Meurtre Ă  Montaigne, Estelle Monbrun

Meurtre Ă  Montaigne, d’Estelle Monbrun cĂ©lĂšbre les 25 ans de la collection chemins nocturnes, des Ă©ditions Viviane Hamy.

En Dordogne, Ă  Saint-Michel-de-Montaigne, les touristes adorent visiter la tour et la cĂ©lĂšbre librairie du chĂąteau de Montaigne. Olivier, un Ă©tudiant spĂ©cialiste de l’auteur fait le guide pendant ses vacances. Un matin, il dĂ©couvre le corps inanimĂ© d’un jeune homme au pied de la tour.
Sur l’Ile d’OlĂ©ron, Mary, une Ă©tudiante amĂ©ricaine assistante de Michel Lespignac est aussi la baby-sitter des petites filles de ce grand spĂ©cialiste de Montaigne. Sur la plage, elle retrouve Caro, une jeune fille rencontrĂ©e lors de son arrivĂ©e Ă  Paris
  Un instant d’attention, et les petites filles ont disparu

Le commissaire Foucheroux  vient de prendre sa retraite et n’a pas encore trouvĂ© son rythme. Lorsqu’on l’appelle Ă  la rescousse pour rĂ©soudre cette affaire d’enlĂšvement qui s’avĂšre plus complexe que prĂ©vu, il est ravi de seconder son ancienne assistante, la commissaire Leila Djemani. Ils doivent ĂȘtre efficaces et trĂšs discrets, eu Ă©gard au statut de Lespignac. Ce dernier doit trĂšs prochainement faire paraitre une bombe qui va secouer le milieu littĂ©raire et les aficionados de Montaigne.

De l’enlĂšvement aux dĂ©couvertes multiples sur les personnalitĂ©s et le passé des diffĂ©rents protagonistes, faux-semblants, trahison, envie, jalousie, dĂ©sir de vengeance, filiation et gĂ©nĂ©alogie, de nombreux  thĂšmes vont ĂȘtre adroitement abordĂ©s par Estelle Monbrun. L’intrigue est parfois embrouillĂ©e et semble traitĂ©e avec lĂ©gĂšretĂ©, trop fin de siĂšcle peut-ĂȘtre (mais oĂč est passĂ©e la police scientifique ?) Sans doute parce que nous avons affaire Ă  des littĂ©raires purs et durs ! Par contre l’humour et les rĂ©fĂ©rences littĂ©raires sont constamment prĂ©sents dans ce polar rocambolesque qui plonge le lecteur dans l’histoire des lieux et de l’écrivain. MalgrĂ© tout, ce thriller plus littĂ©raire que noir se laisse lire fort agrĂ©ablement. N’y cherchez pas une enquĂȘte fouillĂ©e et des policiers aguerris, mais plutĂŽt une Ă©criture et un texte Ă©rudits qui donnent envie de dĂ©couvrir ces lieux chers Ă  Montaigne, parce que c’était lui, parce que c’est vous !

Catalogue Ă©diteur : Viviane Hamy

Un rapide pincement des lĂšvres rouge vif aurait indiquĂ© Ă  une personne moins naĂŻve que Mary que sa prĂ©sence n’était pas vraiment souhaitĂ©e. Mais sa proposition fut acceptĂ©e, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses Ă©tudes Ă  l’École des beaux-arts et habitait Ă  la CitĂ© universitaire. AprĂšs deux bises Ă  la française, que les AmĂ©ricains appellent air kisses et qui n’engagent Ă  rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch aprĂšs lui avoir fait un petit signe faussement dĂ©sinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant Ă  une adresse cryptĂ©e­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. Â»

Avec Meurtre chez tante LĂ©onie, Estelle Monbrun a inaugurĂ© la collection « Â­Chemins Nocturnes­ Â» aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres Â» suivront. On la compare souvent Ă  David Lodge et Ă  Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des rĂ©fĂ©rences sarcastiques sur le milieu universitaire, reprĂ©sentĂ© avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de thĂ©Ăątre. Â» RenĂ© de Ceccatty, Le Monde.
Vous voilà prévenus.

Parution : 14/03/2019 / ISBN : 9791097417277 / Pages : 224 p. / Prix : 19€

Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne Ă©mĂ©rite) s’est lancĂ©e dans une carriĂšre de professeur de littĂ©rature française contemporaine aux États-Unis, Ă  New-York puis Ă  Saint-Louis. Elle s’avĂšre ĂȘtre une spĂ©cialiste reconnue dans le monde entier de l’Ɠuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. ParallĂšlement Ă  son mĂ©tier d’enseignante, Estelle Monbrun Ă©crit des polars publiĂ©s par les Éditions Viviane Hamy. Ses Ă©crits mĂȘlent fraĂźcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littĂ©raire, et profondeur, par la qualitĂ© documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.
« Mes livres peuvent ĂȘtre lus comme de simples romans policiers, mais, si on connaĂźt le texte source sur lequel je m’appuie, on peut s’amuser Ă  reconnaĂźtre des citations cachĂ©es, des rĂ©fĂ©rences stylistiques, des noms de personnages codĂ©s
 C’est comme un clin d’Ɠil permanent, une complicitĂ© Ă  trois : un Ă©crivain, une romanciĂšre, un lecteur. Â»

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L’odeur de chlore, Irma Pelatan

C’est plein de chlore au fond de la piscine
 j’ai mis mon petit pull marine pour dĂ©couvrir ce roman Ă©tonnant, bizarre et singulier


Singulier comme cette piscine voulue par Le Corbusier. En 1958, il renonce au mĂštre Ă©talon et se donne pour mesure le Moludor, ou la taille d’un homme d’un mĂštre quatre-vingt-trois
 (hum, et pourquoi pas d’une femme d’un mĂštre et quelque ?) Piscine qui n’a pas Ă©tĂ© construite par Le Corbusier, mais par son ami et Ă©lĂšve AndrĂ© Wogensky entre 1969 et 1971. Bref, cette piscine situĂ©e dans le village de Firminy vert, dans la Loire, est le lieu oĂč l’auteur va vivre des heures dans l’eau, sous l’eau, autour de l’eau, qui rythme et ponctue ses annĂ©es d’enfance, d’adolescence…

J’aurais donc appris cela de cet Ă©tonnant rĂ©cit – roman ? ou je ne sais quoi – puisque l’auteur pose sur la feuille des mots et des sentiments comme jetĂ©s Ă  la suite les uns des autres. Irma Pelatan se souvient et Ă©grĂšne des souvenirs, des odeurs, celle du chlore bien sĂ»r, mais d’autres aussi, des visions de traces de sang, de pieds tailladĂ©s par le carrelage, de viol sans doute, Ă  peine Ă©voquĂ© en une page mais fort et tellement troublant, de couloir courbe, du plaisir de s’exhiber comme les garçons sur ce plongeoir vertigineux avec deux cent yeux tournĂ©s vers elle. Et les annĂ©es sont passĂ©es par-lĂ , les rondeurs et les douleurs aussi dans ce corps qui aujourd’hui dĂ©borde.

Au milieu des bonnets de bain en plastique et des adolescents boutonneux qui s’éveillent aux autres, je me suis pourtant un peu perdue, les doigts fripĂ©s par l’eau trop froide, dans ces odeurs de chlore et de marĂ©es.

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : La contre allĂ©e

L’Odeur de chlore, c’est la rĂ©ponse de l’usager au programme « Modulor » de l’architecte Le Corbusier. C’est la chronique d’un corps qui fait ses longueurs dans la piscine du Corbusier Ă  Firminy. Le lieu est traitĂ© comme contrainte d’écriture qui, passage de bras aprĂšs passage de bras, guide la remĂ©moration. Dans ces allers-retours, propres Ă  l’entraĂźnement, soudain ce qui Ă©tait vraiment Ă  raconter revient : le souvenir enfoui offre brutalement son effarante profondeur.
Quelque chose de trĂšs contemporain cherche Ă  se formuler ici : comment dit-on « l’usager » au fĂ©minin ? Comment calcule-t-on la stature de la femme du Modulor ?
Lorsque le corps idĂ©al est conçu comme le lieu du standard, comment s’approprier son propre corps ? Comment faire naĂźtre sa voix ? Comment dĂ©gager son rĂ©cit du grand rĂ©cit de l’architecte ?
J’ai cherchĂ© Ă  traduire la langue du corps, une langue qui est toute eau et rythme. DĂ©laissant la fiction, j’ai laissĂ© le rĂ©el me submerger. À la « machine Ă  habiter », je rĂ©ponds avec du corps, de la chair, jusqu’à rendre visible l’invisible, jusqu’à donner une place Ă  l’inaudible.
Si tu savais comme je suis bien . Irma Pelatan

Irma Pelatan est nĂ©e quelque part sur le calcaire pelĂ© du Causse MĂ©jean, vers 1875. C’est cependant sous l’exact soleil de Tunisie qu’elle est morte, en 1957. Sur la carte entre les pointes du compas, s’ouvre tout l’espace de la MĂ©diterranĂ©e, ce centre flottant – infini terrain de jeu pour sa soif d’ailleurs, pour ce fol esprit aventureux.
Irma Pelatan a pris corps à nouveau – mon corps – le neuf mars 2017, dans la chambre douze de l’hîpital de Vienne. Depuis, elle conquiert du terrain.

ISBN / 9782376650058 / Format 13,5 x 19 CM / Nombre de pages 80 pages / Date de parution 08/03/2019 / Prix 13, 00€

La chambre des merveilles, Julien Sandrel

La chambre des merveilles, un soupçon de dĂ©licatesse et de sensibilitĂ©, comme un gros bonbon multicolore pour faire le bonheur de cƓurs tendres.

Louis, douze ans, a une maman bien pressĂ©e. Chaque matin c’est le mĂȘme rituel, le lever est toujours un peu difficile, Louis aime bien se faire prier pour sortir du lit
 Mais ce jour-lĂ , une belle dose d’exaspĂ©ration, un peu d’inattention, et le travail omniprĂ©sent dans la vie de sa mĂšre, louis, fĂąchĂ© part Ă  fond sur son skate-board. HeurtĂ© par un camion, l’enfant est dans le coma


Face Ă  une situation qui n’évolue pas, les mĂ©decins se sont donnĂ© un mois, un tout petit mois, pour la vie ou la mort. Un mois, c’est trop court, alors Thelma la combattante dĂ©cide de tout mettre en Ɠuvre pour donner Ă  son fils l’envie de vivre, de revenir de cet ailleurs dans lequel il est plongĂ©, de ce silence dont on ne sait rien. Chaque jour dans cette chambre d’hĂŽpital qui se transforme en chambre des merveilles, elle lui raconte comment elle accompli pour lui ces merveilles qu’il rĂȘvait de rĂ©aliser un jour. Et le lecteur rit et sourit, pleure et espĂšre.

Et si l’amour d’une mĂšre Ă©tait le plus fort, si ce lien puissant pouvait ramener son enfant Ă  la vie ? C’est le vƓu le plus cher de cette femme qui se remet en question, interroge sa vie, sa relation aux autres, Ă  son travail, sa solitude et tous les liens d’amour ou d’amitiĂ© qui font ce que vous ĂȘtes. Alors bien sĂ»r, c’est bourrĂ© d’incohĂ©rences et d’exagĂ©rations, mais est-ce vraiment ce que l’on a envie de retenir ?

Il est parfois difficile de lire un roman dont on a entendu autant de bien, car il y a la crainte de ne pas l’apprĂ©cier autant que les autres lecteurs et de se demander pourquoi. Avec la chambre des merveilles, c’est un peu le cas. Mais c’est sans doute un plaisir Ă  prendre tel que sans se poser de question. Car cette lecture est un peu trop sucrĂ©e, trop Ă©vidente parfois, un peu trop
 Mais pourquoi bouder son plaisir, c’est un roman que l’on a envie de lire sans ĂȘtre dĂ©rangĂ©, jusqu’au bout, pour savoir, se rĂ©jouir et se dire que, peut-ĂȘtre, le bonheur existe.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Calmann-LĂ©vy

Louis a douze ans. Ce matin, alors qu’il veut confier Ă  sa mĂšre, Thelma, qu’il est amoureux pour la premiĂšre fois, il voit bien qu’elle pense Ă  autre chose, sĂ»rement encore Ă  son travail. Alors il part avec son skate, fĂąchĂ© et déçu, et traverse la rue Ă  toute vitesse. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre.
Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amĂ©lioration, il faudra dĂ©brancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hĂŽpital, dĂ©sespĂ©rĂ©e, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intĂ©rieur, il a rĂ©pertoriĂ© toutes les expĂ©riences qu’il aimerait vivre un jour : la liste de ses « merveilles ». Thelma prend une dĂ©cision : une par une, ces merveilles, elle va les accomplir Ă  sa place. Et les lui raconter. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-ĂȘtre que ça l’aidera Ă  revenir. Mais il n’est pas si facile de vivre les rĂȘves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

312 pages / Date de parution : 27/03/2019 / EAN : 9782253074328 / Prix : 7,90 €

L’habitude des bĂȘtes. Lise Tremblay

Lise Tremblay signe avec « L’habitude des bĂȘtes » un roman sur la vie oĂč la nature prend  toute sa place dans le majestueux dĂ©cor des forĂȘts canadiennes

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Au QuĂ©bec, dans le parc national du Saguenay, Benoit LĂ©vesque passe des jours tranquilles avec son chien Dan. Depuis des annĂ©es, il a abandonnĂ© MontrĂ©al et son mĂ©tier de dentiste pour venir s’installer dans son chalet au bord du lac.

Dans sa vie d’avant, il y a son ex-femme, qui a refait sa vie et Ă  qui il ne parle plus vraiment 
 et surtout sa fille Carole, la mal aimĂ©e par des parents qui ne l’ont jamais comprise, par elle-mĂȘme qui rejette sa propre image – elle se veut plate, sans sexe apparent – soignĂ©e en psychiatrie quand il aurait certainement fallu comprendre un problĂšme d’identification, de genre et d’acceptation de soi. Il y a surtout Dan, ce chiot arrivĂ© tout Ă  fait par hasard dans son existence, mais qui se meurt aujourd’hui, Dan qui lui a prouvĂ© qu’on pouvait aimer, aimer un chien, aimer les gens autour de soi, aimer l’autre.

A la lisiĂšre du parc, dans la forĂȘt, les loups rodent, et dans ces contrĂ©es encore isolĂ©es, la loi est celle des hommes, pas celle de la justice. Aussi quand les chasseurs dĂ©cident de « faire le mĂ©nage » pour protĂ©ger leurs futurs trophĂ©es de chasses, ces orignaux blessĂ©s et abimĂ©s par les loups, la tension monte entre RĂ©mi, qui n’a jamais quittĂ© la rĂ©gion, son neveu Patrice, qui est le garde du parc national, et les chasseurs qui appartiennent aux familles puissantes du village.

Tout au long du roman le lecteur sent une menace qui pĂšse sur l’équilibre de la population. Une tension monte entre les hommes. Le lecteur perçoit cet Ă©quilibre permanent entre la vie et la mort, la maladie et la vieillesse, entre la sauvagerie et la civilisation aussi , mĂȘme si on peut se demander parfois lequel est le plus civilisĂ©…

L’apprĂ©hension de la mort, le fatalisme avec lequel elle est acceptĂ©e voire attendue par la vieille Mina est trĂšs touchante et m’a fait penser au trĂšs Ă©mouvant film La Ballade de Narayama dans lequel cette vieille femme part vers les montagnes pour attendre la mort. Les prĂ©paratifs de Mina, la façon dont elle rĂšgle les choses pour que tout soit facile pour ceux qui devront s’occuper d’elle, est exemplaire.

Finalement, malgrĂ© une lĂ©gĂšre frustration, car cette tension m’a fait attendre une catastrophe qui ne vient pas, L’habitude des bĂȘtes restera pour moi une lecture d’impressions, de moments de vie, d’échanges avec la nature, et de regards envers la mort, celle des ĂȘtres qui nous sont chers et la nĂŽtre aussi sans doute. Lise Tremblay nous dĂ©montre que dans ces territoires oĂč la nature est toute puissante il ne reste que l’essentiel, les sentiments, la vie, la mort, tout le reste est accessoire.

💙💙💙

Catalogue Ă©diteur : Delcourt littĂ©rature

« J’avais Ă©tĂ© heureux, comblé et odieux. Je le savais. En vieillissant, je m’en suis rendu compte, mais il Ă©tait trop tard. Je n’avais pas su ĂȘtre bon. La bontĂ© m’est venue aprĂšs, je ne peux pas dire quand exactement. »

C’est le jour sans doute où un vieil Indien lui a confiĂ© Dan, un chiot. Lorsque BenoĂźt LĂ©vesque est rentré à MontrĂ©al ce jour-lĂ , il a fermé pour la vie son cabinet dentaire et les volets de son grand appartement. Ce n’est pas un endroit pour Dan, alors BenoĂźt dĂ©cide de s’installer pour de bon dans son chalet du Saguenay, au cƓur du parc national. Lire la suite


Lise Tremblay est nĂ©e à Chicoutimi. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur gĂ©nĂ©ral. Elle a Ă©galement obtenu le Grand Prix du livre de MontrĂ©al en 2003 pour son recueil de nouvelles La HĂ©ronniĂšre (LemĂ©ac, Babel). Elle a fait paraitre trois romans au BorĂ©al : La SƓur de Judith (2007), Chemin Saint-Paul (2015) et L’Habitude des bĂȘtes (2017).

EAN : 9782413010265 / Parution le 22 aoĂ»t 2018 / 128 pages / 15€

Une maison dans les buissons de Akiko Miyakoshi

« Une maison dans les buissons » de Akiko Miyakoshi un album pour les plus de 4 ans aux Ă©ditions Syros

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On est sĂ©duit par le charme du graphisme de Akiko Miyakoshi dans ce joli livre pour enfants Ă  partir de 4 ans, « Une maison dans les buissons » publiĂ© chez Syros. Elle y dĂ©crit en quelques pages l’enfance, l’amitiĂ©, un dĂ©mĂ©nagement et les craintes ou les surprises que cela entraine, mais aussi le plaisir de la nouveautĂ©, la dĂ©couverte. Autant de sentiments, impressions,  craintes qui sont soulignĂ©s en peu de mots par un joli graphisme tout en Ă©motions.
Un album Ă  conseiller ou Ă  lire Ă  tous les enfants, et qui va plaire Ă  tous ceux qui sont friands des beaux dessins originaux.

💙💙💙

De cette auteure lire Ă©galement l’album publiĂ© chez Syros : Quand il fait nuit.

Catalogue Ă©diteur : Syros

AprĂšs le succĂšs de « Un goĂ»ter en forĂȘt » et de « Quand il fait nuit » (Bologna Ragazzi Award), un magnifique nouvel album d’Akiko Miyakoshi.

Aujourd’hui, Sakko-Chan emmĂ©nage dans sa nouvelle maison. Elle sait que dans la maison voisine vit une fille de son Ăąge. Mais ses parents reportent Ă  plus tard la visite de courtoisie. Pendant qu’ils dĂ©ballent les cartons, Sakko-Chan tente une premiĂšre approche. Personne
 Pour patienter, elle explore le champ qui sĂ©pare les deux maisons et tombe bientĂŽt sur des buissons dont les feuilles forment une sorte de toit. A l’intĂ©rieur, elle trouve un petit panier et avec un set de mouchoirs fleuris


Date de parution  :  12/10/2017 / DĂšs 4 ans / ISBN : 9782748524680 / 180 x 257 cm / 40 pages

Par le vent pleurĂ©. Ron Rash

DĂ©couvert en cette rentrĂ©e littĂ©raire 2017 « Par le vent pleurĂ© Â» le dernier roman de Ron Rash a tous les codes du thriller et l’écriture d’un roman classique.

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DĂšs les premiĂšres pages, les ossements d’une jeune femme disparue depuis de trĂšs nombreuses annĂ©es viennent de refaire surface,  mettant Ă©galement au jour les ressentiments, les mensonges, les faux-semblants qui ont perturbĂ© la vie d‘une famille entiĂšre. MĂȘme si l’enquĂȘte policiĂšre n’est pas prĂ©gnante, c’est bien une intrigue qui se dĂ©voile au fil des pages, au fil des Ă©changes, et que l’on dĂ©couvre avec les personnages principaux, les deux frĂšres Bill et EugĂšne.

ÉlevĂ©s  par leur mĂšre suite au dĂ©cĂšs accidentel de leur pĂšre, mais surtout ayant subi une Ă©ducation fortement orientĂ©e par un grand-pĂšre tout puissant Ă  qui rien de rĂ©siste, pas mĂȘme sa belle-fille, les destins de ces deux jeunes hommes ont pris des tours bien diffĂ©rents.

Bill , l’ainĂ©, le sage, le protecteur, le scientifique, est aujourd’hui un chirurgien reconnu pour son admirable maĂźtrise professionnelle, y compris lors des situations les plus difficiles et les plus dĂ©sespĂ©rĂ©es, et pour son dĂ©vouement.

EugĂšne, le plus jeune, a au contraire ratĂ© sa vie, plongeant inexorablement dans l’alcool, ce compagnon des mauvais jours qui a Ă©loignĂ© de lui sa femme et sa fille.

La plus grande partie de l’intrigue se dĂ©roule pendant l’étĂ© 69, Ă  cette Ă©poque les jeunes ont dĂ©jĂ  goutĂ© aux dogues lĂ©gĂšres, une grande libertĂ© rĂšgne auprĂšs d’une certaine jeunesse libĂ©rĂ©e, et Ligeia, cette jeune femme qu’ils rencontrent alors qu’ils sont Ă  la pĂȘche, n’est pas en reste. Chaque jour pendant quelques semaines, ils vont la retrouver, partager avec elle des moments de libertĂ©, jusqu’au jour oĂč elle disparait.

L’auteur se plait Ă  dĂ©voiler les caractĂšres, les subtilitĂ©s des Ă©changes entre les deux frĂšres et leur relation au grand-pĂšre, ainsi que la relation de celui-ci avec tous ceux qu’il a tenu sous sa coupe pendant de si longues annĂ©es. De flash-back en retour au prĂ©sent, Ron Rash distille une ambiance malsaine et une tension Ă  la fois dans l’intrigue et dans la psychologie de ses personnages. La domination d’un grand-pĂšre tout puissant, les erreurs ou les hĂ©sitations de l’adolescence, les folies de la jeunesse, tout nous donne envie de vite en dĂ©couvrir la fin. Qui plus est, l’auteur nous entraine dans des paysages des États Unis qu’apparemment il connait bien, donnant une dimension supplĂ©mentaire Ă  son intrigue.

💙💙💙💙


Catalogue Ă©diteur : Seuil

Traduit par : Isabelle Reinharez

Dans une petite ville paisible au cƓur des Appalaches, la riviĂšre vient de dĂ©poser sur la grĂšve une poignĂ©e d’ossements, ayant appartenu Ă  une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis un demi-siĂšcle.

1967 : le summer of love. Ligeia dĂ©barque de Floride avec l’insouciance et la sensualitĂ© de sa jeunesse, avide de plaisirs et de libertĂ©. C’est l’époque des communautĂ©s hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frĂšres, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces rĂ©volutions, sous la coupe d’un grand-pĂšre tyrannique et conservateur, vont se laisser sĂ©duire par Ligeia la sirĂšne et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera Ă  jamais leur destin – avant de disparaĂźtre aussi subitement qu’elle Ă©tait apparue.

À son macabre retour, les deux frĂšres vont devoir rendre des comptes au fantĂŽme de leur passĂ©, et Ă  leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l’éternelle confrontation d’Abel et de CaĂŻn.

Date de parution 17/08/2017 / 19.50 € TTC / 208 pages / EAN 9782021338553

I love Dick. Chris Kraus

Sulfureux « I love Dick » ? Ce roman Ă©crit par Chris Kraus Ă  la premiĂšre personne est avant tout la  revendication fĂ©ministe d’une femme qui s’affirme dans un monde d’hommes.

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D’abord publiĂ© en 1997, le roman a reçu un accueil mitigĂ©, et pourtant il est aujourd’hui traduit dans plusieurs pays. Assez Ă©tonnant, troublant par sa construction, il peut rebuter un lecteur par toutes ces mentions d’auteurs anglo-saxons et parce qu’il est trĂšs ancrĂ© dans les annĂ©es soixante-dix et quatre-vingt, qu’il faut avoir connues pour ne pas ĂȘtre parfois perdu. De plus, l’impression que Chris a fait tomber les barriĂšres entre l’écriture et la vie privĂ©e, la rĂ©alitĂ© et la fiction, tout en Ă©crivant malgrĂ© tout un roman, place parfois le lecteur en porte-Ă -faux. Et pourtant « I love Dick » parle essentiellement de la difficultĂ© d’ĂȘtre une femme dans un monde d’hommes, celui des affaires, celui de l’art, du cinĂ©ma, de l’écriture, oĂč les femmes sont souvent vues comme secondaires et peu intĂ©ressantes, insignifiantes, faibles, trouvant leur place uniquement par rapport aux hommes auprĂšs de qui elles Ă©voluent.

La premiĂšre partie de roman se prĂ©sente comme un journal. Chris Kraus et son mari, SilvĂšre Lotringer, sont au restaurant avec Dick. Le temps est menaçant, aussi Dick leur propose de les hĂ©berger pour une nuit. DĂšs cette scĂšne, le lecteur connait alors tout ce qu’il faut savoir sur les trois personnages, situation, Ăąge, profession, et le fait qu’ils se connaissent finalement trĂšs peu. Au lendemain de cette soirĂ©e, Chris est persuadĂ©e que la nuit passĂ© sous le mĂȘme toit que Dick a Ă©tĂ© comme une rencontre intime et qu’il s’est passĂ© une connexion entre eux, une sorte de « baise conceptuelle » et qu’elle est dĂ©sormais amoureuse de Dick.
SilvĂšre, jaloux Ă  sa façon, va pourtant rentrer dans le jeu de Chris, et tous deux vont lui Ă©crire des centaines de lettres, produisant ainsi une Ă©trange rĂ©alisation artistique Ă  quatre mains. Que faire, les envoyer ? Les publier en un roman ? En parler Ă  Dick ? Attendre sa rĂ©ponse ?
Pour Chris, c’est un peu comme si elle rĂ©digeait un journal 
. Et petit Ă  petit cela devient une vĂ©ritable introspection pour cette femme tentĂ©e par un changement de vie, elle se rend compte que si elle reste auprĂšs de son mari, elle ne sera jamais que sa femme, son accompagnatrice, et n’aura pas de rĂ©alitĂ© en tant que Chris, aussi elle dĂ©cide de le quitter.

La deuxiĂšme partie du roman nous fait d’abord suivre Chris dans sa traversĂ©e des États Unis seule en voiture. Elle tente de revoir Dick, le poursuit de ses assiduitĂ©s, le harcĂšle. Mais toute cette partie est aussi un long plaidoyer pour toutes les femmes artistes si peu comprises, si peu apprĂ©ciĂ©es tout au long des annĂ©es, autrement que par rapport aux hommes qui les ont accompagnĂ©es. Et Chris dĂ©fend la cause de ces femmes, leur talent, rĂ©el, mĂ©connu, mal compris. DĂ©fend le fait d’ĂȘtre une femme, artiste, talentueuse, rĂ©volutionnaire, contestataire ou avant-gardiste, et surtout le droit Ă  l’expression au mĂȘme titre que les hommes.

Voici donc un roman trĂšs dĂ©routant et qui loin d’ĂȘtre aussi sulfureux que le laissait prĂ©sager son titre, et sa double signification en argot, nous entraine Ă  la suite des dĂ©lires et des pensĂ©es de Chris, aux limites de la fiction et de la rĂ©alitĂ©, et qui cherche Ă  faire entendre les voix fĂ©minines si souvent oubliĂ©es et si peu soutenues par la sociĂ©tĂ©, en particulier dans les annĂ©es 80, dans le monde de l’art et de la littĂ©rature.

💙💙💙

Quelques extraits :

« Nous Ă©tions deux Ă©lectrons qui se tournaient autour dans une circuit fermĂ©. Sans issue, huis clos. J’avais pensĂ© Ă  toi, rĂȘvĂ© de toi chaque jour depuis dĂ©cembre. T’aimer m’avait permis d’accepter l’échec de mon film, de mon mariage et de mes ambitions. La route 126, l’autoroute de Damas. Comme saint Paul et Bouddha qui firent l’expĂ©rience d’une conversation grandiose Ă  l’ñge de 40 ans, j’étais re-nĂ©e en Dick. Mais Ă©tait-ce une bonne chose pour moi ?
Voilà la façon dont j’ai compris les rùgles.
Si l’on veut quelque chose trĂšs fort, on peut continuer Ă  chercher Ă  l’obtenir jusqu’à ce que l’autre dise Non. »

« Tout ceci Ă©tait d‘une grande cruautĂ© mais t’aimer Ă©tait devenu un boulot Ă  plein temps et je n’étais pas prĂȘte Ă  me retrouver au chĂŽmage. »

« Qu’est-ce qui est selon vous la plus grande rĂ©ussite de votre vie ? a demandĂ© un adolescent du Thurman Youth Group Ă  George Mosher, un trappeur, fermier, homme Ă  tout faire et bucheron de 72 ans. « ĂŠtre restĂ© ici » a dit George. « A 3 kilomĂštres de l’endroit oĂč je suis nĂ© ». Cher Dick, le sud des Adirondack permet de comprendre le Moyen Age. »

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

 Chris Kraus, une jeune femme, raconte son amour Ă  sens unique pour un critique d’art prĂ©nommĂ© Dick. Entre obsession, dĂ©sir fĂ©minin et quĂȘte Ă  travers les Etats-Unis, elle s’Ă©loigne de son mari SylvĂšre et comprend que tout n’Ă©tait que prĂ©texte Ă  la mĂ©ditation et Ă  la rĂ©flexion sur la place des femmes dans le couple et dans le monde.

LittĂ©rature Ă©trangĂšre / Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Zeniter / Parution : 24/08/2016 / Prix : 20 €