La danse de l’eau, Ta-Nehisi Coates

Quand fantastique et Histoire s’entremĂŞlent pour raconter l’histoire de l’esclavage vue par un esclave dans l’AmĂ©rique d’avant la guerre de sĂ©cession

Ta-Nehisi Coates situe son roman vers 1850/1860, Ă  la veille de la guerre de sĂ©cession (1861 Ă  1865) en Virginie. Comme tant d’autres autour d’elle, la plantation de tabac Lockless, qui appartient Ă  Mr Walker est dĂ©clinante, car la terre exploitĂ©e de façon intensive depuis trop d’annĂ©es est dĂ©sormais exsangue. Les petits propriĂ©taires terriens souhaitent maintenir leur train de vie et garder leurs domaines. Mais cela se fait souvent au prix de la vente d’esclaves. C’est ainsi que la mère d’Hiram a Ă©tĂ© vendue Ă  une autre plantation. Mais lui reste Ă  Lockless, car il est aussi le fils du maĂ®tre.

Hiram Walker devient le gardien de son frère. Mais pas de n’importe quel frère. Si Hiram Walker est un esclave fils d’une esclave et du maĂ®tre, son frère Maynard est l’hĂ©ritier de la maison Walker.

Hiram a des dons et en particulier une mĂ©moire photographique prodigieuse. Il lui suffit d’entendre ou de voir une fois, et tout est gravĂ© Ă  jamais dans sa mĂ©moire. ÉduquĂ© avec le fil du maĂ®tre, il devient très vite son gardien et son protecteur. MĂŞme s’il reste Ă  jamais un asservi, alors que Maynard est un distinguĂ©.

Car ici, l’auteur ne parle pas de maĂ®tre ou d’esclaves, de blanc ou de noir, mais de distinguĂ©s, ce sont les plus ou moins riches propriĂ©taires des plantations ; de blancs infĂ©rieurs, ce sont ceux qui supervisent et contrĂ´lent les esclaves pour les blancs supĂ©rieurs ; d’affranchis, ce sont d’anciens esclaves, et enfin d’asservis.

Hiram comprend Ă  l’adolescence qu’il a Ă©galement un pouvoir très particulier, celui de la conduction. C’est la capacitĂ© Ă  se dĂ©placer d’un endroit Ă  l’autre en faisant uniquement appel aux souvenirs. Si les premières annĂ©es ce pouvoir apparaĂ®t lorsqu’il est dans des situations dangereuses ou dramatiques, par la suite il se rend compte qu’il est intiment liĂ© Ă  l’eau, cet Ă©lĂ©ment que domptait dĂ©jĂ  sa mère lorsqu’elle pratiquait La Danse de l’eau.

Hiram doit apprivoiser ce don mystĂ©rieux liĂ© Ă  l’eau : grâce Ă  la Conduction il peut se transporter d’un endroit Ă  un autre. Mais pour que cela fonctionne, il doit se remĂ©morer les souvenirs traumatiques de son enfance et les moments le plus douloureux de son passĂ©, par exemple Ă  chaque fois lui revient le souvenir de sa mère disparue lorsqu’il avait neuf ans, cette mère qu’il voit pratiquer la danse de l’eau.

L’auteur nous propose un roman initiatique d’un genre tout Ă  fait singulier. Un texte hybride entre rĂ©cit initiatique, histoire de l’esclavage traitĂ©e par le point de vue d’un esclave, mais aussi roman qui montre la puissance de la libertĂ© quand elle permet d’Ă©chapper Ă  sa condition.

Ta-Nehisi Coates Ă©voque le mythe des Africains marcheurs sur l’eau, ces esclaves dont on pensait qu’ils avaient sautĂ© des bateaux, ou plus tard s’Ă©taient Ă©chappĂ©s des plantations, pour se transporter par la force de la volontĂ© sains et saufs vers l’Afrique des origines.

De mĂŞme il fait allusion Ă  l’Undergournd railroad, que l’on retrouve dans le roman de Colson Withehead, avec ces hommes et ces femmes blancs ou noirs qui aident Hiram, en Virginie, en Pennsylvanie, oĂą qu’il aille, et lui permettent d’intĂ©grer le rĂ©seau pour en devenir un membre actif.

J’ai retrouvĂ© Ă©galement dans ce texte l’allusion Ă  La fièvre qu’Ă©voquait si bien le roman de SĂ©bastien Spitzer (mĂŞme si lĂ  c’Ă©tait en 1870 Ă  Memphis). Cette fièvre qui dans l’esprit tordu des blancs ne touchait pas les noirs, pauvres noirs qui du coup Ă©taient envoyĂ©s au contact des malades et mourraient par milliers.

Enfin, une part importante est donnĂ©e Ă  la force de la mĂ©moire, celle de Hiram qui est prodigieuse mais dont pourtant certains souvenirs douloureux se sont effacĂ©s, comme pour lui permettre d’avancer malgrĂ© tout ; celle qui lui permet de rĂ©ussir Ă  se dĂ©placer lĂ  oĂą d’autres ne peuvent aller, grâce Ă  la conduction ; celle des esclaves avec leurs pratiques, leur magie et leurs croyances d’origine, cette mĂ©moire d’un peuple qui se transmet par delĂ  le temps et l’espace, avec une grande place laissĂ©e au surnaturel et Ă  la magie.

Un roman singulier, qui m’a perturbĂ©e par moments par ce cĂ´tĂ© fantastique et magique, mais qui aborde des thèmes passionnants avec une humanitĂ© et une maĂ®trise tout Ă  fait intĂ©ressantes.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue Ă©diteur : Audiolib, Fayard

Le jeune Hiram Walker est né dans les fers. Le jour où sa mère a été vendue, Hiram s’est vu voler les souvenirs qu’il avait d’elle. Tout ce qui lui est resté, c’est un pouvoir mystérieux que sa mère lui a laissé en héritage. Des années plus tard, quand Hiram manque se noyer dans une rivière, c’est ce même pouvoir qui lui sauve la vie. Après avoir frôlé la mort, il décide de s’enfuir, loin du seul monde qu’il ait jamais connu.
Ainsi débute un périple plein de surprises, qui va entraîner Hiram de la splendeur décadente des plantations de Virginie aux bastions d’une guérilla acharnée au cœur des grands espaces américains, du cercueil esclavagiste du Sud profond aux mouvements dangereusement idéalistes du Nord.

Ta-Nehisi Coates est l’auteur d’Une colère noire (Autrement, 2016 ; J’ai lu, 2017 ; lauréat du National Book Award 2015) ; Le Grand Combat (Autrement, 2017 ; J’ai lu, 2018) ; et Huit ans au pouvoir : une tragédie américaine (Présence africaine, 2020). Il est également lauréat d’une bourse MacArthur. La Danse de l’eau, son premier roman, a rencontré un grand succès critique et commercial aux États-Unis, et a été traduit dans quatorze langues. Ta-Nehisi Coates vit à New York avec sa femme et son fils.

Fayard : Parution 18/08/2021 Audiolib Parution le 13/04/2022 DurĂ©e : 15h22 lu par Alex Fondja Traduit par Pierre Demarty EAN 9791035408138 Prix 27,50 â‚¬

Ainsi sera-t-il, Sandrine Destombes

Quand la commissaire mène l’enquĂŞte Ă  un rythme d’enfer

La commissaire Max Letellier est sonnĂ©e depuis que son collègue et amoureux Fabio est dans le coma. Tous ses collègues et son supĂ©rieur sont attentifs Ă  son bien-ĂŞtre et souhaitent qu’elle puisse retrouver une forme de sĂ©rĂ©nitĂ© avant de revenir au bureau.

Après quelques jours au vert pour rĂ©cupĂ©rer elle dĂ©cide pourtant de reprendre du service. C’est la seule solution pour ne pas devenir folle, se lancer Ă  corps perdu dans le travail. Elle veut d’abord trouver qui a tirĂ© sur Fabio, le laissant entre la vie et la mort avec une balle dans la tĂŞte, puis consciencieusement mener l’enquĂŞte qu’on lui a confiĂ©e pour comprendre d’oĂą vient et ce qu’il est arrivĂ© Ă  ce jogger qui a eu une crise cardiaque pendant son exercice du mardi.

Les deux enquĂŞtes menĂ©es en parallèle avec ses Ă©quipes nous entraĂ®nent Ă  un rythme fou dans les bas fonds des mafias russes, mais aussi dans le milieu très fermĂ© des traditionalistes catholiques Ă  travers la vie d’une prĂŞtre qui semble-t-il a oubliĂ© depuis longtemps ses vĹ“ux de chastetĂ©.

C’est rythmĂ©, ça pulse et c’est aussi assez rĂ©aliste pour embarquer le lecteur Ă  toute allure sans lui laisser le temps ni de souffler ni de poser son bouquin ! Première lecture de cette autrice que j’ai bien envie de retrouver très vite. 

Catalogue Ă©diteur : Hugo Publishing

Alors que le commandant Fabio Cavalli se trouve entre la vie et la mort, Maxime Tellier et son équipe sont bien décidés à mettre la main sur celui qui a tiré sur leur ami et confrère.
En parallèle, malgrĂ© les pressions du diocèse, ils tentent de mener Ă  bien une enquĂŞte sur le meurtre d’un prĂŞtre qui avait plus d’une pratique Ă  cacher.
Maxime Tellier trouvera tout de mĂŞme le temps de rĂ©pondre Ă  l’appel de dĂ©tresse de ses amis, les Gouvier, installĂ©s en Normandie. Le temps d’un week-end, elle cherchera Ă  rĂ©soudre une affaire non classĂ©e, vieille de quinze ans.
PlongĂ©e au cĹ“ur de ces trois enquĂŞtes, Maxime Tellier n’aura qu’un seul et mĂŞme but : dĂ©couvrir la vĂ©ritĂ©.

Parution 07/10/2021/ ISBN papier : 9782755691818 / prix : 7,50€

Seul pour tuer Hitler, Jean-Baptiste Naudet

Cet homme qui a voulu tuer Hitler, ou quand la narrative non fiction se lit comme un roman

En novembre 1938 un homme seul tente d’assassiner le FĂĽhrer. Ce jeune suisse, ancien sĂ©minariste de 22 ans est prĂŞt Ă  tout pour parvenir Ă  ses fins, au risque d’y laisser la vie.

Pendant ses annĂ©es au sĂ©minaire, Marcel Bauvaud a appartenu Ă  la confrĂ©rie du mystère. C’est une association quasi secrète de jeunes très motivĂ©s pour asseoir le pouvoir et la force du catholicisme. Et les agissement du FĂĽhrer en ces annĂ©es 1936 sont contraires aux prĂ©ceptes de leur religion, il convient donc de l’empĂŞcher d’agir par tous les moyens. Et quel autre moyen serait plus efficace que la mort.

Marcel Bauvaud est un jeune homme intrinsèquement bon qui refuse de faire le mal et veut appliquer Ă  la lettre les commandements, mais dans le cas qui l’intĂ©resse, tuer un futur assassin, est-ce rĂ©ellement une faute ? En tout cas, si c’en est une, il est prĂŞt Ă  l’assumer.

Après avoir quittĂ© le sĂ©minaire, la rigueur et l’ordre ne sont plus ses prioritĂ©s, et sur les injonctions de son amis le dĂ©lirant Marcel Gerbohay qui se prend parfois pour un rescapĂ© du massacre de la famille du Tsar, il dĂ©cide de partir accomplir son destin. Il quitte Neuchâtel et le voilĂ  en Allemagne, de Munich Ă  Berlin, de Baden-Baden Ă  Berchtesgaden, il traque le petit caporal qui foule aux pieds l’Église catholique, l’humanisme, le pacifisme, l’indĂ©pendance de la Suisse.

Son échec sera cuisant, il sera arrêté, torturé puis condamné à mort par la très efficace Gestapo qui protège comme une louve la vie de son führer.

Il faut dire que Hitler a Ă©tĂ© la cible de nombreuses tentatives d’assassinat hĂ©las non abouties. Pourtant celle-ci est longtemps restĂ©e inconnue, le silence qui a Ă©tĂ© fait au moment des faits a longtemps perdurĂ©, y compris en Suisse.

Ă€ partir d’Ă©lĂ©ments d’archives, Jean-Baptiste Naudet construit un rĂ©cit prenant qui restitue le contexte de l’Ă©poque et le destin de Maurice Bavaud. C’est tout Ă  fait passionnant, parfois dur, mais tellement vrai. Une vĂ©ritable leçon Ă  la fois de courage et d’inconscience. Ce rĂ©cit se lit comme un roman, se vit comme un moment d’Histoire. De plus, comment ne pas lui trouver d’Ă©cho dans l’actualitĂ© internationale.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Novice

Un homme seul va tenter de tuer Hitler. Un homme isolé, désintéressé qui, de sa propre initiative, sans rien dire à personne, sans aide aucune, a décidé d’éliminer le Führer. Pendant des semaines, il va traquer le dictateur dans une Allemagne nazie quadrillée par la Gestapo. Inspiré par sa foi catholique, cet ancien séminariste est prêt à tout, y compris à sacrifier sa vie.

172 pages ; 200 x 130 cm ; broché / ISBN 978-2-492301-07-0 / EAN 9782492301070 / 17,90 €

Les tribulations d’un reporter randonneur, rĂ©cits pyrĂ©nĂ©ens, Patrice Teisseire-Dufour

Bien que je n’ai pas encore repris les randonnĂ©es dans les PyrĂ©nĂ©es, car en fait l’Ă©tĂ© et le temps des balades sont encore loin mĂŞme si le temps est incroyablement chaud et beau, je me suis rĂ©galĂ©e Ă  lire ces rĂ©cits.

Alors j’ai embarquĂ© dans les montagnes, les gĂ®tes, les villages. Transhumance, soupe chaude qui refroidit pendant que les bavards Ă©changent sur les bonnes idĂ©es de balades, cabanes et bergers, oiseaux de nuit ou isards, tous sont lĂ .

Ariège, Catalogne, BĂ©arn ou PyrĂ©nĂ©es-Orientales, l’auteur nous emmène partout oĂą ses chaussures de marche l’ont entraĂ®nĂ©, et je pars avec lui dans ces montagnes si belles que j’aurai bien envie de vous y entraĂ®ner Ă  mon tour.

Lorsque j’ai fait une grande balade en passant par Jaca, en Espagne, avec un retour par la Pierre Saint Martin, ce livre m’a accompagnĂ©e.

N’hĂ©sitez pas Ă  vous y plonger avant vos vacances Ă  la montagne, que vous alliez dans les PyrĂ©nĂ©es ou ailleurs. Une lecture qui vous mettra joyeusement du baume au cĹ“ur en attendant de gravir ces montagnes et de dĂ©couvrir tous ces beaux paysages.

Ce que j’ai aimĂ© ? Les courts rĂ©cits de ces Ă©vĂ©nements dĂ©crits avec beaucoup d’humour et de rĂ©alisme, en une ou deux pages, juste ce qu’il faut pour tout dire et nous faire sourire.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Sud-Ouest

Bienvenue en plein périple de l’humour et du hasard, à la découverte de la face cachée du métier de reporter randonneur !

Au-delà de la réussite de l’ascension, de la beauté des paysages, ce qui fait le sel de l’aventure, c’est… l’imprévu, le cocasse, parfois l’erreur ou la poisse… Bref, tout ce qui peut dérailler durant la progression d’un reportage en montagne.

Patrice Teisseire-Dufour s’amuse à dévoiler l’envers du décor, les secrets de son étonnante profession. Les anecdotes sont courtes, prêtes à être contées, et se dégusteront au coin du feu après une bonne randonnée.

17,90 € / Pages 160 / ISBN978-2-8177-0875-1

Double Je, par Joshua Lawrence, Au ThĂ©o théâtre

Parce qu’on a tous en nous quelque chose de Michel Berger

Oh le joli spectacle auquel j’ai assistĂ© hier soir.
Un bel hommage Ă  celui qui a bercĂ© notre jeunesse ou notre adolescence, que ce soit parce que nous l’Ă©coutions ou parce que les parents l’Ă©coutaient en boucle. Enfin perso, c’est moi qui l’Ă©coutait en boucle..

Michel Berger ce sont des textes Ă©mouvants et inoubliables, des mots juste pour dire l’amour triste, l’abandon, la rupture puis la passion amoureuse.
C’est une musique qui nous entraĂ®ne, nous attriste, nous soulage, nous Ă©meut et nous console, nous fait danser et chanter avec lui. C’Ă©tait l’amour passion avec VĂ©ronique Sansom, puis avec France Gall la muse, l’Ă©pouse, la mère de ses deux enfants, la complice sur scène comme dans la vie.
C’Ă©tait l’amitiĂ© indĂ©fectible et le chagrin de la perte avec l’inoubliable Daniel Balavoine, et cette minute de silence que l’on a fait ce soir en pensant Ă  eux trois, Michel, France, Daniel.

Un beau spectacle qui passe Ă  une vitesse folle, pendant lequel on se surprend Ă  fredonner ces airs qui, on s’en rend vite compte, sont tous tellement ancrĂ©s dans nos mĂ©moires. Fredonner, mais pas trop fort car Joshua Lawrence a une bien belle voix et une sacrĂ© prĂ©sence sur scène, et après tout on est surtout venus lĂ  pour l’Ă©couter.
J’ai apprĂ©ciĂ© qu’il nous fasse aussi dĂ©couvrir des chansons moins connues du rĂ©pertoire de Michel Berger, et cette sensibilitĂ© que l’on ressent lorsqu’il Ă©voque cet artiste inoubliable.

Alors on savoure, on dĂ©guste, on voyage dans le temps et dans nos souvenirs, puis on revient enfin, parce qu’il le faut bien, de ce paradis blanc que l’on voudrait ne jamais quitter.

C’est au ThĂ©othéâtre, et ensuite, pour les chanceux, au théâtre le Verbe Fou au Festival Off d’Avignon du 7 au 30 Juillet.
Joshua Lawrence a également écrit deux romans et une pièce de théâtre (Joshua Laffont-Cohen) et produit quelques CD disponibles à la fin du spectacle.

Authentique par ClĂ©mence Baron, théâtre BO Saint Martin

Elle est authentique, parole de Clémence, et de la parole, elle en a et nous en fait profiter avec humour, malice et humanité

La rencontre avec son futur mari, les frères trisomiques tellement attachants, drĂ´les, dĂ©routants, mais qui apportent tant Ă  leurs familles, la rĂ©action des parents, des deux cĂ´tĂ©s d’ailleurs, pas facile d’accepter les mariages mixtes qu’elle que soit la famille Ă  laquelle on appartient.

Le mariage, le confinement avec les beaux-frères. Commencer sa vie Ă  deux Ă  quatre, ce n’est dĂ©cidĂ©ment pas simple pour se retrouver, se connaĂ®tre, s’aimer.
Et pourtant que d’humour, de drĂ´lerie, d’affection profondes pour son mari, sa famille, ses frères. MalgrĂ© les bagarres, les voix qui tonnent, les exaspĂ©rations ou les silences, ici les disputes se vĂŞtent de chaleur, de finesse, de sensibilitĂ©.

ClĂ©mence baron tient la scène pendant plus d’une heure et son public se rĂ©gale Ă  l’Ă©couter, vibre Ă  ses excès, ses vĂ©ritĂ©s, son humour dĂ©calĂ© et sa profonde humanitĂ©.

C’est au théâtre BO 19 bd Saint Martin Paris mĂ©tro RĂ©publique
Les mercredis jusqu’au 29 juin Ă  19h30
Puis au Sham’s Théâtre – Avignon Ă  13h au Festival OFF d’Avignon.

La chair de sa chair, Claire Favan

Rencontrer l’autrice et dĂ©couvrir ce roman, noir et addictif

Moira fait de son mieux, mais Moira est Ă©puisĂ©e par ses quatre boulots et ses trois enfants, difficile de tenir la tĂŞte hors de l’eau quand la petite dernière est gravement malade, que l’assurance ne paye pas les soins, que le père s’est suicidĂ© et que l’ex mari est en tĂ´le. Pourtant avec courage et tĂ©nacitĂ© elle essaie de contrer le zèle dĂ©lĂ©tère des agents des services sociaux pour garder ses enfants auprès d’elle.

Fort heureusement il y a Peter, l’aĂ®nĂ© du premier lit, qui s’occupe au delĂ  du raisonnable de la fratrie pendant l’absence, la fatigue et les manques de sa mère. Jusqu’Ă  ce moment de non retour oĂą le drame arrive, le dĂ©cès de Wendy, la petite sĹ“ur atteinte de mucoviscidose. Non pas tuĂ©e par sa maladie, mais par Nigel, son frère.

Nigel que Moria rejette sans espoir de compassion ou d’Ă©coute, Nigel enfermĂ© en hĂ´pital psychiatrique afin d’Ă©valuer son taux de responsabilitĂ©, Nigel prostrĂ©, atteint par l’horreur de son acte et la comprĂ©hension de sa pleine responsabilitĂ©. Un mĂ©decin, le docteur Bruce Thomas, va s’intĂ©resser Ă  son cas et tenter de tisser un lien pour faire sortir Nigel de son silence. Mais y parvenir s’avère plus complexe que prĂ©vu.

L’autrice nous entraĂ®ne vers les mĂ©andres tordus de la passion familiale, la possession, l’exclusivitĂ© que peut ressentir un enfant pour sa mère. Elle tisse peu Ă  peu une toile dans laquelle Moira s’englue sans aucun espoir de se sauver, paralysĂ©e et aveugle. Et la lectrice que je suis ne peut que souffrir avec chacun des membres de cette famille face Ă  tant de silence, d’incomprĂ©hension, de manipulation et de soumission. Tout en ayant envie de faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©. D’ouvrir les yeux, de donner un peu d’espoir, de bonheur Ă  cette femme prisonnière de l’amour exclusif qu’elle partage avec ses enfants.

L’autrice a situĂ© son intrigue aux États-Unis, nous permettant de dĂ©couvrir avec stupeur le système carcĂ©ral amĂ©ricain et son implication Ă  l’encontre des enfants criminels. Amis lecteurs, si vous n’ĂŞtes pas dans une pĂ©riode favorable, prière de s’abstenir de lire, car la lumière n’est pas au bout du chemin et votre moral peut s’en ressentir. Et pourtant, ce roman noir est totalement addictif.

Catalogue Ă©diteur : Pocket

Moira O’Donnell, derrière le feu des boucles rousses et l’énergie inépuisable, est une femme qui lutte pour garder la tête hors de l’eau. Ce sont trois gamins livrés à eux-mêmes et autant de boulots cumulés pour les nourrir. Ce sont des pères absents : le premier est incarcéré pour longtemps, croit-elle, et le second s’est suicidé. C’est la solitude d’une mère de famille dure au mal qui se bat, tombe et renaît. Pour ses enfants. Et avec eux. Chaque semaine, elle achète un ticket de loterie en rêvant à une vie meilleure. Mais les services sociaux ont d’autres projets pour elle…

NĂ©e Ă  Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et Ă©crit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catĂ©gorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clĂ´t ce diptyque dĂ©sormais culte centrĂ© sur le tueur en sĂ©rie Will Edwards. Après les succès remarquĂ©s d’ApnĂ©e noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marquĂ© les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, Dompteur d’anges, Inexorable, et Les Cicatrices. La Chair de sa chair est son 9e roman et a reçu Le Prix Polar « Les Petits Mots des Libraires ».

Prix 7.95 € / EAN : 9782266322423 / Nombre de pages : 408 / Date de parution : 14/04/2022

Jour bleu, AurĂ©lia Ringard

Un roman de dĂ©part et d’attente, un roman d’amour et d’espoir

Assise au restaurant Le Tain Bleu gare de Lyon, elle attend. Elle attend un homme qu’elle n’a vu qu’une fois, et n’a pas revu depuis trois mois. Sera-t-il lĂ  ? Lui est artiste peintre, rencontrĂ© lors d’un vernissage. Elle est mĂ©decin mais veut changer de vie.

Elle est toute entière portĂ©e par cette attente. Elle est venue quelques heures en avance, sereine mais impatiente. Ici, tout lui rappelle l’enfance et l’adolescence, les souvenirs de dĂ©part et d’arrivĂ©e, d’un père et d’une mère divorcĂ©s que frère et sĹ“ur allaient retrouver le temps d’un week-end ou pour les vacances. Elle est jeune et pourtant c’est sa vie qui dĂ©file au contact de cette multitude qui se croise, s’Ă©vite, se quitte, se retrouve, s’embrasse ou pleure, se bagarre ou s’enlace, ces vies multiples que l’on rencontre sans les voir dans toutes les gares du monde.

Bien sĂ»r, il y a aussi le serveur sĂ©duit, le numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone griffonnĂ© sur l’addition, les regards, mais aussi les voyageurs assis près d’elle, leurs instants de vie qu’elle partage sans y ĂŞtre invitĂ©e. Bien sĂ»r les dĂ©chirures, les exaspĂ©rations, les Ă©lans, les dĂ©parts, dĂ©finitifs, la solitude, les quais de gare, les regards, les pleurs, les rires, les chagrins.

Elle attend et elle sait dĂ©jĂ  que sa vie est Ă  une charnière, qu’il n’y aura pas de retour en arrière et que demain sera autre, diffĂ©rent, inconnu mais comme elle le souhaite, Ă  deux sans doute, heureux peut-ĂŞtre. Ce retour vers l’enfance, vers les rĂŞves qui ne se sont pas rĂ©alisĂ©s et tous ceux qui pourraient ĂŞtre, vers la vie passĂ©e, est aussi un nouveau dĂ©part vers l’inconnu, vers celui qui doit arriver, celui qui sera lĂ  et qu’elle espère.

Le roman alterne les chapitres, tantĂ´t Ă  la première personne lorsqu’il revient au temps de l’attente, au temps prĂ©sent, tantĂ´t Ă  la troisième personne, comme pour donner une distance Ă  la rencontre, au passĂ©, aux souvenirs, mĂŞme si Ă  chaque fois c’est de cette jeune femme qu’il nous parle. Une lecture agrĂ©able, et un personnage attachant. Et avouons-le, qui n’a pas essayĂ© un jour dans une gare d’inventer les vies de ces hommes et de ces femmes qui passent, se croisent, se quittent, s’aiment.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Frison-Roche Belles Lettres

Une femme a rendez-vous avec un homme en gare de Lyon. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Cela fait trois mois qu’ils se sont rencontrés. Trois mois au cours desquels ils ne se sont pas vus. Elle a décidé de venir très en avance, de prendre ce temps de l’attente, assise au café. Le hall de la gare revêt l’allure d’une salle de spectacle, d’une pièce de théâtre où chaque personnage qu’elle croise la renvoie à ses propres souvenirs, aux moments clefs de la trajectoire qui l’a menée jusqu’ici et qui a façonné le décor de sa vie. Dans ce premier roman, Aurélia Ringard décrit avec minutie une poignée d’heures de la vie d’une femme, dans un huis clos magistral, époustouflant de maîtrise et de mélancolie.

Née en Bretagne, à Guingamp, Aurélia Ringard a d’abord vécu à Washington, aux États-Unis, et à Paris avant de s’installer à Nantes. Diplômée en pharmacie, elle se consacre aujourd’hui à sa passion pour les mots et la littérature. Elle anime des ateliers d’écriture et participe à l’organisation d’événements pour la promotion de la lecture. Suite à sa participation à un concours organisé par l’école d’écriture Les Mots, ce texte reçoit le coup de cœur du jury. Aurélia signe ici son premier roman.

Collection : Ex Nihilo / parution : 01/06/2021 / pages : 164 / EAN : 9782492536106 / Prix : 17.00 €

Des matins heureux, Sophie Tal Men

VoilĂ  un roman qui donne le moral !

A Montparnasse, du cĂ´tĂ© de la gare parisienne bien connue des bretons, Marie vient de dĂ©barquer pour quelques mois. La jeune femme vient de rĂ©ussir ses Ă©tudes de mĂ©decine Ă  Brest, mais souhaite passer quelques mois dans un service de gynĂ©cologie parisien pour se perfectionner et apprendre auprès d’une spĂ©cialiste reconnue. Elle logera provisoirement dans le studio que lui prĂŞte une amie, au dessus de la pâtisserie d’un de ses amis.

Dans cette mĂŞme gare, Elsa erre au milieu de la foule, et passe ses soirĂ©e dans un bus de nuit pour Ă©viter les agressions inĂ©vitable lorsque l’on n’a plus rien et que l’on est Ă  la rue. Cette jeune femme de dix-neuf ans arrive de sa province. Elle a fui les avances et l’agression d’un patron tout puissant. RestĂ©e seule lorsque sa seule amie s’est mise en couple, n’ayant personne vers qui se retourner, c’est la rue qui est aujourd’hui son seul refuge.

Guillaume est un taiseux. Ce barman solitaire doit digĂ©rer le dĂ©part de son amie. Virginie l’a quittĂ© Ă  la suite d’une grave accident et il semble bien que Guillaume y soit pour quelque chose. Mais pour se dĂ©barrasser de ses casseroles il dĂ©cide de bazarder tout ce que Virginie avait installĂ© dans leur appartement sur leboncoin.

C’est Ă  cette occasion qu’il croise la route de Marie. Marie la buveuse de whisky, la rigolote, la solitaire qui l’impressionne et l’intrigue tout autant. Marie qui croise la route d’Elsa et cherche Ă  comprendre pourquoi et comment elle en est arrivĂ© lĂ .

Ces trois lĂ  ne devaient pas se rencontrer et pourtant ils avaient tout Ă  vivre ensemble. Dans le triangle formĂ© par les rues qui bordent leur quartier Il s’en passe des choses Ă  la fois ordinaires et si peu ordinaires. Les silences, les douleurs, l’absence et la solitude, le manque et le chagrin, l’amitiĂ© et la confiance, ils devront tout apprendre, tout donner, accepter aussi de tout recevoir.

Un roman qui se lit d’une traite, une respiration, un vrai moment de bonheur simple. Et pourtant une intrigue qui prĂ©sente des personnages aux caractères bien trempĂ©s, des personnalitĂ©s fortes superbement prĂ©sentĂ©es par l’autrice qui sait dĂ©crypter les sentiments, les silences, les peurs, l’abandon, comme sait le faire un mĂ©decin pas seulement des corps mais aussi des âmes. Je me suis rĂ©galĂ©e avec cette lecture optimiste et positive.

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Dans le quartier du Montparnasse à Paris, Elsa, Marie et Guillaume se croisent sans le savoir. Si le jour, leur quotidien les éloigne, le soir, tous trois affrontent une même peur de la nuit. 

Elsa se réfugie dans le bus pour éviter la violence de la rue, Marie, qui vient de quitter Brest, multiplie les gardes à l’hôpital pour combler son vide sentimental, et Guillaume retarde la fermeture de son bar afin de fuir la solitude. 

C’est au détour d’un Lavomatic, d’un irish pub ou par le biais d’une annonce sur Leboncoin qu’ils finiront par se trouver. Mais parviendront-ils, ensemble, à aller jusqu’au bout de leur nuit ? À se reconstruire ?

Date de parution 01 avril 2022 / 19,90 € / 304 pages / EAN : 9782226470218

Mise Ă  feu, Clara YsĂ©

Entrer dans l’univers magique de Nine et de Gaspard

Nine nous raconte sa vie d’enfant et d’adolescente marquée par un tournant dramatique, l’incendie de sa maison. Elle est recueillie avec son frère Gaspard par un oncle effrayant, Le Lord. Elle parvient à survivre loin d’une mère singulière et attachante que tous surnomment L’Amazone grâce à la protection de Gaspard, la présence de Nouchka sa pie apprivoisée et les courriers de sa mère qu’ils reçoivent tous les mois.

Ce roman de Clara Ysé hésite entre drame poétique et ode à la jeunesse et à l’amitié. Les affres de l’adolescence de Nine y sont particulièrement bien traités et la chute bien qu’attendue n’en est pas moins très émouvante. Les larmes de l’auditeur seront à la mesure de l’attachement au personnage de Nine.
Le malaise de l’auditeur, s’il doit y en avoir un, vient quant Ă  lui de la difficultĂ© Ă  faire la part entre poĂ©sie, rĂ©alisme et surrĂ©alisme, ce qui donne le sentiment d’une Ĺ“uvre « diffractĂ©e » pour reprendre un mot que l’autrice semble apprĂ©cier. Il peut donc ĂŞtre malaisĂ© d’y trouver son bonheur

Pour l’avoir dĂ©jĂ  lu Ă  sa sortie, j’ai trouvĂ© la lecture par l’autrice très agrĂ©able. Mais elle n’apportait rien de plus Ă  ce roman qui reste très attachant.

Retrouvez ma précédente chronique ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue Ă©diteur : Audiolib, Grasset

Nine et Gaspard vivent dans la maison de leur mère, l’Amazone. Nouchka, leur pie, veille sur le trio. La nuit du réveillon, un incendie ravage le paradis de l’enfance. Le lendemain, le frère et la sœur se réveillent seuls chez leur oncle, l’inquiétant Lord.
Ils reçoivent tous les mois une lettre de l’Amazone qui leur dit préparer dans le Sud la nouvelle demeure qui les réunira bientôt.
Quel pacte d’amour et de rêve vont-ils nouer pour conjurer l’absence ?

Parution : 16/02/2022DurĂ©e : 3h33 / EAN 9791035407605 / Prix du format cd 19,90 â‚¬ / EAN numĂ©rique 9791035407766 Prix du format numĂ©rique 17,95 â‚¬