Avis de grand froid, Jerome Charyn

Comment se dĂ©barrasser d’un prĂ©sident des États-Unis embarrassant ?

1989, Ă  peine Ă©lu le prĂ©sident dĂ©mocrate des USA est destituĂ© suite Ă  des malversations. Comme le veut la constitution c’est donc le vice prĂ©sident qui prend sa place. Mais Isaac Sidel, ex commissaire de police, ex maire de New York n’a pas tout Ă  fait la vocation pour assumer ce rĂ´le. Et surtout il a quelques idĂ©es un peu trop sociales. Ce Robin des bois des temps modernes ne plaĂ®t pas, en particulier aux banquiers internationaux qui font la pluie et le beau temps, aidĂ©s en cela par le faussaire Rembrandt, le roi du billet vert. Alors autour de lui, ça conspire, ça manigance, ça cherche comment l’Ă©liminer.

Et si le seul moyen de s’en dĂ©barrasser Ă©tait cette gigantesque tombola qui parie sur la date de sa mort ? Bien sĂ»r l’idĂ©al est alors de prĂŞter main forte au destin tout en laissant monter les enchères.

Piégé de toutes parts, POTUS ne peux compter que sur son Glock, mais surtout sur sa garde très rapprochée et son instinct de fin limier pour déjouer les pièges et rester en vie à la Maison-Blanche.
De New-York Ă  Washington, de Camp David Ă  Prague, du Lower East Side Ă  la prison de Rikers Island, les pĂ©ripĂ©ties sont nombreuses et mouvementĂ©es. Sur les traces de Franz Kafka et de sa sĹ“ur internĂ©e Ă  Terezin, le camp de concentration vitrine pour l’histoire, Ă©rigĂ© en modèle par les nazis et si fièrement exposĂ© aux monde, ou encore Ă  la rencontre de Saul Bellow, son amour des livres et de la littĂ©rature n’est jamais oubliĂ©.
Isaac Sidel est aussi Ă  l’Ă©coute de ces hommes qui ont fait le Camp David des accords entre le prĂ©sident Ă©gyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israĂ©lien Menahem Begin, sous la prĂ©sidence de Jimmy Carter. Mais Ă©galement au souvenir de Roosevelt et de Warm Springs, sa rĂ©sidence qui servit de modèle pour certains bâtiments de camp David, qu’il avait d’ailleurs nommĂ© Shangri-La, la concrĂ©tisation du royaume imaginaire d’un prĂ©sident en fauteuil roulant ?

Avis de grand froid est le denier opus d’une saga commencĂ©e en 1973 avec Zyeux-bleus. C’est aussi le douzième de la sĂ©rie. Si chacun peut se lire indĂ©pendamment, j’avoue avoir Ă©tĂ© un peu perdue au dĂ©part, n’en ayant lu aucun auparavant. Mais une fois intĂ©grĂ© les multiples noms, prĂ©noms, surnoms des diffĂ©rents personnages, on rentre dans l’intrigue. Le rythme est soutenu et l’intrigue nous embarque dans une course pour la vie dans une Maison-Blanche très convoitĂ©e oĂą rĂ´dent les fantĂ´mes d’inoubliables prĂ©sidents, ceux de FDR et de Lincoln en particulier. Aussi farfelu que dĂ©jantĂ©, ce roman grouille de rĂ©fĂ©rences et foisonne d’idĂ©es ; Ă  savourer surtout si l’on aime partir dans des aventures pour le moins irrĂ©alistes et totalement hors de contrĂ´le.

Catalogue Ă©diteur : Rivages

Marc Chenetier (Traducteur)
Ultime volume dans la saga du hĂ©ros de Charyn Isaac Sidel. Depuis Marilyn la Dingue, roman dans lequel il Ă©tait inspecteur Ă  la Criminelle de New York, Isaac a fait son chemin. Il est devenu commissaire principal de la police, puis maire de New York. Et voilĂ  que par un concours de circonstances, il se retrouve… Ă  la Maison-Blanche, le candidat Ă©lu n’ayant pu ĂŞtre intronisĂ©. 
Un roman d’espionnage  dĂ©lirant, noir et grinçant. Une comĂ©die du pouvoir qui rĂ©sonne Ă©trangement avec la « rĂ©alitĂ© » de la prĂ©sidence Trump. L’Ă©criture Ă©lectrique et le talent de conteur de Jerome Charyn sont Ă  l’œuvre dans cette grandiose conclusion de la saga. 

Collection: Rivages Noir / ISBN: 978-2-7436-5113-8 / EAN: 9782743651138 / Parution: septembre, 2020 / 350 pages / Format : 15.5 x 22.5 / Prix: 21,90€

Gioconda, Nikos Kokantzis

L’amour, malgrĂ© la mort, par delĂ  les annĂ©es, pour ne pas oublier

Le narrateur se nomme Nikos, comme l’auteur. Et ce n’est absolument pas un hasard, puisque c’est un Ă©pisode important de sa vie qu’il nous confie ici.

Nikos et Gioconda se sont rencontrĂ©s dans leur village de Thessalonique. Ces deux enfants, devenus deux adolescents d’abord timides puis de plus en plus proches, apprennent Ă  se connaĂ®tre en cette pĂ©riode si dramatiquement compliquĂ©e. Mais si Nikos n’a rien Ă  craindre, Gioconda est une jeune femme juive. Et dans la Grèce de la seconde guerre mondiale, comme partout en Europe, il ne fait pas bon ĂŞtre nĂ© juif.

Les jeunes gens s’aiment follement, d’abord de façon bien anodine, comme des enfants Ă  peine grandis, puis plus sĂ©rieusement, profitant du moindre instant pour vivre passionnĂ©ment cet amour qu’ils sentent dĂ©jĂ  condamnĂ©. Les deux adolescents profitent l’un de l’autre et vivent en sachant que chaque instant est gagnĂ© sur la mort, la guerre, le mal. Gioconda sera dĂ©portĂ©e en 1943 avec sa famille Ă  Auschwitz.

Des annĂ©es après, l’auteur s’est rĂ©solu a Ă©crire leur histoire d’amour intemporelle, sensuelle et magnifique pour faire revivre celle qu’il tant aimĂ©e. Il donne Ă  ce rĂ©cit Ă  la fois la folie et la passion de l’amour, et la tristesse et le dĂ©sespoir d’en connaĂ®tre dĂ©jĂ  la fin.

Un court roman, bouleversant qui nous rappelle une fois de plus l’absurditĂ© et l’horreur de la guerre, mais aussi la pĂ©rennitĂ© de l’amour, celui qui survit Ă  l’absence et au temps qui passe.

Les 68 premières fois ont proposĂ© une superbe opĂ©ration d’Ă©change de lectures en allant cliquer et collecter dans nos librairies pour les soutenir en cette pĂ©riode si difficile pour les commerces indĂ©pendants. Alors j’ai cherchĂ©, un, deux, puis trois titres qu’ils n’avaient pas. Chance inouĂŻe, j’ai rencontrĂ© la libraire qui devant le pas de sa librairie remettait leurs livres Ă  ceux qui les avaient rĂ©servĂ©s. C’est donc sur ses conseils que j’ai dĂ©couvert Gioconda.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions de l’Aube

Nìkos, un adolescent, et Gioconda, une jeune fille juive, s’aiment d’un amour absolu jusqu’à la déportation de celle-ci à Auschwitz, en 1943.
Un récit lumineux d’une initiation amoureuse, vibrant de naturel et de sensualité malgré la haine et la mort.

Roman traduit par Michel Volkovitch.

Né à Thessalonique en 1930, Nìkos Kokàntzis découvrira l’amour avec Gioconda en 1943. Juive, celle-ci seré déportée à Auschwitz… et n’en reviendra pas. En 1975, Kokàntzis décide de raconter leur histoire d’amour, pour que Gioconda revive à travers ses mots. Il a étudié la médecine puis la psychiatrie à Londres. Il est mort en 2009.

Parution : 07/06/2018 / Nombre de pages : 104 / 125×190 / Format : Poche / ISBN : 978-2-8159-2850-2 / EAN : 9782815928502 / Prix : 8,90 €

Une Rose seule, Muriel Barbery

Une renaissance, un deuil, une fille, un père, et tout le charme du japon à travers temples et jardins

Rose part Ă  Kyoto Ă  la suite de l’appel d’un notaire. Sa prĂ©sence est requise sur place par Haru, son père marchand d’art qui vient de dĂ©cĂ©der. Rose, quadra, cĂ©libataire sans enfants, botaniste, embarque pour un voyage Ă  la rencontre de celui qu’elle n’a jamais connu. ÉlevĂ©e en partie par Paule, sa grand-mère dĂ©cĂ©dĂ©e depuis peu, sa mère est Ă©galement dĂ©cĂ©dĂ©e sans jamais lui avoir donnĂ© les clĂ©s du mystère de sa naissance.

A Kyoto elle est accueillie par Paul, le bras droit de Haru, et par Syoko son intendante.

Temples, restaurants, thĂ© du matin devant l’Ă©rable qui pousse au milieu de la maison, silence, regards aimants et amis, interrogateurs et complices, vont ponctuer ce sĂ©jour pour le moins dĂ©paysant. La nature qui l’entoure, les camĂ©lias, pivoines, lilas, ces fleurs chaque jour renouvelĂ©es dans des bouquets si Ă©vocateurs, les poèmes, les jardins Ă  la beautĂ© sobre et minĂ©rale, sont lĂ  pour lui passer un message d’amour, de sĂ©rĂ©nitĂ©, de bonheur Ă  venir.

Le lecteur la voit Ă©voluer, marcher doucement sur les tatamis, se laisser apprivoiser par le bruit du vent dans les feuilles de l’Ă©rable, goĂ»ter au thĂ© Macha, se rebeller et se rĂ©volter aussi, rendue agressive par la colère qui l’habite, les questionnements, les doutes, les absences. Bière et saquĂ©, fleurs et jardins, temples et paysages auront-il raison de sa rĂ©bellion ? Paul peut-il lui faire comprendre l’immensitĂ© de l’amour de ce père, esthète et poète, disparu sans l’avoir connue ?

Au dĂ©part Rose est bien peu attachante, sa rĂ©bellion, sa colère, son manque d’empathie en font un personnage Ă  priori peu engageant. Pourtant elle va s’ouvrir peu Ă  peu Ă  la beautĂ© et Ă  l’amour donnĂ© par ce père que l’on comprend malgrĂ© l’absence. L’Ă©criture sobre et concise, les descriptions des temples et de leurs jardins, la nature et les fleurs, les coutumes, le cĂ©rĂ©monie du thĂ©, procurent au lecteur un rĂ©el sentiment de sĂ©rĂ©nitĂ©.

Les chapitres sont ponctuĂ©s de courts extraits de textes ou de haĂŻkus en particulier ceux du poète japonais Issa Kobayashi (Kobayashi Issa 1763-1828 ou Issa « (tasse de) thĂ© Â»).

Pour qui aime le Japon, on ne manquera pas de lire le beau roman d’Amanda Sthers Lettre d’amour sans le dire. Mais aussi les romans de Aki Shimasaki Ă©galement publiĂ©s chez Actes Sud.

Catalogue Ă©diteur : Actes Sud

Rose arrive au Japon pour la première fois. Son père, qu’elle n’a jamais connu, est mort en laissant une lettre à son intention, et l’idée lui semble assez improbable pour qu’elle entreprenne, à l’appel d’un notaire, un si lointain voyage.
Accueillie à Kyōto, elle est conduite dans la demeure de celui qui fut, lui dit-on, un marchand d’art contemporain. Et dans cette proximité soudaine avec un passé confisqué, la jeune femme ressent tout d’abord amertume et colère. Mais Kyōto l’apprivoise et, chaque jour, guidée par Paul, l’assistant de son père, elle est invitée à découvrir une étrange cartographie, un itinéraire imaginé par le défunt, semé de temples et de jardins, d’émotions et de rencontres qui vont l’amener aux confins d’elle-même.

Ce livre est celui de la métamorphose d’une femme placée au cœur du paysage des origines, dans un voyage qui l’emporte jusqu’à cet endroit unique où se produisent parfois les véritables histoires d’amour.

Muriel Barbery est née en 1969. Une rose seule est son cinquième roman, après Une gourmandise (2000), L’Élégance du hérisson (2006), La Vie des elfes (2015) et Un étrange pays (2019) parus aux éditions Gallimard.

août, 2020 / 11.50 x 21.70 cm / 158 pages / ISBN : 978-2-330-13922-3 / Prix indicatif : 17.50€

Rosa Dolorosa, Caroline Dorka-Fenech

L’amour d’une mère, aveuglant et inconditionnel

Ils se promènent dans le vieux Nice. Rosa et Lino, la mère et le fils, sont insĂ©parables depuis toujours. Surtout depuis qu’elle a chassĂ© le père. Elle veille comme une louve sur sa merveille. MĂŞme si parfois Lino se perd dans l’alcool des nuits entières et a quelques accès de violence.

Ensemble, ils ont un rĂŞve. Quitter le restaurant Le petit soleil et rĂ©nover un hĂ´tel dans le quartier. Les plans sont faits, ne manquent que les financements. Avec l’aide de Marc, son ami de cĹ“ur, et grâce Ă  son dynamisme et sa fougue Rosa sĂ©duit les investisseurs potentiels. Le rĂŞve est enfin Ă  leur portĂ©e. Lino le plongeur amoureux de la mer sait dĂ©jĂ  qu’il installera dans le hall de leur hĂ´tel trois-Ă©toiles un immense aquarium rempli de mĂ©duses.

Mais c’est sans compter sur un Ă©vĂ©nement dramatique, une mort inexplicable et l’arrestation au petit matin de Lino, le fils chĂ©ri.

Cette mère passionnĂ©e le sait, son fils est innocent ; alors elle doit tout faire pour le faire sortir de prison. La bataille ne fait que commencer pour cette mère inquiète et malade, mais surtout combative et pugnace. Rien ne peut l’arrĂŞter. Pas mĂŞme les doutes, les questionnements de son entourage, les affirmations des enquĂŞteurs.

L’auteur dĂ©roule ici un scĂ©nario aussi plausible que tragique. C’est un Ă©tonnant questionnement sur le vrai rĂ´le d’une mère, sur la connaissance que les parents ont de leurs enfants, sur le silence et l’Ă©ducation, la confiance et le partage, l’amour maternel incandescent et aveuglant. L’obstination d’une mère, ses sentiments les plus profonds, son assurance et son jusque-boutisme sont maĂ®trisĂ©s, pesĂ©s et rĂ©alistes jusque dans leur folle concrĂ©tisation.

L’amour absolu, la confiance, le dĂ©sespoir dont elle fait preuve prennent le lecteur dans leurs filets pour l’amener vers un dĂ©nouement aussi dramatique qu’inĂ©luctable. Un roman bouleversant que l’on ne lâche pas avant d’avoir tournĂ© la dernière page.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions de La Martinière

Un premier roman magnétique, sombre et lumineux, dont l’héroïne rappelle la Gloria de John Cassavetes et la Mamma Roma de Pasolini. Nourri d’images organiques, charnelles, poétiques, ce livre retrace le parcours d’une mater dolorosa prise dans une quête obsédante et dévorante pour prouver l’innocence de son fils.

« Elles étaient au nombre de douze. Douze méduses qui plongèrent parmi les bulles éclairées au néon dans l’aquarium. Leurs tentacules flottant comme des fourreaux de fantômes. »

Dans les rues serpentines du Vieux-Nice, Rosa déambule au bras de son fils, Lino. Ensemble ils rêvent de posséder un hôtel dans lequel un immense aquarium accueillerait des méduses. À peine dix-neuf ans d’écart, ils forment un duo inséparable. Jusqu’au jour où Lino est arrêté et emprisonné pour le meurtre d’un enfant.
Pour Rosa, l’innocence de son fils est incontestable. Dans un ballet d’images charnelles, poétiques, la mater dolorosa se lance dans une quête sublime et dévorante. Mais jusqu’où l’amour maternel peut-il conduire ?

Née en 1975, Caroline Dorka-Fenech, diplômée de lettres modernes et de l’Atelier scénario de la FEMIS, a travaillé comme lectrice de scénarios, script doctor et enseignante. Rosa dolorosa, son premier roman, est le fruit d’un travail de dix ans.

27 aoĂ»t 2020 / 130 x 205 mm / 288 pages / ISBN : 9782732494258

Le souffle de la nuit, Alexandre Galien

Une plongée en eaux troubles, entre réseaux de prostitution et poupées vaudou

Dès les premières pages, plusieurs intrigues s’Ă©crivent en parallèle. D’abord Valmy et ses cauchemars. Depuis la disparition de sa femme et l’arrestation d’un tueur en sĂ©rie, le flic s’est mis en retrait de la police. Il vit dĂ©sormais Ă  Lagos, au Nigeria oĂą il est l’adjoint de l’attachĂ© de sĂ©curitĂ© intĂ©rieure Ă  l’ambassade de France.

Au Nigeria, l’envoĂ»tement d’une jeune femme a qui on fait miroiter une belle vie en France, mais que la Madam prĂ©pare pour qu’elle soit soumise aux pires rĂ©seaux de prostitution, sans espoir de retour.

Dans le bois de Vincennes, le meurtre sordide d’un flic de la mondaine met en alerte toutes les force de PJ du 36 Bastion. Alors que Philippe Valmy est parti depuis un an, ce meurtre interpelle ses anciens acolytes qui vont avoir besoin de ses lumières.

L’enquĂŞte, difficile, va faire plonger le lecteur dans la vie de la nuit, des rĂ©seaux de prostitution, des poupĂ©es Vaudou et des moyens de pression exercĂ©s envers ces filles qui n’ont aucune chance de s’en sortir tant le poids des croyances impacte leurs rĂ©actions.

L’auteur vient du sĂ©rail, c’est un ancien policier de la direction rĂ©gionale de PJ, ce mythique 36 qui a dĂ©mĂ©nagĂ© du quai des orfèvres vers les rives du Bastion. On ne s’étonnera pas dès lors qu’il maĂ®trise parfaitement tant les rouages des enquĂŞtes que les tensions entre les diffĂ©rents services ou chefs de services. Tout comme les mentalitĂ©s des flics, des enquĂŞteurs, de ceux dont le mĂ©tier implique souvent de se blinder psychologiquement pour affronter les pires scènes, mais aussi de rĂ©sister Ă  la pression de la hiĂ©rarchie ou du politique.

Guerre des polices et des services, tension entre pays, petits arrangements et immunitĂ©s diplomatiques, chantage aux grands groupes internationaux, de nombreux sujets sont ici abordĂ©s. Le tout sous couvert d’une enquĂŞte palpitante qui nous fait courir Ă  cent Ă  l’heure entre les diffĂ©rents site de polices, les personnages, les intrigues qui s’intriquent habilement et judicieusement.

Une Ă©criture concise, factuelle, documentĂ©e, crĂ©dible et percutante. Un roman très actuel, qui pulse et que l’on n’a pas envie de finir trop vite. Ou alors dites nous que le prochain arrive vite ! Ah, mais il me reste Ă  dĂ©couvrir Les cicatrices de la nuit, le roman d’Alexandre Galien laurĂ©at du Prix du Quai des orfèvres 2020.

Pour aller plus loin et mieux comprendre les rĂ©seaux de prostitution africains et leur pouvoir sur les filles, on ne manquera pas de lire aussi l’excellent thriller Les sirènes noires de Jean-Marc Souvira.

Catalogue Ă©diteur : Michel Lafon

« Les silences de Valmy, au bout du fil, avaient rĂ©sonnĂ© dans leurs oreilles comme le sifflement d’un corps qui tombe droit dans l’abĂ®me. Pourtant quand le chef de la Crim’ avait prononcĂ© les mots « meurtre », « poupĂ©e criblĂ©e de cicatrices », « vaudou » et « bois de Vincennes », une tension inhabituelle avait envahi la pièce. Jean et le commissaire ne surent dire si c’Ă©tait sa respiration qui avait changĂ©, ou s’il Ă©tait habitĂ© d’une force inconnue, mais le Valmy qu’ils connaissaient avait repris le dessus. »

Des faubourgs de Barbès aux dorures des ambassades, entre prostitution et magie noire, le groupe de Philippe Valmy se reforme pour traquer un tueur sanguinaire qui met à vif les cicatrices du passé.

Après des Ă©tudes de droit et de sciences criminelles, Alexandre Galien a intĂ©grĂ© la direction rĂ©gionale de la police judiciaire. Il se consacre aujourd’hui Ă  l’Ă©criture. Trente ans, du talent Ă  revendre, il est le plus jeune laurĂ©at du prix du Quai des Orfèvres, obtenu pour Les Cicatrices de la nuit. Depuis septembre 2020, il enseigne le cours « Roman noir , Ă©poque sombre » Ă  la chaire d’Ă©criture et de rhĂ©torique de Sciences Po Paris. Un profil hors normes Ă  suivre de près !

Parution : 24/09/20 / Prix :18.95 € / ISBN : 9782749944159

Les impatientes, DjaĂŻli Amadou Amal

Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie

Un livre comme un cri, celui de trois femmes, trois filles, Ramla, Hindou, et Safira, qui se dĂ©voilent tour Ă  tour dans cette vie d’acceptation et de patience imposĂ©e aux femmes peules musulmanes, au nord du Cameroun. Mais comment ne pas penser que c’est le sort d’un grand nombre de femmes en pays musulman, oĂą Dieu et les hommes sont tout puissants.

Une fille ne doit pas aller Ă  l’Ă©cole, nul besoin d’ĂŞtre Ă©duquĂ©e pour ĂŞtre soumise Ă  la volontĂ© d’un père, puis d’un Ă©poux omnipotent et d’une belle famille. Dans ces familles aux pères polygames, les filles sont une monnaie d’Ă©change qui permet de conforter leur pouvoir et leur place au sein de la tribu et dans la communautĂ©. Elles sont mariĂ©es en fonction de tractations entre les hommes, qui Ă  un plus âgĂ©, qui Ă  un cousin, doivent accepter les autres Ă©pouses qu’on leur impose, n’ont aucun droit si ce n’est d’ĂŞtre patiente, obĂ©ir, se soumettre et accepter.

Safira, la première Ă©pouse, devient une daada saaré  lors de l’arrivĂ©e de la deuxième Ă©pouse âgĂ©e d’à peine dix-sept ans, Ramla. La jalousie de celle qui fut pendant plus de vingt ans l’Ă©pouse unique, et les mĂ©disances qui accompagnent la nouvelle Ă©pouse, belle et jeune, vont rendre la vie bien difficile Ă  l’une comme Ă  l’autre. Pendant ce temps, Hindou, la sĹ“ur de Ramla, va subir les coups, la violence, les viols rĂ©pĂ©tĂ©s (comme le dit l’auteur au Sahel, le viol est une habitude, voire une culture, surtout les soirs de noces) de son incapable, alcoolique et droguĂ© de mari qui est aussi son cousin. Car dans ces familles aux multiples Ă©pouses, les enfants sont lĂ©gions, et les filles sont donnĂ©es en mariage sans aucune considĂ©ration de leurs desiderata. D’ailleurs, les femmes ne doivent mĂŞme pas exprimer la moindre volontĂ©, ni ensuite parler de leurs problèmes ou de leurs malheurs car cela pourrait porter prĂ©judice Ă  la fratrie, Ă  leur mère, et se retourner contre la famille, seul le silence et la patience sont possibles.

Un seul mot d’ordre donc, la patience, celle d’endurer, d’Ă©couter, de subir, de souffrir, d’enfanter, de se taire, de travailler, d’obĂ©ir. Un Ă©poux et un père ont tous les droits, une fille n’en a qu’un, accepter.

Tout au long du roman au style parfois dĂ©concertant de simplicitĂ©, mais sans doute puise t-il lĂ  toute sa puissance, ce mot lĂ  est rĂ©pĂ©tĂ© Ă  l’envi, patience, Munyal.

Ce livre a fait surgir en moi les Ă©motions ressenties Ă  la lecture du roman SynguĂ© Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi, ce long monologue d’une femme musulmane qui vit en Afghanistan, encore un pays oĂą la femme se doit d’ĂŞtre uniquement une Ă©pouse soumise qui accepte tout en silence. Je ressors de cette lecture encore plus rĂ©voltĂ©e contre ces hommes qui imposent, qui mutilent, qui exploitent les filles au prĂ©texte qu’elles sont femmes, et en utilisant l’alibi facile de la religion et de la tradition. Mais aussi contre ces femmes soumises qui se taisent et permettent aux traditions de perdurer et de toucher Ă  leur tour leurs filles.

DjaĂŻli Amadou Amal, qui a subit a dix-sept ans un mariage forcĂ© avec un homme plus âgĂ© qu’elle, ose dĂ©noncer la condition des femmes au Sahel, briser les tabous, Ă©lever la voix dans le silence des familles, des communautĂ©s. Cette figure de proue de la nouvelle littĂ©rature camerounaise Ă©crit pour faire savoir et dĂ©nonce les mariages forcĂ©s, l’enfer de la polygamie, les discriminations faites aux femmes. C’est une voix qui compte pour aider les filles de son pays et de tant d’autres encore.

Munyal; les larmes de la patience est son troisième roman, il paraît en septembre 2017 et reçoit le 1er Prix Orange du Livre en Afrique en 2019. Cette version, publiée par Emmanuelle Collas, est également en lice pour le prix Goncourt 2020.

Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Un roman poignant, qui lève le voile sur la condition des femmes au Sahel. Une des valeurs sûres de la littérature africaine.

Date de parution : 04/09/2020 / EAN : 9782490155255 / Prix 17€

Impact, Olivier Norek

Impact, la bombe Ă©cologique d’Olivier Norek

Quand un auteur est capable d’autant se renouveler, passĂ© la surprise, c’est un vrai plaisir. Il ne faut surtout pas s’attendre Ă  un polar dans la mĂŞme veine que ceux dont l’auteur nous gratifie avec de plus en plus de bonheur et de maĂ®trise. Impact, qui a tout d’un plaidoyer pour la planète, est Ă  la fois constat, Ă©tat des lieux, et Ă©veil de nos consciences bien trop souvent endormies sur le thème de l’écologie. Mais ici, il n’est plus l’heure de faire la paix pour sonner l’alarme, plutĂ´t de faire la guerre, car Greenwar a remplacĂ© Greenpeace. Un fois la lecture terminĂ©e il faut digĂ©rer toutes ces vĂ©ritĂ©s pas toujours bonnes Ă  dire mais pourtant tellement importantes pour chacun de nous et pour la survie de cette planète que nous maltraitons depuis si longtemps.

Virgil Solal a vĂ©cu de nombreuses vies avant de rencontrer Laura et avant la naissance de leur petite fille. Mais le malheur les frappe au plus intime, au plus violent avec sa disparition prĂ©maturĂ©e de leur bĂ©bĂ©. Le couple n’y survivra pas.
Cet ancien militaire et ancien flic qui n’a plus rien Ă  perdre dĂ©cide de frapper un grand coup pour rĂ©veiller le monde qui se laisse endormir par les puissantes multinationales et par les gouvernements qui savent mais ne font rien. Car les ressources naturelles s’Ă©puisent, la pollution gagne du terrain quand les forĂŞts en perdent chaque jour, les catastrophes climatiques sont de plus en plus violentes.
Au nom de Greenwar, portĂ© par des milliers de suiveurs partout en France comme dans le monde, Virgil Solal va rĂ©veiller les consciences, y compris si cela doit ĂŞtre en Ă©change de quelques vies…

Impact me semble ĂŞtre soit un tournant soit un ovni dans l’Ă©criture d’Olivier Norek. Quoi que, l’auteur nous avait dĂ©jĂ  proposĂ© un magnifique polar social avec Entre deux mondes. Ici, la fibre n’est plus seulement humanitaire mais Ă©galement Ă©cologique, engagĂ©e, responsable et revendicative. Les faits sont avĂ©rĂ©s et vĂ©rifiĂ©s, ou vĂ©rifiables.

Bien sĂ»r, le lecteur qui s’attendait Ă  un polar peut regretter que l’intrigue policière soit tĂ©nue, avec des personnages aussi manichĂ©ens, manquant parfois de densitĂ© et auxquels on a du mal Ă  s’attacher. Mais dans ce roman en particulier, l’intrigue ne me donne pas l’impression d’ĂŞtre aussi importante pour l’auteur que le message qu’il souhaite passer. Pour ma part malgrĂ© ce lĂ©ger bĂ©mol, message reçu 5 sur 5 avec ce roman que l’on n’a pas du tout envie de lâcher. Reste Ă  savoir ce que nous pouvons en faire, comment ĂŞtre chacun Ă©coresponsable, engagĂ© pour notre survie et celle de la planète et ce chacun Ă  notre niveau. Et si lĂ  Ă©tait la question ? Ă  nous de trouver rapidement la rĂ©ponse.
Enfin, merci pour cette incursion dans nos belles vallées des Pyrénées.

Du même auteur, on ne manquera pas de découvrir Entre deux mondes, Surface.

Lire Ă©galement les chroniques d’AurĂ©lie du blog Des livres et moi 7 et d’Anthony du blog les livres de K79

Catalogue Ă©diteur : Michel Lafon

Face au mal qui se propage
et qui a tué sa fille

Pour les millions de victimes passées
et les millions de victimes Ă  venir

Virgil Solal entre en guerre,
seul, contre des géants.

EngagĂ© dans l’humanitaire pendant la guerre en ex-Yougoslavie, puis capitaine de police Ă  la section EnquĂŞte et Recherche de la police judiciaire du 93 pendant dix-huit ans, Olivier Norek est l’auteur de la trilogie du capitaine Coste (Code 93, Territoires et Surtensions) et du bouleversant roman social Entre deux mondes, largement saluĂ©s par la critique, laurĂ©ats de nombreux prix littĂ©raires et traduits dans près de dix pays. 
Avec Surface, il nous entraîne dans une enquête aussi déroutante que dangereuse. Un retour aux sources du polar, brutal, terriblement humain, et un suspense à couper le souffle.

Paru le 22/10/2020 / Prix : 19,95€ / ISBN : 9782749938646

Les Ă©vasions particulières, VĂ©ronique Olmi

Une fresque familiale et sociale de Mai 68 Ă  Mai 1981

Elles sont trois sĹ“urs, Sabine, HĂ©lène, et Mariette. Issues toutes trois d’une famille catholique bien pensante aux revenus modestes. Un père instituteur aux idĂ©es très arrĂŞtĂ©s, voire arriĂ©rĂ©es, sur l’Ă©ducation de ses filles, qui ne doivent pas sortir de ce moule strict que la morale leur impose, et qui va rapidement ĂŞtre dĂ©passĂ©. Une Ă©pouse au foyer qui rĂŞve d’ailleurs, de travailler, de vivre, de respirer enfin, en dehors de sa cuisine et de ses filles.

Sur un peu plus d’une dĂ©cennie, jusqu’Ă  l’élection de François Mitterrand en 1981, l’auteur nous fait revivre dans cette fresque les grands moments de notre histoire contemporaine Ă  travers les aspirations en particulier des femmes de cette famille d’Aix-en Provence. Leurs aspirations, leurs rĂŞves, leurs Ă©checs et le poids de l’Ă©ducation et de la religion sur la vie de chacun.

Les annĂ©es 60/70, ce sont des rĂŞves d’Ă©mancipation pour les aĂ®nĂ©es. Mariette est encore si jeune, elle vit toujours avec les parents, musicienne, rĂŞveuse, sensible, elle sera le socle qui tiendra cette famille qui va se dĂ©liter au fil du temps. Sabine, passionnĂ©e et vive, rĂŞve de monter Ă  la capitale pour y rĂ©ussir une carrière d’actrice, y trouver l’amour et la libertĂ©. HĂ©lène, habituĂ©e Ă  la rĂ©gion parisienne, car Ă©levĂ©e en partie par son oncle et sa tante qui habitent Ă  Neuilly-sur-Seine, va y faire ses Ă©tudes supĂ©rieures, son credo est le bien ĂŞtre animal, oui, dĂ©jĂ … un mĂ©tier qu’elle veut exercer comme un vĂ©ritable sacerdoce.
Et Agnès la mère, avec ses lourds secrets qui l’empoisonnent, s’émancipe en allant travailler  Il n’est pas toujours facile de vivre ses rĂŞves quand votre place est figĂ©e au foyer, Ă©pouse obĂ©issante, mère attentive, femme oubliĂ©e.

Les annĂ©es 60/70, c’est la rĂ©volution de 68, ce sont les cheveux longs, les filles en mini-jupe ou en blue-jeans, les Ă©coles deviennent peu Ă  peu mixtes. La pilule, la contraception et surtout l’avortement sont enfin lĂ©galisĂ©s, mĂŞme si ce n’est pas sans mal, l’homosexualitĂ© cesse enfin d’ĂŞtre une maladie psychiatrique. Les femmes sont autorisĂ©es Ă  travailler et Ă  avoir un compte en banque sans avoir besoin de l’autorisation du mari (si, si ! Ce n’est pas si vieux que ça). Ce sont ces femmes qui luttent pour les autres, Simone Veil, Gisèle Halimi et le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, des luttes et des femmes dont on parle encore aujourd’hui, tant il est Ă©vident que rien n’est dĂ©finitivement acquis. Ce qui est Ă©tonnant aussi, c’est l’ensemble de ces sujets de sociĂ©tĂ© que l’on connaissait dĂ©jĂ  Ă  ce moment-lĂ , et pour lesquels on a l’impression aujourd’hui d’ĂŞtre dans le mur, Ă©cologie, bien-ĂŞtre animal, Ă©mancipation, libertĂ© des filles.

Il y a beaucoup de nostalgie dans ce roman aux accents autobiographiques, de beaux moments aussi, peut-ĂŞtre un peu de longueurs Ă  mon goĂ»t, mais on aime voir ces filles traverser le temps et vivre leur vies, elle sont Ă©mouvantes, dĂ©terminĂ©es, avec leur fĂ©minitĂ© balbutiante, plus ou moins attachantes, mais elles sont le reflet attentif d’une Ă©poque. Et d’ailleurs, qui ne se retrouve pas dans cette traversĂ©e du temps, dans l’une ou l’autre de ces femmes, dans leurs rĂŞves, leurs aspirations…

De VĂ©ronique Olmi, on ne manquera pas de dĂ©couvrir l’excellent roman Bakhita

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Elles sont trois sĹ“urs, nĂ©es dans une famille catholique modeste Ă  Aix-en-Provence. Sabine, l’aĂ®nĂ©e, rĂŞve d’une vie d’artiste Ă  Paris ; HĂ©lène, la cadette, grandit entre son oncle et sa tante, des bourgeois de Neuilly-sur-Seine, et ses parents, des gens simples ; Mariette, la benjamine, apprend les secrets et les silences d’un monde Ă©blouissant et cruel.

En 1970, dans cette société française qui change, où les femmes s’émancipent tandis que les hommes perdent leurs repères, les trois sœurs vont, chacune à sa façon, trouver comment vivre une vie à soi, une vie forte, loin de la morale, de l’éducation ou de la religion de l’enfance.

Cette saga familiale, qui nous entraîne de l’après Mai 68 à la grande nuit du 10 Mai 1981, est tout autant une déambulation tendre et tragique dans ce siècle que la chronique d’une époque où les consciences s’éveillent au bouleversement du monde et annoncent le chaos à venir.

Paru le19 Août 2020 / 140mm x 205mm / 512 pages / EAN13 : 9782226448071 / 21,90€

Amazonia, carnet de voyage

Voyageur immobile ou amoureux du Brésil, ce livre est pour chacun de nous !

« Nous pensons que Yushibu le grand Esprit continuera Ă  protĂ©ger cette forĂŞt et les ĂŞtres qui y vivent, tels que l’eau et les plantes mĂ©dicinales. Et nous pensons que grâce Ă  lui nous pourrons ressusciter de nombreuses vies, de nombreux arbres. Car les arbres ont un esprit au mĂŞme titre que les humains. Ils ont une vie… Et les couper revient Ă  la leur enlever. »

A l’heure oĂą les incendies de forĂŞt, les inondations, les catastrophes climatiques, mais aussi les incendies de la forĂŞt amazonienne font rage partout dans le monde, cet ouvrage est un pavĂ© jetĂ© Ă  nos consciences endormies, pour nous rappeler tout ce qu’il faut encore et toujours protĂ©ger. Rien n’est gagnĂ©, l’Ă©cologie n’est pas seulement un groupe candidat Ă  diverses Ă©lections, ou un mot lancĂ© en l’air pour faire joli dans le paysage germanopratin, l’Ă©cologie est au contraire plus que jamais une dimension Ă  prendre en compte chaque jour, par chacun de nous.

Voyage au pays des indiens Huni Kuin.. Paysages, habitat, cuisine, traditions, artisanat, culture, spiritualité, peintures corporelles traditionnelles à la façon de tatouages, la rencontre avec les indiens natifs charismatiques et pour certains ardents défenseurs de leur propre cause est diverse, émouvante, surprenante aussi parfois.

On y dĂ©couvre tout ce qui fait la vie de ces indiens. Rite initiatique, comme l’usage de teindre ses dents d’un noir brillant pour les fĂŞtes et les rituels chamanisme, mĂ©decine sacrĂ©e et naturelle, connaissance de la forĂŞt qui soigne et de ses plantes mĂ©decine, spiritualitĂ© et croyances animistes sĂ©culaires.

Ce superbe moment de lecture questionne notre relation Ă  la terre, Ă  la forĂŞt, Ă  notre planète. Car si les incendies et la dĂ©forestation, vĂ©ritable gĂ©nocide des indiens et de la faune en place, continuent au rythme auquel nous assistons ces dernières annĂ©es, poussĂ© par un prĂ©sident Bolsonaro climato-sceptique qui laisse faire, non seulement la forĂŞt amazonienne et ses indiens sont en danger, mais la terre dans sa globalitĂ© risque de perdre un Ă©quilibre Ă©cologique indispensable Ă  la survie de l’humanitĂ©.

Un beau livre carnet de voyage par Valérie Aboulker, Stéphanie de Bussierre et Emmanuel Gazeau

Les dessins et les couleurs somptueuses de ValĂ©rie Aboulker, le vert dans toute sa splendeur – y compris sur la tranche du livre et pour sa couverture- montrent bien ce qui attend le lecteur impatient. Ă€ cela se joignent les photos d’Emmanuel Gazeau et les textes de StĂ©phanie de Bussierre, infatigable voyageuse, dĂ©nicheuse d’auteurs aussi passionnĂ©s qu’elle et gardienne elle aussi de cette forĂŞt amazonienne en danger. StĂ©phanie est Ă©galement Ă©ditrice.

Dans cette maison d’Ă©ditions, on ne manquera pas le très beau livre de Simon, carnets de Chine

Catalogue éditeur : Akinomé

Juillet 2018, une dessinatrice, un photographe et une géographe embarquent pour un séjour exceptionnel chez les Indiens Huni Kuin. Et le programme fut dense : peintures corporelles mais aussi marchés d’artisanat ou encore tir à l’arc ou découverte des plantes qui guérissent. Par ailleurs, ce livre rend surtout un hommage appuyé à la Forêt.
En premier lieu, aux pajĂ©s, les savants ceux qui connaissent les traditions et les mĂ©decines ancestrales. Et il rend Ă©galement hommage aux peuples indigènes eux-mĂŞmes qui luttent en tant que « gardiens de la ForĂŞt Â».

Amazonia est le premier Carnet de voyage sur l’ethnie Kaxinawá (ou Huni Kuin). Ces Amérindiens vivent des deux côtés de la frontière, entre Brésil et Pérou. Ainsi, parmi ces villages qui longent les rivières Purus, Tarauacá ou Muru se trouve Igarapé do Caucho. Là où les auteurs ont demeuré auprès des Indiens.

Auteures : Stéphanie de Bussierre, Valérie Aboulker
Photos : Emmanuel Gazeau
ISBN : 979-10-96405-21-3 / Paru le 08/11/2019 / Prix : 32,00€

Loin-Confins, Marie-Sabine Roger

Voyage au pays de la folie et de l’amour filial, un roman Ă©mouvant et poĂ©tique

Tanah connaĂ®t parfaitement le royaume de son père, Agapito 1er, le souverain dĂ©chu de Loin-Confins, et part s’y promener avec lui dès qu’elle rentre de l’Ă©cole.

Tanah a neuf ans, ses six frères sont tous beaucoup plus âgés, de vingt-deux à dix-huit ans, un monde à cet âge, et elle ressent bien peu d’affinités avec ces grands garçons qui ont déserté le foyer depuis longtemps.

Alors chaque jour, c’est avec lui qu’elle part en voyage dans ce domaine intĂ©rieur qui n’appartient qu’Ă  eux. Au grand dam de la mère qui impuissante continue Ă  faire tourner la maison, vaisselle, lits bien faits, linge propre, repas pour tous, pour elle la vie s’Ă©coule triste et monotone. Elle est solaire et bien trop colorĂ©e cette mère si diffĂ©rente qui chaque jour pendant de longues heures au tĂ©lĂ©phone confie son exaspĂ©ration Ă  qui veut bien l’entendre.

Jusqu’au jour oĂą le monde de Tanah s’Ă©croule, aussi violemment que lorsque le père NoĂ«l s’est effacĂ©, quand elle comprend oĂą la mène le voyage inachevĂ© de François Mollet Agapito 1er, en plein cĹ“ur de cet OcĂ©an FrĂ©nĂ©tique, dans cette autre rĂ©alitĂ© qui n’appartient qu’Ă  lui, et accessoirement Ă  elle puisqu’elle a acceptĂ© d’y croire et de l’y accompagner.

Si son frère lui a dit de partir dès qu’elle serait assez grande, si sa mère se plaint chaque jour, si mĂŞme les amis du cafĂ© du coin dĂ©blatèrent sur François le pathĂ©tique, rien pourtant ne l’avait prĂ©parĂ©e Ă  ça. Ă€ la folie du père et Ă  son mal-ĂŞtre qui en font un handicapĂ© Ă  la charge de sa mère, celle qui s’épuise chaque jour Ă  leur faire mener un semblant de vie normale, qui use toute ses rĂ©serves d’amour et se trouve incapable d’en donner Ă  sa fille, de lui montrer un tant soit peu d’attention, cette mère qu’elle abhorre et qu’elle mettra bien du temps Ă  comprendre.

Un Ă©trange roman sur l’amour filial, mais aussi sur le couple, la maladie, sur la relation entre la mère et sa fille, entre le père et sa fille, et sur la fratrie. Roman qui Ă©voque la complexitĂ© des sentiments, notre façon de les monter ou de les cacher. Il est vrai qu’au fil des annĂ©es dans une famille aucun des enfants n’aura vĂ©cu la mĂŞme relation avec ses parents, le temps passe et les vies avancent, changent, les gens Ă©voluent et leur relation Ă  l’autre aussi, forcement. La relation est forte entre le père et sa fille, elle saura perdurer mĂŞme au plus fort de la maladie. Par delĂ  les annĂ©es, un lien indĂ©fectible les unis, car eux seuls connaissent le royaume de Loin-Confins. Jolie façon de parler de la maladie, de la folie, et de la fin de vie. Avec Ă©lĂ©gance et douceur.

Ils sont Ă©tranges ces mondes parallèles. Comme dans Avant la longue flamme rouge, de Guillaume Sire, le hĂ©ros survit au pire grâce Ă  son monde intĂ©rieur, ce royaume prĂ©servĂ© qui n’appartient qu’Ă  lui ou Ă  ceux qui le comprennent et en qui il a entièrement confiance.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Le Rouergue

Il y a longtemps de cela, bien avant d’être la femme libre qu’elle est devenue, Tanah se souvient avoir Ă©tĂ© l’enfant d’un roi, la fille du souverain dĂ©chu et exilĂ© d’un Ă©blouissant archipel, Loin-Confins, dans les immensitĂ©s bleues de l’ocĂ©an FrĂ©nĂ©tique. Et comme tous ceux qui ont une Ă®le en eux, elle est capable de refaire le voyage vers l’annĂ©e de ses neuf ans, lorsque tout bascula, et d’y retrouver son père. Il lui a transmis les semences du rĂŞve mais c’est auprès de lui qu’elle a aussi appris la force destructrice des songes. 
Dans ce beau et grave roman qui joue amoureusement avec les mots et les géographies, Marie-Sabine Roger revient à ce combat perdu qu’on nomme l’enfance et nous raconte l’attachement sans bornes d’une petite fille pour un père qui n’était pas comme les autres.

AoĂ»t 2020 / 208 pages / 18,00 € / ISBN : 978-2-8126-2074-4