Les choix secrets, HervĂ© Bel

Un portrait d’une femme qui interroge sur les choix d’une vie

A une Ă©poque oĂą les filles Ă©coutaient leurs parents pour le choix d’un Ă©poux Marie a dĂ©cidĂ© seule qu’elle convolerait en justes noces avec AndrĂ©. Ce bel homme qu’elle observait de loin lui semblait porteur de promesses. Marie, fille du commandant Cavignaux, expatriĂ© en Indochine puis revenu au pays aurĂ©olĂ© d’une gloire locale. Marie consciente de sa valeur, bien supĂ©rieure Ă  celle des autres filles du village. A quatre-vingt ans passĂ©s, AndrĂ© son mari depuis soixante ans est toujours Ă  ses cĂ´tĂ©s, fade, insignifiant, effacĂ©, malade.

Une tuile du toit est tombĂ©e dans la nuit, il faut appeler le petit cousin Roger Ă  la rescousse. Mais il va entrer dans la grande maison de famille, froide, Ă  l’abandon, comme tout dans la vie de Marie, comme elle-mĂŞme. Ce matin-lĂ  AndrĂ© souffre, il a passĂ© une nuit horrible mais elle ne veut pas de mĂ©decin chez elle. Certaine qu’il veut lui faire honte, qu’il fait forcĂ©ment semblant, Marie se mure dans son mĂ©pris pour cet Ă©poux malade, sa rancĹ“ur d’une vie qu’il ne lui a pas offerte, sa jalousie du bonheur des autres. Elle s’obstine Ă  ne rien voir, n’accepte pas la vĂ©ritĂ©.

Et avec le jour s’égrènent les souvenirs de 80 ans de vie. La jeunesse au village, le choix d’Ă©pouser AndrĂ© envers et contre tous, l’Indochine et le sĂ©duisant HervĂ© Perrot, qui lui fait la cour, un soupirant Ă  sa mesure, promesse d’une vie meilleure. Elle hĂ©site longtemps mais finalement ce sera le retour au pays, seule, pour Ă©pouser celui qu’elle s’est choisi. Marie est sĂ©duisante. C’est une belle femme qui aime s’habiller, sortir, recevoir pour le thĂ©. Son instituteur de mari s’avĂ©rera sans ambition, puisqu’il n’aura mĂŞme pas celle de devenir directeur d’Ă©cole. Il lui aura tout fait subir cet homme qui n’a aucune envergure. Ils auront deux fils, l’un brillant qui disparait si jeune, l’autre qu’elle peine Ă  aimer. Puis ce sont les annĂ©es de solitude, le chagrin de la perte et du deuil, d’un père, d’un fils. La vie est dure, en tout cas elle se complaĂ®t Ă  le penser. Marie est exigeante, austère, mĂ©chante, Ă©goĂŻste, et pourtant elle a vĂ©cu tant d’annĂ©es aux cĂ´tĂ©s d’AndrĂ©.

Cette femme singulière, Ă©goĂŻste, perpĂ©tuellement insatisfaite, embourbĂ©e dans sa crasse et ses ressentiments est terriblement dĂ©rangeante dans sa façon d’être. Jusqu’au bout, elle reste avec ce mari qu’elle a choisi, pourtant elle sait que ses choix n’ont pas forcĂ©ment Ă©tĂ© les bons, que sa vie n’est pas celle dont elle a rĂŞvĂ©. Il est aussi difficile de s’y attacher que de la laisser et de refermer cet Ă©trange roman. Car l’auteur interroge sur nos choix de vie, sur ces annĂ©es qui passent, inĂ©luctablement, cette jeunesse qui s’enfuit et que l’on ne pourra jamais retrouver.

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

Il n’y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux et ce prĂ©sent dont il faut bien se contenter. Le temps n’a fait que traverser son corps. Il est passĂ©, la laissant inchangĂ©e dans sa façon d’apprĂ©hender les choses et les gens. H. B.

Marie est une vieille femme qui ne veut pas être dérangée. Elle souhaite que chaque chose soit à sa place, que chaque jour s’écoule comme la veille, sans imprévu, sans douleur, afin qu’elle puisse contempler tout ce que la vie lui a permis d’accumuler : les objets, les photos, les souvenirs. Aujourd’hui cette vie sans histoires lui convient. Avant, elle brûlait de vivre, elle cherchait la passion et les drames, la souffrance – la sienne et celle des autres. Elle s’est mariée, a eu deux enfants, a hérité de la maison de ses parents, mais a-t-elle vécu ? Un roman ambitieux qui offre un portrait de femme intime et dérangeant.

Prix : 7,10€ / 336 pages / Parution : 03/12/2014 / EAN : 9782253174912 / Éditeur d’origine : JC Lattès

Modifié, Sébastien L.Chauzu

Humour, tendresse et émotion sont au rendez-vous avec Modifié

Embarquement immédiat pour le New Brunswick, ses grattes et un adolescent étrange et envoûtant.

Martha est une fille Erwin, cette grande famille qui règne en maitre sur la ville. Comme son père avant elle, elle rejette en partie ses origines. Elle vit simplement avec Allan son mari, les deux bichons de de ce dernier qu’elle abhorre presque autant qu’Allison, sa belle-fille. Ils sont tous terriblement envahissants, et la famille est bien déjantée. Martha trouve cependant un certain équilibre entre les conflits familiaux, l’alcool, et quelques passades avec de belles femmes auxquelles elle ne sait pas résister.

Un soir de froid et de neige, elle croise la route d’un étrange animal. Quand Allan arrive à son secours, ils découvrent Modifié. L’adolescent coiffé d’un bonnet à oreilles attend dans un froid polaire l’hypothétique arrivée d’un chasse-neige, d’une gratte.

Martha la reine des énigmes est détective pour les besoins de la multinationale Erwin. D’abord pour le compte du grand-père. Aujourd’hui elle ne sait pas de qui viennent les ordres, mais on lui confie toujours des affaires à élucider. Elle doit enquêter sur le meurtre d’un professeur, trouvé dans la piscine du lycée. Son neveu semble impliqué, à elle de le disculper.

Chaque matin, le jeune Modifié s’installe chez elle, dégage la neige à grands coups de pelle, puis s’assoit sur un banc devant la maison, dans le froid. C’est un garçon différent, étrange, harcelé au lycée, mal aimé, mal compris car autiste. Une entente improbable avec Martha la déjantée, pourtant si peu maternelle, va peu à peu se construire. En parallèle à son enquête, elle découvre plus en profondeur ce gamin attendrissant et parfois terriblement bouleversant.

J’ai aimĂ© le ton de ce roman. L’auteur n’hĂ©site pas Ă  incarner des personnages avec de terribles dĂ©fauts, des pensĂ©es qu’il vaudrait mieux taire, mais qui sont rĂ©alistes. Il a su nous prĂ©senter un jeune garçon diffĂ©rent et attachant que l’on aimerait comprendre et aider. ModifiĂ© le mutique parle peu, cependant Martha lui fait dire ce qui est essentiel – ModifiĂ© Ă©tait authentique. Leurs dialogues et leurs interactions expriment toute la subtilitĂ© et les spĂ©cificitĂ©s de sa personnalitĂ©. Mais c’est vrai, ModifiĂ© dĂ©gage le neige comme s’il dĂ©gageait les mauvaises pensĂ©es et traçait la route. L’attraction qu’il exerce sur Martha et la façon dont son point de vue Ă©volue Ă  son contact sont aussi Ă©mouvantes que parfois hilarantes. Enfin, la relation avec la belle-fille est terriblement humaine, amour, haine, difficultĂ© de se comprendre, tout est si bien dit.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Parfois la vie nous rĂ©serve de drĂ´les de surprises, capables de faire vaciller les ĂŞtres les plus sĂ»rs de leurs principes. Martha Erwin par exemple, dont le mot d’ordre Ă©tait jusque-lĂ  : famille je vous hais. 
Femme d’une quarantaine d’années en couple avec Allan depuis longtemps, préférant le whisky aux enfants et le silence aux longues discussions, Martha menait une existence plutôt tranquille. Détective improvisée pour le groupe Erwin, la quatrième fortune du Canada, dirigée par son oncle, son ambition tenait à son indépendance. Certes, filer les employés du groupe et vivre avec les deux boules de poils qui servent de chiens à Allan, n’est pas exactement ce dont elle avait rêvé. Mais Martha sait se contenter de plaisirs simples, par exemple rendre folle Allison, la fille d’Allan, pour l’empêcher d’emménager chez eux. Jusqu’à un soir d’hiver où un jeune garçon répondant au nom de Modifié se met en travers de sa route. Lire la suite…

Sébastien L. Chauzu est professeur dans un lycée du New Brunswick au Canada. Modifié est son premier roman.

Parution : 11 Mars 2020 / Format : 144 x 205 mm / Pages : 288 / EAN : 9782246821090 Prix : 20.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246821106 prix : 14.99€

MĂ©mĂ© dans les orties, AurĂ©lie Valognes

Humour, mauvaise humeur et tendresse, rencontre avec un grand-père acariâtre et attachant

Vous voulez passer un agrĂ©able moment, dĂ©couvrez donc AurĂ©lie Valognes, auteur de best-sellers qui font du bien. Depuis le temps qu’il Ă©tait dans ma bibliothèque, prĂŞtĂ© maintes fois, et jamais encore lu !

Ferdinand Brun a 83 ans, sa femme l’a quitté pour le facteur. Il espérait qu’elle reviendrait vers lui, mais voilà, maintenant qu’elle est décédée, c’est fichu. Aujourd’hui, Ferdinand vit dans l’appartement de son ex-femme, qui appartient à Marion, sa fille installée avec son petit-fils à Singapour.

Dans l’immeuble il n’y a que des voisines et une concierge méchante à souhait qui fait tout pour pourrir la vie de Ferdinand. Il faut dire qu’il ne fait rien pour se faire aimer non plus. Il vit seul et cela convient parfaitement à ce solitaire, taiseux, ronchon. Depuis que Daisy, sa chienne adorée a disparu  il n’a plus le goût à rien. Il souhaite simplement en finir rapidement avec la vie.

Mais un jour, une jolie petite Juliette, gamine surdouée et terriblement attachante, vient sonner à sa porte pour déjeuner avec lui, parce que là c’est tellement mieux qu’à la cantine. Puis un autre jour Ferdinand a besoin de l’aide de Madame Claudel qui habite juste en dessous. Peu à peu, au contact de ses voisines, qui sait s’il ne va reprendre goût à la vie. Ce retour progressif à l’envie de vivre pour Ferdinand est un généreux  moment de lecture. Plein de fraicheur, de gentillesse, de rires et de bonheur à partager entre les différentes générations, une lecture qui fait du bien au moral.

Catalogue Ă©diteur : Le livre de Poche

Ferdinand Brun, 83 ans, solitaire, bougon, acariâtre – certains diraient : seul, aigri, mĂ©chant –, s’ennuie Ă  ne pas mourir. Son unique passe-temps ? Éviter une armada de voisines aux cheveux couleur pĂŞche, lavande ou abricot. Son plus grand plaisir ? Rendre chèvre la concierge, Mme Suarez, qui joue les petits chefs dans la rĂ©sidence. Mais lorsque sa chienne prend la poudre d’escampette, le vieil homme perd dĂ©finitivement goĂ»t Ă  la vie… jusqu’au jour oĂą une fillette prĂ©coce et une mamie geek de 93 ans forcent littĂ©ralement sa porte, et son cĹ“ur.
Un livre drôle et rafraîchissant, bon pour le moral, et une véritable cure de bonne humeur !

264 pages / Date de parution : 09/03/2016 / EAN : 9782253087304 / Prix : 7,20€ / Éditeur d’origine : Michel Lafon

Toboggan, Jean-Jacques Beineix

Se laisser glisser sur le Toboggan de la vie, émotion garantie avec l’excellent roman d’un cinéaste de talent

Découvrir que Jean-Jacques Beineix vient d’écrire un roman, à coup sûr cela donne envie de le lire. Surtout quand on se souvient de l’effet de 37,2 le matin sur la jeunesse qui découvrait ce film. Cette façon très personnelle de mettre en scène et en lumière ses personnages. Vais-je être autant bouleversée et séduite, intriguée et intéressée ?

Alors qu’il file depuis sept ans le parfait amour avec Solène, trente ans Ă  peine, le narrateur se fait larguer par sa belle. Elle a rencontrĂ© un bellâtre marchand de voitures et photographe Ă  ses heures, Ă  New-York oĂą elle Ă©tait partie quelques mois. Elle le quitte sans plus d’explications pour cet homme bien plus jeune.

Si pendant des annĂ©es de bonheur et de passion, leur diffĂ©rence d’âge Ă©tait importante, elle ne semblait pas ĂŞtre un obstacle, aujourd’hui elle semble rĂ©dhibitoire. L’ancien cinĂ©aste repasse en boucle le film des annĂ©es de bonheur avec celle qui avait tout pour ĂŞtre La femme de sa vie. Car depuis elle, finies les conquĂŞtes d’une nuit ou de quelques jours, Solène lui a rĂ©vĂ©lĂ© l’amour avec un grand A. Solène et leur rencontre improbable, leurs grandes discussions interminables, leur passion commune pour la musique et le piano, et la fusion des corps, incandescente et flamboyante.

Il Ă©crit dans des carnets, et de souvenirs heureux en idĂ©es noires, le soixantenaire Ă©conduit refait le parcours de cet amour dont il sait dĂ©jĂ  qu’il sera le dernier. A cette rupture vient s’ajouter la dĂ©couverte d’une maladie. Comme pour confirmer que le temps passe inexorablement, son corps l’abandonne, malgrĂ© ses efforts, malgrĂ© le yoga, les traitements, la volontĂ© de guĂ©rir. Mais si l’on peut guĂ©rir un cĹ“ur brisĂ© par une rupture, il n’est pas aussi facile de guĂ©rir un corps usĂ©. Les questionnements du narrateur interrogent notre capacitĂ© Ă  dĂ©cider de notre fin de vie avec rĂ©alisme et une grande humanitĂ©. Un sujet aussi sensible et difficile qu’actuel.

Jean-Jacques Beineix  signe un premier roman sur le temps qui passe et la peur de vieillir. L’écriture très descriptive permet au lecteur de s’emparer facilement des situations, des paysages. Les scènes sont comme photographiĂ©es, les phrases et les mots comme posĂ©s sur les Ă©motions, les sentiments. Les personnages ne sont pas forcĂ©ment très attachants, mais on imagine aisĂ©ment le dĂ©sespoir de cet homme que l’on suit avec un intĂ©rĂŞt grandissant Ă  mesure que se dessine son projet.

Catalogue Ă©diteur : Michel Lafon

Il y en a toujours un qui aime moins que l’autre, malheur au perdant.

Toboggan est le récit poignant d’une rupture entre une jeune femme dans la trentaine et un homme, cinéaste en panne de création, qui en a le double. Alors que l’homme ne cesse de rejouer le film de cette histoire d’amour qui lui a échappé, il réalise aussi que ses plus belles années sont derrière lui. La femme aimée prend successivement les visages de l’amante solaire et ingénue ou de l’infidèle cruelle. Au terme de l’autopsie du couple, y aura-t-il une renaissance pour l’homme blessé ?

Parution : 20/02/20 / Prix : 19.95 €  / ISBN : 9782749930794

Deuils, Eduardo Halfon

Le rĂ©cit Ă©mouvant et parfois drĂ´le d’une quĂŞte intime autour d’un secret de famille

Au Guatemala, le petit SalomĂłn est mort noyĂ© dans le lac d’Amatitlán Ă  l’âge de cinq ans.  Enfin, c’est ce que raconte la lĂ©gende familiale, mais est-ce exact ?

SalomĂłn Ă©tait le frère ainĂ© du père d’Eduardo…. Il porte un prĂ©nom transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration et prĂ©sent dans les familles des deux grands-pères, l’un juif arrivant de Pologne, l’autre du Liban. Mais depuis sa mort mystĂ©rieuse, il n’y a plus personne pour perpĂ©tuer ce prĂ©nom. Alors le narrateur cherche dans ses souvenirs Ă  quel moment et en quels termes on a lui parlĂ© de cet oncle disparu trop tĂ´t. Et surtout Ă  faire affleurer Ă  sa conscience tous les non-dits, tous les secrets, les mystères qui entourent ce dĂ©cès.

Les souvenirs dĂ©filent, ceux de l’enfance, ceux plus flous des conversations entre adultes Ă©coutĂ©es  en cachette, ces mots devinĂ©s, extrapolĂ©s, impliquant des situations biaisĂ©es, des histoires que se racontent les enfants quand on ne leur dit pas simplement la vĂ©ritĂ©.

Mais la recherche de Salomón n’est-elle pas avant tout prétexte à revisiter tous les lieux où ont vécu les différents membres de cette famille rescapée de l’holocauste, et à tenter de comprendre pourquoi un silence aussi pesant entoure cette mort accidentelle.

De la Pologne au Guatemala puis de Miami Ă  New York, un rĂ©cit comme une quĂŞte intime. Courir après les mots enfouis dans les souvenirs de l’enfant, Ă  la recherche de l’oncle ou de sa propre vie. Écrire pour mieux se connaitre. Chercher dans les racines pour comprendre d’oĂą l’on vient. Refaire le voyage depuis l’enfer des camps jusqu’aux États-Unis. Communier avec cette famille d’exilĂ©s. Une Ă©criture concise toute en sobriĂ©tĂ© rend le rĂ©cit dynamique et vivant, Ă©mouvant et parfois drĂ´le,  malgrĂ© les douleurs ainsi rĂ©vĂ©lĂ©es. Le lecteur voyage dans les souvenirs et au fil des escales peut enfin comprendre les sentiments du narrateur.

Citation :

Mon père m’expliqua qu’en hébreu il existe un mot pour qualifier une femme qui a perdu son enfant. Peut-être parce que cette douleur est si grande et si spécifique qu’elle a besoin d’avoir son propre mot. Sh’Khol, c’est comme ça qu’on dit en hébreu, me confia-t-il.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : La Table Ronde et Le livre de Poche

Il s’appelait Salomón. Il est mort à l’âge de cinq ans, noyé dans le lac d’Amatitlán. C’est ce qu’on me racontait, enfant, au Guatemala.

Le narrateur éponyme d’Eduardo Halfon voyage au Guatemala à la recherche de secrets qui le hantent. Il tente de démêler le vrai du faux parmi les histoires contradictoires et interdites de la famille de son père. Et plus particulièrement l’histoire de son oncle Salomón qui s’était noyé, enfant, dans le lac Amatitlán. De quoi Salomón est-il vraiment mort ? Plus il avance, plus le narrateur comprend que la vérité réside dans son propre passé enfoui, dans la brutalité du Guatemala des années 1970 et son exil en Floride.

Un roman profond et émouvant, qui appuie la réputation de son auteur, un de ces écrivains qui savent dire beaucoup en peu de mots.

Prix : 6,70€ / 128 pages / Date de parution : 15/01/2020 / EAN : 9782253237730

Voix sans issue, Marlène Tissot

Des Voix bouleversantes et poétiques pour dire la souffrance et l’amour, un roman fort en émotion

Mary entend des voix qui lui parlent sans cesse, pas seulement celle de son doudou quand elle était petite, mais de nombreuses autres qui lui disent ce qui est bien ou mal. Il faut dire que Mary, on le comprend vite, a appris le silence lorsque son père venait lui dire bonne nuit, soir après soir, sa main sur sa bouche pour qu’elle se taise pendant qu’il cherchait tout au fond d’elle. Pendant que sa mère restait assise devant la télé pour ne rien voir, ne rien entendre. Mary a fui ce couple toxique. Aujourd’hui, coiffeuse dans une petite ville, fragile encore, elle essaie de se reconstruire. Mary la lumineuse, légère et tourbillonnante, entre folie et résignation, entre envie de vivre et désespoir, joyeuse parfois, aussi sereine qu’inquiète à d’autres moments.

Franck est grand, athlĂ©tique, ni beau ni laid, gardien de nuit au cimetière. Il est un peu dĂ©sespĂ©rĂ© de voir que personne, pas mĂŞme la caissière, ne lui sourit jamais. Franck heureux lorsque le vieux Joseph lui allume le chauffage dans le rĂ©duit oĂą il va passer la nuit. Heureux qu’on ait pour lui des attentions, lui qui n’a jamais connu l’amour d’une mère ni celui d’un père. Car de père il n’en a pas, en tout cas sa mère ne lui en a rien dit. Et de sa mère, si douce et aimable en dehors du foyer, combien de coups a-t-il reçu, combien de mots, de violence, combien de douleurs impossibles Ă  oublier et qui vous dĂ©truisent Ă  jamais.

Jusqu’au soir où, sans savoir comment, Mary téléphone à Franck pour qu’il l’aide… Une rencontre entre deux écorchés de la vie pour un nouveau départ ?

Un roman pour dire la douleur et la violence, pour dire le silence des mères, leur fuite devant les responsabilitĂ©s, leur violence aussi. Pour dire la souffrance face Ă  un père pĂ©dophile incestueux ; pour dire la fuite, la reconstruction maladroite, le courage d’affronter sa vie en quittant les siens, seul face Ă  ces voix qui vous hantent, face Ă  ses souvenirs, Ă  sa dĂ©tresse, mais armĂ© de courage pour avancer, craintif, maladroit, mĂ©fiant, plein d’espoir pourtant.

Le roman sensible et délicat alterne les points de vue des deux personnages, leur désespérance, leurs interrogations, leur courage pour affronter ces tourments intérieurs qui les détruisent depuis tant d’années. Terriblement émouvant, fort, au langage direct et très poétique, presque solaire, grâce au sourire de Mary, à l’espoir qui se dessine, à leur volonté d’avancer et de sortir de cette nuit profonde.

Catalogue Ă©diteur : Au Diable Vauvert

“Je n’ai jamais su dire non. Si j’avais été une planche posée sur la mer et qu’on m’avait interdit de flotter, je me serais transformée en caillou pour être capable de couler. Je me suis peut-être noyée au fond de moi.”

Marlène Tissot vit Ă  Valence. Elle a publiĂ© poĂ©sie, textes cours et nouvelles radiophoniques et a Ă©tĂ© primĂ©e par France Culture en 2019. Voix sans issue est son deuxième roman.

Format : 130 X 198 / Date de parution : 2020-03-19 / Nombres de pages : 272 / EAN-ISBN : 979-10-307-0347-4 / Existe en format numérique

Sam Rykiel, Nathalie Rykiel

Dans la famille Rykiel, je demande le père…

J’ai dĂ©couvert l’auteur en 2017 avec Écoute moi bien ce livre dont je vous en avais parlĂ© ici qui Ă©voquait une relation quasi fusionnelle avec sa mère Sonia Rykiel,.

Aujourd’hui je dĂ©couvre ce roman-rĂ©cit le retour intimiste et Ă©mouvant d’une fille qui Ă©voque sa relation manquĂ©e avec ce père absent et exigeant qui n’a pas su lui donner l’attention ni l’amour espĂ©rĂ©s. Il aura fallu quarante-quatre ans, et sans doute la fin de la belle histoire de la marque Sonia Rykiel, pour que Nathalie arrive enfin Ă  mettre sur le papier cette relation Ă©trange avec le père.

Sam Rykiel est amoureux fou de sa femme Sonia, un amour qui durera bien après leur divorce. Quand Sonia le quitte, il abandonne son mĂ©tier dans le prĂŞt Ă  porter et s’occupe intensĂ©ment de son fils devenu aveugle Ă  la naissance. Comment imaginer alors qu’il lui reste du temps et de l’Ă©nergie pour une fille en attente d’affection et de reconnaissance.

Sam Rykiel est le fils d’une famille d’Ă©migrĂ©s polonais installĂ©e Ă  Paris et qui travaillent dĂ©jĂ  dans la couture. Sam est un homme brillant, intelligent, il aime apprendre. C’est lui qui lance Sonia et pose les bases concrètes et solides du magasin, de la marque qui est dans un premier temps Sonia Rykiel pour Laura (le magasin de Sam). Elle est rebelle et belle, libre et fantasque, elle a une âme de crĂ©atrice, inspiratrice d’une nouvelle façon de vivre. Elle imagine une ligne de pulls dans lesquels les femmes sont plus lĂ©gères, moins prisonnières de certains carcans. Lorsqu’elle le quitte quelques annĂ©es plus tard il accepte qu’elle garde son nom, devenu celui de sa marque de prĂŞt Ă  porter. Il meurt Ă  48 ans d’une rupture d’anĂ©vrisme.

Ce n’est pas seulement un livre sur Sam, Nathalie y Ă©voque sa relation avec son père, ses attentes jamais comblĂ©es, le manque et toutes ces questions Ă  jamais sans rĂ©ponse. Un lire sur l’amour qui est lĂ  mais qu’on ne dit pas, que l’on ne sait pas toujours donner et que l’on attend pourtant.
C’est Ă  la fois Ă©mouvant, bouleversant, intime et universel.

Catalogue Ă©diteur : Stock

Ce n’est pas un livre sur mon père. Ce serait plutôt un livre sur le temps qu’il m’aura fallu pour parler de mon père.

Beaucoup de temps. Peut-être une vie entière pour aborder enfin Sam Rykiel, l’homme qui donne son nom à sa femme Sonia, à ses enfants, dont Nathalie, et à une marque naissante, moderne, féminine, dont personne ne sait ce qu’elle doit à la partie masculine du couple Rykiel. (…)
Ce livre est Ă©crit au nom du nom du père.  Dire d’oĂą vient ce nom, Rykiel, le lui restituer, dire aussi  les blessures  d’un père manqué… C’est une enquĂŞte par subtiles touches, par surprises. Les Ă©tapes de la dĂ©couverte d’un inconnu, d’un destin jetĂ© dans l’ombre, d’un homme qui pose soudain au premier plan, et c’est le plus beau, le plus surprenant livre de Nathalie Rykiel : Du cĂ´tĂ© de chez Sam.

Nathalie Rykiel, fille de Sonia, a dirigé le groupe de mode du même nom de 1995 à 2012. Depuis quelques années, Nathalie affirme sa voix singulière d’écrivain, ainsi dans Écoute-moi bien, paru chez Stock en 2017.

Parution : 04/03/2020 / 192 pages / Format : 215 x 135 mm / EAN : 9782234088825 / Prix : 18.00 €

L’étrange histoire du collectionneur de papillons, Rhidian Brook

A la recherche des papillons perdus, un roman sur la quête et la relation au père

Alors qu’il vient de perdre son père au pays de Galles, le jeune Llew Jones décide de partir quelques temps aux États-Unis pour écrire et visiter le pays. Il se pose dans un premier temps chez une tante qui lui prête sa maison dans les Catskills. Il s’est proposé de ranger la bibliothèque aux mille livres. Pourtant, le paysage et la quiétude des lieux  le poussent d’avantage à la fumette et à la rêverie solitaire. Alors qu’il est en train de lire au bord de l’eau, il rencontre un très étrange bonhomme à la palabre facile accompagné d’une énigmatique jeune femme fort séduisante. Joseph Bosco est volubile et convainquant, les mots sortent de sa bouche en rafale, Llew est immédiatement conquis. Surtout lorsque ce dernier lui propose de l’accompagner.

Débute alors pour lui une étrange collaboration avec Joe, éleveur et collectionneur de papillons. Ce dernier parcourt le pays pour vendre les collections de son père, un célèbre entomologiste qui a abandonné sa famille pour assouvir sa passion. Llew est rebaptisé Rip Van Jones par Joe le bonimenteur, un nom plus accrocheur pour servir leur commerce. Rip fait ensuite la connaissance de la famille au grand complet, de leur manoir étrange, et de leurs différentes collections de papillons, rares, sous verre ou dans les serres d’élevage.

Rip, Joe et sa sœur Mary embarquent pour un road trip à travers l’Amérique, de ville en ville afin de vendre leurs beaux papillons aux fleuristes et autres collectionneurs d’espèces rares. Mais le voyage s’avère plus complexe que prévu et le commerce de papillons pas aussi honnête qu’il en a l’air. Jusqu’au moment où Joe disparait.

Le roman alterne entre le prĂ©sent, Rip est en prison, et les souvenirs qu’il va coucher sur le papier. Par l’écriture, il tente de dĂ©nouer l’intrigue qu’il vient de vivre et de comprendre toute la complexitĂ© de cette famille qu’il a cĂ´toyĂ©e. Wolff le père, fervent dĂ©fenseur des espèces en voie de disparition évanoui dans la nature avec son filet Ă  papillons ; Édith la mère, amère et dĂ©figurĂ©e dans un incendie qui a failli lui coĂ»ter la vie ; Mary, Isabelle et Joe, cette fratrie disparate aux aspirations si diverses ; puis Rip qui ne sait plus trop oĂą il en est. Enfin, Joe, le personnage fantasque par excellence, le hâbleur qui invente les mots qu’il ne trouve pas pour raconter ses histoires, qui dĂ©crit un passĂ© et des souvenirs qui changent Ă  chaque version et qu’il est donc quasi impossible de cerner et de comprendre. Joe qui fascine Rip.

Étonnant parcours de ces deux jeunes hommes et de leur relation au père. L’un disparu au dĂ©but de l’histoire, l’autre dont on devine qu’il ne l’est peut-ĂŞtre pas dĂ©finitivement. Et toujours la difficultĂ© de communiquer, de dire vraiment ce que l’on pense. Joe et ses discours pour cacher ce qu’il est vraiment, Rip et sa difficultĂ© Ă  Ă©crire. Un roman qui parle davantage de sentiments et de recherche de soi  que d’enquĂŞte de police, mĂŞme si disparition il y a. Une lecture plaisante qui fait voyager, et dĂ©couvrir quelques espèces rares de papillons, on ne les regarde plus comme avant  après ça.

Catalogue Ă©diteur : Fleuve

Traducteur : HĂ©lène Amalric

1980, États-Unis.
Llew Jones, jeune Gallois d’une vingtaine d’années, souhaite voir les États-Unis et écrire le roman de sa vie.
Installé depuis peu dans la demeure de sa tante dans les montagnes Catskills, il passe son temps à flâner, fumer de l’herbe et lire.
Un beau matin, alors qu’il est plongé dans sa lecture au bord d’une rivière, un homme étrange l’aborde. Joe Bosco, vendeur de papillons aussi charismatique qu’exaspérant, lui propose de l’accompagner à travers le pays pour développer son commerce de spécimens rares.
Commence alors un voyage extraordinaire qui finit pourtant par échapper à leur contrôle, le jour où Joe disparaît. Llew se retrouve en prison et il n’a plus qu’une seule chance pour s’en sortir : convaincre tout le monde que sa version des faits est la bonne.

Rhidian Brook est l’auteur multi-récompensé de plusieurs romans dont notamment le best-seller La Maison de l’autre, traduit dans de nombreux pays et porté sur les écrans en 2019 sous le titre Cœurs ennemis.

Date de parution : 22/08/2019 / EAN : 9782265118355 / Pages : 528 / Format : 140 x 21.90 € / Prix : 21.90 € / NumĂ©rique : EAN : 9782823864205 / EPUB3 Prix : 15.99 €

Le jardin des dĂ©sespĂ©rĂ©s, Mano

Un thriller caustique, non dĂ©nuĂ© d’humour, une maison d’Ă©ditions Ă  dĂ©couvrir

Anatole Steinbach se morfond dans la maison de retraite oĂą il vit depuis qu’il a cĂ©dĂ© aux injonctions d’un neveu apparu comme par miracle. Neveu inquiet de la santĂ© de son oncle, mais surtout neveu en mal d’argent. Car ce fils d’une sĹ“ur disparue de la circulation depuis des annĂ©es n’aimait pas voir Anatole seul en ville, surtout depuis le dĂ©cès de sa femme. Il lui a donc conseillĂ© d’acheter au jardin des HespĂ©rides. Jardin des dĂ©sespĂ©rĂ©s pour Anatole, cinq hommes pour cinquante-cinq femmes, difficile de communiquer, il s’y ennuie. Ses semaines ne sont rythmĂ©es que par l’insipide repas dominical chez son neveu, c’est triste Ă  mourir.

Anatole écrit des romans policiers, et c’est ce métier d’écrivain qu’il a mentionné auprès de  la maison de retraite en omettant à dessein de leur avouer qu’il était aussi procureur. Un incendie a ravagé l’annexe du jardin des Hespérides qui abritait sa voiture. Or ce soir-là, Anatole, imbibé au Whisky irlandais, a par jeu et par ennui tenté d’y mettre le feu. Un acte irraisonné qui aurait pu être sans conséquence si le vieux monsieur Arnaud n’avait pas succombé dans l’incendie.  

Meurtre, assassinat, l’enquête avance à grands pas et tout concours à désigner Anatole, coupable idéal. Il va devoir faire appel à son savoir-faire et à son réseau pour tenter de se disculper. Pourtant, l’esprit délétère de cette maison de retraite tenue par une directrice bien peu avenante et prompte à communiquer ses soupçons aux médias, l’ambiance maussade, les repas déprimants, tout est fait pour donner envie de disparaitre dans ce mouroir pour séniors.

Critique édifiante de ces maisons de retraites de luxe dont on parle tant ces dernières semaines. Mano propose ici un thriller caustique, non dénué d’un certain humour, et cependant assez sarcastique. Il interroge ses lecteurs sur les conséquences de l’âge, la perte ou la dissolution de la famille, les effets du temps qui passe et l’image que l’on a de la vieillesse et des personnes âgées en leur déniant leur personnalité et leur passé, et le côté parfois bien expéditif et inhumain de la justice.

Catalogue édition : Vibration

Un meurtre s’est produit dans la remise du Jardin des Hespérides, maison de retraite managée de main de maître par la « cheffe ». Les soupçons se portent inexorablement sur Anatole Steinbach, romancier policier et procureur à la retraite. Ce poids moral ajouté à sa solitude aura-t-il raison de ce jeune veuf fraîchement promu au rang d’enquêteur ? Parfois le crime est dans les gènes.

Mano est mĂ©decin et rĂ©side Ă  Strasbourg. Il est Ă©galement l’auteur de Alphonse ou Grandeur et vicissitudes d’un Alsacien errant ainsi que de plusieurs livrets d’opĂ©ra reprĂ©sentĂ©s Ă  Amiens et Strasbourg. Il livre dans Une impression macabre, publiĂ© chez VIBRATION Ă©ditions un polar acerbe et haletant.

Prix TTC : 17€ / 140 pages / ISBN : 978-2-490091-05-8 / Octobre 2018

Best Love Rosie, Nuala O’Faolain

Sous le ciel irlandais, portraits croisés sensibles et attachants de deux femmes à un tournant de leurs vies

Après avoir bourlinguĂ© de par le monde, Rosie revient Ă  Dublin pour veiller sur sa tante Nin, la sĹ“ur de sa mère dĂ©cĂ©dĂ©e quand elle Ă©tait bĂ©bĂ© et qui l’a Ă©levĂ©e. Rosie a toujours Ă©tĂ© indĂ©pendante, a beaucoup voyagĂ© sans trop se soucier du bien ĂŞtre de Nin ni de savoir si elle pouvait lui manquer. Nin n’a jamais quittĂ© le village, aujourd’hui elle ne quitte mĂŞme plus sa maison ou son lit sauf pour aller s’enivrer au pub.

Mais Rosie s’ennuie auprès de cette tante alcoolique et dĂ©pressive qui n’est pas une compagnie très plaisante.  Et la cinquantaine arrivant, elle s’interroge sur sa vie, elle n’a ni mari ni compagnon, pas d’enfants, et se retrouve seule avec ses souvenirs. Pour occuper intelligemment son temps libre, elle dĂ©cide d’Ă©crire un manuel pour les cinquantenaires, un de ces manuels qui aident Ă  mieux vivre avec ses interrogations et ses nĂ©vroses.
Pour le diffuser, elle fait appel Ă  Mark, un vieil ami devenu vendeur de livres anciens aux USA. Mark si proche et si lointain, dont elle rĂŞvait jeune sans jamais oser le lui avouer.
Elle va le rencontrer Ă  New-York lors d’une foire aux livres rares. Elle part seule, mais Nin la rejoint lĂ -bas. Et miracle, la ville ressuscite la vieille tante maussade et acariâtre, Nin revit, ou plutĂ´t vit enfin. Et retrouve l’envie de se lever le matin et dĂ©cide d’y rester quelques mois. Elle apprĂ©cie et trouve facile  Ă  prĂ©sent de se lever, d’aller travailler, de rencontrer des femmes comme elle. ĂŠtre devenue utile, faire partie d’une Ă©quipe, lui redonne goĂ»t Ă  la vie, inimaginable alors de rentrer en Irlande, Rosie devra repartir seule.

A son retour, Rosie dĂ©couvre la maison de famille Ă  l’abandon. Sous le charme, elle tente d’apprivoiser cette maison dĂ©pourvue de confort et rĂŞve d’en faire son foyer.

Best Love Rosie est un roman Ă©mouvant et bouleversant. Tout d’abord parce que l’auteur nous fait pĂ©nĂ©trer dans l’intimitĂ© de Rosie et Nin, dans cette relation mère fille qui n’ose pas se dĂ©voiler, qui hĂ©site, se cherche, faite de silences, de gestes esquissĂ©s, d’émotions cachĂ©es. Il y a ces sentiments jamais avouĂ©s qui les relient et les rapprochent, une relation mère fille sans l’être vraiment. Il y a au milieu de tous ces non-dits, une belle dose de tendresse et d’amour.
Mais aussi par ces deux femmes, l’une, la cinquantaine arrivant, cherche Ă  se poser et fait le bilan du passĂ© en se demandant comment elle va affronter l’avenir. L’autre, que d’aucuns croiraient Ă  la fin de sa vie, retrouve une jeunesse, une Ă©nergie, un goĂ»t de vivre et d’oser qui l’étonnent elle-mĂŞme, mais qui lui font savourer Ă  leur juste valeur toutes les opportunitĂ©s qui s’offrent dĂ©sormais Ă  elle.

J’ai aimé retrouver ces deux femmes, leurs interrogations, leur regard sur le passé et surtout leur façon de ré enchanter leur avenir, même si à priori la meilleure partie de leur vie est derrière elles. Et s’il y a parfois quelques longueurs, il y a pourtant énormément de sujets évoqués, la vieillesse bien sûr, la façon de s’y préparer ou pas, l’homosexualité, l’alcoolisme des femmes, la solitude, la pauvreté de l’Irlande qui pendant des années a entrainé l’émigration, en particulier vers le nouveau monde, et bien sûr, aux USA, le sort réservé aux clandestins, travail illégal, maladie et système de santé, entre autre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Si dans ce roman Mark, l’ami de Rosie, vend des livres rares, connaissez vous Ă©galement L’homme qui aimait trop les livres ? Une enquĂŞte passionnante dans le milieu des livres rares et anciens par Allison Hoover Barlett.

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s’occuper de la vieille tante qui l’a élevée. La cohabitation avec Min, dépressive et alcoolique, n’a rien d’exaltant. L’idée vient à Rosie de s’occuper utilement en rédigeant un manuel pour les plus de cinquante ans. Un éditeur américain accepte de la publier… Tandis que la vieille dame, qui a rejoint sa nièce à New York, est galvanisée par sa découverte de l’Amérique et pour rien au monde ne voudrait renouer avec son ancienne vie, Rosie, elle, tombe amoureuse d’une maison de la côte irlandaise, et va, dans une osmose avec la nature enchanteresse et les animaux qu’elle adopte, s’y laisser pousser des racines.
La lucidité de Nuala O’Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre où l’on suit les tribulations de ces deux femmes que lie toute la complexité d’un amour maternel qui ne dit pas son nom.

528 pages / Date de parution : 26/02/2020 / EAN : 9782253934349 / Prix : 8,70€ / Éditeur d’origine : Sabine Wespieser