Furie, Grazyna Plebanek

Puissant comme les poings serrés de Mohamed Ali, violent comme le racisme, émouvant comme la vie de la jeune Alia, rythmé comme la voix de Furie, un roman qui marque ses lecteurs

Le Belgique et le Congo, c’est une histoire d’amour et de haine, une histoire de colonies qui va du Congo Belge au Congo d’aujourd’hui. Quand la famille d’Alia arrive Ă  Bruxelles dans les annĂ©es 80, c’est dans les bagages de Bastien qui quitte Kinshasa pour rentrer chez lui.

Dans cette famille il y a Eddy, le pĂšre qui est chauffeur de maitre, ou de maitresses, c’est selon. Eddy le conteur, le griot, qui aime la palabre et le contact avec ceux qui l’écoutent, mais qui s’étiole en Belgique. Jusqu’au jour oĂč il rentre Ă  Kinshasa pour quelques jours, et oublie de revenir, laissant sur la touche femme et enfants, y compris Riva, ce petit dernier qui s’annonce alors qu’il vient de les quitter.

Il y aussi Fourmi, collĂ©e devant l’écran de tĂ©lĂ©vision Ă  regarder chaque jour des sĂ©ries. C’est Alia qui a la charge de l’éducation de son frĂšre Joe. Il faut dire que lĂ -bas, c’est Fourmi qui devait s’occuper de tous les enfants que son pĂšre a eu avec ses autres Ă©pouses, alors elle en a soupĂ© et ne veut plus travailler.

Il y a Alia, la forte, la fille de son pĂšre, prĂ©nommĂ©e d’aprĂšs Mohamed Ali, son idole, et qu’il va initier Ă  la boxe, avec ce sac suspendu dans l’entrĂ©e et sur lequel elle frappe, frappe encore. Comme une violence contenue qui doit exploser, comme un appel au secours peut-ĂȘtre, face au racisme, Ă  la difficultĂ© d’ĂȘtre noire dans un pays de blancs, d’ĂȘtre fille aussi dans une citĂ© difficile. Elle a des rĂȘves Alia, que ses frĂšres rĂ©ussissent, que sa mĂšre travaille, faire de la boxe, et surtout rentrer dans la police. Elle a du courage aussi, de la pugnacitĂ© et de la suite dans les idĂ©es. Alors malgrĂ© la violence, le racisme ambiant, elle devient celle quelle rĂȘvait d’ĂȘtre, policiĂšre dans un monde d’hommes, violent, raciste, dĂ©lĂ©tĂšre.

Prenant prĂ©texte de nous conter Alia et ses rĂȘves, Grazyna Plebanek explore l’histoire rĂ©cente de la Belgique. Elle insĂšre ses personnages dans la rĂ©alitĂ© de ces annĂ©es-lĂ , celles des tristement cĂ©lĂšbres Tueurs du Brabant, de cette pĂ©riode incroyable d’un pays sans gouvernement, on se souvient des conflits sans fin entre les deux communautĂ©s linguistiques que sont les Flamands et les Wallons. C’est puissant et violent, un Ă©tonnant roman qui dĂ©range et dont on se souvient longtemps il me semble.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Éditions Emmanuelle Collas

Congolaise originaire de Kinshasa, Alia a cinq ans quand elle arrive Ă  Bruxelles. C’est un nouveau monde, hostile, que dĂ©couvre la petite fille. Son pĂšre, un fan de Mohamed Ali, l’initie Ă  la boxe, qui devient pour elle le moyen de rĂ©primer sa colĂšre.
Devenue adulte, elle entre dans la police. Mais c’est un milieu machiste, et oĂč une majoritĂ© de ses collĂšgues sont atteints par un racisme viscĂ©ral. Car s’ils acceptent la jeune femme comme l’une des leurs, ils veulent Ă©liminer les migrants, qu’ils torturent grĂące Ă  une milice de policiers qui ne sont pas d’origine belge. DĂ©barrasser le pays des Ă©trangers grĂące aux Ă©trangers, tel est le but de cette organisation. Et Alia en fait partie.
Pour s’imposer dans ce jeu de pouvoir, elle va commettre l’irrĂ©parable.

Avec Furie, l’écrivaine Grayna Plebanek nous offre un livre puissant et un inoubliable portrait de femme.

Un roman Ă©crit avec maĂźtrise par l’une des nouvelles voix les plus originales des lettres polonaises. Alain Mabanckou.

Grayna Plebanek est Ă©crivaine, feuilletoniste et boxeuse. NĂ©e en Pologne, elle est diplĂŽmĂ©e en philologie polonaise et anthropologie culturelle. Elle est l’auteure de plusieurs bestsellers en Pologne, traduits en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Furie est son premier roman traduit en français. Elle vit Ă  Bruxelles depuis 2005. 

Traduit du polonais par CĂ©cile Bocianowski.

432 pages / Parution : 29/01/2020 / EAN : 9782253934417 / Prix : 8,20€

Antonia : Journal 1965-1966, Gabriella ZalapĂŹ

Entre ombre et lumiĂšre, un voyage dans l’intimitĂ© d’une femme qui se dĂ©voile et s’émancipe sous nos yeux

Dans les annĂ©es 60, la femme est d’abord femme au foyer, Ă©pouse docile et mĂšre accomplie. Dans ce rĂŽle Ă©crit d’avance, Antonia s’ennuie, Antonia s’étiole, mais elle en parle avec dĂ©licatesse et sagesse. Si son mari la cantonne exclusivement Ă  ces rĂŽles, la nurse lui vole sa fonction de mĂšre en lui interdisant une approche trop intime avec son fils Arturo. Et un sentiment diffus se dĂ©veloppe, comme si son propre fils lui Ă©tait Ă©tranger, la poussant Ă  s’interroger sur son rĂŽle de mĂšre.

Peu Ă  peu, elle s’évade de ce quotidien. Un jour elle exhume du paquet qu’elle a reçu Ă  la mort de sa grand-mĂšre les lettres et albums photos de sa famille et de son passĂ©. Elle va alors s’y pencher et Ă  partir de lĂ , tenter de se retrouver, de comprendre oĂč elle en est.

Pendant deux ans, de 1965 Ă  1966, elle confie ses dĂ©couvertes, mais aussi son mal-ĂȘtre Ă  son journal intime. Elle y relate ses journĂ©es et ses trouvailles, ses sentiments et ses rĂȘves. Celle qui sort des annĂ©es de guerre qu’on connues ses parents n’est pas encore tout Ă  fait la femme contestataire des annĂ©es 68. C’est dans cet entre-deux qu’elle laisse entrevoir un embryon de rĂ©volte face Ă  la morositĂ© et Ă  cette place qui lui est assignĂ©e dans une vie toute tracĂ©e qui l’assomme au plus haut point.

Entre ombre et lumiĂšre, sa vie s’écoule, lente et morose. Comme dans ces vieilles photos qu’elle exhume des albums de famille oubliĂ©s, elle s’expose, triste et fascinante, rĂ©voltĂ© et soumise. Et avec Antonia, le lecteur fait ce voyage dans le temps, dans l’intimitĂ© de la famille, dans le quotidien monotone de cette femme qui se dĂ©voile et finalement s’émancipe sous nos yeux.

C’est joliment Ă©crit et fort agrĂ©ablement illustrĂ© de vieilles photos qui donnent vie Ă  ce journal d’une femme Ă©mouvante et sincĂšre.

Roman lu dans le cadre des 68 premiĂšres fois, session anniversaire 2020

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions ZoĂ©

Antonia est mariĂ©e sans amour Ă  un bourgeois de Palerme, elle Ă©touffe. Ă€ la mort de sa grand-mĂšre, elle reçoit des boĂźtes de documents, lettres et photographies, traces d’un passĂ© au cosmopolitisme vertigineux. Deux ans durant, elle reconstruit le puzzle familial, d’un cĂŽtĂ© un grand-pĂšre juif qui a dĂ» quitter Vienne, de l’autre une dynastie anglaise en Sicile. Dans son journal, Antonia rend compte de son enquĂȘte, mais aussi de son quotidien, ses journĂ©es-lignes. En retraçant les liens qui l’unissent Ă  sa famille et en remontant dans ses souvenirs d’enfance, Antonia trouvera la force nĂ©cessaire pour rĂ©agir.

Roman sans appel d’une Ă©mancipation fĂ©minine dans les annĂ©es 1960, Antonia est rythmĂ© de photographies qui amplifient la puissante capacitĂ© d’évocation du texte.

Anglaise, italienne et suisse, Gabriella Zalapi a vĂ©cu Ă  Palerme GenĂšve, New York, habite aujourd’hui Paris. Ses longs sĂ©jours Ă  Cuba et en Inde ont Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©terminants pour donner corps Ă  l’une de ses prĂ©occupations essentielles : comment une identitĂ© se construit ? Artiste plasticienne formĂ©e Ă  la Haute Ă©cole d’art et de design Ă  GenĂšve, Gabriella ZalapĂŹ puise son matĂ©riau dans sa propre histoire familiale. Elle reprend photographies, archives, souvenirs pour les agencer dans un jeu troublant entre histoire et fiction. Cette rĂ©appropriation du passĂ©, qui s’incarnait jusqu’ici dans des dessins et des peintures, Gabriella la transpose cette fois Ă  l’écrit et livre son premier roman, Antonia, sensible et saisissant.

Paru en janvier 2019 / ISBN 978-2-88927-619-6 / 112 pages / 140×210 mm

Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason

Patrouiller la nuit dans les rues de Reykjavik, à la rencontre d’Erlendur, ou l’art du thriller par Indridason

Il y a les romans d’Indridason, avec son hĂ©ros rĂ©curent Erlendur, et il y a un jour celui qui aurait pu ĂȘtre le tout premier de la sĂ©rie. Ce roman, qui nous prĂ©sente les dĂ©buts de celui qui de viendra un flic bourru, taciturne et pugnace, intuitif et mutique. Il n’est pas forcĂ©ment trĂšs douĂ© en interrogatoires mais il rĂ©ussit si bien Ă  dĂ©lier le fil de enquĂȘtes auxquelles il s’attaque avec toujours la mĂȘme envie de rĂ©ussir.

En 1974, alors que le pays s’apprĂȘte Ă  cĂ©lĂ©brer les 1 100 ans de la colonisation de cette Ăźle qui deviendra l’Islande, Erlendur rentre dans la police de Rekjavik. Il est affectĂ© aux patrouilles de nuit qui contrĂŽlent la faune interlope qui hante les bas-fonds de la ville. Accident, Ă©chauffourĂ©es entre clochards, suicides, et intervention suite Ă  des violences faites aux femmes, la vie la nuit est un monde Ă  part. Alors qu’il est appelĂ© suite Ă  la noyade d’un clochard, Erlendur reconnait cet homme qu’il avait croisĂ© Ă  plusieurs reprises. L’enquĂȘte tourne court, qui irait se soucier d’un marginal, parasite rejetĂ© par la sociĂ©tĂ©. Mais Erlendur est un intuitif et cette mort l’intrigue. Il va rencontrer la famille d’Hannibal le clochard, et chercher Ă  comprendre, mĂȘme si cela n’entre pas dans ses attributions. Il faut dire que cette disparition et celle d’une femme disparue Ă  peu prĂšs en mĂȘme temps qu’Hannibal, ravive chez lui le souvenir de son frĂšre disparu.

Tout au long du rĂ©cit, on retrouve l’étrange caractĂšre de ce flic un personnage atypique, son passĂ©, la disparition de son frĂšre, sa difficile relation avec celle qui deviendra la mĂšre de sa fille (enfin on l’imagine), et ce caractĂšre solitaire et taiseux. Ce roman est aussi prĂ©texte Ă  nous faire dĂ©couvrir les nuits sombres de la capitale islandaise avec l’analyse d’une sociĂ©tĂ© qui n’est pas des plus rĂ©jouissantes. Marginaux qui dans le froid les doivent trouver coĂ»te que coĂ»te un abri pour rester en vie et se rĂ©chauffent Ă  l’alcool Ă  70°, prostitution, violences conjugales, aussi rĂ©elles lĂ  qu’ailleurs, et pas forcĂ©ment lĂ  oĂč on les attend le plus car elles touchent toutes les strates de la sociĂ©tĂ©. Enfin, et lĂ  c’est plus lĂ©ger, la passion du collĂšgue d’Erlendur pour ce qui devrait rĂ©volutionner la cuisine traditionnelle, l’apparition des premiers fast-foods et des pizzas sur cette ile proche du pole.

Si j’ai parfois trouvĂ© quelques longueurs, l’écoute de ce roman en version audio a cependant Ă©tĂ© vraiment trĂšs agrĂ©able. L’avantage c’est aussi que pour la premiĂšre fois j’ai entendu ces noms imprononçables dont je me rends compte qu’à aucun moment dans mes nombreuses autres lectures de cet auteur je ne les avais prononcĂ©s, mĂȘme pas en silence ! LĂ  tout d’un coup, les noms des collĂšgues, des suspects, des rues ou des villes, tout y est et prend vie autrement grĂące Ă  la voix de Jean-Marc Delhausse.

Catalogue Ă©diteur : Audiolib pour la version audio, MĂ©tailiĂ©

La premiùre affaire d’Erlendur.
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitĂ©es : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques
 Des gamins trouvent en jouant dans un fossĂ© le cadavre d’un clochard qu’il croisait rĂ©guliĂšrement dans ses rondes. On conclut Ă  l’accident et l’affaire est classĂ©e. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraĂźne toujours plus loin dans les bas-fonds Ă©tranges et sombres de la ville. On dĂ©couvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination Ă  connaĂźtre la vĂ©ritĂ©, sa discrĂ©tion tenace pour rĂ©sister aux pressions contre vents et marĂ©es, tout ce qui va sĂ©duire le commissaire Marion Briem.

Un livre audio lu par Jean-Marc Delhausse  Traduit par Eric Boury

Date de parution : 13 Mai 2015 / DurĂ©e : 8h17 / Prix public conseillĂ© : 22.50 € / Livre audio 1CD MP3 / EAN Physique : 9782356419491

L’aimant, Lucas Harari

L’aimant, un voyage Ă©trange et fantastique dans les thermes de Vals

Lorsqu’il arrive Ă  Vals, en Suisse, Pierre, se plonge dans l’atmosphĂšre Ă©trange des thermes. Cet ancien Ă©tudiant en architecture est depuis toujours passionnĂ© par le travail du cĂ©lĂšbre architecte suisse Peter Zumthor. Devenu aujourd’hui garçon de cafĂ©, il a souhaitĂ© se rendre sur place pour mieux comprendre le travail du gĂ©nial architecte.

Dans ce village des Grisons posĂ© Ă  flanc de montagne, dans un dĂ©cor qui surplombe riviĂšre et gorges, l’eau de la source jailli pour alimenter les thermes, au creux d’une roche quartzite trĂšs caractĂ©ristique. Ce quartz sombre que l’on retrouve ici dans les vignettes reprĂ©sentant les thermes, avec leur aspect aussi minĂ©ral que fĂ©Ă©rique, comme un temple secret dĂ©diĂ© Ă  la nature, Ă  la roche, Ă  l’eau. Le tout en impressions de gris, noir, bleu foncĂ© qui donnent un air magique et surrĂ©aliste au dĂ©cor.

Si le cadre est de prime abord inspirant et ressourçant, il devient rapidement fantastique et inquiĂ©tant. La lumiĂšre naturelle change selon l’heure du jour, et dans cette ambiance surnaturelle tout Ă  fait unique, Pierre va tenter d’en percer le secret, dessinant inlassablement sur ses carnets les murs et le dĂ©dale des thermes.

Dans ce cadre magique, oĂč les pierres ont des propriĂ©tĂ©s mystiques en harmonie avec la montagne si proche, les portes s’ouvrent et se referment, les lumiĂšres se rĂ©flĂ©chissent dans l’eau et les vapeurs. Le lecteur imagine mĂȘme les eaux en bouillonnement, celles qui enveloppent de buĂ©e les visiteurs des thermes, et cachent le secret de la montagne, Ă  la fois si proche et si mystĂ©rieuse.
Alors le charme opĂšre, malgrĂ© les couleurs tranchĂ©es, sombres, malgrĂ© cette ligne claire poussĂ©e Ă  l’extrĂȘme il me semble. On se laisse porter dans les pas de Pierre, immergĂ©s dans cet environnement minĂ©ral et hostile, pour tenter de percer le secret des pierres, ce secret que nul ne peut avouer de peur de passer pour un fou.

A noter, le trĂšs beau travail d’illustration de Lucas Harari, sur un papier de qualitĂ© et dans un beau format, aux couleurs tranchĂ©es dans des tonalitĂ©s de rouge, bleu et noir, parfois aussi sombres que la pierre. Par contre si j’ai apprĂ©ciĂ© le graphisme de cette BD pour le moins singuliĂšre (et j’avoue je ne l’ai pas lĂąchĂ©e avant la fin) je n’ai pas forcĂ©ment saisi la portĂ©e du message, ou mĂȘme le message (s’il y en a un) qu’a voulu donner l’auteur
 sans doute suis-je passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© ? MalgrĂ© tout, un trĂšs beau graphisme et un sujet intĂ©ressant qui m’ont donnĂ© envie d’en savoir plus sur ce site, le bĂątiment et sur la rĂ©alitĂ© qui se cachait derriĂšre cette fascination du hĂ©ros pour l’architecte Peter Zumthor.

Les thermes de Vals, un bĂątiment au design contemporain construit entre 1993 et 1996 par l’architecte Peter Zumthor a Ă©tĂ© le premier de Suisse Ă  avoir Ă©tĂ© classĂ© monument historique peu de temps aprĂšs son ouverture.

Catalogue Ă©diteur : Sarbacane

Pierre, jeune Ă©tudiant parisien en architecture, entreprend un voyage en Suisse afin de visiter les thermes de Vals.
Ce magnifique bĂątiment, conçu par le cĂ©lĂšbre architecte suisse Peter Zumthor, au cƓur de la montagne, le fascine et l’obsĂšde. Cette mystĂ©rieuse attraction va se rĂ©vĂ©ler de plus en plus forte Ă  mesure que Pierre se rapproche du bĂątiment


Peter Zumthor, nĂ© Ă  BĂąle en 1943, est un architecte suisse, laurĂ©at du prix Pritzker 2009. Les bains thermaux de Vals, construits entre 1993 et 1996, l’ont rendu cĂ©lĂšbre et restent aujourd’hui l’une de ses principales rĂ©alisations.

Lucas Harari (ScĂ©nariste, Dessinateur) est nĂ© Ă  Paris en 1990, oĂč il vit toujours. AprĂšs un passage Ă©clair en architecture, il entreprend des Ă©tudes aux arts dĂ©coratifs de Paris dans la section image imprimĂ©e, dont il sort diplĂŽmĂ©Ì en 2015. SensibilisĂ© aux techniques traditionnelles de l’imprimĂ©, il commence par publier quelques petits fanzines dans son coin avant de travailler comme auteur de bande dessinĂ©e et illustrateur pour l’édition et la presse. L’Aimant est sa premiĂšre bande dessinĂ©e publiĂ©e.

Paru le 23 aoĂ»t 2017 / 152 pages / 25 × 31,7 cm / EAN: 9782848659862 / Prix : 28€

Les os des filles, Line Papin

Les os des filles, une histoire de transmission, de gĂ©nĂ©rations, une histoire de femmes et d’exil, un roman Ă©mouvant et singulier

Line nous raconte l’histoire de trois gĂ©nĂ©rations de femmes, Ba la grand-mĂšre, sa fille H. et la petite fille qui n’est autre que l’auteure elle-mĂȘme.

Vietnam, annĂ©es 60. C’est la fin de la seconde guerre d’Indochine. Dans la famille de Ba, il y a trois filles, les trois H. La deuxiĂšme sƓur, mĂšre de la narratrice, a Ă©pousĂ© un français. Dans une famille vietnamienne, tout le monde vit dans la mĂȘme maison et les enfants sont Ă©levĂ©s par l’ensemble de la famille, grands-parents, tantes, nourrice. La vie s’écoule dans le vacarme de la rue, la chaleur de la famille, l’impatience de l’enfance, les livres, l’école, les sorties, les chagrins et les dĂ©couvertes. Pourtant un jour, il faut quitter ce cocon et H part rejoindre Tours avec son mari français et ses enfants.

L’arrivĂ©e ne se fait pas sans douleur. Il faut apprendre d’autres coutumes, vivre sous d’autres latitudes, affronter un autre climat, quitter la chaleur de la tribu vietnamienne et tenter de se faire accepter par cette nouvelle famille, cette ville, ce pays, dans lequel H et ses enfants se sentent Ă©trangers. ArrachĂ©e Ă  leur cocon familial, mĂšre et fille vont devoir s’adapter, au risque de se perdre.

C’est cette difficile expĂ©rience de la vie que raconte l’auteur. L’Indochine, l’enfance heureuse, puis la dĂ©chirure du dĂ©part inexpliquĂ©, l’arrivĂ©e Ă  Tours, puis Paris, la nouvelle famille, puis la solitude, la mort, frĂŽlĂ©e, espĂ©rĂ©e, puis repoussĂ©e par l’enfant devenue une jeune fille minuscule aux os si fragiles. Enfin la difficultĂ©  trouver sa place, puis d’accepter sa vie, celle d’une Ă©trangĂšre dans son pays d’origine, d’une Ă©trangĂšre dans son pays d’adoption.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le livre de Poche

« Nous finissons tous ainsi, aprĂšs tout, et c’est doux. C’est doux parce que c’est commun. Il y aura eu bien des injustices, bien des secousses, bien des dangers ; il y aura eu des joies, des rires, des peurs, des amours, des haines, des ressentiments, des passions ; il y aura eu des accidents, des voyages, des crises, des maladies
 Nous aurons Ă©tĂ© chacun Ă  notre maniĂšre dĂ©formĂ©s par la vie. Il restera les os humains – ce que nous avons Ă©tĂ© au minimum, ce que nous avons tentĂ© d’ĂȘtre au maximum. »

C’est l’histoire de trois femmes : Ba, sa fille et sa petite-fille – l’auteure elle-mĂȘme. Une histoire qui commence dans les annĂ©es 1960, pendant la seconde guerre d’Indochine, sous les bombes d’un village vietnamien. Ces trois gĂ©nĂ©rations de femmes traverseront trois combats : celui de la guerre, celui de l’exil et celui de la maladie.

Line Papin est nĂ©e Ă  HanoĂŻ le 30 dĂ©cembre 1995. AprĂšs L’Éveil, Les os des filles est son troisiĂšme  roman. 

7,20€ / Pages : 184 / Date de parution : 02/01/2020 / EAN : 9782253934479 / Éditeur d’origine : Stock

Attendre un fantĂŽme, StĂ©phanie Kalfon

Quand on vous vole la mort de l’ĂȘtre aimĂ©, comment faire son deuil ? Attendre un fantĂŽme, le deuxiĂšme roman de StĂ©phanie Kalfon explore les relations familiales ambiguĂ«s

J’avais aimĂ© le premier roman de StĂ©phanie Kalfon qui faisait revivre Erik Satie avec vivacitĂ© ce prĂ©curseur au gĂ©nie incompris. J’attendais donc avec impatience le deuxiĂšme romande l’auteur.

Ici, point de personnage historique empruntĂ© au rĂ©el, la fiction suffit Ă  poser le sujet. Kate, une jeune femme de dix-neuf ans rentre de vacances Ă  Marbella. Elle avait dĂ©cidĂ© de couper tout contact avec le monde et l’actualitĂ©, de se ressourcer en quelques sorte
 Son petit copain Jeff est parti en IsraĂ«l finir ses Ă©tudes, aprĂšs quelques alĂ©as, rupture, retrouvailles, ils avaient dĂ©cidĂ© de se revoir quand il serait de retour.

Mais la vie en aura décidé autrement, car Jeff est mort dans un attentat. Lorsque Kate le découvre, il est trop tard pour participer aux funérailles, trop tard pour pleurer avec les autres, trop tard car sa mÚre en a décidé autrement et a interdit à tous de le lui annoncer.

Difficile chemin de celle Ă  qui on a ĂŽtĂ© tout espoir de faire son deuil normalement, enfin, si l’on peut dire. Chacun autour d’elle dĂ©cide, dit, pense pour elle, et la mort de Jeff devient son seul horizon, nuit et jour, l’objet de sa douleur et de son traumatisme.

Ici, le rĂ©cit est trĂšs souvent hachĂ©, et devient dĂ©clinaison de pensĂ©es, de rĂ©flexions, sur la vie, la mort, la famille, le caractĂšre de la mĂšre, la vie du pĂšre, le poids du chagrin que l’on vous impose. Cette mĂšre toute puissante qui dĂ©truit peu Ă  peu sa fille, ce pĂšre qui blesse psychologiquement son fils, ces familles dĂ©sunies oĂč l’amour attend Ă  la porte sans jamais franchir le seuil. Cette absence qui devient prison, ce mort que l’on attend, comme un fantĂŽme.

Si le thĂšme me semblait intĂ©ressant, j’avoue que j’ai Ă©tĂ© un peu perdue par l’écriture qui par moment m’a parue alambiquĂ©e et qui du coup prend le pas sur le sujet. Comme s’il manquait des pages pour que l’alternance entre les idĂ©es et l’intrigue trouve son Ă©quilibre. Roman trĂšs court, qui ne me laissera pas autant d’émotion ou de souvenirs que Les parapluies d’Erik Satie. Alors, attendons le suivant !

Catalogue Ă©diteur : JoĂ«lle Losfeld Ă©ditions

Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s’arrĂȘter lĂ . Mais ce serait sans compter sa mĂšre, les gens qui l’entourent et la maniĂšre dont ce drame rĂ©sonne en eux, dont ils s’en emparent, dont ils dĂ©cident que ce sera le leur – et le transforment en traumatisme.
Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derriÚre un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns.

Le roman explore les relations qui lient une famille oĂč il fait bon se taire. La violence rĂŽde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c’est qu’elle passe par le banal ; voilĂ  son dĂ©guisement, sa petite excuse, la main tendue d’une mĂšre affirmant porter secours tandis qu’elle Ă©touffe. Kate va suivre les fantĂŽmes qui mĂšnent Ă  la possibilitĂ© de vivre encore. En affrontant l’emprise de sa mĂšre, en la mettant au jour, elle parvient Ă  faire sauter un Ă  un, cran aprĂšs cran, les rouages mĂ©caniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d’attendre, pour prendre le risque d’exister.

144 pages / 150 x 220 mm / ISBN : 9782072844898 / Parution : 29-08-2019

La coquille Saint-Jacques, sentinelle de l’ocĂ©an, Laurent Chavaud

Laurent Chauvaud, directeur de recherche au CNRS, nous livre avec « La coquille Saint-Jacques sentinelle de l’ocĂ©an » un rĂ©cit Ă  la fois Ă©tonnant, instructif et Ă©cologique

Elle trĂŽne sur nos tables de fĂȘte, et nous l’apprĂ©cions souvent pour ses qualitĂ©s gustatives, pourtant elle n’est pas que cela, mĂȘme si ce serait dĂ©jĂ  beaucoup ! Symbole religieux, point de ralliement des marcheurs de Saint-Jacques de Compostelle, ou symbolique des peintures des maitres italiens avec en particulier la vĂ©nus de Botticelli, la Saint-Jacques est tout cela, mais bien plus encore.

Parce que dĂ©crypter la vie secrĂšte de cet Ă©tonnant bivalve mieux connu sous le nom de coquille Saint-Jacques peut mener loin, l’auteur le dĂ©montre dans ce petit livre fort instructif.

L’auteur nous entraĂźne dans son laboratoire et Ă  ses cĂŽtĂ©s tout au long de ses annĂ©es de recherche sur ce coquillage qui ne mĂšne pas seulement jusqu’Ă  Compostelle mais qu’il nous prĂ©sente comme une vĂ©ritable machine Ă  remonter le temps, sentinelle du milieu marin et du rĂ©chauffement climatique. Et nous parle de ses recherches sur les diffĂ©rentes mers du globe, de la rade de Brest Ă  la  Mauritanie, de la Nouvelle-CalĂ©donie Ă  l’Arctique, Il est parti Ă  l’écoute de la coquille (et croyez-le ou pas, il l’a mĂȘme entendue chanter) sous tous les climats et toutes les latitudes.

Par exemple, ses stries nous renseignent sur sa croissance. Mais il est trĂšs intĂ©ressant de les Ă©tudier. Car ces stries que ce mollusque fabrique chaque jour et oĂč qu’il se trouve, permettent de comprendre l’état de la mer. Et de remonter le temps pour mieux apprĂ©hender les changements de tempĂ©rature de l’eau, les effets de la pollution, les changements climatiques, des Ă©vĂšnements aussi divers que variĂ©s mais qui tous ont une influence sur le comportement du mollusque et sur sa composition. Car oui, les stries que l’on trouve sur la coquille sont bien des Ă©lĂ©ments caractĂ©ristiques du milieu dans lequel elle vit. SĂ©dentaire, elle ne nage quasiment pas, elle est donc un tĂ©moin important de la mer et des lieux oĂč elle se cantonne. RĂ©vĂ©lateur de la pollution, du changement de tempĂ©rature, mais aussi tĂ©moin des Ă©lĂ©ments toxiques versĂ©s dans l’eau, c’est une vĂ©ritable sentinelle. Si son Ă©tude peut nous Ă©clairer sur la vie aquatique passĂ©e, elle nous avertit Ă©galement pour le futur, car les changements constatĂ©s ne sont pas anodins.

VoilĂ  donc un petit livre trĂšs pĂ©dagogique, y compris pour les nĂ©ophytes comme moi. Et si comme moi vous aimez la savourer dans votre assiette, je suis sĂ»re que vous aussi vous ne la verrez plus de la mĂȘme façon.

Catalogue Ă©diteur : Ă©quateurs

Depuis son apparition il y a 25 millions d’annĂ©es en Europe sur la cĂŽte Atlantique, la coquille n’a cessĂ© de fasciner les hommes. Dans l’AntiquitĂ©, on l’utilisait comme une parure, puis la coquille devint un symbole religieux (sur le chemin de Compostelle) et artistique (associĂ©e Ă  VĂ©nus, Ă  la fĂ©minitĂ© et Ă  la maternitĂ©). Ce n’est qu’au dĂ©but du XXĂšme siĂšcle que des Bretons ont commencĂ© Ă  la pĂȘcher et Ă  la manger. Et grĂące aux recherches les plus rĂ©centes, menĂ©es notamment par Laurent Chauvaud, cet animal est devenu un outil scientifique 
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144 pages / format 120×190 / 15.00 € / paru le 27 novembre 2019 / ISBN : 9782849906606