Mouchot, un gĂ©nie de l’ombre ou un fou illuminĂ© ? Ce fils de serrurier nĂ© le 7 avril 1825, cet enfant toujours malade qui a pourtant rĂ©sistĂ© Ă  tous les assauts dont son corps a souffert, ce professeur de mathĂ©matiques banal et solitaire, ou ce savant gĂ©nial dĂ©couvreur de la force de l’Ă©nergie solaire Ă  une Ă©poque oĂą la science ne lui fait pas la part belle ?

Il Ă©tait tout cela Ă  la fois et avec la verve qu’on lui connaĂ®t Miguel Bonnefoy fait de cet homme oubliĂ© de tous un hĂ©ros du quotidien et de la science.

Reconnu par l’acadĂ©mie qui l’aide pour le financement de sa drĂ´le de machine Ă  vapeur, la première est baptisĂ©e Octave ;
RemarquĂ© par NapolĂ©on III et par les militaires qui voient dĂ©jĂ  des dĂ©bouchĂ©s dans ses crĂ©ations bizarres ;
PortĂ© aux nues par la presse de l’Ă©poque après son extravagante expĂ©rience lors de l’exposition universelle de 1878 ;
IsolĂ© dans le dĂ©sert d’AlgĂ©rie oĂą il perd Ă  la fois la vue et cette Ă©nergie crĂ©atrice qui fait sa singularitĂ© ;
RuinĂ©, ayant vendu ses brevets et ses machines Ă  l’ingĂ©nieur Abel Pifre, cet homme qu’il avait embauchĂ© pour l’aider Ă  compenser ses failles en communication, il trouve refuge chez une pauvre femme aussi solitaire que repoussante, qui pourtant prendra un minimum soin de lui.

Mais il a vĂ©cu non pas Ă  l’ère du solaire et des Ă©nergies renouvelables, mais Ă  celle du charbon que l’ont part chercher dans les mines, c’est plus sĂ»r et moins onĂ©reux.

MalgrĂ© le mot glissĂ© dans sa poche, comme il le faisait dans son enfance, ce Bien que j’en aie l’air, je ne suis pas mort, ce hĂ©ros de la science meurt comme il a vieillit, dans le dĂ©nuement total quasiment oubliĂ© de tous.

J’ai aimĂ© retrouver dans ces phrases et dans ces lignes, dans les diffĂ©rents personnages qui Ă©voluent autour de Mouchot, la fougue et le dynamisme, l’intonation et la fore de persuasion de l’auteur, l’imaginant ĂŞtre lĂ  près de nous pour Ă©voquer Mouchot, cet homme qu’il ramène Ă  la vie sous nos yeux intriguĂ©s. Et de fait, il arrive Ă  rendre un brin magique la vie si peu rĂ©ussie, la mort bien triste, l’Ă©chec cuisant de cet inventeur oubliĂ© qui Ă©tait comme c’est souvent le cas très certainement en avance sur ce que la sociĂ©tĂ© Ă©tait prĂŞte Ă  entendre. Et tout cela en rĂ©ussissant Ă  faire un clin d’œil Ă  son hĂ©ros Lonsonnier que le lecteur avait pu rencontrer dans son prĂ©cĂ©dent roman, HĂ©ritage.

Catalogue Ă©diteur : Rivages

Voici l’extraordinaire destin d’Augustin Mouchot, fils de serrurier, professeur de mathĂ©matiques, qui, au milieu du XIXe siècle, dĂ©couvre l’Ă©nergie solaire.
La machine qu’il construit, surnommée Octave, finit par séduire Napoléon III. Présentée plus tard à l’Exposition universelle de Paris en 1878, elle parviendra pour la première fois, entre autres prodiges, à fabriquer un bloc de glace par la seule force du soleil.
Mais l’avènement de l’ère du charbon ruine le projet de Mouchot que l’on juge trop coĂ»teux. Dans un ultime Ă©lan, il tentera de faire revivre le feu de son invention en faisant « fleurir le dĂ©sert » sous le soleil d’AlgĂ©rie.

ISBN: 978-2-7436-5703-1 / Parution : août, 2022 / 208 pages / Prix :19,50€

La souricière, Danielle ThiĂ©ry

Retour dans les sous-sols du 36 quai des orfèvres

Si vous avez dĂ©jĂ  suivi la commissaire Edwige Marion dans ses enquĂŞtes, vous connaissez une partie de son Ă©quipe, en particulier la capitaine Valentine Cara, qui vient d’Ă©pouser la mĂ©decin lĂ©giste Rose. Mais aussi le commandant Luc Abadie. Son collègue et amoureux le lieutenant Jean-Charles Annoux l’a quittĂ© quelques mois plus tĂ´t. Il se remet Ă  peine de cette rupture.

Ce nouvel opus commence fort avec le suicide en prison de Vador, un violeur en sĂ©rie, et par la disparition inexpliquĂ© d’un homme politique. Alors que Valentine devrait filer le parfait amour avec Rose, l’apparition soudaine de sa mère sur les bancs de la mairie lors de son mariage sonne la confrontation avec un pan de sa vie qu’elle ignorait jusque lĂ .

Un dĂ©cès dans une clinique inconnue, une famille plus dense que prĂ©vu ou mĂŞme supputĂ©, une enquĂŞte qui entraĂ®ne Valentine Ă  la prison de Caen sur les traces de Vador et d’un mystĂ©rieux confesseur, un justicier cagoulĂ© qui hante les couloirs sombres des sous sols du 36 quai des orfèvres, rien ne manque pour tenir le lecteur en haleine.

Les couloirs du 36 ont connus de nombreuses intrigues et de multiples passages, et apparemment le 36 Bastion a beaucoup de mal Ă  rivaliser. En particulier dans l’esprit de ceux qui ont vĂ©cu la plus grande partie de leur carrière sur l’île de la citĂ©. Pourtant, les sous-sols recèlent des secrets qu’il faut laisser tranquilles, et la souricière semble ĂŞtre un endroit dans lequel il vaut mieux ne pas trop s’attarder, tant l’esprit sordide des lieux paraĂ®t intact.

Danielle ThiĂ©ry a l’art et la manière pour faire avancer son intrigue tout en nous faisant vivre aux cotĂ©s de ses protagonistes. Ici, Marion n’est pas le personnage principal mis en avant, et c’est la vie et le passĂ© de Valentine qui se dĂ©voilent peu Ă  peu. Un fois de plus, je me suis laissĂ©e embarquer par les protagonistes, par leur enquĂŞte qui aborde de multiple sujets, viol, violence sur les enfants, pĂ©docriminalitĂ©, darknet, prostitution, justice et croyances, et les sentiments les plus divers, amour, haine, rĂ©silience, pardon, oubli, jalousie, vengeance, pour ne citer que ceux-lĂ . Si vous n’aviez pas encore dĂ©couvert les thrillers de Danielle ThiĂ©ry, il vous faudra peut-ĂŞtre ĂŞtre un peu plus attentifs pour intĂ©grer la vie de ses personnages, mais cela ne devrait absolument pas gâcher votre plaisir.

Catalogue Ă©diteur : Flammarion / Versilio

Vador, violeur en série, se suicide en prison après la visite d’un mystérieux prêtre. Cette mort bouleverse d’étrange façon la vie de la capitaine Valentine Cara, qui se retrouve au cœur d’un drame familial. Alors que toute la police parisienne se mobilise pour retrouver un homme politique subitement disparu, les entrailles de l’ancien Palais de justice et les cellules désaffectées de la bien nommée Souricière sont le théâtre de scènes terrifiantes. Un homme qui se fait appeler Hadès condamne et, en véritable dieu des Enfers, juge ceux qu’il estime nuisibles à la société. Jusqu’au jour où le fantôme d’une femme de son passé revient le tourmenter.
Scénarios criminels et darknet, hallucinations et crimes sectaires… La commissaire Edwige Marion voit se refermer sur elle et son équipe un piège qu’il semble impossible de déjouer.

Paru le 01/06/2022 /416 pages / ISBN : 9782080263940 / 21,00€

Aquitania La vengeance d’AliĂ©nor d’Aquitaine, Eva GarcĂ­a Saenz de Urturi

AliĂ©nor d’Aquitaine, ou la jeunesse d’une souveraine courageuse et volontaire

AliĂ©nor d’Aquitaine, sans savoir qui elle Ă©tait, chacun d’entre nous connaĂ®t pourtant au moins son nom. Ce roman au souffle picaresque retrace une partie de la jeunesse de l’hĂ©ritière de la couronne de cette rĂ©gion tant convoitĂ©e qu’Ă©tait l’Aquitaine au XIIe siècle.

Petite fille de Guillaume IX le Troubadour, AliĂ©nor a treize ans lorsque son père Guillaume X dĂ©cède mystĂ©rieusement Ă  Compostelle le jour du Vendredi Saint en 1137. Sur son corps s’affichent les marques d’une horrible torture nommĂ©e l’aigle de sang. AliĂ©nor n’accepte pas ce qui lui est rapportĂ© comme Ă©tant les cause de cette mort Ă©trange et dĂ©cide de venger son père.

Pour arriver Ă  ses fins, elle n’hĂ©site pas Ă  faire bouger les lignes en influençant le conseil elle obtient le droit d’Ă©pouser le futur Louis VII, fils de Louis Le Gros, le rival de son père. Ce digne descendant de la lignĂ©e des capĂ©tiens est aussi l’hĂ©ritier du royaume de France.

Quand le jour de la noce Louis VI dit Le Gros dĂ©cède Ă  son tour, le mystère s’épaissit. Le couple commence Ă  mieux se connaĂ®tre, et les sentiments d’AliĂ©nor pour son Ă©poux changent au fil des ans. C’est donc avec son Ă©poux qu’elle va tenter de faire la lumière sur ces deux morts suspectes. Pendant toutes ces annĂ©es, rien ne lui sera Ă©pargnĂ©. La jeune femme n’arrive pas Ă  donner un hĂ©ritier aux capĂ©tiens, ni Ă  se faire une place au Conseil, et ses manĹ“uvres ne sont pas toujours de francs succès.

Tour Ă  tour, AliĂ©nor, Louis, et l’enfant vont exposer leur vision des faits tout au long de ces annĂ©es. De 1137 Ă  1149, de Bordeaux Ă  Poitiers, de Normandie Ă  Paris, et jusqu’en terre sainte lors de la croisade menĂ©e par Louis VII, AliĂ©nor sait tenir sa place et son rang. Issue de la rĂ©gion la plus prospère du territoire, sa richesse lui donne un pouvoir et un attrait irrĂ©sistibles. Le royaume de France cherche Ă  faire les alliances et Ă  gagner les guerres qui lui permettront de gouverner les ComtĂ© et Seigneuries dont il a besoin pour Ă©tendre son pouvoir. Douze annĂ©es pendant lesquelles aquitains et capĂ©tiens luttent pour le pouvoir. Aux cĂ´tĂ©s d’AliĂ©nor et de Louis, apparaissent tour Ă  tour son oncle Raymond de Poitiers qui deviendra prince d’Antioche, puis l’abbĂ© Suger en sa basilique Saint Denis, enfin Bernard de Clairvaux, ainsi que quelques chats aquitains qui rĂ´dent dans les couloirs des sombres châteaux parisiens.

Je n’ai pas eu envie d’aller vĂ©rifier tous les dĂ©tails historiques du roman, mĂŞme si je suppose que l’autrice a su parfois laisser libre court Ă  son imagination. J’ai eu envie de me laisser porter par l’Ă©nergie qui s’en dĂ©gage, par cette AliĂ©nor que nous dĂ©couvrons dans sa jeunesse auprès d’un Ă©poux sans doute mieux assorti que ce qu’elle avait pu imaginer de prime abord. Un roman comme on les aime, intelligent, vivant, rythmĂ©, qui nous entraĂ®ne dans un souffle picaresque Ă  travers batailles, jalousies, incestes, deuils, trahisons, amour, haine, regrets, sans que l’on ait envie de le refermer avant la fin.

Catalogue Ă©diteur : Fleuve

Compostelle, 1137. Le duc d’Aquitaine – territoire convoitĂ© par la France pour ses richesses â€“ est retrouvĂ© mort, le corps bleu et portant la marque de l’« aigle de sang Â», une effroyable torture normande. La jeune AliĂ©nor, portĂ©e par sa soif de vengeance, dĂ©cide d’Ă©pouser le fils du roi Louis VI le Gros qu’elle croit ĂŞtre le meurtrier de son père. Son objectif : dĂ©cimer la lignĂ©e des CapĂ©tiens et imposer le sang aquitain. Mais, le jour des noces, Louis VI est assassinĂ© Ă  son tour.
Les Ă©poux, AliĂ©nor et Louis VII devront alors apprendre Ă  se connaĂ®tre afin d’infiltrer le royaume de France et dĂ©masquer l’instigateur de cette machination. Quel qu’en soit le prix Ă  payer…

Traduit par Judith Vernant

21.90 € / EAN : 9782265155527 / Nombre de pages : 384 / Date de parution : 20/10/2022

Le Petit Théâtre des opĂ©rations, tome 3 : Faits d’armes incroyables mais bien rĂ©els…

La Guerre et ses héros méconnus racontés autrement

Comment imaginer que les aventures dĂ©crites ici aient pu ĂŞtre rĂ©elles ? Car tout nous incite Ă  penser que nous sommes carrĂ©ment dans un film loufoque ou dans l’exagĂ©ration. Pourtant, hĂ©las, tout est vrai. Enfin, hĂ©las ou fort heureusement ?

On y trouve au hasard Jean de Selys Longchamps, c’est un officier aviateur. Stakanoviste du combat il n’a jamais abandonnĂ©, il est l’auteur de faits de guerre dignes d’une histoire belge, dont la destruction ciblĂ©e d’un bâtiment de neuf Ă©tages occupĂ© par la Gestapo.

Les marins de l’USS William D.Porter, une Ă©quipe de bras cassĂ©es qui aidĂ©s par la malchance ont Ă©tĂ© capable des pires bourdes qui peuvent ĂŞtre dramatiques en temps de guerre.

Jules Verne le corsaire des airs, un banal avion de transport sans blindage transformé en citadelle volante dont les pilotes tiraient à vue en larguant leurs bombes sur Berlin.

Ou encore Lachhiman Gurung, un soldat birman d’un mètre cinquante Ă  tout casser, qui s’est battu jusqu’au bout, y compris lorsqu’une terrible blessure aurait arrĂŞtĂ© n’importe quel autre soldat.

Et au fil des pages les exploits de Charles Nungesser ou Léo Major le québecois.

J’ai aimĂ© dĂ©couvrir ces faits d’histoire dont personne ne parle, qui balaient toute la pĂ©riode des deux guerres et de nombreux pays, sur un ton totalement iconoclaste et farfelu, mais en ayant un fonds aussi sĂ©rieux que vĂ©ridique. Bien Ă©videment, tout l’art des auteurs est de savoir rendre intĂ©ressants des personnages prĂ©cis avec leurs anecdotes et les faits accomplis.

Le graphisme, les couleurs, le ton employĂ©, en font une lecture Ă  la fois improbable et rĂ©jouissante, et ce malgrĂ© la pĂ©riode et les faits Ă©voquĂ©s. Une rĂ©ussite et un excellent moment de lecture. J’espère que cette BD est largement proposĂ©e par les professeurs d’histoire, pour que leur Ă©lèves puissent aussi voir enfin les choses autrement.

Catalogue Ă©diteur : Fluide Glacial

Après le succès des deux premiers tomes, Julien Hervieux (alias l’Odieux Connard) et monsieur le chien reviennent pour un troisième opus consacrĂ© aux histoires improbables des deux Guerres mondiales.

Saviez-vous qu’en 1945, un soldat quĂ©becois reprit seul une ville entière aux Allemands ? Que durant la Première Guerre mondiale, une offensive Ă©choua Ă  cause de supposĂ©s zombies ? Ou encore qu’une bande de marins amĂ©ricains maladroits a rĂ©ussi l’exploit de tirer par erreur une torpille sur leur propre PrĂ©sident ? Et saviez-vous que le cheval du gĂ©nĂ©ral Leclerc fut fusillĂ© pour acte de rĂ©sistance ?

Anecdotes absurdes, hĂ©roĂŻques mais toujours incroyables, Le Petit Théâtre des OpĂ©rations est de retour. Avec sa formule dĂ©sormais lue et approuvĂ©e par des milliers de lecteurs : des histoires longues suivies de textes documentĂ©s appuyant leur vĂ©racitĂ©, ainsi que de courtes anecdotes sur la perte d’un sous-marin causĂ©e par ses toilettes, la rĂ©sistance d’animaux, ou encore l’art contemporain utilisĂ© contre l’ennemi. 

Scénariste : Julien HERVIEUX / Dessinateur : MONSIEUR LE CHIEN / Coloriste : Olivier TROCKLÉ

Prix 15,90 € / 56 pages / ISBN 979 1 0382 0457 7 / Paru le : 02/11/2022

T, Haruki Murakami

Quand T-Shirt rime avec passion et collection

Haruki Murakami ou l’art du dĂ©risoire. Un t-shirt, rien de plus banal, peut-ĂŞtre aussi rien de plus amusant, personnel, offert, diffĂ©rent, singulier.

C’est en faisant une sorte de liste Ă  la PrĂ©vert de ses T-shirts prĂ©fĂ©rĂ©s que l’auteur a dĂ©cidĂ© de nous parler de lui.

Lui et son amour de tel ou tel modèle, les circonstances de l’achat, du cadeau, les mots Ă©changĂ©s, les sourires ou les silences. Pourquoi, quand, avec qui, il y a tout cela et plus encore. Comme par exemple un t-shirt qui fait la publicitĂ© pour de hamburger, ou au contraire pour Murakami lors de la parution d’un de ses livres. Ceux des magasins de disques, ceux qui parlent d’animaux, ceux avec quelques mots, le moins possible, Ă©crits dessus, ceux achetĂ©s lors de concerts mythiques ou du moins que l’on a vraiment aimĂ©, bref, il y en a pour toutes les occasions, et c’est ce que l’auteur nous rappelle ici.

En fin du livre, on trouve deux intĂ©ressantes interview de l’auteur Ă  propos de sa collection de t-shirts.

D’ailleurs, et vous, si vous deviez chercher lequel de vos t-shirts vous aimez le plus ? Ou celui dont vous n’arrivez pas Ă  vous sĂ©parer ? Pour ma part, je pense que ce sont les deux qui sont sur la photo, ils ont près de vingt ans, mes enfants les avaient offerts Ă  leur père pour une fĂŞte -des pères sans doute- ils ont bien vieillis, mais je les aime toujours autant ! Difficile de m’en sĂ©parer. Et en lisant ce livre, j’ai eu envie de faire un peu le tour de mes Ă©tagères, si je ne collectionne pas les t-shirt, je me souviens d’oĂą ils viennent. Merci Ă  l’auteur de m’avoir plongĂ©e dans quelques souvenirs avec parfois un brin de nostalgie ! Comme quoi, la lecture mène Ă  tout.

C’est toujours une bonne surprise de lire les textes de Haruki Murakami, et cette Ă©dition avec sa couverture cartonnĂ©e est du plus bel effet. Alors n’hĂ©sitez-pas, qui sait, avec l’Ă©ternel T-shirt que vous offrez Ă  vos amis Ă  NoĂ«l, il pourrait bien y avoir aussi ce livre !

Catalogue Ă©diteur : Belfond

Traduit par Hélène Morita

Seul le maître Haruki Murakami pouvait choisir de raconter sa vie à travers sa collection de T-shirts. Inédite en France, joliment illustrée de surprenantes photos, une autobiographie unique, à la fois nostalgique, piquante et cocasse, qui ouvre une brèche sur la personnalité un brin excentrique d’un auteur notoirement secret.

Lequel de mes T-shirts a le plus de prix pour moi ? Je crois que c’est le jaune, celui qui porte l’inscription « Tony Takitani Â». Je l’ai dĂ©nichĂ© sur l’île Maui, dans une boutique de vĂŞtements d’occasion et je l’ai payĂ© un dollar ; après quoi, j’ai laissĂ© vagabonder mon imagination : quel genre d’homme pouvait bien ĂŞtre ce Tony Takitani ? Puis j’ai Ă©crit une nouvelle dont il Ă©tait le protagoniste, nouvelle qui ensuite a mĂŞme Ă©tĂ© adaptĂ©e en film.

EAN : 9782714497192 / Nombre de pages : 200 / 24.00 € / Date de parution: 10/11/2022

Que faire en BĂ©arn pendant les vacances scolaires ? Visiter le musĂ©e Gallo-Romain de Claracq



Quand les romains et la pĂ©riode Gallo-romaine sont au programme des rĂ©visions des petits enfants, c’est le moment d’en profiter pour dĂ©couvrir le musĂ©e Gallo-Romain de Claracq et le site de la villa de Lalonquette.


SituĂ©s dans la vallĂ©e du Gabas, Ă  trente minutes de voiture au nord de Pau, cette villa vieille de 2000 ans est emblĂ©matique des riches demeures patriciennes de l’Ă©poque.
Par contre, inutile d’y chercher murs ou fondations, seuls les contours sont matĂ©rialisĂ©s par des murets de pierre, donnant ainsi Ă  voir aux visiteurs l’exacte majestĂ© de ses dimensions.
Les panneaux d’interprĂ©tation bien visibles permettent de se faire une idĂ©e de la grandeur du lieu Ă  n’importe quel moment de la journĂ©e et de l’annĂ©e puisque c’est en accès libre.

Dans le musée, essentiellement composé des vestiges trouvés à la villa gallo-romaine de Lalonquette, nous avons pu admirer en particulier les superbes mosaïques qui pavaient le sol.
Quelques vestiges, mais surtout un parcours pédagogique qui permet à chacun de se faire une idée du travail des archéologues sur les sites de fouilles.

Un accueil chaleureux, des présentations écrites claires, un audioguide et les explications des personnes présentes en ont fait une visite réussie pour les enfants.

La saison, et l’heure de notre visite ne s’y prĂŞtaient pas, mais un sentier pĂ©dagogique permet de rejoindre Ă  pied le site de la villa situĂ©e Ă  moins de deux kilomètres.

MUSEE GALLO-ROMAIN Route du Château 64 330 CLARACQ

Le colonel ne dort pas, Emilienne Malfato

Les morts et les bourreaux dorment ils ?

Dans une ville dont on ne connaĂ®tra pas le nom, dans l’atmosphère liquĂ©fiĂ©e d’un pays en guerre, des militaires sont les acteurs dociles et serviles de la ReconquĂŞte. Dans cette ville, ce bâtiment aux statues dĂ©capitĂ©es qui prend l’eau, les hommes obtempèrent aux ordres des Ă©tats majors qui ne pensent qu’a faire bouger leurs pions sur la carte des vainqueurs. Ils agissent sur ordre, sans jamais se soucier des hommes qui meurent, de ceux qu’ils brisent, et agissent hors de toute conscience, sans aucune humanitĂ©.
Le gĂ©nĂ©ral, le colonel et l’ordonnance sont de ces hommes en uniformes uniformĂ©ment gris.

Mais désormais le colonel ne dort plus.

Car le colonel a trop de morts, d’actes de torture, d’hommes brisĂ©s sur la conscience pour que ses victimes le laissent dormir en paix. Chacun de ceux qu’il a brisĂ© pour ce qu’on lui avait annoncĂ© comme une noble cause viennent tour Ă  tour hanter ses nuits Ă  tout jamais.
Car soudain, le colonel a une conscience.

Les chapitres alternent entre ces trois hommes et leur conscience, ou manque de conscience sans doute, et les pensĂ©es du colonel. Ce colonel qui a une âme, une conscience du mal fait, de l’horreur vĂ©cue au quotidien, c’est aujourd’hui un homme qui ne souhaite qu’une chose, mourir sans doute et dormir enfin, apaiser sa mauvaise conscience et oublier les multiples morts sont il est coupable, lui dont les yeux sont enfin dessillĂ©s, qui voit enfin ce qu’il a fait en obĂ©issant aux ordres, en voulant gagner ses guerres fort de son droit et de la justesse de ses actions. La reconquĂŞte avait un prix, celui de la vie des hommes.

Un roman que j’ai trouvĂ© difficile Ă  Ă©couter, et Ă  lire sans doute, particulièrement en ces mois oĂą la guerre est devenue une rĂ©alitĂ© au quotidien dans un pays si proche de nous. Mais aussi en pensant Ă  la rĂ©alitĂ© de ces mots dans le quotidien de tant d’hommes et de femmes dans l’histoire y compris rĂ©cente. De fait, je l’ai Ă©coutĂ© Ă  dose homĂ©opathique pour en absorber toute la force du texte. Il faut dire que les mots d’Émilienne Malfatto claquent et heurtent nos consciences endormies, donnant une autre rĂ©alitĂ© aux actes de guerre, de torture, de conquĂŞte au nom de qui et par qui. Car c’est aussi une rĂ©alitĂ©, les militaires sont avant tout des hommes, et obĂ©ir n’est pas sans risque pour les consciences le jour oĂą elles s’Ă©veillent enfin.

J’ai vraiment aimĂ© la lecture par Feodor Atkine, sa puissance sonore, sa force, sa tonalitĂ© entrent en symbiose avec le texte d’une façon magistrale. Il se coule dans la tĂŞte de ce colonel insomniaque et presque repenti pour le faire vivre Ă  travers les intonations et la puissance de sa voix.

Journaliste et photographe de zone de conflit devenue autrice de roman, Émilienne Malfatto a passĂ© de nombreuses annĂ©es en Irak et la rĂ©alitĂ© de ce qu’elle a vĂ©cu s’est imposĂ©e Ă  elle pour devenir un jour texte, roman, en lien avec ces guerres qu’elle a connu lĂ -bas. Comme un exutoire Ă  la complexitĂ© du vĂ©cu, une catharsis Ă  ce terrain journalistique qui marque et laisse des traces peut-ĂŞtre.
Merci Audiolib pour l’entretien avec l’autrice en fin de roman qui permet de mieux comprendre son processus de crĂ©ation.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions du Sous-Sol et Audiolib

Dans une grande ville d’un pays en guerre, un spécialiste de l’interrogatoire accomplit chaque jour son implacable office. La nuit, le colonel ne dort pas. Une armée de fantômes, ses victimes, a pris possession de ses songes. Dehors, il pleut sans cesse. La Ville et les hommes se confondent dans un paysage brouillé, un peu comme un rêve – ou un cauchemar. Des ombres se tutoient, trois hommes en perdition se répondent. Le colonel, tortionnaire torturé. L’ordonnance, en silence et en retrait. Et, dans un grand palais vide, un général qui devient fou.

DurĂ©e 2h37 / EAN 9791035410995 / Prix du format cd 17,90 â‚¬ / Date de parution 10/08/2022

Le secret des parents, Nicolas Mathieu, Pierre-Henri Gomont

Connaissez vous le secret ? Savez vous ce que les parents pensent des enfants ?

Kleber le sait bien, car il a percĂ© le secret des parents, ceux qui dĂ©testent les enfants, les grondent, les obligent Ă  ranger leur chambre, Ă  aller Ă  l’Ă©cole, et surtout surtout, ceux qui ont oubliĂ© depuis longtemps qu’un jour ils ont Ă©tĂ© eux aussi des enfants.

Heureusement, il y a mamie et ses dĂ©licieuses tartes Ă  la mirabelle, qui console de tout, tout le temps. Et qui explique, raconte, et vous fabrique plein de souvenirs pour plus tard. Enfin, il y a aussi toutes les promesses que Kleber fait Ă  l’adulte qu’il deviendra un jour.

Mais le temps passe, les annĂ©es s’ajoutent aux annĂ©es et le jour oĂą Kleber est devenu adulte Ă  son tour, c’est un père de famille occupĂ© et stressĂ©. Mais alors, aimera-t-il les enfants ou va-t-il les dĂ©tester lui aussi ?

Si vous voulez le savoir, il faut lire ce joli livre Ă©crit par Nicolas Mathieu et au graphisme tout en lĂ©gèretĂ© et bonne humeur rĂ©alisĂ© par Pierre-Henri Gomont. Tellement de vĂ©ritĂ© et de conseils faciles Ă  appliquer finalement dans cette BD Ă  hauteur d’enfant Ă  lire sans faute par les parents, pour ne jamais oublier !

Catalogue Ă©diteur : Actes Sud Junior

Pourquoi les grandes personnes sont-elles si sĂ©vères avec les enfants ? Le petit Kleber ne cesse de s’interroger. Jusqu’à ce qu’un jour, sa grand-mère lui rĂ©vèle un secret : si les adultes sont si grognons, c’est parce qu’eux-mĂŞmes ont oubliĂ© qu’ils Ă©taient autrefois des enfants. Alors, Kleber se jure que lui n’oubliera jamais. Mais le temps passe, et les Ă©tĂ©s se succèdent…

Nicolas Mathieu est nĂ© en 1978, Ă  Épinal. Après des Ă©tudes d’histoire et de cinĂ©ma, il s’installe Ă  Paris oĂą il exerce une multitude de mĂ©tiers (scĂ©nariste, stagiaire dans l’audiovisuel, rĂ©dacteur dans une sociĂ©tĂ© de reporting, professeur Ă  domicile, contractuel Ă  la Mairie de Paris…).
En 2014, il publie son premier roman, Aux animaux la guerre, dans la collection Actes noirs, et reçoit le prix Erckmann-Chatrian, le prix Transfuge du meilleur espoir Polar et le prix Mystère de la critique.  Il participe Ă  l’adaptation du roman qui devient une sĂ©rie diffusĂ©e sur France 3, avec Roschdy Zem dans le rĂ´le principal.
Son deuxième roman, Leurs enfants après eux, parait en 2018. SaluĂ© par une critique enthousiaste, il est rĂ©compensĂ© par le prix BlĂą Jean-Marc Roberts, la Feuille d’or de Nancy, le prix des MĂ©dias France Bleu-France 3-L’Est RĂ©publicain, le prix du deuxième roman Alain Spiess-Le Central et le prix Goncourt. Son troisième roman Connemara est sorti en janvier 2022.

NĂ© en 1978, Pierre-Henry Gomont a exercĂ© diffĂ©rentes professions, dont celle de sociologue, avant de devenir auteur de bandes dessinĂ©es. En 2010, il fait ses premiers pas dans le 9e art et participe Ă  l’album collectif 13m28 (Manolosanctis). En 2011, il signe son premier album, Kirkenes (Les Enfants rouges), scĂ©narisĂ© par Jonathan Châtel. Au cours de la mĂŞme annĂ©e, il Ă©crit et dessine Catalyse (Manolosanctis). DĂ©but 2012, il publie CrĂ©matorium (Kstr), Ă©crit par Éric Borg. Il enchaĂ®ne ensuite les titres : Rouge karma (Sarbacane, 2014), avec Eddy Simon, et, en solo, Les Nuits de Saturne (Sarbacane, 2015) et Pereira prĂ©tend (Sarbacane, 2016). Pour cet album, adaptĂ© du roman d’Antonio Tabucchi, il reçoit le Grand Prix RTL de la bande dessinĂ©e ainsi que le prix de la bande dessinĂ©e historique des Rendez-vous de l’Histoire de Blois.
Chez Dargaud, il est l’auteur de Malaterre et La fuite du cerveau.
En 2020, il fait son entrĂ©e au catalogue d’Actes Sud junior avec l’album La Grande École qu’il signe avec Nicolas Mathieu. Et en 2021, Le secret des parents. Il vit et travaille Ă  Bruxelles.

novembre 2021 / 24.00 x 32.00 cm / 32 pages / ISBN 978-2-330-15521-6 / prix : 16,50 €

Les maisons vides, Laurine Thizy

Ă  la fois poĂ©tique et fort, un roman singulier sur l’adolescence

Gabrielle a treize ans et sa grand mère Maria vient de mourir. Elle a des parents, un petit frère, et une évidente aptitude pour la gymnastique rythmique.

Gabrielle enfant prĂ©maturĂ©e, si fragile, si petite, qui crache les araignĂ©es qui se terrent dans ses poumons et qu’elle cache Ă  tous pour continuer Ă  vivre comme les autres, ou plutĂ´t comme elle l’a dĂ©cidĂ©. Qui jeĂ»ne pour les faire disparaĂ®tre Ă  jamais, ah si seulement cela pouvait marcher…

Chaque nuit elle oublie de dormir et se dĂ©place sans bruit hors de la maison jusqu’au cimetière, sur la tombe de Maria. Chaque jour elle oublie de manger, et sans doute aussi parfois de vivre.

Gabrielle explose de beautĂ©, de charme, le dos droit, les pieds plantĂ©s au sol, dans une attitude conquĂ©rante. Gabrielle ose, dĂ©fie, aime, dompte, exige d’elle plus que personne n’oserait jamais lui demander. Gabrielle aime Ă  sa façon, mais elle est encore bien jeune, alors elle retient les corps qui se frĂ´lent, se dĂ©couvrent, s’exaltent.

Les maisons vides est un hymne Ă  l’enfance, Ă  la fidĂ©litĂ© Ă  la parole donnĂ©e, Ă  la fragilitĂ© de l’adolescence, mais aussi Ă  une certaine relation au corps, Ă  la maladie, Ă  la force que l’on puise en soi pour parvenir Ă  son but, pour vivre et devenir. Plusieurs temporalitĂ©s se succèdent pour Ă©clairer le lecteur et cerner au plus près une Gabrielle fragile, blessĂ©e, mais toujours volontaire et forte.

Il y a une puissance et parfois une grande douceur dans ces mots, une fragilitĂ© et pourtant aussi une force dans ce personnage de jeune fille qui sort de son cocon d’enfant fragile et dont parle une narratrice dont on se demande tout au long du roman qui elle peut bien ĂŞtre.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions de L’Olivier

Des premiers pas Ă  l’adolescence, dans cette campagne qui l’a vue naĂ®tre, Gabrielle, avec une Ă©nergie prodigieuse, grandit, lutte, s’affranchit. Gymnaste prĂ©coce, puis soudain jeune femme, Gabrielle ignore les araignĂ©es dans son souffle comme les regards sur son corps. Elle avance chaque jour un peu plus vers la fin de l’enfance.

PortĂ© par une Ă©criture aussi puissante que sensible, Les Maisons vides laisse entendre le vibrant chĹ“ur de femmes autour de Gabrielle : Suzanne, JosĂ©phine, MarĂ­a… GĂ©nĂ©rations sacrifiĂ©es ou mal aimĂ©es, elles ont appris Ă  se dĂ©vouer, Ă  faire face et, souvent, Ă  se taire.

Parution 14 janvier 2022 / 140 × 205 mm 272 pages EAN : 9782823617368 18,00 €

Les enfants endormis, Anthony Passeron

Dire pour ne pas oublier, un beau roman de filiation et de transmission

Les annĂ©es 80, si certains l’ont oubliĂ© depuis longtemps, sont restĂ©es dans les mĂ©moires comme Ă©tant les annĂ©es SIDA. Ce cancer gay comme on a pu si injustement le nommer a touchĂ© de nombreux jeunes, et en particulier de jeunes accros aux injections de drogues fortes.

Dans la famille d’Anthony Passeron, famille installĂ©e depuis longtemps dans un village des hauteurs de Nice, c’est l’aĂ®nĂ©, DĂ©sirĂ©, le fils aimĂ©, celui dont les parents attendait tout, qui a un jour pris ces chemins de traverse qui l’ont menĂ© droit vers une mort annoncĂ©e.

Pourtant, avant, il y a une l’enfance et l’adolescence au village. Les parents qui tiennent une boucherie prospère. Une famille installĂ©e Ă  l’ascension sociale emblĂ©matique de ces annĂ©es que l’on a appelĂ©es les trente glorieuses, dans cette après guerre oĂą tout Ă©tait Ă  reconstruire et oĂą les courageux pouvaient se faire un nom et une place dans la sociĂ©tĂ©. Deux fils, l’un quitte l’Ă©cole très tĂ´t pour aider et sans doute succĂ©der au père, l’autre rĂŞve d’ailleurs, loin de ce coin de province oĂą certes le soleil brille et le ciel est bleu mais oĂą la jeunesse s’ennuie.

Ce seront donc Amsterdam, sa jeunesse cosmopolite, ses paradis artificiels, sa musique qui fait danser, ses filles que l’on aime avec tant de simplicitĂ©. Et sa drogue qui coule Ă  flot dans les veines, celle des seringues que l’on s’Ă©change, des enfants qui s’endorment Ă  mĂŞme le sol, seringue plantĂ©e dans le bras.

Mais une fois revenu au pays, ramenĂ© docilement au bercail familial par son jeune frère, DĂ©sirĂ© va dĂ©velopper cette maladie inconnue dont on parle peu et que seuls quelques rares mĂ©decins parisiens ou amĂ©ricains essaient de comprendre Ă  l’aube de ces annĂ©es 90.

Tout le talent de l’auteur est ici non pas de nous parler de sa famille comme s’il souhaitait rĂ©aliser une catharsis, mais bien de nous faire vivre au rythme de la vie et des aspirations déçues de la jeunesse des annĂ©es 80. Et en alternance, dans les recherches, les hĂ©sitations, les Ă©checs et les dĂ©couvertes de la mĂ©decine des deux cĂ´tĂ©s de l’atlantique. Le parallèle est alors fait entre l’intime et le social. D’une part avec le cocon familial dans ce qu’il a de plus secret, mĂŞme dans un village oĂą tout se sait. Et d’autre part avec la vie des mĂ©decins et des chercheurs de l’Ă©poque, la complexitĂ© de leur travail, les refus, le poids et la charge affective de cette maladie dans une sociĂ©tĂ© intolĂ©rante et pas prĂ©parĂ©e, oĂą la mĂ©connaissance du virus, de la façon dont il se propage, a engendrĂ© bien des solitudes, des dĂ©sespoirs et des incomprĂ©hensions dans les familles des malades, autour d’eux et jusque dans la sociĂ©tĂ©.

Ce livre est d’autant plus intĂ©ressant que les proches des malades de l’époque sont ceux qui peuvent encore dire, eux qui ont Ă©tĂ© les tĂ©moins de leurs souffrances et du rejet de la sociĂ©tĂ©, Ă  un moment oĂą la jeunesse oublie parfois un peu trop que la maladie, loin d’ĂŞtre Ă©radiquĂ©e, touche encore beaucoup de monde alors que la mĂ©decine n’a toujours pas de solution pour la guĂ©rir.

Catalogue Ă©diteur : Globe

Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d’interroger le passé familial. Évoquant l’ascension sociale de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé qui grandit entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux récits : celui de l’apparition du sida dans une famille de l’arrière-pays niçois – la sienne – et celui de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains.

Dans ce roman de filiation, mêlant enquête sociologique et histoire intime, il évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et la condition du malade celle d’un paria.

288 pages / 20 € / 978-2-38361-120-2 / Parution : 25 août 2022