Dénouement, Aurélie Foglia

Dénouement d’une vie de couple, de mère, d’amante, dans la vie de Dolorès tout est douleur, désarroi, dépression, souffrance. Le premier roman très sombre d’Aurélie Foglia

Il en faut du courage pour ĂŞtre cette Dolorès-lĂ .  Dolorès la douleur. Elle le porte bien ce prĂ©nom, qui la prĂ©destine au malheur, aux Ă©checs, Ă  la fatalitĂ© de la solitude et de la dĂ©pression.

Le couple qui bat de l’aile, avec ce mari autoritaire, pervers et dominateur, puis  l’échec de cette vie Ă  deux puis trois, le divorce, la faillite de la justice et des avocats, partie perdue d’avance, la vie ratĂ©e de Dolorès la femme de... Un enfant terrible et Ă©puisant qui ne renvoie aucun amour Ă  sa mère, la vie difficile de Dolorès devenue la mère de... Puis l’incomprĂ©hension d’une mère quand Dolorès redevient fille de … Puis se retrouver seule dans un studio minable avec ses cartons. Avoir pour seul soutien internet pour y trouver l’âme sĹ“ur, celui qui enfin lui fera retrouver  confiance en elle, prendre le large, trouver une Ă©paule compatissante et aimante et redevenir Dolorès, la femme.

Difficile parcours de l’abandonnée dépressive à qui rien ne sourit. Car non, la courbe de sa vie ne va pas s’inverser. Rien ne va, et comment dire, pas grand-chose ne me convient non plus dans cette lecture. Des mots, des phrases, un style épuisant à lire, comme cette vie sans doute. C’est triste et morne, fastidieux de négativité, on a l’impression que tout s’accumule sur les épaules de cette pauvre femme et que rien ne pourra jamais la sortir de ses malheurs.

Il m’en reste une certaine description des objets, d’une thĂ©ière bonne pour la casse mais attachante pour Dolorès, peut-ĂŞtre le seul protagoniste attachant du roman. DĂ©pression, solitude, fatalitĂ©, Ă©chec, voilĂ  mes impressions de ce roman, et c’est une lecture peu rĂ©jouissante j’avoue, Ă  ne lire que si vous ĂŞtes en forme !

Un premier roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue Ă©diteur : Ă©ditions Corti

La femme, la mère, la fille, Dolorès : même personnage qui se sépare, se débat, va de l’avant. Naître et mourir, elle n’arrête pas. On la rencontre, on la reconnaît. Elle n’a pas de masque, elle commence à prendre un visage. Alors même qu’elle s’efface. On ne peut pas s’empêcher de la suivre.

Ceci n’est pas ma vie. C’est donc la vôtre. Je veux dire cette vie une et nue, ou plutôt ce moment obscur qu’est le dénouement d’une histoire, de toute histoire. Une autre commence, une histoire d’amour, qu’est-ce qui peut davantage rappeler à la vie ?

240 pages / ISBN : 978-2-7143-1223-5 / 18 € / Date de parution : 22/08/2019

Le voyage du canapĂ©-lit, Pierre Jourde

OdyssĂ©e burlesque ou exorcisme ? Est-ce pour Ă©loigner la mort, le deuil et le chagrin, parce qu’on peut penser au passĂ© et en rire que Pierre Jourde a Ă©crit « Le voyage du canapĂ© lit Â» ?

Lors du décès de sa propre mère, la mère de Pierre Jourde, qui a eu toute sa vie une relation exécrable avec cette femme égoïste, décide de ne conserver de cet héritage encombrant qu’un antique et inconfortable canapé-lit. Elle demande à ses deux fils de le transporter dans la maison de famille en auvergne. Ce souvenir d’une relation conflictuelle trouvera sa place dans cette maison où s’entassent déjà aux yeux de ses fils maints objets inutiles.

C’est donc le prĂ©texte pour les deux frères et la belle-sĹ“ur Ă  se retrouver coincĂ©s pendant un long trajet dans une camionnette de location, et surtout le prĂ©texte Ă  Ă©grener des souvenirs. Souvenirs en particulier de la relation apparemment assez compliquĂ©e entre les deux frères. Et l’auteur de les Ă©grener page après page ces souvenirs, de voyages – l’Inde, un coiffeur grec rencontrĂ© dans les rues de Londres – de chutes, de maladies, d’ennuis gastriques, de conflits familiaux ou professionnels, avec entre autre une scène oĂą apparait Christine Angot perdue dans quelques salon littĂ©raire de province.

Est-ce lĂ  une thĂ©rapie familiale sur fond de canapĂ© ? Il semble qu’avec Pierre Jourde, le dĂ©cès d’un proche soit un excellent dĂ©clencheur pour une introspection intime Ă  partager avec le lecteur. Ce roman est me semble-t-il Ă©crit au dĂ©cès de sa mère. Son roman prĂ©cĂ©dent Ă©tait empreint de tristesse, celui-ci se veut franchement dĂ©sopilant. Winter is Coming Ă©tait un roman difficile, tellement intime, tellement tragique en un sens. J’imagine qu’il n’est pas aisĂ© de se remettre Ă  l’écriture Ă  la suite de ce deuil, alors pourquoi cet autre livre sur la famille ?

On aime ou pas. Pour ma part, je me suis profondément ennuyée posée sur ce canapé à regarder défiler les villages de La Charité-sur-Loire à Clermont-Ferrand, à dérouler le fil des souvenirs, banals, ordinaires. Pourtant, une fois de plus, j’avoue que j’ai apprécié l’écriture de cet auteur qui, s’il ne réussit vraiment pas à me séduire par son histoire, l’aurait presque fait par la qualité de sa prose.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue Ă©diteur : Gallimard

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.

Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072776250 / Parution : 10-01-2019 / Prix : 20€

Outre-mère. Dominique Costermans

Une mère, une fille, la recherche d’un père absent après une guerre vécue difficilement aussi du côté de la Belgique.

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A la lecture de ce premier roman, j’ai eu l’impression que ce livre n’est pas destiné aux lecteurs, mais à cette famille éclatée, perdue, diverse et retrouvée, qui a besoin de ces mots pour se connaître, se comprendre, s’accepter.  Un peu comme si le lecteur était en trop, ou seulement utile pour faire passer le message sur des origines difficiles à accepter, une enfance compliquée tant pour la mère que pour les différents enfants de ce père qui s’avère rapidement criminel, égoïste, volage et absent.

Car Charles Morgenstern, le grand-père de Lucie, la narratrice, a travaillé pour la gestapo et s’est enfui en Allemagne après la guerre. Lucie a compris très tôt qu’il y avait un secret dans sa famille, que sa mère avait des silences, des absences qui venaient de loin, d’une enfance non dévoilée, d’aïeux inconnus. Tout cela forme un manque et un vide à combler pour cette petite fille qui a grandi avec le poids de l’absence et l’envie de comprendre. Elle va suivre les méandres des révélations, des silences surtout, des recherches qu’elle va entreprendre et de tout ce qu’elle va découvrir sur le passé de sa mère et de sa famille.

L’idée est intéressante, le parcours aussi, de cette fille qui se cherche une ascendance acceptable, qui tient absolument a retrouver les racines que sa mère lui cache. Secrets de famille lourds à porter, juifs ou collabos, traitres ou Justes, ramifications et répercussions jusque dans le présent de ces silences lourds à porter, de ce passé si dense, tout ceci est très significatif sur le besoin de recherche et de mémoire, mais l’auteur nous perd dans les méandres d’une famille tentaculaire et disparate. Bref, si j’ai par moment eu envie de connaître la suite, je crains de ne pas avoir ressenti assez d’émotions pour avoir envie de vibrer, de pleurer ou de rire avec Lucie.

Roman lu dans le cadre des 68 premiers romans : retrouvez les avis de Martine avec Les lectures de Martine (et plus) ou de Henri-Charles Ma collection de livres


Catalogue Ă©diteur : Éditions Luce Wilquin

Outre-Mère est moins le récit de la véritable histoire de Charles Morgenstern, juif, bruxellois, enrôlé dans l’armée allemande puis indicateur au service de la Gestapo, que celui de son dévoilement, malgré le silence imposé qui règne encore dans sa famille deux générations plus tard. Que faire des secrets ? De la famille, de la guerre et de ses monstres ? Du silence de la mère ?
Ces questions provoquent tout autant l’enquête de Lucie que l’écriture envoûtante de ce texte.
Le paradoxe de ce roman, son paradoxe passionnant, c’est que le secret le plus crucial apparaît moins dans une révé­lation – vite livrée au lecteur – que dans les moments anxieux, obstinés et rebondissants de son dévoilement tentaculaire.
Il en résulte un étrange passage de la souffrance et du silence à la délivrance de la mère comme de la narratrice – et du lecteur.

14 x 20,5 cm, 176 pages / ISBN 978-2-88253-529-0 / EUR 17.-

Les mortes eaux. Andrew Michael Hurley

Les mortes eaux, un thriller qui nous entraine au fin fond de l’Angleterre dans un univers de foi et de croyances aussi glauque que désuet

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Tout au long de l’intrigue, nous allons suivre deux frères, dont l’un, le plus jeune, protège son grand frère, qui est apparemment un attardĂ© mental inoffensif et muet.. L’histoire se dĂ©roule en flash-back, racontĂ©e par ce frère protecteur qui tente de comprendre ce qu’il s’est passĂ© l’étĂ© du dernier pèlerinage, alors que la famille allait une fois encore dans ce coin perdu d’Angleterre tout droit sorti du passĂ©, l’étĂ© oĂą le miracle a eu lieu, oĂą l’enfant a pleurĂ© au fond de la cave, oĂą les mortes eaux sont devenues des eaux bouillonnantes,  ont recouvert le passage, lĂ  oĂą tout pouvait arriver.

Jusqu’au jour où des découvertes macabres sont faites dans la région, tout le monde dans le pays ne parle que de ça… elles viennent réveiller le passé.

VoilĂ  une intrigue qui promettait, on attend, on espère, puis on s’ennuie. J’ai pourtant aimĂ© les descriptions, en particulier les lieux et leur cĂ´tĂ© hors du temps et du monde, le froid, les vagues, les eaux montantes qui recouvrent le passage, comme si elles Ă©taient le symbole de ce qui arrive et de ce que l’on veut taire. J’ai apprĂ©ciĂ© avant tout l’étude psychologique des diffĂ©rents personnages, la mère qui refuse d’accepter les diffĂ©rences de son ainĂ©, le père qui laisse faire, la foi inĂ©branlable de chacun en un prĂŞtre qui lui, l’a perdue sa foi ! Puis  l’Ă©tude de la mentalitĂ© de ces pèlerins convaincus et crĂ©dules, leur foi quasi mystique en un Dieu qui fait des miracles et les pousse chaque annĂ©e Ă  venir faire ce pèlerinage vers ce Dieu qui sauvera peut-ĂŞtre l’ainĂ© de sa singularitĂ©, sur la folie des villageois qui vivent en autarcie, car tout cela est particulièrement bien rendu.  Pourtant cet univers glauque ne m’a pas convaincue, comme si l’auteur avait hĂ©sitĂ© entre deux genres, le gothique fantastique et le thriller, sans jamais se dĂ©cider. A la fois Ă©tonnant et banal, l’intrigue se traine, nous laisse espĂ©rer avec trop de lenteur, du coup je m’y suis un peu ennuyĂ©e.

Un roman lu aussi dans le cadre de ma participation au jury du Prix J’ai Lu Page des libraires 2017

Catalogue éditeur : J’ai Lu

Traduction (Anglais) : Santiago Artozqui

Dans les annĂ©es 1970, en Angleterre, les Smith effectuent leur pèlerinage annuel avec leur paroisse. La famille prie pour la guĂ©rison de l’aĂ®nĂ© des deux garçons, Andrew, dĂ©ficient mental. Quand les pèlerins arrivent dans une vieille bâtisse sinistre, les villageois ne cachent pas leur hostilitĂ© et semblent se livrer Ă  d’obscures activitĂ©s nocturnes. Peu après, Andrew paraĂ®t guĂ©ri. Premier roman.

Date de parution : 01/03/2017 / EAN : 9782290139257 / Prix : 7,60€