La chaleur, Victor Jestin

Dans l’univers pas si clos d’un camping, dans La chaleur d’un soir d’étĂ©, un jeune homme Ă©tranger Ă  son adolescence, s’interroge


LĂ©onard n’est pas un jeune homme comme les autres, du moins en est-il persuadĂ©. Rien ne lui plait dans ces vacances qu’il passe en famille dans un camping trois Ă©toiles landais. Il souffre de la chaleur Ă©crasante qui pourtant ravit les autres vacanciers. Quand les autres jeunes gens profitent de la plage et de leurs envies adolescentes, draguer, boire, danser, lui reste en marge. Jusqu’au soir oĂč, quittant la fĂȘte qui bat son plein il croise Oscar, et ne rĂ©agit pas lorsqu’il voit que celui-ci est en trĂšs mauvaise situation.

Jalousie envers ce garçon plus Ă  l’aise que lui, certainement plus beau, qui a embrassĂ© une fille, indiffĂ©rence, stupĂ©faction ? Il ne s’explique ni sa sidĂ©ration, ni les gestes qu’il enchaine alors.

Pendant les heures qui vont suivre, tout juste 24 heures, comme dans une tragĂ©die antique, LĂ©onard va analyser sa vie, ses rĂ©actions, ses sentiments ou son absence de sentiments, et comme dans un rĂȘve Ă©veillĂ©, il va revivre cet instant de bascule et tenter de comprendre le pourquoi de ses actes.

J’ai eu un peu de mal Ă  le comprendre, Ă  m’y attacher, Ă  ce jeune homme plein de contradictions, et qui s’avĂšre au final tellement « normal Â» lorsqu’il rentre d’une certaine façon dans le droit chemin. Roman qui bouscule, qui interroge sur l’adolescence et ses contradictions, sur le mal-ĂȘtre si difficile Ă  vivre, mais aussi Ă  dĂ©celer. Comment aider, comment agir, et faut-il le faire. Ici, les parents dĂ©munis tentent de comprendre un fils qu’ils voient s’éloigner sans savoir pourquoi, sans comprendre les rĂ©actions adolescentes, violentes parfois, sournoises souvent, l’éveil Ă  l’amour ou au sexe. Oser ĂȘtre, faire, dire, n’est pas toujours une Ă©vidence quand on a dix-sept ans.

La chaleur est un premier roman qui accroche son lecteur et Victor Jestin un trĂšs jeune auteur qui Ă©veille ma curiositĂ©. J’aime par dessus tout sa maitrise d’une Ă©criture sans fioriture qui va Ă  l’essentiel en quelques pages. À suivre donc !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

 Â« Oscar est mort parce que je l’ai regardĂ© mourir, sans bouger. Il est mort Ă©tranglĂ© par les cordes d’une balançoire. » Ainsi commence ce court et intense roman qui nous raconte la derniĂšre journĂ©e que passe LĂ©onard, 17 ans, dans un camping des Landes Ă©crasĂ© de soleil. Cet acte irrĂ©parable, il ne
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Paru le 28/08/2019 / 144 pages – 138 x 209 mm / EAN : 9782081478961 / ISBN : 9782081478961

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Les dieux du tango, Carolina de Robertis

« Les dieux du tango », ou l’histoire d’un destin bouleversĂ© sur fond de musique argentine !

couverture du roman de Carolina de Robertis, les dieux du tango Ă©ditions Le Livre de Poche, photo Domi C Lire

Depuis le petit village d’Alazzano en Italie jusqu’à Buenos Aire en Argentine, Leda part Ă  la rencontre de son cousin Dante, son Ă©poux par procuration. A son arrivĂ© Ă  Buenos Aires, Dante n’est pas sur le quai pour l’attendre. Son Ă©poux a disparu, et Leda suit son ami Arthuro jusqu’au conventillo, ces immeubles oĂč habitent les familles des Ă©migrĂ©s. Que faire alors, rentrer au pays, trouver un autre mari ?

Lors de son dĂ©part, son pĂšre lui a confiĂ© un violon qui est dans la famille depuis plusieurs gĂ©nĂ©rations, ce violon que les femmes n’ont pas le droit d’utiliser, mais qui l’attire inexorablement. Et si prendre l’apparence d’un homme Ă©tait la solution, si pour s’affranchir de tous ces carcans il fallait revĂȘtir les habits de Dante ?
VoilĂ  le lecteur immergĂ© dans la vie de Leda la passionnĂ©e vite emportĂ©e par la musique dans ce monde parallĂšle des musiciens de cabarets et surtout vers les prĂ©mices de cette musique emblĂ©matique qu’est le tango argentin. De plus, si le tango est la musique de la sensualitĂ© par excellence, sous ses habits masculins et le poids de sa grande solitude, l’éveil de Leda Ă  sa propre sensualitĂ© va l’orienter vers les personnes de son sexe, dĂ©sirs inavouables mais bien rĂ©els


Tout en abordant avec justesse et rĂ©alisme ces vagues d’Ă©migration qui ont peuplĂ© les AmĂ©riques des annĂ©es 1900, en particulier pendant l’entre deux guerre, il y a sous-jacent Ă  cette aventure musicale, un rappel indispensable sur la condition des femmes. Étonnant tĂ©moignage d’une rĂ©alitĂ© de cette Ă©poque. Tant pour leur difficultĂ© Ă  vivre au milieu de la sociĂ©tĂ©, elles qui sont souvent recluses entre femmes dans les conventillos, Ă  travailler, Ă  vivre seule dans une sociĂ©tĂ© largement patriarcale.

VoilĂ  donc une belle Ă©vocation de cette Ă©poque, de la condition fĂ©minine, des affres de l’émigration, mais aussi de la passion dĂ©vorante pour une musique emblĂ©matique devenue aujourd’hui intemporelle.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

FĂ©vrier 1913. Leda a dix-sept ans. Elle quitte son village italien pour rejoindre en Argentine son cousin Dante, qu’elle vient d’épouser. Dans ses maigres bagages, le prĂ©cieux violon de son pĂšre. Mais Ă  son arrivĂ©e, Dante est mort. Buenos Aires n’est pas un lieu pour une jeune femme seule, de surcroĂźt veuve et sans ressources : elle doit rentrer en Italie. Pourtant, l’envie de dĂ©couvrir ce nouveau monde et la musique qui fait bouillonner les quartiers chauds de la ville la retient. PassionnĂ©e par ce violon interdit aux femmes, Leda dĂ©cide de prendre son destin en main. DĂ©guisĂ©e en homme, elle s’immerge dans le monde de la nuit, le monde du tango. Elle s’engage tout entiĂšre dans un voyage qui la mĂšnera au bout de sa condition de femme, de son art, de la passion sous toutes ses formes, de son histoire meurtrie. Un voyage au bout d’elle-mĂȘme.

Editeur d’origine : Le Cherche Midi / 512 pages / Date de parution : 29/05/2019 / EAN : 9782253071228

Braves gens du Purgatoire, Pierre Pelot

Le bonheur de dĂ©couvrir Pierre Pelot, auteur emblĂ©matique de ses Vosges natales et des paysages qu’il connait bien, avec « Braves gens du Purgatoire » ce roman qu’il prĂ©sente comme son dernier.

couverture du roman braves gens du purgatoire de patrick pelot photo Domi C Lire

A Purgatoire, un petit village des Vosges, Maxime Bansher a assassinĂ© sa compagne puis s’est pendu. Meurtre et suicide, c’est la thĂšse des gendarmes. Pourtant  si tout parait Ă©vident, ni sa petite fille Lorena, ni les relations proches ou Ă©loignĂ©es du couple, ne sont convaincues. Alors en partant de l’origine des familles, ces deux amĂ©ricains tout droit dĂ©barquĂ©s de la troupe de Buffalo Bill en 1889, Ă  leurs descendants pendant la rĂ©sistance, puis Ă  aujourd’hui, chacun cherche un mobile. Peu Ă  peu, les relations, les sentiments se dĂ©voilent, noirceurs, secrets, vengeances dessinent peu Ă  peu les contours nausĂ©abonds  des relations entre les principaux protagonistes.

Lire un roman de Pierre Pelot, ça se mĂ©rite ! Il y a la force, la minutie et surtout la poĂ©sie de l’écriture, qui malgrĂ© des airs surannĂ©s est rĂ©solument actuelle. Chaque mot compte, chaque paragraphe amĂšne le lecteur vers un Ă©vĂšnement significatif, chaque digression l’entraine au loin, l’obligeant parfois Ă  revenir en arriĂšre. Pour bien savourer, il faut se poser et se laisser imprĂ©gner par les nuances, les Ă©motions qui transpirent de chaque phrase, chaque personnage. C’est dense, comme ancrĂ© dans la terre de ces rĂ©gions chĂšres Ă  l’auteur, profondĂ©ment humain et en mĂȘme temps terriblement attachant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Que s’est-il passĂ© cette nuit-lĂ  Ă  Purgatoire ? Dans ce petit village nichĂ© Ă  la croisĂ©e des sommets vosgiens, les habitants s’interrogent et la rumeur enfle. Maxime aurait assassinĂ© sa femme avant de se suicider. Mais Lorena, leur petite-fille, n’y croit pas un instant et entend bien le prouver. AuprĂšs de Simon, dĂ©positaire de la mĂ©moire des lieux, elle espĂšre lever le voile sur l’histoire de la famille Bansher et les sombres secrets qui hantent leur vallĂ©e depuis prĂšs de cent ans.
Braves gens du Purgatoire nous embarque sur les sentiers sinueux d’une enquĂȘte envoĂ»tante, oĂč le lecteur dĂ©couvre le portrait brut de ceux dont ne nous parviennent que de lointains Ă©chos. Ultime roman de Pierre Pelot, on se laisse traverser, Ă©garer et bousculer par son Ă©criture charnelle, vibrante et profondĂ©ment humaine.

512 pages / 22€ / Paru le 10 janvier 2019 / ISBN : 978-2-35087-484-5 / Image de couverture © Pierre Pelot

La photographe, Diane ChĂąteau Alaberdina

Diane ChĂąteau Alaberdina aborde avec son premier roman « La photographe Â» toute la complexitĂ© de l’image reçue et de celle que l’on projette, comme un miroir de l’ñme.

Lud vivait Ă  Saint-PĂ©tersbourg jusqu’au jour oĂč ses parents ont dĂ©cidĂ© d’émigrer en France. A Paris, L’Archipel cafĂ© est le point de rencontre de la diaspora slave autour d’Agafonova, une Ă©crivaine Ă©nigmatique et emblĂ©matique de ce passĂ© Russe parfois idĂ©alisĂ©, et de sa fille Taisiya.

Les annĂ©es passent, chacun prend des chemins diffĂ©rents. Un jour, Lud croise par hasard Agafonova puis revoit sa fille Taisiya. Celle-ci lui demande de la photographier nue avec son mari. Il faut dire que Lud, comme son pĂšre avant elle, est passionnĂ©e de photographie. Les diffĂ©rentes Ă©tapes qui rĂ©vĂšlent la photo dans la chambre noire exercent une attraction irrĂ©sistible sur l’enfant puis la jeune femme. Elle sait capturer comme personne l’ñme de la nature qui l’entoure, mais aussi celle des gens qu’elle croise ou qui acceptent de prendre la pose devant son objectif.

Il n’est pas aisĂ© de saisir l’image qui va le mieux caractĂ©riser un sujet mais Lud est de celles qui savent, comme elle sait saisir les trĂ©fonds de l’ñme de l’énigmatique Taisiya. Une valse ambiguĂ« et empreinte de nostalgie commence alors entre elles. A travers ces corps abandonnĂ©s Ă  son objectif, Lud entrevoit le temps qui passe, la vie, ses alĂ©as. Sur fond de souvenirs d’un pays peut-ĂȘtre idĂ©alisĂ© Ă  travers ces deux femmes, mĂšre et fille, qui exercent un pouvoir d’attraction Ă©vident, Lud va vivre des Ă©motions intenses.

L’écriture est Ă  la fois poĂ©tique et maitrisĂ©e.  A travers un certain flou Ă  la David Hamilton, tant sur les sentiments entre les diffĂ©rents personnages – amour, jalousie, sĂ©duction – que sur certaines scĂšnes, l’auteur laisse toute la place Ă  l’imagination des lecteurs qui s’empreignent de ces relations complexes entre les femmes, avec le frĂšre, avec le pays d’origine.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

«Elle Ă©tait grande. Elle donnait cette impression d’ĂȘtre Ă©tirĂ©e, son visage majestueusement ancrĂ© sur son cou. Elle me faisait penser Ă  ces femmes russes que l’on trouve dans les magazines Ă  deux euros dans les kiosques. Pendant un instant, j’ai eu envie de prendre sa place.
De savoir ce que cela faisait d’ĂȘtre une autre femme, avec cette voix monotone et ces yeux d’une incomparable tristesse.»
Lud a grandi dans l’admiration d’Agafonova, Ă©crivaine autour de laquelle gravitait toute la diaspora slave de l’Archipel CafĂ©, et de sa fille Taisiya. Lorsqu’elles se retrouvent Ă  l’ñge adulte et que Taisiya devient son modĂšle, un jeu ambigu se met en place entre la photographe et cette femme qui, en s’offrant nue devant son appareil, dĂ©voile sa fragilitĂ© et ses fĂȘlures.

160 pages, 140 x 205 mm  / AchevĂ© d’imprimer : 01-02-2019  / ISBN : 9782072830624 / Parution : 07-03-2019

Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Avec un point de vue singulier, Laurent Sagalovitsch explore la profondeur de l’ñme humaine à travers les horreurs de la seconde guerre mondiale. Le temps des orphelins, un roman qui interroge sur la foi en l’homme comme en Dieu.

Photo Domi C Lire couverture du roman le temps des orphelins Laurent Sagalovitsch

Le narrateur est Daniel, un jeune rabbin qui malgrĂ© son mariage rĂ©cent avec Ethel s’est engagĂ© comme aumĂŽnier dans l’armĂ©e amĂ©ricaine. Il souhaite aider les soldats et tenter d’apporter un peu de sa foi sur les champs de bataille. DĂ©barquĂ© en France, il tente d’aider les soldats, mĂȘme s’il fait plus souvent qu’il ne l’avait seulement imaginĂ©  la priĂšre des morts pour tous ces jeunes gens tombĂ©s en Normandie.

Puis au sien de l’armĂ©e de libĂ©ration, son chemin l’emmĂšne jusqu’à l’indicible, du camp d’Ohrdruf Ă  Weimar puis Ă  Buchenwald. LĂ  il dĂ©couvre la rĂ©alitĂ© des camps de concentration et ces survivants qui n’en finissent pas de mourir. Avec les autres militaires, il entrevoit, en mĂȘme temps que son esprit le rejette, l’absolue souffrance, le mal inexprimable.

A son dĂ©part pour Buchenwald, il prend avec lui un enfant juif totalement dĂ©charnĂ© et mutique qu’il tentera d’aider Ă  tout prix. La main de cet enfant dans la sienne lui insufflera cet Ă©lan d’humanitĂ© qu’il a peur de perdre au milieu de tant d’horreurs inacceptables. Et de se demander : mais oĂč est passĂ© Dieu ! Car comment continuer Ă  croire en un Dieu omnipotent et aimant lorsque l’on est tĂ©moin de cette barbarie, comment conserver la foi, voilĂ  bien la grande question posĂ©e par Daniel et par l’auteur.

Toute l’horreur des camps est contrebalancĂ©e par les lettres d’Ethel, qui espĂšre, attend son mari et lui parle d’un quotidien bien banal. Comme sans doute de nombreux civils aux États-Unis ou ailleurs, elle ne peut Ă  aucun moment imaginer ce que son mari dĂ©couvre, ce que les soldats de l’armĂ©e de libĂ©ration ont eu Ă  affronter, les regards de ces hommes, ces femmes et ces enfants qui les ont hantĂ©s sans doute pendant toute leur vie.

Cela devient presque une habitude, mais Laurent Sagalovitsch Ă©crit l’un aprĂšs l’autre des romans sur l’holocauste. Ici il interroge sur le silence de Dieu, car comment et pourquoi avoir laissĂ© perpĂ©trer un tel massacre. Comment, s’il existe, laisse-t-il les hommes propager le mal et infliger tant d’horreurs Ă  leur contemporains. Que croire, et comment croire face Ă  l’horreur absolue ?

Retrouvez également ma chronique de son précédent roman Vera Kaplan.

Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’AmĂ©rique, s’est engagĂ© auprĂšs des troupes alliĂ©es pour libĂ©rer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers Ă  entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et Ă  y dĂ©couvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait Ă©tĂ© sans retour s’il n’avait croisĂ© le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstinĂ©, celui qui l’aidera Ă  retrouver ses parents.
Quand un homme de foi, confrontĂ© au vertige du silence de Dieu, est ramenĂ© parmi les vivants par un petit ĂȘtre aux yeux trop grands.

Laurent Sagalovitsch est né en 1967.

Date de parution : 15/08/2019 / Format : 14 x 18 cm, 224 p./ 16,00 € / ISBN 9782283033234

Une annĂ©e folle, Sylvie Yvert

Deux hommes embarquĂ©s dans les tourments de l’Histoire, deux souverains qui se disputent le pouvoir, deux Ă©pouses extraordinaires
 Vous venez, on part dĂ©couvrir cette annĂ©e folle si bien racontĂ©e par Sylvie Yvert !

Waterloo, qui n’est pas seulement une gare britannique, mais aussi les cent-jours et le retour de NapolĂ©on puis de Louis XVIII, la plupart d’entre nous connaissons, ou du moins en avons-nous quelques souvenirs de lointains cours d’Histoire ou diffĂ©rentes lectures. Mais avec Une annĂ©e folle, Sylvie Yvert nous dit tout sur ces bouleversements qu’a connu la France en 1815, quand Ă  partir de fin fĂ©vrier NapolĂ©on Ier traverse la France en quelques semaines et revient Ă  Paris aprĂšs son exil Ă  l’üle d’Elbe.

Avec une exceptionnelle rigueur des faits et des Ă©vĂ©nements, l’auteur rĂ©ussit l’exploit de nous offrir un rĂ©cit historique Ă  la fois Ă©rudit, foisonnant, et surtout romanesque Ă  souhait avec ces deux personnages principaux que sont, non pas NapolĂ©on et Louis XVIII, mais le sage Antoine et le jeune et beau Charles. Car voici le rĂ©cit tragique et drĂŽle Ă  la fois de la vie incroyable de ces deux hommes, mais aussi de leurs deux Ă©pouses hors du commun.

Ce que j’ai aimĂ© ? DĂ©couvrir ces personnages dĂ©calĂ©s dont nous n’avions sans doute jamais entendu parler, dans cet exposĂ© plus que significatif des incohĂ©rences de l’Histoire. Comment deux hommes tous deux proches de NapolĂ©on, fidĂšles Ă  leurs opinions, soucieux de leurs mĂ©tiers, dans l’armĂ©e pour l’un, aux Postes pour l’autre, mais aussi de leurs familles, ont Ă©tĂ© emportĂ©s par le vent de l’Histoire et ont servi en quelque sorte de boucs Ă©missaires en cette pĂ©riode oĂč il fallait faire un exemple.

L’écriture de Sylvie Yvert, le rythme soutenu de cette annĂ©e folle qui prend des airs de tragi-comĂ©die sur fond d’intrigues et de compromissions, et le fait que le rĂ©cit soit parfaitement documentĂ© sans paraitre trop dense, voilĂ  la recette d’un excellent roman historique.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Entrez dans la danse : une des plus sidĂ©rantes annĂ©es de l’histoire de France commence. FraĂźchement dĂ©barquĂ© de l’üle d’Elbe, NapolĂ©on dĂ©loge Louis XVIII pour remonter sur son trĂŽne. « Son » trĂŽne ? AprĂšs Waterloo, le voilĂ  Ă  son tour boutĂ© hors des Tuileries. Le roi et l’Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant incarner la libertĂ©, la paix et la lĂ©gitimitĂ©.
Sur la scĂšne de ce thĂ©Ăątre mĂ©connu des Cent-Jours, deux fidĂšles de « l’Aigle » sont dans la tourmente. Deux hĂ©ros oubliĂ©s liĂ©s par un sens de l’honneur et une loyautĂ© hors du commun qu’ils vont payer cher

Au bal du pouvoir la valse des courtisans bat la mesure face Ă  un peuple mĂ©dusĂ©. ChorĂ©graphe d’une tragi-comĂ©die en cinq actes, Sylvie Yvert tisse avec une savoureuse habiletĂ© ces destins contrariĂ©s. Une fable intemporelle, enjouĂ©e et amorale.

336 pages / 19€ / Paru le 15 fĂ©vrier 2019 / ISBN : 978-2-35087-490-6

Illustration de couverture © MusĂ©e de la Ville de Paris – MusĂ©e Carnavalet/Bridgeman Images

AprĂšs la fĂȘte, Lola Nicolle

Reflet criant de vĂ©ritĂ© sur les attentes et les dĂ©sillusions de la jeunesse d’aujourd’hui, « AprĂšs la fĂȘte Â» de Lola Nicolle, le premier roman d’une jeune autrice au style trĂšs prometteur.

Se rencontrer, vivre ensemble, s’aimer, et c’est la fĂȘte
 Mais quand l’amour s’en va, doucement, lentement, inexorablement, on se demande pourquoi et comment on en est arrivĂ© lĂ , aprĂšs la fĂȘte.

Depuis l’universitĂ©, RaphaĂ«lle et Antoine sont insĂ©parables. Leurs Ă©tudes, les amitiĂ©s en commun, le monde Ă  refaire, les projets et l’insouciance des annĂ©es Ă©tudiantes les ont rapprochĂ©s. Vivre ensemble est un bonheur de chaque jour. Pourtant, une fois leurs diplĂŽmes en poche, lorsque RaphaĂ«lle trouve un emploi, Antoine peine Ă  trouver sa place. D’échecs et refus, son caractĂšre change. Il devient irritable, perd confiance et cette instabilitĂ© vient perturber l’équilibre du couple. Leur relation se dĂ©lite peu Ă  peu.

Sous la plume de l’auteur qui Ă©crit Ă  la premiĂšre personne, RaphaĂ«lle Ă©voque sa vie avec Antoine et s’adresse Ă  lui tout au long du roman, en employant alors la deuxiĂšme personne. C’est tout d’abord dĂ©routant, puis on entre peu Ă  peu dans cette Ă©criture. J’ai suivi avec bienveillance les alĂ©as de leur  vie, qui nous rappelle insidieusement celle de tous ces jeunes gens qui vivent ou ont vĂ©cu ces moments de doute et d’incertitude. Qui a dit que l’entrĂ©e dans le monde du travail et la vie adulte Ă©tait une libĂ©ration ? La vie Ă©tudiante est une pĂ©riode d’insouciance et de libertĂ© unique, c’est aussi le siĂšge de nombreux enjeux dont la rĂ©ussite ou l’échec vont conditionner votre avenir.

MalgrĂ© quelques longueurs ou rĂ©pĂ©titions, Lola Nicolle a su me faire entrer dans la tĂȘte de RaphaĂ«lle, et d’Antoine Ă  ses cĂŽtĂ©s. Il y a dans son roman une forme de mĂ©lancolie et une sincĂ©ritĂ© dans les personnages qui les rend particuliĂšrement attachants. Leurs Ă©motions, leurs espoirs, leurs Ă©checs et leur dĂ©samour, je les ai vĂ©cus prĂšs d’eux, avec eux, intensĂ©ment, tristement. J’ai aimĂ© dĂ©couvrir et tenter de comprendre leurs interrogations sur l’amour, la relation de couple, les projets d’avenirs, les rĂȘves enfuis.

On appréciera également la bande son qui accompagne le roman, comme pour ancrer chaque chapitre dans le quotidien des gens ordinaires que nous sommes aussi.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue Ă©diteur : Les Escales

Dans le Paris d’aujourd’hui, RaphaĂ«lle et Antoine s’aiment, se sĂ©parent, se retrouvent… pour mieux se sĂ©parer et s’engouffrer dans l’Ăąge adulte. En quĂȘte de sens, ils ont du mal Ă  trouver leurs repĂšres.
Un premier roman d’une grĂące absolue. Une Ă©criture Ă©blouissante et sensorielle. La force d’un roman gĂ©nĂ©rationnel. Arpentant les rues du quartier de ChĂąteau-Rouge, Lola Nicolle nous plonge dans le Paris d’aujourd’hui.
AprĂšs la fĂȘte raconte les ruptures qui font basculer dans l’ñge adulte. Il y a d’abord celle – universelle – entre deux ĂȘtres, quand RaphaĂ«lle et Antoine se sĂ©parent. Puis celle qui survient avec l’entrĂ©e dans le monde du travail, lorsque la rĂ©alitĂ© vient peu Ă  peu…

NĂ©e en 1992, Lola Nicolle est Ă©ditrice. Elle est l’auteure  d’un recueil de poĂ©sie Nous oiseaux de passage (Blancs Volants, 2017) et a participĂ© Ă  l’ouvrage collectif Les Passagers du RER (Les ArĂšnes, 2019). Elle vit Ă  Paris et signe avec AprĂšs la fĂȘte son premier roman.