La passe imaginaire, GrisĂ©lidis RĂ©al, Vesna Etcha Dvornik

La passe imaginaire, de GrisĂ©lidis RĂ©al interprĂ©tĂ©e et mise en scĂšne par Vesna Etcha Dvornik « La prostitution est un art, un humanisme et un acte rĂ©volutionnaire »Â 

Etcha Dvornik, danseuse et chorĂ©graphe originaire de Ljubljana, en SlovĂ©nie, est venue en France continuer ses Ă©tudes, et poursuivre ici son travail sur le corps. Elle aime travailler sur le corps, en particulier Ă  travers l’expression de sa fatigue, et sur la crĂ©ation fĂ©minine en gĂ©nĂ©ral. Elle incarne Griselidis Real par les attitudes et les mouvements d’un corps souvent Ă©puisĂ©, en donnant voix Ă  son Ɠuvre maitresse, La passe imaginaire. Jouant sur une chorĂ©graphie et des accessoires qui disent ou font ressentir, chaussant et dĂ©chaussant ses vertigineux escarpins rouges si emblĂ©matiques du mĂ©tier qu’elle incarne.

Un spectacle Ă  la fois dĂ©calĂ© et surprenant, tant la proximitĂ© avec Etcha Dvornik est grande dans ce petit thĂ©Ăątre. Spectacle qui peut ĂȘtre dĂ©rangeant dans sa nuditĂ©, ses mots ou ses gestes qui expriment une sexualitĂ© tarifĂ©e Ă  la fois violente et scandaleuse. Sans doute aussi parce qu’il rend humaines les prostituĂ©es, et place le spectateur face Ă  ce mĂ©tier dont il n’a au fond le plus souvent que des impressions et des idĂ©es certainement aussi fausses que contradictoires.

On perçoit dans les mouvements du corps Ă  la fois la rĂ©volte face aux idĂ©es reçues et la rĂ©volution dans les propos de Griselidis Real. Elle veut donner une autre image de ce mĂ©tier qu’elle pratique en voulant toujours aider ces hommes qui viennent Ă  elle, comme le font ses consƓurs, les soulager sans doute, et lĂ  les mots deviennent aussi crus que les gestes sur la scĂšne, aussi dĂ©rangeants que l’amour physique sans sentiments et sans jouissance partagĂ©e.

Peu Ă  peu, on se laisse envoĂ»ter par la voix d’Etcha Dvornik et par sa prĂ©sence ; par la danse du corps et par ses gestes qui disent la lassitude et la fatigue, l’attente et la violence contenue, le dĂ©sespoir parfois, dans un rĂŽle, une chambre, un corps. Qui disent l’enfermement aussi, avec ce moment qui m’a particuliĂšrement happĂ©e, par ce dĂ©placement circulaire quasi hypnotique, sur cette minuscule scĂšne de la ComĂ©die Saint-Michel, et qui incarnait parfaitement une forme d’emprisonnement.

Lire La Passe imaginaire, avec une préface de Jean-Luc Hennig, dans la Collection Verticales, Gallimard, 2006

«Voici les lettres intimes que j’ai reçues, en dix ans, d’une des femmes les plus rares que j’aie eu Ă  connaĂźtre. Ces lettres racontent sa vie du jour et de la nuit, ses clients (immigrĂ©s turcs ou arabes, pour la plupart), ses rĂȘveries de vieillesse, ses amants imaginaires, ses coups de gueule, ses imprĂ©cations contre Dieu, ses verres de royal-kadir, ses maladies Ă  rĂ©pĂ©tition, ses usures. MĂȘme si GrisĂ©lidis se dit encore prĂȘte Ă  tout pour les hommes, prĂȘte Ă  tout pour l’amour. Et surtout si elle rit de tout. FĂ©rocement. GrisĂ©lidis a peut-ĂȘtre le bonheur de la dĂ©sespĂ©rance. C’est en tout cas sa dignitĂ©.»
Jean-Luc Hennig.

La Passe imaginaire, Ɠuvre maĂźtresse de GrisĂ©lidis RĂ©al, Ă©crivaine, peintre et prostituĂ©e Suisse (1929-2005), est le fruit d’une correspondance entretenue de l’Ă©tĂ© 1980 Ă  l’hiver 1991 avec Jean-Luc Hennig.

Voir « La Passe Imaginaire » spectacle chorĂ©graphique d’aprĂšs l’Ɠuvre de Griselidis RĂ©al

Ce document sur la prostitution au quotidien dĂ©voile le panorama secret de la misĂšre sexuelle masculine avec rage, cruditĂ© et tendresse. Au fil des lettres, l’autoportrait de cette P… irrespectueuse met Ă  jour les autres femmes qui vivent en elle : la grande voyageuse, la lectrice Ă©clectique, l’amoureuse passionnĂ©e, la sociologue amateur, l’altruiste libertaire et l’Ă©picurienne raffinĂ©e. Écrivaine flamboyante Ă  l’écriture large et puissante, lyrique et crue, femme libre et engagĂ©e, enragĂ©e et humaniste, elle fut Ă  la tĂȘte de tous les combats et des mouvements de prostituĂ©es des annĂ©es 70.

Quand : jusqu’au 2 janvier 2020 les jeudis soirs Ă  21h30

OĂč : au ThĂ©Ăątre de la comĂ©die Saint-Michel au 95 boulevard Saint-Michel – 75005 Paris

La terre invisible, Hubert Mingarelli

Un texte court d’une Ă©tonnante sobriĂ©tĂ©, La terre invisible d’Hubert Mingarelli, le roman que l’on ne lĂąche pas avant la fin

Dans l’Allemagne de 1945 un photographe de l’armĂ©e britannique assiste Ă  la libĂ©ration des camps de concentration. ChoquĂ©, il n’arrive pas Ă  quitter le pays et dĂ©cide de partir photographier les habitants dans la campagne environnante. En faisant cela, sans savoir ni comment ni pourquoi, il tente de dĂ©celer sous leur banalitĂ© une raison Ă  leur comportement. Car comment des hommes ordinaires ont-ils laissĂ© faire les horreurs qu’il vient de dĂ©couvrir. HantĂ© tout au long du rĂ©cit par les visions d’horreur qu’il a eues Ă  la dĂ©couverte des camps de concentration, le photographe cherche des rĂ©ponses au pourquoi et comment tant de monstruositĂ©, Ă  cette complicitĂ© passive de tout un peuple.

Il sera accompagnĂ© par O’Leary, un jeune soldat anglais arrivĂ© sur le front Ă  la fin de la guerre et dont on comprend rapidement qu’il porte lui aussi ses propres failles intĂ©rieures. Ils partent au hasard, Ă  la recherche de rĂ©ponses Ă  la fois Ă  ces interrogations et Ă  leurs propres traumatismes, Ă  la recherche de la terre invisible.

Avec des personnages qui ont tout de l’anti hĂ©ros et sans aucun Ă©vĂšnement marquant pour Ă©mailler leur route, malgrĂ© des conditions historiques exceptionnelles et propices aux agissements extra-ordinnaires Hubert Mingarelli propose un rĂ©cit Ă  la fois Ă©purĂ©, presque silencieux, et absolument Ă©mouvant. Cette Ă©criture d’une grande sobriĂ©tĂ© interroge sur la nature humaine et sur les incomprĂ©hensions que provoquent certains actes dans des circonstances exceptionnelles.  La terre invisible est par essence de ces romans qui infusent lentement et restent en mĂ©moire longtemps aprĂšs avoir refermĂ© le livre.

citation :

« Attendez, on na pas tout vu. Ça commence Ă  arriver. Dans des fosses Ă  la mitrailleuse, des milliers. L’Ukraine, c’est un cimetiĂšre. Et qui les creusait ces fosses ? « 
Il se tut, et dans un murmure :
« Alors pendant qu’ils creusaient Ă  quelle vitesse battaient leurs cƓurs ? »

D’Hubert Mingarelli, lire Ă©galement L’homme qui avait soif.

Des romans de cette rentrée littéraire qui évoquent la seconde guerre mondiale, je retiens en particulier Le temps des orphelins, de Laurent Sagalovitsch

Catalogue Ă©diteur : Buchet-Chastel

En 1945, dans une ville d’Allemagne occupĂ©e par les alliĂ©s, un photographe de guerre anglais qui a suivi la dĂ©faite allemande ne parvient pas Ă  rentrer chez lui en Angleterre. Il est sans mot devant les images de la libĂ©ration d’un camp de concentration Ă  laquelle il a assistĂ©.
Il est logĂ© dans le mĂȘme hĂŽtel que le colonel qui commandait le rĂ©giment qui a libĂ©rĂ© le camp. Ayant vu les mĂȘmes choses qui les ont marquĂ©s, ils sont devenus des sortes d’amis. Un soir, le photographe expose son idĂ©e de partir Ă  travers l’Allemagne pour photographier les gens devant leur maison. Il espĂšre ainsi peut-ĂȘtre dĂ©couvrir qui sont ceux qui ont permis l’existence de ces camps. Le colonel met Ă  sa disposition une voiture et un chauffeur de son rĂ©giment. C’est un trĂšs jeune soldat qui vient d’arriver et qui n’a rien vu de la guerre.
Le photographe et son jeune chauffeur partent au hasard sur les routes. Le premier est hantĂ© par ce qu’il a vu, et le second est hantĂ© par des Ă©vĂšnements plus intimes survenus chez lui en Angleterre. Le roman est ce voyage.

Parution : 15/08/2019 / Format : 11,5 x 19,0 cm, 192 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03224-4

L’ile introuvable, Jean Le Gall

Improbable roman sur la littĂ©rature et sur l’écrivain, « L’ile introuvable Â» est une vĂ©ritable prouesse littĂ©raire de cette rentrĂ©e 2019.

Un homme tombe amoureux d’une femme dĂ©jĂ  en couple avec un autre, tous trois  deviennent amis
 VoilĂ  une intrigue plutĂŽt classique digne d’un vaudeville, mais qui est traitĂ©e ici de façon bien singuliĂšre.

Tout commence par le survol en hĂ©licoptĂšre de l’ile introuvable, en Italie, pour y rechercher un auteur qui a disparu des radars de l’actualitĂ©. Puis l’auteur fait un retour arriĂšre. Olivier Ravanec rĂȘve d’écrire le roman parfait, celui qui le rendra cĂ©lĂšbre et qui lui donnera enfin la reconnaissance du public. Dominique Bremmer est Ă©ditrice chez Gallimard, Olivier Ravanec en est fou amoureux, mais elle est avec l’étonnant Vincent ZaĂŻd, riche amateur de fĂȘtes parisiennes. Ce dernier, flirtant avec la marginalitĂ© des voyous de grands chemins, intĂ©ressĂ© par la politique et accessoirement la littĂ©rature, est donc surtout en couple avec Dominique. AprĂšs quelque aventures pour le moins ubuesques, ZaĂŻd est emprisonnĂ© pour malversation, puis libĂ©rĂ© au bout de quelques annĂ©es. Sa vengeance sera implacable.

Impossible d’en dire d’avantage, car dans ce roman, l’important est la façon dont il est composĂ©, Ă  la fois un hymne Ă  la littĂ©rature, et une Ɠuvre fourmillant de rĂ©flexions philosophiques, littĂ©raires, ou politiques. Le narrateur donne des avis sur les auteurs classiques ou d’autres plus actuels, sur la difficultĂ© d’ĂȘtre un Ă©crivain reconnu, sur le talent et le travail, le monde abscons de l’édition pour les nĂ©ophytes que nous sommes. C’est dense, ça fourmille de rĂ©fĂ©rences, d’idĂ©es, de personnages plus extravagants les uns que les autres. Un roman indiscutablement singulier et diffĂ©rent de ce que l’on a l’habitude de lire.

Plaçant sans cesse le lecteur sur une frontiĂšre floue entre rĂ©alitĂ© et fiction, tant par les personnages qu’il cite que par les situations qu’il explore, l’auteur rĂ©alise lĂ  une sorte de prouesse littĂ©raire qui intrigue, perturbe parfois, mais donne envie d’aller jusqu’au bout. J’ai aimĂ© le fait que l’auteur ne parte pas spĂ©cialement de faits d’actualitĂ©, ou de souvenirs, d’évĂšnements de son vĂ©cu (en tout cas on ne les sens pas comme tels) mais nous propose bien un roman d’inventivitĂ©, construit de toute piĂšce, qui Ă©voque brillamment et avec une rĂ©elle crĂ©ativitĂ© la littĂ©rature et la solitude de l’écrivain. Il se distingue aussi en cela des romans que l’on a l’habitude de lire.

Tout Ă  fait le genre de livre qu’il faudrait relire pour en tirer toute la substantifique moelle, bien Ă©videmment ! Comment ne pas mĂ©diter sur la transformation d’un homme au contact de ses lectures, son unique occupation pendant des annĂ©es. Ah, et cet hommage au Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas m’a peut-ĂȘtre bien donnĂ© envie de le relire !

photo Dominique Sudre lors de la rencontre chez lecteurs.com. 
Jean-Philippe Blondel, Valérie Tong Cuong et jean Le Gall

Catalogue Ă©diteur : Robert-Laffont

Il faut rappeler comme une loi que la vie n’est jamais pareille Ă  la littĂ©rature et, surtout, que c’est une folie de vouloir remplir sa vie de littĂ©rature. Puisse ce livre ou un autre, mais plutĂŽt ce livre, dĂ©montrer l’inverse. » Olivier Ravanec.
Au-dessus d’une petite Ăźle de la MĂ©diterranĂ©e, un hĂ©licoptĂšre survole un chĂąteau en flammes. À son bord, un « enquĂȘteur d’assurances » lancĂ© sur la piste d’un Ă©crivain passĂ© de mode et nĂ©anmoins recherchĂ© : Olivier Ravanec. Sa disparition est d’autant plus troublante qu’elle survient quelques mois Ă  peine aprĂšs celle de sa compagne, l’éditrice Dominique Bremmer. « Une histoire d’amour, avait dit un jour Ravanec, c’est trois personnes minimum. » Songeait-il en particulier Ă  ce roi dĂ©chu de la nuit parisienne, dont Dominique avait Ă©tĂ© longtemps Ă©prise ? Lui s’appelle Vincent Zaid ; son intelligence est aussi vraie que dĂ©pourvue du moindre esprit, et si sa fortune lui a donnĂ© beaucoup d’amis, sa condamnation pour meurtres les a fait disparaĂźtre. Ravanec, Bremmer, Zaid : trois crĂ©atures venues d’un prĂ©tendu Ăąge d’or – les annĂ©es 80 – et qui n’ont pas retrouvĂ© leur place dans le « monde d’aprĂšs », attiĂ©di et salement hygiĂ©niste.
Ici commence le roman, le vrai, celui qui dĂ©borde, celui de la vengeance, oĂč l’on verra justement qu’une passion pour le romanesque peut vous offrir toutes ces aventures et mĂ©saventures qu’on appelle, par commoditĂ©, « un destin ».

Jean Le Gall dirige les Éditions SĂ©guier. Son prĂ©cĂ©dent roman, Les Lois de l’apogĂ©e, qui l’a rĂ©vĂ©lĂ© au public, a suscitĂ© les commentaires Ă©logieux de la critique et figurĂ© sur plusieurs listes de prix.

EAN : 9782221200223 / Nombre de pages : 432 / Format : 135 x 215 mm / Prix : 21.00 € / Date de parution : 22/08/2019

Une fille sans histoire, Constance RiviĂšre

Quand une jeune femme s’invente une vie pour enfin exister aux yeux du monde, « Une fille sans histoire » un roman choral glaçant qui oscille entre rĂȘve et mensonge, et bouscule nos certitudes

Elle passe des heures Ă  la fenĂȘtre de son petit appartement tout Ă  cĂŽtĂ© du Bataclan, cette salle de concert oĂč elle voudrait aller un de ces jours, mais sa vie passe Ă  cĂŽtĂ© d’elle, et jour aprĂšs jour elle s’enferme dans sa solitude. Jusqu’à ce soir du 13 novembre 2015 oĂč tout bascule. Le bruit, les sirĂšnes, les secours, la peur et la violence sont sous sa fenĂȘtre.

Elle, c’est Adùle.
AdĂšle doit trouver comment exister pour survivre, car depuis toujours elle est transparente aux yeux de tous. Enfant puis adolescente, personne ne la voyait, elle est insignifiante, d’un physique trop quelconque pour accrocher le regard ou l’intĂ©rĂȘt des gens quelle cĂŽtoie. Et depuis qu’elle a perdu son pĂšre, elle n’existe plus pour personne. Aussi, lorsqu’elle voit la photo de Matteo, ce jeune homme qu’elle avait l’habitude de servir dans ce cafĂ© oĂč elle a travaillĂ© quelques mois, elle dĂ©cide de s’inventer une vie, et grĂące Ă  ce subterfuge trouve enfin une utilitĂ© Ă  son existence.

Elle s’en persuade, elle vivait une histoire d’amour avec Matteo, cette relation naissance et secrĂšte qu’elle va porter Ă  bout de bras, exposer Ă  tous et vivre dans sa tĂȘte, relation qui lui donne une consistance, lui permet d’ĂȘtre quelqu’un, d’ĂȘtre enfin utile. Cette appropriation, quelle sait injuste, ce mensonge dont elle n’anticipe pas le traumatisme qu’il va provoquer autour d’elle, la sauve du vide sidĂ©ral dans lequel elle Ă©volue et lui donne enfin cette confiance en elle qui lui manquait tant.

Cette fille sans histoire prend la forme d’un roman choral. D’abord SaĂŻd, l’un des tous premiers impliquĂ©s dans le soutien psychologique aux victimes, puis Francesca, la mĂšre de MattĂ©o, et enfin plus briĂšvement Jacques, le patron du bar dans lequel AdĂšle a rencontrĂ© Matteo, chacun prend la parole Ă  tour de rĂŽle, et comme lors d’une dĂ©position auprĂšs de la police, explique la facette d’AdĂšle qu’il ou elle a connue.

Si j’ai parfois eu du mal Ă  rentrer dans son histoire, tant elle parait incongrue et ignoble dans ces circonstances que l’on connait tous, j’ai eu envie de la comprendre, de l’aider Ă  rĂ©aliser que mĂȘme sans cela elle existe aux yeux des autres. Difficile pourtant d’avoir beaucoup d’empathie, une fois encore du fait de ces Ă©vĂšnements dramatiques qui ont touchĂ© tant de familles. Est-ce crĂ©dible ? Et comment un mensonge aussi ignoble n’est-il pas dĂ©tectĂ© plus rapidement ? Comment ose-t-on s’approprier le chagrin des vivants ? Quand on sait que quelques fausses victimes ont Ă©tĂ© rĂ©ellement dĂ©tectĂ©es et condamnĂ©es, cela fait froid dans le dos, non ?
A la fois Ă©mouvant et glaçant, avec des personnages qui dĂ©rangent, « Une fille sans histoire » est un roman qui interroge et bouscule nos certitudes.

Catalogue Ă©diteur : Stock

13 novembre 2015. Comme tous les soirs, AdĂšle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se dĂ©roulent derriĂšre les fenĂȘtres fermĂ©es, de l’autre cĂŽtĂ© de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presqu’hiver, elle entend des cris et des sirĂšnes qui montent de la rue, envahissant son salon, cognant contre ses murs. La peur la saisit, elle ne sait plus oĂč elle est, peu Ă  peu elle dĂ©rive. Au petit matin apparaĂźt Ă  la tĂ©lĂ©vision l’image de Matteo, un Ă©tudiant portĂ© disparu, un visage qu’elle aimait observer dans le bar oĂč elle travaillait. Sans y avoir rĂ©flĂ©chi, elle dĂ©cide de partir Ă  sa recherche, elle devient sa petite amie. Dans le chaos des survivants, AdĂšle invente une histoire qu’elle enrichira au fil des jours, jouant le personnage qu’on attend d’elle. Les autres la regardent, frappĂ©s par son Ă©trangetĂ©, mais ils ne peuvent pas imaginer qu’on veuille usurper la pire des douleurs.

Une histoire contemporaine oĂč l’on est happĂ© par l’émotion et le trouble. Un roman nĂ©cessaire.

144 pages / Format : 138 x 217 mm / EAN : 9782234088221 / Prix : 17.50 € / Parution : 21/08/2019

Samuel Beckett, le plus beau visage du XXe siĂšcle, Tullio Pericoli

Pour les 30 ans de la mort de Samuel Beckett, l’artiste italien Tullio Pericoli s’expose Ă  la galerie Gallimard

L’artiste a une passion tant pour l’Ɠuvre que pour le visage de Samuel Beckett, qui est selon lui le plus beau visage du XX° siùcle.

Tullio Pericoli est un artiste peintre nĂ© en Italie en 1936. Il a rĂ©alisĂ© une centaine de portraits de l’écrivain, bien qu’il en l’ait jamais rencontrĂ© et se base toujours sur le fonds de photos disponible dans les diffĂ©rentes archives.

A ma question, pourquoi seulement des portraits de l’écrivain ĂągĂ©, Tullio Pericoli m’a rĂ©pondu une Ă©vidence : pour trouver sur ce visage les traces d’une vie, d’une passion, de tout ce qui fait l’homme et l’artiste. Les sillons, les rides, les expressions du visage, voilĂ  ce qu’il recherche, et ce qu’il rend de façon incroyablement pertinente.

« Beckett est l’écrivain que j’ai le plus peint et dessinĂ©. C’est mĂȘme devenu une obsession. Son visage me fascine. J’y vois une sorte de mystĂšre, je scrute les rides, les marques ; c’est comme si le temps s’était mis Ă  raconter tout ce qu’il avait pensĂ© et vĂ©cu. Â»

J’ai particuliĂšrement aimĂ© les peintures, huiles sur toile ou sur bois, colorĂ©es ou ton sur ton, mais aussi de trĂšs expressifs dessins au fusain ou les aquarelles sur papier.

Allez-y, rencontrez Samuel Beckett, il vous regarde, mutique et secret, et qui sait si comme moi en sortant vous n’aurez pas envie de le relire !

Exposition vente à l’occasion des 30 ans de la mort de Samuel Beckett
Quand : Jusqu’au 30 Novembre 2019
OĂč : Galerie Gallimard au 30/32 rue de l’universitĂ© Paris 7

Juliette Drouet, au ThĂ©Ăątre l’Archipel

Jeudi soir, c’était la 100Ăšme reprĂ©sentation de Juliette Drouet, au ThĂ©Ăątre l’Archipel, une piĂšce magnifique, un presque seule en scĂšne et une prĂ©sence incroyable

Kareen Claire y joue, chante et dit une Juliette Drouet attachante, mordante, soumise et surtout amoureuse de ce gĂ©ant de la littĂ©rature qu’est son Victor, qu’est notre Victor Hugo national devrais-je dire.

Celui qu’elle rencontre alors qu’elle est une jeune actrice de thĂ©Ăątre est dĂ©jĂ  mariĂ©, pourtant ce sera Ă  la fois l’amour, la passion et la soumission Ă  toutes ses exigences pendant plus de 50 ans ; jamais il ne divorcera, jamais il ne sera non plus fidĂšle Ă  sa maitresse (Ă  sa femme n’en parlons pas !) et pourtant sa muse restera Ă  ses cĂŽtĂ©s jusqu’au bout.

Elle lui a Ă©crit 22000 lettres tout au long de sa vie, il lui en Ă©crira quelques-unes en retour.  Mais si les lettres de Juliette sont riches d’anecdotes sur leurs vies, ou sur la situation politique et sociale du pays, il ne lui adresse que quelques mots. Forts de leur histoire, Kareen Claire, Cyril Duflot-Verez et Thierry Sforza ont Ă©crit un texte qui fascine par sa prĂ©sence, son humanitĂ©, son humour parfois, et son analyse des protagonistes et de leurs vies.

Le MaĂźtre est prĂ©sent pendant le spectacle grĂące Ă  une voix off qui habite littĂ©ralement l’espace, on sent comme un lien entre cette voix et Juliette sur scĂšne. Sont Ă©galement prĂ©sents la presse, les artistes de l’époque, l’opinion du peuple, Ă  travers ce qui est dit de l’actualitĂ© dans les textes et chansons. Et n’oublions l’humour et la gouaille indĂ©modables des textes de ces chansons justement, qui sonnent un brin plus lĂ©ger Ă  cĂŽtĂ© de quelques Ă©vocations parfois bien douloureuses. Le rythme est soutenu, et l’on passe du rire Ă  l’Ă©motion, de la passion Ă  la colĂšre. Le dĂ©cor quasi minimaliste arrive pourtant avec seulement quelques costumes et une malle aux trĂ©sors, Ă  restituer une ambiance. Dire que j’ai aimĂ© serait un euphĂ©misme. J’ai vraiment apprĂ©ciĂ© ce mĂ©lange des genres qui ne nous a jamais fait perdre de vue la personnalitĂ© de Juliette, son amour passion pour Hugo, avec ses hauts et ses bas, l’exil Ă  Guernesey, le retour Ă  Paris puis rue Victor Hugo. La muse inspiratrice des misĂ©rables est joliment ramenĂ©e Ă  la vie par Kareen Claire, alors n’hĂ©sitez pas Ă  la dĂ©couvrir.

OĂč : ThĂ©Ăątre L’Archipel, Bd de Strasbourg, Paris 10.
Distribution : Kareen Claire, Thierry Sforza, mise en scĂšne Bernard Schmitt
Direction musicale Cyril Duflot-Verez
Spectacle musical (1h15) Ă  voir jusqu’au 28 dĂ©cembre 2019

Juliette Ă©crira plus de 22000 lettres Ă  son gĂ©ant Victor Hugo, inspirant sa plume, sauvant sa vie et ses manuscrits. Ensemble, leurs voix se mesureront Ă  la tempĂȘte de l’amour et Ă  l’ouragan de la haine, aux souffles les plus terribles et les plus exaltants de notre mĂ©moire. Pour sublimer leur passion, ils sauront toujours retrouver leurs chants, leurs accents les plus cristallins.

Les Amazones, Jim Fergus

Avec Les Amazones, le dernier roman de Jim Fergus, faire une plongĂ©e hors du temps dans « Les journaux perdus de May Dodd et de Dolly McGill Ă©ditĂ©s et annotĂ©s par Molly Standing Bear » au pays des indiens, de 1876 Ă  aujourd’hui

D’abord il y a eu Mille femmes blanches ce roman que j’ai adorĂ© dĂšs sa parution en 2000. Souvenez-vous, en 1875, le chef cheyenne Little Wolf demande au prĂ©sident Grant de lui offrir mille femmes blanches en Ă©change de mille chevaux ; Son idĂ©e, en Ă©pousant mille de ses guerriers, elles favoriseront l’intĂ©gration de son peuple. Si en rĂ©alitĂ© on ne sait rien de ce que les deux hommes se sont dit lors de cette rencontre, l’auteur prend malgrĂ© tout ce prĂ©texte pour dĂ©fendre la cause des natives amĂ©ricains, en particulier des indiens des grandes plaines. Sous la forme de carnets intimes, Jim Fergus retrace la vie de ces quelques femmes qui vont tenter de s’intĂ©grer Ă  ces tribus cheyennes, Arapahos ou Shoshones pour ne citer qu’elles. Puis viendra La vengeance des mĂšres, deuxiĂšme opus de la sĂ©rie, et enfin Les Amazones, le troisiĂšme et dernier tome de la saga.

Non il ne s’agit pas lĂ  de ces guerriĂšres que l’on retrouve dans la mythologie grecque, pourtant elles n’en sont pas si Ă©loignĂ©es. Car Les Amazones sont ces femmes dĂ©crites dans les carnets retrouvĂ©s de May Dodd, que l’on va suivre tout au long du roman, en parallĂšle au rĂ©cit de Mollie McGill, et leur histoire se prolonge pendant toute l’annĂ©e 1876. Devenues guerriĂšres Ă  leur tour, elles vont crĂ©er une sorte de confrĂ©rie, celle des CƓurs Vaillants, et se battre aux cĂŽtĂ©s des indiens contre ce monde qu’elles ont quittĂ© et dans lequel elles ont parfois dĂ» abandonner leurs enfants. Leurs rĂ©cits nous permettent de retrouver les batailles cĂ©lĂšbres, celle de Little Big horn en particulier, mais aussi de faire vivre les rĂ©cits chamaniques et les traditions spirituelles indiennes.

L’histoire de Mollie Standing Bear, native des rĂ©serves amĂ©ricaines contemporaines, apparait en fil rouge, comme une rĂ©miniscence de l’esprit des femmes du XIXe.

A la fois rĂ©cit historique et Ă©vocation du surnaturel, l’auteur nous embarque une fois de plus dans une aventure que l’on a du mal Ă  lĂącher, et ce malgrĂ© quelques longueurs il me semble. L’alternance des rĂ©cits, des personnages, du passĂ© et du prĂ©sent ancre totalement son roman dans la rĂ©alitĂ© quotidienne des indiens des rĂ©serves aux États-Unis aujourd’hui. La complexitĂ© de leur intĂ©gration, le plus souvent impossible, le poids de leurs traditions et de leurs croyances, sont toujours d’actualitĂ©. Sa prĂ©sentation de la vie des tribus, le respect envers la nature et le gibier, leur organisation complexe au fil des saisons et des combats, les costumes et leurs significations, les danses et les rituels magiques, les rites religieux, l’extinction programmĂ©e des bisons, rien n’est nĂ©gligĂ© par l’auteur qui Ă©toffe son rĂ©cit grĂące Ă  ses connaissances impressionnantes du sujet.

J’ai aimĂ© qu’en filigrane Ă  ces rĂ©cits d’aventure, l’auteur nous montre sans cesse la place des femmes dans la sociĂ©tĂ©. Pour celles qui intĂšgrent les tribus, que ce soit la place qui leur Ă©tait rĂ©servĂ©e dans la sociĂ©tĂ© puritaine des migrants des AmĂ©riques, ou celle qu’elles doivent se faire au sein des tribus, on se rend compte que le rĂŽle des femmes, leur libertĂ©, leur existence mĂȘme ne sont jamais garantis.

Enfin, la dĂ©liquescence des tribus indiennes dans la sociĂ©tĂ© actuelle, la disparition de nombreuses femmes dans le pays sans que cela Ă©meuvent le moins du monde les autoritĂ©s, et la vie dans les rĂ©serves, nous sont Ă©galement montrĂ©s avec toute la cruautĂ© et tout ce que cela implique pour les amĂ©rindiens. J’ai le souvenir d’avoir traversĂ© quelques rĂ©serves, lors de mes voyages aux États-Unis, et d’avoir vu certains de ces indiens perdus par l’alcool, la drogue et l’inactivitĂ©, au dĂ©triment de traditions qui se perdent.

Catalogue Ă©diteur : Le Cherche Midi

Mille femmes blanches : L’hĂ©ritage

1875. Un chef cheyenne propose au prĂ©sident Grant d’échanger mille chevaux contre mille femmes blanches, afin de les marier Ă  ses guerriers. Celles-ci, « recrutĂ©es » de force dans les pĂ©nitenciers et les asiles du pays, intĂšgrent peu Ă  peu le mode de vie des Indiens, au moment oĂč commencent les grands massacres des tribus.
1876. AprÚs la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre cette prétendue « civilisation » qui vole aux Indiens leurs terres, leur mode de vie, leur culture et leur histoire. Cette tribu fantÎme de femmes rebelles va bientÎt passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération.
Dans cet ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus mĂȘle avec une rare maestria la lutte des femmes et des Indiens face Ă  l’oppression, depuis la fin du xixe siĂšcle jusqu’à aujourd’hui. Avec un sens toujours aussi fabuleux de l’épopĂ©e romanesque, il dresse des portraits de femmes aussi fortes qu’inoubliables.

Jim Fergus est nĂ© Ă  Chicago en 1950 d’une mĂšre française et d’un pĂšre amĂ©ricain. Il vit dans le Colorado.

EAN : 9782749155586 / Nombre de pages : 374 / Format : 154 x 240 mm / Prix : 23.00 €