C’est place de la Concorde Ă  Paris, Jacques Charpentreau

â›ČC’est place de la Concorde Ă  Paris
qu’un enfant assis au bord des fontaines
entre Ă  pas de rĂȘve au cƓur de la nuit fraĂźche
comme l’eau claire des fontaines

â›ČUn enfant de nuit de rĂȘve d’espoir
qui voudrait pouvoir lutter sans répit
contre son sommeil pour apercevoir
ses rĂȘves de nuit venir Ă  la vie


â›ČToutes les voitures avec leurs phares
toutes les voitures tracent pour lui
des lignes de feu flottant dans la nuit
comme de longs fils de vierge oĂč
Paris retient son cƓur ses rĂȘves ses espoirs.

Jacques Charpentreau

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Le serpent de l’Essex, Sarah Perry

Le serpent de l’Essex, de Sarah Perry, un roman aux accents victorien qui parle d’émancipation, de libertĂ© et de palĂ©ontologie.

Photo couverture du roman le seprtent de l'essex par Sarah Perry Le Livre de Poche, blog Domi C Lire

Cora est veuve, par forcĂ©ment joyeuse, mais veuve libĂ©rĂ©e de cet homme qu’elle avait aimĂ© au premier regard mais qui a fait preuve de violence envers sa jeune Ă©pouse soumise. Avec son fils Francis, et dĂ©sormais Ă  l’abri du besoin, elle dĂ©cide de partir pour l’Essex et l’estuaire du Blackwater. Elle espĂšre suivre la voie de Mary Anning, admirative de cette femme qui trouve des fossiles (et qui influença la palĂ©ontologie par ses recherches).

LĂ , Cora s’installe dans une vie libre de toute contrainte. HabillĂ©e comme un homme, ne cherchant pas Ă  soigner son apparence, elle part chaque jour dans la boue Ă  la recherche de coquillages, fossiles, et mĂȘme du serpent de l’Essex, ce monstre qui terrorise toute la rĂ©gion, et le village d’Aldwinter en particulier. Soucieux, des amis la confient au pasteur William Ransome et Ă  sa famille. Elle est accueillie Ă  bras ouverts par Stella Ransome, qui souffre d’un mal Ă©trange et ne veut vivre que dans un monde en bleu. Sa rencontre avec William, d’abord fortuite, puis rĂ©guliĂšre, lui fait dĂ©couvrir une vision du monde qu’elle ne partage pas, mais de leurs Ă©changes toujours passionnĂ©s et vifs va naĂźtre une vĂ©ritable amitiĂ©.

L’auteur met en scĂšne une femme moderne, Ă©prise de libertĂ©, qui veut vivre comme elle l’entend loin du joug du mariage et des conventions. Autour de Cora gravitent d’autres personnages porteurs de valeurs qui Ă©mergent Ă  la fin du 19e. A travers eux, Sarah Perry aborde des thĂšmes qui ont connu une rĂ©elle Ă©volution Ă  cette pĂ©riode, chirurgie, traitement de certaines maladies, problĂšmes sociaux, en particulier la confrontation de diffĂ©rentes classes sociales, misĂšre extrĂȘme des ouvriers mal logĂ©s qui subissent les dictats de propriĂ©taires sans morale, Ă©mergence du socialisme, Ă©volution (ou pas !) des pensĂ©es du clergĂ©, qui dicte souvent aux villageois leur conduite, quand dans les grandes villes comme Londres l’évolution de mƓurs et des habitudes est en marche.

L’ambiance est bien traitĂ©e par des descriptions de campagne anglaise, de bois denses, de bord de l’eau envahi par la brume et des brouillards Ă©pais, un peu comme en Ă©cho aux mentalitĂ©s de l’époque. Et Cora Ă©merge de tout ce brouillard
 Il faut de la concentration et au moins quelques dizaines de pages pour rentrer dans le roman, car il ne s’y passe pas Ă©normĂ©ment de chose, tout est dans l’ambiance, les sentiments, les caractĂšres. Un roman Ă  lire au calme, en prenant son temps.

Bien sĂ»r, je ne peux m’empĂȘcher de conseiller la lecture de Prodigieuses crĂ©atures de Tracy Chevalier, roman qui Ă©voque si bien Mary Anning.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

Cora Seaborne, jeune veuve fĂ©rue de palĂ©ontologie, quitte Londres en compagnie de son fils Francis et de sa nourrice Martha pour s’installer Ă  Aldwinter, dans l’Essex, oĂč elle se lie avec le pasteur William Ransome et sa famille. Elle s’intĂ©resse Ă  la rumeur qui met tout le lieu en Ă©moi : le Serpent de l’Essex, monstre marin aux allures de dragon apparu deux siĂšcles plus tĂŽt, aurait-il ressurgi de l’estuaire du Blackwater ? Dans un cadre marquĂ© par une brume traversĂ©e d’étranges lumiĂšres, Cora Seaborne construit sa libertĂ©.

Sarah Perry est nĂ©e en 1979 dans l’Essex. Son premier roman, After Me Comes the Flood, a figurĂ© parmi les sĂ©lections du Guardian First Book Award, du Folio Prize et a remportĂ© le Anglian Book of the Year en 2014. Elle vit Ă  Norwich. Le Serpent de l’Essex est son premier roman traduit en français. Traduit de l’anglais par Christine LaferriĂšre.

Prix : 8,70€ / 576 pages / Date de parution : 03/04/2019 / EAN : 9782253906681

Editeur d’origine: Christian Bourgois Editeur

On ne peut pas s’empĂȘcher de penser au roman « Prodigieuses crĂ©atures Â» de Tracy Chevalier.

Les rĂȘveurs, Isabelle CarrĂ©

On connait l’actrice Isabelle CarrĂ©, sans la reconnaitre comme elle aime Ă  le dire, on connait moins l’auteur qui se dĂ©voile dans « Les rĂȘveurs Â» son premier roman intimiste.

Isabelle Carré parle de sa vie, sa famille, son enfance, sa carriÚre, dans un texte à son image, discret et délicat, sobre et émouvant. Elle dévoile sobrement et avec pudeur une enfance et une adolescence auprÚs de parents bien peu conventionnels, dans une famille totalement atypique.

Ce sont les annĂ©es 70, des annĂ©es oĂč tout parait possible. La mĂšre d’isabelle Ă©tait fille-mĂšre lorsqu’elle rencontre son mari, puis viendra Isabelle et un troisiĂšme enfant. Isabelle n’est pas vraiment une enfant dĂ©sirĂ©e, pas non plus aimĂ©e par cette mĂšre qui sombre dans une forme de folie et ne donne pas, ou si peu, de marques de tendresse, pas d’effusion ni dĂ©monstration de quelconques sentiments envers ses enfants. Son pĂšre a rĂ©ussi sa vie professionnelle, crĂ©ateur d’une agence de design florissante dans ces annĂ©es 80-90. Pourtant il quitte le foyer le jour oĂč sa femme n’accepte plus son homosexualitĂ©.

Ce seront aussi la chute et la fin d’un rĂȘve de ballets, les sĂ©jours en hĂŽpital psychiatrique, le dĂ©part de la maison Ă  15 ans, puis l’éveil au thĂ©Ăątre, une vĂ©ritable passion.

L’écriture est Ă©tonnante et ne respecte aucune chronologie. Les chapitres alternent des moments de vie, des sentiments, il y a une certaine bienveillance et de la douceur malgrĂ© une violence dans les relations avec les parents. Ils montrent une jeune femme en apparence fragile qui se construit et devient la douce et belle actrice que l’on imagine. Au fil des pages s’égrĂšnent pĂȘle-mĂȘle des souvenirs qui construisent une personnalitĂ©, qui font le socle d’une vie. Et l’on y retrouve Keith Jarreth et le mythique Koln concert ou The Wall des Pink Floyd que tous les ados, moi y compris, Ă©coutaient en boucle, mais aussi les parfums de l’enfance et du temps qui passe.

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche, Grasset

« On devrait trouver des moyens pour empĂȘcher qu’un parfum s’épuise, demander un engagement au vendeur – certifiez-moi qu’il sera sur les rayons pour cinquante ou soixante ans, sinon retirez-le tout de suite. Faites-le pour moi et pour tous ceux qui, grĂące Ă  un flacon achetĂ© dans un grand magasin, retrouvent l’odeur de leur mĂšre, d’une maison, d’une Ă©poque bĂ©nie de leur vie, d’un premier amour ou, plus prĂ©cieuse encore, quasi inaccessible, l’odeur de leur enfance… »

Quand l’enfance a pour dĂ©cor les annĂ©es 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rĂȘveurs un peu dĂ©glinguĂ©e, formidablement touchante, le chemin de la libertĂ© est pĂ©rilleux. Isabelle CarrĂ© dit les couleurs acidulĂ©es du moment, la dĂ©couverte du monde compliquĂ© des adultes, leurs douloureuses mĂ©tamorphoses, la force et la fragilitĂ© d’une jeune fille que le thĂ©Ăątre va rĂ©vĂ©ler Ă  elle-mĂȘme. Une rare grĂące d’écriture.

ComĂ©dienne de thĂ©Ăątre et de cinĂ©ma, Isabelle CarrĂ© poursuit depuis 1987 une carriĂšre d’anti-star discrĂšte au talent toujours plus reconnu. Les rĂȘveurs est son premier roman.

288 pages / Date de parution : 30/01/2019 / EAN : 9782253906896 / 7,70€

Horrora Borealis, Nicolas Feuz

Horrora Borealis est diabolique Ă  souhait. Laissez-vous happer par Nicolas Feuz et son thriller angoissant. Avec ce polar glaçant vous ne rĂȘverez plus jamais de la mĂȘme façon d’une aurore borĂ©ale !

Sur les rives du lac, Ă  NeuchĂątel en Suisse, pendant un festival de musique.  Un homme marche, et se sent traquĂ©. Walker est inquiet, il guette et dĂ©couvre celui qu’il cherche depuis longtemps, depuis ce voyage en Laponie. Car … que s’est-il passĂ© en Laponie ?

Rapidement, une bagarre Ă©clate, les hommes se battent, les coups de feu partent Ă  l’aveugle, les morts tombent autour des deux hommes. Et toujours cette question, que s’est-il passĂ© en Laponie ? Walker prend un  otage, un nĂ©gociateur est appelĂ© sur les lieux, puis un autre, Marc Boileau, dont la femme est Ă  l’hĂŽpital
 et l’attente dure, l’angoisse monte, lancinante et violente.

En parallĂšle, Walker revit ce voyage en Laponie. Toute la famille Ă©tait rĂ©unie pour passer les vacances de Noel, les trois enfants et les parents, lĂ -haut prĂšs du cercle polaire pour dĂ©couvrir chiens de traineaux, rennes et aurores borĂ©ales. Mais en lieu et place de toutes ces distractions idylliques, il y a cet homme qui rĂŽde la nuit prĂšs du chalet, cette jeune femme qui erre la nuit dans le froid glacial, les mains ensanglantĂ©es, et le mystĂšre qui plane. Car Walker est semble-t-il partiellement amnĂ©sique, et aujourd’hui il veut se remĂ©morer ces instants que sa mĂ©moire blessĂ©e avait choisi d’obĂ©rer. Car il s’avĂšre bien Ă©videment que le sĂ©jour vire au drame


C’est passionnant, Ă©tonnant, diffĂ©rent des thrillers classiques, Ă  aucun moment le suspense ne faiblit, l’intrigue est Ă©tonnement bien ficelĂ©e, complexe Ă  souhait. Nicolas Feuz nous balade dans les Ă©tendues glacĂ©es pour notre plus grand bonheur de lecteur amateur de mystĂšres, frissons garantis ! Je me suis laissĂ©e embarquer par ce roman que je n’ai absolument pas pu lĂącher avant la fin, nuit blanche garantie, une rĂ©ussite. Bien sĂ»r, il en faut pas essayer de chercher des cohĂ©rences ou un rĂ©alisme pour certaines scĂšnes, en particulier dans le froid et la neige, mais qu’importe. Eh oui, l’auteur sĂšme des pistes que l’on peut suivre, ou pas… A lire au chaud sous la couette, avec un bon chocolat chaud, ou cet Ă©tĂ© bien sĂ»r !

Catalogue Ă©diteur : le Livre de Poche

Sur les rives du lac de NeuchĂątel, en Suisse, des coups de feu Ă©clatent en plein festival de musique. Le site est Ă©vacuĂ©. La grande scĂšne devient le thĂ©Ăątre d’une prise d’otages. Un nĂ©gociateur intervient. Le groupe d’intervention de la police s’organise. Dans l’esprit de Walker, une seule question compte : que s’est-il passĂ© en Laponie ? Ses souvenirs sont flous. Mais il est clair que, de longue date, il ne croit plus au PĂšre NoĂ«l. Et vous, y croyez-vous encore ?
Pages : 288 / Prix : 7,40 € / Date de parution: 22/08/2018 / EAN : 9782253258056 Éditeur d’origine: Slatkine et Compagnie

Je n’ai pas trahi, FrĂ©dĂ©ric Couderc

Quand le passĂ© et le prĂ©sent entrent en collision, est-ce pour le pire ou pour le meilleur ? Pourquoi il faut lire « Je n’ai pas trahi Â», premier roman jeunesse de FrĂ©dĂ©ric Courderc.

L’intrigue alterne entre la seconde guerre mondiale, essentiellement de 1942 Ă  1948, et les annĂ©es 1980. On y fait la connaissance du jeune Salomon et de sa sƓur Francette, puis de Luna et MattĂ©o, camarades de classe au collĂšge.

Luna et sa mĂšre viennent de s’installer prĂšs d’Ajaccio, les parents se sont sĂ©parĂ©s. Luna a du mal Ă  s’intĂ©grer Ă  sa nouvelle classe. MattĂ©o, un solitaire atypique est lui aussi Ă  l’écart des autres, mais l’arrivĂ©e de Luna vient le chambouler.

Pendant qu’elle fait des recherches en vue d’un exposĂ© sur la situation des juifs en Corse pendant la guerre, Luna fait une dĂ©couverte stupĂ©fiante qui, si elle est avĂ©rĂ©e, pourrait perturber la cohĂ©sion de sa famille. Quant Ă  MattĂ©o, un incident qui l’implique juste devant son lycĂ©e lui fait croiser la route de Salomon. MĂȘme s’il est aujourd’hui ĂągĂ©, celui-ci sait se faire respecter y compris par de gros bras. Alors qu’ils se promĂšnent, Luna et MattĂ©o sont tĂ©moins d’un assassinat 
situation pour le moins inextricable, en Corse comme ailleurs. MattĂ©o se voit contraint de demander l’aide de Salomon


ConfrontĂ©s Ă  la violence des hommes, ils vont apprendre la solidaritĂ© et l’amitiĂ©. Et dĂ©couvrir les Ă©vĂ©nements et la mĂ©moire souvent effacĂ©e de l’histoire de leur pays et de la Corse en particulier. ÉvĂšnements heureux, actes d’hĂ©roĂŻsme, mais aussi lĂąchetĂ©, violence, collaboration avec l’occupation de la Corse par les troupes de Mussolini et le sort mĂ©connu des Juifs de Corse.

Comme pour ses prĂ©cĂ©dents romans qui se situaient alternativement Ă  Cuba et en Argentine, FrĂ©dĂ©ric Couderc connait les lieux dont il parle et l’atmosphĂšre qui s’en dĂ©gage. Cela se sent et c’est peut-ĂȘtre pour cela que ses romans sont aussi rĂ©ussis. MĂȘme s’il confronte le passĂ© et un prĂ©sent pas tout Ă  fait immĂ©diat, le roman est trĂšs actuel dans son approche de la jeunesse et de son langage. L’auteur s’est Ă©galement imprĂ©gnĂ© de la vie, des histoires familiales et des Ă©vĂ©nements historiques du passĂ© Corse pour planter son intrigue. En particulier, la place souvent mĂ©connue des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Si l’Histoire est sombre, l’amitiĂ© entre les deux adolescents est riche d’espoir. Un beau moment de lecture.

Retrouvez mes billets sur les deux prĂ©cĂ©dents romans de FrĂ©dĂ©ric Couderc Aucune pierre ne brise la nuitet Le Jour se lĂšve et ce n’est pas le tien, ainsi que mon interview de l’auteur Ă  retrouver  ici : A la rencontre de FrĂ©dĂ©ric Couderc.

Catalogue Ă©diteur : PKJ Pocket Jeunesse

Luna, seize ans, vient d’emmĂ©nager Ă  Ajaccio oĂč sa mĂšre a dĂ©cidĂ© de refaire sa vie. Seule comme jamais, elle se plonge dans les Ă©tudes et dĂ©cide de prĂ©parer le Concours national de la rĂ©sistance. En remontant le fil de l’Histoire, elle dĂ©couvre le sort mĂ©connu des Juifs de Corse. Ce qui n’était pour elle qu’un devoir de classe lui permet, contre toute attente, de lever un lourd secret familial. Son destin de lycĂ©enne d’aujourd’hui se mĂȘle Ă  celui de Salomon, jeune rĂ©sistant d’hier, au grĂ© d’une vendetta sans limites et sans Ăąge.

FrĂ©dĂ©ric Couderc est l’auteur de plusieurs romans. EnquĂȘteur littĂ©raire, il aime ancrer ses fictions dans un contexte historique et place ses intrigues dans des pays meurtris tels que le Cap, oĂč il a longtemps vĂ©cu, mais aussi La Havane et, plus rĂ©cemment, l’Argentine avec son roman Aucune pierre ne brise la nuit (2018), chez HĂ©loĂŻse d’Ormesson. Son cinquiĂšme roman, Un Ă©tĂ© blanc et noir (2013), a reçu le Prix de littĂ©rature populaire. En parallĂšle de ses activitĂ©s de romancier, il enseigne l’Ă©criture auprĂšs de diffĂ©rents publics, dont des jeunes en difficultĂ© au Labo des Histoires. Je n’ai pas trahi est son premier roman jeunesse.

EAN : 9782266287975 / Nombre de pages : 320 / Format : 140 x 225 mm / Prix : 17,90€

Le Cherokee, Richard MorgiĂšve

Uthah, 1954
. Des martiens, des tueurs en série, mais on ne le sait pas encore, des hommes amoureux, mais ils ne le savent pas encore, avec Le Cherokee, Richard MorgiÚve nous balade dans un roman noir aux accents terriblement américains.

Corey Ă©tait coi, Myrtle Tate l’avait chloroformĂ©. Apache et deux fois orphelin, ça faisait beaucoup pour un shĂ©rif de l’an mille neuf cent cinquante-quatre.

Dans les annĂ©es 50 aux USA, l’idĂ©e de martiens fait son chemin dans la population et c’est bien connu, on en voit rĂ©guliĂšrement. La guerre de CorĂ©e vient de s’achever, Hiroshima n’est pas loin, le maccarthysme non plus, les communistes sont chassĂ©s partout dans le pays, en pleine guerre froide on craint la riposte Russe.

Nick Corey est envoyĂ© sur la piste d’une soucoupe volante, quand l’avion militaire Sabre atterri, le shĂ©rif en lui n’est pas sĂ»r de ce qu’il voit, mais l’homme ouvert Ă  toutes les possibilitĂ©s comprend qu’il n’y a aucun pilote et que l’affaire est sĂ©rieuse. Et il dĂ©couvre incidemment sur les mĂȘme lieux une voiture volĂ©e. Le FBI et l’armĂ©e sont rapidement prĂ©venus.

Le shĂ©rif est hantĂ© depuis vingt ans par le double meurtre de ses parents adoptifs. Affaire non rĂ©solue, mĂȘme si la culpabilitĂ© lui a d’abord incombĂ© avant d’ĂȘtre disculpĂ©. Les annĂ©es de prison et de guerre l’ont rendu Ă  la fois sensible et attentif, prĂȘt Ă  Ă©couter et Ă  apprĂ©hender toutes les possibilitĂ©s, dotĂ© d’une mĂ©moire fabuleuse, sur une scĂšne de crime, il est ouvert Ă  toutes les Ă©ventualitĂ©s. D’ailleurs, il vient de dĂ©couvrir une nouvelle thĂ©orie issue d’Allemagne qui Ă©voque la possibilitĂ© de tueur en sĂ©rie.

Le voilĂ  lancĂ© sur la piste de meurtres multiples et particuliĂšrement cruels. Nick Corey comprend rapidement que ces meurtres sont liĂ©s Ă  ceux de ses parents, survenus 20 ans avant. De meurtre sordide en rĂ©solution d’énigme, Corey va avancer Ă  la fois dans sa quĂȘte du Dindon, ainsi qu’il a surnommĂ© le tueur qu’il traque, et dans celle du mystĂšre de l’avion sans pilote, complot terroriste fomentĂ© par des militaires en mal de conflit. Ses pas le mĂšnent dans ceux de l’agent du FBI White – il  comprend alors que l’amour se cache oĂč il veut- mais surtout vers sa quĂȘte intĂ©rieure. D’oĂč vient-il, est-il ce que ses parents, l’éducation, la religion,  ont fait de lui, est-il forgĂ© par la violence de ses annĂ©es de prison ou de guerre, ou par l’amour qui se rĂ©vĂšle en lui au contact de White ?

Richard MorgiĂšve a situĂ© son intrigue dans les annĂ©es 50. Il interroge le lecteur sur ce que l’homme fait de sa planĂšte, abordant de grands thĂšmes universels, dĂ©sertification des campagnes, mĂȘme si celles des USA sont gigantesques, pollution aux mĂ©taux lourds, industrialisation outranciĂšre, guerre atomique, place des indiens natifs des grandes plaines, homosexualitĂ©, religion, pouvoir de l’argent, par exemple.

J’ai aimĂ© cette Ă©criture, Ă©tonnante, singuliĂšre, digne d’un grand roman noir amĂ©ricain, qui laisse souvent poindre Ă  la fois humour et un brin de dĂ©rision dans un univers particuliĂšrement noir, sanglant et violent. Phrases et chapitres courts donnent le rythme. J’ai suivi ce personnage attachant, dĂ©sarmant et mĂ©lancolique avec intĂ©rĂȘt et tournĂ© les pages avec avidité  mĂȘme si la fin m’a laissĂ©e un peu sur ma faim justement. Mais qu’est-ce qui est le plus important, la quĂȘte, le chemin, ou l’arrivĂ©e ?

Photo Domi C Lire Richard Morgiéve Manosque 2017

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du prix BFM l’Express

Catalogue Ă©diteur : JoĂ«lle Losfeld, Gallimard

1954, USA : alors qu’il fait sa tournĂ©e de nuit Ă  la premiĂšre neige, sur les hauts plateaux dĂ©sertiques du comtĂ© de Garfield, dans l’Utah, le shĂ©rif Nick Corey dĂ©couvre une voiture abandonnĂ©e. Au mĂȘme moment, il voit atterrir un chasseur Sabre, sans aucune lumiĂšre. Et sans pilote. C’est le branle-bas de combat. L’armĂ©e et le FBI sont sur les dents. Quant Ă  Corey, il se retrouve confrontĂ© Ă  son propre passĂ© : le tueur en sĂ©rie qui a assassinĂ© ses parents et gĂąchĂ© sa vie rĂ©apparaĂźt. Corey se lance Ă  sa poursuite. Mais les cauchemars ont la dent dure… Et on peut tomber amoureux d’un agent du FBI.

480 pages / 150 x 220 mm  / ISBN : 9782072829321 / Parution : 17-01-2019

Les mafieuses, Pascale Dietrich

Respecter le code d’honneur, un impĂ©ratif chez les maffieux, l’Ă©pouse du parrain l’apprend Ă  ses dĂ©pens. Avec « Les mafieuses », le lecteur embarque dans une aventure aussi fĂ©ministe que cocasse.

Leone Acampora, le vieux mafieux qui rùgne sur la ville de Grenoble, se meurt à l’hîpital, sa femme Michùle veille à son chevet.

Si MichĂšle s’est habituĂ©e aux cadavres dans le placard ou dans le salon, et aux habitudes de gangster de son Ă©poux, pour leurs filles Dina et Alessia, c’est un peu plus compliquĂ©. Depuis qu’elle a compris quelles Ă©taient les activitĂ©s de la famille, Dina refuse d’y participer. PrĂ©fĂ©rant s’investir dans l’humanitaire, elle n’y trouve cependant pas son compte. Elle vit seule, mais vient enfin de rencontrer l’ñme sƓur et le beau Marcus lui redonne enfin goĂ»t Ă  la vie. Avec une psychologie et une vision du monde opposĂ©es, sa sƓur Alessia a pris la suite des affaires du clan. Elle est pharmacienne, et se trouve bien inspirĂ©e d’avoir prĂ©fĂ©rĂ© ce commerce aux sempiternelles pizzerias paternelles. Car qui viendrait Ă  soupçonner une vente de mĂ©dicaments « homĂ©opathiques Â» dans une pharmacie


Lorsque MichĂšle dĂ©couvre que Leone a placĂ© un contrat sur sa tĂȘte, les filles s’unissent pour la sauver et affronter cette menace forcĂ©ment sĂ©rieuse. Elles dĂ©cident de mettre leur mĂšre Ă  l’abri. Mais Ă  l’heure des repentis et des remords, et alors que les bandes rivales guettent la place du patron, la bataille s’annonce rude. Et la mauvaise (ou bonne ?) conscience ne laisse pas les deux sƓurs indiffĂ©rentes.

Avec beaucoup de talent et une belle dose d’humour, l’auteur inverse les rĂŽles et met en scĂšne ces mafieuses, des femmes d’un autre monde en proie Ă  des sentiments parfois ambivalents de justice et de probitĂ©. Que faut-il respecter, la loyautĂ© envers le pĂšre ou au contraire la mĂšre ? S’engager dans le combat ou au contraire prĂ©parer la fuite ? Entre comĂ©die et roman noir, le lecteur suit les mĂ©saventures de la famille Acampora avec un plaisir  certain, dans une course contre la mort un tantinet rocambolesque mais indubitablement moraliste.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du prix BFM l’Express

Catalogue Ă©diteur : Liana Levi

Il y a toujours moyen de s’arranger avec la rĂ©alitĂ© chez les gangsters. À condition de respecter le code d’honneur, on peut mĂȘme mener une vie formidable ! C’est en tout cas ce que Leone Acampora, vieux mafioso grenoblois, a enseignĂ© Ă  sa famille. MichĂšle et ses deux filles ont donc appris Ă  fermer les yeux lorsqu’elles trĂ©buchaient sur un cadavre ou une valise de cocaĂŻne dans leur joli salon en marbre. Et si, aujourd’hui, Dina a parfois mauvaise conscience, elle espĂšre se racheter en travaillant dans l’humanitaire. Quant Ă  Alessia, pharmacienne inspirĂ©e, elle a pas mal d’idĂ©es pour moderniser le business paternel. Ainsi va la vie chez les femmes Acampora, entre coups de fusil Ă  pompe et sĂ©ances de tai-chi. Jusqu’à ce que le vieux Leone perde les pĂ©dales. Car avant de mourir, il a laissĂ© une derniĂšre instruction : lancer un tueur Ă  gages aux trousses de sa femme
 L’occasion pour les mafieuses de dĂ©boulonner un vieux monde machiste et ringard.
Subtilement féministe, délicieusement féroce, Pascale Dietrich bouscule les codes pour teinter de rose le roman noir.

Date de parution : 07-02-2019 / 14 x 21 cm – 160 pages / ISBN : 9791034900909 / 15 €