Azur noir, Alain Blottière

D’une époque à l’autre, revivre la passion de Verlaine pour Arthur Rimbaud à travers le regard de Léo

En cet Ă©tĂ© caniculaire LĂ©o, dix-sept ans, a dĂ©cidĂ© de passer ses vacances au 14 de la rue Nicolet Ă  Paris, dans le nouvel appartement oĂą il vient d’amĂ©nager avec sa mère. Celle-ci est partie en Finlande sans lui.

RestĂ© seul, il a de plus en plus de crises pendant lesquelles il perd la vue par intermittence, pour des durĂ©es plus ou moins longues. Pourtant il « voit » vivre près de lui Verlaine et Rimbaud, les poètes qui se sont rencontrĂ©s dans cet appartement de Montmartre 150 ans plus tĂ´t. Adolescent fragile au regard aussi clair qu’Arthur Rimbaud, LĂ©o nous fait revivre par ses visions les heures intenses de la rencontre des deux poètes.

L’Absinthe coule à flot dans les cafés où les poètes déclament leurs vers et se retrouvent. Rimbaud y fait la connaissance des écrivains et poètes de son époque, mais il faut bien reconnaître que les seuls noms parvenus jusqu’à nous sont bien ceux de Verlaine et Rimbaud, que Léo voit évoluer dans le Paris de 1871. A chaque coin de rue autant que dans sa chambre, Léo vit avec eux les moments forts de leur rencontre, de leur amour, de leur passion pour la poésie et de leur créativité inégalement reconnue.

Paul Verlaine, le plus âgé, est déjà marié. Il comprend immédiatement que ce jeune poète d’à peine dix-sept ans qui arrive tout juste de Charleville est pétri de talent. Malgré leur écart d’âge et leur différence sociale, la fusion des deux hommes est aussi immédiate que leur difficulté à vivre ensemble. Mais cette vie hors de toutes convenances ne plait pas à tous, en particulier à Mathilde, la femme de Verlaine et à sa belle-famille.

Alain Blottière sait se couler dans la vie de Léo, adolescent fragile d’aujourd’hui aussi bien que dans celles des poètes maudits. La fragilité de l’adolescence, cette période de la vie si compliquée est ici très bien appréhendée à travers le mal de vivre d’Arthur et de Léo, chacun à son époque. L’alternance entre la réalité de cet été caniculaire hors du temps, et ces rencontres aussi réelles que fantasmées avec les hommes du passé se fait de façon tout à fait fluide, comme une évidence qui à aucun moment ne perd le lecteur. Le parallèle est parfait entre Léo et Arthur, la similitude de leur mal être, l’attrait pour la poésie et l’amour de l’écriture, chacun faisant fi des conventions avec une facilité déconcertante.

Vous aimez Paris en Ă©tĂ©, la poĂ©sie de Verlaine et la folie d’Arthur Rimbaud ? Lisez donc Azur noir, ce roman sensible et poĂ©tique est pour vous.

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

«Il vit Rimbaud retirer sa veste et la tenir Ă  l’Ă©paule, prendre la rue de Strasbourg puis s’engager dans le boulevard de Magenta vers le nord. Cette fois, il lui semblait certainement que Paris dĂ©jĂ  lui appartenait et qu’il n’allait plus jamais en repartir. Verlaine avait Ă©tĂ© empĂŞchĂ©, devait-il penser, et l’attendait chez lui. Il lui avait donnĂ© son adresse, rue Nicolet, Ă  Montmartre, tout près de la gare.»
LĂ©o vient d’emmĂ©nager avec sa mère Ă  Montmartre, Ă  l’endroit mĂŞme oĂą Verlaine et Rimbaud se sont rencontrĂ©s et aimĂ©s cent cinquante ans plus tĂ´t. Durant un Ă©tĂ© caniculaire de «fin du monde», alors qu’il croit devenir aveugle, le garçon voit renaĂ®tre le Paris des deux poètes et en fait son ultime refuge.

160 pages, 140 x 205 mm  / ISBN : 9782072879333 / Parution : 09-01-2020

Une fille de passage, CĂ©cile Balavoine

Une histoire intime en Ă©cho au roman du pape de l’autofiction Serge Doubrovsky « Un homme de passage »

Dans l’AmĂ©rique de la fin des annĂ©es 1997/2001, CĂ©cile alors Ă©tudiante Ă  New-York rencontre Serge Doubrovsky, l’inventeur et le pape de l’autofiction.

Elle sera son Ă©lève et suivra ses cours Ă  NYU. Mais avec ce professeur de 40 ans plus âgĂ© qu’elle, une relation de plus en plus intime va se forger, ils se rencontrent après les cours, puis de plus en plus rĂ©gulièrement au fil du temps. Au moment oĂą Serge Doubrovsky part quelques mois en France, CĂ©cile et deux autres Ă©tudiants vont mĂŞme sous-louer son appartement avec une vue magnifique sur les twin-towers. Ce sera une expĂ©rience Ă©tonnante pour la jeune CĂ©cile, mais aussi pour Serge Doubrovsky, de savoir l’autre dans sa chambre, dans ses meubles, plongeant sans retenue dans ses habitudes. Serge est le premier qui lui dira qu’elle doit Ă©crire, qu’elle peut devenir Ă©crivain Ă  son tour.

Ce roman est le rĂ©cit de la rencontre de deux Ă©crivains ou futur Ă©crivain. Ce sera un amour platonique et sans doute d’une forme de relation au père, ou plutĂ´t au grand-père pour l’une, et d’un amour pour une jeune femme comme il en avait l’habitude, puis la prise de conscience de la rĂ©alitĂ© du temps qui passe pour l’autre.

De rencontres en Ă©changes Ă©pistolaires, au fil des annĂ©es les secrets, la confiance et l’admiration toujours prĂ©sente font de cette relation un espace hors du monde. CĂ©cile a besoin du regard de Serge, de son amitiĂ©, de son jugement sur ses Ă©crits, Serge s’éloigne un temps, mais sera toujours lĂ , prĂ©sent, un soutien dans la vie et dans la crĂ©ation pour CĂ©cile.

Un Ă©mouvant roman sur cette histoire vĂ©cue par l’un et l’autre, mĂŞme si on peut se demander malgrĂ© tout s’ils ont bien vĂ©cu la mĂŞme histoire. Sans doute pas, leur entente a cependant perdurĂ© Ă  travers les annĂ©es jusqu’au dĂ©cès de Serge et bien après avec l’écriture de ce roman.

J’avais beaucoup aimĂ© Maestro, le premier roman de CĂ©cile Balavoine, et j’avoue que je me suis totalement laissĂ© embarquer par celui-ci. Plus inclassable que le prĂ©cĂ©dent mais Ă  l’Ă©criture, au rythme et Ă  la sensibilitĂ© qui m’ont donnĂ© envie de le lire jusqu’au bout de la nuit.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue Ă©diteur : Mercure de France

Puis il s’était penché. Je m’étais approchée pour lui offrir ma joue. Mais il s’était penché encore. Et soudain, dans le choc des visages, j’avais senti l’humidité de sa bouche s’échouer au coin de mes lèvres. Je n’avais eu que le temps d’esquisser un mouvement de recul. Il avait refermé la… Lire la suite

Paru le 05/03/2020 / 240 pages 140 x 205 mm / EAN : 9782715254411 / ISBN : 9782715254411 / Prix : 19,50

Le musĂ©e de la libĂ©ration de Paris

Le musée de la libération de Paris mais aussi Le musée Jean Moulin et Le musée du général Leclerc

Rassemblés en un seul lieu, avenue du colonel Henri Rol-Tanguy, place Denfert-Rochereau dans ce nouveau musée qui a ouvert ses portes le 25 août 2019, lors du 75e anniversaire de la libération de Paris.

Le musĂ©e est situĂ© dans l’un des pavillons de l’architecte Claude-Nicolas Le Doux, qui servaient de barrière Ă  l’une des portes d’entrĂ©e de Paris : porte d’Enfer.

Le visiteur peut suivre le parcours hors du commun de jean Moulin et du général Leclerc, deux hommes, deux héros de la seconde guerre mondiale, et comprendre leur engagement dans ce monde en guerre.

Le parcours chronologique proposĂ© aux visiteurs permet d’envisager tour Ă  tour les notions de rĂ©sistance, combats, rĂ©pression, puis la libertĂ© retrouvĂ©e.

De très nombreux documents Ă©crits, sonores, films d’Ă©poque ou entretiens avec les protagonistes de cet Ă©pisode de la seconde guerre mondiale permettent de mieux apprĂ©hender l’histoire et de dĂ©couvrir les hommes qui l’ont faite, souvent en donnant leurs vies. Des objets du quotidien, des noms et des photos permettent de donner vie aux hommes et aux femmes jusque-lĂ  anonymes.

On peut également descendre quelques 100 marches pour découvrir le poste de commandement du colonel Rol-Tanguy utilisé dès le 20 août 1944.

Une visite très intĂ©ressante, il y a beaucoup Ă  lire, regarder, Ă©couter, grâce Ă  de nombreux documents que l’on dĂ©couvre parfois pour la première fois, ou parfois qui sont simplement mis en situation et cela permet de se faire une meilleure idĂ©e de ce qu’il se passait Ă  Paris, en particulier pendant ces journĂ©es dĂ©cisives de la libĂ©ration, mais pas seulement puisqu’elles sont inscrites dans l’Histoire plus large de la seconde guerre mondiale et de la libĂ©ration de la France.

Quoi : Le musĂ©e de la libĂ©ration de Paris, Jean Moulin, gĂ©nĂ©ral Leclerc, renseignements ici
Quand : Du mardi au dimanche, de 10h Ă  18h
OĂą : 4 Avenue du colonel Henri Rol-Tanguy, 75014 Paris (Place Denfert-Rochereau)

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

L’amour sans le savoir, sans le dire, sans le vivre, tendresse et Ă©motion au rendez-vous

Un peu comme pour tout, Alice est une femme enfermĂ©e dans une vie qu’elle ne s’autorise pas Ă  savourer pleinement. Elle est professeur de français et vient du nord de la France. Mais a rejoint la capitale pour se rapprocher de sa fille. Pourtant, elle se sent seule et Ă©trangère.

Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thĂ© et de massage et Ă  la suite d’un quiproquo, rencontre des mains merveilleuses qui l’Ă©veillent aux sens. Elle s’ouvre enfin au plaisir, intime, secret, inavouĂ©. Elle se rend compte qu’elle est amoureuse de Akifumi, ce masseur japonais qui pourtant ne dit pas un mot. Car il ne parle pas français, ils ne peuvent donc jamais  Ă©changer, seules ses mains sur elle, son regard, ses Ă©motions lui parlent. Alice prend des cours de japonais pendant un an, attendant le moment propice pour avouer son amour.

Mais ce sera un amour platonique jamais déclaré, jamais dit, jamais vécu et cependant intense et réel. Un amour qu’elle va déclamer, écrire, verbaliser dans ce roman épistolaire singulier. Par cet amour sincère qui n’attend rien en retour, elle ose s’avouer ses propres sentiments, se dévoiler et enfin se libérer d’un passé parfois lourd et triste.

L’écriture est sensible et intimiste. C’est une belle dĂ©claration d’amour Ă  sens unique et la dĂ©couverte de soi d’une femme qui approche de cette cinquantaine parfois traumatisante.  Ă‰veil aussi Ă  la finesse, Ă  la voluptĂ© silencieuse et Ă  l’étrangetĂ© des traditions japonaises.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux. Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Lire la suite …

Parution : 3 Juin 2020 / Format : 121 x 188 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246824954 Prix : 14.50€ / EAN numĂ©rique: 9782246824961 Prix : 9.99€

Simone Veil ou la force d’une femme, Cojean, BĂ©taucourt, Oburie

Simone Veil, une femme de combats et de convictions

Annick Cojean, grand reporter au Monde, a eu le bonheur rare de rencontrer Simone Veil à différents moments tout au long de sa carrière. Difficile alors de trouver quelqu’un de mieux placé qu’elle pour participer à l’écriture de ce roman graphique en hommage à la force d’une femme au nom quasi mythique.

A la fois factuel et humain, aussi rĂ©aliste que parfois admiratif, le portrait est juste et sobre. On y retrouve Simone, nĂ©e Ă  Nice en 1927. Puis on la suit pendant les annĂ©es de guerre, la dĂ©portation, la solidaritĂ© des trois femmes, la mère et ses deux filles. Celle qui Ă©tait trop jolie pour mourir ne se remettra jamais vraiment du dĂ©cès de sa mère un mois avant la libĂ©ration des camps, un deuil comme une plaie ouverte qui ne se refermera jamais totalement. A la libĂ©ration, avec un tatouage sur le bras, mais dans le silence sur le vĂ©cu trop lourd Ă  exprimer, c’est le retour Ă  Paris. Les Ă©tudes, la rencontre avec Antoine, le mariage et leurs quatre enfants. Elle devra abandonner son rĂŞve d’exercer le mĂ©tier d’avocate pour entreprendre un mĂ©tier acceptĂ© par son mari (chose courante Ă  l’époque, dĂ©jĂ  bien qu’il accepte qu’elle travaille !).

Elle vivra des expĂ©riences professionnelles diffĂ©rentes, Ă  la direction de l’administration pĂ©nitentiaire, puis Ă  la direction des affaires civiles auprès du Garde des Sceaux, au ministère de la justice. Partie prenante essentielle dans l’adoption de la loi sur l’IVG voulu par Giscard d’Estaing en 1974, elle devra supporter stoĂŻquement les insultes et les propos humiliants et grossiers dont elle fait l’objet. Elle part ensuite Ă  la tĂŞte du Parlement europĂ©en, puis fera son retour comme ministre des affaires sociales, de la santĂ© et de la ville en 1993. Enfin, elle entre Ă  l’acadĂ©mie française, Ă©lue au premier tour en 2008.

Décédée en 20017, Simone Veil a rejoint les grands Hommes du Panthéon, accompagnée dans cette dernière et honorifique demeure par Antoine, l’époux d’une vie.

Cette femme magnifique à la forte personnalité, très combative, a toujours défendu les femmes, leur droit au travail, à une certaine autonomie à la fois financière et professionnelle. Rescapée des camps, épouse et mère, féministe brillante, totalement engagée, ayant une forte exigence morale, Simone Veil a marqué durablement son époque.

Penser à elle, c’est aussi se souvenir, pour ne jamais oublier que rien n’est jamais définitivement gagné, pas même la liberté.

Les différentes années de la vie de Simone Veil s’entendent facilement ici grâce au graphisme fait d’une alternance de tons pastels, jaune, bleu ou gris. Dommage il n’y a pas le vert de ses yeux, mais l’on est très bien projeté d’une temporalité à l’autre. Cela manque peut-être d’un peu de dynamisme, après tout, cette femme s’est battue et a porté haut ses convictions, on aurait pu les imaginer avec parfois un peu plus de luminosité, mais cela passe très bien malgré tout.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Steinkis & Plon

Un récit intimiste et émouvant sur deux grandes femmes.
Par Annick Cojean, Xavier Bétaucourt, Étienne Oburie

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Elle signe un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Date de parution 28 Mai 2020 / ISBN 9782368462584 / Pages 112 / Prix 18€

Battling le tĂ©nĂ©breux, Alexandre Vialatte

Battling, Battling, tu n’invectiveras plus jamais Victor Hugo dans la cour qui sent le tilleul

Alexandre Vialatte (1901-1971) est romancier et traducteur. Il est connu pour avoir fait dĂ©couvrir aux français dès 1928 les Ĺ“uvres de Kafka par sa traduction de La mĂ©tamorphose. Puis quasiment toute l’œuvre de Kafka. Il a publiĂ© seulement trois romans de son vivant, dont Battling le tĂ©nĂ©breux. Lorsqu’on plonge dans ce texte, on part immĂ©diatement en 1928, dans l’ambiance de l’entre deux-guerres.

Le narrateur se souvient, ils sont seize ans dans ce lycée de province, sur ces pupitres où la génération précédente avait sculpté son nom avant de partir mourir à la guerre. Les garçons encore jeunes mais déjà hommes se voient pousser des ailes face aux jeunes femmes mystérieuses ou aguicheuses. Quelques rivalités éclatent, avouées ou contenues, à cet âge, on se croit devenu poète, mais on est aussi bagarreur et soucieux de plaire, l’amitié prend de curieux détours, entre rivalité et cohésion, confiance et jalousie.

Fernand Larache est Battling, un adolescent au tempérament fougueux et parfois mélancolique qui aime Victor Hugo. Au lycée, il va découvrir les émois des corps qui se réveillent, la rencontre avec Erna ou Céline, deux jeunes femmes fort différentes, mais aussi la confrontation avec les autres hommes, en particulier avec Manuel dont il se sent à la fois proche et distant.

Il se dégage de ces pages une grande mélancolie, comme une forme de tristesse latente dont Battling n’arrive pas à se débarrasser pour se donner envie de vivre. Une adolescence classique, si ce n’est qu’ici, elle se termine en tragédie grecque. L’écriture est belle, sombre, poétique parfois, expressive et nostalgique.

Je dĂ©couvre avec ce roman cette collection L’imaginaire de Gallimard, aux nombreux titres et au concept intĂ©ressant : RĂ©Ă©dition d’œuvres littĂ©raires, tantĂ´t oubliĂ©es, marginales ou expĂ©rimentales d’auteurs reconnus, tantĂ´t estimĂ©es par le passĂ© mais que le temps a pu Ă©clipser.

Une collection de chefs-d’Ĺ“uvre mĂ©connus. Une collection de plus de 700 perles rares de la littĂ©rature mondiale et 300 auteurs majeurs du XXe siècle… Imaginez « L’Imaginaire Â»

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Première parution en 1928. PrĂ©face d’Angelo Rinaldi

Il n’est pas facile d’ĂŞtre jeune. Sans doute, Erna Schnorr se marie et devient la mère de douze enfants roses, Manuel s’en va chez les soldats et chez les femmes, mais la destinĂ©e de Battling est plus singulière. Sans doute Ă©tait-elle appelĂ©e par une âme plus acide et une pudeur plus hargneuse, par un goĂ»t prononcĂ© pour la vraie musique militaire et pour Victor Hugo, par des cheveux rouges et des muscles d’homme, par les conseils du vent de cinq heures, le cafĂ©-bar Mexico, et l’influence de l’art moderne, qui peut agir si gravement sur les pensĂ©es et la conduite d’un Ă©lève de rhĂ©torique, qui ne s’appelle d’ailleurs pas en rĂ©alitĂ© Battling, mais Fernand Larache.

252 pages, 125 x 190 mm / ISBN : 9782070213627 / Parution : 21-09-1982 / Collection L’Imaginaire (n° 101)

Miss Jane, Brad Watson

Roman de la diffĂ©rence, de l’acceptation de soi et du courage dans L’AmĂ©rique rurale du XXe

Miss Jane est nĂ©e en 1915 d’une mère un peu trop âgĂ©e d’une famille banale du Mississippi. Elle souffre d’une malformation urogĂ©nitale de naissance particulièrement handicapante. C’est malgrĂ© tout une enfant facile, brillante, curieuse, qui comprend vers l’âge de six ans qu’elle ne pourra jamais ĂŞtre comme les autres. Car avec son handicap il lui est impossible d’aller Ă  l’école, de frĂ©quenter les autres enfants, d’aller dans les autres familles.

Élevée avec sa sœur qui sera longtemps proche d’elle, elle se retrouve rapidement seule avec ses parents. Les fils ont quitté le foyer pour s’installer ailleurs. Sa sœur se rebelle et s’enfuit dès qu’elle peut pour vivre et travailler à la ville. Car dans cette famille, entre une mère mutique et si peu aimante, et un père qui tâte bien souvent de la bouteille, histoire de tester sa production d’eau de vie, la vie n’a rien d’idyllique.

Le docteur Thompson a assistĂ© la mère lors de ses diffĂ©rents accouchements, il est veuf sans enfants et prend soin de Miss Jane comme si c’était sa propre fille. Il tente tout ce qui est en son pouvoir (c’est-Ă -dire bien peu) pour essayer de rĂ©parer ce handicap, contactant sur de nombreuses annĂ©es tous les plus grands spĂ©cialistes des États-Unis. Mais hĂ©las, la mĂ©decine de cette Ă©poque n’a pas encore assez Ă©voluĂ© pour opĂ©rer de façon efficace et sans risque. Cette jeune fille singulière sera toute sa vie diffĂ©rente des autres filles. Jane n’aura jamais de relations avec un homme ni d’enfants. Elle l’accepte comme une fatalitĂ© dont on pourrait facilement s’accommoder alors qu’elle implique une vie de solitude et d’indĂ©pendance forcĂ©e, allant Ă  l’encontre de la vie dite « normale Â» d’une femme de son temps.

L’auteur s’attarde longuement sur l’enfance de Miss Jane, sur ces années qui forgeront le caractère de cette petite fille jolie, optimiste et intelligente. Ces années cruciales qui lui permettent de s’accepter, de devenir cette femme forte au caractère bien trempé qui vivra de longues années dans cette solitude acceptée. Un peu moins d’informations sur sa vie de femme qui a su trouver dans cet isolement une forme de bonheur acceptable.

Roman de la diffĂ©rence, de l’acceptation de soi, dans cette AmĂ©rique rurale du XXe oĂą cette femme hors du commun apprend Ă  survivre dans ce corps qui l’opprime, seule, incomprise mais aussi parfois aimĂ©e par ceux qui l’entourent pourtant bien mal. On ressort de cette lecture avec une impression de solitude et de tristesse face Ă  ce gâchis face auquel on est impuissant, Ă©patĂ© par le courage de cette enfant, de cette femme, qui accepte cette diffĂ©rence contre laquelle elle ne peut rien.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Grasset

Traduction Marc Amfreville

Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Quelques instants après sa naissance, le docteur constate que Jane est née avec une malformation. Il s’agit d’un véritable handicap, avec lequel elle devra composer sa vie durant.
Ses premières annĂ©es sont insouciantes. Ce n’est qu’Ă  l’approche de ses six ans que la fillette prend conscience de sa singularitĂ©. Mais sa soif d’apprendre est plus forte que les rĂ©ticences de ses proches. Elle entre Ă  l’Ă©cole, se plonge dans les livres. Puis arrivent l’adolescence et les premiers Ă©mois amoureux…
Dans une Amérique rurale que le XXe siècle est en train de bouleverser, Miss Jane est l’histoire poignante et pleine d’espoir d’une héroïne hors du commun qui fait face à son destin. Un grand roman de formation et d’émancipation, porté par une écriture sensible et délicate.

Grasset : Parution : 5 Septembre 2018 / Format : 140 x 205 mm / Pages : 384 / EAN : 9782246814641 / Prix : 22.00€ / EAN numĂ©rique : 9782246814658 Prix : 7.99€

Le Livre de Poche Prix : 7,90€ / Pages 360 / Date de parution : 27/05/2020 / EAN : 9782253237983

Piscine Molitor, Cailleaux et Bourhis

Boris Vian écrivain et musicien, une vie d’artiste

Comment retranscrire en aussi peu de pages la vie multiforme, foisonnante et crĂ©atrice de Bison Ravi, cet artiste hors-normes qu’était Boris Vian. Cailleaux pour le dessin et Bourhis pour les textes s’y sont essayĂ© avec talent dans cette BD rĂ©Ă©ditĂ©e Ă  l’occasion du centenaire de Boris Vian.

Dans cette piscine Molitor, Boris Vian se souvient. De l’enfance dans le Cotentin à la faillite familiale à Ville d’Arvray, le changement de vie et de standing est violent lorsque le père doit aller travailler. Puis de ses études brillantes, du travail d’ingénieur au service normalisation de l’AFNOR qui s’il ne paie pas assez lui laisse malgré tout le temps d’écrire des romans. Il y a peu de planches pour parler de sa famille, le frère, les parents, puis sa femme Michèle, son fils, sa fille n’est même pas évoquée. Enfin, on aperçoit Ursula, la dernière compagne.

On le retrouve avec ses failles et ses blessures, son talent et sa créativité sans limite, sa sensibilité et ses angoisses, sa poésie et son inventivité.

Sont bien évoquées les rencontres avec les artistes de son temps, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco ou même Gainsbourg, et surtout sa passion pour le jazz et la musique, pour sa trompinette dont il jouera sans relâche, en sachant pertinemment que c’était au risque d’en mourir, mais aurait-il pu vivre autrement ?

Il avait le cĹ“ur malade et a toujours vĂ©cu avec ce handicap.  C’est bien son cĹ“ur qui le lâchera pendant l’avant-première du film inspirĂ© du roman Ă©ponyme J’irai cracher sur vos tombes. Boris Vian meurt Ă  39 ans en nous laissant une Ĺ“uvre multiforme, foisonnante, inspirĂ©e et magnifique. Qu’il soit Boris Vian, Vernon Sullivan, Bison Ravi, ou le soi-disant traducteur de sa propre Ĺ“uvre, il aura vĂ©cu jusqu’au bout cette vie qui est vraie, puisqu’il l’a imaginĂ©e d’un bout Ă  l’autre.

Indiscutablement il faut faire des choix et parfois j’aurais aimé y découvrir un peu plus de choses, mais l’ensemble reste malgré tout très convaincant. Même si il me semble que cela peut être parfois incompréhensible ou restrictif pour qui ne connaitrait pas déjà en grande partie la vie de Vian.

A propos de Boris Vian, et pour avoir cette fois une connaissance absolument exhaustive de sa vie et son Ĺ“uvre, on ne manquera pas de lire l’excellent Boris Vian, le sourire crĂ©ateur, de Valère-Marie Marchand.

Catalogue Ă©diteur : Dupuis Collection : Aire Libre

Cette histoire est totalement vraie, puisque je l’ai imaginĂ©e d’un bout Ă  l’autre. Boris Vian

Boris Vian Ă©tait cardiaque ; il considĂ©rait que nager en apnĂ©e Ă©tait bon pour son cĹ“ur. Pourtant, ce matin du 23 juin 1959, au bord de la Piscine Molitor, il lui reste seulement quelques heures Ă  vivre avant de succomber Ă  une crise cardiaque pendant la projection du film adaptĂ© de son roman « J’irai cracher sur vos tombes ».

HervĂ© Bourhis raconte les derniers instants de ce crĂ©ateur protĂ©iforme, plongeant dans son passĂ© au plus profond de ses doutes, de ses passions, de ses amours, de ses joies. Les personnages secondaires de cette histoire ont pour noms : Jacques PrĂ©vert, YĂ©hudi Menuhin, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Juliette GrĂ©co, Simone de Beauvoir…
Avec Ă©lĂ©gance et sensibilitĂ©, le dessin de Christian Cailleaux restitue ici trente-neuf annĂ©es d’une vie fascinante.

RĂ©Ă©dition Ă  l’occasion des cĂ©lĂ©brations autour du centenaire de Boris Vian.
Tirage limité à 1500 exemplaires avec dossier complémentaire de 16 pages et jaquette.

Paru le 13/03/2020 / Age du lectorat : 15+ / 88 pages / ISBN: 9791034750405 / Prix : 19.90€

Icare mon amour, Jeanne T.

Un recueil de poésies publié par les éditions Chèvre-feuille étoilée

Fait de courts, très courts poèmes, une phrase, à peine quelques mots, mais toujours suffisants et assez évocateurs pour dire : Aimer, Ensemble, Peur, Doute, Tendresse, Absence, Désaccords, Le temps qui passe, Désir.

Comme si ces mots, ces courtes phrases posés sur les sentiments, sur l’amour qui vient et qui s’enfuit étaient dit tout doucement à notre oreille.

A lire, poser, relire. C’est Ă  la fois très intime et totalement universel.. Et c’est beau !

Et au milieu, découvrir cette page blanche, comme un cadeau pour y poser ses propres mots, un nom, une larme…

đź’® Icare,
Mon amour,
Ne regarde pas en bas

đź’® Dans une minute
je vais te revoir.
Et si tu n’étais plus toi
et moi plus moi ?

đź’® Manger une pĂŞche
Très mûre
Et te boire

đź’® Laisse-moi
Remonter
L’horloge de ton cœur


Catalogue Ă©diteur : Chèvre-feuille Ă©toilĂ©e

Un recueil de poèmes d’amour pour fêter nos vingt ans !
Jeanne T. nous livre dans ce recueil la légèreté et le tragique, l’humour et la panique, la part d’enfance, l’absence déchirante, le plaisir et l’émerveillement de l’amour.

PubliĂ© en 2020 / ISBN : 9782367951423 / Prix : 12,00€

La rĂ©surrection de Joan Ashby, Cherise Wolas

Quand une écrivaine de talent se perd dans le couple et la maternité, quel est le prix à payer pour se retrouver ?

Joan Ashby le sait, elle est faite pour ĂŞtre Ă©crivaine, c’est sa vie. A seulement vingt-trois ans, reconnue et adulĂ©e par son lectorat, elle excelle dans ce rĂ´le. Après deux recueils de nouvelles et des tournĂ©es de librairies et de salons dans tout le pays, elle sait que c’est ce qu’elle aime et qu’elle fait le mieux. Elle a peu de certitudes mais certains prĂ©ceptes inĂ©branlables : ne jamais arrĂŞter d’écrire, ne jamais avoir d’enfants.

Pourtant, la rencontre avec Martin, si elle n’est pas forcément un coup de foudre est malgré tout une évidence. Elle l’épouse, change de cadre de vie, quitte New-York et ses promesses pour déménager dans la petite ville où il a installé sa clinique et découvre sa grossesse déjà avancée. Malgré son envie de ne pas avoir d’enfant, malgré les promesses de Martin, malgré ses rêves, elle s’engage sur le difficile chemin de la maternité heureuse. Car Joan n’est pas faite pour devenir mère, elle le sait, cependant pour plaire à Martin, pour devenir cette jeune femme accomplie conforme aux exigences, elle va prendre son rôle très au sérieux. Et si la maternité n’est pas désirée, elle saura malgré tout donner tout son amour à ses enfants et les aider à grandir à ses côtés.

Les années passent, avec ces deux fils magnifiques, Daniel le rêveur développe tout jeune des talents pour l’écriture, Éric le surdoué autodidacte, inventeur d’un programme informatique à seulement treize ans, est très difficile à canaliser. Martin poursuit avec talent son métier de chirurgien ophtalmologue. Il parcourt le monde pour réaliser des opérations miraculeuses pour des malades toujours plus reconnaissants. Une belle famille composée d’éléments disparates qui s’accordent et grâce à qui la vie devrait être formidable.

Mais dans ces conditions, à toujours faire passer le bonheur des autres avant le sien, comme le font souvent les mères, Joan n’arrive plus à écrire. Devenue mère et épouse avant d’être écrivaine, il lui faudrait pour se réaliser pleinement plus de calme et de sérénité. Alors elle privilégie son rôle de mère au détriment de ses passions, ses envies, ses aspirations. Pourtant en cachette, elle réussit à s’évader et à créer son premier grand roman.

Jusqu’au jour où… c’est la trahison, l’abandon et la fin du rĂŞve Ă©veillĂ©, ce rĂŞve de rĂ©ussite et de retour Ă  l’écriture. Et la trahison est destructrice. A partir de lĂ , les coutures commencent Ă  craquer, la famille explose, le fils gĂ©nial part au bout du monde, l’ainĂ© se terre et coupe les ponts. Joan part seule se ressourcer Ă  Katmandou. Elle va enfin le faire ce voyage qu’elle avait reportĂ© d’annĂ©e en annĂ©e, pour tenter de se trouver au bout du chemin, pardonner, avancer. La rencontre avec les autres – femmes, religion, mĂ©ditation – va lui permettre d’avancer sur le difficile chemin qu’il lui reste Ă  parcourir.

Ce premier roman est un portrait de femme Ă  la fois terriblement ambitieux – plus de six cent pages tout de mĂŞme – et vraiment Ă©tonnant. L’auteur nous entraine sur plusieurs dizaines d’annĂ©es de la vie de Joan Ashby. Cette jeune femme embrasse la maternitĂ© presque contre son grès, parce que les conventions, les convenances, parce que le mari, les traditions, mais certainement pas par vĂ©ritable dĂ©sir intime, comme c’est trop souvent le cas encore aujourd’hui.

J’ai aimé également cette intéressante approche sur la difficulté pour un enfant de trouver sa place et de forger sa personnalité dans une famille où chaque membre est surdoué, chacun ayant des spécialités si écrasantes, si évidentes, qu’il faut trouver le moyen de devenir soi.

A sa vie se mĂŞlent ses diffĂ©rents Ă©crits, ses nouvelles, son romans, puis le rĂ©cit de son fils, comme des boites que le lecteur va ouvrir Ă  mesure pour comprendre et apprĂ©hender toute la complexitĂ© de ce personnage, des relations humaines, de la difficile acceptation de la vie familiale. Il faut du talent pour donner un style diffĂ©rent aux Ă©crits qui se suivent ; parfois un peu difficiles Ă  suivre, mais les diffĂ©rentes polices utilisĂ©es aident bien Ă  la comprĂ©hension. Ça foisonne, c’est dense, et ce gros pavĂ© est un vrai plaisir de lecture, Ă  la fois original, singulier, humain, il parle Ă  chacun d’entre nous.

Citation : Elle comprend qu’elle vivait comme cousue de l’intĂ©rieur depuis très longtemps et que les coutures commencent Ă  craquer.

La résurrection de Joan Ashby, par son approche un peu iconoclaste de la maternité m’a fait penser au roman Amour propre de Sylvie Le Bihan que j’avais également beaucoup aimé, pour cette vision qui dérange mais qu’il est primordial d’exprimer.

Catalogue Ă©diteur : Delcourt littĂ©rature

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Hanna

Joan Ashby a toujours voulu devenir écrivaine et a établi très tôt quelques préceptes de vie pour mettre toutes les chances de son côté : « Ne pas perdre de temps », « Écrire tous les jours », et surtout « Ne jamais avoir d’enfants ». Elle touche au but à 23 ans et devient la nouvelle sensation de la scène littéraire new-yorkaise avec un premier recueil de nouvelles singulières. Mais elle fait un premier pas de côté en épousant Martin, puis découvre avec effroi qu’elle est enceinte. Elle prend alors une décision fatale à sa carrière et s’efface dans une vie de famille non préméditée. Mère de deux fils diagnostiqués précoces, Joan laisse filer les années. Sur le point de renouer enfin avec la vie qu’elle a mise en suspens, une trahison aux proportions shakespeariennes va l’acculer à questionner tous les choix qu’elle a faits…

Sélectionné par le PEN/Robert W. Bingham Prize for Debut Fiction, La Résurrection de Joan Ashby est le premier roman de Cherise Wolas, par ailleurs productrice de cinéma. Native de Los Angeles, elle vit aujourd’hui à New York et a publié en 2018 son deuxième roman, The Family Tabor.

Parution le 22 janvier 2020 / 624 pages / Prix : 23.90€