Punto Basta, Lionel Froissart

Une étonnante reconstruction de l’accident le plus tristement célèbre du tunnel de l’Alma


Jocelyne travaille à la préfecture de Bobigny. Célibataire sans enfants elle mène une vie solitaire. De temps en temps elle passe la soirée à Paris avec ses copines et rentre en empruntant les beaux quartiers côté ouest par la voie sur berge et sa belle traversée des lieux emblématiques de la capitale.
Le soir du 30 aoĂ»t 1997, au retour de l’une de ses sorties entre copines et alors qu’elle s’engage dans le tunnel du pont de l’Alma Ă  bord de sa Fiat Uno blanche, elle est percutĂ©e Ă  grande vitesse par une Mercedes. C’est tout juste si elle s’aperçoit lorsqu’elle jette un Ĺ“il dans son rĂ©tro que l’autre voiture s’encastre dans un pilier du tunnel. Elle en est quitte pour une grande frayeur et parvient Ă  regagner son domicile tremblante et fortement secouĂ©e.
Au petit matin, elle dĂ©couvre atterrĂ©e que la princesse Lady Di est dĂ©cĂ©dĂ©e la veille dans un accident de voiture Ă  Paris. Les journaux n’ont aucune piste crĂ©dible, si ce n’est très rapidement celle d’une mystĂ©rieuse Fiat Uno blanche aperçue par plusieurs tĂ©moins sur les lieux du drame. Mais alors, Jocelyne est-elle impliquĂ©e, fautive, tĂ©moin, coupable ?

L’auteur nous fait pĂ©nĂ©trer les mĂ©andres de son cerveau fortement perturbĂ© par les circonstances de l’accident. La personnalitĂ© de la victime principale, l’ampleur de l’enquĂŞte mise en place pour rechercher les causes (on se souvient que la quasi totalitĂ© de la PJ parisienne Ă©tait mobilisĂ©e pour tenter de trouver une explication au drame, autre que vitesse excessive, course poursuite avec les motos, et … pas de ceinture de sĂ©curitĂ© qui aurait pu sauver des vies), les interrogations de Jocelyne spectatrice et actrice bien involontaire du drame, sont analysĂ©es avec soin. Le cheminement de sa pensĂ©e est dĂ©cortiquĂ© pas Ă  pas. Coupable ou pas, que peut-elle faire, que doit-elle dire ?
Vient ensuite une incursion (qui par contre ne m’a vraiment pas convaincue) dans les pensĂ©es de Lady Di pendant les heures qui prĂ©cĂ©dent l’accident. Puis l’auteur par ailleurs spĂ©cialiste de la F1 fait un rappel de quelques grands accidents de la route qui ont coĂ»tĂ© la vie Ă  de nombreuses autres tĂŞtes couronnĂ©es. Enfin, il revient Ă  la banalitĂ© du quotidien de Jocelyne. Cette femme ordinaire qui a vĂ©cu un Ă©vĂ©nement hors du commun en se demandant comment s’en sortir.

Une lecture qui nous remĂ©more quelques lointains souvenirs, en particulier l’émoi qu’a provoquĂ© dans le monde l’accident tragique de Lady Di. MalgrĂ© quelques bĂ©mols (la partie sur Lady Di justement), j’ai aimĂ© la façon dont l’auteur analyse et dĂ©crit avec rĂ©alisme le quotidien ordinaire de la plupart d’entre nous, pour en faire quelque chose d’extraordinaire.

Catalogue Ă©diteur : HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Jocelyne mène une vie tranquille et solitaire Ă  Bobigny. Son petit plaisir, c’est de traverser les beaux quartiers de Paris au volant de sa Fiat, qu’elle surnomme affectueusement Paulette. Le soir du 30 aoĂ»t 1997, alors qu’elle rentre par la voie sur berge, Jocelyne est accrochĂ©e par une puissante berline. ObnubilĂ©e par la maĂ®trise de son vĂ©hicule, elle remarque Ă  peine que la voiture folle s’encastre dans le tunnel du pont de l’Alma. Le lendemain, Jocelyne dĂ©couvre la terrible nouvelle : Lady Di a succombĂ© Ă  l’accident. Quel rĂ´le a-t-elle jouĂ© ? Aurait-elle pu porter secours Ă  la princesse ? Et si la police remontait jusqu’à elle ?
Avec ce portrait de jeune femme tout en fêlures, Lionel Froissart déjoue les pronostics de cette ténébreuse affaire qui a fait couler tant d’encre. Derrière ce drame de portée internationale, l’histoire d’une Madame Tout-le-monde se télescopant avec celle d’une étoile.

Né en 1958, Lionel Froissart est journaliste sportif, spécialisé dans la F1 et le tennis. Il a travaillé pour Libération pendant près de trente ans. Auteur notamment d’une biographie d’Ayrton Senna en 2004, il a remporté avec Les Boxeurs finissent mal en général le prix Sport-Scriptum 2008 du meilleur livre sportif de l’année.

192 pages / 17€ / Paru le 14 janvier 2021 / ISBN : 978-2-35087-628-3

Une Ă©toile en enfer, Guy Rechenmann

Une nouvelle enquĂŞte d’Anselme Viloc, le flic de papier

Comme Ă  son habitude, Anselme Ă©lucide ses enquĂŞtes en suivant quasi exclusivement ses intuitions et son instinct. C’est un homme qui utilise sa tĂŞte et son stylo, Ă  une Ă©poque oĂą les rĂ©seaux, internet et les Ă©lĂ©ments scientifiques n’avaient pas encore pris cette place prĂ©pondĂ©rante qu’ils ont aujourd’hui. Par le plus grand des hasards, il va tenter de rĂ©soudre trois affaires qui n’ont rien Ă  voir entre elles.

D’abord il veut comprendre ce qu’il s’est passĂ© lors du naufrage de ce chalutier qui a vu la disparition du patron pĂŞcheur et de son fils. Sylvia, sa femme, avait embarquĂ© Ă  bord et se trouve ĂŞtre la seule rescapĂ©e. Aujourd’hui sortie du coma, elle est partiellement amnĂ©sique.

En parallèle, il est interpellĂ© par une disparition inquiĂ©tante. Celle de la fille d’un couple d’amis en apprentissage dans un restaurant Ă©toilĂ© de la banlieue parisienne.

Enfin, Anselme, toujours Ă  l’affĂ»t de cold-case, cherche Ă  rĂ©soudre des meurtres de jeunes femmes, une tragĂ©die non rĂ©solue survenue dans la rĂ©gion de son enfance. L’enquĂŞte s’est Ă©teinte suite Ă  l’effondrement d’une montagne dans le massif de la Chartreuse, en 1248.

Par quelques enchaĂ®nements aussi invraisemblables que parfois machiavĂ©liques Viloc sait dĂ©nouer les liens improbables qui lui permettent d’associer ces diffĂ©rentes enquĂŞtes entre elles. L’auteur nous entraĂ®ne dans son sud-ouest d’adoption, au bord d’un bassin d’Arcachon qu’il apprĂ©cie et nous fait aimer, Ă©voquant en filigrane de son intrigue quelques figures du Sud-Ouest, quelques Ă©vĂ©nements qui ont marquĂ© son histoire.

Catalogue Ă©diteur : Éditions Cairn

Fait rarissime, une montagne s’écroule en 1248. Dès lors les crimes commis sur le versant du mont Apremont, dans la vallée de la Chartreuse, ne seront jamais élucidés. C’est sans compter sur la pugnacité d’Anselme Viloc, le flic de papier, qui, confronté à la fois au mystère du naufrage d’un chalutier d’Arcachon et à la disparition d’une jeune fille du pays partie en apprentissage à Paris chez un cuisinier en devenir, va, non sans mal, arriver à remonter le temps. Anselme Viloc, le savoyard adopté par le Bassin et ses humeurs, est devenu une référence dans le domaine des « crimes à haute probabilité de non-résolution », c’est son patron le commissaire Plaziat qui l’affirme et il va, encore une fois, nous en faire une brillante démonstration.
Le polar régional une étoile en enfer est le 4e opus de la saga du Flic de papier de Guy Rechenmann.

ISBN :  9782350688664 / Prix : 11,00 € / Nombre de pages : 304 / Date de parution : mars 2020

Efface toute trace, François Vallejo

Une satire acide et fĂ©roce du marchĂ© de l’art contemporain et de ses excès

Quel est le point commun entre un chinois diabĂ©tique de Hong Kong dĂ©cĂ©dĂ© après avoir ingĂ©rĂ© une Ă©norme quantitĂ© de sucre, un new-yorkais qui a littĂ©ralement fondu, et un français qui dĂ©cède violemment alors qu’il est seul dans un tĂ©lĂ©phĂ©rique ?

Fort que quelques constatations hasardeuses, un expert en art est sollicitĂ© par d’anonymes collectionneurs pour tenter de dĂ©mĂŞler le fin mot de ces incidents pour le moins lugubres. Ont-ils un lien entre eux, car ils ont au moins un intĂ©rĂŞt en commun, l’art. Toutes les victimes Ă©taient des collectionneurs d’art contemporain, ou plus spĂ©cifiquement d’Art Urbain. Reste Ă  savoir qui leur veut du mal, pourquoi, comment.

L’idĂ©e de dĂ©part de ce roman est Ă  priori fort sĂ©duisante, pĂ©nĂ©trer le monde de l’art par le biais d’une enquĂŞte. Mais j’avoue que je me suis ennuyĂ©e. Sans doute du fait de la structure narrative un peu trop froide. Cet expert qui aligne les chapitres les uns derrière les autres est le seul personnage rĂ©el face au lecteur. MĂŞme si arrive rapidement un artiste inconnu, un certain jv le minusculement nommĂ©. Il adore dĂ©tourner les objets, et bien que très peu connu, il s’avère ĂŞtre le vĂ©ritable lien entre les diffĂ©rents collectionneurs. Sa cĂ´te monte, mais il n’a qu’un dĂ©sir, vendre une Ĺ“uvre Ă©phĂ©mère, Ă  la façon de la petite fille au ballon de Bansky.

Car que peut-on dire de cet art qui se veut tellement original que d’aucuns y cherchent encore la beautĂ©, le style, ce qui fait la singularitĂ© et l’intĂ©rĂŞt d’une Ĺ“uvre. Ă€ chaque fois je ne peux m’empĂŞcher de penser Ă  cette Ĺ“uvre connue sous le nom de Merde d’artiste (oui, oui ! en italien Merda d’artista) de l’artiste italien Piero Manzoni rĂ©alisĂ©e Ă  quatre-vingt dix exemplaires, et dont certains exemplaires avaient fui, y compris lors d’expositions ou dans des musĂ©es. Les acquĂ©reurs s’Ă©tant mĂŞme demandĂ© si c’était une volontĂ© de l’artiste, y compris si c’Ă©tait une des qualitĂ©s intrinsèques de Ĺ“uvre …

Ce que j’ai apprĂ©cié dans ce roman ? Les diffĂ©rents genres, Ĺ“uvres, artistes, que dĂ©taille l’auteur. Certains connus ou vus Ă  plusieurs reprises dans des musĂ©es, d’autres dĂ©couverts grâce Ă  la lecture du roman. En particulier, et plus de trente ans après sa crĂ©ation par Keith Haring (en 1987) Tower cette fresque monumentale visible au sein de l’hĂ´pital Necker de Paris, et qui est devenue depuis un vĂ©ritable emblème de l’art de rue.

Ce qui m’a intĂ©ressĂ©e ? L’auteur mĂ©lange les genres, enquĂŞte, parti pris esthĂ©tique, social, et propose une vĂ©ritable satire du marchĂ© de l’art contemporain et de ses excès. Pourtant il m’a manquĂ© un je ne sais quoi en plus pour vraiment me convaincre.

Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy
Face aux violents dĂ©cès de trois amateurs d’art fortunĂ©s Ă  Hong Kong, New York et Paris, un groupe de collectionneurs surnommĂ© le « consortium de l’angoisse Â», charge un expert d’élucider ces incidents Ă©tranges. Sa mission ? Rassembler l’ensemble des faits connus et mener sa propre enquĂŞte. Le temps presse car de nouveaux accidents surviennent.
Une piste se dĂ©gage. Les victimes auraient fait l’acquisition d’œuvres subversives signĂ©es « jv Â». L’artiste, un Orson Welles mâtinĂ© d’un Bansky, obsĂ©dĂ© par le dĂ©tournement, est introuvable. Jusqu’au jour oĂą il dĂ©cide de joindre l’expert…
Provocation ? Bluff ? Falsification ? Serial artiste doublĂ© d’un serial killer ?

Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? Que signifie ĂŞtre artiste au sein de nos sociĂ©tĂ©s capitalistes et dĂ©matĂ©rialisĂ©es ? François Vallejo avec Efface toute trace embarque son lecteur au cĹ“ur d’une enquĂŞte palpitante oĂą les apparences sont autant de trompe l’œil s’éclairant les uns les autres. Talentueux et fĂ©roce.

Parution : 03/09/2020 / ISBN : 9791097417970 / Pages : 294 p. / Prix : 19€

Les enfants du secret, Marina Carrère d’Encausse

Quand une enquête criminelle révèle un scandale national

A Paris, les policiers sont appelĂ©s sur une scène de crime sordide. Deux corps ont Ă©tĂ© dĂ©couverts en quelques heures et Ă  quelques mètres de distance… Suite Ă  l’hospitalisation de l’un des deux, des dĂ©cès inexplicables surviennent dans l’Ă©quipe mĂ©dicale qui a tentĂ© en vain de le sauver.

Mais qui pouvait en vouloir Ă  ces hommes pour les mutiler Ă  ce point ? Et que signifient ces tatouages, vĂ©ritables scarifications ante mortem rĂ©alisĂ©es sur les deux victimes ? Remonter le fil ne sera pas chose aisĂ©e, mais leur signification et leur origine pourront peut-ĂŞtre aider Ă  rĂ©soudre ce mystère.

Au fil de l’enquĂŞte, les Ă©quipes de police arrivent sur la piste des enfants de l’Île de la RĂ©union envoyĂ©s en mĂ©tropole dans les annĂ©es 70. Pas toujours orphelins, ils ont pourtant Ă©tĂ© placĂ©s dans des famille du sud de la France, en particulier dans la Creuse. L’auteur Ă©voque ici un sujet douloureux qui aurait Ă  mon goĂ»t mĂ©ritĂ© d’être un peu plus exploitĂ©.

Le roman aborde Ă©galement le sujet de ces traumatismes liĂ©s Ă  l’enfance, secrets, jugements, violences familiales, qui peuvent avoir de rĂ©percussions pour ceux qui les subissent pendant toute une vie. Un polar qui fait passer un bon moment. Et si l’intrigue est parfois trop lĂ©gèrement traitĂ©e Ă  mon goĂ»t, il a cependant l’avantage de nous interpeller sur un Ă©pisode mĂ©connu de notre histoire rĂ©cente.

Ce que nous dit WikipĂ©dia sur l’affaire des Enfants de la Creuse (rĂ©vĂ©lĂ©e essentiellement depuis les annĂ©es 2000) : De 1962 Ă  1984, au moins 2 150 enfants rĂ©unionnais « abandonnĂ©s ou non Â» et immatriculĂ©s de force par les autoritĂ©s françaises Ă  la Direction dĂ©partementale des affaires sanitaires et sociales, furent dĂ©portĂ©s par les autoritĂ©s dans le but de repeupler les dĂ©partements mĂ©tropolitains victimes de l’exode rural comme la Creuse, le Tarn, le Gers, la Lozère, les PyrĂ©nĂ©es-Orientales

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions HĂ©loĂŻse d’Ormesson

Paris, porte de la Chapelle. À quelques heures d’intervalle, deux hommes sont retrouvés défigurés, scarifiés, empreintes effacées. L’affaire s’annonce compliquée pour le commandant de la Crim’, Marie Tebert. Et elle vire au cauchemar lorsque la légiste succombe à une fièvre hémorragique après l’autopsie.
Que cache le rituel autour de ces crimes ? Quel lien unissait les victimes aux profils si diffĂ©rents ? Au fil de l’enquĂŞte, Marie et son Ă©quipe remontent la piste d’un scandale entre la Creuse et la RĂ©union. Un drame qui dĂ©passe de loin tout ce qu’elle pouvait imaginer.
Avec Les Enfants du secret, Marina Carrère d’Encausse signe un polar implacable où les traumatismes de l’enfance enclenchent des bombes à retardement.

176 pages / 17€ / Paru le 1 octobre 2020 / ISBN : 978-2-35087-557-6

Ă€ la frontière de notre amour, Kyra Dupont Troubetzkoy

Tomber amoureux dans un pays en guerre

GaĂŻa est une jeune femme qui vit Ă  deux cent Ă  l’heure sa passion et son mĂ©tier d’humanitaire dans les zones de combat, sur fond de TchĂ©tchĂ©nie, d’Afghanistan et de 11 septembre.
Ces missions dangereuses et prenantes occupent toute son Ă©nergie. Elle va pourtant tomber sous le charme de Peter, un soldat des Forces spĂ©ciales amĂ©ricaines qu’elle rencontre Ă  un check-point qui ne lui dĂ©voile ni ses missions, ni son nom, ni sa vĂ©ritable fonction. Ils vont dĂ©couvrir l’amour par Ă©pisodes, disparition, retrouvailles, silences, dizaines de messages sans rĂ©ponses, toute la difficultĂ© que vivent ces combattants du terrain.

Pourtant, de rencontres en retrouvailles, GaĂŻa et Peter vont s’aimer, se trouver… Aux cĂ´tĂ©s de GaĂŻa, le lecteur va vivre une histoire d’amour en zone de guerre, dĂ©couvrir des lieux rarement frĂ©quentĂ©s, des prisons, bases militaires, barrages ou mĂŞme des camps de prisonniers.

Mais comment l’amour peut-il naĂ®tre et surtout rĂ©sister lorsqu’il naĂ®t au cĹ“ur des conflits ? Quelle peut ĂŞtre sa rĂ©alitĂ©, sa longĂ©vitĂ©, comment deux personnes qui vivent sous une telle pression pourront-elles se retrouver ensuite, et d’ailleurs le pourront-elles ?

La difficultĂ© ne serait-elle pas de changer de vie, d’arrĂŞter de vivre dans le danger permanent comme si tout allait s’arrĂŞter demain ? Que peut devenir leur couple dans un train train quotidien classique et tellement banal. Et si justement c’Ă©tait lĂ  toute la question ?

Ce roman est fondĂ© sur des tĂ©moignages d’anciens humanitaires et nous en apprend beaucoup sur la rĂ©alitĂ© de leurs missions toutes bien diffĂ©rentes suivant les Ă©poques et lieux oĂą ils se trouvent. Un peu trop dense parfois Ă  mon goĂ»t, ou alors il n’y a pas assez de pages pour Ă©quilibrer la partie romanesque et les faits dĂ©crits de l’intĂ©rieur. Du coup j’ai eu parfois l’impression que cette histoire d’amour Ă©tait surtout un prĂ©texte pour Ă©voquer les difficiles conditions de vie sur le terrain pour les humanitaires, mais que l’auteur n’avait peut-ĂŞtre pas su rĂ©ellement sur quel pied danser, roman, pas roman, et de ce fait j’ai eu du mal Ă  m’attacher vraiment aux personnages. MalgrĂ© ce lĂ©ger bĂ©mol, j’ai passĂ© un bon moment de lecture.

Catalogue Ă©diteur : Éditions Favre

Gaïa, une jeune humanitaire, brave tous les interdits liés à sa profession pour succomber au charme d’un soldat des Forces spéciales américaines qui refuse pourtant de lui révéler sa véritable identité. Rencontré par hasard à un check-point en pleine guerre de Tchétchénie, elle ne sait rien de ce mystérieux « Peter » qui disparaît au terme de sa mission alors qu’elle en tombe éperdument amoureuse. Qui est-il vraiment ? Un soldat, un agent, un espion ? Se sert-il d’elle ? Leur histoire est-elle possible ?
Le lecteur suit Gaïa – et Peter par procuration- au gré de leurs différentes missions dans le Caucase, en Afghanistan, en Irak et ailleurs, doute et espère avec elle, parachuté au cœur de conflits qui ont façonné la carte du monde actuel et dont elle révèle, de l’intérieur, des aspects peu connus.

15 € / 192 pages / Parution : 2 septembre 2020 / ISBN 978-2-8289-1856-9

La discrĂ©tion, FaĂŻza Guène

Une famille, deux cultures, un roman universel contemporain

De FaĂŻza Guène, j’avais lu et apprĂ©ciĂ© Un homme ça ne pleure pas qui Ă©voquait dĂ©jĂ  l’Ă©migration algĂ©rienne en France. Dans La discrĂ©tion, l’Ă©criture a mĂ»ri, la lĂ©gèretĂ© s’est envolĂ©e, le lecteur part Ă  la rencontre de Yamina, et de diffĂ©rents membres de sa famille.

Yamina est nĂ©e en 1949 dans l’AlgĂ©rie colonisĂ©e, dans la province de Msirda Fouaga. Famine, sĂ©cheresse, fragilitĂ© des rĂ©coltes et duretĂ© de la vie sont le lot quotidien de ses parents, dans ce pays soumis aux affres de la guerre. De son enfance, Yamina retient les annĂ©es d’Ă©cole, le bonheur d’apprendre, puis la retour Ă  la maison, seule fille de la fratrie elle doit aider la mère et abandonner cartable et cahiers. Ce sera plus tard la fuite vers le Maroc, puis l’exil vers la France avec Brahim, ce mari plus âgĂ© qu’on lui a choisi.

Yamina dĂ©borde d’amour pour les siens, vit discrètement, accepte son sort et celui imposĂ© aux Ă©migrĂ©s, jamais vraiment acceptĂ©s dans ce pays qui pourtant devient aussi le leur, mĂŞme si la gĂ©nĂ©ration d’après nĂ©e sur le sol français est toujours une gĂ©nĂ©ration d’Ă©trangers. Yamina et Brahim ont eu des filles et Omar, le fils chĂ©ri. Des annĂ©es plus tard, Omar est taxi Uber. Pas facile de gagner sa vie, mĂŞme quand on est issu d’une famille qui a toujours eu du travail, oĂą l’on a toujours mangĂ© Ă  sa faim et que l’on a fait des Ă©tudes.

Le mariage de l’aĂ®nĂ©e est un Ă©chec retentissant et inacceptable pour les parents. Et quand leur plus jeune fille dĂ©cide de quitter le domicile familial sans ĂŞtre mariĂ©e c’est totalement incomprĂ©hensible pour ces parents aux traditions encore fortement ancrĂ©es, malgrĂ© une vie passĂ©e en rĂ©gion parisienne.

Le roman alterne les rĂ©cits de plusieurs Ă©poques et diffĂ©rents personnages, montrant ces disparitĂ©s familiales, ceux qui suivent encore la tradition, ceux qui essaient de s’en libĂ©rer, le divorce comme un flĂ©au pour les femmes, mais pas pour les hommes, la place des filles, Ă  la maison, les Ă©tudes, les mariages arrangĂ©s, des règles que tous appliquent avec plus ou moins de rigueur, en pensant faire au mieux pour le bonheur de tous. Toujours prĂ©sent Ă©galement l’amour des parents pour leurs enfants, et l’amour filial et le respect qui empĂŞchent parfois un enfant de vivre pleinement sa vie. Enfin, ce cruel dilemme des enfants de la deuxième gĂ©nĂ©ration qui ne trouvent leur place ni dans le pays d’origine de leurs parents, ni dans leur pays de naissance. Jusqu’Ă  quand ? Combien faudra-t-il de gĂ©nĂ©rations avant que chacun accepte l’autre pour ce qu’il est, et arrĂŞte de voir uniquement d’oĂą il vient.

L’Ă©criture est prĂ©cise, sans fioriture, elle dĂ©crit sans jugement, sans partis pris, sans rancune. Elle donne l’exacte dimension des sentiments de Yamina, son amour pour ses enfants, leur rĂ©ussite, les souffrances de l’enfance, les regrets, mais aussi un bonheur simple enfin accessible.

Catalogue Ă©diteur : Plon

« Ses enfants, eux, ils savent qui elle est, et ils exigent que le monde entier le sache aussi »

Yamina est née dans un cri. À Msirda, en Algérie colonisée. À peine adolescente, elle a brandi le drapeau de la Liberté.
Quarante ans plus tard, à Aubervilliers, elle vit dans la discrétion. Pour cette mère, n’est-ce pas une autre façon de résister ?
Mais la colère, même réprimée, se transmet l’air de rien.

Née en 1985, Faïza Guène est romancière et scénariste. Kiffe kiffe demain, traduit en vingt-six langues, la fait connaître à l’âge de dix-neuf ans.
Dans La Discrétion, elle rassemble les fragments d’une histoire intime qui vient bouleverser le roman national.

Parution : 27/08/2020 / EAN : 9782259282444 / Nombre de pages : 256

La petite sonneuse de cloche, JĂ©rĂ´me Attal

à la recherche de l’amour romantique dans les pas de Chateaubriand

A la mort de l’éminent professeur Joe J. Stockholm, son fils Joachim consulte le cahier qui permettait à son père de s’exprimer avec ses soignants. Là, il retrouve un projet de livre qui porterait sur les amours cachées -mais qui ont compté dans leur vie- des grands écrivains.

Fort de cette interrogation, en se basant sur une phrase extraite des mĂ©moires d’outre-tombe de Chateaubriand, il tente de comprendre quelle aurait pu ĂŞtre la rĂ©alitĂ© d’une rencontre dans l’abbaye de Westminster : une petite sonneuse de cloche, un baiser.

VoilĂ  le fils parti en lieu et place du père sur les traces de François-RenĂ© de Chateaubriand lors de son premier sĂ©jour Ă  Londres au printemps de 1793. L’écrivain voyageur a vingt-cinq ans et dĂ©jĂ  un long parcourt qui l’a menĂ© jusqu’en AmĂ©rique. Comme tant d’autres nobles, il a fui la France de la terreur qui fait tomber les tĂŞtes Ă  tout va. C’est un jeune homme fiĂ©vreux, sans un sou en poche et mort de faim qui s’endort une nuit dans les allĂ©es ventĂ©es et glaciales de l’abbaye. LĂ , a-t-il vraiment rencontrĂ© Violet, la petite sonneuse de cloche ?

Parti à la rencontre des sonneurs de cloche, Joachim croise la route de la jeune Mirabel, bibliothécaire de son état.

Alternant ces deux Ă©poques et la quĂŞte des deux jeunes hommes, l’auteur nous fait faire un double voyage dans le temps aussi Ă©rudit que poĂ©tique. Avec d’une part Londres, sa saletĂ©, son automne pluvieux, ses migrants arrivĂ©s de France, et d’autre part la situation politique française au 18e comme toile de fond Ă  cette quĂŞte de l’amour rĂŞvĂ©. J’ai aimĂ© parcourir les rues de Londres restituĂ©es avec un rĂ©alisme qui n’est jamais dĂ©nuĂ© d’humour, mĂŞme dans les situations qui auraient pu ĂŞtre tragiques ou dĂ©sespĂ©rĂ©es. L’écriture parfois lĂ©gère, empreinte de fantaisie, et le sujet bien documentĂ©, rendent aussi poĂ©tique qu’agrĂ©able ce conte d’un hypothĂ©tique et romantique amour.

Du mĂŞme auteur, on ne manquera pas de lire 37, Ă©toiles filantes, pour passer une nuit avec Alberto Giacometti  ou encore L’appel de Portobello Road, qui nous entraine Ă©galement Ă  Londres.

Catalogue Ă©diteur : Pocket et Robert-Laffont

« J’entendis le bruit d’un baiser, et la cloche tinta le point du jour. »
Cette petite phrase des MĂ©moires d’Outre-Tombe est peut-ĂŞtre un dĂ©tail, mais son Ă©cho hante encore le professeur Joe J. Stockholm. Qui est donc cette petite sonneuse de cloches de l’abbaye de Westminster qui, lors de l’exil de Chateaubriand Ă  Londres, sĂ©duisit l’Ă©crivain ? Existe-t-elle seulement ? FauchĂ© par la canicule, le professeur ne le saura jamais. C’est son fils, Joachim, qui, reprenant le flambeau paternel, grimpera dans l’Eurostar Ă  la poursuite du grand homme, sur les pas vagabonds d’un cĹ“ur amoureux…

Jérôme Attal est écrivain et auteur de chansons. Il a publié une dizaine de romans, parmi lesquels, chez Robert Laffont, Les Jonquilles de Green Park et 37, étoiles filantes (également disponibles chez Pocket).

Pocket : EAN : 9782266297721 / Pages : 256 / Parution : 13/08/2020 / 6,95€
Robert-Laffont : EAN : 9782221241660 / Pages : 270 / Parution : 22/08/2019/ 19€

Les Magnolias, Florent Oiseau

Une réflexion douce-amère sur la vie qui passe, un roman humain et tendre

Alain est un de ces losers attachants dont aime tant nous parler Florent Oiseau. Acteur sans contrat, sa seule activité, faute de trouver un tournage, semble être de noter dans un carnet d’hypothétiques noms de poney et d’aller voir Rosie dans sa camionnette tarifée. N’hésitant devant aucun sacrifice et le cœur sur la main, il héberge même dans son humble logis son ami Rico, son attaché de presse plus magouilleur que bosseur.

Alain vivote mais malgré tout il prend soin chaque semaine d’aller voir sa chère grand-mère qui s’éteint peu à peu à l’Ehpad Les Magnolias. Si elle a été placée là par ses enfants, ceux-ci semblent l’oublier en attendant l’héritage. Mais Alain aime aller la voir dans cet établissement qui sent la solitude et la vieillesse. Il mange avec elle l’insipide quatre-quarts servi au goûter, et l’emmène faire un tour dans le parc. Jusqu’au jour où cette mamie parfois un peu gâteuse lui demande de l’aider à mourir.

A-t-il bien entendu ? Pour en ĂŞtre sĂ»r, et ne sachant que faire, Alain dĂ©cide de venir plus souvent. Et de retrouver son oncle. Car cet obscur cĂ©libataire est le seul autre visiteur de cette grand-mère sur le dĂ©part. Il soulève alors quelques secrets, quelques animositĂ©s comme on en trouve souvent dans les familles, et lève le voile sur la jeunesse de cette femme qu’il ne connait peut-ĂŞtre pas si bien que cela. Car on l’oublie souvent, mais ces grands-parents qui nous paraissent si vieux ont eu des vies eux aussi, avant d’ĂŞtre seulement vieux.

C’est, comme à chaque fois avec les romans de Florent Oiseau, à la fois gai et triste, empli d’humanité et de désillusion, drôle et moqueur, sensible et tendre. Il m’a manqué pourtant un peu d’intrigue, dans la vie de la grand-mère ou la relation aux parents ou à l’oncle, un peu de densité sans doute. C’est malgré tout un roman attachant et réaliste, à l’humour parfois grinçant et caustique.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Du mĂŞme auteur, retrouver aussi ma chronique de Paris Venise

Catalogue Ă©diteur : Allary Editions

– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Né en 1990, Florent Oiseau a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, surveillant de lycée et couchettiste sur le train Paris-Venise. Il a publié trois romans chez Allary Éditions. Son premier roman, Je vais m’y mettre, a été désigné « livre le plus drôle de l’année » et a reçu le Prix Saint-Maur en poche. Son deuxième roman, Paris-Venise, a été finaliste de la 10e édition du Prix Orange du livre. Les Magnolias, également finaliste du Prix Orange du Livre 2020.

224 pages / 17,90 € / Paru le 02 janvier 2020 / EAN : 978-2-37073-306-1

L’habit ne fait pas le moineau, ZoĂ© Brisby

Humour, tendresse et fantaisie, quand une rencontre insolite donne un sens Ă  la vie

Maxine est une vieille dame de 90 ans et des poussières dynamique et sans espoir. Alex est l’amoureux transi d’une jeune fille qui ne le calcule mĂŞme pas.

Il a envie de partir Ă  Bruxelles mais pas seul. Elle a besoin de partir Ă  Bruxelles mais pas seule

Grâce Ă  un site de covoiturage, ils se rencontrent un beau matin devant la maison de retraite. De quiproquo en confidences ils vont finir par dĂ©couvrir les vraies raisons de leur voyage, une euthanasie pour l’une, une fuite en avant pour l’autre.

Et si cette rencontre Ă©tait le dĂ©tonateur qui va transformer leurs vies qui vont passer de fades, inconsistantes, sans amour ni amis, en feu d’artifice permanent et envie de vivre et de rire, enfin ?

Alors oui, parfois le discours est un peu facile, un peu trop évident, un peu trop salvateur. Mais que ça fait du bien ces lectures qui nous montrent la réalité de nos émotions, de nos dépressions, de nos espoirs déçus et de nos rêves déchus. Qui nous montrent et nous démontrent que la lumière si on la cherche bien et si on la laisse nous éclairer un tant soit peu, est parfois tout simplement au bout du chemin.

J’ai passé un bon moment en compagnie de ces deux protagonistes terriblement attachants, et c’est ce qui fait leur charme, que tout éloigne mais que la vie rapproche pour le meilleur après quelques émotions et un peu du pire (on ne manquera pas de suivre les Infos en continu qui nous font vivre leur périple !).

Une lecture d’Ă©tĂ© comme on les aime, rafraichissante, sensible et pĂ©tillante.

Impossible de ne pas Ă©voquer ces romans qui nous parlent Ă©galement de fin de vie et dont je vous ai dĂ©jĂ  parlĂ© ici, comme par exemple le très beau roman Suzanne de FrĂ©dĂ©ric Pommier ou encore Tout le bleu du ciel de Melissa Da Costa.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Fayard Mazarine

Maxine, vieille dame excentrique, s’échappe de sa maison de retraite, avec un projet bien mystérieux.
Alex, jeune homme introverti au cœur brisé par un chagrin d’amour, décide sur un coup de tête de faire un covoiturage.
Réunis dans une Twingo hors d’âge, les voici qui s’élancent à travers le pays.
Mais quand Maxine est signalée disparue et que la police s’en mêle, leur voyage prend soudain des allures de cavale inoubliable. C’est le début de la plus belle aventure de leur vie…

Prix 8,70€ / 512 pages / Date de parution : 25/03/2020 / EAN : 9782253934622

La goĂ»teuse d’Hitler, Rosella Postorino

Une évocation plus romanesque qu’historique du sort peu enviable de jeunes femmes au service du Führer

A Berlin, Rosa Sauer a Ă©pousĂ© Gregor, son chef de service. Ils vivent correctement dans leur appartement, et leur travail leur apporte une relative aisance. Mais lorsque la guerre Ă©clate, Gregor s’engage au service de sa patrie en dĂ©laissant Rosa qui n’a mĂŞme pas eu le temps de vivre ni d’enfanter, pour aller se battre sur le front de l’est.

RestĂ©e seule, elle partage l’appartement de sa mère qui dĂ©cède sous les bombes. Son père est heureusement dĂ©jĂ  mort (si l’on peut dire) car cet homme-lĂ  n’a jamais acceptĂ© le nazisme, c’est risquĂ© dans l’Allemagne de 1943. RĂ©fugiĂ©e chez ses beaux-parents Ă  Gross-Partsch, en Prusse-Orientale, près de la tanière du fĂĽhrer, Rosa est dĂ©signĂ©e avec neuf autres jeunes femmes pour aller goĂ»ter chaque jour la nourriture destinĂ©e Ă  Hitler.

Elles sont jeunes, filles ou mère, cĂ©libataire ou mariĂ©e avec un homme parti au front, et sont soumises sans mĂ©nagement Ă  cette tâche quotidienne et angoissante. Elles ne se connaissent pas, mais les relations sont difficiles, car la confiance, le partage ou l’amitiĂ© ne sont pas des notions aisĂ©ment partageables en temps de guerre.

Qui sont Leni, Elfriede, Augustine, BĂ©ate et les autres dans cet univers dĂ©lĂ©tère oĂą chaque geste est Ă©piĂ© par les SS, ou chaque bouchĂ©e avalĂ©e est un pari sur la vie, et dans une rĂ©gion oĂą il est si difficile de se nourrir, une vĂ©ritable bĂ©nĂ©diction tant que l’on ne veut pas voir que c’est surtout un pari sur sa propre mort.

Ce que j’ai aimĂ© ?

MalgrĂ© certaines incohĂ©rences (l’histoire entre Rosa et l’officier, la propagande vĂ©gĂ©tarienne acceptĂ©e sans discussion) j’ai aimĂ© dĂ©couvrir le quotidien de ces femmes allemandes, leurs peurs, leurs espoirs, leur lassitude et leur force. L’ambiance, la tension, les mensonges, les relations hommes femmes, soumises, dĂ©pendantes, fortes aussi, le rejet du nazisme ou le silence, le sentiment de culpabilitĂ© ou le manque de volontĂ© de savoir ce qui se passait rĂ©ellement dans le pays semblent assez plausibles.

Comme dit l’auteur dans une interview « La vie de Margot Wölk Ă©tait remplie de contradictions. Elle ne croyait ni en Hitler ni au rĂ©gime nazi, pourtant elle a risquĂ© sa vie pour eux Â». Si le roman est basĂ© sur cette histoire vraie, j’aurais malgrĂ© tout aimĂ© en savoir d’avantage sur la rĂ©alitĂ© historique de ces goĂ»teuses, peut-ĂŞtre par des informations plus poussĂ©es en fin de roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Albin-Michel

1943. Reclus dans son quartier gĂ©nĂ©ral en Prusse orientale, terrorisĂ©e Ă  l’idĂ©e que l’on attente Ă  sa vie, Hitler a fait recruter des goĂ»teuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerĂ©e Ă  sa bouche, Rosa s’exĂ©cute, la peur au ventre : chaque bouchĂ©e est peut-ĂŞtre la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce rĂ©fectoire : considĂ©rĂ©e comme « l’Ă©trangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte Ă  l’hostilitĂ© des autres goĂ»teuses. Pourtant, la rĂ©alitĂ© est la mĂŞme pour toutes : consentir Ă  leur rĂ´le, c’est Ă  la fois vouloir survivre et accepter l’idĂ©e de mourir.
InspirĂ© de l’histoire vraie de Margot Wölk, La GoĂ»teuse d’Hitler a Ă©tĂ© couronnĂ© en Italie par le prestigieux prix Campiello.

Livre de Poche : 384 pages / Parution : 25/03/2020 / Prix : 7,90€ / EAN : 9782253262237
Albin-Michel : 400 pages / Parution : 2/01/2019 / Prix : 22.00 € /EAN13 : 9782226401854