Ma part de gaulois, Magyd Cherfi

Une lecture rĂ©jouissante et grave, Ă©couter l‘excellent roman de Magyd Cherfi lu par l’auteur lui-mĂȘme et proposĂ© par Audiolib

Dans la citĂ© nord de Toulouse, dans les annĂ©es 80, il ne fait pas bon vouloir lire des romans pour une fille, avoir des rĂȘves de diplĂŽme pour un garçon, et pourtant, avec opiniĂątretĂ© on y arrive doucement et sĂ»rement.

C’est lĂ  que le jeune Magyd va au lycĂ©e pour passer son bac. LĂ  qu’il va le rĂ©ussir, contre toute attente. Et Magyd sera le premier laurĂ©at de sa citĂ© Ă  possĂ©der ce sĂ©same. DiplĂŽme en poche, il s’embarquera non pas pour des Ă©tudes de droit ou pour devenir ingĂ©nieur, comme l’auraient rĂȘvĂ© ses parents, mais bien pour faire de la musique, puisqu’il a Ă©galement remportĂ© avec son copain un concours qui sera dĂ©terminant pour sa carriĂšre.

Mais tout l’intĂ©rĂȘt de ce livre tient davantage dans le ton, les situations, les moments de vie de Magyd et sa bande de copains de la citĂ©. Quand le jeune Magyd prend un livre, il se fait toujours traiter de pĂ©dale par les autres gamins, quand une fille prend un livre, elle se fait tabasser par pĂšre et frĂšre, car une femme doit rester humble, soumise, Ă  la maison, pas besoin de se polluer la tĂȘte avec des romans Ă  l’eau de rose ou des choses top intellectuelles. Bien sĂ»r, impossible de porter plainte, car c’est la honte pour elle, pour la famille, reflet de la condition des femmes et des filles de toute une Ă©poque.

Alors il y a la mĂšre, qui veut le succĂšs de son fil, le pĂšre, les copains, les filles et les française, ce ne sont pas les mĂȘmes bien sĂ»r, car celles de la citĂ©, on n’y touche pas. Il y a aussi la violence faite aux femmes, Ă©ternellement prĂ©sente, Ă©videment cachĂ©e, jamais dĂ©noncĂ©e, mĂȘme si ces jeunes lĂ  en sont le plus souvent tĂ©moins. Il y a les bagarres, les ruptures avec ceux qui ne comprennent pas l’envie de lire, que l’on ose cette trahison qui est d’apprendre, de vouloir maitriser la langue de Flaubert.

L’Ă©criture est superbe, taillĂ©e Ă  la serpe dans les expressions de cette banlieue Ă  la fois dĂ©routante et attachante. Les mots sont justes, posĂ©s sur les sentiments, les Ă©vĂ©nements, les situations cocasses ou dramatiques. Et surtout, il y a ce double niveau de langage que l’on retrouve tout au long du texte – et ici avec encore plus d’acuitĂ© car dit avec le bel accent de Toulouse par l’auteur-, celui des bandes de la citĂ©, vulgaire, simple, Ă©ventuellement Ă©tant un mot bien trop compliquĂ© pour ĂȘtre employĂ©, et puis le bonheur que l’on sent Ă  manier la langue, la belle, celle de Brassens ou des auteurs classiques, celle qui rend heureux celui qui l’emploie pour Ă©crire ou pour dĂ©clamer.

De ce roman en grande partie autobiographique, dit par Magyd Cherfi, je retiens surtout une ambiance qui exhale dans toutes ces phrases, qui laisse entrevoir Ă  la fois rĂ©volte et acceptation de ce qui est et que l’on ne peut changer, nostalgie de cette pĂ©riode malgrĂ© ses difficultĂ©s, et tout au long, cette pugnacitĂ© qui l’a menĂ© au bout de ses rĂȘves, sans jamais abandonner les copains, la famille, et toujours prĂ©sente, la citĂ©.
Celui qui nous avait fait « Tomber la chemise », puisque parolier et chanteur du groupe Zebda, est ici poĂšte des mots et artisan de son enfance, de son adolescence, de sa vie future. Cette vie qu’il rĂ©ussira Ă  construire en trouvant avec sa part de Gaulois, sa vĂ©ritable identitĂ©, lui qui possĂšde une double culture, originaire d’AlgĂ©rie et cependant tout Ă  fait français.

Catalogue Ă©diteur : Audiolib

Printemps 1980, l’avĂšnement de Mitterrand est proche. Pour Magyd – lycĂ©en beur d’une citĂ© de Toulouse – c’est le bac. Il sera le premier laurĂ©at de sa citĂ©, aprĂšs un long chemin parcouru entre la pression de sa mĂšre et les vannes des copains. Ce rĂ©cit intime, unique et singulier, Ă©claire la question de l’intĂ©gration et les raisons de certains renoncements. 
Avec gravitĂ© et autodĂ©rision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identitĂ© et les impasses de la rĂ©publique. Souvenir vif et brĂ»lant d’une rĂ©alitĂ© qui persiste, boite, bĂ©gaie, incarnĂ© par une voix unique, Ă©nergie et luciditĂ© intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vĂ©ritĂ©s Ă  lui tout seul ! 

Date de parution : 19 Avril 2017 / DurĂ©e : 6h14 / Éditeur d’origine : Actes Sud / Date de parution : 17/08/2016 / EAN : 9782330066529

Assassins ! Jean-Paul Delfino

Quand l’Histoire et le roman se rejoignent, Jean-Paul Delfino rĂ©ussit avec « Assassins ! Â» une superbe biographie romancĂ©e d’Émile Zola

Zola et J’accuse ! Delfino et Assassins ! Deux exclamations pour un seul homme, Émile Zola, l’italien, l’antisĂ©mite, le dĂ©fenseur des droits de ses concitoyens, l’écrivain, l’homme de L’affaire Dreyfus !

En cette nuit du 28 septembre de 1902, alors qu’il est couchĂ© dans son lit, Zola ressent douleurs et malaises, sa femme Ă©galement. Il mourra finalement au petit matin, asphyxiĂ© par un poĂȘle Ă  bois dĂ©fectueux. Mais pour nous lecteurs, Jean-Paul Delfino fait une incursion dans les pensĂ©es du cĂ©lĂšbre Ă©crivain et le laisse dĂ©rouler toute sa vie dans sa tĂȘte.

Son enfance Ă  Aix en Provence, son pĂšre Ă©migrĂ© italien, les espoirs de fortune grĂące au canal qu’il rĂȘvait de construire, puis la faillite Ă  la suite de la mort prĂ©maturĂ©e du pĂšre, la famille ruinĂ©e, les procĂšs et la dĂ©chĂ©ance dans les appartements successifs toujours de plus en plus exigus, la folie de la mĂšre, les difficultĂ©s des Ă©tudes pour ce fils d’émigrĂ© qui s’est construit tout seul, depuis le poste salvateur chez Hachette, oĂč il va gravir les Ă©chelons et apprendre les ficelles du mĂ©tier d’écrivain jusqu’au succĂšs que l’on connait.

Car vint ensuite le succĂšs et l’affirmation du talent de celui qui se rĂȘvait poĂšte. Il sera avant tout le gĂ©nial auteur des Rougon-Macquart, cette fresque qui en vingt 20 romans retrace la vie parisienne des annĂ©es 1870 Ă  1893, personnifiant non seulement l’époque mais aussi la sociĂ©tĂ© du Second Empire dans laquelle il Ă©volue.

Zola, c’est aussi un engagement dans cette sociĂ©tĂ© largement et ouvertement antisĂ©mite, et le « J’accuse ! Â» qu’il publie pour dĂ©fendre Dreyfus, alors injustement accusĂ© et condamnĂ© et dont l’affaire divise la France, lui a valu bien des inimitiĂ©s.

Car n’oublions pas qu’à cette Ă©poque, l’antisĂ©mitisme occupe une grande place. Édouard Drumont (comme Maurice BarrĂšs ou Maurras pour ne citer qu’eux) proclame ouvertement sa haine des juifs et la prĂŽne avec virulence  dans les colonnes de La Libre Parole, sans parler de son best-seller, La France juive. Il n’hĂ©site pas Ă  tout faire pour soulever le peuple, mais aussi Ă  avoir recours Ă  des hommes de mains pour rĂ©aliser les basses besognes qui pourront lui permettre de faire triompher cet antisĂ©mitisme largement rĂ©pandu dans le pays.

La rĂ©ponse de Zola en faveur d’une rĂ©publique fraternelle aurait-elle dĂ©clenchĂ© une vengeance ? C’est en tout cas ce qu’imagine Jean-Paul Delfino au fil des pages.

L’auteur dĂ©roule la vie et les derniers instants du grand Homme. Alternant les souvenirs de Zola, qui viennent ici comme une biographie romancĂ©e du cĂ©lĂšbre Ă©crivain, avec les faits historiques sur la situation de l’époque et les manigances des politiques, journalistes et opposants antidreyfusards, puis avec ceux, imaginaires mais pas seulement, sur le coup montĂ© perpĂ©trĂ© contre Zola lors de cette derniĂšre nuit.

C’est tout simplement passionnant. Plus facile Ă  lire qu’une biographie qui aurait pu ĂȘtre fastidieuse, l’intrigue est prenante, l’homme est passionnant, l’écrivain est Ă  la fois charismatique et symbolique de cette Ă©poque, dans le Paris de la fin du XIXe-dĂ©but XXe.

Du mĂȘme auteur, j’avais aimĂ© et je vous conseille le roman Les pĂȘcheurs d’étoiles qui Ă©voque une traversĂ©e de Paris bien singuliĂšre par Erik Satie et Blaise Cendras.

Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

En 1898, la publication de J’accuse
 ! plonge la France dans un climat dĂ©lĂ©tĂšre oĂč l’antisĂ©mitisme s’affiche fiĂšrement. Au cƓur de l’affaire, Émile Zola, conspuĂ© par les ligues d’extrĂȘme droite, est identifiĂ© comme l’homme Ă  abattre. Aussi, lorsqu’en 1902 l’auteur des Rougon-Macquart succombe Ă  une intoxication au gaz mĂ©phitique, la piste du meurtre ne peut ĂȘtre Ă©cartĂ©e. Reste Ă  savoir qui, parmi ses proches ou ses dĂ©tracteurs, avait tout intĂ©rĂȘt Ă  le faire taire.
Assassins ! retrace la vie passionnante du gamin d’Aix-en-Provence devenu un mythe littĂ©raire. Car, Ă  l’heure de mourir, que valent les honneurs face au poĂšme dĂ©diĂ© Ă  un premier amour ? Que pĂšse le succĂšs face aux caresses d’une lingĂšre ? Au cours de cette nuit Ă  bout de souffle, les souvenirs se bousculent et les suspects s’invitent dans les derniĂšres pensĂ©es du condamnĂ©.

ScĂ©nariste et auteur d’une vingtaine de romans, Jean-Paul Delfino a rĂ©cemment publiĂ© aux Éditions Le Passage Les PĂȘcheurs d’étoiles (autour de Cendrars et Satie) et Les Voyages de sable (prix des RomanciĂšres 2019, Saint-Louis), plĂ©biscitĂ©s par la critique.

280 pages / 18€ / Paru le 5 septembre 2019 / ISBN : 978-2-35087-546-0

Mon inventaire 2019

Quand ton blog te rappelle qu’il y a 5 ans Domi C Lire prenait forme peu Ă  peu jusqu’Ă  devenir ce rendez-vous indispensable qui me permet de partager ma passion.

Happy Anniversary with WordPress.com !

Comme le temps file vite, je ne les ai pas vues passer ces cinq annĂ©es, Ă  lire, puis Ă©crire quelques lignes pour partager ici mes coups de cƓur, 💙💙💙, 💙💙💙💙, 💙💙💙💙💙 que ce soit Ă  propos de nouvelles lectures, de rencontres avec des auteurs, d’expositions, de musĂ©es, et de toutes les dĂ©couvertes de lieux qui m’ont intĂ©ressĂ©e avec les Que faire Ă  ?.

Il est grand temps de faire ici Mon inventaire 2019 ! Mais qu’il est difficile d’ĂȘtre concis avec un peu plus de 180 livres tous genres confondus lus dans l’annĂ©e. Je n’en voulais que dix, ils seront douze…

Ces romans qui m’ont fait vibrer, qui m’ont apportĂ© quelque chose

Amour propre, Sylvie Le Bihan

Le cƓur battant du monde, SĂ©bastien Spitzer

Rien n’est noir, Claire Berest

Manifesto, LĂ©onor de Recondo

Ces premiers romans bouleversants

Le bal des folles, Victoria Mas

Ă  crier dans les ruines Alexandra Koszelky

Comme la chienne, Louise ChenneviĂšre

Suiza, Bénédicte Belpois

Ces romans policiers ou thrillers qui m’ont sortie de mon quotidien

Surface, Olivier Norek

La mort selon Turner, Tim Willocks

Ce roman en format poche, Ă  lire Ă  faire lire

Manuel Ă  l’usage des femmes de mĂ©nage, de Lucia Berlin

Ce roman young adulte que j’attendais

Je n’ai pas trahi, FrĂ©dĂ©ric Couderc

Et vous ? Quels livres avez-vous envie de partager de votre annĂ©e 2019, et quels conseils pour l’annĂ©e qui vient ?

Les triplĂ©s et leur super grand-pĂšre, Nicole Lambert

Les triplés de Nicole Lambert ont déjà 35 ans et sont toujours aussi jeunes

J’ai rencontrĂ©e Nicole Lambert tout Ă  fait par hasard, pour une rencontre-signature lors des JournĂ©es d’entraide de la LĂ©gion d’honneur, au Palais de la LĂ©gion d’honneur. Ces inoubliables triplĂ©s qui avaient fait la joie de mes enfants et qui s’adressent encore Ă  moi avec ce super grand-pĂšre, je n’ai pas rĂ©sistĂ© ! MĂȘme si ce grand-pĂšre-lĂ  a Ă©tĂ© Ă©crit il y a prĂšs de vingt ans, peut-ĂȘtre le temps qu’il nous aura fallu pour devenir grands-parents ?

Le personnage du grand-pĂšre :
Grand pĂšre est drĂŽle et sarcastique. Il reprĂ©sente l’ancienne gĂ©nĂ©ration confrontĂ©e Ă  la nouvelle. Il est tout Ă  fait « gĂąteux » de ses petits-enfants, avec une prĂ©fĂ©rence Ă©hontĂ©e pour sa petite fille.

En quelques planches, elle raconte des anecdotes toujours aussi mignonnes et formidablement rĂ©alistes avec ces trois triplĂ©s adorables et chenapans. ils sont un peu vieille France peut-ĂȘtre, et pas toujours dans l’air du temps ? Mais terriblement attachants.

En parcourant les planches avec leurs bouilles et leurs rĂ©flexions, je revois quelques situations semblables avec mes petits-fils. Comme se disputer une piĂšce en or pendant des heures (dix ou vingt centimes d’euros !), ou encore me demandant si la maison datait de la mĂȘme Ă©poque que les trains Ă  vapeur, pour savoir si elle Ă©tait vraiment « vieille Â».

Nicole Lambert a l’art de mettre en images ces mots d’enfants qui nous rĂ©galent, et de leur rendre vie. On ne s’en lasse pas. Les planches sont courtes, une page le plus souvent, donc facile Ă  lire pour que les enfants prennent plaisir Ă  Ă©couter.

Catalogue Ă©diteur : Les Ă©ditions Nicole Lambert

Les TriplĂ©s fĂȘtent leur 35Ăšme anniversaire.
Nicole Lambert, l’auteur et l’éditeur des TriplĂ©s a passĂ© son enfance Ă  dessiner et Ă  Ă©crire des histoires. Elle est nĂ©e Ă  Paris dans une famille d’artistes. Son grand-pĂšre, relieur, lui donne le goĂ»t du dessin et des livres.
C’est en 1983 qu’elle publie sa premiĂšre bande dessinĂ©e, «Les TriplĂ©s», dans le magazine Madame Figaro.  Le succĂšs est tel qu’elle s’y consacre bientĂŽt entiĂšrement.

Format : 18,5 x 24 cm / 32 pages couleurs / Prix : 8,17 € / ISBN 2-913389-10-6 / parution : 2000

Le Roi Dagobert : Le dragon gascon, Christophe Loupy et HĂ©loĂŻse Solt

Le bon roi Dagobert a tout mis à l’endroit, mais une nouvelle renversante l’attend en son chñteau. Un joli livre jeunesse qui plaira à ses lecteurs

Mais qu’il est drĂŽle ce joli recueil d’histoire de France, heu, non, d’aventure, ou peut-ĂȘtre cette nouvelle mĂ©diĂ©vale ? En tout cas c’est une histoire savoureuse, avec de jolies illustrations dynamiques et colorĂ©es, un texte facile Ă  lire, avec quelques rĂ©fĂ©rences historiques et des mots adaptĂ©s aux jeunes, ni trop simples, ni trop difficiles.

Le bon roi Dagobert, roi valeureux et courageux, rentre de guerre. Il est bien heureux de regagner son domaine.  Mais c’est sans compter sur le dragon qui est venu occuper le chĂąteau pendant son absence. Alors comment faire pour l’en dĂ©loger ? Car un dragon, c’est fort, grand, et ça crache du feu, c’est bien connu.

Tous s’y essayent, un seul y rĂ©ussira
 force, fouge, peur ou crainte, rien n’y fait, seule l’intelligence du jeune Artagnan viendra Ă  bout (ou pas) de l’horrible bĂȘte. Avec des rĂ©fĂ©rences trĂšs actuelles, malgrĂ© un sujet qui se veut d’histoire, Le roi Dagobert est bien ancrĂ© dans le prĂ©sent et fera le bonheur de ses petits lecteurs.

Manque juste, comme souvent dans les livres jeunesse, une mention du conseil d’ñge idĂ©al pour ses lecteurs.

Catalogue Ă©diteur : Little Urban

Le Roi Dagobert revient de la guerre. Il n’a qu’une envie, rentrer chez lui. Ce jour-là, il a tout mis à l’endroit. Sa culotte ? À l’endroit. Son armure ? À l’endroit. Son cheval ? À l’endroit. Son chñteau, par contre
 Il est pris d’assaut par un terrible dragon gascon.
La nouvelle sĂ©rie mĂ©diĂ©vale culottĂ©e : le roi Dagobert a mis l’Histoire Ă  l’envers ! Batailles Ă©piques et fous rires garantis pour une premiĂšre aventure qui se tient en haut lieu : la Gascogne.
64 pages / ISBN 9782374081878 / Parution : 4 octobre 2019 / Prix : 8€

Opus 77, Alexis Ragougneau

Se laisser emporter par la musicalitĂ© de ce roman envoĂ»tant et virtuose d’Alexis Ragougneau

Tout commence dans une Ă©glise, une femme est au piano. Ariane, artiste de renommĂ©e mondiale, vient jouer pour les obsĂšques de Claessens, son pĂšre, lui-mĂȘme mĂ©lomane, d’abord pianiste, puis chef d’orchestre de l’Orchestre de la Suisse romande.

Ariane, un quart de siĂšcle et des cheveux de feu, va peu Ă  peu tirer les fils enchevĂȘtrĂ©s de cette famille dĂ©sunie. Une mĂšre chanteuse soprano d’origine israĂ©lienne qui s’est murĂ©e dans le silence et la folie, un pĂšre musicien qui ne pouvant plus jouer est devenu chef d’orchestre, un frĂšre, David,  violoniste enfermĂ© dans un bunker qui lui assure un silence total. Chacun a un talent de musicien, mais on dirait que leur plus grande obsession est de le gĂącher, de ne pas s’en servir, en dehors d’Ariane qui sort du cadre.

Face Ă  l’image si forte du pĂšre, comment peut-on se construire ? Car tout se passe entre ombre et lumiĂšre, rĂ©ussite et Ă©chec, espoir et dĂ©sillusions, travail et abandon. Peu Ă  peu se dessinent les contours d’une famille de prodiges qui ayant toutes les clĂ©s en eux pour rĂ©ussir vont plonger inexorablement dans l’échec et la folie. Avec en trame de fond un silence pesant, celui du bunker, celui de la salle de spectacle, celui de l’église quand l’artiste pose ses mains sur le piano et indique que tout est fini.

Aux obsĂšques, le fils prodigue est absent, et Ariane l’appelle et lui narre (ou Ă  nous lecteurs ?) cette vie de famille si compliquĂ©e, le poids de cet opus sur leurs vies Ă  tous. Tout le roman se dĂ©roule au rythme du Concerto pour violon n°1 en La mineur Opus 77, composĂ© par DImitri Chostakovitch. Chaque chapitre commence comme les quatre mouvements du concerto, Nocturne, Scherzo, Passacaglia, Burlesque, au milieu desquels s’insĂšre la cadence. Le ton est donnĂ©, la musique, sa force et sa passion dĂ©vorante vont nous emporter.

Il y a la mort, présente tout au long du roman et dÚs les premiÚres pages avec le pÚre omnipotent.
Il y a les relations ambiguĂ«s entre un fils et son pĂšre, apaisĂ©es entre une fille et son pĂšre, fusionnelles une sƓur et son frĂšre.
Il y a la puissance destructrice de la passion pour un instrument, pour la rĂ©ussite aux concours – ici l’auteur nous dit tout du Concours musical international Reine Élisabeth de Belgique – et leur exigence dĂ©vastatrice pour atteindre la perfection.

L’auteur rĂ©ussi le prodige de nous intĂ©resser et de nous faire vibrer avec ses musiciens, de nous donner l’impression que nous comprenons tout, l’exigence, la douleur, les heures de rĂ©pĂ©titions, la solitude du musicien face Ă  son jury, face Ă  la salle.

J’ai aimĂ© cette immersion dans un monde inconnu et trĂšs exigeant. Alexis Ragougneau dit les sĂ©lections, les concours, le travail acharnĂ© pour devenir le meilleur, le soliste que tout la monde va s’arracher. Mais aussi l’inextricable complexitĂ© des sentiments, face Ă  un pĂšre qui domine par son aura une famille dans laquelle les enfants ont du mal Ă  trouver leur place. Il se dĂ©gage de ces pages une belle musicalitĂ© des mots, des sentiments, des personnages, aimables ou pas, troublants dans leur façon de rĂ©agir, Ă©mouvants dans leur solitude et leur prison de silence.

Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy

« Un jour, dans mille ans, un archĂ©ologue explorera ton refuge. Il comprendra que l’ouvrage militaire a Ă©tĂ© recyclĂ© en ermitage. Et s’il lui vient l’idĂ©e de gratter sous la peinture ou la chaux, il exhumera des fresques colorĂ©es intitulĂ©es La Vie de David Claessens en sept tableaux. Je les connais par cƓur, ils sont gravĂ©s Ă  tout jamais dans ma mĂ©diocre mĂ©moire, je peux vous les dĂ©crire, si vous voulez faire travailler votre imaginaire :

L’enfant prodige choisit sa voie.
Il suscite espoirs et ambitions.
Le fils trĂ©buche, s’éloigne, ressasse.
Dans son exil, l’enfant devient un homme.
Le fils prodigue, tentant de regagner son foyer, s’égare.
Blessé, il dépérit dans sa prison de béton.

Mais Ă  la diffĂ©rence des tapisseries de New York, ton histoire est en cours ; il nous reste quelques tableaux Ă  Ă©crire, toi et moi, et je ne dĂ©sespĂšre pas de te faire sortir un jour du bunker. La clĂ© de ton enclos, de ta cellule 77, c’est moi qui l’ai, David. Moi, Ariane, ta sƓur. »

Parution : 05/09/2019 / ISBN : 9791097417437 / Pages : 256 / Prix : 19€

GrassKings, Matt Kindt et Tyler Jenkins

GrassKings, une BD de la sĂ©lection Polar Sncf et Fauve d’AngoulĂȘme 2020, Ă©ditĂ©e par Futuropolis

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De 1450 Ă  aujourd’hui, aux États-Unis. GrassKings, une ville hors du monde, avec ses propres rĂšgles, ses lois et sa communautĂ© soudĂ©e et autonome. On dit mĂȘme que Grasskings hĂ©bergerait un tueur…

Nul ne peut pĂ©nĂ©trer dans GrassKings, les tireurs veillent, et si les intrus en ressortent vivant c’est qu’on l’a bien voulu. Mais ceux de Cargill, la ville Ă  cĂŽtĂ©, sont bien trop curieux. Quand Lo vient fouiner par-lĂ , c’est bien pour qu’il puisse rapporter l’avertissement au shĂ©rif Humbert qu’on le laisse repartir.

La ville est gouvernĂ©e par Robert, qui reste pourtant affalĂ© dans son fauteuil Ă  bascule en buvant ses biĂšres tout au long de la journĂ©e. C’est Ashur, son frĂšre, qui veille pour maintenir le royaume en l’état. Car robert est perdu dans ses pensĂ©es sombres, des annĂ©es auparavant, sa fille Rose a disparu pendant qu’il la gardait. sa disparition est restĂ©e inexpliquĂ©e, faisant voler en Ă©clats la vie de Robert. Depuis, ses pensĂ©es et son esprit errent sur les berges oĂč elle a Ă©tĂ© vue pour la derniĂšre fois.
Mais la femme du shĂ©rif de Cargill vient se rĂ©fugier Ă  Grasskings, elle sort de l’eau telle une Rose ressuscitĂ©e. TroublĂ©, hĂ©sitant, Robert dĂ©cide de l’hĂ©berger. Pourtant il le sait, les complications ne font que commencer…Car le shĂ©rif ne l’entend certainement pas de cette oreille.

L’intrigue se dĂ©roule et nous perd dans ses mĂ©andres malsains et lourds de suspicion. Le rĂ©cit actuel alterne avec des flashbacks, des scĂšnes de violence essentiellement, des temps anciens, depuis l’occupation des terres par les indiens et leur spoliation par les migrants jusqu’Ă  aujourd’hui. Comme si la terre elle-mĂȘme restituait aux hommes tout le mal qu’il lui ont fait.

Cet Ă©tonnant graphisme prend des airs d’inachevĂ©, tantĂŽt fait de coups de traits fins et prĂ©cis, tantĂŽt de grandes touches de couleurs imprĂ©cises, et embarque ses lecteurs dans une intrigue pour le moins complexe.

Un rĂ©cit de Matt Kindt, dessin et couleur de Tyler Jenkins, est publiĂ© en trois tomes de 6 Ă©pisodes chacun, qui reprennent la version de la bande dessinĂ©e amĂ©ricaine. Il m’en reste donc encore deux Ă  dĂ©couvrir.

Cette BD fait partie de la sélection 2020 du Prix SNCF du Polar, retrouvez tous les titres en compétition ici.

Catalogue Ă©diteur : Futuropolis

Un bien étrange royaume dominé par trois frÚres, Bruce, le shérif au passé tumultueux, Ashur, le plus jeune et surtout Robert.
Robert est devenu alcoolique Ă  la suite de la disparition de sa fille des annĂ©es auparavant. Depuis sa femme l’a quittĂ©, et il est devenu asocial.
Ce petit village cache de lourds secrets. Les morts violentes sont omniprĂ©sentes depuis la nuit des temps. L’arrivĂ©e de la femme en fuite du shĂ©rif du comtĂ© voisin, Humbert Jr, ravive les tensions. Robert voit en elle sa fille devenue adulte. Mais pour beaucoup, elle a Ă©tĂ© victime d’un tueur en sĂ©rie, peut-ĂȘtre un membre de la communautĂ©. C’est ce que voudrait dĂ©montrer Humbert Jr.

185 x 290 mm / 176 pages / Prix de vente : 22 € / ISBN : 9782754825092