Les yeux d’Ava, Wendall Utroi

Après le bonheur, ou la descente aux enfers d’une mère sans histoire

Elle est heureuse Ava, un mari qui la comble, deux beaux enfants, et une vie plutôt facile de mère au foyer qui lui convient tout à fait.

Pourtant, un jour le destin en dĂ©cide autrement et vient rompre le fil du bonheur. Un dramatique accident, une voiture qui s’enfonce dans un lac, un mari qui dĂ©cède et une mère qui tente de sauver ses enfants et doit faire un choix sans lequel elle risque elle aussi de perdre la vie. Elle sauve l’un des jumeaux mais l’autre va pĂ©rir.

La vie d’Ava prend alors un tournant dramatique. C’est la fuite en avant, la douleur occupe toute la place. L’accident qui a bouleversĂ© sa vie Ă  aussi apportĂ© avec lui un certains nombre de rĂ©vĂ©lations toutes plus angoissantes les unes que les autres. Elle dĂ©couvre que sa vie est une mascarade basĂ©e sur le mensonge.

Ă€ partir de ce jour, son bel Ă©quilibre s’effondre, sa vie s’Ă©croule face aux rĂ©vĂ©lations sur son couple, Ă  sa culpabilitĂ© de mère, aux questions qu’elle se pose, Ă  la rĂ©alitĂ© d’un quotidien qui lui devient insupportable. Alors elle s’enfonce dans le silence, la solitude, le dĂ©sespoir. Elle n’a plus aucune confiance en elle et ne supporte plus le poids des regrets, la douleur du manque, la responsabilitĂ©.

Le lecteur assiste Ă  la lente dĂ©chĂ©ance d’Ava, son retrait du monde des vivants en quelques sorte, son rejet de tout ce qui lui rappelle l’hypocrisie des jours heureux. Lente dĂ©chĂ©ance vers la maladie, la dĂ©pression, la rue. Elle met en place un vĂ©ritable processus d’autodestruction pour tenter d’effacer sa culpabilitĂ©.

Pourtant, j’aurais aimĂ© parfois la bousculer, lui montrer les vivants plutĂ´t que les morts, j’avais du mal Ă  entendre ce dĂ©sespoir qui lui fait abandonner l’enfant qui lui reste. PartagĂ©e entre empathie et rĂ©volte, entre comprĂ©hension et rejet de son attitude, j’ai pourtant Ă©tĂ© plongĂ©e dans une lecture totalement addictive et bouleversante qui montre Ă  quel point une vie peut basculer dans le nĂ©ant rapidement et inĂ©luctablement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

On ne manquera pas d’aller faire un tour sur le blog de l’auteur Wendall Utroi

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

« Si vous lisez cette lettre, c’est que vous tenez mon manuscrit entre vos mains, qu’on me l’aura volé, ou que ma fin sera proche. Il ne me quitte jamais, collé à ma peau, dissimulé sous mon manteau ou dans mon cabas. Les premières pages sont nées, il y a des années, raturées et usées par les griffes du temps. »

Rédigée quinze ans après les faits, la lettre d’Ava a le goût âcre de la rédemption. En 2002, Ava, vingt-neuf ans et quelques mois, mariée à un homme rencontré sur les bancs du lycée, mère de deux beaux enfants, des jumeaux, a une vie idéale. Un amour solide, des désirs simples comblés par des bonheurs immenses. Mais c’était compter sans le destin. Lui peut se jouer de nous, brouiller les cartes, changer les règles. Quand un tragique accident remet toute sa vie en question, Ava sombre. Comment peut-on faire face quand toutes nos certitudes sont réduites à néant ?

Précédemment publié sous le titre La Tête du lapin bleu.

384 pages / Date de parution: 30/09/2020 / EAN : 9782253181569 / prix : 7,90€

Le dilemme, B.A. Paris

Parler, ou se taire ? Quand silences et non-dits troublent l’Ă©quilibre d’une famille

Livia rĂŞve de cette fĂŞte d’anniversaire depuis ses vingt ans. Le jour est enfin arrivĂ©, elle a quarante ans et tout est enfin prĂŞt pour cĂ©lĂ©brer cette date qu’elle veut unique, festive, joyeuse, et qui va remplacer la cĂ©rĂ©monie de mariage qu’elle n’a jamais eue. Adam, amoureux comme au premier jour, ne sait pas comment faire plaisir Ă  sa femme. Il a organisĂ© une jolie surprise pour son Ă©pouse.

Ils ont deux enfants. Josh est nĂ© lorsqu’ils Ă©taient encore Ă©tudiants. Il a bouleversĂ© l’avenir de Livia, l’a privĂ©e de ses Ă©tudes et du mariage dont rĂŞvaient pour elle ses parents, mais il fait le bonheur de sa mère. Marnie, Ă©tudiante Ă  Hong-Kong, est la fille Ă  son père, celle qu’il adule en secret et Ă  qui il pourrait passer toutes les folies. C’est grâce Ă  leur entente parfaite que Marnie et Adam ont concoctĂ© dans le plus grand secret la surprise idĂ©ale pour Livia.

L’auteur nous entraĂ®ne alternativement dans la tĂŞte et les pensĂ©es de Livia, puis d’Adam, tout au long de cette journĂ©e unique de bien des façons. Et pendant ce temps, Marnie nous apparaĂ®t en fil rouge, tantĂ´t fille aimante et aimĂ©e, tantĂ´t mystĂ©rieuse et presque haĂŻssable, sans qu’Ă  aucun moment elle ne puisse s’expliquer.

Tout l’intĂ©rĂŞt du roman, malgrĂ© certaines invraisemblances dans les sentiments et les situations dĂ©crits, vient du dilemme vĂ©cu par chacun des protagonistes, Ă  propos de ce qu’il doit rĂ©vĂ©ler ou pas. Peu Ă  peu, on dĂ©couvre que l’un comme l’autre connaissent des secrets Ă  propos de leur fille, mais aucun des deux n’est prĂŞt Ă  les dĂ©voiler pour ne pas gâcher la fĂŞte.

Alors, dira, dira pas, angoisse, inquiĂ©tude, chaque parent tait ce qu’il sait mais que le lecteur dĂ©couvre par leurs points de vue. Ă€ chaque instant, on attend l’explosion, le clash, le retournement de situation, les mots qui doivent sortir mais restent muets, la journĂ©e se dĂ©roule heure par heure dans l’inquiĂ©tude, le quiproquo, l’interrogation secrète et tourmentĂ©e de l’un puis de l’autre.

Le poids des non-dits, les secrets, les silences, pèsent sur chacun des protagonistes et polluent leur relation heure par heure jusqu’au final que chacun attend comme une délivrance. Tant il est vrai que face au silence, les comportements des individus deviennent parfois incompréhensibles, et peuvent être interprétés différemment par celui qui les reçoit ou celui qui les émet, et cela perturbe profondément les relations entre les êtres humains.

VoilĂ  un thriller que l’on peut qualifier de psychologique ou domestique, intĂ©ressant malgrĂ© quelques longueurs. Si j’ai aimĂ© ma première lecture de cet auteur, il m’en faudra d’autres pour l’apprĂ©cier Ă  sa juste mesure.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche, Hugo et Cie

Livia rĂŞvait d’une soirĂ©e inoubliable pour son quarantième anniversaire. Alors Adam, son mari, a fait en sorte que la fĂŞte soit grandiose. Leurs amis sont tous lĂ . Ne manque plus que leur fille, Marnie, qui viendra exprès de Hong Kong – Livia ne le sait pas, ce sera une surprise. Un sujet de conversation jette un furtif voile d’ombre parmi les invitĂ©s : un avion s’est Ă©crasĂ© au Caire, le matin mĂŞme. Mais il suffit d’un verre ou d’une invitation Ă  danser pour ne plus y songer. Seul Adam le sait : Marnie aurait dĂ» ĂŞtre Ă  bord de cet avion. Heureusement, pense-t-il, qu’elle a manquĂ© sa correspondance et qu’elle n’a donc pas pu monter Ă  bord. Sans doute a-t-elle Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©e sur un autre vol. Dès lors, pas la peine d’inquiĂ©ter Livia, n’est-ce pas ?…

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Vincent Guilluy.

Date de parution : 26/05/2021 / prix : 7,90€ / 384 pages / EAN : 9782253241508

Éditeur d’origine : Hugo et Compagnie / parution 8/05/2020 / ISBN papier : 9782755644777 prix 19,95€ / ISBN numĂ©rique : 9782755648829 prix 9,99€

Avant le jour, Madeline Roth

Quand le voyage amoureux devient voyage intérieur

Elle a bientĂ´t quarante ans, un amant plus jeune qu’elle, un enfant dĂ©jĂ  adolescent. DivorcĂ©e alors que son fils Lucas n’Ă©tait encore qu’un bĂ©bĂ© de quelques mois, il a aujourd’hui treize ans. Elle a choisi de vivre seule, mais aujourd’hui elle attend Pierre. Pierre l’amant qui part toujours trop vite mais qui lui a promis ce long week-end en Italie. Partir Ă  Turin tous les deux, comme un cadeau, une parenthèse.

Pourtant, il ne viendra pas, il reste auprès de sa femme qui vient de perdre son père. Alors, que faire, rester seule chez elle en sachant qu’il ne viendra pas ou partir sans lui pour rencontrer la ville qui devait abriter leur amour, pour s’y rencontrer elle-mĂŞme.

Alors elle part, seule dans ce train, seule dans le lobby de l’hĂ´tel, dans la chambre, les Ă©glises et les musĂ©es qu’ils auraient pu arpenter Ă  deux, seule surtout avec ses interrogations, avec cette introspection utile et bienvenue. Qu’est-ce que l’amour, est-ce raisonnable d’attendre un homme que l’on n’aura jamais Ă  soi, et pourquoi faut-il divorcer, pourquoi partir et se priver de son fils une semaine sur deux, le priver aussi de cet autre parent qui forcĂ©ment va lui manquer.

Les questions arrivent au rythme de ses pas dans la ville qu’elle dĂ©couvre, mais aussi au fil des souvenirs qui s’égrainent, quatre ans dĂ©jĂ  avec Pierre, cet homme qu’elle aime mĂŞme s’il ne sera jamais Ă  elle.

Un court roman qui dit l’amour, l’attente, les questions que l’on se pose lorsque l’on voit filer les annĂ©es et que l’on ne sait pas si l’on a fait les bons choix, les questions que l’on se pose aussi quand on comprend que l’on est exactement Ă  la place oĂą on souhaite ĂŞtre. Raconter et vivre l’amour interdit avec des mots simples et sincères, pour nous le faire comprendre et partager. Un premier roman lucide et vrai tout en finesse.

Lire Ă©galement l’avis de The Fab’s blog

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : La fosse aux ours

La narratrice avait prévu un court voyage à Turin avec son jeune amant. Au dernier moment, celui-ci annule sa participation pour raison familiale. Elle se retrouve seule dans la capitale du Piémont. Le voyage amoureux se transforme en un voyage intérieur qui lui permet de faire le point sur sa vie.

Date de parution : 07/01/2021 / EAN : 9782357071643 / pages 64

Les orageuses, Marcia Burnier

Comment se reconstruire après les violences et malgrĂ© le silence de la justice ?

Elles sont jeunes, fragiles, solitaires, mais au fond ce sont des femmes fortes et dĂ©terminĂ©es. Elles se sont reconnues, car elles ont Ă©tĂ© victimes de harcèlement ou de viol. Pourtant aucune n’a osĂ© dĂ©poser plainte. A quoi bon si c’est pour ne pas ĂŞtre Ă©coutĂ©e, pour ĂŞtre moquĂ©e, soupçonnĂ©e, dĂ©nigrĂ©e. Cela, elles ne l’auraient pas supportĂ©, pas après ce qu’elles ont subi. Mais c’est l’orage qui gronde dans leurs tĂŞtes et dans leurs corps. Car comment se remet-on d’une agression. Que peut-on faire si l’on est tiraillĂ©e entre honte et culpabilitĂ©, dĂ©goĂ»t et colère, quand on ne sait mĂŞme plus si l’on a envie de se terrer ou de rĂ©pondre par la violence.

Un jour ces orageuses dĂ©cident de se venger et de donner ensemble la rĂ©ponse qu’elles attendaient d’une sociĂ©tĂ© qui s’avère aussi muette que transparente face aux violences faites aux femmes. Oh, leur violence n’est pas celle des hommes qui les ont blessĂ©es car elles ont intĂ©grĂ© l’idĂ©e qu’il y a des limites Ă  ne pas franchir. Le gang de filles dĂ©cide de frapper ceux qui les ont blessĂ©es au plus profond d’elles-mĂŞmes en exerçant cette vengeance qui permettra enfin de parvenir Ă  une forme de rĂ©silience.

Est-ce seulement rĂ©alisable dans une sociĂ©tĂ© qui n’attend des femmes qu’une forme de soumission et d’effacement, qui leur demande de ne faire ni vague ni rĂ©volution, de rester avec leurs peurs et leurs angoisses, en espĂ©rant qu’Ă  la longue tout rentrera dans l’ordre.

Les orageuses est un court roman aux personnages pas forcĂ©ment crĂ©dibles, mais qui a l’avantage de dĂ©montrer la force de celles qui parce qu’elles sont soudĂ©es et ensemble, cherchent et trouvent une rĂ©ponse. Mais si cette forme de vengeance est salvatrice, l’impossibilitĂ© de la voir appliquer aux autres victimes rend encore plus dĂ©sespĂ©rant le manque de rĂ©action de notre justice face aux violences faites aux femmes, sans parler du silence assourdissant face aux fĂ©minicides. MalgrĂ© certaines imperfections, ce premier roman rĂ©sistant et vindicatif Ă©veille nos consciences sur les dĂ©gâts qu’entraĂ®ne l’absence de rĂ©ponse de la justice pour les victimes.

On ne manquera pas de lire sur le sujet Femmes en colère de Mathieu Ménégaux et De mon plein gré de Mathilde Forget.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Cambourakis

« Depuis qu’elle avait revu Mia, l’histoire de vengeance, non, de “rendre justice”, lui trottait dans la tĂŞte. On dit pas vengeance, lui avait dit Mia, c’est pas la mĂŞme chose, lĂ  on se rĂ©pare, on se rend justice parce que personne d’autre n’est disposĂ© Ă  le faire. Lucie n’avait pas Ă©tĂ© très convaincue par le choix de mot, mais ça ne changeait pas grand-chose. En Ă©coutant ces rĂ©cits dans son bureau, son cĹ“ur s’emballe, elle aurait envie de crier, de diffuser Ă  toute heure dans le pays un message qui dirait On vous retrouvera. Chacun d’entre vous. On sonnera Ă  vos portes, on viendra Ă  votre travail, chez vos parents, mĂŞme des annĂ©es après, mĂŞme lorsque vous nous aurez oubliĂ©es, on sera lĂ  et on vous dĂ©truira. Â»

Un premier roman qui dépeint un gang de filles décidant un jour de reprendre comme elles peuvent le contrôle de leur vie.

Marcia Burnier est une autrice franco-suisse. Elle a co-crĂ©Ă© le zine littĂ©raire fĂ©ministe It’s Been Lovely but I have to Scream Now et a publiĂ© diffĂ©rents textes dans les revues Retard Magazine, Terrain vague et Art/iculation. NĂ©e Ă  Genève, elle a grandi dans les montagnes de Haute-Savoie. Elle a notamment suivi des Ă©tudes de photographie et cinĂ©ma Ă  Lyon 2. Les Orageuses est son premier roman, et le premier de la collection Sorcières.

illustration de couverture : Marianne Acqua
144 pages / 130 x 210 mm / parution : 2 septembre 2020 / 15€ / ISBN 9782366245189

Carrefour des veuves, Monique Ilboudo

Une réflexion contemporaine sur la place des femmes face au terrorisme et aux traditions en Afrique subsaharienne

Depuis toujours les femmes sont les premières victimes de la barbarie et du terrorisme. L’auteur pose un regard critique et bienveillant sur celles qui sont victimes et que l’on fait passer pour les bourreaux ou les responsables de tous les maux de l’humanitĂ©. Elle parle sans concession du terrorisme et des conflits qui endeuillent la rĂ©gion du Sahel, mais que l’on trouve dans de nombreuses rĂ©gion du globe aujourd’hui.

Tilaine vient de perdre son mari. Isma Ă©tait douanier, mais il critiquait un peu trop ouvertement l’incurie des institutions en place, malgrĂ© les avertissements de sa famille. En reprĂ©sailles mais sous couvert de promotion, il a Ă©tĂ© envoyĂ© sur la frontière nord du pays. Il a Ă©tĂ© tuĂ© par les djihadistes.

Tout la pousse à se lamenter sur son sort. Mais si elle est triste et affligée par ce deuil, Tilaine est avant tout courageuse et combative. Malgré sa douleur et son chagrin, elle décide de créer urne association pour aider les jeunes femmes victimes comme elle du terrorisme.

C’est pendant une mission pour son association qu’elle rencontre Noura, une fillette brillante mais victime tant du terrorisme que des traditions de pays dans lesquels les filles n’ont nul besoin d’aller Ă  l’école ou de s’instruire. Mais Nora Ă  soif de connaissance, de vie, d’instruction. La rencontre avec cette fillette sera dĂ©terminante pour Tilaine qui rĂŞve de lui offrir un avenir Ă  la mesure de sa dĂ©termination.

VoilĂ  un roman sans concession qui ose dire qu’elle peut ĂŞtre la vie des hommes et des femmes qui s’insurgent contre le pouvoir en place lorsque celui-ci ne rempli pas sa mission. Qui Ă©voque la dure rĂ©alitĂ© de certaines vies, la fragilitĂ© et l’impuissance des populations et de certains gouvernements face au flĂ©au djihadiste qui tient en coupe rĂ©glĂ©e de nombreuses rĂ©gions d’Afrique. Une analyse contemporaine et objective du terrorisme en Afrique sub-saharienne, de la situation politique et de ses compromissions, mais avant tout de l’insĂ©curitĂ© permanente et de la place des femmes premières victimes du terrorisme et des traditions.

L’Ă©criture est concise, de qualitĂ©, les mots sont justes et prĂ©cis pour dĂ©crire ces situations si complexes. Une lecture très intĂ©ressante.

Catalogue Ă©diteur : Les Lettres MouchetĂ©es

Tilaine vient de perdre son mari, Isma, tué par les djihadistes alors qu’il est en poste au nord du pays. Résolue à lutter contre la fatalité qui endeuille son pays, Tilaine décide de créer une association pour venir en aide aux femmes victimes du terrorisme. Un jour, elle croise le chemin de Noura, une petite fille qui va bouleverser sa vie.

Le Carrefour des veuves apparaît comme le triangle de la mort de cette région du Sahel où s’entremêlent confusément les conflits communautaires, le fléau djihadiste et l’impuissance des dirigeants de la région et du monde. Monique Ilboudo décrit avec force et lucidité ce monde qui confine à la folie et dans lequel œuvrent sans relâche des héroïnes du quotidien.

Universitaire et femme de lettres burkinabĂ©, Monique Ilboudo est engagĂ©e dans la promotion de la citoyennetĂ© des femmes dans son pays. ÉloignĂ©e un temps de l’Ă©criture, elle a renouĂ© avec sa passion et publiĂ© en 2018, Si loin de ma vie aux Ă©d. Le Serpent Ă  Plumes. Carrefour des veuves marque son retour sur la scène littĂ©raire.

Une maison d’Ă©ditions basĂ©e Ă  Pointe-Noire, au Congo. Paru septembre 2020 / 160 pages

Le Dit du Vivant, Denis Drummond

Quand une découverte incroyable bouleverse et interroge notre civilisation

La terre a tremblĂ© une fois de plus au japon. Il n’y a pas eu de rĂ©plique mais le village d’Atsuma, sur l’Ă®le d’HokkaĂŻdo est entièrement enseveli. La coulĂ©e de terrain qui a englouti les villageois a aussi dĂ©gagĂ© une nĂ©cropole impressionnante et insoupçonnĂ©e.

ImmĂ©diatement, des scientifiques de tous pays se rendent sur place Ă  la demande des autoritĂ©s pour examiner la nĂ©cropole. Laura, une palĂ©ontologiste reconnue de ses pairs, est du voyage. Elle est accompagnĂ©e de Tom, son fils autiste, qui a ressenti le cataclysme au plus profond de son ĂŞtre et fait comprendre Ă  sa mère qu’il devait aller sur place avec elle vivre cette incroyable expĂ©rience.

Dès qu’une datation est possible, le monde entier est plongĂ© dans l’incrĂ©dulitĂ© et la stupeur. Il semble bien que les corps et Ă©lĂ©ments enfouis lĂ  bouleversent toutes les connaissances humaines sur l’apparition de l’homme sur terre.

Denis Drummond nous propose une dystopie humaniste, scientifique et riche de questionnements. Comment tourne cette planète que nous dĂ©tĂ©riorons chaque jour un peu plus ? Et si le dernier homme d’une civilisation perdue Ă©tait lĂ  pour nous montrer le chemin ? Six parties constituent ce roman Ă  la structure Ă©tonnante, comme les six Ă©lĂ©ments de l’ADN, proposĂ©s de façon rĂ©pĂ©titive : après une dĂ©finition viennent RĂ©cit, Le journal de Sandra, Chroniques-articles-correspondances, Le Dit de Tom, Le Dit du Vivant.

De nombreux thèmes sont abordĂ©s. D’abord la diffĂ©rence, avec Tom, le fils autiste de Laura. Son comportement, l’Ă©volution de sa diffĂ©rence, de sa relation au monde, aux autres, aux bruits et aux Ă©vĂ©nements perturbants qu’il a du mal Ă  accepter mais que peu Ă  peu il rĂ©ussit Ă  accepter, Ă  intĂ©grer. Une façon de montrer que l’autisme a tellement de facettes et de caractĂ©ristiques diffĂ©rentes en fonction de ceux que cela touche.

L’Ă©tude palĂ©ontologique, la science, la recherche et les conflits autour des dĂ©couvertes au niveau mondial, avec cet arĂ©opage de scientifiques venus des plus grandes universitĂ©s ou centres de recherches basĂ©s sur les six continents ; et les bagarres de ceux qui ne sont pas inclus dans le sĂ©rail des sachant.

L’immuabilitĂ© de la civilisation japonaise, Ă  travers en particulier l’exemple de la rĂ©paration d’une cĂ©ramique cassĂ©e Ă  laide de poudre d’or pour en faire un autre objet, diffĂ©rent mais ayant toujours autant de valeur, ou encore la façon de reconstruire Ă  l’identique y compris des sites millĂ©naires et de les considĂ©rer toujours de la mĂŞme façon, enfin la magie du travail d’Akira Ito. Cet artiste de la lignĂ©e des plus grands maĂ®tres de l’estampe japonaise, d’Hiroshige Ă  Hokusai, qui rĂ©alise lui aussi estampes et calligraphies et est considĂ©rĂ© par tous comme un dieu vivant.

Le rĂ©chauffement climatique, la destructions des espèces d’animaux, de plantes, la rarĂ©faction des ressources, les cĂ©rĂ©ales gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©es pour rĂ©sister Ă  l’appauvrissement en eau et continuer Ă  nourrir les populations toujours plus nombreuses, l’appauvrissement des civilisations et leur destruction Ă  plus ou moins long terme, autant d’Ă©lĂ©ments abordĂ©s ici et qui sont cruellement d’actualitĂ©.

Et bien sĂ»r, nous suivons en parallèle le rĂ©cit du Vivant et le dĂ©cryptage des nombreuses pièces dĂ©couvertes dans la nĂ©cropole, qui montrent la fragilitĂ© des diffĂ©rentes civilisations et la fugacitĂ© de l’existence de l’Homme sur terre.

Si ces thèmes sont foison, ce n’est ni fastidieux ni moralisateur. On est dans une posture de questionnement sur le devenir de la planète Ă  travers l’Ă©tude des civilisations perdues. Ce kalĂ©idoscope de personnages attachants et singuliers fourmille d’interrogations et de mystère, et donne sa force au rĂ©cit. J’ai forcĂ©ment pensĂ© par moments au roman La nuit des temps, de Barjavel.

Vous aimez les dystopies, les romans d’anticipation, les rĂ©cits qui interrogent, alors le Dit du Vivant est pour vous.

Catalogue Ă©diteur : Le Cherche Midi

Je suis le Vivant. Le dernier d’entre nous. Quand j’aurai terminé mon ouvrage, je quitterai ce monde, laissant une trace secrète dans un repli du temps.

Un séisme au Japon met au jour une vaste sépulture. Sandra Blake, paléogénéticienne, se rend sur les lieux, avec Tom, son petit garçon, autiste.
La datation du site archéologique plonge la communauté internationale dans la stupeur. Une civilisation jusqu’alors inconnue se révèle peu à peu, et met à bas toutes les connaissances acquises. Sandra et l’équipe de recherche qu’elle a constituée sont prises dans un suspense scientifique qui les dépasse…
Construit en six parties, comme une sĂ©quence d’ADN – rĂ©unissant rĂ©cits, journaux, chroniques, articles de presse et correspondances â€“, ce roman-monde est Ă©crit Ă  la manière d’une odyssĂ©e.

Denis Drummond, d’origine franco-écossaise, est l’auteur de trois recueils de poésie et de cinq romans. La Vie silencieuse de la guerre (le cherche midi, 2019) a été distingué par le prix Révélation de la Société des gens de lettres.

EAN : 9782749166896 / pages : 288 / format : 140 x 220 mm / prix : 19.00 €

Le jour de ma mort, Jacques Expert

Connaître le jour de sa mort, rêve ou cauchemar  ?

Charlotte est une jeune parisienne aussi blonde que belle. Heureuse dans sa vie, elle adore son chat Grichka et son petit ami JĂ©rĂ´me. Mais en ce 28 octobre, alors que JĂ©rĂ´me est Ă  DubaĂŻ pour son travail, les souvenirs d’un sĂ©jour entre copines Ă  Marrakech affleurent Ă  sa conscience Ă  demi-Ă©veillĂ©e. Trois ans plus tĂ´t, lors de ce week-end pour l’enterrement de vie de jeune fille de son amie Carole, les jeunes femmes avaient rencontrĂ© un voyant. Elles ne l’avaient absolument pas pris au sĂ©rieux, mais pourtant ses prophĂ©ties se sont toutes avĂ©rĂ©es pour ses copines. Et maintenant, reste celle de Charlotte, particulièrement terrifiante puisqu’il lui a rĂ©vĂ©lĂ© quel serait le jour de sa mort.

Et pendant ce temps, un tueur en série sévit en ville, tueur de blondes et de chats

Seule dans son appartement, dans un immeuble déserté par quasiment tous les voisins en dehors de celui du dessous qui est sourd comme un pot. Elle cherche comment échapper à la prédiction, car bien évidement, si elle doit mourir ce jour-là, cela ne peut être que de la main de L’Égorgeur de chats, ce prédateur dont parlent tous les médias.

Charlotte tremble, imagine, dĂ©sespère, se rebelle, se rĂ©volte, rĂ©agit, se terre. Confiance, angoisse, stress, pleurs, courage, rien ne lui est Ă©pargnĂ© et tout au long de cette journĂ©e sans fin, elle tente d’Ă©chapper au sort qui l’attend.

En parallèle, le tueur, un homme jeune, méthodique et froid, maltraité par maman mais en même temps très attentif à suivre son enseignement, détaille avec une certaine délectation ses meurtres passés et ses cibles futures.

Tic, tac, tic, tac, Charlotte a vingt-quatre heures pour vivre ou mourir.

Le lecteur navigue entre une Charlotte qui disjoncte et un tueur psychopathe. A la lisière de la folie, rĂ©vĂ©lations, dĂ©tournement, suspense, coups de théâtre et quiproquo s’enchaĂ®nent et laissent le lecteur dubitatif, en attente d’un final pour le moins dĂ©routant.

Il m’a semblĂ© qu’il y avait quelques pages de trop dans ce roman, comme si l’auteur voulait en dire un peu plus mais en prenant le risque de se rĂ©pĂ©ter. Et cela n’apporte rien Ă  l’intrigue. Du coup, je n’ai pas senti assez de suspense dans le cheminement des deux personnages principaux pour maintenir mon intĂ©rĂŞt jusqu’au dĂ©nouement. Quelques personnages secondaires, un peu stĂ©rĂ©otypĂ©s peut-ĂŞtre, viennent malgrĂ© tout troubler le raisonnement du lecteur. Mais sans doute faut-il prendre tout cela au second degrĂ© et apprĂ©cier cet auteur qui joue avec les nerfs de ses personnagesUn polar pour se dĂ©tendre cet Ă©tĂ©, enfin, sauf si vous avez consultĂ© un voyant juste avant !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Sonatine

Charlotte est une jeune femme sans histoires. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle espère se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, une nuit, elle se réveille tremblante de peur, en sueur, à l’affût du moindre bruit. Elle est seule chez elle. On est le 28 octobre. Le jour de sa mort.
Trois ans plus tôt, à Marrakech, Charlotte a consulté, avec trois amies, un voyant dont les prédictions se sont réalisées pour ces dernières. Qu’en sera-t-il pour Charlotte à qui il avait annoncé une mort violente le 28 octobre ? Commence alors une nuit d’angoisse. La jeune femme est-elle victime d’une paranoïa alimentée par l’effrayant souvenir ? Est-elle réellement en danger alors qu’un tueur psychopathe rôde dans la ville ?

Après avoir Ă©tĂ© grand reporter, directeur des programmes de RTL et auteur de la sĂ©rie Histoires criminelles sur France Info, Jacques Expert se consacre aujourd’hui Ă  l’Ă©criture.

Prix : 7,90€ / 384 pages / Date de parution : 30/09/2020 / EAN : 9782253181316

Instagrammable, Éliette Abecassis

Un roman léger qui aborde un sujet grave et contemporain

Les liaisons dangereuses des temps modernes. Quand les outils numĂ©riques ne servent plus seulement Ă  communiquer mais aussi Ă  paraĂ®tre, ĂŞtre, vivre, regarder, sublimer, valoriser, vendre, promouvoir, jalouser, dĂ©sirer, dĂ©molir, dĂ©truire, anĂ©antir…

Dans la ronde des instagrammeuses, il y a Jade, et sa ribambelle de followers, Jade qui fait la pluie et le beau temps autour d’elle, que tous rĂŞvent d’imiter, de rencontrer, qui fait votre rĂ©ussite ou votre bannissement sur ces rĂ©seaux sociaux indispensables aux jeunes d’aujourd’hui.
Autour de Jade, on trouve LĂ©o l’ami ex amoureux qui doit son succès aux stories et posts de Jade et lui est donc totalement redevable.
Sacha qui rĂŞve d’ĂŞtre comme elle, ne plus ĂŞtre transparente, avoir autant de suiveurs, au risque d’en oublier sa vie.
Ariane, la mère de Sacha, qui malgré son métier dans la communication est vite dépassée par les événements.
Et quelques autres…

Une mise en situation extrĂŞme mais pourtant contemporaine, intĂ©ressante Ă  la fois pour mieux envisager les jeunes d’aujourd’hui mais aussi le dĂ©calage et l’incomprĂ©hension de leurs parents.
Un roman qui se lit tout seul, qui est Ă  la fois lĂ©ger et grave. Un roman que j’aurais peut-ĂŞtre destinĂ© Ă  un lectorat de jeunes adultes ou d’adolescents, car il parle d’eux. Pour preuve tous les problèmes de harcèlement, destruction de certains jeunes Ă  la suite de propos ou de photos diffusĂ©s sur les rĂ©seaux. Et pour rappeler Ă  tous qu’il est important d’avoir toujours en tĂŞte que l’oubli numĂ©rique n’est absolument pas garanti.

Personnages inventĂ©s qui nous semblent plus que rĂ©els dans ce monde factice que pourtant nous suivons pour certains d’entre nous de près chaque jour. Qui ne passe pas du temps chaque jour sur ce tĂ©lĂ©phone qui nous relie au monde qui nous entoure ? En tout cas j’avoue y passer quelques heures par semaine… Mais le risque pour ces jeunes accros Ă  Instagram, Facebook, Tiktok, Whatsapp et autres, est de passer plus d’heures sur leur tĂ©lĂ©phone que dans leur vraie vie.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

«  A la terrasse des cafĂ©s, seuls ou avec des amis, ils sont sur le qui-vive. Ă€ l’affĂ»t d’une nouvelle, dans une attente fĂ©brile, constante, ils ont toujours leur tĂ©lĂ©phone Ă  portĂ©e de main. Le soir, ils ne s’endorment pas sans l’avoir consultĂ©, le matin le saisissent avant mĂŞme d’avoir ouvert l’Ĺ“il, pour savoir ce qui est arrivĂ©. Mais quoi, au juste ?  » 
 
Dans ces  Liaisons dangereuses  Ă  l’ère d’Instagram, Éliette AbĂ©cassis  dĂ©crit de façon inĂ©dite une gĂ©nĂ©ration nĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 2000,  en proie Ă  la dĂ©pendance et la violence induites par les rĂ©seaux sociaux. 
Un roman incisif qui sonde notre époque, et tout ce qui, en elle, nous interroge et nous dépasse.

Format : 133 x 206 mm / Pages : 180 / Parution : 10 Mars 2021 / 17.00 €

Taches rousses, Morgane Montoriol

Qui est la proie, qui est le prédateur dans ce premier roman aussi noir que violent

Beck a fuit sa ville natale pour rĂ©aliser son rĂŞve et devenir comĂ©dienne en Californie. Aujourd’hui, elle vit sans passion mais par intĂ©rĂŞt avec un homme bien plus âgĂ© qui pourra lui ouvrir les portes des studios. Mais ce rĂŞve n’Ă©tait-il pas celui de sa grande sĹ“ur ? Car des annĂ©es auparavant, dans la petite ville de Muskogee, Leah Westbrook, Ă  peine quatorze ans et la vie devant elle, a disparu. Depuis, aucune enquĂŞte n’a jamais rĂ©ussi Ă  dĂ©terminer ce qu’il s’est passĂ©, fugue, meurtre, disparition inquiĂ©tante, nul ne le sait, et la blessure reste profonde pour Beck et son père. Beck se souvient, son enfance, ses parents, sa sĹ“ur qui avait un teint si parfait, sans ces taches de rousseur qu’elle dĂ©teste et tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de cacher sous son maquillage.

Pendant ce temps lĂ , la ville est frappĂ©e par de dramatiques meurtres de jeunes femmes. AbordĂ©e par Wes, un homme aussi Ă©trange qu’envoĂ»tant, elle dĂ©couvre son talent morbide d’artiste peintre lors d’une exposition d’art. FascinĂ©e autant qu’inquiète devant ses toiles, elle n’a qu’une crainte, que ce dernier soit le tueur en sĂ©rie qui fait trembler la ville.

Wes le prédateur, et Beck la proie, jouent alors un jeu du chat et de la souris terriblement noir et à la tension grandissante. Chacun est hanté par ses démons et fort étrangement, la disparition de Leah semble être leur point commun.

Qui est la proie, qui est le prĂ©dateur ? Le jeu sanglant et morbide qu’ils jouent chacun Ă  leur tour entraĂ®ne le lecteur dans des profondeur d’incertitudes et de questionnements. Leur passĂ©, leurs dĂ©mons, leurs secrets seront peu Ă  peu rĂ©vĂ©lĂ©s. Et le lecteur de se demander au fil des pages qui est qui et qui veut quoi. Des personnages noirs et sombres Ă  souhait que l’on tente de comprendre, dont on a beaucoup de mal Ă  discerner le but, et que l’on sent hantĂ©s par un passĂ© inavouable.

Un premier roman noir adroitement menĂ©, mĂŞme si c’est parfois avec un peu trop de dĂ©tails ou certaines longueurs qui Ă  mon avis cassent le rythme. De fait, il m’a manquĂ© de tempo pour m’embarquer vraiment. MĂŞme si je reconnais la force d’une intrigue qui nous mène par le bout du nez quasiment jusqu’au dĂ©nouement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel, Le Livre de Poche

Leah Westbrook a disparu un après-midi de septembre, Ă  Muskogee, en Oklahoma. Elle avait quatorze ans. Son corps n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. Depuis, sa sĹ“ur, Beck, a quittĂ© la ville pour s’installer Ă  Los Angeles. Elle vit par procuration le rĂŞve de Leah, en tentant une carrière de comĂ©dienne. Sans conviction. Ă€ la diffĂ©rence de Leah, dont la peau Ă©tait parfaitement unie, Beck a le visage couvert de taches de rousseur. Des taches qu’elle abhorre et qu’elle camoufle sous des couches de fond de teint.
BientĂ´t, des corps atrocement mutilĂ©s sont retrouvĂ©s dans un quartier d’Hollywood oĂą Beck a vĂ©cu. L’Ĺ“uvre d’un tueur en sĂ©rie que la police peine Ă  attraper. Peut-ĂŞtre cet homme aux yeux terribles, qui la suit partout…

Le Livre de Poche Prix : 8,20€ / Date de parution : 03/02/2021 / 408 pages / EAN : 9782253079286
Albin-Michel 21.90 € / 29 Janvier 2020 / 150mm x 220mm / 368 pages / EAN13 : 9782226446824

Femmes en colère, Mathieu Menegaux

Suivre le procès d’une femme violĂ©e qui s’est fait justice elle-mĂŞme, un sujet sensible et actuel

Alors qu’elle vient de passer trois ans en dĂ©tention provisoire dans la prison des femmes de Rennes, Mathilde Collignon attend enfin les dĂ©libĂ©rations de son procès. Mais qui est victime dans ce fait divers violent et barbare, elle, Mathilde, forcĂ©e et violĂ©e par deux hommes qui n’ont a aucun moment voulu entendre ces « Non » qu’elle a criĂ©, hurlĂ©, murmurĂ©, supplié ? Ou bien eux, ces hommes sur lesquels elle s’est vengĂ©e, pensant Ă  tord ou Ă  raison que la justice ne pourrait jamais entendre sa plainte.

Après la longue confrontation avec les parties civiles, la mise en cause, les juges, les jurĂ©s, et une fois le rĂ©quisitoire de l’avocat gĂ©nĂ©ral et les plaidoiries des avocats terminĂ©s, la parole est aux jurĂ©s. Ceux-ci se retirent pour voter en leur âme et conscience afin que soit appliquĂ© le droit qui protège chaque citoyen. L’attente est stressante, douloureuse. Mathieu Menegaux transforme son lecteur en une petite souris qui se faufile Ă  tour de rĂ´le dans la salle oĂą Mathilde Collignon attend qu’on l’appelle pour le verdict et oĂą elle Ă©crit sur un carnet ce qu’elle ressent, Ă©crire pour survivre, transmettre, tĂ©moigner, dire. Puis dans la salle dans laquelle le jury s’est rĂ©uni pour dĂ©libĂ©rer Ă  huis clos, trois professionnels de la Justice, et six français tirĂ©s au sort sur les listes Ă©lectorales pour remplir leur devoir de citoyens. Ah, les dĂ©libĂ©rations du jury, qui n’a pas un jour craint ou espĂ©rĂ© en faire partie.

Mais qui est cette femme qui a osĂ© se venger, une barbare, une folle qui a perdu la raison, une femme qu’il faut interner pour protĂ©ger la sociĂ©té ? Ă€ mesure que le lecteur avance dans ces deux diffĂ©rentes salles du tribunal, le mystère se lève sur ce qu’il s’est passĂ© trois ans auparavant.

Quand la victime se fait justice et devient Ă  son tour coupable.

Sur les victimes, mais faut-il parler de victimes ou faut-il prĂ©fĂ©rer Ă  ce terme celui de parties civiles, d’agresseurs agressĂ©s. Il est difficile de mettre des mots sans prendre partie. Sur la coupable, barbare, agressĂ©e, violĂ©e, malmenĂ©e par deux hommes en toute impunitĂ©. Parce que les hommes se croient souvent tout permis. Parce que la voix des femmes est rarement entendue. Parce qu’elle a bien voulu aller les retrouver après tout, c’est bien de sa faute n’est-ce pas, elle qui avoue sans scrupule que oui, elle aime ça et oui, elle trouve quelques coups d’un soir sur Tinder ? Et pourquoi ce qui est acceptĂ© d’un homme ne l’est-il jamais quand c’est une femme qui l’exprime, pourquoi la libertĂ© sexuelle ne pourrait-elle pas ĂŞtre assumĂ©e aussi par une femme ?

Ă€ l’heure des #metoo et autres rĂ©vĂ©lations sur les rĂ©seaux sociaux, Ă  l’heure oĂą les violences faites aux femmes sont en augmentation, oĂą le viol n’est toujours pas dĂ©noncĂ© par la majoritĂ© des femmes qui en sont victimes, le message de Mathieu Menegaux se veut clair. Entendons, Ă©coutons la parole des femmes tant qu’il est encore temps et surtout avant que justice ne soit rendue par le citoyen lui-mĂŞme.

Un roman sur un sujet sensible et actuel, peut-ĂŞtre pas assez fouillĂ© Ă  mon goĂ»t au niveau des personnages et de leur personnalitĂ©, et parfois un peu trop manichĂ©en, mais qui cependant se lit d’une traite. J’ai aimĂ© que l’auteur prenne pour victime cette femme atypique qui assume ses goĂ»ts, ses choix de vie, ses envies. Et surtout, l’auteur nous embarque au cĹ“ur des procĂ©dures parfois absconses de la justice, oĂą il convient de juger le droit, la rĂ©gularitĂ© des faits et non la personnalitĂ© des ceux qui en sont victimes ou coupables, sans affect ni sentiments, et cela paraĂ®t de fait bien difficile. Pour ceux qu’un procès intĂ©resse, il faut savoir qu’il est possible d’assister aux audiences de ceux qui ne sont pas menĂ©s Ă  huis-clos, et cela peut s’avĂ©rer terriblement instructif.

Du même auteur, on ne manquera pas de lire également Est-ce ainsi que les hommes jugent ou Disparaître.

Catalogue éditeur : Grasset

Cour d’assises de Rennes, juin 2020, fin des dĂ©bats  : le prĂ©sident invite les jurĂ©s Ă  se retirer pour rejoindre la salle des dĂ©libĂ©rations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Elle est accusĂ©e d’un crime barbare, qu’elle a avouĂ©, et pourtant c’est elle qui rĂ©clame justice. Dans cette affaire de vengeance, mĂ©diatisĂ©e Ă  outrance, trois magistrats et six jurĂ©s populaires sont appelĂ©s Ă  trancher  : avoir Ă©tĂ© victime justifie-t-il de devenir bourreau  ?
Neuf hommes et femmes en colère doivent choisir entre punition et pardon.
Au cœur des questions de société contemporaines, un suspense haletant porté par une écriture au scalpel.

Parution : 3 Mars 2021 / Format : 133 x 205 mm / Pages : 198 / EAN : 9782246826866 prix : 18.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246826873 Prix : 12.99€