Boréal, Sonja Delzongle

Au cƓur de la nuit polaire, suspense et noirceur sont au rendez-vous de BorĂ©al, le thriller Ă©cologique et fantastique de Sonja Delzongle.

couverture du roman Boréal de Sonja Delzongle chez Folio éditions

Janvier 2017, ils sont sept, hommes et femmes, sur le camp de la base Arctica prĂšs de ThulĂ© au Groenland, ce sont les meilleurs spĂ©cialistes du monde entier. Ils viennent Ă©tudier les consĂ©quences du rĂ©chauffement climatique et de la pollution sur l’inlandsis. Lorsqu’ils sortent faire leurs prĂ©lĂšvements et dĂ©couvrent un Ă©trange cimetiĂšre de glace dans lequel sont emprisonnĂ©s des dizaines de bƓufs musquĂ©s, il s’avĂšre indispensable d’appeler Luv Svenden Ă  la rescousse. Cette biologiste spĂ©cialisĂ©e en disparitions inexpliquĂ©es d’animaux peut les aider Ă  comprendre. Trop heureuse de fuir ses propres soucis, elle s’envole vers la base. Mais les recherches et les expĂ©riences ne se passent pas du tout comme prĂ©vu, les rencontres, puis les disparitions, vont faire exploser le groupe, les mener jusqu’au point de non-retour.

Sonja Delzongle prend le temps d’installer ses personnages, parcours, Ă©tudes, spĂ©cialitĂ©s, vies de chacun. Il faut un bon tiers du roman avant qu’ils ne convergent sur cet ilot perdu dans la nuit polaire. LĂ , ils sont directement plongĂ©s dans un milieu extrĂȘme, avec cette nuit quasi permanente qui rend fou mĂȘme les locaux et face Ă  laquelle chacun va rĂ©agir en fonction de sa culture et de ses rĂ©fĂ©rences. Et surtout de son parcours qui fait de chacun ce qu’il est.

Seront alors Ă©voquĂ©s des thĂšmes tels que parents, famille, mais aussi instinct maternel et paternitĂ©, perte d’un enfant, maladie
 Tout au long, l’auteur installe les situations, campe les choses, les met en attente et interroge ses lecteurs jusqu’au feu d’artifice final
Dans une atmosphĂšre pesante et glacĂ©e et malgrĂ© ces grands espaces, l’intrigue pesante, noire, violente et terrifiante se dĂ©roule en huis-clos.

Enfin, aprĂšs bien des Ă©vĂšnements, se posera la question de savoir si l’on peut vivre en sociĂ©tĂ© aprĂšs avoir vĂ©cu des expĂ©riences extraordinaires incomprĂ©hensibles par le commun des mortels, mĂȘme en Ă©tant le seul Ă  savoir ce que l’on a fait.

Un roman noir, trĂšs noir, enfin, blanc, trĂšs blanc perdu dans les Ă©tendues de glaces du Groenland. Il m’a manquĂ© peut-ĂȘtre quelques pages supplĂ©mentaires pour Ă©toffer le parcours de certains personnages et assoir leur crĂ©dibilité  Si Sonja Delzongle avoue qu’elle n’est jamais allĂ©e au Groenland, les recherches, mais surtout le talent et l’imagination de l’auteur font le travail ! Le lecteur s’y croirait presque. On est ici Ă  la limite de la science-fiction avec ce thriller Ă  la fois Ă©cologique et scientifique. De grands sujets de protection et de sauvegarde de la planĂšte sont Ă©voquĂ©s, rĂ©alistes au moins par les questions qu’ils soulĂšvent.

Souvenir de la rencontre avec Sonja Delzongle Ă  la librairie Le Divan

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Folio, DenoĂ«l

Janvier 2017, au Groenland. LĂ , dans le sol gelĂ©, un Ɠil Ă©norme, globuleux, fixe le ciel. On peut y lire une peur intense. C’est ainsi que huit scientifiques partis en mission de reconnaissance dĂ©couvrent avec stupeur un bƓuf musquĂ© pris dans la glace. Puis un autre, et encore un autre. Autour d’eux, aussi loin que portent leurs lampes frontales, des centaines de cadavres sont prisonniers du permafrost devenu un immense cimetiĂšre.
Pour comprendre l’origine de cette hĂ©catombe, le chef de la mission fait appel Ă  Luv Svendsen, spĂ©cialiste de ces phĂ©nomĂšnes. EmpĂȘtrĂ©e dans une vie privĂ©e compliquĂ©e, et assez soulagĂ©e de pouvoir s’immerger dans le travail, Luv s’envole vers le Groenland. Ils sont maintenant neuf hommes et femmes, isolĂ©s dans la nuit polaire.
Le lendemain a lieu la premiĂšre disparition.

DenoĂ«l : 448 pages, 155 x 225 mm / ISBN : 9782207139141 / Parution : 08-03-2018 / Prix : 20,50 €

Folio : 512 pages, 108 x 178 mm / ISBN : 9782072840630 / Parution : 04-04-2019 / Prix : 8,40 € 

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Roux ! De Jean-Jacques Henner Ă  Sonia Rykiel, musĂ©e Jean-Jacques Henner

Partir Ă  la dĂ©couverte de ce musĂ©e parisien lors de la visite de l’exposition Roux !

Les reflets d’incendie de ces chevelures rousses en ont fait des sources de prĂ©jugĂ©s, rouge du dĂ©mon et des enfers, des sorciĂšres et de la trahison. Le musĂ©e Jean-Jacques Henner rĂ©habilite cette couleur flamboyante, aujourd’hui souvent affirmĂ©e et choisie. Il permet d’apporter un regard neuf sur l’Ɠuvre de cet artiste en particulier, et de nombreux autres Ă©galement prĂ©sentĂ©s dans les diffĂ©rentes salles du musĂ©e.

Depuis la flĂ»tiste d’Idylle, son premier tableau en 187, le roux va jouer un rĂŽle primordial dans sa crĂ©ativitĂ© artistique et signer sa singularitĂ©. De nombreux croquis et esquisses, ainsi que des tableaux qui reprĂ©sentent ses modĂšles posant pour lui sont prĂ©sentĂ©s dans les salles de ce bel hĂŽtel particulier. Peindre des cheveux roux lui permet de donner Ă  ses toiles une plus grande sensualitĂ©.

Enfin, si la rousseur est le plus souvent associée au traßtre Judas, Jean-Jacques Henner quant à lui décide de peindre Le Christ roux.

Aux cĂŽtĂ©s des tableaux de Jean-Jacques Henner, le visiteur dĂ©couvre des Ɠuvres de Renoir, Maurin, Carolus-Duran ou Maxence, qui ont su Ă  leur tour magnifier des femmes aux chevelures rousses qui affichent la couleur sur la toile des maĂźtres coloristes.

La force d’une couleur : Couleur qui se voit et qui fait Ă©cart avec les autres, Michel Pastoureau. « Le roux est une vĂ©ritable couleur qu’il utilise soit en camaĂŻeu sur toute sa toile, soit uniquement pour les cheveux afin de capter le regard dans un tableau aux ombres trĂšs prĂ©sentes. Le rouge-orangĂ© est alors renforcĂ© par la prĂ©sence du bleu-vert, sa couleur complĂ©mentaire.« 

Quelques traits de sanguine : la sanguine permet de mettre en lumiĂšre l’importance de cette couleur, c’est l’outil idĂ©al du peintre. « Parce qu’ils sont peu nombreux, les roux peuvent susciter des rĂ©actions ambiguĂ«s mĂȘlant fascination et rĂ©pulsion. Les prĂ©jugĂ©s Ă  leur Ă©gard sont nombreux et veulent que les roux soient des traĂźtres violents et les rousses des sorciĂšres luxurieuses. »

Rousseur et prĂ©jugĂ©s : Ils attirent l’attention par leur singularitĂ©, peuvent ĂȘtre l’objet de moqueries ou de sĂ©vices, comme pour Poil de Carotte, le hĂ©ros de Jules Renard, mais lorsqu’elle est un choix totalement assumĂ© cette couleur renforce la personnalitĂ©, on pense par exemple Ă  David Bowie ou mĂȘme Axel Red.

Comme le rappellent si justement les informations de cette exposition, les rousses sont Ă©galement nombreuses dans la poĂ©sie et le roman. Avec son cĂ©lĂšbre poĂšme À une mendiante rousse, publiĂ© dans le recueil Les Fleurs du mal en 1857, Charles Baudelaire associe la rousseur Ă  la prostitution et Ă  la pauvretĂ©.

Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous,
Laisse voir la pauvreté,
Et la beauté,
Pour moi, poÚte chétif,
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur,
A sa douceur.

Le Musée Jean-Jacques Henner situé 43, avenue de Villiers 75017 Paris est ouvert du lundi au dimanche de 11h à 18h.

Fermeture mardi et jours fĂ©riĂ©s (1er janvier, 1er mai, 25 dĂ©cembre). Nocturne jusqu’Ă  21h le deuxiĂšme jeudi de chaque mois.

Le quartier des petits secrets, Sophie Horvath

Un joli roman qui fleure bon le bonheur, l’amitiĂ©, la bienveillance et le souci du prochain. Une bluette me direz-vous ? Que nenni, allez, on fonce lire « Le quartier des petits secrets Â» de Sophie Horvath, bloggeuse et auteur de ce premier roman.

Sur une petite place paisible de Bordeaux, quelques commerçants observent les passants, mais aussi leurs clients, dans une ambiance sereine et amicale. Il y a là Clémentine la fleuriste, Nicole qui tient le troquet de la place, monsieur Bouquin, la boutique de livres rares.

AprĂšs avoir abandonnĂ© ses trĂšs sĂ©rieuses Ă©tudes juridiques, ClĂ©mentine est devenue fleuriste. Sa famille bourgeoise apprĂ©cie mal ce changement, mais elle s’épanouit pleinement Ă  rĂ©aliser le bouquet idĂ©al qu’elle destine Ă  chacun de ses clients. Viviane, une gentille vieille dame qui s’échappe de sa maison de retraite, vient parfois dans sa boutique assouvir sa passion du jardinage. Mais depuis quelques jours, ClĂ©mentine ne la voit plus. InquiĂšte, elle part Ă  sa recherche. Sa quĂȘte ne fait alors que commencer, imprĂ©vue, Ă©tonnante. Car de fil en aiguille – ou de fleur en fleur, c’est selon –  ClĂ©mentine se lance finalement Ă  la recherche d’une fleur totalement inconnue des botanistes…

Merci Sophie de nous faire dĂ©couvrir et aimer tous ces personnages attachants et trĂšs humains. Nicole et son fils Benjamin, Hector et sa pensionnaire Viviane,  Bouquin et ses livres rares, avec leurs interrogations, leurs doutes et leurs failles bien enfouies au plus profond d’eux, leurs attentes et leurs rĂȘves secrets. Chacun Ă  sa façon va mettre au service des autres cette part d’humanitĂ© qui fait le savoir bien vivre tous ensemble.

Alors, roman optimiste et positif ? Oui, sans doute, mais pas seulement, car la surprise n’est pas forcĂ©ment celle que l’on attend. Le quartier des petits secrets nous montre aussi les travers et les chagrins des uns et des autres, dans ce microcosme aux personnalitĂ©s diverses et complĂ©mentaires, comme en miroir de nos propres nos vies.

Sophie Horvath est l’auteure du blog C’est quoi ce bazar ? Elle signe ici un premier roman qui procure Ă  ses lecteurs un bien agrĂ©able moment de lecture.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

ClĂ©mentine est fleuriste Ă  Bordeaux, dans un quartier en retrait de l’effervescence urbaine. Sa plus proche amie, Nicole, tient le cafĂ© sur la place et, ensemble, elles s’amusent Ă  observer les habitudes de chacun. De cet homme qui commande exactement les mĂȘmes bouquets chaque semaine. De ce
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Paru le 10/04/2019 / 208 pages – 136 x 210 mm / EAN : 9782756428796 / ISBN : 9782756428796

Un amour parfait, Gilda Piersanti

La relation amoureuse toxique dans ce qu’elle a de plus pervers, ou l’amour fou à la vie à la mort


Une fois de plus, la trĂšs parisienne Gilda Piersanti nous embarque Ă  Rome dans les pas de ses personnages.
Lorenzo a tout pour ĂȘtre heureux, un travail qui le satisfait, une femme qui le rend heureux, des enfants formidables et en bonne santĂ©. Mais un jour, Lorenzo retrouve par hasard Laura, l’amour de sa jeunesse, absolu, dĂ©vastateur, qu’il avait occultĂ© pour pouvoir continuer Ă  vivre, tant la rupture avait Ă©tĂ© imprĂ©vue et douloureuse.

Laura lui fait vivre des moments intenses d’amour fou dans les hĂŽtels et les villes les plus insolites, puis lui fait comprendre que sans lui elle ne pourra jamais quitter son mari, il doit l’aider Ă  s’en libĂ©rer.

Peu Ă  peu, totalement envoutĂ©, Lorenzo oubli son travail, trompe a femme sans remords, ment Ă  son meilleur ami sans regrets, prĂȘt Ă  tout pour l’amour de Laura, cet amour parfait qui le ressuscite. Mais le piĂšge se referme, l’homme heureux, mari comblĂ©, directeur prometteur se laisse peu Ă  peu dĂ©truire par cet amour machiavĂ©lique qui le consume. L’aventure n’est peut-ĂȘtre pas aussi limpide et idyllique qu’elle en a l’air, la descente s’annonce douloureuse et vertigineuse, et le rĂ©veil cruel et terrifiant.

Avec habiletĂ© et une sacrĂ© dose de perversitĂ©, Gilda Piersanti dĂ©crit les affres de la relation amoureuse, ici totalement toxique, par cet amour perdu puis retrouvĂ© qui tel un ouragan balaye tout sur son passage, laissant Lorenzo exsangue et pantelant. Si l’homme amoureux n’a plus de scrupule, s’enlisant dans le mensonge et les faux-semblants, l’homme inquiet de ses actes est habilement dĂ©cortiquĂ© et finement analysĂ© par l’auteur qui le soumet sans relĂąche Ă  la diabolique et perverse manipulation de Laura.

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Le Passage

La vie de Lorenzo n’a pas d’ombre, sa carriĂšre est au zĂ©nith, son couple se porte Ă  merveille, ses enfants l’adorent.

Jusqu’à ce soir oĂč il la revoit au bar de l’hĂŽtel : Laura, l’amour de ses 18 ans. Trente ans plus tĂŽt, il a failli mourir pour elle. Le hasard l’a-t-il remise sur son chemin pour faire renaĂźtre le passĂ© ou faire disparaĂźtre le prĂ©sent ?
Une femme fatale ne revient jamais pour rĂ©parer ses fautes mais pour continuer son Ɠuvre de destruction. Elle est revenue et elle lui dit qu’elle l’aime encore, mais doit-il la croire ? Lorenzo est prĂȘt Ă  tout pour l’avoir de nouveau dans ses bras. PrĂȘt Ă  tout
 MĂȘme Ă  tuer ?

Avec Un amour parfait, Gilda Piersanti signe un thriller psychologique d’une puissance redoutable oĂč la passion amoureuse prend la forme d’une fascination venimeuse. Commence alors une lente descente aux enfers.

ISBN : 978-2-84742-409-6 / Date de publication: Mars 2019 / Nombre de pages : 288 / Dimensions du livre : 15 x 24 cm / Prix public : 19.50 €

Le Soleil Ă©clipsĂ©. Claire Bonnotte

Le Soleil Ă©clipsĂ©. Le chĂąteau de Versailles sous l’Occupation, un excellent et trĂšs complet ouvrage Ă©crit par ​Claire Bonnotte

Ce chĂąteau symbole de la France, mais qui a Ă©galement Ă©tĂ© symbole de dĂ©faite pour les allemands, puisqu’on y a signĂ© deux armistices, ne pouvait qu’ĂȘtre une prise de guerre pour Hitler. Quand en 1940 Hitler envahi le chĂąteau, les jeux pourraient dĂ©jĂ  ĂȘtre fait, et les Ɠuvres dĂ©finitivement perdues, tant on sait le nombre d’Ɠuvres d’art qui ont transitĂ© par les trains vers l’Allemagne et les collections du Reich.

J’ai eu envie de comprendre comment on a imaginĂ© sauver des Ɠuvres, Ă  quel moment, pourquoi, et surtout qu’est-ce qui a fait qu’à moment donnĂ© on s’est dit qu’il fallait en enlever le plus possible du chĂąteau.

Ce que j’aime dans ce livre, l’alternance du rĂ©cit lui-mĂȘme, dense, complet, Ă©tayĂ©, et justement les extraits d’articles, de lettres, de documents, qui dĂ©montrent et allĂšgent en mĂȘme temps la lecture. Donnant aussi une dimension humaine Ă  l’action des hommes et des femmes qui ont rĂ©alisĂ© ce sauvetage !

Le travail rĂ©alisĂ© par ​Claire Bonnotte  semble pharaonique, le rĂ©sultat est passionnant, car peu commun. 

💙💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions VendĂ©miaire 

Le chĂąteau de Versailles et les Ă©ditions VendĂ©miaire publient Le Soleil Ă©clipsĂ©. Le chĂąteau de Versailles sous l’Occupation, un ouvrage qui dĂ©voile une pĂ©riode mĂ©connue de l’histoire du chĂąteau, celle de la Seconde Guerre mondiale. Un sujet rarement traitĂ© par les auteurs et les chercheurs.

Le chĂąteau du Roi-Soleil Ă  l‘ombre de l‘envahisseur nazi 

14 juin 1940. La Wehrmacht envahit le chĂąteau de Versailles. Par la portĂ©e symbolique de cet Ă©vĂ©nement, Hitler rĂ©alise son rĂȘve de revanche. DĂšs lors, et durant quatre annĂ©es, des milliers de soldats arpentent la galerie des Glaces, parcourent les jardins dessinĂ©s par Le NĂŽtre, tandis qu’alĂ©as climatiques, bombardements, pĂ©nuries, pillages et vandalisme mettent en pĂ©ril ce joyau national, et les derniers chefs-d’oeuvre qu’il abrite.
En prĂ©vision du pire, un vaste plan de protection avait Ă©tĂ© Ă©laborĂ© dĂšs les annĂ©es 1930. On camoufla Ă  partir de septembre 1939 tout ce qui pouvait l’ĂȘtre, Ă  commencer par le Grand Canal, entiĂšrement assĂ©chĂ©. Dans l’affolement de l’exode, on finit d’évacuer collections et dĂ©cors au sein de plusieurs chĂąteaux de province : Chambord, Brissac, Sourches, Serrant, Voré  La plupart de ces trĂ©sors survĂ©curent ainsi, « hors les murs », jusqu’à la fin du conflit. C’est un quotidien fait de craintes et d’espoirs que dĂ©voile cet ouvrage, au plus prĂšs d’une poignĂ©e d’hommes et de femmes, conscients de la nĂ©cessitĂ© absolue de prĂ©server un patrimoine unique.


L’auteur : DiplĂŽmĂ©e d’études supĂ©rieures de l’École du Louvre et docteur en histoire de l’art de l’UniversitĂ© Paris Nanterre, Claire Bonnotte a travaillĂ© Ă  l’Institut national d’Histoire de l’art de Paris avant d’intĂ©grer le service des expositions du chĂąteau de Versailles. Depuis 2017, elle a rejoint la conservation du musĂ©e comme collaboratrice scientifique. Elle a Ă©tudiĂ© plus de soixante-dix annĂ©es d’innombrables archives Ă  la fois françaises et allemandes, permettant aujourd’hui de restituer les Ă©vĂšnements survenus dans l’ancienne rĂ©sidence des Rois de France et le devenir de ses collections notamment sous l’Occupation allemande.

368 pages + 12 pages illustrĂ©es ‱ 23 euros / 978-2-36358-283-6 / En librairie le 7 juin 2018 

Le matin est un tigre, Constance Joli

Une histoire Ă©mouvante, une Ă©criture qui nous sĂ©duit par les mots et les images, pourquoi il faut lire « Le matin est un tigre Â» de Constance Joli.

Alma est bouquiniste. Elle a hĂ©ritĂ© de sa mĂšre une caisse le long des quais et s’est spĂ©cialisĂ©e dans les livres rares. Elle prend plaisir Ă  exercer ce mĂ©tier passionnant, qu’elle quitte chaque jour avec bonheur pour rejoindre sa famille. Mais depuis quelque temps, Alma ne comprend pas pourquoi la vie de sa fille de quatorze ans est si torturĂ©e, une maladie orpheline la ronge de l’intĂ©rieur. Pourtant, Alma est certaine, c’est un chardon qui pousse en elle. Non, pas le nĂ©nuphar de ChloĂ©, rien Ă  voir, un chardon ! Mais ça bien sĂ»r, ni son mari, ni les mĂ©decins ne peuvent le comprendre, l’accepter ou l’admettre.

Et quand la santĂ© de Billie se dĂ©tĂ©riore encore, mĂȘme Alma la  battante est dĂ©sespĂ©rĂ©e. L’espoir s’amenuise de sauver sa fille. Heureusement, Ă  ce moment-lĂ , on l’appelle en Bretagne pour expertiser des Ɠuvres rares, sa spĂ©cialitĂ©. Difficile de quitter la rĂ©gion parisienne quand on souhaite seulement rester au chevet de son enfant. Elle part malgrĂ© tout et dĂ©couvre dans les livres et au contact du vendeur que la vie est peut-ĂȘtre ailleurs et autrement. Que la transmission et la relation fusionnelle qu’elle a avec sa fille sont peut-ĂȘtre des Ă©lĂ©ments moteurs (ou perturbateurs ?). Et si le poids de son amour et de ses attentes Ă©taient trop importants pour sa petite Billie ?

C’est Ă  la fois Ă©tonnant et beau. J’ai aimĂ© ces mots tendres et porteurs d’espoir, ces mots de peine et ces valises si lourdes Ă  trimbaler, ces images qui disent et montrent tout de l’amour d’une mĂšre et de ses craintes, de ses luttes pour sauver ce qui peut l’ĂȘtre, pour peut-ĂȘtre se remettre en question aussi. Car oui, nous sommes aussi ces attentes que d’autres placent en nous, nous portons les espoirs de nos parents, comme nous en plaçons aussi en nos enfants, l’hĂ©ritage psychique ou psychologique et le poids de la transmission, voilĂ  un sujet intĂ©ressant particuliĂšrement bien abordĂ© ici.

💙💙💙💙

Lire aussi les avis de Nicole du blog motspourmots de Sybil du blog Un brin de Syboulette ou de GeneviĂšve Munier du blog memo-emoi

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

Depuis quelques mois, la vie d’Alma se hĂ©risse de piquants. Sa fille souffre d’un mal Ă©trange et s’étiole de jour en jour. Tous les traitements Ă©chouent, et les mĂ©decins parlent de tumeur. Mais Alma n’y croit pas. Elle a l’intuition qu’un chardon pousse Ă  l’intĂ©rieur de la poitrine de son enfant. On a beau lui dire – son mari le premier – que la vie n’est pas un roman de Boris Vian, Alma n’en dĂ©mord pas. À quelques heures d’une opĂ©ration pĂ©rilleuse, son intuition persiste. Il ne faut pas intervenir. C’est autre chose qui peut sauver sa fille
 Elle, peut-ĂȘtre?

Dans une langue merveilleusement poĂ©tique et imagĂ©e, Constance Joly met en scĂšne l’histoire de ce que l’on transmet, malgrĂ© nous, Ă  nos enfants. Le matin est un tigre parce que, certains jours, la vie est un combat et qu’il faut bien arriver Ă  s’en dĂ©brouiller.

Paru le 09/01/2019 / 158 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081444898 / Prix : 16€

Helena Rubinstein, L’aventure de la beautĂ©, MusĂ©e d’Art et d’Histoire du judaĂŻsme

Pour la premiĂšre fois en France, le mahJ consacre une exposition Ă  Helena Rubinstein, celle que Jean ­Cocteau nommait « l’impĂ©ratrice de la beautĂ© Â».

Visite un peu trop rapide pour moi hĂ©las. Il faut vraiment prendre son temps car il y a plus de trois cents documents, objets, vĂȘtements (pas assez Ă  mon goĂ»t !), photos, peintures, sculptures, en particulier de nombreux portraits qu’elle faisait faire aux plus grands, des Ɠuvres de Marc Chagall, Michel KikoĂŻne, Sarah Lipska, Louis­ Marcoussis, Elie Nadelman ou Maurice Utrillo, provenant de sa collection personnelle.

Helena Rubinstein (1872-1965)  a su crĂ©er des produits et donner aux femmes l’idĂ©e de la beautĂ© Ă  portĂ©e de toutes et de tous. Tous aussi, car elle fera Ă  moment donnĂ© une tentative de salon de beautĂ© pour homme, ne manquez pas le beau Tony Curtis. Tentative manquĂ©e car sans doute Ă©tait-elle bien trop prĂ©curseur dans le domaine ?

Tout au long de sa vie, elle s’affranchit des codes en rigueur Ă  son Ă©poque et n’aura qu’une prioritĂ©, l’émancipation des femmes par la beautĂ©.
NĂ©e Ă  Cracovie dans une famille modeste juive orthodoxe, ainĂ©e d’une fratrie de huit filles, elle quitte l’école Ă  quinze ans pour aider ses parents. Quelques annĂ©es plus tard, elle refuse le mariage qu’on tente de lui imposer et part Ă  Vienne chez une tante. Mais lĂ  encore on veut la marier. Elle part alors en Australie. LĂ , elle change de nom et commence un commerce de crĂšmes de beautĂ©, puis ouvre un institut de beautĂ©, clamant que La beautĂ© est un pouvoir pour les femmes, ou l’émancipation par la beautĂ© !

En quelques annĂ©es, elle va crĂ©er un vĂ©ritable empire de la cosmĂ©tique. De Cracovie Ă  Vienne, de Melbourne Ă  Londres, de Paris Ă  New-York elle a crĂ©Ă© des produits de beautĂ©, des lignes de maquillage pour toutes les femmes (auparavant le maquillage Ă©tait destinĂ© aux prostituĂ©es), ouvert des usines, des instituts de beautĂ©. Elle fait de la beautĂ© une science, n’hĂ©sitant pas Ă  analyser, classer, la peau, Ă  soumettre crĂšmes et produits Ă  des tests rigoureux, et prĂ©conise Ă©galement rĂ©gime et activitĂ© physique, largement en avant sur son temps.

Femme d’affaires d’envergure internationale, sa fortune lui permet tous les plaisirs. Elle s’habille chez les plus grands couturiers, Chanel, Schiaparelli, Dior ou Saint Laurent.

Collectionneuse et amateur d’art Ă©clairĂ© elle a cĂŽtoyĂ© les plus grands artistes de son temps. Comme les grands mĂ©cĂšnes de la Renaissance, elle les a fait rĂ©guliĂšrement travailler. Elle leur commande en particulier des portraits, et les plus grands noms de son Ă©poque se sont ainsi retrouvĂ©s sur les murs de ses diffĂ©rents appartements. Et lorsqu’elle aimait un artiste, elle n’hĂ©sitait pas Ă  lui commander des Ɠuvres, pour ses intĂ©rieurs comme pour ses salons de beautĂ©. Elle va acquĂ©rir tout au long de ses annĂ©es de grands collections d’art premiers, mais aussi des Ɠuvres des artistes de son temps, on la voit en photo aux cĂŽtĂ©s des plus grands noms qui nous font tant rĂȘver, Dali, Picasso, Frida Kahlo par exemple.

C’est au MusĂ©e d’Art et d’Histoire du judaĂŻsme, dans l’HĂŽtel de saint Aignan, au 71, rue du Temple, 75003 Paris, jusqu’au 25 aoĂ»t 2019.

Commissaire de l’exposition MichĂšle Fitoussi