La fuite du cerveau, Pierre-Henri Gomont

Einstein, un cerveau en cavale

J’avais rencontré l’auteur au salon de la BD d’Angoulême lors de la parution de Pereira Pretend. Grâce à lui je découvre à nouveau ce fait divers incroyable et cependant en partie véridique.

Quand un scientifique passe de vie à trépas, rien de plus tentant pour un médecin légiste que de comprendre d’où lui vient son génie, et donc, s’il en a l’opportunité, d’analyser son cerveau pour tenter de comprendre ce qui pourrait être à l’origine de ses extraordinaires capacités cognitives et de son intelligence supérieure.

Comment le médecin qui a pratiqué l’autopsie d’Albert Einstein a eu cette idée saugrenue ? Parce que avouons-le c’est terriblement romanesque, et c’est bien ce qui est arrivé en 1955 lorsqu’il décède le 18 avril à l’âge de 76 ans. Einstein avait demandé que son corps soit incinéré et que ses cendres soient dispersées, mais il en manquera longtemps une partie. Thomas Harvey Stolz, le pathologiste en charge de l’autopsie d’Einstein au Princeton Hospital a volé son cerveau. Pour l’analyser ? Sans doute, mais en fait il n’en fera rien et le cerveau sera retrouvé par hasard quarante ans après sa mort

Pierre-Henri Gomont réussi à nous intriguer, nous amuser, nous interpeller et à nous faire passer un excellent moment avec Stolz, le médecin, avec Marianne, une scientifique débutante et ambitieuse, mais surtout Einstein et sa calotte crânienne découpée qui hante la vie du médecin pour notre plus grand bonheur.

Si Einstein est décédé en 1955, en cette année 2020, Gomont nous régale avec ses dessins et son génie d’auteur et de dessinateur dans ce road trip aussi déjanté que burlesque. Aucun médecin n’a encore à ce jour découvert le siège du génie humain, mais l’auteur a indiscutablement le génie du dessin et du texte qui embarquent. Il nous entraîne dans une course folle avec un Eisenstein écervelé, une cavalcade drôle et pittoresque à savourer sans modération.

Catalogue éditeur : Dargaud

Le 18 avril 1955, Albert Einstein passe de vie à trépas. Pour la science, c’est une perte terrible. Pour Thomas Stolz, médecin chargé de l’autopsie, c’est une chance inouïe. Il subtilise le cerveau du savant afin de l’étudier. S’il perce ses mystères, il connaîtra la gloire…
Le problème, c’est que le corps d’Einstein le suit !
Privé de cerveau, Albert continue à bouger, à marcher, à parler. La perspective de comprendre le fonctionnement de ses neurones l’excite au plus haut point. « Formidable ! On va faire ça ensemble, tous les deux ! », dit-il à Stolz.
Reste à trouver un laboratoire à l’abri des regards. Ce qui n’a rien d’évident quand on a le FBI aux trousses…

Après le succès de Pereira Prétend et de Malaterre, Pierre-Henry Gomont change de registre. Il nous entraîne dans un road movie échevelé et drolatique, inspiré par la véritable destinée du cerveau d’Einstein. Menée tambour battant, cette histoire rocambolesque et burlesque, servie par un dessin épris de liberté, est aussi une réflexion passionnante sur la complexité de l’âme humaine.

25,00€ / 192 pages / Parution : 18.09.2020 / ISBN : 9782505083603

Super potes, Smriti Halls, Steve Small

Amis pour la vie, à deux c’est vraiment mieux

Super potes, ils le sont, monsieur l’ours et tout petit écureuil. Tout les oppose, et pourtant ce sont les meilleurs amis du monde. Et cet ours, oh là là, qu’il est gentil, bavard, mais encombrant et collant aussi parfois. Où qu’ils aillent, c’est ensemble, quoi qu’ils fassent, c’est encore ensemble, toujours, partout.

Jusqu’au jour où l’écureuil étouffe, trop, c’est trop, plus d’espace de liberté, plus de place où se poser, plus d’instant à lui. Vite, du balai !

Ours comprend et tristement s’en va, laisse le champ libre, laisse son inséparable ami respirer sans lui, chanter, bouger, faire tout ce qu’il veut, plus de tasse cassée, plus de bazar dans la maison, enfin seul, le bonheur absolu.

Oui, mais … non en fait, car seul, sans son ami, que devient-on ? Triste, solitaire, plus d’ami à qui se confier, plus d’ami avec qui partager les joies et les peines, plus de partage, d’échanges, qui rendent chacun meilleur, attentif à l’autre, heureux.

Parce qu’un ami, c’est un trésor, une chance, à deux, bien sûr, c’est vraiment mieux !

De belles illustrations, un texte court, concis, efficace. Un joli livre pour enfants, moral, charmant, tendre aussi, et facile à lire. Les personnages, si différents, si opposés, permettent une identification facile et universelle. C’est parfois difficile de perdre sa liberté, et de penser qu’on ne peut plus exercer son libre arbitre, et c’est parfois ainsi que se terminent sur des malentendus de belles amitiés. Le livre est là pour le rappeler à tous, et c’est tant mieux.

Catalogue éditeur : Sarbacane

Au fait, ça veut dire quoi d’être amis pour la vie ?
Ours et Écureuil sont amis pour la vie. Super potes ! C’est simple : Écureuil ne peut pas faire un pas sans qu’Ours le suive. Pas faire un geste sans qu’Ours fasse pareil. Jusqu’au moment où Écureuil n’en peut plus ! Un peu d’air, j’étouffe ! Vexé, Ours s’en va. Mais bien vite, Écureuil sent un terrible vide dans sa vie…
Un récit très visuel pour parler avec humour de l’amitié vraie !

Smriti Halls a publié plus de 30 livres pour enfants, traduits dans le monde entier. Avant de se consacrer à l’écriture en 2012, elle a travaillé pour l’édition jeunesse et la télévision.
Elle vit à Londres.

Steve Small conçoit, réalise et anime des films depuis plus de 30 ans. Design de personnages pour Disney, court-métrages, séries télé, pubs : il a tout fait. Mais c’est la première fois qu’il illustre un livre pour enfants. Il vit à Londres où, quand il ne peint pas, il dessine et quand il ne dessine pas, il nourrit les corbeaux dans les parcs du sud-est de Londres.

Dès 3 ans / Parution: 19 février 2020 / 40 pages / 20 × 28 cm / EAN: 9782377313815 / Prix : 14,90€

Radioactive, Lauren Redniss

L’histoire revisitée de Pierre et Marie Curie, une histoire de passion amoureuse et d’amour pour la science

C’est le roman graphique qui a inspiré le film éponyme de Marjane Astrapi sorti en salles juste avant le confinement.

En 1891, Marie Skłodowska a 24 ans. Elle quitte Varsovie pour Paris. Là elle vient travailler dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Rapidement les relations de travail se font complicité puis intimité. Ce sera une véritable passion amoureuse, mais aussi une passion inassouvie pour la science et la recherche. Ensemble, ils vont faire cette découverte majeure qui va changer le sort de l’humanité, avec la radiothérapie, le traitement du cancer mais aussi le développement du nucléaire.

Radioactive présente cette relation magnifique entre deux scientifiques hors du commun, mais aussi leurs familles, les filles, le gendre, une lignée de chercheurs au service de la France.Et l’auteur développe également les apports de leurs inventions à la science, et les développements qu’ils ont induits par la suite. Rien n’est figé dans leur époque, mais tout y est superbement restitué, les prix Nobel, les récompenses, les différents apport de leurs recherches, le décès de Pierre, le chagrin de Marie puis la maladie consécutive à de longues et dramatiques expositions au radium tout au long de leurs vies, à une époque où l’on n’avait dans doute pas pris la mesure du danger encouru. Et l’évolution de la recherche jusqu’à aujourd’hui.

Ce roman graphique est superbe, l’histoire a la fois passionnante et les protagonistes tellement humainement attachants. Mais c’est aussi un magnifique objet. Le papier utilisé d’abord, le grain, les aspects lisses et le velouté granité que l’on sent sous les doigts en tournant les pages, la mise en page et les couleurs choisies, dans le spectre chromatique que l’on imagine autour du polonium ou du radium, et qui change en fonction des périodes ou des sujets abordés sur les pages, des vert, jaune, bleu, pour dire aussi la vie, la tristesse, l’exaltation et le bonheur, le chagrin et le désespoir.

Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors #tousenlibrairie pour vous le procurer !

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

En 1891, Marie Sklodowska, âgée de 24 ans, déménage de Varsovie à Paris où elle trouve du travail dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Cette rencontre inoubliable, marquée par la passion amoureuse et celle de la science des molécules, va influencer également l’histoire de l’humanité. Au point de leur apporter une renommée mondiale et d’annoncer une nouvelle ère scientifique : l’ère nucléaire.

Carine CHICHEREAU (Traducteur)

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782265154926 / Pages : 208 / Format : 202 x 279 mm / Prix : 24,50€

Simone Veil ou la force d’une femme, Cojean, Bétaucourt, Oburie

Simone Veil, une femme de combats et de convictions

Annick Cojean, grand reporter au Monde, a eu le bonheur rare de rencontrer Simone Veil à différents moments tout au long de sa carrière. Difficile alors de trouver quelqu’un de mieux placé qu’elle pour participer à l’écriture de ce roman graphique en hommage à la force d’une femme au nom quasi mythique.

A la fois factuel et humain, aussi réaliste que parfois admiratif, le portrait est juste et sobre. On y retrouve Simone, née à Nice en 1927. Puis on la suit pendant les années de guerre, la déportation, la solidarité des trois femmes, la mère et ses deux filles. Celle qui était trop jolie pour mourir ne se remettra jamais vraiment du décès de sa mère un mois avant la libération des camps, un deuil comme une plaie ouverte qui ne se refermera jamais totalement. A la libération, avec un tatouage sur le bras, mais dans le silence sur le vécu trop lourd à exprimer, c’est le retour à Paris. Les études, la rencontre avec Antoine, le mariage et leurs quatre enfants. Elle devra abandonner son rêve d’exercer le métier d’avocate pour entreprendre un métier accepté par son mari (chose courante à l’époque, déjà bien qu’il accepte qu’elle travaille !).

Elle vivra des expériences professionnelles différentes, à la direction de l’administration pénitentiaire, puis à la direction des affaires civiles auprès du Garde des Sceaux, au ministère de la justice. Partie prenante essentielle dans l’adoption de la loi sur l’IVG voulu par Giscard d’Estaing en 1974, elle devra supporter stoïquement les insultes et les propos humiliants et grossiers dont elle fait l’objet. Elle part ensuite à la tête du Parlement européen, puis fera son retour comme ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville en 1993. Enfin, elle entre à l’académie française, élue au premier tour en 2008.

Décédée en 20017, Simone Veil a rejoint les grands Hommes du Panthéon, accompagnée dans cette dernière et honorifique demeure par Antoine, l’époux d’une vie.

Cette femme magnifique à la forte personnalité, très combative, a toujours défendu les femmes, leur droit au travail, à une certaine autonomie à la fois financière et professionnelle. Rescapée des camps, épouse et mère, féministe brillante, totalement engagée, ayant une forte exigence morale, Simone Veil a marqué durablement son époque.

Penser à elle, c’est aussi se souvenir, pour ne jamais oublier que rien n’est jamais définitivement gagné, pas même la liberté.

Les différentes années de la vie de Simone Veil s’entendent facilement ici grâce au graphisme fait d’une alternance de tons pastels, jaune, bleu ou gris. Dommage il n’y a pas le vert de ses yeux, mais l’on est très bien projeté d’une temporalité à l’autre. Cela manque peut-être d’un peu de dynamisme, après tout, cette femme s’est battue et a porté haut ses convictions, on aurait pu les imaginer avec parfois un peu plus de luminosité, mais cela passe très bien malgré tout.

Catalogue éditeur : éditions Steinkis & Plon

Un récit intimiste et émouvant sur deux grandes femmes.
Par Annick Cojean, Xavier Bétaucourt, Étienne Oburie

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Elle signe un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Date de parution 28 Mai 2020 / ISBN 9782368462584 / Pages 112 / Prix 18€

Piscine Molitor, Cailleaux et Bourhis

Boris Vian écrivain et musicien, une vie d’artiste

Comment retranscrire en aussi peu de pages la vie multiforme, foisonnante et créatrice de Bison Ravi, cet artiste hors-normes qu’était Boris Vian. Cailleaux pour le dessin et Bourhis pour les textes s’y sont essayé avec talent dans cette BD rééditée à l’occasion du centenaire de Boris Vian.

Dans cette piscine Molitor, Boris Vian se souvient. De l’enfance dans le Cotentin à la faillite familiale à Ville d’Arvray, le changement de vie et de standing est violent lorsque le père doit aller travailler. Puis de ses études brillantes, du travail d’ingénieur au service normalisation de l’AFNOR qui s’il ne paie pas assez lui laisse malgré tout le temps d’écrire des romans. Il y a peu de planches pour parler de sa famille, le frère, les parents, puis sa femme Michèle, son fils, sa fille n’est même pas évoquée. Enfin, on aperçoit Ursula, la dernière compagne.

On le retrouve avec ses failles et ses blessures, son talent et sa créativité sans limite, sa sensibilité et ses angoisses, sa poésie et son inventivité.

Sont bien évoquées les rencontres avec les artistes de son temps, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco ou même Gainsbourg, et surtout sa passion pour le jazz et la musique, pour sa trompinette dont il jouera sans relâche, en sachant pertinemment que c’était au risque d’en mourir, mais aurait-il pu vivre autrement ?

Il avait le cœur malade et a toujours vécu avec ce handicap.  C’est bien son cœur qui le lâchera pendant l’avant-première du film inspiré du roman éponyme J’irai cracher sur vos tombes. Boris Vian meurt à 39 ans en nous laissant une œuvre multiforme, foisonnante, inspirée et magnifique. Qu’il soit Boris Vian, Vernon Sullivan, Bison Ravi, ou le soi-disant traducteur de sa propre œuvre, il aura vécu jusqu’au bout cette vie qui est vraie, puisqu’il l’a imaginée d’un bout à l’autre.

Indiscutablement il faut faire des choix et parfois j’aurais aimé y découvrir un peu plus de choses, mais l’ensemble reste malgré tout très convaincant. Même si il me semble que cela peut être parfois incompréhensible ou restrictif pour qui ne connaitrait pas déjà en grande partie la vie de Vian.

A propos de Boris Vian, et pour avoir cette fois une connaissance absolument exhaustive de sa vie et son œuvre, on ne manquera pas de lire l’excellent Boris Vian, le sourire créateur, de Valère-Marie Marchand.

Catalogue éditeur : Dupuis Collection : Aire Libre

Cette histoire est totalement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. Boris Vian

Boris Vian était cardiaque ; il considérait que nager en apnée était bon pour son cœur. Pourtant, ce matin du 23 juin 1959, au bord de la Piscine Molitor, il lui reste seulement quelques heures à vivre avant de succomber à une crise cardiaque pendant la projection du film adapté de son roman « J’irai cracher sur vos tombes ».

Hervé Bourhis raconte les derniers instants de ce créateur protéiforme, plongeant dans son passé au plus profond de ses doutes, de ses passions, de ses amours, de ses joies. Les personnages secondaires de cette histoire ont pour noms : Jacques Prévert, Yéhudi Menuhin, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco, Simone de Beauvoir…
Avec élégance et sensibilité, le dessin de Christian Cailleaux restitue ici trente-neuf années d’une vie fascinante.

Réédition à l’occasion des célébrations autour du centenaire de Boris Vian.
Tirage limité à 1500 exemplaires avec dossier complémentaire de 16 pages et jaquette.

Paru le 13/03/2020 / Age du lectorat : 15+ / 88 pages / ISBN: 9791034750405 / Prix : 19.90€

Bernadette et Lourdes, l’enquête, Bertorello, Guillemois

Une enquête sur Bernadette Soubirous, dans cette BD aussi plaisante qu’instructive qui explore l’histoire de Lourdes à travers le temps

Alors qu’elle cherche un sujet pour son prochain devoir, Léo, une apprentie journaliste de New York, découvre le récit de la dernière guérison de Lourdes (la 71ème) dans le journal local, elle décide d’enquêter sur ce sujet et de se rendre sur place. C’est chose faite et la voilà arrivée à Lourdes, ville de pèlerinages depuis le mois de février 1858, mois des apparitions de la belle dame en blanc à Bernadette Soubirous, au bord du gave, dans la grotte de Massabielle.

Grâce aux explications de  l’abbé John Clarke, un jeune prêtre américain qui est comme elle de passage dans la ville, elle va découvrir en même temps que le lecteur l’histoire de Lourdes : depuis le siège de Charlemagne et la conversion des Sarrazins et de leur chef devenu Lorus (origine du nom de Lourdes)  jusqu’aux  visions de Bernadette Soubirous à la Grotte, puis aux processions et aux pèlerinages d’aujourd’hui.

Que l’on soit croyant ou pas, que l’on connaisse Lourdes ou pas, et que l’on connaisse  une partie de l’histoire de la ville et de la région, Bernadette & Lourdes, l’enquête est un très bon moment de lecture. Les allers-retours, avec ces flashbacks vers le passé,  aident à comprendre sans que ce soit perturbant, au contraire. La vie de Bernadette, les doutes et les manifestations en faveur de la jeune fille ou contre par les autorités de l’époque, le bouleversement que cela a pu causer par la suite, sont bien explicités. On retiendra la crédulité de certains, la virulence des autorités, mais aussi les passions, la foi, l’acceptation du mystère par les plus grands, dont Napoléon III et Eugénie.

C’est très bien fait, le graphisme et les couleurs sont très agréables, l’histoire elle-même se déroule de façon fluide et logique. Une jolie BD, disponible en avant-première dans les librairies de Lourdes, et bientôt dans votre librairie.

Pas de meilleure conclusion que les propres mots de Bernadette :
 » je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire »

Catalogue éditeur : Artége

New York 2020, une jeune américaine découvre le récit d’une guérison extraordinaire qui a eu lieu à Lourdes en France. Troublée par le récit, elle décide d’enquêter pour comprendre…

Cette bande dessinée d’Alban Guillemois (Scénario) et Yvon Bertorello (Scénario et illustrations) est éditée aux Editions du Rocher. Il faut noter également  que l’association Lourdaise Le Toit du Chœur  est partenaire. Cette association œuvre pour la restauration de l’église paroissiale où se trouvent  les fonds baptismaux de Bernadette.

14,90€ / Parution : 11.03.2020 / Pages : 64 / EAN : 9791094998854

L’aimant, Lucas Harari

L’aimant, un voyage étrange et fantastique dans les thermes de Vals

Lorsqu’il arrive à Vals, en Suisse, Pierre, se plonge dans l’atmosphère étrange des thermes. Cet ancien étudiant en architecture est depuis toujours passionné par le travail du célèbre architecte suisse Peter Zumthor. Devenu aujourd’hui garçon de café, il a souhaité se rendre sur place pour mieux comprendre le travail du génial architecte.

Dans ce village des Grisons posé à flanc de montagne, dans un décor qui surplombe rivière et gorges, l’eau de la source jailli pour alimenter les thermes, au creux d’une roche quartzite très caractéristique. Ce quartz sombre que l’on retrouve ici dans les vignettes représentant les thermes, avec leur aspect aussi minéral que féérique, comme un temple secret dédié à la nature, à la roche, à l’eau. Le tout en impressions de gris, noir, bleu foncé qui donnent un air magique et surréaliste au décor.

Si le cadre est de prime abord inspirant et ressourçant, il devient rapidement fantastique et inquiétant. La lumière naturelle change selon l’heure du jour, et dans cette ambiance surnaturelle tout à fait unique, Pierre va tenter d’en percer le secret, dessinant inlassablement sur ses carnets les murs et le dédale des thermes.

Dans ce cadre magique, où les pierres ont des propriétés mystiques en harmonie avec la montagne si proche, les portes s’ouvrent et se referment, les lumières se réfléchissent dans l’eau et les vapeurs. Le lecteur imagine même les eaux en bouillonnement, celles qui enveloppent de buée les visiteurs des thermes, et cachent le secret de la montagne, à la fois si proche et si mystérieuse.
Alors le charme opère, malgré les couleurs tranchées, sombres, malgré cette ligne claire poussée à l’extrême il me semble. On se laisse porter dans les pas de Pierre, immergés dans cet environnement minéral et hostile, pour tenter de percer le secret des pierres, ce secret que nul ne peut avouer de peur de passer pour un fou.

A noter, le très beau travail d’illustration de Lucas Harari, sur un papier de qualité et dans un beau format, aux couleurs tranchées dans des tonalités de rouge, bleu et noir, parfois aussi sombres que la pierre. Par contre si j’ai apprécié le graphisme de cette BD pour le moins singulière (et j’avoue je ne l’ai pas lâchée avant la fin) je n’ai pas forcément saisi la portée du message, ou même le message (s’il y en a un) qu’a voulu donner l’auteur… sans doute suis-je passée à côté ? Malgré tout, un très beau graphisme et un sujet intéressant qui m’ont donné envie d’en savoir plus sur ce site, le bâtiment et sur la réalité qui se cachait derrière cette fascination du héros pour l’architecte Peter Zumthor.

Les thermes de Vals, un bâtiment au design contemporain construit entre 1993 et 1996 par l’architecte Peter Zumthor a été le premier de Suisse à avoir été classé monument historique peu de temps après son ouverture.

Catalogue éditeur : Sarbacane

Pierre, jeune étudiant parisien en architecture, entreprend un voyage en Suisse afin de visiter les thermes de Vals.
Ce magnifique bâtiment, conçu par le célèbre architecte suisse Peter Zumthor, au cœur de la montagne, le fascine et l’obsède. Cette mystérieuse attraction va se révéler de plus en plus forte à mesure que Pierre se rapproche du bâtiment…

Peter Zumthor, né à Bâle en 1943, est un architecte suisse, lauréat du prix Pritzker 2009. Les bains thermaux de Vals, construits entre 1993 et 1996, l’ont rendu célèbre et restent aujourd’hui l’une de ses principales réalisations.

Lucas Harari (Scénariste, Dessinateur) est né à Paris en 1990, où il vit toujours. Après un passage éclair en architecture, il entreprend des études aux arts décoratifs de Paris dans la section image imprimée, dont il sort diplômé́ en 2015. Sensibilisé aux techniques traditionnelles de l’imprimé, il commence par publier quelques petits fanzines dans son coin avant de travailler comme auteur de bande dessinée et illustrateur pour l’édition et la presse. L’Aimant est sa première bande dessinée publiée.

Paru le 23 août 2017 / 152 pages / 25 × 31,7 cm / EAN: 9782848659862 / Prix : 28€

Le roman des Goscinny, naissance d’un gaulois, Catel

Anne et René Goscinny réunis par le trait de Catel dans un superbe roman graphique

Parce qu’elle aime le travail et la créativité de Catel, un jour Anne Goscinny lui propose d’écrire sur son père René Goscinny. Mais Catel aime les héroïnes et René est un homme. Pourtant, une bien belle idée va germer, Anne et René Goscinny réunis dans un même roman graphique, pour nous raconter chacun à son tour son histoire.

D’abord la naissance de René, le deuxième fils de Stanislas Goscinny et Anne Beresniak-Goscinny à Paris, puis son enfance à Buenos Aires en Argentine, né de parents juifs arrivés de Pologne, et dont la famille restée en France sera en grande partie déportée dans les camps. De cela, comme pour beaucoup d’hommes et de femmes de sa génération, René Goscinny ne parla jamais.

Depuis toujours attiré par le dessin, et par l’humour, lui l’excellent élève rêve d’un métier dans lequel il pourra se réaliser, être heureux et faire le bonheur des autres. Pas facile malgré tout de vivre du dessin, même s’il a déjà le trait sûr. La mort de son père viendra compliquer son avenir, il va devoir travailler avec sa mère pour que son frère puisse poursuivre ses études. De changements d’orientation en petits boulot, de l’argentine à New-York et Paris, d’un continent à l’autre, nous découvrons cet immense artiste, ses rencontres, ses intuitions, sa coopération avec les plus grands de son temps, car si au départ il s’oriente vers le dessin, très vite c’est dans l’écriture qu’il excelle, et c’est le scénariste qui s’impose, avec Uderzo bien sûr, mais aussi Morris ou Sempé, pour créer d’inoubliables personnages, Astérix, Lucky Luke ou même le petit Nicolas pour ne citer qu’eux.

On retrouve avec plaisir le trait de Catel, sa façon de présenter, les couleurs tranchées adaptées aux époques et personnages, mais aussi de nombreux dessins de Goscinny lui-même, particulièrement intéressants même si parfois pas facilement lisibles, en particulier pour les extraits de journaux. Un excellent moyen de découvrir l’homme qui se cachait sous l’artiste, le fils, puis le père, et la vie et la carrière de ce grand nom de la BD.

De Catel, on ne manquera pas de découvrir également le formidable Joséphine Baker dont je vous avais parlé ICI.

Catalogue éditeur : Grasset

Raconter René Goscinny en bande dessinée. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet  album exceptionnel. Un événement artistique. Et un livre de tendre amitié.

Catel, célèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l’appui et l’amitié d’Anne Goscinny, à ce Roman des Goscinny – un roman graphique où tout est vrai. 320 pages magnifiques, en trichromie, où Catel nous raconte la vie de René Goscinny. Sa  naissance, dans le Paris des années 20, au cœur d’une famille juive, exilée de Pologne et d’Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, née en Ukraine, ayant fui les pogroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L’enfance en Argentine, bientôt. Et les passions de René : le dessin, le rire,  puis  l’écriture.

Catel nous emmène dans un voyage familial marqué par l’histoire,  entre l’Amérique et l’Europe. Tandis que le jeune René cherche sa voie,  lui le «  paresseux contrarié  », une partie de la famille meurt dans les camps d’extermination. René part à New York, frappe à toutes les portes, dessine et vit dans la pauvreté avec sa mère. A Bruxelles puis à Paris, il trouvera peu à peu sa vocation : non pas dessiner, mais écrire, scénario, sketchs, histoires. Goscinny crée, avec Uderzo, le personnage d’Astérix, qui devient très vite célèbre dans le monde entier ; mais aussi   le Petit Nicolas  avec Sempé. Et il est le grand scénariste de Lucky Luke et Iznogoud.

C’est aux portes du «  célèbre village gaulois  » que s’arrête le premier tome du «  Roman des Goscinny  » : alternant avec force et tendresse des épisodes de la vie de «  René  » ; et ceux racontés par sa fille Anne  à son amie – donnant une vérité, une drôlerie et une émotion à ce projet fondateur.

Format : 162 x 220 mm / Pages : 344 / EAN : 9782246861003 / Prix : 24.00  / Parution : 28 Août 2019

Jamais, Duhamel

Quand une veuve pêchue et aveugle fait de la résistance et affronte les éléments… Jamais, une BD touchante et humaniste

Jamais ! C’est dit, Jamais Madeleine n’acceptera de quitter la maison qu’elle partage avec le souvenir de Jules, son marin de mari.

Mais Madeleine aveugle et vieille a perdu son mari en mer, et aujourd’hui, sa maison est prête à basculer dans le vide. Car à Troumesnil, sur la côte normande, l’érosion de la falaise est critique. Seule maison à rester encore debout, elle s’effondrera comme les autres. La catastrophe écologique qui s’annonce est d’ailleurs plus visible ici qu’ailleurs. Pourtant monsieur le Maire, responsable pénalement de ces concitoyens, va tout tenter pour la faire changer d’avis. Par la force ou la douceur, par les armes ou la roublardise. Mais Madeleine n’est pas de ces femmes-là. Il faut se rendre à l’évidence, bien qu’aveugle, elle se rend tout à fait compte des évolutions du climat et des changements du paysage… Elle assume tout, y compris sa solitude, dans cette maison chargée des souvenirs de sa vie d’avant.

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait la faire changer d’avis, pour sa propre sécurité ? À découvrir en lisant cette BD particulièrement réussie.

Avec un graphisme aux couleurs claires et douces, au trait vif et allègre, l’auteur nous dévoile des sentiments à travers des situations cocasses ou dramatiques et des échanges aussi légers que drôles entre les différents personnages. Les dialogues sont subtils, fins et réalistes et plongent le lecteur dans une réalité contemporaine qui bien que menaçante est très touchante.

Le petit plus : les photos en fin d’album, qui montrent où l’auteur a puisé son inspiration…

Catalogue éditeur : Grand Angle

Dessin & Couleur : Bruno DUHAMEL

Face à une catastrophe naturelle, il faut une force de la nature. Madeleine, c’est les deux.

Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.

Prix France : 15,90 € / 54 pages / Paru le 10 Janvier 2018 / ISBN 978-2-81894-381-6

Les triplés et leur super grand-père, Nicole Lambert

Les triplés de Nicole Lambert ont déjà 35 ans et sont toujours aussi jeunes

J’ai rencontrée Nicole Lambert tout à fait par hasard, pour une rencontre-signature lors des Journées d’entraide de la Légion d’honneur, au Palais de la Légion d’honneur. Ces inoubliables triplés qui avaient fait la joie de mes enfants et qui s’adressent encore à moi avec ce super grand-père, je n’ai pas résisté ! Même si ce grand-père-là a été écrit il y a près de vingt ans, peut-être le temps qu’il nous aura fallu pour devenir grands-parents ?

Le personnage du grand-père :
Grand père est drôle et sarcastique. Il représente l’ancienne génération confrontée à la nouvelle. Il est tout à fait « gâteux » de ses petits-enfants, avec une préférence éhontée pour sa petite fille.

En quelques planches, elle raconte des anecdotes toujours aussi mignonnes et formidablement réalistes avec ces trois triplés adorables et chenapans. ils sont un peu vieille France peut-être, et pas toujours dans l’air du temps ? Mais terriblement attachants.

En parcourant les planches avec leurs bouilles et leurs réflexions, je revois quelques situations semblables avec mes petits-fils. Comme se disputer une pièce en or pendant des heures (dix ou vingt centimes d’euros !), ou encore me demandant si la maison datait de la même époque que les trains à vapeur, pour savoir si elle était vraiment « vieille ».

Nicole Lambert a l’art de mettre en images ces mots d’enfants qui nous régalent, et de leur rendre vie. On ne s’en lasse pas. Les planches sont courtes, une page le plus souvent, donc facile à lire pour que les enfants prennent plaisir à écouter.

Catalogue éditeur : Les éditions Nicole Lambert

Les Triplés fêtent leur 35ème anniversaire.
Nicole Lambert, l’auteur et l’éditeur des Triplés a passé son enfance à dessiner et à écrire des histoires. Elle est née à Paris dans une famille d’artistes. Son grand-père, relieur, lui donne le goût du dessin et des livres.
C’est en 1983 qu’elle publie sa première bande dessinée, «Les Triplés», dans le magazine Madame Figaro.  Le succès est tel qu’elle s’y consacre bientôt entièrement.

Format : 18,5 x 24 cm / 32 pages couleurs / Prix : 8,17 € / ISBN 2-913389-10-6 / parution : 2000