Le consentement, Vanessa Springora

Un témoignage fort sur l’emprise et la manipulation, une lecture indispensable

D’abord, il y a V. cette toute jeune fille qui se laisse séduire sans trop le vouloir ni s’en rendre compte par celui qui aurait pu être son père. Le père absent justement, cet homme maniaque jusqu’à l’obsession, jusqu’à la violence, que sa mère ose quitter avant que leur vie de couple ne tourne au drame. Un père qui peu à peu disparaît des radars, qui ne viendra jamais s’occuper de sa petite fille.

Et cette mère qui a tant de mal à joindre les deux bouts, mais qui aime la fête, qui aime aussi sa fille mais d’une façon si maladroite. Un soir elle participe à un dîner de travail avec V, qui a tout juste treize ans. Elles y rencontrent G, un écrivain en vue. Ce cinquantenaire séduisant en diable plaît bien à sa mère. Mais c’est avec la fille qu’il va entrer en relation épistolaire, relation séduisante sur le papier, bien qu’insistante, et qui devient vite une relation charnelle et amoureuse. Possession, manipulation, déclaration, tout y passe et la jeune fille va réellement tomber amoureuse de cet homme qu’elle apprécie, qui lui fait ressentir qu’elle existe vraiment. Cet amant qui l’aime pour ce qu’elle est. C’est du moins ce dont elle va longtemps se persuader.

Il n’est pas nécessaire d’en dire plus, car il me semble qu’on a presque tout dit sur ce livre. Je l’ai écouté lu par Guila Clara Kessous, et j’ai eu l’impression que V était là, à coté de moi, pour m’en parler. Elle me disait ce qu’a été sa vie, cette désillusion de l’amour à mesure qu’elle comprenait qui était réellement G, qu’elle réalisait ce vol qui lui a été fait de son enfance, de son adolescence. Car à l’age où l’on connaît ses premiers émois amoureux et où l’on en parle avec ses copines, elle vivait déjà une véritable relation amoureuse avec un homme de cinquante ans dans un hôtel, loin de sa famille, loin de ses camarades de classe, classe qu’elle fréquentait d’ailleurs de moins en moins au risque d’hypothéquer toutes ses chances d’avenir. L’attitude de sa mère est aussi confondante qu’incompréhensible. Mais ne faut il pas aussi se replonger dans les mentalités post soixante-huitardes où tant de choses semblaient permises pour le bonheur de tous, la liberté sexuelle étant l’une des plus grandes conquêtes des femmes de ces années là. Il semble que dans ce cas la frontière entre liberté pour les femmes et droits des adolescentes soit allégrement franchie.

Ce texte est d’une grande sincérité. L’auteur décortique le cheminement de l’emprise puis de sa rupture avec ce prédateur sexuel qu’elle reconnaît enfin pour tel. Elle se sent trahie, se demande si elle est complice, consentante, puis comprend enfin qu’elle est avant tout victime. Un statut que lui nient une partie de ceux qui l’entourent et qui ont été bien complaisants avec le pédophile que tout le monde adulait. Car la presse, les politiques, le milieu de la télévision, les confrères du monde de l’édition, mais aussi Cioran pour ne citer que lui, ont fait longtemps les beaux jours de G sans jamais s’offusquer de ses voyages avoués en Malaisie pour y rencontrer de très jeunes garçons, ou de son amour immodéré pour les jeunes écolières de moins de seize ans, largement développés dans toute son œuvre littéraire. Et l’on enrage de voir à quel point la police, à travers la brigade des mineurs et malgré de nombreux courriers anonymes explicites, mais aussi l’hôpital et ce gynécologue d’opérette vont agir avec une jeune fille de quatorze ans qui appelle à l’aide par les maladies quelle déclenche.

Jusqu’au jour où l’évidence est là, il faut prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre. Il aura fallu trente ans à V pour dire, écrire les mots qui soulagent, les mots qui je l’espère pardonnent à la jeune fille abusée qu’elle a été alors. Pour décortiquer aussi les mécanismes de l’emprise qui bien souvent passent inaperçu ou incompris dans l’entourage de ceux qui les subissent. L’écriture est maîtrisée de bout en bout, le ton est sincère et factuel, sans fioriture et sans compromis, pas même à son égard. Elle écrit sans jamais s’apitoyer sur ce qui lui est arrivé, et ce témoignage pourra peut-être ouvrir les yeux à des proches ou des parents trop laxistes ou aveugles face à de telles situations. Parler pour libérer la parole de ceux qui subissent, parler pour montrer aussi que ce genre de perversion n’a ni frontière ni milieu social, mais peut au contraire toucher tout le monde.

J’ai apprécié cette version audio qui m’a aussi permis de prendre quelques pause salutaires pendant l’écoute, comme pour prendre le temps d’absorber l’importance des mots, leur portée, leur signification. La voix de la lectrice est très posée, agréable, j’avais l’impression d’être à ses côtés et de l’écouter me parler d’elle. Les différentes intonations situent bien les deux personnages principaux, la subtilité de leurs échanges et de cette relation délétère entre le manipulateur et sa proie.

Enfin, le plus de cette version audio est aussi de pouvoir écouter un entretien avec Vanessa Springora en fin de lecture.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib, Grasset, Le Livre de Poche

Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
«  Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.
Vanessa Springora est éditrice. Le Consentement est son premier livre.

Audiolib : Date de parution : 10 Juin 2020 / Prix public conseillé : 20.90 € /   Livre audio 1 CD MP3 – Suivi d’un entretien avec l’autrice / EAN Physique : 9791035403430
Grasset : Format : 130 x 210 mm / Pages : 216 / EAN : 9782246822691 prix 18.00€ / EAN numérique : 9782246822707 prix 7.49€

Certains cœurs lâchent pour trois fois rien, Gilles Paris

Un récit à la fois intime et universel dans lequel l’auteur se livre sans concession

L’enfance, le départ du père et ce deuil impossible de l’amour par cette mère abandonnée à cinquante ans qui restera seule, à vivre dans le souvenir du mari volage toute sa vie. La relation au père, sa violence tant verbale que physique, les silences, la douleur du manque d’amour paternel et de reconnaissance.
Comment se construire sur autant de violence et aussi peu d’amour.

Un métier, attaché de presse, avec ses hauts et ses bas, mais toujours exercé par passion.
Des amours et des amants de passage puis la rencontre avec Laurent, mari, ami, amant, fidèle jusque dans la maladie, les crises, les dépressions. L’indispensable soutien depuis vingt ans.

Et ces dépressions qui ponctuent la vie d’années de silence, d’hospitalisation, de traitements, avant la lumière qui enfin apparaît à celui qui se tient là, sur un banc et soudain revit. Huit dépressions plus ou moins longues, pour lesquelles il est parfois difficile de guérir. Mais toujours une forme de lumière pour ce warrior qui va renaître à chaque crise de ses propres cendres pour le meilleur et pour la vie.

Un récit sans concession je l’ai dit, et surtout d’une grande sincérité. La violence de cette relation père fils est presque incompréhensible pour qui ne l’a pas vécue. On est admiratif face à l’énergie déployée pour s’en sortir malgré tout. Malgré les obstacles, les chutes, les aléas de la vie.

Si j’avais quelques hésitations à entrer dans ce récit, des dépressions ce n’est pas forcément vendeur à priori, je dois avouer que je n’ai pas du tout eu envie de le lâcher avant la fin. Il n’y a rien de morbide ou d’exhibitionniste dans ces révélations, mais au contraire une certaine pudeur à dire l’amour ou le désamour, une force aussi à parler de ses failles les plus intimes, de ses combats pour s’en sortir, qui rendent l’auteur encore plus attachant. Un récit à la fois intime et universel, tant il nous parle de lui et sans doute un peu de nous à travers lui.

Catalogue éditeur : Flammarion

Une dépression ne ressemble pas à une autre. Gilles Paris est tombé huit fois et, huit fois, s’est relevé. Dans ce récit où il ne s’épargne pas, l’auteur tente de comprendre l’origine de cette mélancolie qui l’a tenaillé pendant plus de trente ans. Une histoire de famille, un divorce, la violence du père. Il y a l’écriture aussi, qui soigne autant qu’elle appelle le vide après la publication de chacun de ses romans. Peut-être fallait-il cesser de se cacher derrière les personnages de fiction pour, enfin, connaître la délivrance. «Ce ne sont pas les épreuves qui comptent mais ce qu’on en fait », écrit-il. Avec ce témoignage tout en clair-obscur, en posant des mots sur sa souffrance, l’écrivain nous offre un récit à l’issue lumineuse. Parce qu’il n’existe pas d’ombre sans lumière. Il suffit de la trouver.

Paru le 27/01/2021 / 224 pages – 138 x 208 mm / ISBN : 9782081500945 / Prix : 19€

Over the rainbow, Constance Joly

Quand l’intime rejoint l’universel, le magnifique hommage d’une fille à son père

Un livre pour dire l’amour d’une fille pour son père, pour dire la liberté et la difficulté d’être soi dans un monde qui ne vous comprend pas et ne vous accepte pas tel que vous êtes, pour dire la force d’un homme qui décide enfin de vivre la vie pour laquelle il est fait, envers et contre tous.

À la fin des années 60, Jacques le père de Constance quitte Nice et sa vie de couple avec Lucie. Il part vivre à Paris la vie pour laquelle il est fait depuis toujours, mais qu’il n’avait sans doute pas réussi à accepter avant. Le vent de liberté qui souffle en mai 68 a-t-il aidé, ou est-ce la rencontre avec Ivan qui lui montre où est sa vraie place ? Toujours est-il qu’il accepte enfin de se reconnaître homosexuel à une époque où c »était encore un crime ou une maladie qu’il fallait combattre.

La relation avec son ex femme, cette amoureuse meurtrie d’avoir été abandonnée, est d’abord compliquée, puis s’apaisera et deviendra plus sereine au fil du temps. Mais toujours le père saura s’occuper de sa fille, les week-ends, les vacances, l’éducation pas toujours facile à mesure que les enfants deviennent des ados. et la fillette, puis l’adolescente, trouve sa place au sein du couple qu’il compose avec Ivan.

Il est solaire ce père, à la fois artiste, amoureux, séducteur, passionné, professeur d’italien, amateur de théâtre et d’opéra, d’art, de belles choses, mort à cinquante quatre ans d’avoir eu le courage d’être enfin lui-même, de vivre, et de ce que certains appelaient alors le cancer des homosexuels.

Car après les années bonheur viendront les années 90, les années sida, terribles faucheuses de vies souvent regardées par les bien-pensants avec un dédain affligeant. Cette maladie sournoise est souvent tue par ceux que la contractent, surtout dans ces années-là. Elle est synonyme de différence, puisqu’elle touche en particulier le milieu des homosexuels. Elle est d’abord mal soignée, car méconnue de la médecine. Et si aujourd’hui on en meurt moins, elle est toujours présente et fait toujours des ravages.

L’auteur écrit pour dire ce père aimant, ce père présent, ses incompréhensions sans doute à certains moments, quand les ados préfèrent les vacances avec les copains à celles avec les parents. Mais aussi peut-être le regret de n’avoir pas vécu ces moments où ils auraient pu se retrouver et qui sont perdus à jamais.

C’est surtout un texte d’amour, d’empathie, de reconnaissance pour la vie donnée. C’est le livre des regrets, de l’absence, des silences que l’on aimerait combler, des mots que l’on voudrait dire, des regards que l’on ne peut plus poser sur l’autre, sur ce père qui forcément manque tant.

C’est beau comme l’amour d’une fille pour son père, d’un père pour sa fille, lumineux comme sait l’être la vie et sombre parfois comme le sont la maladie et la mort. On ressort de cette lecture bouleversé, ému, avec l’envie de les prendre tous les deux dans nos bras et de les remercier de vivre et d’aimer aussi fort, aussi bien, aussi vrai. Merci Constance Joly de nous avoir emmené avec autant de sensibilité, de justesse et de poésie Over the rainbow à la rencontre de Jacques, cet homme que j’ai presque l’impression d’avoir connu.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Flammarion

Celle qui raconte cette histoire, c’est sa fille, Constance. Le père, c’est Jacques, jeune professeur d’italien passionné, qui aime l’opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu’il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l’effervescence parisienne, c’est la force d’être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l’une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d’hommes.
Over the Rainbow est le roman d’un amour lointain mais toujours fiévreux, l’amour d’une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d’être soi contre vents et marées.

Constance Joly travaille dans l’édition depuis une vingtaine d’années et vit en région parisienne. Le matin est un tigre, son premier roman (Flammarion, 2019), a été très bien accueilli par la critique et les libraires.

Paru le 06/01/2021 / 192 pages – 136 x 210 mm / ISBN : 9782081518650 / 17,00

Rassemblez-vous en mon nom, Maya Angelou

Le récit autobiographique puissant et sincère d’une icône de l’Amérique

Positif, humoristique, honnête, Maya Angelou se raconte sans fard, de ses dix-sept à ses vingt-et-un ans. Fille mère, elle élève seule son fils Guy, et jeune femme noire, ça fait beaucoup dans cette Amérique qui sort de la seconde guerre mondiale.

Si elle fuit d’une certaine façon le racisme du sud, ce dernier n’est pas absent pour autant dans les autres régions des États-Unis qu’elle parcourt de l’Arkansas à San Francisco. Serveuse, cuisinière, maquerelle, danseuse, elle a fait tous ces métiers avec autant de bonne volonté et de sincérité, la plupart du temps même par amour ou par recherche de cet amour, de cet homme qui pourrait la protéger et l’aimer.

Mais ces hommes justement abusent sans scrupule de cette jeune femme positive, intelligente, authentique qui ne demande qu’à être aimée. Elle donne son cœur et sa confiance à de nombreux hommes qui tour à tour jouent de cette naïveté qui la caractérise mais qui d’une certaine façon la protège sans doute.

Le racisme, la difficulté d’être femme, la solitude, sont aussi bien retranscrits ici. La famille, sa mère, son frère, mais aussi les oncles et tantes si froids et égoïstes, les nounous bienveillantes de son fils Guy, et ces femmes qu’elle rencontre vont également forger celle qu’elle deviendra.

Une magnifique traduction de Christiane Besse nous permet de profiter pleinement de ce formidable texte. L’écriture, le rythme, l’humour et la dérision, et je le redis sans doute, la sincérité, font de ce récit un moment inoubliable.

Je connaissais vaguement la vie de Maya Angelou, figure emblématique de la vie politique et artistique américaine, après avoir lu Rassemblez-vous en mon nom j’ai forcément envie d’en savoir d’avantage et de lire ses autres livres.

Maya Angelou, poétesse, écrivain, actrice, militante pour les droits civiques, réalisatrice et enseignante est décédée en 2014 à l’âge de 86 ans.

Catalogue éditeur : éditions Noir sur Blanc Notbilia

Traduit par Christiane Besse
Langue d’origine : Anglais (États-Unis)

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Date de parution : 20/08/2020 / Format : 12,8 x 20 cm, 272 p., 18,00€ / ISBN 978-2-88250-644-3

Une fille de passage, Cécile Balavoine

Une histoire intime en écho au roman du pape de l’autofiction Serge Doubrovsky « Un homme de passage »

Dans l’Amérique de la fin des années 1997/2001, Cécile alors étudiante à New-York rencontre Serge Doubrovsky, l’inventeur et le pape de l’autofiction.

Elle sera son élève et suivra ses cours à NYU. Mais avec ce professeur de 40 ans plus âgé qu’elle, une relation de plus en plus intime va se forger, ils se rencontrent après les cours, puis de plus en plus régulièrement au fil du temps. Au moment où Serge Doubrovsky part quelques mois en France, Cécile et deux autres étudiants vont même sous-louer son appartement avec une vue magnifique sur les twin-towers. Ce sera une expérience étonnante pour la jeune Cécile, mais aussi pour Serge Doubrovsky, de savoir l’autre dans sa chambre, dans ses meubles, plongeant sans retenue dans ses habitudes. Serge est le premier qui lui dira qu’elle doit écrire, qu’elle peut devenir écrivain à son tour.

Ce roman est le récit de la rencontre de deux écrivains ou futur écrivain. Ce sera un amour platonique et sans doute d’une forme de relation au père, ou plutôt au grand-père pour l’une, et d’un amour pour une jeune femme comme il en avait l’habitude, puis la prise de conscience de la réalité du temps qui passe pour l’autre.

De rencontres en échanges épistolaires, au fil des années les secrets, la confiance et l’admiration toujours présente font de cette relation un espace hors du monde. Cécile a besoin du regard de Serge, de son amitié, de son jugement sur ses écrits, Serge s’éloigne un temps, mais sera toujours là, présent, un soutien dans la vie et dans la création pour Cécile.

Un émouvant roman sur cette histoire vécue par l’un et l’autre, même si on peut se demander malgré tout s’ils ont bien vécu la même histoire. Sans doute pas, leur entente a cependant perduré à travers les années jusqu’au décès de Serge et bien après avec l’écriture de ce roman.

J’avais beaucoup aimé Maestro, le premier roman de Cécile Balavoine, et j’avoue que je me suis totalement laissé embarquer par celui-ci. Plus inclassable que le précédent mais à l’écriture, au rythme et à la sensibilité qui m’ont donné envie de le lire jusqu’au bout de la nuit.

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois, session anniversaire 2020

Catalogue éditeur : Mercure de France

Puis il s’était penché. Je m’étais approchée pour lui offrir ma joue. Mais il s’était penché encore. Et soudain, dans le choc des visages, j’avais senti l’humidité de sa bouche s’échouer au coin de mes lèvres. Je n’avais eu que le temps d’esquisser un mouvement de recul. Il avait refermé la… Lire la suite

Paru le 05/03/2020 / 240 pages 140 x 205 mm / EAN : 9782715254411 / ISBN : 9782715254411 / Prix : 19,50

Sam Rykiel, Nathalie Rykiel

Dans la famille Rykiel, je demande le père…

J’ai découvert l’auteur en 2017 avec Écoute moi bien ce livre dont je vous en avais parlé ici qui évoquait une relation quasi fusionnelle avec sa mère Sonia Rykiel,.

Aujourd’hui je découvre ce roman-récit le retour intimiste et émouvant d’une fille qui évoque sa relation manquée avec ce père absent et exigeant qui n’a pas su lui donner l’attention ni l’amour espérés. Il aura fallu quarante-quatre ans, et sans doute la fin de la belle histoire de la marque Sonia Rykiel, pour que Nathalie arrive enfin à mettre sur le papier cette relation étrange avec le père.

Sam Rykiel est amoureux fou de sa femme Sonia, un amour qui durera bien après leur divorce. Quand Sonia le quitte, il abandonne son métier dans le prêt à porter et s’occupe intensément de son fils devenu aveugle à la naissance. Comment imaginer alors qu’il lui reste du temps et de l’énergie pour une fille en attente d’affection et de reconnaissance.

Sam Rykiel est le fils d’une famille d’émigrés polonais installée à Paris et qui travaillent déjà dans la couture. Sam est un homme brillant, intelligent, il aime apprendre. C’est lui qui lance Sonia et pose les bases concrètes et solides du magasin, de la marque qui est dans un premier temps Sonia Rykiel pour Laura (le magasin de Sam). Elle est rebelle et belle, libre et fantasque, elle a une âme de créatrice, inspiratrice d’une nouvelle façon de vivre. Elle imagine une ligne de pulls dans lesquels les femmes sont plus légères, moins prisonnières de certains carcans. Lorsqu’elle le quitte quelques années plus tard il accepte qu’elle garde son nom, devenu celui de sa marque de prêt à porter. Il meurt à 48 ans d’une rupture d’anévrisme.

Ce n’est pas seulement un livre sur Sam, Nathalie y évoque sa relation avec son père, ses attentes jamais comblées, le manque et toutes ces questions à jamais sans réponse. Un lire sur l’amour qui est là mais qu’on ne dit pas, que l’on ne sait pas toujours donner et que l’on attend pourtant.
C’est à la fois émouvant, bouleversant, intime et universel.

Catalogue éditeur : Stock

Ce n’est pas un livre sur mon père. Ce serait plutôt un livre sur le temps qu’il m’aura fallu pour parler de mon père.

Beaucoup de temps. Peut-être une vie entière pour aborder enfin Sam Rykiel, l’homme qui donne son nom à sa femme Sonia, à ses enfants, dont Nathalie, et à une marque naissante, moderne, féminine, dont personne ne sait ce qu’elle doit à la partie masculine du couple Rykiel. (…)
Ce livre est écrit au nom du nom du père.  Dire d’où vient ce nom, Rykiel, le lui restituer, dire aussi  les blessures  d’un père manqué… C’est une enquête par subtiles touches, par surprises. Les étapes de la découverte d’un inconnu, d’un destin jeté dans l’ombre, d’un homme qui pose soudain au premier plan, et c’est le plus beau, le plus surprenant livre de Nathalie Rykiel : Du côté de chez Sam.

Nathalie Rykiel, fille de Sonia, a dirigé le groupe de mode du même nom de 1995 à 2012. Depuis quelques années, Nathalie affirme sa voix singulière d’écrivain, ainsi dans Écoute-moi bien, paru chez Stock en 2017.

Parution : 04/03/2020 / 192 pages / Format : 215 x 135 mm / EAN : 9782234088825 / Prix : 18.00 €

Il est juste que les forts soient frappés, Thibault Bérard

Quand la réalité dépasse la fiction et qu’une expérience douloureuse devient un sublime témoignage de vie et d’amour, un roman à découvrir absolument

Ce livre est un véritable concentré d’émotion. Triste, étonnant, vivant, il parle de maladie et de passion, de mort et de naissance, d’accouchement et de scanner, de vacances et de chambre d’hôpital.

C’est le roman de Sarah, l’amoureuse de Théo, la maman de Simon et Camille, Sarah, morte à 42 ans d’un cancer. Elle nous parle de lui, d’elle, d’eux, de ses petits aussi, elle nous parle depuis cet au-delà que l’on n’imagine pas, ces limbes dans lesquelles errent ces morts que l’on a tant aimé et que par la force de nos pensées, on ne peut pas laisser partir vers cet ailleurs inconnu et mystérieusement angoissant.

Lorsque Sarah et Théo se rencontrent, la relation semble improbable entre ce jeune homme et cette punkette contestataire plus âgée que lui. Pourtant, très vite, entre le Moineau et le Lutin, c’est l’amour fou, léger, romantique, puissant. Les petits bonheurs de chaque jour, l’avenir qui leur sourit. Mais c’est compter sans la fatalité, sans cette maladie qui vient leur couper les ailes, ce cancer violent et dévastateur qui s’invite pendant la seconde grossesse de Sarah. Ce sera aussi la lutte, l’énergie du désespoir pour gagner des jours, des mois, des heures, face à ce crabe qui ne lâche rien. Car de couple heureux, lutin et Moineau deviennent un couple extra-ordinaire dans tout ce que cela représente, devenir des super-héros pour se battes, gagner contre la maladie, se soutenir l’un l’autre, lutter ensemble dans cette épreuve qui les soude mais qui peut aussi les détruire tant c’est difficile.

Ah, me direz-vous alors, ce roman est triste, démoralisant, etc. Mais non, en fait, malgré la mort inéluctable, malgré la lutte contre la maladie, la tristesse, le chagrin, voilà un livre particulièrement lumineux. Il a tout pour lui ce premier roman, l’amour, la gaité, la joie même, le couple, les enfants, l’espoir, le chagrin, la tristesse, la fin inéluctable. Et à chaque page éclate la vie, celle des enfants, celle d’avant et celle d’après, qu’il faudra vivre car on continue, car le soleil se lève encore et que chaque jour apporte son lot de satisfactions même au milieu de tant de souffrance. Et bien sûr, on ne peut qu’être bouleversés par cet émouvant message que l’auteur adresse ici à ses enfants, lui qui a vécu de l’intérieur tout ce que nous raconte sa Sarah.

Bien sûr il y a aussi ces moments douloureux à l’extrême, surtout oserais-je dire lorsque l’on a soi-même accompagné quelqu’un aux frontières de la mort, lors de ce passage parfois si délicat. Ici les scènes terriblement humaines et réalistes portent une souffrance et une vérité parfois difficile à lire, mais les mots de l’auteur et la voix de Sarah qui évoque son propre départ, subliment en quelque sorte ce moment-là. Et si Thibault Bérard avait raison, s’il fallait laisser partir ceux que l’on a tant aimés, pour qu’ils puissent enfin atteindre la sérénité dans cet au-delà inconcevable.

Lisez, osez, et sachez qu’on ne sort pas indemne de cette lecture. On voit la vie autrement, les instants à savourer, les enfants à aimer, les plaisirs et même les contrariétés à apprécier à leur juste valeur, légère, profonde, amicale ou désespérée. Mais si j’en retiens une chose, c’est bien qu’il faut prendre la réelle mesure de ces mots que l’on entend souvent : vivons chaque jour comme si c’était le dernier…parce que le bonheur, c’est ici et maintenant.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Editions de l’observatoire

Lorsque Sarah rencontre Théo, c’est un choc amoureux. Elle, l’écorchée vive, la punkette qui ne s’autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.

Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d’une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l’univers, à l’euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l’incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver
Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
Un récit d’une légèreté et d’une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

Nombre de pages : 304 / ISBN : 979-10-329-0881-5 / Format 14 x 20 cm / Parution : 08/01/2020

Crazy Brave, Joy Harjo

L’étonnant parcours de vie et de spiritualité de Joy harjo, poétesse native américaine issue de la nation Muskogees

Crazy, ou Brave ?  Native américaine issue d’une mère à moitié Cherokee et d’un père Creek, Joy Harjo, poétesse renommée vit à Tulsa, en Oklahoma. Son parcours est semblable à celui de nombreuses femmes des tribus indiennes américaines, déplacées, parquées dans les réserves, mal mariées, puis divorcées, ayant eu pour mari des indiens alcooliques et violents. Elle a réussi à s’en sortir, et à trouver en elle ce qui fait la force des nations indiennes, la spiritualité, la connexion avec la terre et les âmes des ancêtres, une autre façon de voir et de sentir les autres, la vie, l’avenir.

Tout au long de cet émouvant récit, Joy Harjo raconte sa vie, l’enfance heureuse d’abord, puis la relation avec sa mère après le départ du père volage et alcoolique. Et enfin le remariage de cette dernière avec un blanc et le calvaire enduré par la famille avec ce beau père abusif, violent, manipulateur. Viennent rapidement les violences intrafamiliales qu’il faut accepter car elle ne pèse pas lourd même encore aujourd’hui la parole d’un indien face à un blanc. Ce beau père qui n’accepterait pas d’être quitté par sa femme, au risque de se venger sur la famille. L’enfant, puis l’adolescente se rebelle parfois, tente de soutenir la mère, de s’émanciper de cette autorité malfaisante et destructrice.

Vient ensuite le départ, d’abord pour l’Institute of American Indian Arts de Santa Fe, au nouveau Mexique, école où se retrouvent les jeunes indiens qui partagent un art, des coutumes, mais aussi des rêves de futur communs. Elle y développe ses talents d’artiste, écrivain et musicienne. Alors que dans l’école classique, les visions, la relation à la terre, à la nature, aux ancêtres, que possède Joy Harjo ne convenaient pas aux conventions et à l’univers dans lequel elle évoluait. Vient ensuite l’amour, un enfant alors qu‘elle est encore adolescente, et l’admission à l’Université du nouveau Mexique. Deux fois mariée puis deux fois divorcée, elle vit aujourd’hui de son art, la poésie devient son univers.

Laissant enfin libre cours à son don pour la musique puis pour la poésie Joy Harjo entretient une relation profonde et intime avec les êtres qui l’ont précédée, avec la nature qui l’entoure, entrant en communion avec la terre pour avancer en faisant preuve d’une grande spiritualité. C’est son départ du milieu familial qui a permis son émancipation, l’acceptation puis le développement de ses dons. Elle est en contact avec les ancêtres comme si elle était déjà là bien avant sa naissance, comme si ces visions pouvaient l’aider à vivre le présent. Elle a toujours su quelle était sur terre pour raconter l’histoire de son peuple, cette histoire qu’elle vit et qu’elle exprime dans son art, la poésie pour laquelle elle a reçu de nombreux prix et hommages. Elle et a été nommée U.S. poet laureate en juin 2019.

Le texte, par ailleurs passionnant, est entrecoupé de poèmes de l’auteur. C’est un récit particulièrement émouvant qui nous présente une femme au parcours singulier et atypique.

On ne manquera pas de visiter son site : Joy Harjo

Catalogue éditeur : Globe

Crazy. Folle. Oui, elle doit être folle, cette enfant qui croit que les songes guérissent les maladies et les blessures, et qu’un esprit la guide. Folle, cette jeune fille de l’Oklahoma qui se lance à corps perdu dans le théâtre, la peinture, la poésie et la musique pour sortir de ses crises de panique. Folle à lier, cette Indienne qui ne se contente pas de ce qu’elle peut espérer de mieux : une vie de femme battue et de mère au foyer.
Brave. Courageux. Oui, c’est courageux de ne tenir rigueur à aucun de ceux qui se sont escrimés à vous casser, à vous empêcher, à vous dénaturer. De répondre aux coups et aux brimades par un long chant inspiré. D’appliquer l’enseignement des Ancêtres selon lequel sagesse et compassion valent mieux que colère, honte et amertume.
Crazy Brave. Oui, le parcours existentiel de Joy Harjo est d’une bravoure folle. Comme si les guerres indiennes n’étaient pas finies, elle a dû mener la sienne. Une guerre de beauté contre la violence. Une guerre d’amitié pour les ennemis. Et elle en sort victorieuse, debout, fière comme l’étaient ses ancêtres, pétrie de compassion pour le monde. Les terres volées aux Indiens existent dans un autre univers, un autre temps. Elle y danse, et chacun de ses pas les restaure.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski

15 × 22,5 cm / 176 pages / 19 € / 978-2-211-30665-2 / Parution : 22 janvier 2020

Ma part de gaulois, Magyd Cherfi

Une lecture réjouissante et grave

Dans la cité nord de Toulouse, dans les années 80, il ne fait pas bon vouloir lire des romans pour une fille, avoir des rêves de diplôme pour un garçon, et pourtant, avec opiniâtreté on y arrive doucement et sûrement.

C’est là que le jeune Magyd va au lycée pour passer son bac. Là qu’il va le réussir, contre toute attente. Et Magyd sera le premier lauréat de sa cité à posséder ce sésame. Diplôme en poche, il s’embarquera non pas pour des études de droit ou pour devenir ingénieur, comme l’auraient rêvé ses parents, mais bien pour faire de la musique, puisqu’il a également remporté avec son copain un concours qui sera déterminant pour sa carrière.

Mais tout l’intérêt de ce livre tient davantage dans le ton, les situations, les moments de vie de Magyd et sa bande de copains de la cité. Quand le jeune Magyd prend un livre, il se fait toujours traiter de pédale par les autres gamins, quand une fille prend un livre, elle se fait tabasser par père et frère, car une femme doit rester humble, soumise, à la maison, pas besoin de se polluer la tête avec des romans à l’eau de rose ou des choses top intellectuelles. Bien sûr, impossible de porter plainte, car c’est la honte pour elle, pour la famille, reflet de la condition des femmes et des filles de toute une époque.

Alors il y a la mère, qui veut le succès de son fil, le père, les copains, les filles et les française, ce ne sont pas les mêmes bien sûr, car celles de la cité, on n’y touche pas. Il y a aussi la violence faite aux femmes, éternellement présente, évidement cachée, jamais dénoncée, même si ces jeunes là en sont le plus souvent témoins. Il y a les bagarres, les ruptures avec ceux qui ne comprennent pas l’envie de lire, que l’on ose cette trahison qui est d’apprendre, de vouloir maîtriser la langue de Flaubert.

L’écriture est superbe, taillée à la serpe dans les expressions de cette banlieue à la fois déroutante et attachante. Les mots sont justes, posés sur les sentiments, les événements, les situations cocasses ou dramatiques. Et surtout, il y a ce double niveau de langage que l’on retrouve tout au long du texte – et ici avec encore plus d’acuité car dit avec le bel accent de Toulouse par l’auteur-, celui des bandes de la cité, vulgaire, simple, éventuellement étant un mot bien trop compliqué pour être employé, et puis le bonheur que l’on sent à manier la langue, la belle, celle de Brassens ou des auteurs classiques, celle qui rend heureux celui qui l’emploie pour écrire ou pour déclamer.

De ce roman en grande partie autobiographique, dit par Magyd Cherfi, je retiens surtout une ambiance qui exhale dans toutes ces phrases, qui laisse entrevoir à la fois révolte et acceptation de ce qui est et que l’on ne peut changer, nostalgie de cette période malgré ses difficultés, et tout au long, cette pugnacité qui l’a mené au bout de ses rêves, sans jamais abandonner les copains, la famille, et toujours présente, la cité.
Celui qui nous avait fait « Tomber la chemise », puisque parolier et chanteur du groupe Zebda, est ici poète des mots et artisan de son enfance, de son adolescence, de sa vie future. Cette vie qu’il réussira à construire en trouvant avec sa part de Gaulois, sa véritable identité, lui qui possède une double culture, originaire d’Algérie et cependant tout à fait français.

Catalogue éditeur : Audiolib

Printemps 1980, l’avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd – lycéen beur d’une cité de Toulouse – c’est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l’intégration et les raisons de certains renoncements. 
Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l’identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d’une réalité qui persiste, boite, bégaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Date de parution : 19 Avril 2017 / Durée : 6h14 / Éditeur d’origine : Actes Sud / Date de parution : 17/08/2016 / EAN : 9782330066529

Tout quitter, Anaïs Vanel

Et si Tout quitter était la solution pour vivre pleinement et sereinement sa vie rêvée ? Un roman qui nous entraine au gré des vagues et des performances des surfeurs de la côte Basque 

Rejoindre le sud, c’est mieux que d’être à l’ouest et de ne plus supporter la ville. Tout quitter pour revivre, loin des autres, du passé, avec seulement quelques valises, et mettre toute une vie dans le coffre d’un Berlingo, ça ne pèse pas bien lourd… et si c’était la condition pour mieux avancer ?

A la façon du surfeur qui étudie sa vague et la courbe qu’il doit prendre pour sortir des flots, la narratrice a tout quitté pour mieux s’élancer. C’est donc vers La Sud, une plage qu’elle connait déjà, qu’elle est partie pour fuir son quotidien, pour se retrouver, se ressourcer, et au grès des vagues, sur sa planche de surf, réapprendre sa vie. Bon, bien sûr, c’est quand même dans sa maison du sud qu’elle va fuir la capitale, l’inconnu total n’est pas au bout du chemin ! Mais qu’importe, le pas est franchi, la vague est passée, sa vie va changer.

Voilà un court roman qui interroge sur nos options de vies, celles que l’on prend ou pas, que l’on regrette parfois de ne pas avoir saisies au bon moment, et qui nous rendent plus forts quand on arrive à les réaliser. J’ai aimé cette construction en touches fines déposées sur la page comme autant d’instants de vie qui permettent d’avancer, et qui sont chacune empreintes d’une certaine poésie. Dans de courts paragraphes, les saisons et les jours défilent, ceux de l’enfance et du passé, ceux du nouveau monde que l’on se construit, de l’oubli qui régénère, de ces murailles d’eau que l’on bâtit pour mieux se protéger. Quitter la folie de la ville, le rythme dément des transports, le stress du bureau, même lorsqu’on a la chance d’exercer un métier que l’on aime,  et si c’était la solution pour aller de l’avant sereinement, sans se perdre  en route ?

Catalogue éditeur : Flammarion

« Un jour, j’ai acheté un Berlingo. J’ai mis quelques cartons dans le coffre et je suis partie. J’ai pris la route comme ça. Après ma journée de boulot, comme on part en week-end. J’ai avalé les kilomètres, en écoutant King of the Road, de Roger Miller. Et enfin. Les pins. Les dunes. Les embruns. L’appartement. J’ai éventré les cartons. Trouvé mon maillot de bain. Et je suis allée me jeter dans les vagues. »

Au rythme des saisons et des vagues de la Sud, la grande plage près de laquelle elle vient de s’installer, Anaïs retrouve les souvenirs qui habitent en elle. Devant l’étonnante simplicité des choses, tout quitter signifie la réconciliation avec soi.

Paru le 25/09/2019 / 192 pages – 135 x 210 mm / Prix : 18,00€ / ISBN : 9782081478497