Madame S, Sylvie Lausberg

Une vĂ©ritable enquĂȘte qui, de la Belle Époque Ă  la IIIĂšme RĂ©publique, nous entraine dans les pas de Madame S, personnage aussi rĂ©el que romanesque

Elle aura eu tous les surnoms, y compris  les plus dĂ©gradants, la pompe funĂšbre Ă©tant sans doute l’un des plus connus. Pourtant, Madame Steinheil nĂ©e Japy a vĂ©cu une enfance heureuse dans cette famille d’industriels dont on connait au moins la cĂ©lĂšbre machine Ă  Ă©crire qui a rĂ©volutionnĂ© bien des vies de secrĂ©taires.

Elle est adulĂ©e par un pĂšre qui avait un mal fou Ă  l’imaginer loin de lui. MariĂ©e peu aprĂšs le dĂ©cĂšs de ce dernier Ă  Adolphe Steinheil, un peintre bien plus ĂągĂ© qu’elle. Bien trop ĂągĂ© sans doute pour imaginer qu’elle ait pu ĂȘtre heureuse dans son couple. Madame S saura mener carriĂšre auprĂšs du tout Paris politique et culturel. Maitresse de FĂ©lix Faure, elle aura certainement connaissance de bien des faits politiques. En particulier, ce dernier lui confiera des Ă©crits, destinĂ©es Ă  devenir ses mĂ©moires. Documents qu’elle gardera par devers elle ainsi que les nombreux cadeaux dont il la gratifiera.

AprĂšs le dĂ©cĂšs de FĂ©lix Faure en 1899, elle poursuit sa route Ă  l’écart des mondanitĂ©s. Viennent ensuite le meurtre Ă  son domicile de son mari et de sa mĂšre, de longs mois de prison, un interminable procĂšs qui cache sans doute des raisons d’Ă©tat, et le dĂ©part pour l’Angleterre.

Pourquoi son parcours est-il si singulier ?

NĂ©e le 16 avril 1869, cette hĂ©ritiĂšre d’une grande famille, plutĂŽt bien dotĂ©e par la nature, Ă©pouse contre toute raison un homme ĂągĂ© qui ne lui convient pas. Femme libre qui assume cette libertĂ©, elle va vivre cent autres vies auprĂšs d’hommes politiques, journalistes, artistes, parmi les noms les plus en vue de son Ă©poque. Vivre Ă©galement au sein du gouvernement et de son salon les conflits acharnĂ©s et les tergiversations prĂ©sidentielles autour de l’antisĂ©mitisme et l’affaire Dreyfus, et certainement avoir accĂšs Ă  d’autres secrets jusqu’au dĂ©cĂšs de FĂ©lix Faure. Un violent fait divers bouleverse sa vie, puis aprĂšs un procĂšs rocambolesque, elle va disparaitre, rĂ©apparaitre
 Elle reste un vĂ©ritable mystĂšre jusqu’à sa mort en 1957, et bien aprĂšs !

Quel personnage romanesque Ă  souhait !

Sylvie Lausberg, fascinĂ©e par la singularitĂ© de cette femme, et par les ombres dĂ©mesurĂ©es qui s’étendent sur les diffĂ©rents faits qui jalonnent sa vie, a eu envie d’en savoir plus. Vingt annĂ©es de recherches, de visites dans les lieux oĂč elle a vĂ©cu, de lectures d’innombrables papiers, micro films, archives, ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour lever la part d’ombre – une part d’ombre, car il en restera toujours un peu – et pour nous donner envie de mieux connaitre cette Madame S. Et l’on a envie de dire, Ă  la lumiĂšre des faits Ă©tablis par l’auteur, mais alors, pourquoi un tel traitement tant pendant sa vie que longtemps aprĂšs ? Parce que c’est une femme libre qui dĂ©range ?

VoilĂ  enfin une biographie romancĂ©e qui explique ! Peut-ĂȘtre est-ce par moments un peu trop dense dans les faits, noms, Ă©vĂšnements, au risque de noyer ses lecteurs, mais quand on sait que l’auteur a vĂ©cu avec madame S pendant tant d’annĂ©es, on comprend mieux cette profusion d’informations. C’est une intĂ©ressante incursion dans le milieu politique et un regard Ă©clairĂ© sur la condition des femmes de cette premiĂšre moitiĂ© du XXe.

Vous aimez les femmes au parcours singulier qui ont osĂ© aller contre leur Ă©poque ? Lisez Ă©galement Femme qui court, de GĂ©rard de Cortanze Ă  propos de Violette Morris, ou encore Lady Mary, de Danielle Digne, sur cette femme Ă©tonnante qu’était Mary Wortley Montagu.

La dĂ©marche de Sylvie Lausberg pour Ă©crire  Madame S me fait penser Ă  celle de Philippe Jaenada. Lui aussi, grĂące Ă  ses recherches, bouleverse nos horribles certitudes Ă  propos de faits-divers jugĂ©s dans le passĂ©. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous conseille La Serpe, ou un autre de ses romans.

Catalogue Ă©diteur : Slatkine et Compagnie

L’anecdote est cĂ©lĂšbre : alors que le prĂ©sident FĂ©lix Faure agonise, sa « connaissance » s’est sauvĂ©e par l’escalier de service. Cette mort en Ă©pectase va changer le cours de l’affaire Dreyfus et bouleverser le destin de celle que l’on surnomme depuis la « pompe funĂšbre »â€Š IntriguĂ©e par cette « putain de la RĂ©publique », une journaliste recluse dĂ©cide d’enquĂȘter.

Sylvie Lausberg livre un passionnant thriller historique sur les traces volontairement effacĂ©es de Marguerite Japy-Steinheil, personnalitĂ© troublante dont le traitement politique et mĂ©diatique dit long sur les secrets d’un État français toujours aux prises avec les mĂȘmes dĂ©mons : antisĂ©mitisme, antifĂ©minisme, petits arrangements entre amis et journaux avides de scandales.

Parution 24 octobre 2019 / 240 pages / Prix : 20 € / ISBN : 978-2-88944-087-0

L’ñge d’or de la peinture anglaise, MusĂ©e du Luxembourg

De Reynolds et Gainsborough Ă  Turner, l’Ăąge d’or de la peinture anglaise Ă  travers les chefs-d’Ɠuvre de la Tate Britain,  de la fin du XVIIIe au dĂ©but du XIXe siĂšcle

Mrs Robert Trotter

On y trouve portraits, peintures d’histoire ou animaliĂšres, paysages et aquarelles. Des Ɠuvres assez Ă©tonnantes par leur construction, leurs couleurs, et leur taille. Dans les premiĂšres salles, les portraits sont si gigantesques qu’ils semblent Ă  l’étroit dans l’espace du musĂ©e. Par la suite, quelques paysages ont au contraire des tailles bien modestes, quand on connait par exemple l’Ɠuvre de Turner.

Vers 1760, puis tout au long du rĂšgne de George III, soit jusqu’en 1820 environ, la sociĂ©tĂ© anglaise se transforme et avec elle l’art et la culture connaissent une mutation importante. Sans pour autant renier les grands maĂźtres prĂ©cĂ©dents, les peintres anglais s’essaient Ă  de nouveaux styles, de nouvelles techniques, renouvelant le genre du portrait, les rendant plus sensibles et mĂȘme expressifs, ou celui du paysage et de la peinture d’histoire.

Jusqu’au moment de la rĂ©volution française, on assiste au dĂ©veloppement du paysage comme un genre en soi. Le goĂ»t en est sans doute favorisĂ© par les Ă©changes que font les artistes avec l’étranger, notamment lors de leur Grand Tour au cours desquels les peintres se familiarisent avec les Ɠuvres italiennes en particulier. AprĂšs la rĂ©volution, les voyages Ă©tant plus compliquĂ©s, ils se tournent vers leurs propres paysages et mettent en valeur la campagne anglaise.

Et l’on peut voir au hasard des salles :

Ce portrait portrait oĂč le personnage ne regarde pas devant lui, une construction assez surprenante et trĂšs belle.

Mrs Robert Trotter par George Romney. On sait que le peintre pouvait réaliser un portrait avec seulement quelques séances de pose. Ce portrait est novateur car seul le personnage est travaillé alors que le fond est à peine esquissé, presque flou. Contrairement à un portrait plus classique, avec un arriÚre-plan trÚs fouillé.

À la façon de…

Francis Cotes, Paul Sandby, l’artiste fait le portrait d’un peintre spĂ©cialiste du pastel en le reprĂ©sentant Ă  sa fenĂȘtre, ses crayons de pastel Ă  la main.
J’ai apprĂ©ciĂ© dans ce tableau de George Stubbs Un Hunter gris avec un palefrenier et un lĂ©vrier Ă  Creswell Crags le regard que l’on devine entre le chien et le cheval.

L’empire colonial


Mais il ne faut pas oublier la grande pĂ©riode de l’empire colonial Anglais, en particulier en Inde, que l’on retrouve notamment dans des paysages ou des portraits de famille. Ici un dĂ©tail, une jeune fille et sa jeune servante indienne.
Ou encore, le peintre, dĂ©couragĂ© car ne recevant plus aucune commande, sombre dans l’alcool, puis se suicide. Ici il pose devant sa toile blanche…

Ce n’est pas forcĂ©ment une exposition inoubliable, mais de belles choses Ă  voir.

Que voir : L’Ăąge d’or de la peinture anglaise, de Reynolds Ă  Turner
OĂč : MusĂ©e du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard 75006 Paris
Quand : jusqu’au 16 fĂ©vrier 2020, tous les jours de 10h30 Ă  19h, nocturne jusqu’Ă  22h le lundi

Le corps d’aprĂšs, Virginie Noar

Le corps d’aprùs, de Virginie Noar, c’est ce corps qui vient aprùs l’adolescence, aprùs l’amour, aprùs l’enfant, celui qui pousse dans le corps des filles et le transforme en corps de mùre


La narratrice est une jeune femme Ă  l’enfance compliquĂ©e. L’amour, le dĂ©sir, la violence et les errances ont peuplĂ© son adolescence. Aujourd’hui, l’idĂ©e de ce qui deviendra un enfant Ă©merge avec le premier test de grossesse, premiĂšres Ă©motions partagĂ©es avec le futur pĂšre
 Mais ce qui importe n’est-il pas de savoir comment ĂȘtre mĂšre, le devient-on, est-ce automatique, cet instinct maternel dont tout le monde nous bassine les oreilles, existe-t-il ?  Et comment se dĂ©roule cette pĂ©riode hors du temps, d’un corps qui se transforme pour en abriter un autre, Ă©tranger et tellement proche.

Viennent alors les incertitudes, les angoisses, les questionnements, et si je ne savais pas, et comment va se transformer ce corps qui ne m’appartient presque plus. En parallùle, et en italique dans le roman, les souvenirs d’enfance, une enfance pas si facile ni si gaie que cela, à rechercher l’amour d’une mùre.

Etonnant, violent, contestataire, Le corps d’aprĂšs est un livre combat. Ce combat pour se rĂ©approprier son corps, celui en mutation, qui en invente un autre, qui se dĂ©double, mais qui pendant des mois va appartenir aux obstĂ©triciens qui l’auscultent, l’observent, le fouillent, le violentent contre ou malgrĂ© la volontĂ© des femmes. Qui devra ĂȘtre conforme aux attentes d’une sociĂ©tĂ© moralisatrice et contraignante, parsemĂ©e d’interdits et d’obligations, et du cĂŽtĂ© du corps mĂ©dical, de dictats et d’examens forcĂ©s, non expliquĂ©s, non acceptĂ©s mais fait comme si le consentement mĂ©dical n’avait pas Ă  ĂȘtre demandĂ©.

Car comment lutter si l’on ne sait pas, si l’on n’ose pas, par mĂ©connaissance souvent, par peur, par crainte de mal faire. La femme tente de protĂ©ger coĂ»te que coĂ»te cette intĂ©gritĂ© qu’on lui refuse parfois, par habitude, lassitude, parce qu’on est le sachant. Face Ă  ces violences gynĂ©cologiques qui semblent d’un autre temps, mais qui sont bien contemporaines, la narratrice ose dire non.  Puis vient le temps de l’accouchement, ce plus beau jour de sa vie, qui se fait dans la douleur, l’incertitude, le silence et le mĂ©pris de ces sachant qui une fois encore n’expliquent pas, ne rassurent pas


Donner la vie, une violence inconnue, inavouable, un bonheur aussi, celui de crĂ©er cet autre qui sort de soi
 que l’on dĂ©couvre peu Ă  peu, auquel on doit s’attacher, mais aussi se dĂ©tacher pour le laisser ĂȘtre lui.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premiĂšres fois

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions François Bourin

C’est le dĂ©but. L’absence de sensations. Les inquiĂ©tudes irrationnelles. La peur que, soudain, tout s’arrĂȘte. Alors, stupĂ©fier les joies dans le sillon des lendemains incertains. Ne pas s’amouracher d’un tubercule en formation, c’est bien trop ridicule et puis, sait-on jamais, il pourrait. Mourir. Je me sens coupable. D’un bonheur qui ne vient pas. Je me sens coupable. Des larmes insensĂ©es alors que je devrais sourire. Et puis, ce matin-lĂ , j’entends. Entre les quatre murs silencieux qui ne voient pas le dĂ©sordre alentour, j’entends. Le balbutiement de son cƓur.

Le Corps d’aprĂšs est le rĂ©cit d’un enfantement, et d’une lutte. Contre les injonctions, le bonheur factice, le conformisme. Au bout du chemin, pourtant, jaillit la vie. Celle qu’on s’inventera, pied Ă  pied, coĂ»te que coĂ»te. Pour que, peu Ă  peu, aprĂšs la naissance de l’enfant, advienne aussi une mĂšre, femme enfin rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  elle-mĂȘme.

Virginie Noar, pigiste et travailleuse sociale, a trente-cinq ans. Elle exerce dans un espace de rencontre parents-enfants. Le Corps d’aprĂšs est son premier roman. Elle rĂ©side en ArdĂšche, Ă  Joyeuse.

Date de parution : 22 aoĂ»t 2019 / Format : 13 x 20 cm / Pages : 256 / ISBN : 979-10-252-0456-6 / Prix public : 19 €

Princesse Tralala et la sorciĂšre Pas-de-Bol, La guerre des peluches

Des livres pour enfants qui éveillent leur imagination et leur font apprendre des mots nouveaux tout en favorisant leur développement

Okel n’est pas une petite fille comme les autres, dùs qu’elle le souhaite, elle embarque pour le monde merveilleux de ses compagnons, doudous, princesse, ou peluches.

Dans Princesse Tralala et la sorciĂšre Pas-de-Bol, Okel part visiter le royaume de la princesse Tralala. Lorsqu’elle arrive, la surprise est complĂšte, puisque sa poupĂ©e se transforme en une jolie princesse, lui prĂ©sente ses parents, le roi et la reine, et son domaine. VoilĂ  ensuite nos deux amies parties pour un pique-nique magique sur le dos de deux fidĂšles destriers, deux poneys ailĂ©s. Mais attention, car elles ne sont pas au bout de leurs surprises, la sorciĂšre Pas-de-Bol vient contrarier leur idyllique escapade. Comment peuvent-elles lui Ă©chapper ?

Dans La guerre des peluches, Okel part avec Artik, son nounours prĂ©fĂ©rĂ©. Mais arrivĂ©s dans son royaume, la guerre est dĂ©clarĂ©e par une peluche extraterrestre qui veut anĂ©antir licornes et nounours
 qui aura le dernier mot ? Et comment cette gentille petite fille peut-elle venir en aide Ă  son nounours prĂ©fĂ©rĂ© ?

S’envoler Ă  tout instant dans le monde magique des jouets, qui n’en a pas rĂȘvĂ© ? Okel l’a fait, et cela va donner des ailes et de l’imagination aux enfants. Car on le voit ici, le jeu et l’imagination sont des Ă©lĂ©ments essentiels de leur dĂ©veloppement. Avantage non nĂ©gligeable de ces jolis volumes, le langage et les mots nouveaux dont ils vont pouvoir enrichir leur vocabulaire. Et profiter de gentils jeux de mots, Ă  leur expliquer sans doute, mais non dĂ©nuĂ©s d’humour !

Le graphisme moderne, pĂ©tillant et rĂ©solument colorĂ© rend cette lecture agrĂ©able. A lire aux petits, Ă  faire dĂ©chiffrer par les plus grands. Il faut Ă©galement le souligner, la collection Les mondes magiques d’Okel, ce sont des livres Ă©ditĂ©s et fabriquĂ©s en France.

Catalogue Ă©diteur : Les rĂȘves d’Ily

Les mondes magiques d’Okel : Okel est une petite fille qui vit des aventures extraordinaires en voyageant dans les univers magiques et fĂ©eriques de ses jouets. Il s’agit Ă©videmment d’une allĂ©gorie retranscrivant la place qu’occupe le jeu dans la vie de l’enfant.

Auteure : Fatiha MESSALI
Illustratrice : Johanna CRAINMARK

Tome 1 – princesse Tralala et la sorciĂšre pas-de-bol
Lorsqu’elle se rend dans le royaume de la princesse Tralala en passant par le vortex magique, Okel ne s’attendait certainement pas Ă  vivre une aventure pleine de rebondissements. Dans le monde de la princesse Tralala, la magie rĂšgne en maĂźtre et il n’est pas rare de croiser une sorciĂšre au dĂ©tour d’un chemin mais une sorciĂšre comme la pauvre Pas-de-Bol, on n’en rencontre pas tous les jours !

ISBN : 978-2-491012-01-4 / 36 pages / Prix Public : 9,90 € TTC

Tome 3 – la guerre des peluches
Quand elle s’engouffre dans le vortex magique pour le monde des peluches, Okel n’imaginait pas s’engager dans une aventure qui la conduirait Ă  sauver le monde des peluches des griffes de l’extraterrestre Frisbi. Elle aura pour mission de rechercher le seul magicien capable de rivaliser avec les pouvoirs de Frisbi. 

ISBN : 978-2-491012-02-1 / 36 pages / Prix Public : 9,90 € TTC

Tout quitter, AnaĂŻs Vanel

Et si Tout quitter Ă©tait la solution pour vivre pleinement et sereinement sa vie rĂȘvĂ©e ? Un roman qui nous entraine au grĂ© des vagues et des performances des surfeurs de la cĂŽte Basque 

Rejoindre le sud, c’est mieux que d’ĂȘtre Ă  l’ouest et de ne plus supporter la ville. Tout quitter pour revivre, loin des autres, du passĂ©, avec seulement quelques valises, et mettre toute une vie dans le coffre d’un Berlingo, ça ne pĂšse pas bien lourd
 et si c’était la condition pour mieux avancer ?

A la façon du surfeur qui Ă©tudie sa vague et la courbe qu’il doit prendre pour sortir des flots, la narratrice a tout quittĂ© pour mieux s’élancer. C’est donc vers La Sud, une plage qu’elle connait dĂ©jĂ , qu’elle est partie pour fuir son quotidien, pour se retrouver, se ressourcer, et au grĂšs des vagues, sur sa planche de surf, rĂ©apprendre sa vie. Bon, bien sĂ»r, c’est quand mĂȘme dans sa maison du sud qu’elle va fuir la capitale, l’inconnu total n’est pas au bout du chemin ! Mais qu’importe, le pas est franchi, la vague est passĂ©e, sa vie va changer.

VoilĂ  un court roman qui interroge sur nos options de vies, celles que l’on prend ou pas, que l’on regrette parfois de ne pas avoir saisies au bon moment, et qui nous rendent plus forts quand on arrive Ă  les rĂ©aliser. J’ai aimĂ© cette construction en touches fines dĂ©posĂ©es sur la page comme autant d’instants de vie qui permettent d’avancer, et qui sont chacune empreintes d’une certaine poĂ©sie. Dans de courts paragraphes, les saisons et les jours dĂ©filent, ceux de l’enfance et du passĂ©, ceux du nouveau monde que l’on se construit, de l’oubli qui rĂ©gĂ©nĂšre, de ces murailles d’eau que l’on bĂątit pour mieux se protĂ©ger. Quitter la folie de la ville, le rythme dĂ©ment des transports, le stress du bureau, mĂȘme lorsqu’on a la chance d’exercer un mĂ©tier que l’on aime,  et si c’était la solution pour aller de l’avant sereinement, sans se perdre  en route ?

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

« Un jour, j’ai achetĂ© un Berlingo. J’ai mis quelques cartons dans le coffre et je suis partie. J’ai pris la route comme ça. AprĂšs ma journĂ©e de boulot, comme on part en week-end. J’ai avalĂ© les kilomĂštres, en Ă©coutant King of the Road, de Roger Miller. Et enfin. Les pins. Les dunes. Les embruns. L’appartement. J’ai Ă©ventrĂ© les cartons. TrouvĂ© mon maillot de bain. Et je suis allĂ©e me jeter dans les vagues. »

Au rythme des saisons et des vagues de la Sud, la grande plage prĂšs de laquelle elle vient de s’installer, AnaĂŻs retrouve les souvenirs qui habitent en elle. Devant l’étonnante simplicitĂ© des choses, tout quitter signifie la rĂ©conciliation avec soi.

Paru le 25/09/2019 / 192 pages – 135 x 210 mm / Prix : 18,00€ / ISBN : 9782081478497

Nous nous sommes tant aimĂ©s, Mona Azzam

couverture du roman nous nous sommes tant aimés de Mona Azzam, photo Domi C Lire

OcĂ©ane dĂ©barque Ă  Paris le 10 mai 81. Dans la ville en liesse elle ne trouve rien de moins que le cafĂ© de Flore pour dĂ©couvrir la jeunesse et la vie trĂ©pidante de cette ville qui ne dort jamais. Comme tant d’artistes, Ă©crivains, philosophes l’ont fait avant elle, OcĂ©ane se laisse prendre par la magie des lieux. EmbarquĂ©e par un groupe de jeunes gens qui refont le monde et cĂ©lĂšbrent la victoire, elle rencontre Emmanuel. Prise dans l’insouciance et la frĂ©nĂ©sie de bonheur qui l’entourent, c’est le coup de foudre. Il ne durera qu’un instant, un jour, une nuit, une vie


Court roman qui dit l’amour, Ă©ternel, celui qui n’a jamais connu les tous les jours, la lassitude, l’ennui, les traces de dentifrice et tous ces petits tracas qui empoisonnent le couple et le dĂ©sintĂšgre Ă  petit feu. Qui dit la fulgurance de l’instant parfait, jamais renouvelĂ©, Ă©ternel souvenir du bonheur un jour atteint.

Au fil des annĂ©es, des saisons, des rencontres manquĂ©es, Mona Azzam dĂ©roule les amours d’OcĂ©ane et Emmanuel. Les mots sont ciselĂ©s, les sentiments travaillĂ©s au pinceau comme le ferait l’artiste qui effleure, qui esquisse, qui dĂ©voile sans vraiment dire. L’auteur nous permet de faire une incursion dans le Paris du grand soir de l’élection de François Mitterrand, une plongĂ©e en apnĂ©e dans l’euphorie qui a suivi et au creux des rĂȘves qui ont portĂ© la jeunesse d’alors, mais aussi dans le quartier de Saint Germain des PrĂšs avec ses auteurs, ses artistes, ses figures inoubliables de la littĂ©rature et de la culture française. Un roman pour se souvenir, et pour passer un agrĂ©able moment de lecture.

Catalogue Ă©diteur : La Trace

« On ne sort pas comme l’on entre, au Flore (…)
Ce 10 mai 1981 a pris les allures d’un jour de bonheur, parti pour durer Ă©ternellement.
Je me refuse, en cet instant prĂ©cis, Ă  penser au futur, Ă  toutes ces annĂ©es Ă  venir et, m’emparant de ma Ă©niĂšme coupe de champagne, j’y trempe les lĂšvres, formulant ainsi, en silence, une promesse, celle de ne jamais oublier ce jour… »

ISBN 979-10-97515-16-4 / Prix 18,00€ / 90 pages / Parution : octobre 2019

Francis Rissin, Martin Mongin

C’est le roman le plus improbable et le plus ambitieux de cette rentrĂ©e littĂ©raire. Si vous embarquez avec Francis Rissin, vous n’ĂȘtes pas sĂ»r de comprendre oĂč vous allez, mais vous ne pourrez plus le lĂącher !

Dans ce roman, tout Ă©tonne, et d’abord sa structure. En onze parties construites de façon fort diffĂ©rentes, tantĂŽt un cours magistral d’universitĂ©, tantĂŽt une enquĂȘte de police, un rapport administratif, les dĂ©lires d’un fan absolu ou encore les Ă©crits des apĂŽtres, tout y passe dans cette dystopie totalement dĂ©calĂ©e. Y compris les mots et les dĂ©lires du journal intime de Francis Rissin lui-mĂȘme, excusez du peu. Mais en fait, qui est-il ? Qui le connait ? Qui a compris ses desseins ? C’est l’alerte gĂ©nĂ©rale dans tout le pays, qui est Francis Rissin ?

De son existence supposĂ©e Ă  son existence avĂ©rĂ©e. Des affiches fleurissent sur tous les murs en France et le plus fin limier suit ses traces de village en village. Mais Francis Rissin sillonne le pays et nul ne peut le suivre, le devancer ou mĂȘme l’arrĂȘter. Capable de soulever les foules par son seul charisme, ce nouveau messie des temps modernes est aussi totalement incompris du pouvoir en place. Pourtant tous ceux qui l’ont connu l’apprĂ©cient, et tels des apĂŽtres, ils Ă©crivent les Ă©vangiles de Francis Rissin.

Car oui, en vĂ©ritĂ©, je vous le dis, dĂšs sa jeunesse il savait qu’il lĂšverait une armĂ©e pour sauver la France… Tient, ça vous rappelle quelqu’un ?  

Stupeur, colĂšre et inquiĂ©tude, voilĂ  les sentiments qui dominent dans tout le pays
 Comment peut-il ĂȘtre prĂ©sent Ă  diffĂ©rents endroits Ă  la fois Ă©loignĂ©s gĂ©ographiquement et trĂšs proches dans le temps. Le mystĂšre s’épaissit. Et si c’était Rissin versus Rissin ? Sont-ils nombreux ? Est-il un ? Est-il multiple ? En vĂ©ritĂ©, une fois encore, sachez-le, Francis est lĂ©gion !

Je ne vous en dis pas plus, j’en ai d’ailleurs dĂ©jĂ  trop dit, car parler de ce roman tellement diffĂ©rent de tout ce qu’on lit habituellement n’est pas aisĂ©. Alors si vous aimez les paris impossibles, si quelques six cent pages ne vous rebutent pas pour tenter de percer Ă  votre tour ce mystĂšre, soyez curieux, immergez-vous, acceptez le challenge, et partez Ă  la dĂ©couverte de Francis Rissin. Puis venez me dire ce que vous en aurez pensé ! Attention, il me semble cependant que ce roman est avant tout Ă  conseiller aux lecteurs passionnĂ©s, tant il est dense, dĂ©routant et singulier.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premiĂšres fois

Catalogue Ă©diteur : Tusitala

De mystĂ©rieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornĂ©es d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivĂ©es lĂ  ? La presse s’interroge, la police enquĂȘte, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprĂȘtait Ă  prendre le pouvoir, et Ă  devenir le PrĂ©sident qui sauvera la France ?

Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composĂ© de onze rĂ©cits enlevĂ©s, onze voix qui lorgnent tour Ă  tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquĂȘte paranoĂŻaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maĂźtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piĂšge qui se referme sur le lecteur, au cƓur de cette zone floue oĂč rĂ©alitĂ© et fiction s’entremĂȘlent.
Autant marquĂ© par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensĂ©e de La BoĂ©tie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondĂ©ment politique.

Martin Mongin est nĂ© en 1979. Il est professeur de philosophie, et passionnĂ© de politique. Il a signĂ© plusieurs articles et publiĂ© divers essais politiques sous des noms d’emprunt, notamment aux Ă©ditions Pontcerq.
En parallĂšle, il a toujours Ă©crit de la fiction, imprimant ses ouvrages Ă  quelques dizaines d’exemplaires pour ses proches. Francis Rissin est son premier roman, qu’il a envoyĂ© par la poste Ă  Tusitala Ă  la fin de l’annĂ©e 2018.

616 pages / 22 euros / ISBN : 979-10-92159-17-2 / Parution : 21 août 2019