Le jour de ma mort, Jacques Expert

Connaître le jour de sa mort, rêve ou cauchemar  ?

Charlotte est une jeune parisienne aussi blonde que belle. Heureuse dans sa vie, elle adore son chat Grichka et son petit ami JĂ©rĂ´me. Mais en ce 28 octobre, alors que JĂ©rĂ´me est Ă  DubaĂŻ pour son travail, les souvenirs d’un sĂ©jour entre copines Ă  Marrakech affleurent Ă  sa conscience Ă  demi-Ă©veillĂ©e. Trois ans plus tĂ´t, lors de ce week-end pour l’enterrement de vie de jeune fille de son amie Carole, les jeunes femmes avaient rencontrĂ© un voyant. Elles ne l’avaient absolument pas pris au sĂ©rieux, mais pourtant ses prophĂ©ties se sont toutes avĂ©rĂ©es pour ses copines. Et maintenant, reste celle de Charlotte, particulièrement terrifiante puisqu’il lui a rĂ©vĂ©lĂ© quel serait le jour de sa mort.

Et pendant ce temps, un tueur en série sévit en ville, tueur de blondes et de chats

Seule dans son appartement, dans un immeuble déserté par quasiment tous les voisins en dehors de celui du dessous qui est sourd comme un pot. Elle cherche comment échapper à la prédiction, car bien évidement, si elle doit mourir ce jour-là, cela ne peut être que de la main de L’Égorgeur de chats, ce prédateur dont parlent tous les médias.

Charlotte tremble, imagine, dĂ©sespère, se rebelle, se rĂ©volte, rĂ©agit, se terre. Confiance, angoisse, stress, pleurs, courage, rien ne lui est Ă©pargnĂ© et tout au long de cette journĂ©e sans fin, elle tente d’Ă©chapper au sort qui l’attend.

En parallèle, le tueur, un homme jeune, méthodique et froid, maltraité par maman mais en même temps très attentif à suivre son enseignement, détaille avec une certaine délectation ses meurtres passés et ses cibles futures.

Tic, tac, tic, tac, Charlotte a vingt-quatre heures pour vivre ou mourir.

Le lecteur navigue entre une Charlotte qui disjoncte et un tueur psychopathe. A la lisière de la folie, rĂ©vĂ©lations, dĂ©tournement, suspense, coups de théâtre et quiproquo s’enchaĂ®nent et laissent le lecteur dubitatif, en attente d’un final pour le moins dĂ©routant.

Il m’a semblĂ© qu’il y avait quelques pages de trop dans ce roman, comme si l’auteur voulait en dire un peu plus mais en prenant le risque de se rĂ©pĂ©ter. Et cela n’apporte rien Ă  l’intrigue. Du coup, je n’ai pas senti assez de suspense dans le cheminement des deux personnages principaux pour maintenir mon intĂ©rĂŞt jusqu’au dĂ©nouement. Quelques personnages secondaires, un peu stĂ©rĂ©otypĂ©s peut-ĂŞtre, viennent malgrĂ© tout troubler le raisonnement du lecteur. Mais sans doute faut-il prendre tout cela au second degrĂ© et apprĂ©cier cet auteur qui joue avec les nerfs de ses personnagesUn polar pour se dĂ©tendre cet Ă©tĂ©, enfin, sauf si vous avez consultĂ© un voyant juste avant !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Sonatine

Charlotte est une jeune femme sans histoires. Elle a un travail qui lui plaît, un petit ami avec qui elle espère se marier, un chat. Elle se dit heureuse. Cependant, une nuit, elle se réveille tremblante de peur, en sueur, à l’affût du moindre bruit. Elle est seule chez elle. On est le 28 octobre. Le jour de sa mort.
Trois ans plus tôt, à Marrakech, Charlotte a consulté, avec trois amies, un voyant dont les prédictions se sont réalisées pour ces dernières. Qu’en sera-t-il pour Charlotte à qui il avait annoncé une mort violente le 28 octobre ? Commence alors une nuit d’angoisse. La jeune femme est-elle victime d’une paranoïa alimentée par l’effrayant souvenir ? Est-elle réellement en danger alors qu’un tueur psychopathe rôde dans la ville ?

Après avoir Ă©tĂ© grand reporter, directeur des programmes de RTL et auteur de la sĂ©rie Histoires criminelles sur France Info, Jacques Expert se consacre aujourd’hui Ă  l’Ă©criture.

Prix : 7,90€ / 384 pages / Date de parution : 30/09/2020 / EAN : 9782253181316

Instagrammable, Éliette Abecassis

Un roman léger qui aborde un sujet grave et contemporain

Les liaisons dangereuses des temps modernes. Quand les outils numĂ©riques ne servent plus seulement Ă  communiquer mais aussi Ă  paraĂ®tre, ĂŞtre, vivre, regarder, sublimer, valoriser, vendre, promouvoir, jalouser, dĂ©sirer, dĂ©molir, dĂ©truire, anĂ©antir…

Dans la ronde des instagrammeuses, il y a Jade, et sa ribambelle de followers, Jade qui fait la pluie et le beau temps autour d’elle, que tous rĂŞvent d’imiter, de rencontrer, qui fait votre rĂ©ussite ou votre bannissement sur ces rĂ©seaux sociaux indispensables aux jeunes d’aujourd’hui.
Autour de Jade, on trouve LĂ©o l’ami ex amoureux qui doit son succès aux stories et posts de Jade et lui est donc totalement redevable.
Sacha qui rĂŞve d’ĂŞtre comme elle, ne plus ĂŞtre transparente, avoir autant de suiveurs, au risque d’en oublier sa vie.
Ariane, la mère de Sacha, qui malgré son métier dans la communication est vite dépassée par les événements.
Et quelques autres…

Une mise en situation extrĂŞme mais pourtant contemporaine, intĂ©ressante Ă  la fois pour mieux envisager les jeunes d’aujourd’hui mais aussi le dĂ©calage et l’incomprĂ©hension de leurs parents.
Un roman qui se lit tout seul, qui est Ă  la fois lĂ©ger et grave. Un roman que j’aurais peut-ĂŞtre destinĂ© Ă  un lectorat de jeunes adultes ou d’adolescents, car il parle d’eux. Pour preuve tous les problèmes de harcèlement, destruction de certains jeunes Ă  la suite de propos ou de photos diffusĂ©s sur les rĂ©seaux. Et pour rappeler Ă  tous qu’il est important d’avoir toujours en tĂŞte que l’oubli numĂ©rique n’est absolument pas garanti.

Personnages inventĂ©s qui nous semblent plus que rĂ©els dans ce monde factice que pourtant nous suivons pour certains d’entre nous de près chaque jour. Qui ne passe pas du temps chaque jour sur ce tĂ©lĂ©phone qui nous relie au monde qui nous entoure ? En tout cas j’avoue y passer quelques heures par semaine… Mais le risque pour ces jeunes accros Ă  Instagram, Facebook, Tiktok, Whatsapp et autres, est de passer plus d’heures sur leur tĂ©lĂ©phone que dans leur vraie vie.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

«  A la terrasse des cafĂ©s, seuls ou avec des amis, ils sont sur le qui-vive. Ă€ l’affĂ»t d’une nouvelle, dans une attente fĂ©brile, constante, ils ont toujours leur tĂ©lĂ©phone Ă  portĂ©e de main. Le soir, ils ne s’endorment pas sans l’avoir consultĂ©, le matin le saisissent avant mĂŞme d’avoir ouvert l’Ĺ“il, pour savoir ce qui est arrivĂ©. Mais quoi, au juste ?  » 
 
Dans ces  Liaisons dangereuses  Ă  l’ère d’Instagram, Éliette AbĂ©cassis  dĂ©crit de façon inĂ©dite une gĂ©nĂ©ration nĂ©e au dĂ©but des annĂ©es 2000,  en proie Ă  la dĂ©pendance et la violence induites par les rĂ©seaux sociaux. 
Un roman incisif qui sonde notre époque, et tout ce qui, en elle, nous interroge et nous dépasse.

Format : 133 x 206 mm / Pages : 180 / Parution : 10 Mars 2021 / 17.00 €

Taches rousses, Morgane Montoriol

Qui est la proie, qui est le prédateur dans ce premier roman aussi noir que violent

Beck a fuit sa ville natale pour rĂ©aliser son rĂŞve et devenir comĂ©dienne en Californie. Aujourd’hui, elle vit sans passion mais par intĂ©rĂŞt avec un homme bien plus âgĂ© qui pourra lui ouvrir les portes des studios. Mais ce rĂŞve n’Ă©tait-il pas celui de sa grande sĹ“ur ? Car des annĂ©es auparavant, dans la petite ville de Muskogee, Leah Westbrook, Ă  peine quatorze ans et la vie devant elle, a disparu. Depuis, aucune enquĂŞte n’a jamais rĂ©ussi Ă  dĂ©terminer ce qu’il s’est passĂ©, fugue, meurtre, disparition inquiĂ©tante, nul ne le sait, et la blessure reste profonde pour Beck et son père. Beck se souvient, son enfance, ses parents, sa sĹ“ur qui avait un teint si parfait, sans ces taches de rousseur qu’elle dĂ©teste et tente dĂ©sespĂ©rĂ©ment de cacher sous son maquillage.

Pendant ce temps lĂ , la ville est frappĂ©e par de dramatiques meurtres de jeunes femmes. AbordĂ©e par Wes, un homme aussi Ă©trange qu’envoĂ»tant, elle dĂ©couvre son talent morbide d’artiste peintre lors d’une exposition d’art. FascinĂ©e autant qu’inquiète devant ses toiles, elle n’a qu’une crainte, que ce dernier soit le tueur en sĂ©rie qui fait trembler la ville.

Wes le prédateur, et Beck la proie, jouent alors un jeu du chat et de la souris terriblement noir et à la tension grandissante. Chacun est hanté par ses démons et fort étrangement, la disparition de Leah semble être leur point commun.

Qui est la proie, qui est le prĂ©dateur ? Le jeu sanglant et morbide qu’ils jouent chacun Ă  leur tour entraĂ®ne le lecteur dans des profondeur d’incertitudes et de questionnements. Leur passĂ©, leurs dĂ©mons, leurs secrets seront peu Ă  peu rĂ©vĂ©lĂ©s. Et le lecteur de se demander au fil des pages qui est qui et qui veut quoi. Des personnages noirs et sombres Ă  souhait que l’on tente de comprendre, dont on a beaucoup de mal Ă  discerner le but, et que l’on sent hantĂ©s par un passĂ© inavouable.

Un premier roman noir adroitement menĂ©, mĂŞme si c’est parfois avec un peu trop de dĂ©tails ou certaines longueurs qui Ă  mon avis cassent le rythme. De fait, il m’a manquĂ© de tempo pour m’embarquer vraiment. MĂŞme si je reconnais la force d’une intrigue qui nous mène par le bout du nez quasiment jusqu’au dĂ©nouement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel, Le Livre de Poche

Leah Westbrook a disparu un après-midi de septembre, Ă  Muskogee, en Oklahoma. Elle avait quatorze ans. Son corps n’a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©. Depuis, sa sĹ“ur, Beck, a quittĂ© la ville pour s’installer Ă  Los Angeles. Elle vit par procuration le rĂŞve de Leah, en tentant une carrière de comĂ©dienne. Sans conviction. Ă€ la diffĂ©rence de Leah, dont la peau Ă©tait parfaitement unie, Beck a le visage couvert de taches de rousseur. Des taches qu’elle abhorre et qu’elle camoufle sous des couches de fond de teint.
BientĂ´t, des corps atrocement mutilĂ©s sont retrouvĂ©s dans un quartier d’Hollywood oĂą Beck a vĂ©cu. L’Ĺ“uvre d’un tueur en sĂ©rie que la police peine Ă  attraper. Peut-ĂŞtre cet homme aux yeux terribles, qui la suit partout…

Le Livre de Poche Prix : 8,20€ / Date de parution : 03/02/2021 / 408 pages / EAN : 9782253079286
Albin-Michel 21.90 € / 29 Janvier 2020 / 150mm x 220mm / 368 pages / EAN13 : 9782226446824

Femmes en colère, Mathieu Menegaux

Suivre le procès d’une femme violĂ©e qui s’est fait justice elle-mĂŞme, un sujet sensible et actuel

Alors qu’elle vient de passer trois ans en dĂ©tention provisoire dans la prison des femmes de Rennes, Mathilde Collignon attend enfin les dĂ©libĂ©rations de son procès. Mais qui est victime dans ce fait divers violent et barbare, elle, Mathilde, forcĂ©e et violĂ©e par deux hommes qui n’ont a aucun moment voulu entendre ces « Non » qu’elle a criĂ©, hurlĂ©, murmurĂ©, supplié ? Ou bien eux, ces hommes sur lesquels elle s’est vengĂ©e, pensant Ă  tord ou Ă  raison que la justice ne pourrait jamais entendre sa plainte.

Après la longue confrontation avec les parties civiles, la mise en cause, les juges, les jurĂ©s, et une fois le rĂ©quisitoire de l’avocat gĂ©nĂ©ral et les plaidoiries des avocats terminĂ©s, la parole est aux jurĂ©s. Ceux-ci se retirent pour voter en leur âme et conscience afin que soit appliquĂ© le droit qui protège chaque citoyen. L’attente est stressante, douloureuse. Mathieu Menegaux transforme son lecteur en une petite souris qui se faufile Ă  tour de rĂ´le dans la salle oĂą Mathilde Collignon attend qu’on l’appelle pour le verdict et oĂą elle Ă©crit sur un carnet ce qu’elle ressent, Ă©crire pour survivre, transmettre, tĂ©moigner, dire. Puis dans la salle dans laquelle le jury s’est rĂ©uni pour dĂ©libĂ©rer Ă  huis clos, trois professionnels de la Justice, et six français tirĂ©s au sort sur les listes Ă©lectorales pour remplir leur devoir de citoyens. Ah, les dĂ©libĂ©rations du jury, qui n’a pas un jour craint ou espĂ©rĂ© en faire partie.

Mais qui est cette femme qui a osĂ© se venger, une barbare, une folle qui a perdu la raison, une femme qu’il faut interner pour protĂ©ger la sociĂ©té ? Ă€ mesure que le lecteur avance dans ces deux diffĂ©rentes salles du tribunal, le mystère se lève sur ce qu’il s’est passĂ© trois ans auparavant.

Quand la victime se fait justice et devient Ă  son tour coupable.

Sur les victimes, mais faut-il parler de victimes ou faut-il prĂ©fĂ©rer Ă  ce terme celui de parties civiles, d’agresseurs agressĂ©s. Il est difficile de mettre des mots sans prendre partie. Sur la coupable, barbare, agressĂ©e, violĂ©e, malmenĂ©e par deux hommes en toute impunitĂ©. Parce que les hommes se croient souvent tout permis. Parce que la voix des femmes est rarement entendue. Parce qu’elle a bien voulu aller les retrouver après tout, c’est bien de sa faute n’est-ce pas, elle qui avoue sans scrupule que oui, elle aime ça et oui, elle trouve quelques coups d’un soir sur Tinder ? Et pourquoi ce qui est acceptĂ© d’un homme ne l’est-il jamais quand c’est une femme qui l’exprime, pourquoi la libertĂ© sexuelle ne pourrait-elle pas ĂŞtre assumĂ©e aussi par une femme ?

Ă€ l’heure des #metoo et autres rĂ©vĂ©lations sur les rĂ©seaux sociaux, Ă  l’heure oĂą les violences faites aux femmes sont en augmentation, oĂą le viol n’est toujours pas dĂ©noncĂ© par la majoritĂ© des femmes qui en sont victimes, le message de Mathieu Menegaux se veut clair. Entendons, Ă©coutons la parole des femmes tant qu’il est encore temps et surtout avant que justice ne soit rendue par le citoyen lui-mĂŞme.

Un roman sur un sujet sensible et actuel, peut-ĂŞtre pas assez fouillĂ© Ă  mon goĂ»t au niveau des personnages et de leur personnalitĂ©, et parfois un peu trop manichĂ©en, mais qui cependant se lit d’une traite. J’ai aimĂ© que l’auteur prenne pour victime cette femme atypique qui assume ses goĂ»ts, ses choix de vie, ses envies. Et surtout, l’auteur nous embarque au cĹ“ur des procĂ©dures parfois absconses de la justice, oĂą il convient de juger le droit, la rĂ©gularitĂ© des faits et non la personnalitĂ© des ceux qui en sont victimes ou coupables, sans affect ni sentiments, et cela paraĂ®t de fait bien difficile. Pour ceux qu’un procès intĂ©resse, il faut savoir qu’il est possible d’assister aux audiences de ceux qui ne sont pas menĂ©s Ă  huis-clos, et cela peut s’avĂ©rer terriblement instructif.

Du même auteur, on ne manquera pas de lire également Est-ce ainsi que les hommes jugent ou Disparaître.

Catalogue éditeur : Grasset

Cour d’assises de Rennes, juin 2020, fin des dĂ©bats  : le prĂ©sident invite les jurĂ©s Ă  se retirer pour rejoindre la salle des dĂ©libĂ©rations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Elle est accusĂ©e d’un crime barbare, qu’elle a avouĂ©, et pourtant c’est elle qui rĂ©clame justice. Dans cette affaire de vengeance, mĂ©diatisĂ©e Ă  outrance, trois magistrats et six jurĂ©s populaires sont appelĂ©s Ă  trancher  : avoir Ă©tĂ© victime justifie-t-il de devenir bourreau  ?
Neuf hommes et femmes en colère doivent choisir entre punition et pardon.
Au cœur des questions de société contemporaines, un suspense haletant porté par une écriture au scalpel.

Parution : 3 Mars 2021 / Format : 133 x 205 mm / Pages : 198 / EAN : 9782246826866 prix : 18.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246826873 Prix : 12.99€

Punto Basta, Lionel Froissart

Une étonnante reconstruction de l’accident le plus tristement célèbre du tunnel de l’Alma


Jocelyne travaille à la préfecture de Bobigny. Célibataire sans enfants elle mène une vie solitaire. De temps en temps elle passe la soirée à Paris avec ses copines et rentre en empruntant les beaux quartiers côté ouest par la voie sur berge et sa belle traversée des lieux emblématiques de la capitale.
Le soir du 30 aoĂ»t 1997, au retour de l’une de ses sorties entre copines et alors qu’elle s’engage dans le tunnel du pont de l’Alma Ă  bord de sa Fiat Uno blanche, elle est percutĂ©e Ă  grande vitesse par une Mercedes. C’est tout juste si elle s’aperçoit lorsqu’elle jette un Ĺ“il dans son rĂ©tro que l’autre voiture s’encastre dans un pilier du tunnel. Elle en est quitte pour une grande frayeur et parvient Ă  regagner son domicile tremblante et fortement secouĂ©e.
Au petit matin, elle dĂ©couvre atterrĂ©e que la princesse Lady Di est dĂ©cĂ©dĂ©e la veille dans un accident de voiture Ă  Paris. Les journaux n’ont aucune piste crĂ©dible, si ce n’est très rapidement celle d’une mystĂ©rieuse Fiat Uno blanche aperçue par plusieurs tĂ©moins sur les lieux du drame. Mais alors, Jocelyne est-elle impliquĂ©e, fautive, tĂ©moin, coupable ?

L’auteur nous fait pĂ©nĂ©trer les mĂ©andres de son cerveau fortement perturbĂ© par les circonstances de l’accident. La personnalitĂ© de la victime principale, l’ampleur de l’enquĂŞte mise en place pour rechercher les causes (on se souvient que la quasi totalitĂ© de la PJ parisienne Ă©tait mobilisĂ©e pour tenter de trouver une explication au drame, autre que vitesse excessive, course poursuite avec les motos, et … pas de ceinture de sĂ©curitĂ© qui aurait pu sauver des vies), les interrogations de Jocelyne spectatrice et actrice bien involontaire du drame, sont analysĂ©es avec soin. Le cheminement de sa pensĂ©e est dĂ©cortiquĂ© pas Ă  pas. Coupable ou pas, que peut-elle faire, que doit-elle dire ?
Vient ensuite une incursion (qui par contre ne m’a vraiment pas convaincue) dans les pensĂ©es de Lady Di pendant les heures qui prĂ©cĂ©dent l’accident. Puis l’auteur par ailleurs spĂ©cialiste de la F1 fait un rappel de quelques grands accidents de la route qui ont coĂ»tĂ© la vie Ă  de nombreuses autres tĂŞtes couronnĂ©es. Enfin, il revient Ă  la banalitĂ© du quotidien de Jocelyne. Cette femme ordinaire qui a vĂ©cu un Ă©vĂ©nement hors du commun en se demandant comment s’en sortir.

Une lecture qui nous remĂ©more quelques lointains souvenirs, en particulier l’émoi qu’a provoquĂ© dans le monde l’accident tragique de Lady Di. MalgrĂ© quelques bĂ©mols (la partie sur Lady Di justement), j’ai aimĂ© la façon dont l’auteur analyse et dĂ©crit avec rĂ©alisme le quotidien ordinaire de la plupart d’entre nous, pour en faire quelque chose d’extraordinaire.

Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Jocelyne mène une vie tranquille et solitaire Ă  Bobigny. Son petit plaisir, c’est de traverser les beaux quartiers de Paris au volant de sa Fiat, qu’elle surnomme affectueusement Paulette. Le soir du 30 aoĂ»t 1997, alors qu’elle rentre par la voie sur berge, Jocelyne est accrochĂ©e par une puissante berline. ObnubilĂ©e par la maĂ®trise de son vĂ©hicule, elle remarque Ă  peine que la voiture folle s’encastre dans le tunnel du pont de l’Alma. Le lendemain, Jocelyne dĂ©couvre la terrible nouvelle : Lady Di a succombĂ© Ă  l’accident. Quel rĂ´le a-t-elle jouĂ© ? Aurait-elle pu porter secours Ă  la princesse ? Et si la police remontait jusqu’à elle ?
Avec ce portrait de jeune femme tout en fêlures, Lionel Froissart déjoue les pronostics de cette ténébreuse affaire qui a fait couler tant d’encre. Derrière ce drame de portée internationale, l’histoire d’une Madame Tout-le-monde se télescopant avec celle d’une étoile.

Né en 1958, Lionel Froissart est journaliste sportif, spécialisé dans la F1 et le tennis. Il a travaillé pour Libération pendant près de trente ans. Auteur notamment d’une biographie d’Ayrton Senna en 2004, il a remporté avec Les Boxeurs finissent mal en général le prix Sport-Scriptum 2008 du meilleur livre sportif de l’année.

192 pages / 17€ / Paru le 14 janvier 2021 / ISBN : 978-2-35087-628-3

Une Ă©toile en enfer, Guy Rechenmann

Une nouvelle enquĂŞte d’Anselme Viloc, le flic de papier

Comme Ă  son habitude, Anselme Ă©lucide ses enquĂŞtes en suivant quasi exclusivement ses intuitions et son instinct. C’est un homme qui utilise sa tĂŞte et son stylo, Ă  une Ă©poque oĂą les rĂ©seaux, internet et les Ă©lĂ©ments scientifiques n’avaient pas encore pris cette place prĂ©pondĂ©rante qu’ils ont aujourd’hui. Par le plus grand des hasards, il va tenter de rĂ©soudre trois affaires qui n’ont rien Ă  voir entre elles.

D’abord il veut comprendre ce qu’il s’est passĂ© lors du naufrage de ce chalutier qui a vu la disparition du patron pĂŞcheur et de son fils. Sylvia, sa femme, avait embarquĂ© Ă  bord et se trouve ĂŞtre la seule rescapĂ©e. Aujourd’hui sortie du coma, elle est partiellement amnĂ©sique.

En parallèle, il est interpellĂ© par une disparition inquiĂ©tante. Celle de la fille d’un couple d’amis en apprentissage dans un restaurant Ă©toilĂ© de la banlieue parisienne.

Enfin, Anselme, toujours Ă  l’affĂ»t de cold-case, cherche Ă  rĂ©soudre des meurtres de jeunes femmes, une tragĂ©die non rĂ©solue survenue dans la rĂ©gion de son enfance. L’enquĂŞte s’est Ă©teinte suite Ă  l’effondrement d’une montagne dans le massif de la Chartreuse, en 1248.

Par quelques enchaĂ®nements aussi invraisemblables que parfois machiavĂ©liques Viloc sait dĂ©nouer les liens improbables qui lui permettent d’associer ces diffĂ©rentes enquĂŞtes entre elles. L’auteur nous entraĂ®ne dans son sud-ouest d’adoption, au bord d’un bassin d’Arcachon qu’il apprĂ©cie et nous fait aimer, Ă©voquant en filigrane de son intrigue quelques figures du Sud-Ouest, quelques Ă©vĂ©nements qui ont marquĂ© son histoire.

Catalogue Ă©diteur : Éditions Cairn

Fait rarissime, une montagne s’écroule en 1248. Dès lors les crimes commis sur le versant du mont Apremont, dans la vallée de la Chartreuse, ne seront jamais élucidés. C’est sans compter sur la pugnacité d’Anselme Viloc, le flic de papier, qui, confronté à la fois au mystère du naufrage d’un chalutier d’Arcachon et à la disparition d’une jeune fille du pays partie en apprentissage à Paris chez un cuisinier en devenir, va, non sans mal, arriver à remonter le temps. Anselme Viloc, le savoyard adopté par le Bassin et ses humeurs, est devenu une référence dans le domaine des « crimes à haute probabilité de non-résolution », c’est son patron le commissaire Plaziat qui l’affirme et il va, encore une fois, nous en faire une brillante démonstration.
Le polar régional une étoile en enfer est le 4e opus de la saga du Flic de papier de Guy Rechenmann.

ISBN :  9782350688664 / Prix : 11,00 € / Nombre de pages : 304 / Date de parution : mars 2020

Efface toute trace, François Vallejo

Une satire acide et fĂ©roce du marchĂ© de l’art contemporain et de ses excès

Quel est le point commun entre un chinois diabĂ©tique de Hong Kong dĂ©cĂ©dĂ© après avoir ingĂ©rĂ© une Ă©norme quantitĂ© de sucre, un new-yorkais qui a littĂ©ralement fondu, et un français qui dĂ©cède violemment alors qu’il est seul dans un tĂ©lĂ©phĂ©rique ?

Fort que quelques constatations hasardeuses, un expert en art est sollicitĂ© par d’anonymes collectionneurs pour tenter de dĂ©mĂŞler le fin mot de ces incidents pour le moins lugubres. Ont-ils un lien entre eux, car ils ont au moins un intĂ©rĂŞt en commun, l’art. Toutes les victimes Ă©taient des collectionneurs d’art contemporain, ou plus spĂ©cifiquement d’Art Urbain. Reste Ă  savoir qui leur veut du mal, pourquoi, comment.

L’idĂ©e de dĂ©part de ce roman est Ă  priori fort sĂ©duisante, pĂ©nĂ©trer le monde de l’art par le biais d’une enquĂŞte. Mais j’avoue que je me suis ennuyĂ©e. Sans doute du fait de la structure narrative un peu trop froide. Cet expert qui aligne les chapitres les uns derrière les autres est le seul personnage rĂ©el face au lecteur. MĂŞme si arrive rapidement un artiste inconnu, un certain jv le minusculement nommĂ©. Il adore dĂ©tourner les objets, et bien que très peu connu, il s’avère ĂŞtre le vĂ©ritable lien entre les diffĂ©rents collectionneurs. Sa cĂ´te monte, mais il n’a qu’un dĂ©sir, vendre une Ĺ“uvre Ă©phĂ©mère, Ă  la façon de la petite fille au ballon de Bansky.

Car que peut-on dire de cet art qui se veut tellement original que d’aucuns y cherchent encore la beautĂ©, le style, ce qui fait la singularitĂ© et l’intĂ©rĂŞt d’une Ĺ“uvre. Ă€ chaque fois je ne peux m’empĂŞcher de penser Ă  cette Ĺ“uvre connue sous le nom de Merde d’artiste (oui, oui ! en italien Merda d’artista) de l’artiste italien Piero Manzoni rĂ©alisĂ©e Ă  quatre-vingt dix exemplaires, et dont certains exemplaires avaient fui, y compris lors d’expositions ou dans des musĂ©es. Les acquĂ©reurs s’Ă©tant mĂŞme demandĂ© si c’était une volontĂ© de l’artiste, y compris si c’Ă©tait une des qualitĂ©s intrinsèques de Ĺ“uvre …

Ce que j’ai apprĂ©cié dans ce roman ? Les diffĂ©rents genres, Ĺ“uvres, artistes, que dĂ©taille l’auteur. Certains connus ou vus Ă  plusieurs reprises dans des musĂ©es, d’autres dĂ©couverts grâce Ă  la lecture du roman. En particulier, et plus de trente ans après sa crĂ©ation par Keith Haring (en 1987) Tower cette fresque monumentale visible au sein de l’hĂ´pital Necker de Paris, et qui est devenue depuis un vĂ©ritable emblème de l’art de rue.

Ce qui m’a intĂ©ressĂ©e ? L’auteur mĂ©lange les genres, enquĂŞte, parti pris esthĂ©tique, social, et propose une vĂ©ritable satire du marchĂ© de l’art contemporain et de ses excès. Pourtant il m’a manquĂ© un je ne sais quoi en plus pour vraiment me convaincre.

Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy
Face aux violents dĂ©cès de trois amateurs d’art fortunĂ©s Ă  Hong Kong, New York et Paris, un groupe de collectionneurs surnommĂ© le « consortium de l’angoisse Â», charge un expert d’élucider ces incidents Ă©tranges. Sa mission ? Rassembler l’ensemble des faits connus et mener sa propre enquĂŞte. Le temps presse car de nouveaux accidents surviennent.
Une piste se dĂ©gage. Les victimes auraient fait l’acquisition d’œuvres subversives signĂ©es « jv Â». L’artiste, un Orson Welles mâtinĂ© d’un Bansky, obsĂ©dĂ© par le dĂ©tournement, est introuvable. Jusqu’au jour oĂą il dĂ©cide de joindre l’expert…
Provocation ? Bluff ? Falsification ? Serial artiste doublĂ© d’un serial killer ?

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Que signifie ĂŞtre artiste au sein de nos sociĂ©tĂ©s capitalistes et dĂ©matĂ©rialisĂ©es ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au cĹ“ur d’une enquĂŞte palpitante oĂą les apparences sont autant de trompe l’œil s’éclairant les uns les autres. Talentueux et fĂ©roce.

Parution : 03/09/2020 / ISBN : 9791097417970 / Pages : 294 p. / Prix : 19€

Les enfants du secret, Marina Carrère d’Encausse

Quand une enquête criminelle révèle un scandale national

A Paris, les policiers sont appelĂ©s sur une scène de crime sordide. Deux corps ont Ă©tĂ© dĂ©couverts en quelques heures et Ă  quelques mètres de distance… Suite Ă  l’hospitalisation de l’un des deux, des dĂ©cès inexplicables surviennent dans l’Ă©quipe mĂ©dicale qui a tentĂ© en vain de le sauver.

Mais qui pouvait en vouloir Ă  ces hommes pour les mutiler Ă  ce point ? Et que signifient ces tatouages, vĂ©ritables scarifications ante mortem rĂ©alisĂ©es sur les deux victimes ? Remonter le fil ne sera pas chose aisĂ©e, mais leur signification et leur origine pourront peut-ĂŞtre aider Ă  rĂ©soudre ce mystère.

Au fil de l’enquĂŞte, les Ă©quipes de police arrivent sur la piste des enfants de l’Île de la RĂ©union envoyĂ©s en mĂ©tropole dans les annĂ©es 70. Pas toujours orphelins, ils ont pourtant Ă©tĂ© placĂ©s dans des famille du sud de la France, en particulier dans la Creuse. L’auteur Ă©voque ici un sujet douloureux qui aurait Ă  mon goĂ»t mĂ©ritĂ© d’être un peu plus exploitĂ©.

Le roman aborde Ă©galement le sujet de ces traumatismes liĂ©s Ă  l’enfance, secrets, jugements, violences familiales, qui peuvent avoir de rĂ©percussions pour ceux qui les subissent pendant toute une vie. Un polar qui fait passer un bon moment. Et si l’intrigue est parfois trop lĂ©gèrement traitĂ©e Ă  mon goĂ»t, il a cependant l’avantage de nous interpeller sur un Ă©pisode mĂ©connu de notre histoire rĂ©cente.

Ce que nous dit WikipĂ©dia sur l’affaire des Enfants de la Creuse (rĂ©vĂ©lĂ©e essentiellement depuis les annĂ©es 2000) : De 1962 Ă  1984, au moins 2 150 enfants rĂ©unionnais « abandonnĂ©s ou non Â» et immatriculĂ©s de force par les autoritĂ©s françaises Ă  la Direction dĂ©partementale des affaires sanitaires et sociales, furent dĂ©portĂ©s par les autoritĂ©s dans le but de repeupler les dĂ©partements mĂ©tropolitains victimes de l’exode rural comme la Creuse, le Tarn, le Gers, la Lozère, les PyrĂ©nĂ©es-Orientales

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Paris, porte de la Chapelle. À quelques heures d’intervalle, deux hommes sont retrouvés défigurés, scarifiés, empreintes effacées. L’affaire s’annonce compliquée pour le commandant de la Crim’, Marie Tebert. Et elle vire au cauchemar lorsque la légiste succombe à une fièvre hémorragique après l’autopsie.
Que cache le rituel autour de ces crimes ? Quel lien unissait les victimes aux profils si diffĂ©rents ? Au fil de l’enquĂŞte, Marie et son Ă©quipe remontent la piste d’un scandale entre la Creuse et la RĂ©union. Un drame qui dĂ©passe de loin tout ce qu’elle pouvait imaginer.
Avec Les Enfants du secret, Marina Carrère d’Encausse signe un polar implacable où les traumatismes de l’enfance enclenchent des bombes à retardement.

176 pages / 17€ / Paru le 1 octobre 2020 / ISBN : 978-2-35087-557-6

Ă€ la frontière de notre amour, Kyra Dupont Troubetzkoy

Tomber amoureux dans un pays en guerre

GaĂŻa est une jeune femme qui vit Ă  deux cent Ă  l’heure sa passion et son mĂ©tier d’humanitaire dans les zones de combat, sur fond de TchĂ©tchĂ©nie, d’Afghanistan et de 11 septembre.
Ces missions dangereuses et prenantes occupent toute son Ă©nergie. Elle va pourtant tomber sous le charme de Peter, un soldat des Forces spĂ©ciales amĂ©ricaines qu’elle rencontre Ă  un check-point qui ne lui dĂ©voile ni ses missions, ni son nom, ni sa vĂ©ritable fonction. Ils vont dĂ©couvrir l’amour par Ă©pisodes, disparition, retrouvailles, silences, dizaines de messages sans rĂ©ponses, toute la difficultĂ© que vivent ces combattants du terrain.

Pourtant, de rencontres en retrouvailles, GaĂŻa et Peter vont s’aimer, se trouver… Aux cĂ´tĂ©s de GaĂŻa, le lecteur va vivre une histoire d’amour en zone de guerre, dĂ©couvrir des lieux rarement frĂ©quentĂ©s, des prisons, bases militaires, barrages ou mĂŞme des camps de prisonniers.

Mais comment l’amour peut-il naĂ®tre et surtout rĂ©sister lorsqu’il naĂ®t au cĹ“ur des conflits ? Quelle peut ĂŞtre sa rĂ©alitĂ©, sa longĂ©vitĂ©, comment deux personnes qui vivent sous une telle pression pourront-elles se retrouver ensuite, et d’ailleurs le pourront-elles ?

La difficultĂ© ne serait-elle pas de changer de vie, d’arrĂŞter de vivre dans le danger permanent comme si tout allait s’arrĂŞter demain ? Que peut devenir leur couple dans un train train quotidien classique et tellement banal. Et si justement c’Ă©tait lĂ  toute la question ?

Ce roman est fondĂ© sur des tĂ©moignages d’anciens humanitaires et nous en apprend beaucoup sur la rĂ©alitĂ© de leurs missions toutes bien diffĂ©rentes suivant les Ă©poques et lieux oĂą ils se trouvent. Un peu trop dense parfois Ă  mon goĂ»t, ou alors il n’y a pas assez de pages pour Ă©quilibrer la partie romanesque et les faits dĂ©crits de l’intĂ©rieur. Du coup j’ai eu parfois l’impression que cette histoire d’amour Ă©tait surtout un prĂ©texte pour Ă©voquer les difficiles conditions de vie sur le terrain pour les humanitaires, mais que l’auteur n’avait peut-ĂŞtre pas su rĂ©ellement sur quel pied danser, roman, pas roman, et de ce fait j’ai eu du mal Ă  m’attacher vraiment aux personnages. MalgrĂ© ce lĂ©ger bĂ©mol, j’ai passĂ© un bon moment de lecture.

Catalogue Ă©diteur : Éditions Favre

Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat des Forces spéciales américaines qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un check-point en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un soldat, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?
Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration- au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan, en Irak et ailleurs, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

15 € / 192 pages / Parution : 2 septembre 2020 / ISBN 978-2-8289-1856-9

La discrĂ©tion, FaĂŻza Guène

Une famille, deux cultures, un roman universel contemporain

De FaĂŻza Guène, j’avais lu et apprĂ©ciĂ© Un homme ça ne pleure pas qui Ă©voquait dĂ©jĂ  l’Ă©migration algĂ©rienne en France. Dans La discrĂ©tion, l’Ă©criture a mĂ»ri, la lĂ©gèretĂ© s’est envolĂ©e, le lecteur part Ă  la rencontre de Yamina, et de diffĂ©rents membres de sa famille.

Yamina est nĂ©e en 1949 dans l’AlgĂ©rie colonisĂ©e, dans la province de Msirda Fouaga. Famine, sĂ©cheresse, fragilitĂ© des rĂ©coltes et duretĂ© de la vie sont le lot quotidien de ses parents, dans ce pays soumis aux affres de la guerre. De son enfance, Yamina retient les annĂ©es d’Ă©cole, le bonheur d’apprendre, puis la retour Ă  la maison, seule fille de la fratrie elle doit aider la mère et abandonner cartable et cahiers. Ce sera plus tard la fuite vers le Maroc, puis l’exil vers la France avec Brahim, ce mari plus âgĂ© qu’on lui a choisi.

Yamina dĂ©borde d’amour pour les siens, vit discrètement, accepte son sort et celui imposĂ© aux Ă©migrĂ©s, jamais vraiment acceptĂ©s dans ce pays qui pourtant devient aussi le leur, mĂŞme si la gĂ©nĂ©ration d’après nĂ©e sur le sol français est toujours une gĂ©nĂ©ration d’Ă©trangers. Yamina et Brahim ont eu des filles et Omar, le fils chĂ©ri. Des annĂ©es plus tard, Omar est taxi Uber. Pas facile de gagner sa vie, mĂŞme quand on est issu d’une famille qui a toujours eu du travail, oĂą l’on a toujours mangĂ© Ă  sa faim et que l’on a fait des Ă©tudes.

Le mariage de l’aĂ®nĂ©e est un Ă©chec retentissant et inacceptable pour les parents. Et quand leur plus jeune fille dĂ©cide de quitter le domicile familial sans ĂŞtre mariĂ©e c’est totalement incomprĂ©hensible pour ces parents aux traditions encore fortement ancrĂ©es, malgrĂ© une vie passĂ©e en rĂ©gion parisienne.

Le roman alterne les rĂ©cits de plusieurs Ă©poques et diffĂ©rents personnages, montrant ces disparitĂ©s familiales, ceux qui suivent encore la tradition, ceux qui essaient de s’en libĂ©rer, le divorce comme un flĂ©au pour les femmes, mais pas pour les hommes, la place des filles, Ă  la maison, les Ă©tudes, les mariages arrangĂ©s, des règles que tous appliquent avec plus ou moins de rigueur, en pensant faire au mieux pour le bonheur de tous. Toujours prĂ©sent Ă©galement l’amour des parents pour leurs enfants, et l’amour filial et le respect qui empĂŞchent parfois un enfant de vivre pleinement sa vie. Enfin, ce cruel dilemme des enfants de la deuxième gĂ©nĂ©ration qui ne trouvent leur place ni dans le pays d’origine de leurs parents, ni dans leur pays de naissance. Jusqu’Ă  quand ? Combien faudra-t-il de gĂ©nĂ©rations avant que chacun accepte l’autre pour ce qu’il est, et arrĂŞte de voir uniquement d’oĂą il vient.

L’Ă©criture est prĂ©cise, sans fioriture, elle dĂ©crit sans jugement, sans partis pris, sans rancune. Elle donne l’exacte dimension des sentiments de Yamina, son amour pour ses enfants, leur rĂ©ussite, les souffrances de l’enfance, les regrets, mais aussi un bonheur simple enfin accessible.

Catalogue Ă©diteur : Plon

« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi »

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

Née en 1985, Faïza Guène est romancière et scénariste. Kiffe kiffe demain, traduit en vingt-six langues, la fait connaître à l’âge de dix-neuf ans.
Dans La Discrétion, elle rassemble les fragments d’une histoire intime qui vient bouleverser le roman national.

Parution : 27/08/2020 / EAN : 9782259282444 / Nombre de pages : 256