Eiffel, Nicolas d’Estienne d’Orves

Le monument le plus visitĂ© de Paris est-il une belle dĂ©claration d’amour ?

Alors qu’il est dĂ©jĂ  cĂ©lèbre et vient de finir l’ossature de celle qui reprĂ©sente Ă  jamais la porte du nouveau monde, cette statue de la libertĂ© qu’il construit en collaboration avec le sculpteur Bartoli, Eiffel rĂŞve de participer au projet de l’exposition universelle de 1889. Il souhaite rĂ©aliser un mĂ©tro qui transporterait les parisiens d’un bout Ă  l’autre de la capitale. Mais c’est sans compter sur les dĂ©sirs du gouvernement qui pense Ă  une construction magistrale pour symboliser la grandeur de la France, un siècle après la rĂ©volution française.

En se basant sur un projet de ses collaborateurs, Gustave Eiffel propose alors une tour extraordinaire qui devra ĂŞtre implantĂ©e en bord de Seine en plein Paris. Prodige architectural en particulier pour sa rĂ©alisation dans un terrain meuble qui se rempli d’eau Ă  mesure que sont creusĂ©s les emplacements des piliers, l’ingĂ©nieur met Ă  profit ses compĂ©tences pour finaliser l’Ĺ“uvre majeure de l’exposition.

Ce que l’on sait moins est sans doute que la crĂ©ation de cette tour s’accompagne de la rencontre totalement imprĂ©vue, surtout aussi longtemps après, avec son grand amour de jeunesse. Cette jeune bordelaise qu’il avait imaginĂ© Ă©pouser et qui a hantĂ© ses rĂŞves sera sa muse et sa source d’inspiration sur le chantier titanesque de notre Ă©ternelle Dame de Fer. Cette tour qui devait ĂŞtre dĂ©truite dix ans plus tard et qui Ă©tend son ombre majestueuse et incontestĂ©e sur la capitale.

N’oublions pas que son Ă©dification a Ă©tĂ© source de nombreux conflits et de violentes contestations. L’auteur met particulièrement bien en situation toutes les contraintes, contestations, railleries dont Eiffel a Ă©tĂ© victime lors de la construction de son monument Ă©phĂ©mère. Nous permettant peut-ĂŞtre d’avoir un peu plus d’indulgence envers ce qui aujourd’hui aussi nous perturbe ou nous choque, qui sait ? Alors si la tour que chacun connaĂ®t sous le nom de tour Eiffel a une forme pour le moins Ă©tonnante, lisez ce roman ou courez voir le film pour comprendre le pourquoi de ce grand A qui surplombe Paris depuis 1889.

Catalogue Ă©diteur : Michel Lafon

Paris, 1886. ObsĂ©dĂ© par « sa » tour de mĂ©tal, une bagatelle d’acier de 300 mètres de hauteur qu’il s’est lancĂ© le dĂ©fi de construire en plein Champ-de-Mars, Gustave Eiffel ne quitte plus ses ateliers. Certes, l’Exposition universelle mĂ©rite bien ce pari, et la France, de croire Ă  nouveau en sa toute-puissance. Mais est-ce l’unique raison qui pousse celui qu’on surnomme « le magicien du fer  » Ă  griffonner sans relâche des plans pour trouver la forme parfaite ? Depuis ce dĂ®ner chez le ministre du Commerce, et cette idĂ©e folle qu’il a lancĂ©e devant le Tout-Paris, l’ingĂ©nieur est comme possĂ©dĂ©. Quelles que soient ses esquisses, c’est Adrienne, son amour perdu rĂ©apparue ce mĂŞme soir, qui se dessine, la magnifique cambrure de son dos qui cascade depuis la nuque jusqu’Ă  la taille. L’illumination le frappe : ce n’est pas une ligne droite qui doit mener du pilier au sommet, mais une courbe, incarnĂ©e, vivante. « Nous allons construire un rĂŞve ! » DĂ©sormais la vie de Gustave ne tient plus qu’Ă  un A majuscule, celui de sa tour qui s’Ă©lance dans le ciel de Paris, prĂŞte Ă  le transpercer et le conquĂ©rir…

Écrivain et journaliste nĂ© en 1974, Nicolas d’Estienne d’Orves est l’auteur d’une trentaine d’essais et de romans saluĂ©s par la critique, notamment son Dictionnaire amoureux de Paris.

Parution : 23 septembre 2021 / prix : 19,95€ ISBN : 9782749945866

Les touristes du dĂ©sastre, Yun Ko-Eun

Quand la nature reprend ses droits…un roman noir sur les dĂ©rives du tourisme de catastrophe

Yona le sent bien, le compte Ă  rebours Ă  commencĂ©, elle est dĂ©sormais sur la liste noire des employĂ©s de Jungle, l’agence de voyage qui l’emploie. Des signes imperceptibles le lui font sentir, en particulier l’attitude inconvenante de son manager. Attitude qu’il n’a qu’avec ceux qui seront bientĂ´t mis sur la touche. Aussi le jour oĂą elle dĂ©cide de donner sa dĂ©mission, elle ne peut qu’accepter l’offre que lui fait ce supĂ©rieur-harceleur, suspendre sa demande et partir en mission pour Ă©valuer un de leurs lieux de vacances en perte de vitesse auprès des clients.

Car Jungle offre Ă  ses clients des lieux de villĂ©giature hors du commun. Les seuls qu’elle plĂ©biscite sont ceux qui ont connu d’importantes catastrophes, un nombre important de dĂ©cès et des ravages sur lesquels les touristes vont pouvoir s’extasier.

Yona embarque alors pour Mui, une Ă®le qui associe trois risques importants, un volcan, un dĂ©sert, et une doline. MĂŞme si c’est un voyage pour lequel elle devrait profiter d’un hĂ©bergement très confortable.

Le trajet jusqu’Ă  Mui est un vĂ©ritable pĂ©riple depuis la CorĂ©e. Sur place, elle se rend compte de la superficialitĂ© de la zone qu’elle visite, plus proche d’un parc d’attraction minable que d’un site aux accents rĂ©alistes. C’est bientĂ´t l’heure de rentrer, mais elle se perd dans le train du retour et se retrouve seule, isolĂ©e, sans papiers.

La voilĂ  revenue sur Mui, le site qu’elle venait de quitter. Yona comprend alors que tout ce qu’elle vient de voir ne correspond en rien avec la vie sur l’île, et rĂ©pond avant tout aux dĂ©sidĂ©rata des touristes. Mise dans le secret et partie prenante d’un nouveau projet en gestation, elle participe Ă  une manipulation de grande envergure. Le cataclysme attendu replacera Mui sur le devant de la scène. Mais tout ne se passe pas forcĂ©ment prĂ©vu, et parfois la nature reprend le pouvoir.

Un roman très Ă©tonnant, septique de prime abord, j’ai eu beaucoup de mal Ă  le lâcher. Quelle critique acerbe de notre sociĂ©tĂ© qui prĂ´ne la consommation et l’utilisation du moindre Ă©vĂ©nement Ă  tout prix. L’Ă©criture, en tout cas via l’excellente traduction qui en est faite, est très agrĂ©able, vivante, moderne. Le thème abordĂ© fait rĂ©flĂ©chir. L’autrice nous place face Ă  nos propres contradictions, nous qui passons tant de temps devant nos Ă©crans pour dĂ©couvrir les catastrophes qui se dĂ©roulent de par le monde sans pour autant penser Ă  changer nos habitudes. Et si cela impliquait de notre part une autre façon d’anticiper le futur, de considĂ©rer les autochtones lors de nos voyages, d’apprĂ©hender les dĂ©fis climatologiques sans doute autrement qu’en simples spectateurs.

Catalogue Ă©diteur : La CroisĂ©e

Yona travaille chez Jungle, agence de voyages coréenne spécialisée dans le tourisme macabre, dit « tourisme noir ». Elle conçoit des circuits touristiques dans des destinations marquées par la mort et les désastres écologiques. Harcelée par son chef, Yona veut quitter l’entreprise. Mais Jungle l’envoie pour une dernière mission sur l’île de Mui, lieu ravagé où subsiste une étrange population…

Couronné du prix du roman policier international CWA Dagger 2021, Les Touristes du désastre est un roman noir et acide sur les excès du consumérisme moderne, porté par la plume alerte d’une des meilleures jeunes écrivaines coréennes.

Traduction du coréen par JEONG JIN EUN & JACQUES BATILLIOT
Parution le 6 octobre 2021 / 192 pages / 20€

Les cĹ“urs inquiets, Lucie Paye

Un beau roman qui dĂ©borde d’amour et d’espoir

Lui, artiste peintre qui excelle dans les paysages sans aucun personnage, a quittĂ© l’Ă®le Maurice pour Paris. Son galeriste envisage une nouvelle expo en septembre, mais est-il capable de rĂ©pondre Ă  cette exigence.
Son inspiration du moment ? Une femme, pas un modèle, pas une amoureuse, pas une voisine, mais une femme surgie des limbes de son imaginaire sans qu’il arrive Ă  comprendre l’urgence qui s’est emparĂ©e de lui.

Elle, on le comprend vite, est malade. Elle saisi les moments de sĂ©rĂ©nitĂ© et de luciditĂ© qu’il lui reste pour Ă©crire Ă  l’amour de sa vie qui a disparu depuis si longtemps.
Qui est-il cet homme qu’elle a cherchĂ© pendant tant d’annĂ©es, que veut-elle de lui, et pourquoi a-t-il disparu ?

Lui et elle, vont-ils être deux destins parallèles ou leurs trajectoires vont-elles se croiser un jour ?

Ce que j’ai aimĂ© ?

L’auteur nous propose des tranches de vie qui Ă©meuvent et bouleversent, mais qui en mĂŞme temps nous procurent un sentiment de sĂ©rĂ©nitĂ©.
Ces lettres qui dĂ©bordent d’amour, de regrets, mais qui sont tellement positives et gĂ©nĂ©reuses envers celui qui devrait les recevoir. L’amour d’une mère, absolu et dĂ©finitif.
Les secrets de famille et les silences qui détruisent inexorablement ceux qui les acceptent.
Cet homme qui trouve une inspiration dans une femme inconnue qui le bouleverse sans qu’il en connaisse la raison. La force de amour filial suggĂ©rĂ©e ainsi.
Cet amour de l’art et de la peinture qu’ils ont en commun, cette façon qu’Ă  l’auteur de distiller la beautĂ© des Ĺ“uvres et de nous en faire apprĂ©cier le beautĂ© et Ă  parfois le sens.

Un premier roman particulièrement rĂ©ussi que l’on n’arrive pas Ă  lâcher avant la fin.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

«J’ai lutté, pour te retrouver, de toutes mes forces. L’espoir m’a fait vivre. Mille fois je me suis levée convaincue que ce serait aujourd’hui. Mille fois mon cœur a bondi en croyant t’apercevoir. Mille fois je me suis couchée en voulant croire que ce serait demain. Le jour où je te reverrais.»

Un jeune peintre voit apparaître sur ses toiles un visage étrangement familier. Ailleurs, une femme écrit une ultime lettre à son amour perdu. Ils ont en commun l’absence qui hante le quotidien, la compagnie tenace des fantômes du passé. Au fil d’un jeu de miroirs subtil, leurs quêtes vont se rejoindre.
Ce roman parle d’amour inconditionnel et d’exigence de vérité. De sa plume singulière, à la fois vive, limpide et poétique, Lucie Paye nous entraîne dès les premières pages vers une énigme poignante.

Parution : 05-03-2020 / 52 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072847301 / 16,00 â‚¬

BĂ©lhazar, JĂ©rĂ´me Chantreau

Entrer dans le monde Ă©nigmatique de BĂ©lhasar pour enfin se retrouver

BĂ©lhazar est un Ă©lève prometteur, un enfant prĂ©coce, de ces enfants que la sociĂ©tĂ© a tant de mal Ă  comprendre et Ă  accepter. Dix-huit ans, ce n’est certainement pas un âge pour mourir, encore moins lors qu’une interpellation de police qui tourne mal, et qui plus est, tuĂ© par sa propre arme. C’est pourtant ce qui est arrivĂ© Ă  BĂ©lhazar en 2013. Alors, bavure, accident, suicide comme on a bien voulu le faire croire, que doit-on en penser.

Une affaire étrange, dont on a peu parlé mais sur laquelle Jérôme Chantreau décide un jour de faire la lumière. Car si la police et la justice ont tôt fait de conclure à un suicide qui arrange bien les autorités et les délivre de toute responsabilité, les parents eux, se posent bien des questions.

Antoine BĂ©lhazar est un garçon diffĂ©rent, brillant. Jamais vĂŞtu d’un tee-shirt, mais toujours d’une chemise et d’un grand manteau, il dĂ©note terriblement dans sa classe ou dans la cour de l’Ă©cole. Et cette diffĂ©rence, comme son intelligence, en font un souffre douleur, mais aussi un jeune homme hors norme.

RĂŞveur, collectionneur fou, artiste, passionnĂ©, inspirĂ©, unique, il mène rapidement sa vie en dehors des sentiers battus, et surtout de la vie normale d’un enfant ou d’un adolescent. PassionnĂ© par la guerre et par les armes Ă  feu, il les collectionne, apprend Ă  tirer au club de tir et compte bien trouver un mĂ©tier en relation avec cette passion dĂ©vorante. Mais BĂ©lhazar est aussi quelqu’un qui vit dans le monde d’Alice au Pays des Merveilles, avec son lapin blanc dans sa forĂŞt magique, Ă  la limite du monde merveilleux et enchantĂ© de ces histoires qu’il aime tant. Un monde dans lequel peu Ă  peu va le suivre l’auteur, passant insensiblement de la recherche de vĂ©ritĂ© Ă  la magie d’un monde parallèle accessible aux seuls initiĂ©s, ceux qui savent comment passer de l’autre cĂ´tĂ© du miroir.

Difficile alors de cerner le personnage, de trouver la rĂ©ponse au pourquoi et comment est-il mort, et d’apporter aide et soulagement aux parents.

Le long cheminement de l’auteur vers un semblant de vĂ©ritĂ© au cĂ´tĂ©s de ce jeune homme unique, lunaire, magnifique, est avant tout un chemin vers une meilleure connaissance de lui-mĂŞme et de ce qui l’entoure, de ce vers quoi il veut aller. Un moyen d’Ă©voluer et de se trouver lĂ  oĂą il pensait seulement cerner cet Ă©lève singulier, Ă©nigmatique et magnĂ©tique Ă  l’imagination et Ă  la crĂ©ativitĂ© dĂ©bordantes.

Un livre Ă©trange qui nous parle d’un disparu auquel on s’attache sans parvenir Ă  le cerner vraiment. Mais est-ce vraiment le but, l’auteur ne cherche-t-il pas plutĂ´t Ă  mieux se connaĂ®tre Ă  travers cette relation Ă  l’autre, Ă  celui qui a disparu et Ă  ceux qui l’ont aimĂ©.

Catalogue Ă©diteur : Les Ă©ditions PhĂ©bus

Février 2013 : Bélhazar, un jeune homme sans histoire, décède lors d’un contrôle de police. Accident? Bavure ? Suicide, comme l’avance le rapport officiel ? L’affaire en reste là. Passée sous silence, elle tombe dans l’oubli.

Jusqu’à ce que Jérôme Chantreau décide de mener l’enquête. Professeur de français et de latin, il avait eu pour élève le jeune Bélhazar. L’auteur se plonge dans le passé, interroge les souvenirs.
Mais se heurte à la malédiction qui semble entourer ce drame. Que s’est-il vraiment passé ce soir d’hiver ?

Et par-dessus tout, qui était Bélhazar ? Adolescent hypnotique ? Artiste précoce ? Dandy poète laissant derrière lui un jeu de piste digne d’Alice au pays des merveilles ?

Jérôme Chantreau écrit contre l’oubli, et pour la vérité. Le crime est-il vraiment là où l’on croit ?
Les faits sont réels, mais ils ne disent pas le vrai. Pour comprendre enfin, l’histoire de Bélhazar exige une mise à nu totale : celle de l’auteur. Son engagement inconditionnel emporte le lecteur dans un labyrinthe d’indices et d’émotions.

Parution : 19/08/2021 / Prix : 19,00 € / Format : 20.5 x 14 cm, 320p. / ISBN : 978-2-7529-1237-4

Revenir Ă  toi, LĂ©onor de Recondo

Combler l’absence et retrouver la mère, un roman poĂ©tique hors du temps

Magdalena est une belle jeune femme, actrice, célèbre, aimée de son public et de ceux qui travaillent à ses côtés. Le théâtre et ses rôles comblent sa vie et lui donnent sa confiance. Pourtant on sent en elle une fragilité, une blessure intime profonde comme une plaie toujours ouverte.

Le jour oĂą sa secrĂ©taire Adèle lui annonce « Magda, on a retrouvĂ© ta mère Â» c’est une vĂ©ritable secousse sismique qui la prend et une faille s’ouvre sous ses pieds. Elle n’a qu’une obsession, traverser la France en train pour retrouver l’absente.

Car depuis son enfance, Magda attend le retour de celle qui a un jour passĂ© la porte sans jamais revenir sur ses pas. La jeune fille quelle Ă©tait alors se souvient de ses retours de l’Ă©cole, quand elle allait s’asseoir sur le lit près oĂą sa mère passait ses journĂ©es, dĂ©pressive et mutique. Ses tentatives pour essayer d’obtenir son attention, les bonnes notes, les anecdotes, les mots qu’elle lançait dans le vide sans jamais obtenir son attention. Puis le vide laissĂ© par sa mère. Ce père qui ne savait pas expliquer, qui est parti Ă  son tour, la laissant avec les grands-parents.

Magda s’est construite sur le manque, sur le silence. Une vie bien remplie, brillante, et l’espoir fou que sa mère la retrouve un jour, au hasard d’une coupure de presse, d’une allusion sur sa carrière. C’est enfin arrivĂ© et aujourd’hui c’est elle qui part pour tenter de remplir ce manque.

La maison Ă©clusière oĂą vit sa mère est une quasi ruine, et la femme devant elle a tout d’une clocharde Ă©chappĂ©e d’un hĂ´pital psychiatrique. Dans ce paysage Ă  la sĂ©rĂ©nitĂ© paisible, elle va peu Ă  peu remonter le fil de son histoire, comprendre la fuite, apprivoiser l’absente. Se dĂ©roulent alors des journĂ©es Ă©tranges, parenthèses de vie, pont entre deux âmes, oĂą mère et fille sont des Ă©trangères sans l’ĂŞtre vraiment, Ă  Ă se dire que si le cĹ“ur ne peut pas parler les liens du sang le pourront sans doute.

PortĂ©e par les rĂ´les qu’elle a jouĂ© sans fin depuis des annĂ©es, ces Antigone, ces femmes fortes et solitaires qui ont forgĂ© son caractère, Magdalena se rapproche peu Ă  peu d’Apollonia. Mais il est difficile d’accepter le passĂ©, le vide, l’absence. Peut-elle enfin comprendre la raison de tant d’annĂ©es de douleur, soulever cette chape de silence, comprendre d’oĂą vient le traumatisme.

J’ai aimĂ© rencontrer cette femme dans laquelle les chagrins et la solitude de l’enfance ont laissĂ© de profondes traces et qui malgrĂ© le silence et la tristesse, trouve une consolation dans ces Ă©tranges retrouvailles.

Le cĂ´tĂ© poĂ©tique, Ă©thĂ©rĂ© du texte, mais aussi cette spontanĂ©itĂ© Ă  la limite du crĂ©dible peuvent parfois laisser perplexe. C’est pourtant Ă  petits pas, par ses gestes, ses caresses, ses mots, que la fille va rejoindre sa mère dans les abysses oĂą elle s’est terrĂ©e, et tenter de rĂ©parer enfin le vide laissĂ© par cette si longue absence. On ressent un grand chagrin face Ă  ce gâchis incomprĂ©hensible. Pourtant il y a beaucoup de grâce, de rĂ©silience et d’espoir dans cette rencontre, dans le pourquoi Ă  peine dĂ©voilĂ© de l’absence et de la fuite.

Photos de la rencontre avec LĂ©onor de Recondo aux Correspondances de Manosque

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Lorsqu’elle reçoit un message lui annonçant qu’on a retrouvé sa mère, disparue trente ans plus tôt, Magdalena n’hésite pas. Elle prend la route pour le Sud-Ouest, vers la maison éclusière dont on lui a donné l’adresse, en bordure de canal.
Comédienne réputée, elle a vécu toutes ces années sans rien savoir d’Apollonia. Magdalena a incarné des personnages afin de ne pas sombrer, de survivre à l’absence. Dès lors que les retrouvailles avec sa mère approchent, elle est à nu, dépouillée, ouverte à tous les possibles.
Revenir Ă  toi, c’est son voyage vers Apollonia. Un voyage intĂ©rieur aussi, vers son enfance, son père, ses grands-parents, ses amours. Un voyage charnel, parenthèse furtive et tendre avec un jeune homme de la rĂ©gion. Lentement se dĂ©voile un secret ancien et douloureux, une omission tacitement transmise. 
Revenir à toi, c’est aussi un hommage à Antigone et aux grands mythes littéraires qui nous façonnent. Magdalena a donné vie à des personnages, elle est devenue leur porte-voix. Devant Apollonia, si lointaine et si fragile, sa voix intérieure se fait enfin entendre, inquiète mais déterminée à percer l’énigme de son existence.
En l’espace de quelques jours, dans cette maison délaissée, Magdalena suit un magnifique chemin de réconciliation avec l’autre et avec elle-même. Vie rêvée et vie vécue ne font désormais qu’une.

Parution : 18 AoĂ»t 2021 / Format : 130 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246826828 prix 18.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246826835 prix : 12,99€

Les douces, Judith Da Costa Rosa

Quand les secrets de l’enfance volent en Ă©clat, un roman sur l’amitiĂ© et l’adolescence

Zineb, Bianca, Dolorès et Hannibal sont les quatre meilleurs amis du monde depuis l’Ă©cole primaire. Ils se sont jurĂ© protection et fidĂ©litĂ© depuis l’enfance. Le jour oĂą Hannibal disparaĂ®t sans laisser de trace, le quatuor explose et chacun part vivre de son cĂ´tĂ©, dans le doute et l’affliction. Les trois filles gagnent la capitale. A Paris, la ville de tous les possibles, elles s’Ă©vitent autant qu’elles le peuvent.

Dolorès, bien trop belle pour se contenter de son village, est partie faire des études à la grande ville.
Bianca est devenue influenceuse, le summum de la superficialitĂ©, et elle s’en dĂ©lecte, sauf quand l’un de ses followers dĂ©verse sa haine Ă  chacun de ses posts.
Zineb, mal Ă  l’aise avec son physique, se contente avec une Ă©trange dĂ©lectation de son mĂ©tier d’ouvreuse dans un obscur cinĂ©ma. Elle revisite tous les classiques du troisième art en lisant avec aviditĂ© les mails envoyĂ©s par Hannibal.
Car depuis sa disparition huit ans auparavant, Hannibal envoie des messages Ă  ses trois douces…

Mais un jour, Ă  l’occasion de travaux de terrassement engagĂ©s par la petite fille d’Auguste Meyer, on dĂ©couvre le corps d’Hannibal enfoui dans le parc de la maison de l’artiste. Le sculpteur donnait des cours de porterie Ă  tous les enfants du village dans sa maison. Les quatre insĂ©parables s’Ă©taient connus Ă  cette occasion. Mais l’on peut se demander si les relations ambiguĂ«s qu’il entretenait avec certains enfants ne sont pas rĂ©vĂ©latrices d’une perversitĂ© jamais nommĂ©e, si elles ont entraĂ®nĂ© Ă  la fois des silences et diffĂ©rentes pathologies destructrices chez les jeunes femmes. De ce jour, le silence soigneusement posĂ© sur les ruines de leur enfance vole en Ă©clat.

L’enquĂŞte est menĂ©e par un policier hors normes, ancien sportif, un peu en marge.

Un roman intĂ©ressant qui se lit avec beaucoup de plaisir. Il me semble cependant que de trop nombreux thèmes y sont abordĂ©s, et du coup ils sont noyĂ©s par cette multiplicitĂ© sans ĂŞtre rĂ©ellement traitĂ©s en profondeur par l’autrice. La pĂ©dophilie, l’amitiĂ©, la superficialitĂ© du beau, de l’image et de l’apparence, les rĂ©seaux sociaux, la maladie de Lewy, la relation parents enfants, ici en particulier mère fille, l’adolescence, etc. arrivent pĂŞle-mĂŞle au fil de l’enquĂŞte et de l’évocation des souvenirs. Le dĂ©faut sans doute du premier roman, mais une Ă©criture prometteuse et de qualitĂ©.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Ils Ă©taient quatre, trois filles et un garçon  : Dolorès, Zineb, Bianca et Hannibal. Quatre meilleurs amis devenus comme frère et sĹ“urs, ayant grandi ensemble, connu les joies de l’enfance et les tourments des premiers sentiments, se jurant de ne jamais se sĂ©parer. La vie s’ouvrait Ă  eux  ; le lycĂ©e terminĂ©, ils quitteraient leur village du Sud, dĂ©couvriraient Paris. Mais le soir du bal de fin d’annĂ©e, Hannibal disparaĂ®t et laisse celles qu’il appelait mes douces, seules et interdites.  
Huit ans plus tard, son corps est retrouvĂ©, enterrĂ© dans la propriĂ©tĂ© d’Auguste Meyer, sculpteur cĂ©lèbre de la rĂ©gion et professeur de poterie des quatre enfants qui, jusqu’à sa mort, a nourri pour Dolorès, sa beautĂ©, une Ă©trange fascination. L’Officier Casez est chargĂ© d’enquĂŞter, il convoque les trois jeunes femmes  ; l’une est devenue cĂ©lèbre sur les rĂ©seaux sociaux, l’autre Ă©tudiante, la dernière travaille dans un cinĂ©ma. Elles ne se parlent plus mais continuent de recevoir d’énigmatiques emails signĂ©s Hannibal. L’une le croit vivant, les autres pas.
A mesure qu’il essaie de percer le mystère de leur amitiĂ©, LĂ©o Casez bute sur les interrogations  : quel pacte les liait  ? Qui Ă©tait vraiment Auguste Meyer et pourquoi la mère de Dolorès le protĂ©geait-elle ? En rouvrant les archives du passĂ©, il force les secrets et nous entraĂ®ne dans les souvenirs de cet Ă©tĂ© brĂ»lant, les joies et les tourments de quatre adolescents devenus si tĂ´t adultes.

Format : 143 x 205 mm / Pages : 400 / EAN : 9782246822813 prix 20.90€ / EAN numĂ©rique: 9782246822820 prix 14.99€ / Parution : 12 Mai 2021

Le peintre hors-la-loi, Frantz Duchazeau

Ă  la rencontre d’un artiste mĂ©connu Ă  la folie dĂ©vastatrice

Et si c’Ă©tait tout simplement ça, la Terreur. Celle des hordes qui parcourent le pays pour tuer sans discernement nobles et ouvriers, gens de cour et subordonnĂ©s. Lorsqu’en 1793 le roi Louis XVI meurt sur l’Ă©chafaud, nombreux sont Ă©galement ceux qui perdent la vie ces annĂ©es lĂ . C’est dans ce contexte que Lazare Bruandet, peintre naturaliste portĂ© autant sur la bouteille que sur la bagarre doit fuir la ville.

Mais suite Ă  un coup de sang et une jalousie mal placĂ©e, au retour de chez sa maĂ®tresse il dĂ©fenestre sa compagne. Il ne trouve de salut que dans la fuite Ă  l’abri de cette campagne qui l’a vu grandir. DĂ©jĂ  difficile du temps de son enfance, la vie y est devenue pĂ©rilleuse. Sa maison est en ruine, il se rĂ©fugie alors chez les moines Ă  qui il finira par apprendre Ă  se dĂ©fendre contre les milices. Mais aussi Ă  l’auberge oĂą la servante accorte se prend d’amitiĂ© pour lui, admirative du travail du peintre.

Partout c’est le chaos. On Ă©chappe aux milices pour tomber au mains ou sous les coups de l’armĂ©e ou des pillards. Il faut se dĂ©fendre, mais il faut aussi survivre. C’est ce que fera le peintre dans les forĂŞts qu’il affectionne, lui l’artiste spĂ©cialiste de la nature, amoureux de ces paysages qu’il peint Ă  l’envi. Rien ne lui fait peur, cet artiste alcoolique au mauvais caractère a cependant une certaine dextĂ©ritĂ© Ă  manier l’Ă©pĂ©e et les armes autant que ses pinceaux.

L’ensemble est portĂ© par un graphisme brut, sombre, fait de peu de traits affinĂ©s ou prĂ©cis, mais plutĂ´t d’une sombre reprĂ©sentation Ă  l’image de cette Ă©poque si dangereuse pour ceux qui l’ont connue. Une forme de folie Ă©merge de ces dessins, de ces pages parfois denses et sombres, d’autre fois plus lumineuses, Ă  l’image de l’artiste tout en excès et en fulgurance.

Si le personnage a rĂ©ellement existĂ©, et si sa folie et son amour de la peinture naturaliste sont bien rĂ©els, l’auteur lui a crĂ©Ă© une enfance Ă  la hauteur du personnage. Car il semble qu’il a rĂ©ellement tuĂ© sa compagne et fuit dans la forĂŞt de Fontainebleau, poussĂ© par une forme de folie autodestructrice qui transparaĂ®t Ă  chaque page. Le peintre parisien joue par ailleurs un rĂ´le dĂ©cisif dans le dĂ©veloppement de l’art du paysage. Il est en totale rupture avec le cadre institutionnel de son Ă©poque avec sa pratique de la peinture en plein air dans les forĂŞts environnant Paris.

Quelques œuvres de Lazare Bruandet (1755-1804) peintre français du XVIIIe siècle et paysagiste méconnu.

Catalogue Ă©diteur : Casterman

1793. Louis XVI est condamné à mort tandis que la France est frappée par la Terreur, une véritable guerre civile qui met le pays à feu et à sang. Fuyant la capitale pour trouver refuge à la campagne, un écorché vif au regard inquiétant louvoie dans la forêt. C’est un étrange peintre que voici, dont le nom résonne comme un couperet : Lazare Bruandet a des gestes un peu fous, le verbe haut et le coup d’épée tranchant.
Tiraillé par des souvenirs d’enfance douloureux, hébergé par des moines qui lui demandent de l’aide, Lazare tombe sous le charme d’une jeune aubergiste. L’homme a bien du mal à se retirer de ce monde dont la violence et la bêtise l’agressent, et pour tenter de s’y soustraire, il peint la nature qui le fascine, sans souci d’académisme et de postérité vis-à-vis de son œuvre…

Scénario : Duchazeau, Frantz / Dessin : Duchazeau, Frantz / Couleurs : Drac Parution le 03/03/2021 / ISBN : 978-2-203-20277-1 / Pages : 88 / 20€

Algérie ma déchirure

Un beau livre de Behja Traversac illustré par les aquarelles de Catherine Rossi

De page en page, les souvenirs s’égrènent et font revivre les quartiers d’Alger, les amis, la famille, les Ă©vĂ©nements qui se sont succĂ©dĂ© jusqu’Ă  l’exil.

Un livre qui peut se lire au hasard, ou en tournant chaque page pour y voyager au fil des souvenirs, des thĂ©matiques qui regroupent certains chapitres, comme les voix des femmes, l’exil, l’enfant innomĂ©.
Quelques textes écrits au fil des ans ont trouvé ici leur place.

L’autrice nous fait faire un voyage insolite et Ă©mouvant. Tout au long du livre, on la sent attentive aux autres, en particulier Ă  tous ceux qui ont croisĂ© sa route.
Un récit ponctué de quelques poèmes qui allègent parfois la douleur des instants vécus, de ceux qui ont été subits, rêvés, oubliés parfois. Les souvenirs de ces vies vécues ensemble pendant un temps déjà lointain, puis séparées à jamais.
J’ai apprĂ©ciĂ© ce voyage fait sans aucune amertume, juste au fil des souvenirs, mais que l’on sent toujours empreint d’une grande tendresse pour ce passĂ© rĂ©volu Ă  jamais.

Catalogue éditeur : Chèvre feuille étoilée

Alger, Oujda, Oran, Portsay… une ballade qui nous transporte dans un voyage insolite. Les personnages peu communs qui ont jalonné la vie de l’auteure, appartiennent à une frange de la société rarement évoquée par les historiens ou les sociologues. C’est dans une langue légère, poétique, que Behja Traversac ouvre, ici, les voies de l’intime lorsqu’il tend à l’universel.

ISBN : 9782367951485 / 19,00€

Les confluents, Anne-Lise Avril

Un roman engagĂ©, une mise en garde pour le futur, un superbe Ă©lan d’amour et de vie

Ces confluents, c’est le roman d’une rencontre. Entre elle et lui, parfois, entre deux mondes, deux temporalitĂ©s, deux cultures, pour l’amour des Hommes, de la nature et de la terre, l’amour d’un homme et d’une femme.

Alternant deux pĂ©riodes, 2040 puis de 2009 Ă  2014, l’autrice nous emmène Ă  travers le dĂ©sert, la forĂŞt, la nuit, l’île, Ă  la rencontre de ses personnages.

Elle, grand reporter, parcourt le monde pour observer les forêts et révéler au monde leur disparition, témoin des effets du réchauffement climatique et de la destruction lente mais inéluctable de notre terre.

Lui, photographe de guerre, traverse le monde pour tĂ©moigner des ravages dans les zones en guerre ou celles dĂ©jĂ  touchĂ©es par les effets du rĂ©chauffement climatique, au nom des populations qu’il y rencontre. Tente de comprendre la façon dont les peuples doivent s’adapter en migrant pour survire quelque part, lĂ  oĂą la terre est encore accueillante.

MalgrĂ© leurs activitĂ©s diffĂ©rentes, lorsque ces deux journalistes se croisent en Jordanie, une relation tĂ©nue commence Ă  se tisser. Au fil du temps, de pays en pays, grâce Ă  quelques moments volĂ©s Ă  leur activitĂ©s rĂ©ciproques et Ă  leurs vies privĂ©es, leur relation assez banale au dĂ©part devient profonde et plus intime. La souffrance des autres, la lente dĂ©tĂ©rioration de la planète dont Liouba et Talal sont les tĂ©moins ne les empĂŞche pas de comprendre peu Ă  peu l’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre.

Lui s’acharne Ă  replanter des arbres pour sauver la mangrove, elle part Ă  travers la planète tĂ©moigner des dĂ©tĂ©riorations toujours plus rapides provoquĂ©es par les humains. Mais toujours ils se retrouvent. Leur histoire d’amour pourrait ĂŞtre ordinaire, mais elle est montrĂ©e sous un angle attachant, Ă  la fois teintĂ©e de mĂ©lancolie et d’une certaine fatalitĂ©, et toujours avec beaucoup de douceur.

Anne-Lise Avril nous offre lĂ  une livre poĂ©tique, sensible et humain. Elle Ă©veille nos consciences sans jamais ĂŞtre moralisatrice. En utilisant le futur, elle nous implique sur notre quotidien dĂ©vastateur pour la planète et pour les gĂ©nĂ©rations futures, sans essayer de nous donner de leçons, plutĂ´t en montrant par certains dĂ©tails ce qui dĂ©jĂ  aujourd’hui doit ĂŞtre fait partout dans le monde pour commencer Ă  survivre au rĂ©chauffement climatique, Ă  la lente montĂ©e des eaux, Ă  la destruction des forĂŞts, etc. La nature est omniprĂ©sente, mais aussi la vie, l’amour, qui se rĂ©vèlent Ă  travers ces voyages dĂ©crits avec beaucoup de rĂ©alisme mais toujours avec finesse et sensibilitĂ©. Un roman contemporain, une dystopie nostalgique, mondialiste et intemporelle.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2021

Catalogue Ă©diteur : Julliard

Liouba est une jeune journaliste qui parcourt le monde Ă  la recherche de reportages sur le changement climatique. En Jordanie, elle croise la route de Talal, un photographe qui suit les populations rĂ©fugiĂ©es. Entre eux, une amitiĂ© se noue qui se transforme vite en attirance. D’annĂ©e en annĂ©e, le destin ne cessera de les ramener l’un vers l’autre, puis de les sĂ©parer, au grĂ© de rencontres d’hommes et de femmes engagĂ©s pour la sauvegarde de la planète, et de passages par des théâtres de guerre oĂą triomphe la barbarie. Liouba et Talal accepteront-ils de poser enfin leurs bagages dans un mĂŞme lieu ?
Ce premier roman, grave et mélancolique, a pour fil conducteur l’amour lancinant entre deux êtres que les enjeux du monde contemporain éloignent, déchirent et réunissent tour à tour. Avec cet éloge de la lenteur et du regard, Anne-Lise Avril donne à la nature une place de personnage à part entière, et au fragile équilibre des écosystèmes la valeur d’un trésor à reconquérir.

Née en 1991, Anne-Lise Avril passe les étés de son enfance dans la forêt des Ardennes, où elle découvre le goût de la lecture et l’envie d’écrire. Après le bac, elle étudie en Hypokhâgne et en Khâgne, puis intègre l’école de commerce de Rouen. Après un trimestre d’études à Moscou à l’âge de 24 ans, elle développe une fascination pour la culture russe et une passion pour la photographie et le voyage, qu’elle poursuit dans les années suivantes à travers d’une exploration des pays du Grand Nord et de l’Afrique. Lauréate du concours d’écriture Guerlain, elle publie une nouvelle sur le conflit syrien en 2017 dans un recueil paru au Cherche-Midi. Elle travaille aujourd’hui à la communication d’une entreprise qui finance des projets de reforestation partout dans le monde, Reforest Action, et continue à développer en parallèle une activité de photographe documentaire. De sa curiosité insatiable pour les enjeux environnementaux contemporains, elle a puisé l’inspiration de son premier roman, Les Confluents (Julliard, août 2021).

EAN : 9782260054788 / pages : 208 / Format : 140 x 189 mm / 18.00 € / Parution : 19/08/2021

Pourvu qu’il soit de bonne humeur, Loubna Serraj

Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?

Maya, 15 ans, belle, jeune, mais pas libre. Depuis quelques mois dĂ©jĂ  ses parents ont dĂ©cidĂ© qu’elle ne pouvait plus aller au collège. Une jeune femme n’a pas besoin de trop apprendre puisque son avenir est d’ĂŞtre mariĂ©, savoir ĂŞtre Ă©pouse et mère cela suffit bien. Pourtant chaque jour ou presque, de longues discussions avec Marwan, son frère, lui permettent de continuer Ă  apprendre et Ă  dĂ©battre sur l’actualitĂ©, la gĂ©opolitique mondiale, le monde qui l’entoure dans le Maroc des annĂ©es 40. Jusqu’au jour maudit oĂą on lui annonce qu’elle doit Ă©pouser Hicham.

Il est beau ce jeune homme qu’elle dĂ©couvre le jour du mariage, et la jeune femme est prĂŞte Ă  l’aimer et Ă  se soumettre. Mais c’est sans compter sur la violence qui se dĂ©chaĂ®ne dès la nuit de noce. ViolĂ©e Ă  plusieurs reprises, frappĂ©e, Maya ne sait pas que sa vie vient de basculer dans l’horreur, le silence, la douleur. Celui qui n’a connu que la violence de son propre père rĂ©pète le schĂ©ma Ă  l’envie, pour le plus grand malheur de son Ă©pouse.

Si la famille, la mère, les sĹ“urs, ont compris le martyr que vit Maya, aucune voix ne vient s’Ă©lever pour faire cesser la violence meurtrière. Seul son dossier mĂ©dical Ă  l’hĂ´pital tĂ©moigne des multiples fractures, viols, souffrances, maltraitances qu’elle a dĂ» subir en silence pendant autant d’annĂ©es.

Pourtant Maya la soumise, Maya puits de douleur est une femme libre dans sa tĂŞte, indomptable et indomptĂ©e par celui qui rĂŞvait de la soumettre. Les discussions avec son frère, sa participation Ă  la rĂ©volte marocaine face Ă  l’occupant, ses lectures, ses fleurs et ses rĂŞves sont les tĂ©moins les plus Ă©vidents de cette libertĂ© si chèrement acquise.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, Lilya vit une relation heureuse avec son amoureux. Mais elle ne souhaite absolument pas s’engager Ă  ses cĂ´tĂ©s, car jamais elle n’acceptera de se soumettre au bon vouloir d’un Ă©poux. Dans son corps, elle ressent des douleurs et entend des questionnements qui l’interpellent sur sa filiation, qui est elle et d’oĂą vient-elle ? Et si l’âme de Maya, sa grand-mère, Ă©tait venue la tourmenter pour demander rĂ©paration de ses souffrances. Et si Lilya ne s’autorisait tout simplement pas Ă  vivre libre ? Pour le savoir, elle part Ă  la recherche de cette aĂŻeule, soulève le voile du silence et rĂ©vèle peu Ă  peu la vie de Maya et ses propres contradictions.

De nombreux sujets forts sont abordĂ©s dans ce roman. La violence faite aux femmes, que ce soit au Maroc ou ailleurs, le mariage forcĂ©, l’Ă©ducation des filles qui n’est pas toujours une Ă©vidence. Mais aussi les transmissions transgĂ©nĂ©rationnelles. La psycho gĂ©nĂ©alogie explique parfois les traumatismes dans des familles oĂą les secrets traversent les gĂ©nĂ©rations sans ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©s Ă  ceux chez qui les dĂ©gâts sont les plus importants.

Ce sujet difficile est traitĂ© d’une manière originale grâce Ă  ces deux gĂ©nĂ©rations de femmes qui se retrouvent dans leur soif de libertĂ©, de savoir, d’amour et de vie. Ce roman est le laurĂ©at du Prix Orange du Livre en Afrique 2021, son sujet rejoint Les impatientes, cet autre roman aux multiples rĂ©compenses. Souhaitons lui un aussi beau parcours.

Catalogue éditeur : La Croisée des Chemins et Au Diable Vauvert

Deux Ă©poques.
Deux couples.
Deux voix. Non, plusieurs voix qui traversent le temps pour raconter une vie, deux vies, leurs vies.
À travers une histoire, tour à tour inscrite dans le passé et le présent, aussi parsemée de violence ordinaire que de passion rebelle, le murmure Pourvu qu’il soit de bonne humeur d’abord inaudible, se renforce, devient mantra et arrache sa propre bulle de liberté, inestimable hier comme aujourd’hui.
Comment être libre quand l’idée même de liberté n’est pas envisageable ?
Comment résister à une guerre de l’intime où les bruits des canons deviennent ceux de clés tournant dans la serrure d’une porte ou de pas se rapprochant doucement mais sûrement ?
Comment la peur peut s’insinuer dans les couloirs du temps pour faire passer un message ? Quel message ?
Maya. Lilya. Deux voix. Deux femmes. Deux Ă©poques.
Une intensité. Celle que provoque la liberté.

Loubna Serraj est éditrice et chroniqueuse radio à Casablanca (Maroc). Elle tient également un blog littéraire social et politique sur des sujets d’actualité. Pourvu qu’il soit de bonne humeur, paru au Maroc aux éditions la Croisée des chemins, est son premier roman.

La Croisée des Chemins ISBN 9789920769563 / Parution 2020 / pages 324

Au Diable Vauvert : Parution : 2021-03-18 / pages : 352 / EAN-ISBN : 9791030704105