Le bonheur n’a pas de rides, Anne-GaĂ«lle Huon

Lire « Le bonheur n’a pas de rides Â» de Anne-GaĂ«lle Huon, un vĂ©ritable hymne Ă  la vie qui donne envie de manger les petits Lu en commençant par les coins !

Mais qui est Paulette, une vielle dame revĂȘche et bougonne, ou une gentille octogĂ©naire qui attend la fin de sa vie ? Elle est trĂšs dĂ©sagrĂ©able avec sa belle-fille, surtout depuis qu’elle vit chez son fils. Elle rĂȘve d’une maison de retraite grand luxe dans le sud de la France. Mais c’est dans un petit village francilien, dans une auberge improbable choisie par sa belle-fille qu’elle est lĂąchement dĂ©posĂ©e au dĂ©but des vacances. Un peu comme on abandonnerait son chien !

Paulette a dĂ©cidĂ© d’ĂȘtre dĂ©sagrĂ©able. Avec son caractĂšre bien trempĂ© et son cĂŽtĂ© acariĂątre, elle s’y entend pour embĂȘter son monde. D’abord le propriĂ©taire de l’auberge, qui ne sait plus comment la gĂ©rer, puis les autres pensionnaires. Elle ne leur trouve que des dĂ©fauts et refuse de s’intĂ©grer. Pire, elle fait tout pour les provoquer.

Pourtant, sa perspicacitĂ©, son bon cƓur, et le caractĂšre attachant de ses compagnons d’infortune dans cette auberge improvisĂ©e maison de retraite auront raison de son mauvais caractĂšre. En cherchant bien sous les carapaces de chacun – et en fouinant un peu dans les affaires des autres il faut l’avouer – l’aventure est au bout du couloir, l’amour et l’amitiĂ© aussi.

Plein de bons sentiments, pĂ©tillant d’humour et non dĂ©pourvu de rĂ©alisme parfois, voilĂ  un roman qui se lit avec bonheur, sans se poser de question. LĂ©ger mais pas simpliste, rempli de bons sentiments pas toujours Ă©vidents, c’est le roman idĂ©al sur la plage ou pour les longues soirĂ©es d’étĂ©.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche

Le plan de Paulette, quatre-vingt-cinq ans, semblait parfait : jouer Ă  la vieille bique qui perd la tĂȘte et se faire payer par son fils la maison de retraite de ses rĂȘves dans le sud de la France. Manque de chance, elle Ă©choue dans une auberge de campagne, au milieu de nulle part.
La nouvelle pensionnaire n’a qu’une idĂ©e en tĂȘte : quitter ce trou, le plus vite possible ! Mais c’est compter sans sa nature curieuse et la fascination que les autres rĂ©sidants, et surtout leurs secrets, ne tardent pas Ă  exercer sur elle. Que contiennent en effet les mystĂ©rieuses lettres trouvĂ©es dans la chambre de monsieur Georges ? Et qui est l’auteur de l’étrange carnet trouvĂ© dans la bibliothĂšque ?
Une chose est certaine : Paulette est loin d’imaginer que ces rencontres vont changer sa vie et peut-ĂȘtre, enfin, lui donner un sens.

Prix : 7,90€ / Pages : 352 : Date de parution : 03/04/2019 / EAN : 9782253906803

Editeur d’origine : City Edition

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Le Sud-Ouest n’existe pas, Raymond Chabaud

Il parait que « Le Sud-Ouest n’existe pas » en tout cas c’est ce qu’explique Raymond Chabaud, dans cet essai publiĂ© par les Ă©ditions Cairn.

photo couverture du livre le sud_ouest n'existe pas Ă©ditions CaĂŻrn blog Domi C Lire

ÉditĂ© par Cairn, cet Ă©diteur palois qui nous rĂ©jouit avec ses polars rĂ©gionaux, voilĂ  un postulat intĂ©ressant affirmĂ© par un gĂ©ographe qui « pense avec ses pieds Â», de ceux qui ont parcouru en long, en large et en travers le sud-ouest divers et authentique qui existe car il le connait bien.

Car oui, ce pays-lĂ  existe bel et bien, mais ce n’est pas celui dont parlent ceux qui ne le connaissaient pas, qui n’y ont pas vĂ©cu, mais bien celui d’un homme qui l’a parcouru et le connait par ses terroirs, habitants, coutumes.
Si l’on s’en tient Ă  l’aspect purement gĂ©ographique, ou gĂ©opolitique, il semble bien qu’il existe un grand Sud-Ouest
 Enfin, jusqu’à prĂ©sent c’est ce que je pensais, et j’y ai passĂ© ma jeunesse et tel Ulysse j’y reviens sans cesse. Et effectivement il y a de vraies diffĂ©rences entre les dĂ©partements, et rĂ©gions d’origine, gascons, bigourdans, bĂ©arnais, landais ou basques pour ne citer qu’eux.

Mais selon Raymond Chabaud,
Il n’existe pas car il est multiple et divers, du BĂ©arn aux Landes en passant par le Tarn-et-Garonne et la Bigorre, terres et hommes ont ici leur singularitĂ© et l’auteur nous parle d’eux.
Il n’existe pas car sa cuisine et ses productions locales sont multiples aussi, canard de Rouen ou pas, cochon noir de Bigorre, palombes, vins de Jurançon, de Madiran, Iroulegy et tant d’autres.
Il n’existe pas car ses paysages et son patrimoine sont multiples, il faut aller dans ces rĂ©gions pour les visiter, les connaĂźtre et en savourer toute les diffĂ©rences.

Alors, il y a une multitude de terroirs, accents, cultures, traditions Ă  dĂ©couvrir, Ă  regarder, savourer, goĂ»ter… C’est ce que dit l’auteur avec force, enthousiasme et parfois mĂȘme sans modĂ©ration et parfois mĂȘme un brin d’aciditĂ©, comme la tomate peut-ĂȘtre
 Un recueil qui se lit facilement, fait de courts textes, puisque ce sont des articles de blog au dĂ©part, Ă©crits avec une Ă©nergie et parfois une colĂšre communicatives et bien instructives


Il s’agit ici d’un recueil d’articles publiĂ©s sur le Blog « L’Ɠil gĂ©opolitique » de l’auteur entre 2014 et 2016.

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Cairn

Le Sud-Ouest
. Vu de Paris
 Dans les faits, ce qu’on appelle Sud-Ouest est surtout le Nord-Est du Pays basque. Jadis, on disait Novempopulanie, mais ça sonne dĂ©suet.
Sud-Ouest, ça semble unitaire alors que c’est divers, variĂ©, changeant, des collines gersoises aux plateaux bigourdans. Ici, de grosses bĂątisses qui se veulent tellement distinguĂ©es qu’on les nomme chĂąteaux. LĂ , de belles et lourdes fermes tant chargĂ©es d’histoire qu’on ne peut que les appeler maisons. De puissantes riviĂšres et des gaves sautillants. Des pins aĂ©riens qui voisinent avec des chĂȘnes aux puissantes racines Lire la suite

ISBN :  9782350686448  / 17,00 € TTC / Format 13 x 21/ Nombre de pages 128/ Date de parution : Ă©tĂ© 2018

Commissaire KouamĂ©, un si joli jardin ; Marguerite Abouet, Donatien Mary

CompliquĂ© ? Vous avez dit compliquĂ© de mener l’enquĂȘte ? On embarque avec le commissaire KouamĂ© et cette BD primĂ©e au 19e prix du Polar SNCF.

A Abidjan, suite Ă  la dĂ©couverte d’un corps dans un hĂŽtel de passe, le commissaire Marius KouamĂ© et son adjoint ArsĂšne mĂšnent l’enquĂȘte. La victime n’est autre que le magistrat CompliquĂ©, ce qui va bien compliquer la tĂąche du commissaire. VoilĂ  un excellent prĂ©texte pour nous entrainer Ă  la suite de quelques malfrats de seconde zone, dans les prisons ou dans les commissariats oĂč les coups et la torture ne sont pas lettres mortes, et oĂč l’on fait bon usage des radiateurs en fonte d’antan. C’est rythmĂ©, fĂ©roce, et rempli de rebondissements de toutes sortes, le dessin est aussi vif et colorĂ© que les habitudes et le langage des protagonistes, aussi hachĂ© parfois que les rĂ©flexions du commissaire, comme esquissĂ©, mais toujours affirmĂ© .

Alors bienvenue dans ce pays oĂč il ne fait pas toujours bon ĂȘtre diffĂ©rent, oĂč lorsque la sexualitĂ© est exacerbĂ©e c’est forcĂ©ment en respectant les poncifs de la sociĂ©tĂ© traditionnelle, oĂč l’on part Ă  la dĂ©couverte du quartier « mon mari ma laissĂ©e Â» et des rĂ©sidences huppĂ©es des hauts dignitaires, Ă  la poursuite du coupable et de son mobile.

J’avais particuliĂšrement aimĂ© la sĂ©rie Aya de Yopougon, je retrouve ici l’humour un peu fĂ©roce qui caractĂ©rise cet auteur. Il faut avouer que Marguerite Abouet n’a pas son pareil pour nous conter son pays la CĂŽte d’ivoire en mettant en exergue les travers de la sociĂ©tĂ© africaine et le poids des traditions. Cette BD vient de remporter le prix du polar SNCF.

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Par : Marguerite Abouet, Donatien Mary / Couleurs de Frédéric Boniaud

Abidjan. Un homme a Ă©tĂ© mystĂ©rieusement assassinĂ© dans un minable hĂŽtel de passe. Personne n’a rien vu… et l’enquĂȘte doit rester discrĂšte sous peine de dĂ©frayer la chronique, car la victime n’est autre que TraorĂ© CompliquĂ©, le cĂ©lĂšbre magistrat ! Le grand commissaire Marius KouamĂ© est immĂ©diatement mis sur l’affaire. AccompagnĂ© d’ArsĂšne, son fidĂšle adjoint, il traque les suspects en tout genre, qui n’ont qu’Ă  bien se tenir, car les tortures infligĂ©es par les deux flics sont aussi incongrues qu’efficaces !
Un polar loufoque et dĂ©jantĂ©, relevĂ© par la verve ivoirienne de l’auteure de « Aya de Yopougon ».
Date de parution : 09 / 11 / 2017 / 104 pages / 20 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075076920

Les Ăąmes silencieuses, MĂ©lanie Guyard

Aborder le thĂšme de la seconde guerre mondiale avec une fille-mĂšre tondue Ă  la libĂ©ration, pari osĂ© mais pari tenu par MĂ©lanie Guyard dans « Les Ăąmes silencieuses Â».

De nos jours, LoĂŻc est un trentenaire paumĂ©, cynique, blasĂ©, chĂŽmeur et futur divorcĂ©. Le coup de poing dont il a gratifiĂ© son rival lui vaut quelques sĂ©ances fastidieuses chez un psy plus ennuyeux que compatissant. Aussi, lorsque sa mĂšre lui demande de partir dans le Berry vider la maison familiale, LoĂŻc n’a plus rien Ă  perdre et descend se rĂ©fugier dans le travail et les souvenirs d’une famille qu’il ne connait quasiment pas.

A peine arrivĂ©, les piliers de bar du village lui jettent Ă  la figure des mots qui ont de mauvais relents de seconde guerre mondiale, de ces qu’en dira-t-on qui ont poursuivi sa grand-mĂšre toute sa vie. Rapidement, alors que les tensions s’apaisent, les secrets se dĂ©voilent.  De 1942 Ă  1944, dans le village occupĂ©, HĂ©loĂŻse a fautĂ©, accompagnant chaque jour un bel officier allemand dans les bois. Puis HĂ©loĂŻse a mis au monde AnaĂŻs, la mĂšre de LoĂŻc. Tondue Ă  la fin de la guerre, fille-mĂšre Ă  une Ă©poque oĂč cela ne se faisait pas, HĂ©loĂŻse a pourtant toujours gardĂ© ses secrets. La vĂ©ritĂ© sur cette relation, qui est le pĂšre, autant de mystĂšres pour tous comme pour son petit-fils.

Lorsqu’il entreprend le dĂ©blayage du grenier, LoĂŻc dĂ©couvre un Ă©change Ă©pistolaire entre HĂ©loĂŻse et un mystĂ©rieux J. Commence alors une enquĂȘte familiale Ă  rebours, pour savoir et comprendre.  Il rencontre la gentille et douce Mathilde, qui fuit elle aussi ses propres tourments. Tous deux se lancent dans une enquĂȘte complexe -ça tombe bien, Mathilde est flic- pour dĂ©terrer les secrets enfouis dans les granges, les bois, les cƓurs et les Ăąmes de ce village hors du temps. D’interrogation en dĂ©couverte, chacun Ă©volue, mais surtout comprend d’oĂč il vient, et comment il va pourvoir avancer dans cette vie qu’ils ont tant de mal, l’un comme l’autre,  à apprĂ©hender.

Dans un style fluide et rĂ©solument moderne, l’auteur nous transporte entre deux Ă©poques et fait Ă©merger toutes sortes de sentiments qui guident ses personnages Ă  travers des temps tourmentĂ©s, la guerre, l’amour, la sĂ©paration, le deuil. Chacun ressent Ă  sa façon les Ă©preuves Ă  affronter, et le lecteur se laisser habilement mener, malgrĂ© quelque indices semĂ©s au fil des pages, vers un final bien plus contemporain qu’il n’y parait.

Lors de la rencontre avec l’auteur, j’ai eu plaisir Ă  l’écouter parler de ses questionnements, puis de ses certitudes et de son plaisir Ă  Ă©crire ce premier roman destinĂ© aux adultes.

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Seuil

1942. HĂ©loĂŻse Portevin a tout juste vingt ans lorsqu’un dĂ©tachement allemand s’installe dans son village. Avides d’exploits, son frĂšre et ses amis dĂ©clenchent un terrible conflit. Pour aider ceux qu’elle aime, HĂ©loĂŻse prend alors une dĂ©cision aux lourdes consĂ©quences…

2012. LoĂŻc Portevin est envoyĂ© par sa mĂšre au fin fond du Berry pour y vider la maison familiale aprĂšs le dĂ©cĂšs de sa grand-mĂšre. LoĂŻc tombe sur une importante correspondance entre cette derniĂšre et un dĂ©nommĂ© J. Commence pour lui une minutieuse enquĂȘte visant Ă  retrouver l’auteur des lettres.

Entre secrets de famille et non-dits, Loïc et Héloïse font chacun face aux conséquences de leurs décisions, pour le meilleur
 et pour le pire.

MĂ©lanie Guyard est professeur de biologie en rĂ©gion parisienne. Elle a publiĂ© sous le pseudonyme d’Andoryss une dizaine de bandes dessinĂ©es (aux Ă©ditions Delcourt) et plusieurs romans jeunesse. Les Âmes silencieuses est son premier roman en littĂ©rature adulte.

Date de parution 02/05/2019 / 18.90 € TTC / 320 pages / EAN 9782021419030

Meurtre Ă  Montaigne, Estelle Monbrun

Meurtre Ă  Montaigne, d’Estelle Monbrun cĂ©lĂšbre les 25 ans de la collection chemins nocturnes, des Ă©ditions Viviane Hamy.

En Dordogne, Ă  Saint-Michel-de-Montaigne, les touristes adorent visiter la tour et la cĂ©lĂšbre librairie du chĂąteau de Montaigne. Olivier, un Ă©tudiant spĂ©cialiste de l’auteur fait le guide pendant ses vacances. Un matin, il dĂ©couvre le corps inanimĂ© d’un jeune homme au pied de la tour.
Sur l’Ile d’OlĂ©ron, Mary, une Ă©tudiante amĂ©ricaine assistante de Michel Lespignac est aussi la baby-sitter des petites filles de ce grand spĂ©cialiste de Montaigne. Sur la plage, elle retrouve Caro, une jeune fille rencontrĂ©e lors de son arrivĂ©e Ă  Paris
  Un instant d’attention, et les petites filles ont disparu

Le commissaire Foucheroux  vient de prendre sa retraite et n’a pas encore trouvĂ© son rythme. Lorsqu’on l’appelle Ă  la rescousse pour rĂ©soudre cette affaire d’enlĂšvement qui s’avĂšre plus complexe que prĂ©vu, il est ravi de seconder son ancienne assistante, la commissaire Leila Djemani. Ils doivent ĂȘtre efficaces et trĂšs discrets, eu Ă©gard au statut de Lespignac. Ce dernier doit trĂšs prochainement faire paraitre une bombe qui va secouer le milieu littĂ©raire et les aficionados de Montaigne.

De l’enlĂšvement aux dĂ©couvertes multiples sur les personnalitĂ©s et le passé des diffĂ©rents protagonistes, faux-semblants, trahison, envie, jalousie, dĂ©sir de vengeance, filiation et gĂ©nĂ©alogie, de nombreux  thĂšmes vont ĂȘtre adroitement abordĂ©s par Estelle Monbrun. L’intrigue est parfois embrouillĂ©e et semble traitĂ©e avec lĂ©gĂšretĂ©, trop fin de siĂšcle peut-ĂȘtre (mais oĂč est passĂ©e la police scientifique ?) Sans doute parce que nous avons affaire Ă  des littĂ©raires purs et durs ! Par contre l’humour et les rĂ©fĂ©rences littĂ©raires sont constamment prĂ©sents dans ce polar rocambolesque qui plonge le lecteur dans l’histoire des lieux et de l’écrivain. MalgrĂ© tout, ce thriller plus littĂ©raire que noir se laisse lire fort agrĂ©ablement. N’y cherchez pas une enquĂȘte fouillĂ©e et des policiers aguerris, mais plutĂŽt une Ă©criture et un texte Ă©rudits qui donnent envie de dĂ©couvrir ces lieux chers Ă  Montaigne, parce que c’était lui, parce que c’est vous !

Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy

Un rapide pincement des lĂšvres rouge vif aurait indiquĂ© Ă  une personne moins naĂŻve que Mary que sa prĂ©sence n’était pas vraiment souhaitĂ©e. Mais sa proposition fut acceptĂ©e, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses Ă©tudes Ă  l’École des beaux-arts et habitait Ă  la CitĂ© universitaire. AprĂšs deux bises Ă  la française, que les AmĂ©ricains appellent air kisses et qui n’engagent Ă  rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch aprĂšs lui avoir fait un petit signe faussement dĂ©sinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant Ă  une adresse cryptĂ©e­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. Â»

Avec Meurtre chez tante LĂ©onie, Estelle Monbrun a inaugurĂ© la collection « Â­Chemins Nocturnes­ Â» aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres Â» suivront. On la compare souvent Ă  David Lodge et Ă  Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des rĂ©fĂ©rences sarcastiques sur le milieu universitaire, reprĂ©sentĂ© avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de thĂ©Ăątre. Â» RenĂ© de Ceccatty, Le Monde.
Vous voilà prévenus.

Parution : 14/03/2019 / ISBN : 9791097417277 / Pages : 224 p. / Prix : 19€

Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne Ă©mĂ©rite) s’est lancĂ©e dans une carriĂšre de professeur de littĂ©rature française contemporaine aux États-Unis, Ă  New-York puis Ă  Saint-Louis. Elle s’avĂšre ĂȘtre une spĂ©cialiste reconnue dans le monde entier de l’Ɠuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. ParallĂšlement Ă  son mĂ©tier d’enseignante, Estelle Monbrun Ă©crit des polars publiĂ©s par les Éditions Viviane Hamy. Ses Ă©crits mĂȘlent fraĂźcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littĂ©raire, et profondeur, par la qualitĂ© documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.
« Mes livres peuvent ĂȘtre lus comme de simples romans policiers, mais, si on connaĂźt le texte source sur lequel je m’appuie, on peut s’amuser Ă  reconnaĂźtre des citations cachĂ©es, des rĂ©fĂ©rences stylistiques, des noms de personnages codĂ©s
 C’est comme un clin d’Ɠil permanent, une complicitĂ© Ă  trois : un Ă©crivain, une romanciĂšre, un lecteur. Â»

L’odeur de chlore, Irma Pelatan

C’est plein de chlore au fond de la piscine
 j’ai mis mon petit pull marine pour dĂ©couvrir ce roman Ă©tonnant, bizarre et singulier


Singulier comme cette piscine voulue par Le Corbusier. En 1958, il renonce au mĂštre Ă©talon et se donne pour mesure le Moludor, ou la taille d’un homme d’un mĂštre quatre-vingt-trois
 (hum, et pourquoi pas d’une femme d’un mĂštre et quelque ?) Piscine qui n’a pas Ă©tĂ© construite par Le Corbusier, mais par son ami et Ă©lĂšve AndrĂ© Wogensky entre 1969 et 1971. Bref, cette piscine situĂ©e dans le village de Firminy vert, dans la Loire, est le lieu oĂč l’auteur va vivre des heures dans l’eau, sous l’eau, autour de l’eau, qui rythme et ponctue ses annĂ©es d’enfance, d’adolescence…

J’aurais donc appris cela de cet Ă©tonnant rĂ©cit – roman ? ou je ne sais quoi – puisque l’auteur pose sur la feuille des mots et des sentiments comme jetĂ©s Ă  la suite les uns des autres. Irma Pelatan se souvient et Ă©grĂšne des souvenirs, des odeurs, celle du chlore bien sĂ»r, mais d’autres aussi, des visions de traces de sang, de pieds tailladĂ©s par le carrelage, de viol sans doute, Ă  peine Ă©voquĂ© en une page mais fort et tellement troublant, de couloir courbe, du plaisir de s’exhiber comme les garçons sur ce plongeoir vertigineux avec deux cent yeux tournĂ©s vers elle. Et les annĂ©es sont passĂ©es par-lĂ , les rondeurs et les douleurs aussi dans ce corps qui aujourd’hui dĂ©borde.

Au milieu des bonnets de bain en plastique et des adolescents boutonneux qui s’éveillent aux autres, je me suis pourtant un peu perdue, les doigts fripĂ©s par l’eau trop froide, dans ces odeurs de chlore et de marĂ©es.

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : La contre allĂ©e

L’Odeur de chlore, c’est la rĂ©ponse de l’usager au programme « Modulor » de l’architecte Le Corbusier. C’est la chronique d’un corps qui fait ses longueurs dans la piscine du Corbusier Ă  Firminy. Le lieu est traitĂ© comme contrainte d’écriture qui, passage de bras aprĂšs passage de bras, guide la remĂ©moration. Dans ces allers-retours, propres Ă  l’entraĂźnement, soudain ce qui Ă©tait vraiment Ă  raconter revient : le souvenir enfoui offre brutalement son effarante profondeur.
Quelque chose de trĂšs contemporain cherche Ă  se formuler ici : comment dit-on « l’usager » au fĂ©minin ? Comment calcule-t-on la stature de la femme du Modulor ?
Lorsque le corps idĂ©al est conçu comme le lieu du standard, comment s’approprier son propre corps ? Comment faire naĂźtre sa voix ? Comment dĂ©gager son rĂ©cit du grand rĂ©cit de l’architecte ?
J’ai cherchĂ© Ă  traduire la langue du corps, une langue qui est toute eau et rythme. DĂ©laissant la fiction, j’ai laissĂ© le rĂ©el me submerger. À la « machine Ă  habiter », je rĂ©ponds avec du corps, de la chair, jusqu’à rendre visible l’invisible, jusqu’à donner une place Ă  l’inaudible.
Si tu savais comme je suis bien . Irma Pelatan

Irma Pelatan est nĂ©e quelque part sur le calcaire pelĂ© du Causse MĂ©jean, vers 1875. C’est cependant sous l’exact soleil de Tunisie qu’elle est morte, en 1957. Sur la carte entre les pointes du compas, s’ouvre tout l’espace de la MĂ©diterranĂ©e, ce centre flottant – infini terrain de jeu pour sa soif d’ailleurs, pour ce fol esprit aventureux.
Irma Pelatan a pris corps à nouveau – mon corps – le neuf mars 2017, dans la chambre douze de l’hîpital de Vienne. Depuis, elle conquiert du terrain.

ISBN / 9782376650058 / Format 13,5 x 19 CM / Nombre de pages 80 pages / Date de parution 08/03/2019 / Prix 13, 00€

La chambre des merveilles, Julien Sandrel

La chambre des merveilles, un soupçon de dĂ©licatesse et de sensibilitĂ©, comme un gros bonbon multicolore pour faire le bonheur de cƓurs tendres.

Louis, douze ans, a une maman bien pressĂ©e. Chaque matin c’est le mĂȘme rituel, le lever est toujours un peu difficile, Louis aime bien se faire prier pour sortir du lit
 Mais ce jour-lĂ , une belle dose d’exaspĂ©ration, un peu d’inattention, et le travail omniprĂ©sent dans la vie de sa mĂšre, louis, fĂąchĂ© part Ă  fond sur son skate-board. HeurtĂ© par un camion, l’enfant est dans le coma


Face Ă  une situation qui n’évolue pas, les mĂ©decins se sont donnĂ© un mois, un tout petit mois, pour la vie ou la mort. Un mois, c’est trop court, alors Thelma la combattante dĂ©cide de tout mettre en Ɠuvre pour donner Ă  son fils l’envie de vivre, de revenir de cet ailleurs dans lequel il est plongĂ©, de ce silence dont on ne sait rien. Chaque jour dans cette chambre d’hĂŽpital qui se transforme en chambre des merveilles, elle lui raconte comment elle accompli pour lui ces merveilles qu’il rĂȘvait de rĂ©aliser un jour. Et le lecteur rit et sourit, pleure et espĂšre.

Et si l’amour d’une mĂšre Ă©tait le plus fort, si ce lien puissant pouvait ramener son enfant Ă  la vie ? C’est le vƓu le plus cher de cette femme qui se remet en question, interroge sa vie, sa relation aux autres, Ă  son travail, sa solitude et tous les liens d’amour ou d’amitiĂ© qui font ce que vous ĂȘtes. Alors bien sĂ»r, c’est bourrĂ© d’incohĂ©rences et d’exagĂ©rations, mais est-ce vraiment ce que l’on a envie de retenir ?

Il est parfois difficile de lire un roman dont on a entendu autant de bien, car il y a la crainte de ne pas l’apprĂ©cier autant que les autres lecteurs et de se demander pourquoi. Avec la chambre des merveilles, c’est un peu le cas. Mais c’est sans doute un plaisir Ă  prendre tel que sans se poser de question. Car cette lecture est un peu trop sucrĂ©e, trop Ă©vidente parfois, un peu trop
 Mais pourquoi bouder son plaisir, c’est un roman que l’on a envie de lire sans ĂȘtre dĂ©rangĂ©, jusqu’au bout, pour savoir, se rĂ©jouir et se dire que, peut-ĂȘtre, le bonheur existe.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Calmann-LĂ©vy

Louis a douze ans. Ce matin, alors qu’il veut confier Ă  sa mĂšre, Thelma, qu’il est amoureux pour la premiĂšre fois, il voit bien qu’elle pense Ă  autre chose, sĂ»rement encore Ă  son travail. Alors il part avec son skate, fĂąchĂ© et déçu, et traverse la rue Ă  toute vitesse. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre.
Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amĂ©lioration, il faudra dĂ©brancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hĂŽpital, dĂ©sespĂ©rĂ©e, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intĂ©rieur, il a rĂ©pertoriĂ© toutes les expĂ©riences qu’il aimerait vivre un jour : la liste de ses « merveilles ». Thelma prend une dĂ©cision : une par une, ces merveilles, elle va les accomplir Ă  sa place. Et les lui raconter. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-ĂȘtre que ça l’aidera Ă  revenir. Mais il n’est pas si facile de vivre les rĂȘves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

312 pages / Date de parution : 27/03/2019 / EAN : 9782253074328 / Prix : 7,90 €