Les douleurs fantĂ´mes, Melissa Da Costa

L’amour, l’amitiĂ©, la vie

Rosalie et Gabriel, Tim et Anton, et Ambre reviennent à Arvieux, ce village de montagne qui les avait réunis dans un précédent roman, Je revenais des autres.

Ils ont passĂ© des annĂ©es sĂ©parĂ©s. Depuis l’accident d’Anton, Ambre n’avait plus jamais pris de leurs nouvelles. Mais aujourd’hui, Rosalie l’appelle Ă  l’aide, Gabriel a disparu. Ambre n’hĂ©site pas une seconde et quitte quelques jours Marc son compagnon, sa vie rangĂ©e Ă  Lyon, son travail Ă  la boutique, pour lui porter secours.

Cinq ans ont passĂ©, cinq ans qu’elle n’a pas revu Tim depuis son dĂ©part de Frontignan, qu’elle n’a pas revu Anton depuis l’accident qui l’a clouĂ© sur un fauteuil roulant, qu’elle n’est allĂ©e voir ni Rosalie, ni Gabriel ni la petite Sophinette.

Pour qui n’a pas lu le roman prĂ©cĂ©dent, pas de problème, car les griefs se dĂ©voilent peu Ă  peu, le passĂ© se dessine, les relations parfois compliquĂ©es se rĂ©vèlent. Et l’on comprend vite que la relation entre Anton et Tim est sans doute forte, mais qu’elle est plombĂ©e par la culpabilitĂ© de Tim et son besoin d’ĂŞtre prĂ©sent pour Anton. Qu’Ambre est heureuse avec Marc, mais qu’elle l’Ă©tait tellement plus avec Tim. Replonger dans le passĂ© ouvre les anciennes blessures, exacerbe les regrets, attise les rivalitĂ©s.

Alors le lecteur suit avec attention et empathie ces jeunes gens et leur questionnements, leurs attentes, leurs espoirs, leurs certitudes pas si évidentes que ça.

Melissa Da Costa a vraiment l’art de dĂ©crire les sentiments, les situations banales qu’elle sait nous rendre vivantes, et qui du coup ne sont plus du tout si ordinaires que ça. Chaque sentiment est posĂ©, dĂ©cortiquĂ©, pour que ses personnages avancent peu Ă  peu dans leur histoire. Émotions, regrets, espoirs, attentes, amours déçues, rĂ©vĂ©lations aux autres ou Ă  soi-mĂŞme, tout y est pour nous embarquer dans ces quelques jours d’angoisse qui se transforment en jours d’avant fĂŞtes et de fĂŞtes. Puisque NoĂ«l est lĂ , et que c’est une occasion de rĂ©unir les amis, et la fin d’annĂ©e est lĂ , ce moment idĂ©al pour faire des projets de vie. Il y a un peu de longueur Ă  mon goĂ»t tant il se passe peu de chose et que finalement tout est terriblement prĂ©visible. MalgrĂ© tout je dois dire que j’ai apprĂ©ciĂ© cette lecture.

La lecture par Aaricia Dubois Ă©tait un vrai bonheur. Grâce Ă  une voix douce, une aptitude Ă  prendre toutes les intonations, j’Ă©tais sĂ»re que Sophinette Ă©tait lĂ  devant moi ! Mais aussi par sa capacitĂ© Ă  rendre vivants chacun des personnages par son interprĂ©tation des dialogues en particulier. Une rĂ©ussite et un excellent moment d’Ă©coute.

Catalogue Ă©diteur : Audiolib, AlbinMichel

Rosalie, Gabriel, Tim, Anton et Ambre formaient un groupe d’amis soudé jusqu’à ce qu’un drame les éloigne les uns des autres. C’est pourtant un appel au secours qui, cinq ans après, va à nouveau les réunir. Entre silences amers et regrets, ces retrouvailles vont raviver leurs douleurs fantômes et bousculer leurs certitudes : mènent-ils vraiment la vie dont ils rêvaient ?

Un rendez-vous à la croisée des chemins qui leur prouvera qu’on peut se perdre de vue, mais pas de cœur… Et qu’il n’est jamais trop tard pour changer de vie et être heureux.

Date de parution 11/05/2022 / DurĂ©e 12h10 / EAN 9791035409616 Prix du format cd 24,90 â‚¬ / EAN numĂ©rique 9791035408985 Prix du format numĂ©rique 22,45 â‚¬

L’homme qui arrĂŞta le dĂ©sert, Yacouba Sawadogo Damien Deville

Quand un homme seul donne de l’espoir Ă  tous

Au Burkina Faso, Yacouba Sawadogo n’est pas un homme ordinaire, mĂŞme s’il fut un enfant puis un adolescent comme les autres. NĂ© dans les annĂ©es 50 il a grandi au village et Ă  suivi les conseils avisĂ©s de son père pour apprendre Ă  cultiver la terre.

Mais un jour, la terre s’est assĂ©chĂ©e et les villageois sont partis Ă  la ville, la faim et la misère Ă©tant la seule issue s’ils restaient dans leur village. Yacouba Sawadogo n’a pas fait comme eux.

Enfant, l’Ă©cole coranique a Ă©tĂ© sa seule Ă©ducation, c’est dire s’il manquait d’outils pour s’engager dans la vie et tenir son Ă©choppe. Il a bĂ©nĂ©ficiĂ© du soutien des cheikhs, qui donnent de sages conseils et aident Ă  trouver la bonne ligne de conduite, Ĺ“uvrent Ă  perpĂ©tuer les tontines et sont garants de paix sociale. Si elle s’avère incomplète pour armer les Ă©lèves pour affronter les difficultĂ©s de leur vie future, c’est cependant son Ă©ducation Coranique et la force de la parole de l’islam qui l’ont aidĂ© lorsque le temps est venu de prendre sa vie en main, et de creuser, de planter, encore et encore. Ă€ la richesse Ă©ventuelle il a choisi les arbres, rĂ©conciliant la nature et la culture pour sauver ses terres de la sĂ©cheresse et de la catastrophe annoncĂ©es.

C’est son histoire qui nous est racontĂ©e ici. Preuve s’il en est que l’Ĺ“uvre d’un seul homme peut parfois compter bien plus que celle de toute une communautĂ© quand sa finalitĂ© est la sauvegarde de la vie et que son action va dans cet unique but.

Usant de techniques ancestrales comme le zaĂŻ, qui consiste entre autre Ă  creuser des trous Ă  une certaine distance les uns des autres, trous que l’on arrose et que l’on nourrit rĂ©gulièrement avant d’y mettre les jeunes plans, mais aussi former des murets de pierres, utiliser la nature dans sa diversitĂ©, ici mĂŞme les termites ont leur place, autant d’Ă©lĂ©ments qui ont permis le succès de son action. En plantant les arbres, Yacouba a modifiĂ© le climat de son territoire.

Un livre intĂ©ressant car il nous permet de comprendre la difficultĂ© de vivre lorsque l’ont est un paysan dans ces villages et la puissance de la volontĂ© et du sens humain de certains hommes capables de relever de tels dĂ©fis.. Il nous montre les changements dus tant au climat qu’Ă  la mondialisation, achat de terre par l’Asie et monoculture Ă©tant parmi les effets le plus dĂ©lĂ©tères. Mais aussi l’importance de la religion, Islam Ă©tant prĂ©pondĂ©rant mais subsiste toujours la religion Animiste.

Catalogue Ă©diteur : Éditions Tana

Depuis le Burkina Faso, aux confins des dunes sahariennes, une voix inspirante s’élève : celle de Yacouba Sawadogo. LaurĂ©at du Right Livelihood Award, prix Nobel alternatif, il consacre sa vie Ă  planter des arbres aux portes du dĂ©sert.
Alors que tout semblait perdu, qu’au dĂ©but des annĂ©es 1980, une grande sĂ©cheresse dĂ©cimait les troupeaux et contraignait les familles Ă  l’exil, Yacouba a fait le choix de retourner Ă  la terre. En rĂ©inventant la mĂ©thode ancestrale du zaĂŻ, en renouant avec les hĂ©ritages de sa propre lignĂ©e familiale, les « faiseurs de pluie Â», et en dĂ©frichant les chemins d’une quĂŞte spirituelle, il a ressuscitĂ© la vie. Les familles se sont rĂ©installĂ©es, les champs ont retrouvĂ© leur fertilitĂ©, et l’antilope, le hĂ©risson et l’oiseau ont repris leurs quartiers : le village de Yacouba est redevenu un monde de relations, une oasis verdoyante, une terre de poĂ©sie et de partage. …

Date de parution : 20/01/2022 / 15.90 € / EAN : 9791030103977 / Pages : 144

Le cafĂ© du temps retrouvĂ©, Toshikazu Kawaguchi

Plonger dans une tasse de café aux vapeurs douces amères

L’an passĂ© j’avais poussĂ© la porte du Funiculi funicula pour y dĂ©couvrir les aventures de Tant que le cafĂ© est encore chaud, j’y reviens aujourd’hui avec plaisir.

Nagare est toujours derrière le comptoir, sa fille de sept ans rĂŞve d’ĂŞtre en âge de verser le cafĂ© qui aide Ă  retourner dans le passĂ©. Il est toujours secondĂ© par Kazu, serveuse aussi discrète qu’efficace.

Au Funiculi funicula, certains clients entrent dans un seul et mĂŞme but, faire un voyage dans le temps. PassĂ© ou futur, chacun a le choix et doit simplement savoir que son voyage ne changera en rien le cours des Ă©vĂ©nements passĂ©s ou futurs. Kazu connaĂ®t les règles et les Ă©dicte simplement pour qu’elles soient bien comprises, elle verse ensuite le cafĂ© fumant dans la tasse d’une blancheur immaculĂ©e. Un breuvage fort et amer qui devra ĂŞtre terminĂ© tant que le cafĂ© est encore chaud.

Tour Ă  tour viennent se confronter Ă  leur passĂ© GĂ´taro, qui Ă©lève sa fille seul ; Yukio, pour enfin parler avec sa mère après toutes ces annĂ©es d’absence ; Kurata cherche Ă  revoir celle avec qui il aurait pu ĂŞtre heureux ; Kiyoshi, inspecteur de police, veut enfin offrir son cadeau d’anniversaire Ă  son Ă©pouse.

Le ton est Ă  la fois lĂ©ger et sĂ©rieux, avec cette sobriĂ©tĂ© toute japonaise qui donne une impression de sĂ©rieux et de froideur. Pourtant la vie et l’espoir sont lĂ , prĂ©sents, confortĂ©s par les voyages d’oĂą il faut revenir le cĹ“ur parfois brisĂ©, mais souvent plus lĂ©ger. Bien sĂ»r, le lecteur connaĂ®t vite les conditions Ă  respecter pour faire ce voyage, et les nombreuses rĂ©pĂ©titions sont parfois un peu lourdes. Mais il y a surtout de belles Ă©motions, des conseils sur l’amitiĂ©, l’amour, la famille, les regrets, les dĂ©sirs, une thĂ©rapie par l’expression d’un bonheur simple, sans essayer de changer ce qui a Ă©tĂ© ou ce qui sera.

J’ai aimĂ© retrouver cette ambiance feutrĂ© et discrète, ces trois pendules, ces serveurs et leurs clients avec leurs chagrins et leurs questions. Et ce mĂŞme si peu de choses ont changĂ© depuis le premier roman. Finalement chacun vient chercher dans ce cafĂ© le plaisir immuable et salvateur, celui de se retrouver face aux personnes qui les ont marquĂ©s dans leur passĂ©.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

La légende raconte qu’un petit café tokyoïte propose une expérience unique à ses clients : voyager dans le passé… le temps d’une tasse de café.
Gôtarô voudrait revoir un ami décédé il y a plus de vingt ans; Yukio, dire à sa mère combien il s’en veut de n’avoir été plus près d’elle ; Katsuki, retrouver la jeune fille qu’il regrette de n’avoir épousé; Kiyoshi, un vieil enquêteur, offrir sa à femme le plus précieux des cadeaux…
Se réconcilieront-ils avec leur passé ?

Toshikazu Kawaguchi est né à Osaka en 1971. Il est dramaturge et a produit et dirigé le groupe théâtral Sonic Snail.

Date de parution 02 novembre 2022 / 18,90 € / 224 pages / EAN : 9782226475343

Comment font les gens, Olivia de Lamberterie

Une histoire de femmes, Ă©tat des lieux de la vie d’une parisienne d’aujourd’hui

Peter a mis le cĹ“ur d’Anna en mille morceaux. Mais ce soir, sa fille Allegra vient dĂ®ner car elle a une importante nouvelle Ă  annoncer. Anna sait dĂ©jĂ  qu’il faudra composer pour que tout se passe au mieux. La journĂ©e qui s’annonce dense est propice aux souvenirs, aux questionnements, Ă  analyser sa vie.

Anna a cinquante ans, trois filles. L’aĂ®nĂ©e Allegra, qu’elle voit trop peu pour bien la connaĂ®tre, FĂ©licitĂ© et Joy deux adolescentes qu’elle voit au quotidien mais qu’elle connaĂ®t de moins en moins bien. Ainsi va la vie, et Ă  chaque âge ses dĂ©calages, sa façon d’ĂŞtre, ses convictions et ses combats.

Sa mère Nine, femme indĂ©pendante et fĂ©ministe convaincue, ne la reconnaĂ®t pas toujours. Elle cherche encore Ă  revenir dans son appartement de la rue de la glacière alors qu’elle a pris pension aux Acacias oĂą elle perd la tĂŞte chaque jour un peu plus.

Anna doit tout gĂ©rer, Peter son Ă©poux volage, ses filles, sa mère, et son mĂ©tier d’Ă©ditrice qu’elle adore et qui lui convient parfaitement. Elle a du mĂ©tier et une certaine assurance mais aujourd’hui, les envies de sa nouvelle directrice d’Ă©diter du feel-good Ă  gogo ne la satisfont plus. Qu’importe il y a toujours ses fidèles et irrĂ©ductibles copines, celles avec qui elle aime Ă©changer quelques SMS ou un Gin tonic au cafĂ© du coin et qui trouvent toujours du temps pour se soutenir et se rĂ©conforter.

L’histoire de cette famille, Ă  travers vingt-quatre heures de la vie d’une parisienne ne semble avoir Ă©tĂ© Ă©crite que pour balayer des sujets d’actualitĂ© et permettre Ă  l’autrice d’exprimer des opinions au travers de ses personnages.

Le féminin-féministe y tient la première place et l’esprit bobo parisien la seconde.

FĂ©minisme, Ă©ducation, publicitĂ©, place des femmes et des hommes, – les pauvres ont un bien mauvais rĂ´le lorsqu’ils en ont un, Anna est une fille sans père, alors comment aimer les hommes ?- place de la lecture, amitiĂ©, famille, rĂ©seaux sociaux, vĂ©gan, anti-vax, vie dans les EHPAD, tout y passe. Mais aussi Me-too, PPDA, inceste, harcèlement, rĂ©volution sexuelle de 68, droits des femmes, cĂ©libataires -vivent Bridget Jones et Friends- maternitĂ© et mariage, etc..

J’ai donc plongĂ© dans le quotidien d’Anna, intello bobo parisienne, attentive au monde qui l’entoure et Ă  l’actualitĂ©, n’ayant aucun soucis d’argent, aimant son mĂ©tier et sa famille, qui s’interroge sur sa vie et sur ses choix. Mais en me demandant rĂ©gulièrement si l’autrice avait hĂ©sitĂ© entre Ă©crire un roman ou un essai, y transposant peut-ĂŞtre une expĂ©rience très personnelle en particulier dans le milieu de l’Ă©dition. Chaque situation est ponctuĂ©e d’exemples souvent tirĂ©s de mĂ©dias qui finissent par Ă©nerver, un peu comme ces candidats de jeux tĂ©lĂ© qui ont rĂ©ponse Ă  tout.

Le roman est bien Ă©crit, l’écriture semble facile, les dialogues sont pertinents, mais le style laisse une impression de too-much et je m’y suis souvent ennuyĂ©e. On comprend vite qu’il ne se passera rien dans cette journĂ©e somme toute assez banale et que l’autrice ne nous fera pas voyager bien loin.

La lecture par Julia Piaton m’a parue assez froide au dĂ©part, puis je m’y suis habituĂ©e. Mais elle n’a pas su me faire adhĂ©rer au personnage d’Anna ni me la rendre sympathique. Cela n’est sans doute pas dĂ» Ă  la voix de la lectrice, mais il ne suffit pas d’avoir du talent encore faut-il avoir quelque chose Ă  raconter pour que ce soit intĂ©ressant. Dommage, j’avais très envie de dĂ©couvrir l’Ă©criture d’Olivia de Lamberterie dont j’apprĂ©cie par ailleurs les chroniques littĂ©raires.

Catalogue Ă©diteur : Audiolib et Stock

Anna, la narratrice de ce roman à la mélancolie aigre-douce façon Sagan, se débrouille comme elle peut avec la vie. Plutôt mal. Elle encaisse. Elle en rit même. Elle se souvient, aussi. Coincée entre une mère féministe mais atteinte d’une forme de joyeuse démence, trois filles à l’adolescence woke, un mari au sourire fuyant et à la tenue fluo, un cordon sanitaire d’amies, Anna pourrait crier, comme on joue, comme on pleure, « Arrêtez tout ! », mais ça ne marche qu’au cinéma.

Lu par Julia Piaton

EAN 9791035411541 Prix du format cd 22,90 â‚¬ / EAN numĂ©rique 9791035411718 Prix du format numĂ©rique 20,45 â‚¬ / Date de parution 14/09/2022

Suivie, Ellery Lloyd

La vie traquĂ©e d’une influenceuse

Suivie par ses millions de followers, Emmy est une instamum, une influenceuse qui Ă©tale sa vie pas toujours rĂŞvĂ©e sur le fil Instagram Mamapoil. Tout y passe, sa vie, mais aussi celle de sa fille Coco et du petit dernier Orson. Sans oublier Dan, la mari fidèle et suiveur, auteur d’un seul roman huit ans plus tĂ´t et qui semble dĂ©sespĂ©rĂ©ment chercher l’inspiration pour le suivant. Qu’importe, avec ses contrats mirifiques Emmy fait bouillir la marmite et paye allègrement les factures, maison, famille, Ă©cole pour Coco, vacances, tout est devenu possible.

Irène, son agente, prend soin de la carrière d’une de ses meilleure pouliches. Et de quasiment toutes les autres instamums de sa constellation. Mais pour gagner des followers, il ne faut pas raconter sa vraie vie, celle lĂ  personne n’en veut. Pas toujours montrer du rĂŞve non plus. Il vaut mieux ĂŞtre Ă  plaindre, affabuler autant que possible tant que ce sera crĂ©dible, la vie d’une instamum n’est pas un calvaire mais s’en approche. Un vĂ©ritable travail de composition finalement. Pourtant, une personne rode dans l’ombre, et sa façon de suivre Emmy n’est pas vraiment celle dont rĂŞve toute influenceuse... Que lui veut elle, et jusqu’oĂą ira t elle…

Le roman, parfois poussif et avec quelques longueurs, Ă©voque avec justesse le monde sans pitiĂ© des rĂ©seaux sociaux. Que peut-on y dire, jusqu’Ă  quel point peut-on s’exposer sans se brĂ»ler les ailes, qui se cache derrière les followers. Car amour et haine, jalousie et empathie, tous les sentiments les plus contradictoires s’expriment sur la toile pour le pire comme pour le meilleur.

Trois voix pour une seule histoire. Trois points de vue pour éclairer le lecteur et lui dévoiler les sentiments et les volontés de chacun des principaux protagonistes.

En ces temps compliquĂ©s, il n’est pas rare de voir de nombreuses personnalitĂ©s se retirer de ces rĂ©seaux sociaux qui ont pourtant contribuĂ© Ă  Ă©tablir leur cĂ©lĂ©britĂ©. PersonnalitĂ©s de la culture, du show-biz, mais aussi blogueuses ou autrices, qui prennent sans doute conscience du besoin de se protĂ©ger. Car si l’on peut dire, raconter, s’exposer, il ne faut jamais s’oublier ni trop en dire. Sans parler du fait qu’il est bien difficile d’encaisser la mĂ©chancetĂ© de certains commentaires. Toujours protĂ©ger ses enfants en particulier et savoir garder une part d’intimitĂ© et de secret. Peut-ĂŞtre avons-nous un peu trop oubliĂ© le vieil adage, pour vivre heureux, vivons cachĂ©s.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Hugo poche

Suivie par des millions de personnes, poursuivie par une seule.

Les gens aiment Emmy Jackson, surtout sur Instagram oĂą elle partage sa vie de famille et ses conseils de maman Ă  son million de followers. Son crĂ©do : la sincĂ©ritĂ©, mais Emmy n’est pas aussi honnĂŞte qu’elle aimerait le faire croire Ă  ses fans. En rĂ©alitĂ©, elle ne raconte pas ce qu’elle vit mais vit pour mettre en lumière son rĂ´le de mère faussement imparfaite.
Dans sa quĂŞte de popularitĂ©, Emmy est prĂŞte Ă  tout ; et une personne, tapie dans l’ombre de l’anonymat des rĂ©seaux sociaux, entend lui faire payer… Car les gens comme elle mĂ©ritent de savoir ce que cela fait de tout perdre.
Quand votre vie s’Ă©tale sur les rĂ©seaux sociaux, quoi de plus simple que de vous tendre un piège ?

Ellery Lloyd est le pseudonyme du couple formé par Collette Lyons (journaliste) et Paul Vl itos (écrivain). Ellery Lloyd est le pendant du couple qu’ils ont créé pour Suivie. Les droits cinéma et télé de Suivie, leur premier thriller, ont été optionnés par Parkes + Macdonald Film Image Nation (Men In Black).

ISBN: 9782755697766 / septembre 2022 / 506 Pages / 8,90€

GIGN, tome 3, Laurent AndrĂ©, Pascal Pelletier

Une BD qui retrace une des premières actions du GIGN


En fĂ©vrier 1976, Ă  Djibouti, un car scolaire d’enfants de militaires est pris en otage. C’est l’intervention du GIGN, alors commandĂ© par le lieutenant Prouteau et de la lĂ©gion Ă©trangère qui permettra de les libĂ©rer, mais hĂ©las deux enfants y ont laissĂ© la vie.

Si elle se lit très facilement, le graphisme et les textes m’ont semblĂ© cependant assez basiques.

Cet aspect de l’histoire du GIGN et donc de la Gendarmerie nationale est intĂ©ressant car sans doute mĂ©connu aujourd’hui, et assez bien retracĂ© pour les amateurs qui s’intĂ©ressent au sujet.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions A & H

Laurent ANDRÉ (ScĂ©nariste) – Pascal PELLETIER (Dessinateur) 
Ă  retrouver sur le site GIGN
Album: 52 pages / Editions A&H BD (11.2021 ) / ISBN : 979-10-95857-87-7  

Le livre des sĹ“urs, AmĂ©lie Nothomb

Parce qu’une sĹ“ur est un trĂ©sor irremplaçable

Comment arriver Ă  trouver sa place quand on naĂ®t dans le foyer d’un couple fusionnel. Dès leur rencontre ils se sont suffit Ă  eux-mĂŞmes. Ça leur passera dirent les uns, l’amour dure sept ans dirent les autres. Pourtant, tant d’annĂ©es après, rien ne peut s’immiscer entre les plis de leur amour. Pas mĂŞme Tiphaine, cette première enfant que tous leur ont conseillĂ© d’avoir.

Alors Tiphaine grandit seule et sans amour, car la fusion ne se divise pas. Seule et sans que personne ne lui apprenne Ă  ĂŞtre une enfant, Ă  grandir, parler, apprendre, ĂŞtre, devenir, aimer. Jusqu’au jour oĂą elle rĂ©ussi Ă  convaincre ses parents de faire un autre enfant. Elle saura bien s’en occuper, aussi bien qu’elle sait s’occuper de sa filleule, la fille de Bobette, cette tante fantasque qui passe ses journĂ©es devant la tĂ©lĂ© Ă  boire et rĂŞver, oubliant d’Ă©lever ses trois garçons et sa fille. Qu’Ă  cela ne tienne, Tiphaine est lĂ  et elle a de l’amour Ă  revendre.

Dès la naissance de Lætitia l’amour de Tiphaine pour sa sĹ“ur est aussi exclusif et passionnĂ© que celui de ses parents entre eux. C’est elle qui l’Ă©lève, lui apprend ce que doit savoir un enfant, faute de parents attentifs. Brillantes, les sĹ“urs sont promises Ă  un bel avenir, musicienne dans un orchestre de rock pour la benjamine, prĂ©sidente de la RĂ©publique pour l’aĂ®nĂ©e. Et le lecteur les suit dans leur parcourt de vie, dans cette fraternitĂ© fusionnelle.

AmĂ©lie Nothomb a l’art dĂ©peindre les extrĂŞmes, amour, abandon, fusion, pardon ou haine, tout est toujours excessif. Comme l’amour de ces deux sĹ“urs qui dĂ©couvrent pourtant Ă  l’Ă©cole qu’une sĹ“ur n’est pas toujours le meilleur cadeau fait Ă  un enfant. L’amour n’est pas toujours au rendez vous des fratries.

Si elle a parlĂ© de la relation importante qui la lie Ă  sa sĹ“ur lors des prĂ©sentations de ce roman, l’autrice est une fois de plus partie dans des mondes rĂŞvĂ©s dans lesquels elle crĂ©e sa propre rĂ©alitĂ©. On y retrouve l’intelligence de l’Ă©criture, le vocabulaire qui nous perd parfois mais que l’on aime dĂ©couvrir, il manque peut ĂŞtre un peu de l’humour caustique qui fait sa patte. Je n’ai pas vraiment rĂ©ussi Ă  m’attacher Ă  Tiphaine, trop intelligente, trop abandonnĂ©e, trop forte sans doute. Ni Ă  ces parents exclusifs que l’on a sans cesse envie de gifler et de secouer.

Pourtant une fois de plus j’ai eu envie de lire d’une traite ce nouveau roman, mĂŞme s’il ne m’a pas autant embarquĂ©e que ceux des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes. Difficile de passer après Soif et Premier sang avouons-le.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Les mots ont le pouvoir qu’on leur donne. »  AmĂ©lie Nothomb

Date de parution 17 août 2022 / 18,90 €

Les nuits bleues, Anne-Fleur Multon

L’amour par temps de confinement

Le confinement et le covid ont inspiré bien des romans. Les relations amoureuses aussi.

Lorsqu’elle rencontre Sara Ă  sa soirĂ©e de fin d’annĂ©e, la narratrice ne sait pas encore qu’elle va comme tant d’autres devoir rester confinĂ©e chez elle sans espoir de sortir. Comment imaginer alors vivre une aventure amoureuse et rencontrer l’âme sĹ“ur, celle qui apparaĂ®t sur les Ă©crans de ses nuits bleues, par internet interposĂ©.

C’est pourtant ce qu’elles vont rĂ©ussir Ă  faire. Se rencontrer, vivre ensemble cet amour neuf, un peu fou dans ce contexte. L’autrice nous fait vivre les gestes, les caresses, les sentiments amoureux, avec douceur et sensibilitĂ©. Mais on tourne vite en rond dans une petit appartement et sans espoir de sortie. MĂŞme si parfois l’imagination supplĂ©e au manque du monde extĂ©rieur.

Un roman sur l’amour et la rencontre, mais fade et sans trop de saveur Ă  mon goĂ»t. Je retiens cependant l’originalitĂ© de l’Ă©criture, qui se veut singulière parfois Ă  l’excès, la poĂ©sie des mots pour dire les sentiments naissants, mais aussi la banalitĂ© des Ă©moticĂ´nes lorsqu’ils sont dĂ©crits et surabondants. Un roman que j’ai cependant lu en une soirĂ©e, une histoire d’amour comme tant d’autres, entre deux jeunes femmes qui se cherchent, se trouvent, et partent vivre leurs rĂŞves d’ailleurs, ailleurs.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : L’Observatoire

Dans les rues d’un Paris déserté, la narratrice avance la peur au ventre et la joie au cœur : c’est chez Sara qu’elle se rend, pour la toute première fois. Les premières fois, les deux amantes les comptent et les chérissent, depuis leur rencontre, les messages échangés comme autant de promesses poétiques, le désir contenu, jusqu’à l’apothéose du premier baiser, des premières caresses, de la première étreinte. Leur histoire est une évidence.

Débute une romance ardente et délicate, dont les héroïnes sont également les témoins subjuguées. La découverte de l’autre, de son corps, de ses affects, l’éblouissement sensuel et la douce ivresse des moments partagés seront l’occasion d’apprendre à se connaître un peu mieux soi-même.

Anne-Fleur Multon redonne ses lettres de noblesse et d’humanité au roman d’amour et nous entraîne dans les dédales d’une passion résolument joyeuse, souvent charnelle et parfois mélancolique, mais toujours étourdissante.

Nombre de pages:  208 / ISBN: 979-10-329-2229-3 / Date de parution: 05/01/2022

L’inclinaison, Corentin Durand

Poser un autre regard sur le sida et l’homosexualitĂ©

Le narrateur traĂ®ne sa vie de soirĂ©es interlopes en petit trafic de drogue, qu’il consomme avidement au passage. C’est lĂ  qu’il rencontre le Bleu, un jeune homme qui l’attire immĂ©diatement. Perdu dans les vapeurs de drogue, les relations ambiguĂ«s et sa vie de petit trafiquant, il a dĂ» mal Ă  savoir oĂą il en est. Mais le jour oĂą le bleu se fait la malle sans rien dire, il se rend compte qu’il lui manque et part le chercher jusqu’en Espagne.

Dès lors, les souvenirs, les envies, le passĂ© familial et les rĂ©ticences sont l’objet de bien des divagations, dĂ©lires, craintes, fuite en avant. Car fort de l’empreinte laissĂ©e dans la famille par l’oncle AndrĂ©, il lui est impossible d’affirmer et d’accepter son homosexualitĂ©.

Cette fuite en avant pour rejeter sa nature la plus profonde devient alors sujet de ses pensées, ses délires, ses angoisses, ses attentes.

Un roman qui m’a très vite lassĂ©e par ses dĂ©lires et descriptions des soirĂ©es, des rencontres. Par une construction que j’ai trouvĂ© bancale, embrouillĂ©e, lourde et difficile Ă  suivre. Et pourtant il a Ă©galement une forme d’écriture assez maĂ®trisĂ©e. J’ai eu dans les premières pages et Ă  plusieurs reprises une très forte envie de le poser dĂ©finitivement. Pourtant, en continuant Ă  tourner les pages, et surtout lors de l’arrivĂ©e en Espagne, je dois dire que l’auteur a su raccrocher mon attention. Bien m’en a pris car sinon je n’aurai pas saisi la complexitĂ© du poids de la famille et du passĂ© sur la vie de ce garçon aussi paumĂ© que compliquĂ© Ă  suivre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Fuyant une vie nocturne inquiétante, un jeune homme qui refoule son homosexualité part pour la côte espagnole. À l’ombre de stations balnéaires décrépies, il noue et dénoue des relations violentes et éphémères, teintées de petits trafics et de mélancolie. Au fil de son road trip improvisé, l’évocation de deux figures tutélaires — un écrivain oublié et un aîné mort du sida — éclaire pourtant ce qui, loin avant sa naissance, a scellé son destin.

Parution : 25-08-2022 / 304 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072948619 / 20,00 â‚¬

Le cabaret des mĂ©moires, Joachim Schnerf

C’est la nuit que certains hommes vivent leurs plus belles fulgurances

Dans Cette Nuit, c’est au seuil d’une nuit, celle de Pessah pour Salomon devenu veuf, qui sait qu’il n’aura pas assez de courage pour continuer la route, sans Sarah, son Ă©pouse partie avant lui qui a partagĂ© sa vie, avec ses joies, ses bonheurs et ses malheurs.
Ici, c’est la nuit oĂą il est seul pour Samuel. Son Ă©pouse est Ă  la maternitĂ©, et le lendemain il reviendra avec elle et leur fils dans leur foyer.

Mais cette nuit n’est pas vraiment solitaire puisqu’il revit les moments forts de son enfance, et la perte de sa grand-tante Rosa, la dernière rescapĂ©e d’Auschwitz.
Rosa et sa famille arrivĂ©s de Pologne, ayant trouvĂ© refuge en France. Ce pays qui a trahi et abandonnĂ© les juifs en les envoyant Ă  la mort certaine dans les camps d’extermination nazis.
Rosa revenue des camps n’a jamais pu parler aux siens. Elle a fuit la France pour crĂ©er un cabaret au Texas, cabaret dans lequel chaque nuit inlassablement elle raconte l’horreur, la survie, le manque d’humanitĂ© parfois nĂ©cessaire pour espĂ©rer vivre jusqu’au matin, la douleur, l’amitiĂ© par delĂ  la mort, la culpabilitĂ© du survivant, le retour, le silence, et tous ceux qui ne sont plus, tous ceux qui ne comprendront jamais. Peut-ĂŞtre est-il plus facile pour Rosa de raconter aux inconnus qu’Ă  ses proches, Ă  ceux qui sont revenus, et surtout Ă  tous ceux qui ont comme elle perdu une grande partie de leur famille. C’est le paradoxe de ceux qui ont vĂ©cu l’horreur, ne pas en parler autour de soi, mais parfois l’Ă©crire, le dire Ă  ceux qui avec qui il n’y a aucun lien.

En cette nuit avant de ramener avec lui son Ă©pouse et son fil, Samuel se souvient, et ses pensĂ©es vont du prĂ©sent au passĂ©, de son prĂ©sent Ă  son futur, mais surtout Ă  son enfance, cette enfance avec sa sĹ“ur et son cousin et pendant laquelle Rosa Ă©tait un personnage bien lointain mais cependant prĂ©gnant. J’ai Ă©tĂ© parfois un peu perdue dans ces aller-retour, mais ce roman se lit vraiment si vite que cela n’est pas trop gĂŞnant, il est toujours possible de faire quelque retour arrière.

Encore et toujours Ă  travers les mots de Joachim Schnerf s’impose le besoin de transmettre pour ne pas oublier, dire pour que tous sachent et que jamais ne revienne l’horreur. Et pourtant, parfois la violence du monde actuel semble nous dĂ©montrer qu’au contraire, tout peut revenir. Et qu’il nous faut ĂŞtre vigilent, toujours, partout.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Demain matin, Samuel ira chercher sa femme et leur premier né à la maternité. Alors, en cette dernière nuit de solitude, à l’aube d’une vie qui ne sera plus jamais la même, Samuel veille. Partagé entre exaltation et angoisse, il se souvient du passé, songe à l’avenir, tente d’endosser son nouveau rôle de père.

Cette nuit est hantée par de nombreuses histoires. Celle de ses aînés, et d’abord celle de sa grand-tante, la fabuleuse Rosa, installée après la Seconde Guerre mondiale au Texas où elle a monté un cabaret extraordinaire. Celles que Samuel se racontait enfant, lorsqu’avec ses cousins il se déguisait en cow-boy et jouait à chercher sa grand-tante dans le désert d’une Amérique fantasmée, face à des ennemis imaginaires. Celles que Rosa, désormais ultime survivante d’Auschwitz, raconte chaque soir sur les planches. Toutes ces histoires, Samuel les partagera avec son fils, l’enfant de la quatrième génération qui naît alors que Rosa fait ses adieux à la scène. … lire la suite

Parution : 24 AoĂ»t 2022 / pages :140 / EAN : 9782246828921 prix 16.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246828938 prix 10.99€