Le courage des autres, Hugo Boris

Un regard lucide sur les transports en commun, ce lieu oĂč s’expriment courage ou lĂąchetĂ©

Un dossier qui dĂ©borde, empli de petits bouts de papiers, tous griffonnĂ©s par l’auteur lors de trajets en transport en commun. Puis un jour vient l’envie d’en faire quelque chose. De dire la foule et la solitude, les moments d’angoisse ou de silence, de grĂące ou de violence, de tendresse ou d’étonnement, la vie de tous ces inconnus que l’on croise le temps d’un trajet sans jamais revoir.

Alors qu’il venait de passer sa ceinture noire de judo et se sentait capable de rĂ©pondre Ă  toutes les agressions, Hugo Boris assistĂ© Ă  une agression dans un train de banlieue. Comme tant d’autres, il est quasi paralysĂ© face Ă  ça. Son seul rĂ©flexe est de tirer la sonnette d’alarme, c’est dĂ©jĂ  pas si mal.
À partir de lĂ , rĂ©guliĂšrement il pose sur le papier ses impressions lors de ses voyages dans les transports en commun. Petits instants de vie, petits bouts de papier qui s’empilent pour ne pas oublier.

Car on se retrouve dans ces moments, peur, sourire, crainte, lĂąchetĂ©, tĂȘte baissĂ©e pour ne rien voir, oreilles bouchĂ©es pour ne rien entendre, changement de wagon, mais aussi sourires, tendresse, Ă©motion, humour, crainte, violence, silence, absence, curiositĂ©, Ă©tonnement, sidĂ©ration, tout est lĂ , chaque jour, devant chacun de nous, voyageur occasionnel ou habituel. Elle court elle court la banlieue dans le train, mĂ©tro, RER, tĂ©moins de moment de vies qui passent et que l’on ne remarque mĂȘme plus. Tout cela nous rappelle un quotidien qui parfois inquiĂšte mais que nous aimerions tant retrouver en ces temps confinĂ©s.

Du mĂȘme auteur, retrouvez les avis de Alex Mot-Ă -Mots et Les MiscellanĂ©es de Cookie. Lire Ă©galement ma chronique de Police, un roman disponible chez Pocket.

Catalogue Ă©diteur : Grasset

Hugo Boris vient de passer sa ceinture noire de karatĂ© lorsqu’il fait face Ă  une altercation dans le RER. SidĂ©rĂ©, incapable d’intervenir, il se contente de tirer la sonnette d’alarme. L’épisode rĂ©vĂšle une peur profonde, mĂ©lange d’impuissance et de timiditĂ© au quotidien. Trait de caractĂšre personnel ou difficultĂ© universelle Ă  affronter l’autre en sociĂ©tĂ© ? Ce manque de courage l’obsĂšde. Sa femme lui suggĂšre de «  se faire casser la gueule une bonne fois pour toutes  » pour l’exorciser.
Mais Hugo Boris est Ă©crivain, alors, pendant quinze ans, il consigne sur le vif ces situations d’effroi dans les transports en commun. Il peint aussi le ravissement d’une rencontre, l’humanitĂ© d’un dialogue, l’humour d’un Ă©change imprĂ©vu. À travers ces miscellanĂ©es heureuses ou tragiques, il dĂ©crypte une mythologie contemporaine, celle du mĂ©tro et du RER, et cherche Ă  apprĂ©hender ses craintes, Ă  la maĂźtriser par la distance, la littĂ©rature ou
 la lecture de Dragon Magazine !
Il tente aussi de conjurer sa peur en guettant le courage des autres sous toutes ses formes, profondĂ©ment admiratif de tous ceux qui parviennent Ă  intervenir lorsqu’une situation les interpelle, les sollicite, exige une prise de parole, un geste. Il dessine un hommage Ă  tous ceux qu’il a vu avoir, sous ses yeux, le cran qui lui manquait. Et se demande si le courage est contagieux.
Totalement original, sincĂšre, d’une actualitĂ©, d’une prĂ©cision d’écriture et d’observation remarquables, ce recueil de textes brefs touche au plus juste. En se mettant Ă  nu, Hugo Boris parle de chacun de nous, de nos lĂąchetĂ©s et de nos malaises quotidiens, de nos Ă©blouissements et, parfois, de nos hĂ©roĂŻsmes.

Ancien assistant rĂ©alisateur, Hugo Boris travaille dans une Ă©cole de cinĂ©ma. Il est l’auteur de cinq romans trĂšs remarquĂ©s et a reçu de nombreux prix littĂ©raires. Aux Ă©ditions Belfond : Le Baiser dans la nuque, La DĂ©lĂ©gation norvĂ©gienneJe n’ai pas dansĂ© depuis longtemps et Trois grands fauves. Il a publiĂ© POLICE chez Grasset en 2016 : prix EugĂšne Dabit, prix des lycĂ©ens PACA, traduit en trois langues, sortie prĂ©vue au cinĂ©ma en mars 2020 (rĂ©alisation Anne Fontaine, avec Omar Sy et Virginie Efira). Tous ses livres sont disponibles chez Pocket.

Parution : 8 Janvier 2020 : Format : 130 x 209 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246820598 / Prix : 17.00€ / EAN numĂ©rique: 9782246820604 Prix : 11.99€

La Dame au petit chien arabe, Dana Grigorcea

Un court roman pour dire avec talent et poĂ©sie la difficultĂ© d’aimer et de changer de milieu social

C’est l’histoire d’une belle femme qui promĂšne son chien sur les bords du lac Ă  Zurich et croise Gurkan, un beau jardinier. C’est aussi le dĂ©but d’une histoire d’amour, de leur aventure. Mais comment fait-on pour aimer lorsque l’on est une ballerine mariĂ©e, connue, et que l’on croise le chemin d’un jeune jardinier kurde ?

Anna promĂšne son chien et peut-ĂȘtre son ennui, ses envies, ses rĂȘves. Le petit chien arabe d’Anna, qu’elle qualifie de croisement de balade car c’est un gentil bĂątard trouvĂ© en se promenant sur une plage en AlgĂ©rie, est le point de dĂ©part de ses Ă©changes avec Gurkan. Anna aime plaire, sĂ©duire, aime l’amour aussi. La rencontre fortuite est plaisante. Cet homme est si sĂ©duisant, si diffĂ©rent de ceux qu’elle cĂŽtoie gĂ©nĂ©ralement.

Il refait les jardins autour du lac, chaque jour elle vient Ă  sa rencontre. Leur relation prend forme peu Ă  peu. Ils se rapprochent, deviennent amants malgrĂ© leurs grandes diffĂ©rences. DiffĂ©rences de culture en particulier. Anna aime l’art sous toutes ses formes. C’est une ballerine qui a dansĂ©e sur les plus grandes scĂšnes, les plus grands airs, voyagĂ© dans les plus belles capitales, et qui aime tant recevoir dans sa maison avec son Ă©poux mĂ©decin. Gurkan arrive de Turquie, mariĂ© Ă  sa cousine, ils vivent Ă  L. avec leurs enfants.

Leur rencontre est dĂ©terminante mais la vie d’Anna lui permet-elle de poursuive l’aventure, malgrĂ© les sentiments, les envies, malgrĂ© le fait qu’elle pense Ă  lui chaque jour… Car si leur histoire est passionnĂ©e, la vraie question est de savoir si elle pourrait aimer assez pour tout quitter, si la beautĂ©, les moments de bonheur volĂ©s et l’amour suffisent pour souhaiter changer de vie.

J’ai aimĂ© suivre le cheminement qui se fait dans la tĂȘte d’Anna. Elle analyse et s’étonne de ses propres sentiments. Elle, l’artiste sĂ©ductrice, est la premiĂšre Ă©tonnĂ©e de son attachement Ă  Gurkan. Et si finalement sa vie n’Ă©tait qu’un grand vide ? Si le bonheur Ă©tait ailleurs ? Faut-il dĂ©truire la vie de l’autre pour ĂȘtre heureuse ? Alors chacun va cheminer vers l’autre, comme dans un pas de deux qu’ils ne font pas forcĂ©ment en mĂȘme temps ni dans le mĂȘme sens.

J’ai aimĂ© l’écriture poĂ©tique, sensuelle et si joliment descriptive de l‘auteur, surtout lorsqu’elle Ă©voque la danse, la nature, les bords du lac. Tout est si bien retranscrit grĂące Ă  la traduction de Dominique Autrand.

La dame au petit chien arabe est un hommage Ă  la nouvelle « La dame au petit chien  » d’Anton Tchekhov

Catalogue Ă©diteur : Albin-Michel

Traducteur : Dominique Autrand

De nos jours, sur les bords du lac de Zurich, Anna, une danseuse mondaine et mariĂ©e, croise Gurkan, un jeune jardinier kurde. La conversation s’engage Ă  propos du petit chien qui accompagne Anna et qu’elle a ramenĂ© d’AlgĂ©rie. Les deux inconnus se plaisent, se revoient, deviennent amants, puis se quittent. Pour Anna, familiĂšre du jeu de la sĂ©duction, c’est une aventure comme tant d’autres qui s’achĂšve, du moins le croit-elle. Car avec l’étĂ© s’installe une Ă©trange sensation de vide sur laquelle il lui faudra bientĂŽt mettre des mots : elle est amoureuse. Et rien n’est plus comme avant.
C’est cette mĂ©tamorphose, oĂč l’incertitude des sentiments dĂ©fie la raison, que Dana Grigorcea explore avec une dĂ©licatesse extrĂȘme dans un rĂ©cit tout en nuances. Hommage libre et fidĂšle Ă  Tchekhov, La Dame au petit chien arabe Ă©voque la question Ă©ternelle du dĂ©sir, des conventions sociales et de la libertĂ© intĂ©rieure.

Née à Bucarest en 1979, Dana Grigorcea est philologue et écrivain. Ses deux premiers romans, non traduits en français, ont été récompensés par de nombreux prix littéraires.

Prix : 15.00 € / Paru le 21 AoĂ»t 2019 / 160 pages / EAN13 : 782226441010

A l’ombre des loups, Alvydas Slepikas

DĂ©couvrir les enfants-loups, un Ă©pisode peu glorieux de l’aprĂšs seconde guerre mondiale

AprĂšs la dĂ©bĂącle de l’armĂ©e du Reich, l’armĂ©e Rouge investit la Prusse-Orientale. Elle est sans pitiĂ© pour les populations qu’elle chasse vers l’ouest. Le discours qui Ă©tait tenu aux soldats soviĂ©tiques afin de les encourager Ă©tait alors « Tuez tous les allemands. Et leurs enfants aussi. » (Ordre de l’Ă©tat-major soviĂ©tique 1945-1946).

A la frontiĂšre avec la Lituanie Ă  partir d’avril-mai 1945, femmes et enfants allemands souffrent de faim et de froid, ils risquent leur vie Ă  chaque instant. Impossible pour les familles de rester ensemble, souvent les mĂšres ont Ă©tĂ© rĂ©quisitionnĂ©es pour travailler, les pĂšres ont disparu. Des milliers d’enfants, souvent orphelins, doivent trouver par eux-mĂȘmes le moyen de survivre, malgrĂ© la grande famine qui sĂ©vi alors. Ils sont connus sous le nom de Wolfskinder ou enfants-loups. Ils n’ont qu’un espoir, atteindre en prenant le train ou en passant par les forĂȘts la Lituanie tout proche, se proposer dans les fermes, travailler et quĂ©mander pour ne pas mourir de faim.

Heinz est un de ces enfants. Il a dĂ©jĂ  franchi la forĂȘt, il est de retour avec un peu de nourriture pour sa famille, ses sƓurs, sa mĂšre, et l’amie de celle-ci. Mais les soldats sans pitiĂ© rodent, il doit repartir. Tout comme ses sƓurs qui tenteront Ă  leur tour de survivre en s’enfuyant. Seuls le plus souvent, car impossible d’accueillir plusieurs enfants, ni de leur donner Ă  manger. Les Lituaniens ne sont pas trĂšs accueillants, et lorsqu’ils le sont, ils craignent tant de dĂ©plaire au rĂ©gime soviĂ©tique et d’ĂȘtre envoyĂ©s en SibĂ©rie, que leur aide est parcimonieuse. Alors Heinz, comme Renate Ă  son tour,  devra errer de maison en maison. Ils deviennent cette main d’Ɠuvre corvĂ©able Ă  merci qu’ils offrent en Ă©change d’un repas, d’un morceau de pain, d’un abri. Puis il faut reprendre la route et marcher de village en village, seul, loin des siens, sans espoir de les retrouver un jour.

Ce roman qui met en lumiĂšre cet Ă©pisode bien sombre de l’aprĂšs-guerre tient presque du mauvais et dramatique conte de fĂ©es. De ceux auxquels on ne veut pas croire et qui font frissonner de terreur. Une fois de plus s’il Ă©tait besoin de la dĂ©montrer, les enfants sont affamĂ©s, exploitĂ©s, parfois violĂ©s ou assassinĂ©s, souffrant de froid, de manque d’éducation, les premiĂšres victimes de la guerre et de la folie des hommes.

Dans ces annĂ©es 46/48, pas moins de 200 000 femmes et enfants ont Ă©tĂ© dĂ©possĂ©dĂ©s de leurs fermes, de leurs biens, laissĂ©s dans un Ă©tat de dĂ©nuement extrĂȘme. Une bonne moitiĂ© dĂ©cĂ©dera de froid et de dĂ©nutrition. PrĂšs de 30 000 enfants ont vĂ©cu cette horreur, pris en Ă©tau entre l’armĂ©e soviĂ©tique et la famine.

Catalogue Ă©diteur : Flammarion

Traduction (Lituanien) : Marija-Elena Baceviciute

Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposĂ©s Ă  l’avancĂ©e de l’armĂ©e soviĂ©tique victorieuse en Prusse-Orientale. DĂ©possĂ©dĂ©s de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que dĂ©solation. Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver Ă  se nourrir : malgrĂ© la menace omniprĂ©sente des soldats russes, certains enfants dĂ©cident d’entamer le pĂ©rilleux voyage. La forĂȘt sombre et inquiĂ©tante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Ć lepikas fait revivre plusieurs de ces destinĂ©es en s’inspirant du tĂ©moignage de deux survivantes. À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prĂȘte une poĂ©sie et une beautĂ© aussi inattendues que fascinantes, qui confĂšrent Ă  ce livre une force irrĂ©sistible.

Alvydas Slepikas est dramaturge, scĂ©nariste et metteur en scĂšne. Il a dĂ©jĂ  publiĂ© plusieurs recueils de poĂ©sie et dirige la rubrique littĂ©raire de l’hebdomadaire Literatura ir menas. À l’ombre des loups (Flammarion, 2020) est son premier roman.

Paru le 08/01/2020 / 240 pages / ISBN : 9782081458017 / Prix : 19,00€

Le temps dĂ©couvre la libertĂ©, Mathieu Terence

Retrouver la vie Ă  travers la beautĂ© et l’art, Ă©mouvant essai sur Le Bernin, artiste majeur du XVIIe siĂšcle

Cet essai de Mathieu Terence est un Ă©tonnant mĂ©lange de genre, Ă  la fois carnet de route, pensĂ©es personnelles, retour Ă  la vie, puis ode Ă  la beautĂ© de ce magnifique artiste qu’Ă©tait Le Bernin et dont on admire de trĂšs nombreuses Ɠuvres Ă  Rome.

Mathieu Terence choisi en particulier « Le temps dĂ©couvre la libertĂ© » rĂ©alisĂ©e par l’artiste en 1646 et qui donne son titre Ă  ce livre. A la suite d’un deuil, l’auteur se penche sur cette Ɠuvre prĂ©cise du Bernin Ă  un moment oĂč il est enclin Ă  penser que le temps et la vĂ©ritĂ© sont consubstantiels
 Il lui faut du temps, mais la vĂ©ritĂ© finit toujours par l’emporter. Ce sera aussi pour lui un retour Ă  la vie, aprĂšs la perte de l’ĂȘtre aimĂ©. L’art sauveur des Ăąmes en peine, l’art source de sĂ©rĂ©nitĂ©, l’art conquĂ©rant, l’art rĂ©parateur.

A la fois poĂšte et rĂȘveur, historien et Ă©crivain, passionnĂ© et philosophe, l’auteur nous entraĂźne dans ses pensĂ©es et nous fait dĂ©couvrir de façon tout Ă  fait originale et trĂšs personnelle la vie et les Ɠuvres du Bernin. Ce grand maĂźtre de l’art baroque Ă©tait Ă  la fois sculpteur, architecte (qui ne connaĂźt pas la place de Saint Pierre de Rome en particulier) et peintre. Son Ɠuvre a traversĂ© les siĂšcles, et Mathieu Terence nous la rappelle ici Ă  travers ces courts chapitres qui ponctuent son voyage dans le temps et l’espace.

Du mĂȘme auteur, retrouvez Ă©galement ma chronique du roman Le talisman

Catalogue Ă©diteur : Grasset

En 1646, Le Bernin dessine une esquisse intitulĂ©e Le Temps dĂ©couvre la VĂ©ritĂ©. Trois siĂšcles plus tard, Mathieu Terence part Ă  la rencontre de cette Ɠuvre et de son auteur, grand maĂźtre de l’art baroque, sculpteur, architecte et peintre italien, dont l’Ɠuvre Ă©nergique traverse les siĂšcles pour nous parler d’aujourd’hui. Ni biographie, ni essai d’art, ce rĂ©cit composĂ© de courts chapitres retrace, au galop, les soixante-dix ans d’activitĂ© du Cavalier pour nous donner Ă  voir et Ă  comprendre la fougue et l’esprit d’un artiste qui cĂ©lĂšbre le divin en offrant Ă  toutes et Ă  tous des Ɠuvres ivres de force et de voluptĂ©. Manifeste contre un monde uniforme, hymne Ă  l’exubĂ©rance et au courage, carnet de voyage dans le temps, rĂ©flexion sur la vĂ©ritĂ© Ă  l’heure oĂč le rĂšgne du Faux ne cesse de s’étendre, ce livre est, aussi, le tĂ©moignage d’un retour Ă  la vie aprĂšs la mort de l’aimĂ©e. ProfondĂ©ment singulier, il est tout entier taillĂ© comme une sculpture baroque.

Mathieu Terence auteur d’essais, de romans, et de poĂ©sies nous livre ici un texte libĂ©rateur, et contagieux qui contribue Ă  affirmer encore son Ă©clectisme.

Parution : 5 FĂ©vrier 2020 / 130 x 205 mm / Pages : 144 / EAN : 9782246823230  Prix : 16.00€ / EAN numĂ©rique : 9782246823247 Prix numĂ©rique : 10.99€

Oxymort, Franck Bouysse

Oxymort de Franck Bouysse, un huis-clos oppressant et glaçant aux limites de la folie

DĂ©couvrir une autre facette de l’auteur de « NĂ© d’aucune femme » ce roman qui nous avait tous tellement sĂ©duit l’an dernier..
Un homme est enchaĂźnĂ© sur un sol en terre battue, attachĂ© dans le noir. Il ne comprend absolument pas ce qui a pu le mener jusque-lĂ . Cet homme, c’est Louis Forell, professeur dans un lycĂ©e, une vie relativement banale, alors comment et pourquoi est-il arrivĂ© lĂ  ?

Son geĂŽlier lui fait jouer un jeu malsain afin de le lui faire deviner. PiĂ©gĂ© dans cette cave obscure, il n’a pas d’autre solution s’il ne veut pas devenir fou, que de s’Ă©vader dans ses pensĂ©es, Ă©voquer son travail, ses parents disparus, et surtout son amoureuse la belle Lilly avec qui la vie est si belle. Nous allons le suivre dans ce jeu mortel du chat et de la souris.


Le roman se lit vite, les chapitres courts alternent entre passĂ© et prĂ©sent, entre les souvenir de l’un puis de l’autre. Des vies dĂ©filent et rapidement le lecteur voit poindre toute la folie du geĂŽlier, et de se demander alors jusqu’oĂč l’amour peut mener un homme. Si le thĂšme est abordĂ© dans ce roman, c’est de façon plutĂŽt singuliĂšre. Comme un oxymore auquel le titre fait rĂ©fĂ©rence peut ĂȘtre ? Je t’aime je te fais souffrir ?

L’Ă©criture est rapide, rythmĂ©e, avec des phrases et des chapitres courts qui s’enchainent facilement. Si l’on n’y retrouve pas le style peaufinĂ© et les belles phrases de NĂ© d’aucune femme, c’est malgrĂ© tout un thriller qui se laisse lire et qui fait passer un bon moment.

Catalogue Ă©diteur : J’ai Lu

Un homme s’éveille, enchaĂźnĂ© sur la terre battue d’une cave oĂč rĂšgne un effroyable silence. Engourdissement, incomprĂ©hension. Qui ? Pourquoi ? La seule façon de repousser son dĂ©sespoir, de lutter, est de remonter le temps, errer dans les corridors de sa mĂ©moire et chercher Ă  comprendre, en allant de piste en piste, pour tenir en laisse la folie. Guetter l’apparition d’une femme, au moment oĂč les ombres s’étirent dans le crĂ©puscule. Jouer la musique de sa survie.

Paru le 04/03/2020 / Prix : 7,20€ / 224 pages / 110 x 178 mm / EAN : 9782290219478

DerriĂšre la gare, Ustrinkata, Arno Camenisch

Deux romans pour découvrir un univers singulier, nostalgique et pittoresque à souhait

Ustrinkata et DerriĂšre la gare, traduits de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher, Ă©ditĂ©s par Quidam, ce formidable dĂ©nicheur de trouvailles.

Avec DerriĂšre la gare, Arno Camenisch nous transporte des dizaines d’annĂ©es en arriĂšre dans le canton des grisons en Suisse. Ne cherchez pas, vous ĂȘtes immĂ©diatement, tout comme je l’ai Ă©tĂ©, projetĂ© dans un univers parallĂšle, plongĂ© dans un de ces grands films classiques en noir et blanc oĂč les jeunes hĂ©ros dĂ©couvrent la vie autour d’eux et la racontent avec autant de sincĂ©ritĂ© que de malice.
Le langage est celui d’un jeune garçon d’une dizaine d’annĂ©es qui observe et raconte son village. Il mĂȘle dans son rĂ©cit le patois des langues romanches parlĂ©es dans le canton. Les maisons Ă  la suite l’une de l’autre, dont on connait le moindre habitant, les habitues, les famille, le cafĂ© L’Helvezia oĂč tous se retrouvent pour un schnaps, les lappis qui font des petits et que l’on prend dans ses mains car ils sont si doux, mais qui en meurent, les saisons difficiles, surtout quand le soleil disparait pour plusieurs mois,  la vie et la mort, l’enterrement ou la naissance, il n’y a rien d’étonnant Ă  participer Ă  tout cela puisque c’est la vie. Une succession de scĂšnes aussi drĂŽles qu’Ă©mouvantes. Un Ă©veil au monde empli de dĂ©brouillardise, de naĂŻvetĂ© et de sentiments.

L’Ă©criture est vraiment Ă©tonnante. Si la lecture est un peu ardue au dĂ©part, j’ai Ă©tĂ© rapidement sĂ©duite. J’ai aimĂ© le charme particulier de ce monde dĂ©bordant de vie, ces analyses si pertinentes, sans nuances mais chargĂ©es de vĂ©ritĂ© et d’humanitĂ©, et teintĂ©es d’une dose de mĂ©lancolie. Un roman Ă  dĂ©couvrir, Ă  la fois drĂŽle et attendrissant et qui gagne Ă  ĂȘtre lu Ă  voix haute pour mieux en savourer la langue.


Dans Ustrinkata, la dimension est celle du cafĂ© du village, L’Helvezia. Comme dans une tragĂ©die grecque, une unitĂ© de lieu et de temps, une derniĂšre soirĂ©e avant la fermeture. Mais aucune tragĂ©die ne s’annonce, sauf peut-ĂȘtre la reprise du cafĂ© par des investisseurs.

Cet hiver-lĂ , le temps est vraiment bizarre, pas de neige, trop de pluie, il n’y a plus de saison.  Tour Ă  tour les villageois entrent Ă  L’Helvezia trempĂ©s et bien dĂ©cidĂ©s Ă  se rĂ©chauffer. Ça tombe bien, elle n’attend que ça la Tante, avec ses Mary Long qu’elle allume l’une aprĂšs l’autre. Et ce soir, personne ne boira d’eau, c’est dit.

Alors ça parle, ça raconte, ça fume, beaucoup, et ça boit plus encore pendant toute la soirĂ©e ; les gens rentrent et ressortent, s’invectivent, se remĂ©morent les souvenirs anciens, les anecdotes de leur jeunesse commune, mais aussi les disparus, les mariages. Chaque foyer a une histoire et tous semblent la connaitre, comme on connait bien les voisins avec qui on a passĂ© tant d’annĂ©es dans ce petit village perdu dans ce creux de montagne. Les cigarettes sont fumĂ©es les unes derriĂšre les autres, les verres de biĂšre, d’alcool, de vin descendus sans mĂȘme avoir le temps de respirer. Ça dĂ©lie les langues et fait venir la buĂ©e dans les yeux, tant d’alcool et tant de souvenirs.

Catalogue Ă©diteur : Quidam

DerriĂšre la gare : La vie d’un village cernĂ© par les montagnes. Un enfant espiĂšgle observe les adultes et, sans dĂ©tour, dit le rĂ©el avec insouciance. Vif et concret, touchant et drĂŽle, profond : Arno Camenisch donne Ă  entendre la musique singuliĂšre de sa langue qui raconte la disparition d’un monde. Une HelvĂ©tie hors norme que le temps va engloutir. C’est Zazie dans les Grisons et c’est pas triste !

100 pages 12 € / fĂ©vr. 2020 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-128-1

Ustrinkata : C’est le dernier soir Ă  L’Helvezia, le bistrot du village rachetĂ© par des investisseurs. Tous les habituĂ©s sont lĂ : la Tante, hĂŽtesse de tout son monde, la Silvia, l’Otto, le Luis, l’Alexi, et les autres aussi, encore vivants ou dĂ©jĂ  morts. L’alcool coule Ă  flots et ça fume Ă  tout-va. On est en janvier et il ne neige pas. Il pleut comme vache qui pisse. C’est quoi cette bizarrerie climatique ? Le dĂ©luge ?
On cause de ça, de tout, sans discontinuer. Ressurgissent alors les histoires enfouies de ce village qui pourrait bien ĂȘtre le centre du monde. La fin est proche, mais tant qu’il y a quelqu’un pour raconter, on reprend un verre.
Ce Prix suisse de littĂ©rature 2012 s’avale cul sec !

106 pages 13 € / fĂ©vrier 2020 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-133-5

Arno Camenisch est nĂ© en 1978 Ă  Tavanasa, dans les Grisons. Il Ă©crit de la poĂ©sie, de la prose et pour la scĂšne, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit Ă  Bienne. Il est l’auteur de Sez Ner (2009),  DerriĂšre la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), parus initialement aux Ă©ditions d’En bas, et de Ustrinkata (2012, Quidam 2020), soit le «cycle grison». L’Ɠuvre d’Arno Camenisch est reprise dans son ensemble par Quidam Ă©diteur. 

Furie, Grazyna Plebanek

Puissant comme les poings serrés de Mohamed Ali, violent comme le racisme, émouvant comme la vie de la jeune Alia, rythmé comme la voix de Furie, un roman qui marque ses lecteurs

Le Belgique et le Congo, c’est une histoire d’amour et de haine, une histoire de colonies qui va du Congo Belge au Congo d’aujourd’hui. Quand la famille d’Alia arrive Ă  Bruxelles dans les annĂ©es 80, c’est dans les bagages de Bastien qui quitte Kinshasa pour rentrer chez lui.

Dans cette famille il y a Eddy, le pĂšre qui est chauffeur de maitre, ou de maitresses, c’est selon. Eddy le conteur, le griot, qui aime la palabre et le contact avec ceux qui l’écoutent, mais qui s’étiole en Belgique. Jusqu’au jour oĂč il rentre Ă  Kinshasa pour quelques jours, et oublie de revenir, laissant sur la touche femme et enfants, y compris Riva, ce petit dernier qui s’annonce alors qu’il vient de les quitter.

Il y aussi Fourmi, collĂ©e devant l’écran de tĂ©lĂ©vision Ă  regarder chaque jour des sĂ©ries. C’est Alia qui a la charge de l’éducation de son frĂšre Joe. Il faut dire que lĂ -bas, c’est Fourmi qui devait s’occuper de tous les enfants que son pĂšre a eu avec ses autres Ă©pouses, alors elle en a soupĂ© et ne veut plus travailler.

Il y a Alia, la forte, la fille de son pĂšre, prĂ©nommĂ©e d’aprĂšs Mohamed Ali, son idole, et qu’il va initier Ă  la boxe, avec ce sac suspendu dans l’entrĂ©e et sur lequel elle frappe, frappe encore. Comme une violence contenue qui doit exploser, comme un appel au secours peut-ĂȘtre, face au racisme, Ă  la difficultĂ© d’ĂȘtre noire dans un pays de blancs, d’ĂȘtre fille aussi dans une citĂ© difficile. Elle a des rĂȘves Alia, que ses frĂšres rĂ©ussissent, que sa mĂšre travaille, faire de la boxe, et surtout rentrer dans la police. Elle a du courage aussi, de la pugnacitĂ© et de la suite dans les idĂ©es. Alors malgrĂ© la violence, le racisme ambiant, elle devient celle quelle rĂȘvait d’ĂȘtre, policiĂšre dans un monde d’hommes, violent, raciste, dĂ©lĂ©tĂšre.

Prenant prĂ©texte de nous conter Alia et ses rĂȘves, Grazyna Plebanek explore l’histoire rĂ©cente de la Belgique. Elle insĂšre ses personnages dans la rĂ©alitĂ© de ces annĂ©es-lĂ , celles des tristement cĂ©lĂšbres Tueurs du Brabant, de cette pĂ©riode incroyable d’un pays sans gouvernement, on se souvient des conflits sans fin entre les deux communautĂ©s linguistiques que sont les Flamands et les Wallons. C’est puissant et violent, un Ă©tonnant roman qui dĂ©range et dont on se souvient longtemps il me semble.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue Ă©diteur : Le Livre de Poche et Éditions Emmanuelle Collas

Congolaise originaire de Kinshasa, Alia a cinq ans quand elle arrive Ă  Bruxelles. C’est un nouveau monde, hostile, que dĂ©couvre la petite fille. Son pĂšre, un fan de Mohamed Ali, l’initie Ă  la boxe, qui devient pour elle le moyen de rĂ©primer sa colĂšre.
Devenue adulte, elle entre dans la police. Mais c’est un milieu machiste, et oĂč une majoritĂ© de ses collĂšgues sont atteints par un racisme viscĂ©ral. Car s’ils acceptent la jeune femme comme l’une des leurs, ils veulent Ă©liminer les migrants, qu’ils torturent grĂące Ă  une milice de policiers qui ne sont pas d’origine belge. DĂ©barrasser le pays des Ă©trangers grĂące aux Ă©trangers, tel est le but de cette organisation. Et Alia en fait partie.
Pour s’imposer dans ce jeu de pouvoir, elle va commettre l’irrĂ©parable.

Avec Furie, l’écrivaine Grayna Plebanek nous offre un livre puissant et un inoubliable portrait de femme.

Un roman Ă©crit avec maĂźtrise par l’une des nouvelles voix les plus originales des lettres polonaises. Alain Mabanckou.

Grayna Plebanek est Ă©crivaine, feuilletoniste et boxeuse. NĂ©e en Pologne, elle est diplĂŽmĂ©e en philologie polonaise et anthropologie culturelle. Elle est l’auteure de plusieurs bestsellers en Pologne, traduits en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Furie est son premier roman traduit en français. Elle vit Ă  Bruxelles depuis 2005. 

Traduit du polonais par CĂ©cile Bocianowski.

432 pages / Parution : 29/01/2020 / EAN : 9782253934417 / Prix : 8,20€

Antonia : Journal 1965-1966, Gabriella ZalapĂŹ

Entre ombre et lumiĂšre, un voyage dans l’intimitĂ© d’une femme qui se dĂ©voile et s’émancipe sous nos yeux

Dans les annĂ©es 60, la femme est d’abord femme au foyer, Ă©pouse docile et mĂšre accomplie. Dans ce rĂŽle Ă©crit d’avance, Antonia s’ennuie, Antonia s’étiole, mais elle en parle avec dĂ©licatesse et sagesse. Si son mari la cantonne exclusivement Ă  ces rĂŽles, la nurse lui vole sa fonction de mĂšre en lui interdisant une approche trop intime avec son fils Arturo. Et un sentiment diffus se dĂ©veloppe, comme si son propre fils lui Ă©tait Ă©tranger, la poussant Ă  s’interroger sur son rĂŽle de mĂšre.

Peu Ă  peu, elle s’évade de ce quotidien. Un jour elle exhume du paquet qu’elle a reçu Ă  la mort de sa grand-mĂšre les lettres et albums photos de sa famille et de son passĂ©. Elle va alors s’y pencher et Ă  partir de lĂ , tenter de se retrouver, de comprendre oĂč elle en est.

Pendant deux ans, de 1965 Ă  1966, elle confie ses dĂ©couvertes, mais aussi son mal-ĂȘtre Ă  son journal intime. Elle y relate ses journĂ©es et ses trouvailles, ses sentiments et ses rĂȘves. Celle qui sort des annĂ©es de guerre qu’on connues ses parents n’est pas encore tout Ă  fait la femme contestataire des annĂ©es 68. C’est dans cet entre-deux qu’elle laisse entrevoir un embryon de rĂ©volte face Ă  la morositĂ© et Ă  cette place qui lui est assignĂ©e dans une vie toute tracĂ©e qui l’assomme au plus haut point.

Entre ombre et lumiĂšre, sa vie s’écoule, lente et morose. Comme dans ces vieilles photos qu’elle exhume des albums de famille oubliĂ©s, elle s’expose, triste et fascinante, rĂ©voltĂ© et soumise. Et avec Antonia, le lecteur fait ce voyage dans le temps, dans l’intimitĂ© de la famille, dans le quotidien monotone de cette femme qui se dĂ©voile et finalement s’émancipe sous nos yeux.

C’est joliment Ă©crit et fort agrĂ©ablement illustrĂ© de vieilles photos qui donnent vie Ă  ce journal d’une femme Ă©mouvante et sincĂšre.

Roman lu dans le cadre des 68 premiĂšres fois, session anniversaire 2020

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions ZoĂ©

Antonia est mariĂ©e sans amour Ă  un bourgeois de Palerme, elle Ă©touffe. Ă€ la mort de sa grand-mĂšre, elle reçoit des boĂźtes de documents, lettres et photographies, traces d’un passĂ© au cosmopolitisme vertigineux. Deux ans durant, elle reconstruit le puzzle familial, d’un cĂŽtĂ© un grand-pĂšre juif qui a dĂ» quitter Vienne, de l’autre une dynastie anglaise en Sicile. Dans son journal, Antonia rend compte de son enquĂȘte, mais aussi de son quotidien, ses journĂ©es-lignes. En retraçant les liens qui l’unissent Ă  sa famille et en remontant dans ses souvenirs d’enfance, Antonia trouvera la force nĂ©cessaire pour rĂ©agir.

Roman sans appel d’une Ă©mancipation fĂ©minine dans les annĂ©es 1960, Antonia est rythmĂ© de photographies qui amplifient la puissante capacitĂ© d’évocation du texte.

Anglaise, italienne et suisse, Gabriella Zalapi a vĂ©cu Ă  Palerme GenĂšve, New York, habite aujourd’hui Paris. Ses longs sĂ©jours Ă  Cuba et en Inde ont Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©terminants pour donner corps Ă  l’une de ses prĂ©occupations essentielles : comment une identitĂ© se construit ? Artiste plasticienne formĂ©e Ă  la Haute Ă©cole d’art et de design Ă  GenĂšve, Gabriella ZalapĂŹ puise son matĂ©riau dans sa propre histoire familiale. Elle reprend photographies, archives, souvenirs pour les agencer dans un jeu troublant entre histoire et fiction. Cette rĂ©appropriation du passĂ©, qui s’incarnait jusqu’ici dans des dessins et des peintures, Gabriella la transpose cette fois Ă  l’écrit et livre son premier roman, Antonia, sensible et saisissant.

Paru en janvier 2019 / ISBN 978-2-88927-619-6 / 112 pages / 140×210 mm

Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason

Patrouiller la nuit dans les rues de Reykjavik, à la rencontre d’Erlendur, ou l’art du thriller par Indridason

Il y a les romans d’Indridason, avec son hĂ©ros rĂ©curent Erlendur, et il y a un jour celui qui aurait pu ĂȘtre le tout premier de la sĂ©rie. Ce roman, qui nous prĂ©sente les dĂ©buts de celui qui de viendra un flic bourru, taciturne et pugnace, intuitif et mutique. Il n’est pas forcĂ©ment trĂšs douĂ© en interrogatoires mais il rĂ©ussit si bien Ă  dĂ©lier le fil de enquĂȘtes auxquelles il s’attaque avec toujours la mĂȘme envie de rĂ©ussir.

En 1974, alors que le pays s’apprĂȘte Ă  cĂ©lĂ©brer les 1 100 ans de la colonisation de cette Ăźle qui deviendra l’Islande, Erlendur rentre dans la police de Rekjavik. Il est affectĂ© aux patrouilles de nuit qui contrĂŽlent la faune interlope qui hante les bas-fonds de la ville. Accident, Ă©chauffourĂ©es entre clochards, suicides, et intervention suite Ă  des violences faites aux femmes, la vie la nuit est un monde Ă  part. Alors qu’il est appelĂ© suite Ă  la noyade d’un clochard, Erlendur reconnait cet homme qu’il avait croisĂ© Ă  plusieurs reprises. L’enquĂȘte tourne court, qui irait se soucier d’un marginal, parasite rejetĂ© par la sociĂ©tĂ©. Mais Erlendur est un intuitif et cette mort l’intrigue. Il va rencontrer la famille d’Hannibal le clochard, et chercher Ă  comprendre, mĂȘme si cela n’entre pas dans ses attributions. Il faut dire que cette disparition et celle d’une femme disparue Ă  peu prĂšs en mĂȘme temps qu’Hannibal, ravive chez lui le souvenir de son frĂšre disparu.

Tout au long du rĂ©cit, on retrouve l’étrange caractĂšre de ce flic un personnage atypique, son passĂ©, la disparition de son frĂšre, sa difficile relation avec celle qui deviendra la mĂšre de sa fille (enfin on l’imagine), et ce caractĂšre solitaire et taiseux. Ce roman est aussi prĂ©texte Ă  nous faire dĂ©couvrir les nuits sombres de la capitale islandaise avec l’analyse d’une sociĂ©tĂ© qui n’est pas des plus rĂ©jouissantes. Marginaux qui dans le froid les doivent trouver coĂ»te que coĂ»te un abri pour rester en vie et se rĂ©chauffent Ă  l’alcool Ă  70°, prostitution, violences conjugales, aussi rĂ©elles lĂ  qu’ailleurs, et pas forcĂ©ment lĂ  oĂč on les attend le plus car elles touchent toutes les strates de la sociĂ©tĂ©. Enfin, et lĂ  c’est plus lĂ©ger, la passion du collĂšgue d’Erlendur pour ce qui devrait rĂ©volutionner la cuisine traditionnelle, l’apparition des premiers fast-foods et des pizzas sur cette ile proche du pole.

Si j’ai parfois trouvĂ© quelques longueurs, l’écoute de ce roman en version audio a cependant Ă©tĂ© vraiment trĂšs agrĂ©able. L’avantage c’est aussi que pour la premiĂšre fois j’ai entendu ces noms imprononçables dont je me rends compte qu’à aucun moment dans mes nombreuses autres lectures de cet auteur je ne les avais prononcĂ©s, mĂȘme pas en silence ! LĂ  tout d’un coup, les noms des collĂšgues, des suspects, des rues ou des villes, tout y est et prend vie autrement grĂące Ă  la voix de Jean-Marc Delhausse.

Catalogue Ă©diteur : Audiolib pour la version audio, MĂ©tailiĂ©

La premiùre affaire d’Erlendur.
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitĂ©es : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques
 Des gamins trouvent en jouant dans un fossĂ© le cadavre d’un clochard qu’il croisait rĂ©guliĂšrement dans ses rondes. On conclut Ă  l’accident et l’affaire est classĂ©e. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraĂźne toujours plus loin dans les bas-fonds Ă©tranges et sombres de la ville. On dĂ©couvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination Ă  connaĂźtre la vĂ©ritĂ©, sa discrĂ©tion tenace pour rĂ©sister aux pressions contre vents et marĂ©es, tout ce qui va sĂ©duire le commissaire Marion Briem.

Un livre audio lu par Jean-Marc Delhausse  Traduit par Eric Boury

Date de parution : 13 Mai 2015 / DurĂ©e : 8h17 / Prix public conseillĂ© : 22.50 € / Livre audio 1CD MP3 / EAN Physique : 9782356419491

L’aimant, Lucas Harari

L’aimant, un voyage Ă©trange et fantastique dans les thermes de Vals

Lorsqu’il arrive Ă  Vals, en Suisse, Pierre, se plonge dans l’atmosphĂšre Ă©trange des thermes. Cet ancien Ă©tudiant en architecture est depuis toujours passionnĂ© par le travail du cĂ©lĂšbre architecte suisse Peter Zumthor. Devenu aujourd’hui garçon de cafĂ©, il a souhaitĂ© se rendre sur place pour mieux comprendre le travail du gĂ©nial architecte.

Dans ce village des Grisons posĂ© Ă  flanc de montagne, dans un dĂ©cor qui surplombe riviĂšre et gorges, l’eau de la source jailli pour alimenter les thermes, au creux d’une roche quartzite trĂšs caractĂ©ristique. Ce quartz sombre que l’on retrouve ici dans les vignettes reprĂ©sentant les thermes, avec leur aspect aussi minĂ©ral que fĂ©Ă©rique, comme un temple secret dĂ©diĂ© Ă  la nature, Ă  la roche, Ă  l’eau. Le tout en impressions de gris, noir, bleu foncĂ© qui donnent un air magique et surrĂ©aliste au dĂ©cor.

Si le cadre est de prime abord inspirant et ressourçant, il devient rapidement fantastique et inquiĂ©tant. La lumiĂšre naturelle change selon l’heure du jour, et dans cette ambiance surnaturelle tout Ă  fait unique, Pierre va tenter d’en percer le secret, dessinant inlassablement sur ses carnets les murs et le dĂ©dale des thermes.

Dans ce cadre magique, oĂč les pierres ont des propriĂ©tĂ©s mystiques en harmonie avec la montagne si proche, les portes s’ouvrent et se referment, les lumiĂšres se rĂ©flĂ©chissent dans l’eau et les vapeurs. Le lecteur imagine mĂȘme les eaux en bouillonnement, celles qui enveloppent de buĂ©e les visiteurs des thermes, et cachent le secret de la montagne, Ă  la fois si proche et si mystĂ©rieuse.
Alors le charme opĂšre, malgrĂ© les couleurs tranchĂ©es, sombres, malgrĂ© cette ligne claire poussĂ©e Ă  l’extrĂȘme il me semble. On se laisse porter dans les pas de Pierre, immergĂ©s dans cet environnement minĂ©ral et hostile, pour tenter de percer le secret des pierres, ce secret que nul ne peut avouer de peur de passer pour un fou.

A noter, le trĂšs beau travail d’illustration de Lucas Harari, sur un papier de qualitĂ© et dans un beau format, aux couleurs tranchĂ©es dans des tonalitĂ©s de rouge, bleu et noir, parfois aussi sombres que la pierre. Par contre si j’ai apprĂ©ciĂ© le graphisme de cette BD pour le moins singuliĂšre (et j’avoue je ne l’ai pas lĂąchĂ©e avant la fin) je n’ai pas forcĂ©ment saisi la portĂ©e du message, ou mĂȘme le message (s’il y en a un) qu’a voulu donner l’auteur
 sans doute suis-je passĂ©e Ă  cĂŽtĂ© ? MalgrĂ© tout, un trĂšs beau graphisme et un sujet intĂ©ressant qui m’ont donnĂ© envie d’en savoir plus sur ce site, le bĂątiment et sur la rĂ©alitĂ© qui se cachait derriĂšre cette fascination du hĂ©ros pour l’architecte Peter Zumthor.

Les thermes de Vals, un bĂątiment au design contemporain construit entre 1993 et 1996 par l’architecte Peter Zumthor a Ă©tĂ© le premier de Suisse Ă  avoir Ă©tĂ© classĂ© monument historique peu de temps aprĂšs son ouverture.

Catalogue Ă©diteur : Sarbacane

Pierre, jeune Ă©tudiant parisien en architecture, entreprend un voyage en Suisse afin de visiter les thermes de Vals.
Ce magnifique bĂątiment, conçu par le cĂ©lĂšbre architecte suisse Peter Zumthor, au cƓur de la montagne, le fascine et l’obsĂšde. Cette mystĂ©rieuse attraction va se rĂ©vĂ©ler de plus en plus forte Ă  mesure que Pierre se rapproche du bĂątiment


Peter Zumthor, nĂ© Ă  BĂąle en 1943, est un architecte suisse, laurĂ©at du prix Pritzker 2009. Les bains thermaux de Vals, construits entre 1993 et 1996, l’ont rendu cĂ©lĂšbre et restent aujourd’hui l’une de ses principales rĂ©alisations.

Lucas Harari (ScĂ©nariste, Dessinateur) est nĂ© Ă  Paris en 1990, oĂč il vit toujours. AprĂšs un passage Ă©clair en architecture, il entreprend des Ă©tudes aux arts dĂ©coratifs de Paris dans la section image imprimĂ©e, dont il sort diplĂŽmĂ©Ì en 2015. SensibilisĂ© aux techniques traditionnelles de l’imprimĂ©, il commence par publier quelques petits fanzines dans son coin avant de travailler comme auteur de bande dessinĂ©e et illustrateur pour l’édition et la presse. L’Aimant est sa premiĂšre bande dessinĂ©e publiĂ©e.

Paru le 23 aoĂ»t 2017 / 152 pages / 25 × 31,7 cm / EAN: 9782848659862 / Prix : 28€