Une ascension, Stefan Hertmans

Passionnant, instructif, émouvant, révoltant. Une lecture pour comprendre

En 1979, alors qu’il se promenait Ă  Gand, en Belgique, l’auteur est tombĂ© sous le charme d’une maison qu’il dĂ©cide aussitĂ´t d’habiter. Il y passera vingt ans avec sa famille. Alors qu’il a dĂ©jĂ  quittĂ© cette maison, il dĂ©couvre qu’un certain Willem Werhulst a vĂ©cu lĂ  avec toute sa famille, des annĂ©es auparavant. Mais ce qui le frappe Ă  lui en donner le vertige, c’est que cet homme Ă  priori ordinaire a intĂ©grĂ© la SS et a Ă©tĂ© très fortement impliquĂ© dans une collaboration intense avec le IIIe Reich.

S’ensuit alors pour Stefan Hertmans une pĂ©riode d’enquĂŞte, de recherches, de rencontres pour tenter de comprendre qui Ă©tait Willem Werhulst. Et pourquoi n’a t-il lui-mĂŞme rien senti, imaginĂ©, compris, lorsqu’il a vĂ©cu entre ces murs.

Qui Ă©taient Mientje, l’Ă©pouse et Letta, Adri et Suzy les enfants de cet homme ? Des complices aussi pervers que lui, des victimes qui n’avaient d’autre choix que se plier Ă  ses exigences Ă  une Ă©poque oĂą il Ă©tait plus sĂ»r de se taire. Comment femme et enfants ont ils supportĂ© le mal, en adoptant la mĂŞme attitude, en l’ignorant. Les enfants Ă©taient-ils au courant des agissements du père. Leur mère Ă©tait-elle elle aussi soumise, consentante, ou forcĂ©e Ă  vivre sous le mĂŞme toit sans accepter ses dĂ©rives.

Comment ce père de famille est devenu celui qui espionne, fait des listes, note les noms de ceux qui pourront ĂŞtre ensuite arrĂŞtĂ©s, avec autant de rĂ©gularitĂ© et d’assiduitĂ©. Comment autant de noirceur n’a t-elle pas laissĂ© de traces dans cette maison? Les maisons sont elles porteuses des actes et des mots qui se dĂ©roulent entre leurs murs ?

Autant de questions auxquelles l’auteur tente de rĂ©pondre. En nous prĂ©sentant un homme ordinaire, un mari, un père, mais aussi un SS convaincu et zĂ©lĂ©. Peu Ă  peu, Ă  travers une somme d’actions bĂ©nignes Ă  priori, dans le contexte sombre de la seconde guerre mondiale, il nous montre les changements qui s’opèrent en Willems.

Ă€ cĂ´tĂ© des faits, textes, lettres, Ă©crits des enfants, tĂ©moignages qu’il a longuement consultĂ©s, l’auteur recrĂ©e un contexte, des mots, des attitudes, des relations dans le couple, avec la communautĂ© autour, c’est tout l’art de l’Ă©crivain de nous faire vivre le passĂ© comme si nous y assistions.

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Trad. du néerlandais par Isabelle Rosselin

Se promenant dans sa ville natale de Gand un jour de 1979, le narrateur tombe en arrĂŞt devant une maison : visiblement Ă  l’abandon derrière une grille ornĂ©e de glycines, cette demeure l’appelle. Il l’achète aussitĂ´t et va y vivre près de vingt ans.
Ce n’est qu’au moment de la quitter qu’il mesure que ce toit fut Ă©galement celui d’un SS flamand, profondĂ©ment impliquĂ© dans la collaboration avec le Troisième Reich. Le lieu intime se pare soudain d’une dimension historique vertigineuse : qui Ă©tait cet homme incarnant le mal, qui Ă©taient son Ă©pouse pacifiste et leurs enfants ? Comment raconter l’histoire d’un foyer habitĂ© par l’abomination, l’adultère et le mensonge ?
À l’aide de documents et de témoignages, le grand romancier belge Stefan Hertmans nous entraîne dans une enquête passionnante qui entrelace rigueur des faits et imagination propre à l’écrivain. Examen d’un lieu et d’une époque, portrait d’un intérieur où résonnent les échos de l’Histoire, Une ascension est aussi une saisissante plongée dans l’âme humaine.

Parution : 13-01-2022 / 480 pages / ISBN : 9782072940996 / 23,00 â‚¬

Tamara par Tatiana, Tatiana de Rosnay

Tamara de Lempika, une artiste qui fascine

Tatiana de Rosnay a rencontrĂ© Tamara de Lempika alors qu’elle avait quinze ans. RencontrĂ©e, vraiment ? Non, mais c’est tout comme, et depuis l’image de Tamara triomphante au volant d’un Bugatti verte l’accompagne. Ce sont sans doute ces longues annĂ©es qui ont crĂ©e cette forme de complicitĂ© exprimĂ©e ici par le tutoiement.

Car ce livre est un long monologue oĂą Tatiana s’adresse Ă  Tamara, pour dire la Talentueuse, Ambitieuse, MagnĂ©tique, Arrogante, Rebelle, Artiste qu’elle a Ă©tĂ©.

NĂ©e en 1899, ou 1902, ou 1895, 1898 ? A Varsovie, Ă  Saint-PĂ©tersbourg ?… Comme on le remarque, cela commence par ĂŞtre un peu flou et cela le restera toute sa vie. Car elle brode, raconte, arrange pour que sa vie corresponde Ă  ses desiderata. Qu’importe, celle qu’on aime c’est l’artiste, la femme qui aimait la fĂŞte, les hommes, la peinture et exercer son art comme un homme l’aurait fait, en toute indĂ©pendance.

Tout au long de ces pages, j’ai dĂ©couvert avec intĂ©rĂŞt et plaisir la famille, les maris, la fille, mais surtout l’artiste peintre, le succès puis l’oubli, les toiles, les expositions, les folies, de Tamara de Lempika.

L’ouvrage original paru chez Michel-Lafon permet de dĂ©couvrir les photos de Charlotte Jolly de Rosnay. Mais dans la version parue chez Pocket, il y a ces mots de Tatiana Ă  Tamara pour raconter la jeune fille, la femme, l’artiste, l’Ă©pouse, celle qui aime la fĂŞte, le succès, la vie et l’art. Celle qui peint sans relâche, portraits emblĂ©matiques d’un style, d’une Ă©poque. Mais par dessus tout il y a l’artiste que l’on aime souvent passionnĂ©ment aujourd’hui encore, et que personne n’a oubliĂ©.

Si vous ne la connaissez pas encore, si vous aimez ses toiles et son art tout Ă  fait en symbiose avec son Ă©poque, vous allez dĂ©vorer ce roman. Cette Ă©tonnante biographie fait Ă©galement le lien avec les souvenirs de l’autrice, sa relation avec l’artiste, son pays, sa famille.

Catalogue Ă©diteur : Pocket

Depuis qu’elle a posé les yeux, à 15 ans, sur une toile de Tamara de Lempicka, Tatiana de Rosnay n’a cessé d’être fascinée par son œuvre et sa vie : au volant de sa Bugatti verte, la reine des Années folles y construit déjà sa propre légende, faite de scandales et de secrets, d’élégance totale et d’exils constants.
Une vie plus grande que la vie, que la romancière restitue pour nous avec la passion intacte de son premier choc esthétique.

EAN : 9782266321549 / Nombre de pages : 304 / 6.95 €

Alsace, rĂŞver la province perdue 1871-1914, MusĂ©e national Jean-Jacques Henner

A la suite de la guerre de 1870 et du traitĂ© de Francfort la France doit cĂ©der l’Alsace et une partie de la Lorraine Ă  l’Allemagne. Cela va durer 47 ans. Ces territoires qui sont alors nommĂ©s les « Provinces perdues » vont dès lors faire l’objet d’un vĂ©ritable culte dans le reste du pays.

Jean-Jacques Henner en fera un tableau emblĂ©matique « L’Alsace, elle attend » ainsi que de nombreux autres visibles dans le musĂ©e.
De l’Alsace pittoresque Ă  l’image des provinces perdues, des alsaciens exilĂ©s Ă  Paris au culte populaire et Ă  la revanche, l’exposition fait un tour des productions diverses et variĂ©es que les provinces ont inspirĂ©.

On y retrouve Jean-Jacques Henner bien sĂ»r, lui mĂŞme alsacien, mais aussi Auguste Bartoli et son lion de Belfort ou sa statue « frontière », ainsi que d’autres artistes de l’Ă©poque.
Des femmes aux coiffes typiques au nœud bleu ou brodé qui devient noir en signe de deuil, image iconique et mélancolique qui a grandement aidé à diffuser le mythe de la province perdue à reconquérir.

Le panorama offert par le musĂ©e nous entraĂ®ne dans plusieurs dĂ©cennies de regrets et de souhait de revanche, mais aussi de crĂ©ation artistique sur ce thème. Sont prĂ©sentĂ©s dans l’exposition peintures, sculptures, objets d’art et du quotidien (j’ai apprĂ©ciĂ© dĂ©couvrir les diffĂ©rentes coiffes des alsaciennes), dessins, affiches, estampes…

J’aime beaucoup ce musĂ©e situĂ© dans cet hĂ´tel particulier emblĂ©matique des maisons d’artistes de la plaine Monceau, qui Ă©tait la demeure et l’atelier du peintre Guillaume Dubufe (1853-1909). Le musĂ©e Jean-Jacques Henner est un peu trop confidentiel Ă  mon goĂ»t, il mĂ©rite vraiment la visite. Cette exposition est proposĂ©e en partenariat avec le musĂ©e Alsacien de Strasbourg.

OĂą : MusĂ©e national Jean-Jacques Henner, 43 av de Villiers Paris 17 billets : Plein tarif : 6 €
Quand : jusqu’au 7 fĂ©vrier 2022

On est tous le vieux d’un autre, au Théâtre du Gymnase Marie Bell

Ah, le bonheur irremplaçable du spectacle vivant !

Pendant 1h15, suivre le pĂ©riple de JosĂ©phine, une octogĂ©naire aussi raciste que grincheuse qui n’a jamais quittĂ© sa rĂ©gion marseillaise.

VĂŞtue de son Ă©ternelle blouse de la Blanche Porte, elle gagne un voyage offert par le loto du village, pour enfin dĂ©couvrir l’obĂ©lisque. Mais pour le maire et les habitants de son village, l’occasion Ă©tait trop belle de se dĂ©barrasser de cette veuve acariâtre qui critique tout, tout le monde, tout le temps.
Au bout d’un voyage en avion plus long que prĂ©vu elle va dĂ©barquer au vĂ©ritable pays de l’obĂ©lisque et des pyramides.

LĂ  elle va dĂ©biter tous les poncifs des voyages organisĂ©s de masse, mais aussi des critiques, reproches, Ă  priori, lieux communs envers tout ce et tous ceux qui l’entourent. Ne cherchant ni Ă  comprendre ni Ă  accepter l’autre.
Pourtant, elle se rend compte qu’elle aussi peut devenir victime de ces mĂŞmes prĂ©jugĂ©s. Elle va peu Ă  peu Ă©voluer sous le regard du spectateur aussi horrifiĂ© qu’amusĂ©, tantĂ´t sĂ©duit ou attendri par cette femme hors du temps mais tellement humaine au fond.

Un one woman show qui tient la route, un spectacle divertissant mais qui fait rĂ©flĂ©chir, Ă  ne jamais prendre au premier degrĂ©. Ouvrir son esprit, accepter l’autre, son regard et sa diffĂ©rence, et comprendre bien sĂ»r que quoi que l’on fasse « on est tous le vieux d’un autre« .

Artiste : Anne Cangelosi
Mise en scène par : Alexandre Delimoges
OĂą : théâtre du Gymnase Marie Bell
Quand : jusqu’au 27 fĂ©vrier, Horaires : 18h00 – 19h00 – 21h00 DurĂ©e : 1h20

Milwaukee blues, Louis-Philippe Dalembert

Un roman sombre mais porteur d’espoir, le portrait d’un citoyen ordinaire

Milwaukee blues est un roman choral en trois temps dans lequel ceux qui ont connu un homme nommĂ© Emmet vont prendre la parole tour Ă  tour pour Ă©voquer sa vie Ă  Franklin Heights, les amis et les annĂ©es d’enfance, puis l’universitĂ©, le football, puis la vie après le foot. Car Emmet vient de mourir, Ă©touffĂ© par un policier.

Lui a composĂ© le nine one one ce jour maudit, lorsque son employĂ© lui a dit qu’un jeune homme baraquĂ© avait sorti un billet suspect. Fausse monnaie ça peut aller chercher loin. Mais s’il Ă©tait rĂ©ticent Ă  leur dire qu’il est noir, dès qu’il l’a signalĂ© tout s’est accĂ©lĂ©rĂ©. Les flics sont arrivĂ©s peu après. Je ne peux plus respirer… ces mots qu’il a entendu et entendra sans cesse au fil de longues nuits blanches Ă  venir.
Elle l’a bien connu ce petit Emmett qui chantait Alabama Blues dans les couloirs de l’Ă©cole bien mieux qu’il n’apprenait ses leçons. Cantine gratuite, suivi de sa scolaritĂ©, de ses amis, elle a tentĂ© de l’aider aussi longtemps que possible avant que sa prĂ©sence, blanche parmi les noirs, ne pose problème. Alors entendre parler de lui Ă  la radio ce jour lĂ  …
Authie, c’est l’amie d’enfance, la petite sĹ“ur nĂ©e le mĂŞme jour au mĂŞme endroit, la gamine, la confidente. Si les annĂ©es les ont Ă©loignĂ©s, elle aimerait ĂŞtre toujours lĂ  pour lui, mais il a tellement changĂ©. L’universitĂ© n’a pas Ă©tĂ© le moyen de transformer sa vie, et c’est dans la ville de son enfance qu’il est revenu s’Ă©chouer avec ses trois enfants, ne sachant plus quoi faire ni oĂą aller. Le matin mĂŞme, ils ont Ă©changĂ© quelques mots, le soir elle entend son nom Ă  la tĂ©lĂ©…
Stokeley, c’est l’ami de toujours lui aussi, depuis les bancs de l’Ă©cole. Mais leurs chemins se sont Ă©loignĂ©s eux aussi. Il a dĂ» s’occuper de sa famille car sa mère seule ne pouvait pas, encore moins quand le Daron est parti a l’ombre. Guetteur puis dealer, forcĂ©ment ça Ă©loigne du droit chemin.

Puis vient l’universitĂ©, Larry, son coach, noir comme lui, a connu les affres des sĂ©lections et sait Ă  quel point cela va ĂŞtre difficile. Car Ă  peine deux pourcent des Ă©tudiants pourront vivre de l’un des sports pour lequel ils se sont distinguĂ©s pendants leurs annĂ©es d’Ă©tude. Et avec des accidents, plus aucun espoir de parvenir au sommet. Il veut aider Emmet mais le laisse poursuivre la route qu’il s’est choisie.
Nancy, la fiancĂ©e, blanche, l’amoureuse malhabile. Que reste-t-il de ses annĂ©es heureuses avec Emmet.
Angela, la mère de sa fille qui l’a aimĂ© dĂ©jĂ  père de deux enfants, mais qui l’a quittĂ© un peu trop vite.

En fil rouge, il y a Ma Robinson, ancienne matonne dont on fait la connaissance en prison, elle est devenue pasteur et sera un soutien important pour Mary-Louise, la mère d’Emmet. Son prĂŞche digne de Martin Luther King est un beau moment d’humanitĂ©.

Chacun avec son cĹ“ur, ses souvenirs, sa vision parcellaire de la vie d’Emmet va dessiner son portrait et le faire revivre pour tenter de comprendre comment il en est arrivĂ© lĂ . Mais dans cette AmĂ©rique du XXIe siècle, le racisme n’est jamais loin, et dans les Ă©tats du sud en particulier mais pas seulement, la police agit bien trop souvent en toute impunitĂ© sans jamais avoir Ă  rendre de compte.

Ce que j’ai aimĂ© ?

L’auteur connaĂ®t Ă  la fois le Wisconsin, cette rĂ©gion des États-Unis oĂą il a vĂ©cu et enseignĂ©, et le système scolaire amĂ©ricain, en particulier le coĂ»t exorbitant des universitĂ©s et les possibilitĂ©s donnĂ©es aux sportifs de les intĂ©grer. Ces capacitĂ©s sportives qui permettent aux jeunes sans revenus de poursuivre les Ă©tudes qui sinon leurs seraient interdites. Car ils sont aidĂ©s tout au long des championnats universitaires, et ont toujours Ă  l’esprit la possibilitĂ© d’ĂŞtre sĂ©lectionnĂ© par une grande Ă©quipe et de connaĂ®tre le succès.

De nombreuses rĂ©fĂ©rences aux poètes haĂŻtiens, Ă  la littĂ©rature, Ă  la chanson, au cinĂ©ma, viennent Ă©mailler le roman et le rendent vivant et actuel J’apprĂ©cie la façon dont l’auteur adapte son Ă©criture Ă  l’Ă©poque dans laquelle il place ses romans. Ici, j’ai ressenti une grande modernitĂ©, une contemporanĂ©itĂ© de l’Ă©criture. Si au dĂ©part, l’ombre de Georges Floyd est prĂ©gnante, rapidement c’est le personnage et le rĂ©cit de Louis-Philippe Dalembert qui prennent toute leur place et s’incarnent dans chacun des protagonistes pour nous faire vivre une autre histoire, celle d’un noir amĂ©ricain aux rĂŞves fous, brisĂ©, paumĂ©, victime de la plus ignoble violence, celle d’un humain parmi tant d’autres, quand le rĂŞve amĂ©ricain se heurte Ă  la plus violente forme de racisme. La fin du roman est une ouverture porteuse d’espoir en l’homme et en l’autre, espĂ©rons que cette lumière ne soit pas seulement un rĂŞve fou.

Catalogue Ă©diteur : Sabine Wespieser

Depuis qu’il a composĂ© le nine one one, le gĂ©rant pakistanais de la supĂ©rette de Franklin Heights, un quartier au nord de Milwaukee, ne dort plus : ses cauchemars sont habitĂ©s de visages noirs hurlant « Je ne peux plus respirer Â». Jamais il n’aurait dĂ» appeler le numĂ©ro d’urgence pour un billet de banque suspect. Mais il est trop tard, et les mĂ©dias du monde entier ne cessent de lui rappeler la mort effroyable de son client de passage, Ă©touffĂ© par le genou d’un policier.

Le meurtre de George Floyd en mai 2020 a inspirĂ© Ă  Louis-Philippe Dalembert l’écriture de cet ample et bouleversant roman. Mais c’est la vie de son hĂ©ros, une figure imaginaire prĂ©nommĂ©e Emmett – comme Emmett Till, un adolescent assassinĂ© par des racistes du Sud en 1955 –, qu’il va mettre en scène, la vie d’un gamin des ghettos noirs que son talent pour le football amĂ©ricain promettait Ă  un riche avenir. Lire la suite…

Parution : Août 2021 / prix 21 €, 288 p. / format epub et pdf au prix de 15,99 € / ISBN : 978-2-84805-413-1

Pour rien au monde, Ken Follett

Un engrenage diabolique et effrayant !

Comme le dit Ken Follett, les dirigeants qui ont participĂ© Ă  la Première guerre mondiale ont avouĂ© s’ĂŞtre laissĂ© entraĂ®ner dans un engrenage qui ne pouvait dĂ©boucher que sur une guerre, ce qu’aucun d’entre eux n’avait souhaitĂ© ou anticipĂ©. Fort de ce constat, dans son dernier roman Pour rien au monde il entraĂ®ne ses lecteurs alternativement sur trois terrains sur lesquels il situe les dĂ©cisions stratĂ©giques et gĂ©opolitiques contemporaines :

Le Sahel pour illustrer un conflit qui oppose les belligĂ©rants par procuration des grandes puissances, et rĂ©vèle un certain « effet papillon Â».
Washington et la Maison blanche avec une prĂ©sidente AmĂ©ricaine RĂ©publicaine très loin d’une caricature Trumpiste.
Pékin et le pouvoir Chinois confrontés en interne à des tensions idéologiques et en externe à un allié Nord Coréen imprévisible.

Les situations géostratégiques décrites sont assez réalistes pour permettre au lecteur de rentrer dans le roman sans se poser trop de questions. Les personnages fictifs sont attachants et donnent envie de les suivre au quotidien.

Au Sahel, Kiah la jeune veuve tchadienne et Abdul, l’espion de la CIA, puis Tamara la conseillère de la CIA et Tabdar son homologue de la DGSE ; En AmĂ©rique, Pauline Green est Ă  la fois prĂ©sidente des États Unis, Ă©pouse et mère ; En Chine, Kai est un Ă©poux comblĂ©, un fils de, un membre du gouvernement Ă  la position convoitĂ©e. Si l’auteur ajoute une intrigue amoureuse sur chacun de ces terrains, ce que j’ai trouvĂ© inutile et redondant Ă  priori, je l’ai rapidement senti non plus comme un artifice mais bien indispensable pour rendre les protagonistes humains et presque ordinaires.

La description des exactions des Djihadistes au Sahel rendent presque jouissives les rĂ©actions violentes des occidentaux. Comme dans ces films caricaturaux tournĂ©s Ă  la gloire de l’armĂ©e AmĂ©ricaine dans lesquels le hĂ©ro se sort de toutes les situations. Par contre les rĂ©actions aux diffĂ©rentes situations de Washington et PĂ©kin sont dĂ©crites de manière intelligente, positives et mĂŞme rĂ©alistes. L’auteur bascule d’un camp Ă  l’autre sans parti pris idĂ©ologique et cela donne d’autant plus de force Ă  son propos.

Les incursions dans les coulisses du pouvoir AmĂ©ricain et Chinois sont tout Ă  fait crĂ©dibles. Pourtant, les capacitĂ©s des belligĂ©rants Ă  observer en temps rĂ©el n’importe quel coin de la planète avec une prĂ©cision millimĂ©trique me semblent en dĂ©calage avec le rĂ©el, mais elles donnent au roman le punch nĂ©cessaire Ă  l’action.

Le futur de l’humanitĂ© reste incertain et l’auteur rĂ©ussit Ă  construire un scĂ©nario qui permet de le dĂ©montrer. L’apocalypse est dans la main de gouvernants animĂ©s par ailleurs des meilleures intentions. Pour ce faire l’auteur nous fait entrer dans l’intimitĂ© d’une PrĂ©sidente AmĂ©ricaine dont la vie familiale et Ă©motionnelle ressemble tellement Ă  Madame tout le monde. Ce roman parfois un peu long lorsqu’il nous entraĂ®ne dans les arcanes des pouvoirs ou au plus près des relations amoureuses des diffĂ©rents protagonistes, est une rĂ©ussite quant au message dĂ©livrĂ©.

J’ai apprĂ©ciĂ© la lecture de Thierry Blanc qui sait nous transporter sur chaque continent avec une Ă©gale maĂ®trise de chacun des personnages. Un roman qui souffre parfois de quelques longueurs, mais une Ă©coute passionnante qui donne envie d’avancer et d’en savoir plus. Avec ce sentiment de frustration et de « dĂ©jĂ  fini Â» lorsque l’on referme la dernière page, quelle soit papier ou en audio !

Catalogue Ă©diteur : Audiolib, Robert-Laffont

De nos jours, dans le désert du Sahara, deux agents secrets français et américain pistent des terroristes trafiquants de drogue, risquant leur vie à chaque instant. Une jeune veuve tente de rejoindre l’Europe et se bat contre des passeurs. Elle est aidée par un homme mystérieux qui cache sa véritable identité.
En Chine, un membre du gouvernement lutte contre de vieux faucons communistes qui poussent le pays vers un point de non-retour.
Aux États-Unis, la première femme élue Présidente doit manœuvrer entre des attaques au Sahel, le commerce illégal d’armes et les bassesses d’un rival politique.
 
Alors que des actions violentes se succèdent un peu partout dans le monde, les grandes puissances se débattent dans des alliances complexes. Une fois les pièces du sinistre puzzle en place, pourront-elles empêcher l’inévitable ?
 
Il ne faudrait Pour rien au monde que ce qu’a imaginé Ken Follett n’arrive…

Ken Follett connaît son plus grand succès avec Les Piliers de la Terre, paru en 1989. C’est le début de la saga Kingsbridge, poursuivie avec Un monde sans fin, Une colonne de feu et Le Crépuscule et l’Aube (Robert Laffont, 2008, 2017 et 2020), et vendue à plus de quarante-trois millions d’exemplaires dans le monde.

Lu par Thierry Blanc Traduit par Jean-Daniel Breque, Odile Demange, Nathalie Gouyé Guilbert, Dominique Haas, Christel Gaillard-Paris

Parution : 08/12/2021DurĂ©e : 24h52 / EAN 9791035406912 Prix du format physique 31,50  € / EAN numĂ©rique 9791035406820 Prix du format numĂ©rique 28,45  €

Soleil levant, Alexandre Galien

LaurĂ©at du Prix du quai des Orfèvres, Alexandre Galien a aussi travaillĂ© Ă  la DRPJ (direction rĂ©gionale de la police judiciaire). Je l’ai dĂ©couvert avec Le souffle de la nuit, il revient avec Soleil Levant.

Son flic emblĂ©matique le commandant de la Crim Philippe Valmy est parti au Nigeria se changer les idĂ©es. En proie Ă  la dĂ©pression, il tente d’Ă©chapper Ă  ses hallucinations. Ă€ son retour, il demande Ă  intĂ©grer la Baspa (la Brigade d’assistance aux personnes sans-abri) le genre de groupe que l’on intègre gĂ©nĂ©ralement en fin de carrière ou si l’on est particulièrement dĂ©sabusĂ©, ce qui est son cas.

Pendant ses maraudes, il croise de nombreux sans domicile fixe, et sympathise avec Ziggy, un marginal toxicomane qui s’avère ĂŞtre Ă©galement un ancien champion d’arts martiaux.

En parallèle, le capitaine Quefelec doit enquĂŞter sur la mort Ă©trange de Morita, un homme d’affaires japonais. Ce dernier vient de se suicider dans une chambre du Crillon selon la tradition du hara-kiri. Suicide ou meurtre, le doute est permis. Sur les lieux, des traces conduisent les enquĂŞteurs Ă  Ziggy, qui exige que Valmy mène son interrogatoire. Alors que son ancienne Ă©quipe est maintenant dirigĂ©e par Alice Quintet, une jeune femme sans expĂ©rience qui peine Ă  y faire sa place, il doivent travailler de concert.

Les ramifications s’avèrent Ă  la fois politiques et mafieuses, avec une incursion dans le monde très secret des arts martiaux au japon, de la formation des jeunes au cercle très très fermĂ© de ceux qui les pratiquent. D’ailleurs, les flash-back dans le passĂ© et la courte vie de Ziggy sont Ă  la fois impressionnants de noirceur et de complexitĂ©, totalement angoissants ils Ă©clairent d’un jour nouveau les turpitudes des manipulateurs. Dans une atmosphère Ă  la fois trouble et sordide, de Paris aux quartiers les plus chauds de Tokyo, l’auteur nous entraĂ®ne Ă  un rythme soutenu dans de bien sombre territoires.

Catalogue Ă©diteur : Michel-Lafon

 » Le dĂ©cor Ă©tait doux, presque trop. Sur le bord du lit, le tanto le narguait toujours. Giri Haji. Il Ă©tait temps… Sa dernière pensĂ©e articulĂ©e ne serait ni pour sa femme, ni pour sa fille, ni mĂŞme pour ses vices. Autour de sa chemise, il avait serrĂ© sa ceinture. Les entrailles ne devaient pas tomber. Il posa le poignard sur la gauche de son abdomen, y fit une entaille en diagonale. Un cri venu des profondeurs de la terre lui Ă©chappa. Sans qu’il ait le temps d’en finir avec son rituel, sa face s’Ă©crasa contre le sol. Giri… « 

Bien dĂ©cidĂ© Ă  en finir avec son passĂ© douloureux, Philippe Valmy rĂ©intègre son groupe pour une enquĂŞte qui les conduit d’un palace parisien aux quartiers chauds de Tokyo. Mais cette affaire aux ramifications tentaculaires pourrait bien ĂŞtre celle de trop pour le flic au cĹ“ur brisĂ©…

Parution :10/11/21/ Prix :18.95 €/ ISBN :9782749944166

Artifices, Claire Berest

Le cheval, le loup et le renard, un chassĂ© croisĂ© oĂą l’art se mĂŞle aux souvenirs sous les feux d’Artifices

Qui est Abel Bac, ce flic insomniaque et solitaire qui ne quitte plus son quartier, sauf pour ses dĂ©ambulations nocturnes Ă  travers les rues de Paris. Au bureau, il a peu d’amis, en dehors de sa collègue Camille. Mais il vient d’ĂŞtre mis Ă  pied suite Ă  une enquĂŞte dĂ©clenchĂ©e par une dĂ©nonciation anonyme. Abel est hantĂ© par des cauchemars qui le tourmentent chaque nuit. Il s’occupe avec minutie et amour des dizaines d’orchidĂ©es qui peuplent sa vie et son appartement.

Camille, la collègue sans doute un peu amoureuse de ce gentil et beau flic de trente neuf ans. Qui tente comme elle peut de l’aider Ă  retrouver sa place.

Qui est Elsa, la voisine collante qui tente de pĂ©nĂ©trer chez lui une nuit d’ivresse. Elsa qu’il croise sans cesse et qui est de plus en plus proche d’Abel. Pourtant, ils ne se connaissent pas et lui ne tient pas Ă  se laisser envahir. Mais elle semble si bien le comprendre.

Qui est Mila, l’artiste mystĂ©rieuse aux performances dĂ©stabilisantes, souvent controversĂ©es et largement commentĂ©es. Mila qui ne s’est jamais dĂ©voilĂ©e auprès du public ou des mĂ©dias qui encensent ou critiquent ses Ĺ“uvres. Mila, une artiste singulière qui voudrait changer de vie, exister mais pas seulement Ă  travers ses Ĺ“uvres.

Que viennent donc faire ce cheval lusitanien dans la bibliothèque du Centre Pompidou, ces loups qui festoient au musĂ©e de la Chasse pour cĂ©lĂ©brer un 14 juillet aussi pĂ©tillant que dĂ©jantĂ©, ces installations au musĂ©e d’Orsay.

Pour le savoir, il faut dĂ©couvrir ce roman qui dĂ©marre comme un roman policier, avec flics et enquĂŞte, et fait rapidement la part belle Ă  l’art contemporain, aux happenings et autres performances artistiques. Assez vite les personnalitĂ©s sombres et tĂ©nĂ©breuses des diffĂ©rents protagonistes s’imposent, et l’intĂ©rĂŞt se porte sur la psychologie, le passĂ©, les caractères de chacun d’eux, cherchant Ă  comprendre les traumatismes qui les ont marquĂ©s, psychologiques ou familiaux, bien loin finalement de la simple enquĂŞte de police. Car chacun dĂ©tient une partie du puzzle dont les pièces vont peu Ă  peu s’assembler sous le regard du lecteur qui tâtonne, Ă©coute, et comprend pourquoi l’autrice les a rassemblĂ©s ici.

J’ai aimĂ© la lecture de Thierry Blanc qui donne le rythme sans jamais surjouer, alternant avec justesse les intonations pour coller aux personnalitĂ©s de ces femmes fortes et dĂ©terminĂ©es, fragiles et tourmentĂ©es, de ce flic un peu paumĂ© au passĂ© que l’on devine lourd Ă  porter. Un roman qui nous fait pĂ©nĂ©trer peu Ă  peu dans les mĂ©andres obscurs des pensĂ©es des principaux protagonistes. Après GabriĂ«le Ă©crit avec sa sĹ“ur Anne, et Rien n’est noir, Claire Berest a l’art de nous surprendre Ă  chaque nouveau roman, pour notre plus grand plaisir.

Catalogue Ă©diteur : Stock, Audiolib

Abel Bac, flic solitaire, Ă©volue dans une atmosphère Ă©trange depuis qu’il a Ă©tĂ© suspendu. Son identitĂ© se dissout entre cauchemars et dĂ©ambulations nocturnes.
C’est cette errance qu’interrompt Elsa, sa voisine, lorsqu’elle atterrit ivre morte devant sa porte. C’est cette bulle que vient percer Camille, sa collègue, inquiète de son absence. C’est son fragile Ă©quilibre que mettent en pĂ©ril des Ă©vĂ©nements mystĂ©rieux qui semblent tous avoir un lien avec Abel.
Pourquoi a-t-il été mis à pied ?
Qui a fait entrer par effraction un cheval à Beaubourg ? Qui dépose des exemplaires du Parisien où figure ce même cheval sur son palier ?
Ă€ quel passĂ© tragique ces coĂŻncidences le renvoient-elles ? Pris dans l’Ĺ“il du cyclone, le policier dĂ©chu mène l’enquĂŞte.

Collection : La Bleue / Parution : 25/08/2021 / 308 pages / Format : 140 x 216 mm / EAN : 9782234089983 / Prix : 21.50 €

Audiolib : Parution : 08/12/2021/ DurĂ©e : 7h10 / lu par Thierry Blanc / EAN 9791035407520 / Prix du format physique 23,45  €

Un dernier Charleston Louise, Daniel Bernard

Rencontrer Louise Brooks, inoubliable star des années folles

A l’aĂ©roport d’Idlewild de New-York, Angela accompagne Hans-Jorg, son Ă©poux atteint d’un cancer qui part faire des adieux Ă  sa famille en Allemagne. Quelques annĂ©es plus tĂ´t, le couple a fui Allemagne nazie et s’est rĂ©fugiĂ© aux États-Unis. S’ils ont dĂ©cidĂ© de ne rien avouer de la maladie qui les frappe, le moment est pourtant venu d’aller retrouver la famille et de resserrer les liens distendus par les annĂ©es et la distance.

Ă€ cĂ´tĂ© d’elle, une belle femme brune fait Ă©galement des adieux Ă  un passager du Constellation en partance pour la mĂŞme destination. Elles entament une conversation et prennent un verre ensemble pour se remettre de leurs Ă©motions. Ce sera le dĂ©but d’une Ă©trange amitiĂ©.

Cette belle femme brune n’est autre que Louise Brooks, l’actrice emblĂ©matique du cinĂ©ma muet des annĂ©es folles. Elle doit sa gloire Ă  un unique film, Loulou, qui est sorti Ă  la fin des annĂ©es 20. Ce film qui l’a fait connaĂ®tre et qui sera ressorti des limbes dans lequel il se dĂ©tĂ©riorait par Henri Langlois. C’est lui qui initie la restauration des bobines du film et qui redonne vie Ă  Louise Brooks en la mettant en lumière en cette annĂ©e 1956.

Tout au long du roman, par les conversations qu’elle a avec Angela, Helmut, et tant d’autres, et dans lesquelles elle Ă©grène ses souvenirs, Louise Brooks revit sous nos yeux. Les annĂ©es de gloire, la chute, les voyages, Berlin, Paris, New-York, les nombreux amants, les blessures de l’enfance jamais effacĂ©es, le succès puis l’oubli, l’Ă©criture et le travail Ă  la fondation Eastman qui lui a permis de vivre toutes ces annĂ©es pendant lesquelles le cinĂ©ma l’a oubliĂ©e.

Je connaissais très mal la vie de cette actrice dont chacun connaĂ®t pourtant au moins le nom et la coiffure si caractĂ©ristique, frange et carrĂ© coupĂ© court dĂ©voilant la nuque. J’ai apprĂ©ciĂ© de la dĂ©couvrir avec ses qualitĂ©s et ses dĂ©fauts, et de revisiter Ă  travers sa carrière une partie de l’historie rĂ©cente de nos deux continents que sont l’Europe et l’AmĂ©rique du Nord.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Lemart

Alors qu’Angela accompagne son mari Ă  l’aĂ©roport d’Idlewild de New-York, un soir de 1957, elle fait la rencontre d’une femme brune : » Je ne me suis pas prĂ©sentĂ©e. Je suis Louise Brooks ! » C’est l’actrice du muet, rendue cĂ©lèbre 30 ans plus tĂ´t pour son rĂ´le dans Loulou.
Louise, elle, raccompagnait Helmut Ă  son avion. Il avait Ă©tĂ© 3e assistant sur le film de Wilhem Pabst. Que s’Ă©tait-il rĂ©ellement passĂ© entre eux Ă  l’Ă©poque ? A peine quelques verres de gin consommĂ©s, son passĂ© resurgit au fil de la conversation.
Le dĂ©part de l’avion Lockheed Constellation ouvre le roman, avec le vrombissement de ses quatre moteurs et leurs panaches de fumĂ©e.

EAN : 978B08SW5CN7Q / 205 pages / 13/01/2021 / 19,90€

Sangoma, les DamnĂ©s de Cape Town, Caryl FĂ©rey, Corentin Rouge

MĂŞme vingt ans après sa fin annoncĂ©e, l’apartheid laisse des traces dans la population d’Afrique du Sud. Les afrikaners propriĂ©taires terriens reprĂ©sentent encore une minoritĂ© de la population mais ils dĂ©tiennent toujours la majoritĂ© des terres. Ces terres exploitĂ©es depuis des centaines d’annĂ©es par leurs ancĂŞtres, grâce au travail des esclaves. Si aujourd’hui ce sont des salariĂ©s qui travaillent les vignes et les terres agricoles, la famine et les privations sont toujours lĂ , et la rĂ©volte gronde parmi ces travailleurs qui rĂ©clament la restitution des terres volĂ©es Ă  leurs ascendants.

C’est dans ce contexte que l’on dĂ©couvre l’exploitation viticole de la famille Pienaar. Sam, l’un des ouvriers, est retrouvĂ© mort dans les vignes. L’inspecteur Shane Shepperd, un policier au comportement pour le moins singulier, est chargĂ© de l’enquĂŞte.

Mais les langues ont du mal Ă  se dĂ©lier, surtout quand l’enquĂŞte touche aux secrets de famille, aux croyances religieuses et animistes, Ă  la sorcellerie. Shepperd devra s’armer de courage pour affronter les bandes hostiles des township, les secrets des sorciers, les conflits politiques qui gangrènent le pays et les discussions au parlement.

Voici une excellente BD qui allie le scĂ©nario de Caryl Ferey, un auteur que j’apprĂ©cie pour ses romans, et Corentin Rouge aux dessins. C’est particulièrement rĂ©ussi, le graphisme, les couleurs vives ou au contraires très emblĂ©matiques des paysages de la rĂ©gion, donnent le rythme. Il y a une vĂ©ritable intensitĂ© dans ce rĂ©cit qui tient les lecteurs en haleine, que l’on connaisse bien ou pas la situation de l’Afrique du Sud Ă  cette l’Ă©poque ou mĂŞme depuis. Une BD tout Ă  fait Ă  l’image des romans de Caryl Ferey, un intĂ©rĂŞt historico-politique mĂŞlĂ© Ă  une intrigue haletante.

Catalogue Ă©diteur : GlĂ©nat

En Afrique du Sud, une vingtaine d’années après l’Apartheid, les cicatrices laissées par l’ancien système peinent à se refermer. Le racisme n’est plus institutionnalisé mais les inégalités toujours présentes et la population divisée entre les propriétaires blancs et les ouvriers noirs. Dans ce contexte, Sam est retrouvé mort sur les terres de la ferme des Pienaar, ses employeurs. Le lieutenant Shepperd – esprit léger, avisé autant que séducteur et tête brûlée – est chargé de saisir les enjeux qui auront mené au drame.

ScĂ©nariste Caryl FĂ©rey / Dessinateur Corentin Rouge Paru le 03.11.2021 / 240 x 320 mm / Pages : 152