Je suis le carnet de Dora Maar, Brigitte Benkemoun

Suivre Dora Maar, la femme, l’amante, la muse, l’artiste, La femme qui pleure

Depuis le temps que j’avais envie de le lire, je trouve la démarche, le hasard, les recherches fascinants.

Photographe, peintre, muse de Pablo Picasso, Dora Maar est une femme qui a évolué dans le cercle des artistes, surréalistes, intellectuels des années 50. Alors trouver dans un étui acheté par correspondance le carnet d’adresses de Dora Maar, ou même seulement imaginer que cela soit possible est une véritable gageure. C’est pourtant ce qui est arrivé à l’autrice qui a eu la bonne idée, lorsqu’elle est tombée sur des adresses toutes plus incroyables les unes que les autres, de poursuivre ses recherches.

En partant de ces numéros de téléphone et de ces adresses elle remonte le fil de la vie de Henriette Théodore Markovitch, née en novembre 1907 à Paris. Muse du peintre le plus emblématique du XXe. Belle intelligente farouche volontaire hautaine entière volcanique coléreuse exaltée orgueilleuse digne cultivée snob… Les qualificatifs ne manquent pas pour l’évoquer. Et cependant, qui peut se targuer de dire qu’à part citer le si célèbre tableau de Picasso, la femme qui pleure, il ou elle connaît le personnage, sa vie, sa carrière.
Cocteau, Chagall, Giacometti, Balthus, Breton, Lacan, Éluard…
vétérinaire, plombier, architecte…
Et Picasso, à qui elle donne sa vie, son amour, qui lui vaudra sa défaite et sa légende.

Ce que j’ai aimé ?

Embarquer dans ce carnet, parcourir les adresses, retrouver les numéros et les noms parfois oubliés, suivre un parcours de vie, celui de Dora Maar, la femme, l’amante, la muse, l’artiste, la désespérée.

J’ai aimé que le cheminement ne soit pas simplement guidé par un ordre alphabétique ou qu’il se concentre seulement sur des noms connus, mais que s’y mêlent aussi ceux qui ont côtoyée Dora Maar dans sa vie de tous les jours, qui ont vécu eux à son époque. De plus je suis une inconditionnelle de Picasso. J’aime lire tout ce qui m’en apprend un peu plus sur cet homme qui a brisé plus d’un cœur, mais qui a marqué sont époque par son art et sa créativité. J’ai passé un excellent moment de lecture.

Catalogue éditeur : Stock, Le Livre de Poche

Il était resté glissé dans la poche intérieure du vieil étui en cuir acheté sur Internet. Un tout petit répertoire, comme ceux vendus avec les recharges annuelles des agendas, daté de 1951.
A : Aragon. B : Breton, Brassaï, Balthus… J’ai feuilleté avec sidération ces pages un peu jaunies. C : Cocteau, Chagall… E : Éluard… G : Giacometti… Chaque fois, leur numéro de téléphone, souvent une adresse. Vingt pages où s’alignent les plus grands artistes de l’après-guerre. Qui pouvait bien connaître et frayer parmi ces génies du XXe siècle ?
Il m’a fallu trois mois pour savoir que j’avais en main le carnet de Dora Maar.
Il m’a fallu deux ans pour faire parler ce répertoire, comprendre la place de chacun dans sa vie et son carnet d’adresses, et approcher le mystère et les secrets de la « femme qui pleure ». Dora Maar, la grande photographe qui se donne à Picasso, puis, détruite par la passion, la peintre recluse qui s’abandonne à Dieu.

7,70€ / 288 pages / Date de parution : 10/11/2021 / EAN : 9782253820444

Georges Brassens Militant anarchiste, Frédéric Bories

Le livre de Frédéric Bories se focalise sur les années 1946 à 1948, période pendant laquelle Georges Brassens s’est tourné vers l’anarchisme, une façon de penser que l’on retrouvera en filigrane de son œuvre. Mais des convictions et un engagement qui, s’ils les garde toute sa vie, ne sont pas soumis à l’appartenance à un parti ou un journal.

C’est par une enquête fouillée, à base de documents d’archive en particulier, que l’auteur réussi à montrer cet attrait pour l’anarchie que finalement l’artiste gardera toute sa vie.

Issu d’un milieu pauvre, Brassens a cherché toute sa vie à lire, comprendre l’autre, il s’est tourné vers la littérature, la philosophie, avec un sens de l’humain qui se sent dans chacun de ses textes.

S’il a été secrétaire de rédaction du Libertaire, l’organe de la fédération anarchiste, dans lequel il a croisé ses contemporains Léo Ferré, André Breton ou encore Albert Camus, s’il a arpenté les meetings des mouvements libertaires et antimilitaristes de l’époque, Brassens n’accepte aucune forme d’autorité. C’est donc à travers une anarchie individuelle qu’il montre son attrait pour cette façon de penser. Par son refus de l’autorité, son respect de l’humain, de l’autre, son amour inconditionnel pour la langue française qu’il a manié toute sa vie avec justesse, pesant chaque mot, chaque phrase, et les mettant en musique. Ces notes de musique travaillées et pensées comme un exhausteur de saveur, pour nous en faire apprécier le sens.

À travers cette période précise de la vie de Brassens c’est aussi l’histoire du mouvement anarchiste de l’immédiat après-guerre que Frédéric Bories nous raconte là. Il faut dire qu’il est enseignant et un des archivistes du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme de Marseille.

Catalogue éditeur : Les mots et le reste

Si les croquants et croquantes de la France entière ont chanté à tue-tête les textes d’un des plus célèbres chanteurs français, peu d’entre eux connaissent son implication au sein du mouvement anarchiste entre 1946 et 1948. Souvent éludée par les biographes, cette parenthèse politique et littéraire a pourtant façonné son être et conditionné toute son oeuvre. Avant de trimbaler sa pudeur sur les planches des salles de concert, Brassens, qui voulait être poète, a passé la guerre et les années qui suivirent à dévorer les oeuvres de Baudelaire, La Fontaine, Gide, ou Anouilh avant de découvrir François Villon, Proudhon ou Bakounine, dont les idées antiétatiques, antimilitaristes, et leur désir d’égalité sociale, lui seyaient tout à fait. En découla une carrière journalistique prolifique pour Le Libertaire, organe de la Fédération anarchiste dont il devint le secrétaire de rédaction. Frédéric Bories est né et vit à Marseille. Enseignant, il est également archiviste au sein du Cira Marseille (Centre International de Recherches sur l’Anarchisme).

Parution : 20/01/2022 / ISBN : 9782361399528 / 192 pages / 17.00 €

Belle Greene, Alexandra Lapierre

Découvrir l’incroyable bibliothécaire de la Morgan Librairy de New-York

En 1900, dans une Amérique profondément raciste et ségrégationniste, une seule goutte de sang noir suffisait à faire de vous un paria au même titre que pour tous les Afro-américain du pays. Si vous n’aviez pas la bonne couleur de peau, et qu’importe d’ailleurs si vous étiez aussi blanc qu’un blanc, vous étiez soumis aux lois iniques, Jim Crow, règle de l’unique goutte de sang, divisant la population entre white or colored.
C’est dans ces conditions que la jeune Belle Greener décide, avec toute sa famille alors abandonnée par le père, de transgresser les lois et de faire leur « passing » c’est-à-dire de franchir la frontière invisible mais quasiment infranchissable qui faisait d’eux des blancs.

Belle devient alors une « da Costa Greene » descendante d’une hypothétique famille sud-américaine légèrement typée. Elle qui adore les livres va réussir ses études de bibliothécaire et entrer dans la très prestigieuse famille J. P. Morgan pour s’occuper de la bibliothèque et des collections de John Pierpont.

Toute sa vie sera consacrée aux livres rares, devenant cette grande spécialiste qui a su se faire une place parmi les marchands internationaux et les spécialistes reconnus de par le monde.

Un roman et un destin fabuleux, celui d’une héroïne qui a tout osé pour vivre sa passion. Une femme moderne, forte, énergique et insoumise, ambitieuse, amoureuse, au caractère bien trempé qui dénotait auprès de ses contemporains. Critiquée, aimée, adulée, vilipendée, celle qui s’est imposée comme la directrice incontournable de la Morgan Librairy de New-York est un personnage romanesque à découvrir sans faute.

Vous l’aurez compris j’ai adoré Belle, et j’ai aimé arpenter grâce à Alexandra Lapierre les salles de la Morgan Librairy que j’avais tant apprécié lors de ma visite à New-York. Enfin, mieux comprendre la passion pour les livres anciens. Et retrouver quelques unes de mes photos à la Morgan Librairy, en particulier ces livres en cage qui sont justement la photo que j’ai choisie pour être le bandeau du blog.

Catalogue éditeur : Pocket, Flammarion

« En 1900, au cœur d’une Amérique puritaine et ségrégationniste, elle fume, boit, choisit ses
amants et réussit une carrière dont aucune autre femme de sa génération ne pouvait rêver. Elle est d’une modernité inouïe ! Et toute sa vie est bâtie sur un mensonge explosif… »

Date de parution : 06/01/2022 / 9.50 € /EAN : 9782266311090 / pages : 624

Tous tes amis sont là, Alain Dulot

Paul Verlaine, les derniers jours d’un poète maudit

En titre, la célèbre phrase d’Eugénie Krantz aux obsèques de Paul Verlaine (né à Metz en Moselle le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896), ces six mots pour l’histoire, nous montre clairement le sujet du roman d’Alain Dulot. C’est une période très particulière que l’auteur a choisi de nous raconter à travers les obsèques, la vie et la mort d’un poète incontournable de la littérature française.

Celui qui a découvert le jeune Rimbaud, qui a largement préféré son verre d’absinthe à toute vie rangée, qui a tout demandé à sa mère, la seule qui le suivra jusqu’au bout de ses folies sans jamais l’abandonner. Il est d’ailleurs très souvent dur, et même violent avec cette mère avec qui il entretient une relation difficile jusqu’à sa mort.

Verlaine est l’homme d’un mariage raté. Il épouse en 1870 Mathilde Mauté, de cette union naîtra Georges, un fils qu’il connaît peu.

Lorsqu’il rencontre Arthur Rimbaud en septembre 1871, il aime d’amour à la fois la jeunesse, la poésie et l’homme qui se dévoilent à lui. La relation amoureuse causera la fin de son mariage, une relation scandaleuse et violente. Ils partiront en Belgique, mais d’un coup de revolver, Verlaine blesse Arthur Rimbaud, son époux infernal au poignet. Il sera jugé puis condamné à passer deux années en prison. Dans la solitude de sa cellule, il écrit des poèmes et va renouer avec la religion catholique qu’il avait largement mis de côté.

Après leur séparation, il rencontre le jeune Lucien Letinois, et voit en lui le fils qu’il n’a pas su élever, l’ami de cœur sans doute aussi. Ils seront d’abord enseignants en Angleterre, puis agriculteurs dans la ferme achetée avec l’argent de sa mère. Mais l’affaire périclite bientôt et ils rentrent à Paris. Lucien décède, Verlaine lui consacre de nombreux poèmes.

Malgré tout son talent, malgré les amis poètes, les subsides versées par l’état ou par ceux qui le soutiennent encore, le génial prince des poètes qui est aussi un homme alcoolique et violent décède d’une pneumonie aux côtés d’Eugénie Krantz le 8 janvier 1896, à 51 ans. Il est inhumé au cimetière des Batignolles. Je dois avouer que l’auteur m’a donné envie d’aller voir sa tombe.

Ce que j’ai aimé ?

Difficile de parler du poète, de son œuvre et en même temps de sa vie. J’ai aimé le parti pris d’Alain Duflot et cette façon iconoclaste qu’il a de faire revivre le poète au seuil de sa mort, de dire la vérité sur les amours, les écarts, la violence, l’alcoolisme, la relation à la mère et aux femmes en général. C’est à la fois respectueux du talent de l’artiste, et factuel et sincère quand il évoque les écarts, mais aussi les amis qui l’ont toujours accompagné, soutenu, aidé, tout au long de cette vie pour le moins dissolue. Le lecteur découvre à travers ces lignes quelque moments emblématiques de la vie de Paul Verlaine. Et de constater que les grandes funérailles nationales des artiste qui marquent les français ne sont pas uniquement des manifestations récentes, pour preuve, celle-ci ou celle de Victor Hugo. On se souviendra à cette occasion du crayon posé sur le cercueil de Jean d’Ormesson par le président et de la phrase qui accompagne le geste.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Le 8 janvier 1896, au 39 de la rue Descartes, Paul Verlaine s’éteint, à l’âge de cinquante et un ans. Le 10 janvier au matin, la foule est dense dans le quartier Mouffetard : proches et curieux, rosettes de la Légion d’honneur et guenilles trouées, vieilles barbes et jeunes moustaches, gens de peu et hauts de forme s’écartent pour laisser passer le corbillard. Alain Dulot se joint au cortège pour suivre la dépouille jusqu’au cimetière des Batignolles en s’adressant au prince des poètes. Il évoque sa mère Élisa, ses amis, la société littéraire qui l’entoure, ses amours tumultueuses – avec Mathilde Mauté, Arthur Rimbaud, Philomène Boudin et Eugénie Krantz – teintées de sa faiblesse pour l’absinthe. Et sa passion sans faille pour la poésie, des tavernes à l’hospice, de la prison aux cabarets, jusque sur son lit de mort.

Paru le 13/01/2022 / 176 pages – 140 x 205 mm / ISBN : 9791037109989 / 16,00€

Cervin absolu, Benoît Aymon

Le récit d’un amour fou, celui d’un homme qui a passé sa vie à conquérir les sommets indomptés des Alpes

En rédigeant escalade dans les Alpes, Edward Whymper a écrit le récit complet de ses courses en montagne, de ses tentatives infructueuses, échecs, abandons, et de son obstination a vouloir conquérir le sommet des Alpes encore inviolé en 1861, le Cervin.

Alors qu’il est envoyé dans les Alpes pour y faire des gravures pour son employeur, il tombe amoureux de ces montagnes majestueuses et décide d’en tenter l’ascension.

Ce seront d’abord quelques tentatives infructueuses avec les porteurs et les guides qui acceptent de l’accompagner. Il faut dire que le sommet était un rêve pour de nombreux montagnards de la région, mais pas seulement. Les jalousies s’exercent là aussi pour planter son drapeau le premier au sommet.

Après plusieurs essais ratés au fil des ans, il va enfin parvenir à ses fins. Mais cela ne se fera pas sans douleur puisqu’un terrible accident endeuille sa conquête du Cervin.

Le roman alterne deux visions, celle de Edward Whymper, récit contemporain de ses ascensions, puis en 1925, celle de Ethel, une jeune journaliste et de Jeanne, une ancienne employée d’Edward, mais surtout une femme amoureuse en silence de ce conquérant qui n’a d’yeux quant à lui que pour les sommets et la montagne.

J’ai aimé suivre le parcours de ces montagnards, leurs tentatives, le travail des porteurs, le vin qui circule un peu trop abondamment pendant les tentatives d’atteindre le sommet, et la joie d’y arriver. Enfin, la force de cette montagne indomptée qui reprend aussi ce qu’elle offre, même lorsqu’il s’agit de vies arrachées aux hommes.

Catalogue éditeur : Éditions Paulsen

Roman historique, Cervin absolu retrace la vie d’Edward Whymper jusqu’à son ascension ultime du Cervin, point d’orgue de sa carrière d’alpiniste mais aussi tragédie qui marquera sa vie à jamais.
Ce récit, c’est aussi celui d’un amour déçu, celui de Jeanne, domestique française servant chez les Whymper et confidente du jeune Edward, qui la délaissera pour celle qui obsède toutes ses pensées : sa montagne. Il faudra toute la patience et la persévérance d’Ethel, jeune journaliste du Times, pour recueillir cette version inédite de l’histoire et tenter d’en apprendre plus sur cet homme hors du commun.

À l’origine de Passe-moi les jumelles, une émission phare de la Radio Télévision Suisse, Benoît Aymon a toujours entretenu avec le Cervin une relation particulière. Historien de formation, il en fait l’ascension par la voie italienne et la descente par la voie suisse. Traversée intégrale et symbolique, sur la trace d’Edward Whymper, le premier à fouler le sommet du géant des Alpes dont on fête cette année le cent cinquantième anniversaire de la première ascension.

Parution : Octobre 2015 / ISBN 978235221-1365 / 16,00 €

Tamara par Tatiana, Tatiana de Rosnay

Tamara de Lempika, une artiste qui fascine

Tatiana de Rosnay a rencontré Tamara de Lempika alors qu’elle avait quinze ans. Rencontrée, vraiment ? Non, mais c’est tout comme, et depuis l’image de Tamara triomphante au volant d’un Bugatti verte l’accompagne. Ce sont sans doute ces longues années qui ont crée cette forme de complicité exprimée ici par le tutoiement.

Car ce livre est un long monologue où Tatiana s’adresse à Tamara, pour dire la Talentueuse, Ambitieuse, Magnétique, Arrogante, Rebelle, Artiste qu’elle a été.

Née en 1899, ou 1902, ou 1895, 1898 ? A Varsovie, à Saint-Pétersbourg ?… Comme on le remarque, cela commence par être un peu flou et cela le restera toute sa vie. Car elle brode, raconte, arrange pour que sa vie corresponde à ses desiderata. Qu’importe, celle qu’on aime c’est l’artiste, la femme qui aimait la fête, les hommes, la peinture et exercer son art comme un homme l’aurait fait, en toute indépendance.

Tout au long de ces pages, j’ai découvert avec intérêt et plaisir la famille, les maris, la fille, mais surtout l’artiste peintre, le succès puis l’oubli, les toiles, les expositions, les folies, de Tamara de Lempika.

L’ouvrage original paru chez Michel-Lafon permet de découvrir les photos de Charlotte Jolly de Rosnay. Mais dans la version parue chez Pocket, il y a ces mots de Tatiana à Tamara pour raconter la jeune fille, la femme, l’artiste, l’épouse, celle qui aime la fête, le succès, la vie et l’art. Celle qui peint sans relâche, portraits emblématiques d’un style, d’une époque. Mais par dessus tout il y a l’artiste que l’on aime souvent passionnément aujourd’hui encore, et que personne n’a oublié.

Si vous ne la connaissez pas encore, si vous aimez ses toiles et son art tout à fait en symbiose avec son époque, vous allez dévorer ce roman. Cette étonnante biographie fait également le lien avec les souvenirs de l’autrice, sa relation avec l’artiste, son pays, sa famille.

Catalogue éditeur : Pocket

Depuis qu’elle a posé les yeux, à 15 ans, sur une toile de Tamara de Lempicka, Tatiana de Rosnay n’a cessé d’être fascinée par son œuvre et sa vie : au volant de sa Bugatti verte, la reine des Années folles y construit déjà sa propre légende, faite de scandales et de secrets, d’élégance totale et d’exils constants.
Une vie plus grande que la vie, que la romancière restitue pour nous avec la passion intacte de son premier choc esthétique.

EAN : 9782266321549 / Nombre de pages : 304 / 6.95 €

Le pain perdu, Édith Bruck

Trouver les mots pour dire l’innommable, écrire pour ne jamais oublier

Parce qu’elle a senti que sa mémoire allait être bientôt défaillante, à 90 ans Édith Bruck a décidé d’écrire, pas un simple texte à ajouter à ses déjà nombreux écrits, non, mais un récit unique. Le récit impossible d’une vie, celle d’une des dernières grande voix, d’un des derniers témoins de la Shoah. Édith Bruck est née en Hongrie, et a vécu en Italie la plus grande partie de sa vie.

Le pain perdu, c’est celui que la famille n’a jamais pu manger car les soldats sont arrivés pour leur faire prendre le train qui devait les emmener dans le camp de concentration.

Le pain perdu, c’est la famille disloquée, la mère qui part à gauche, là où est le feu, les filles à droite, et Édith qui s’accroche à sa mère mais que le soldat fait changer de file, Édith qui ne finira pas dans la fumée du camp comme tant d’autres femmes, enfants, vieillards, hommes, arrivés là en même temps, avant ou après elle.

C’est une enfant née le 3 mai 1931 dans une famille juive pauvre, l’enfance heureuse d’une fillette qui travaille bien à l’école ; ce sont les premières manifestations de racisme contre les juifs dans son petit village de Tiszabercel, près de la frontière ukrainienne, un village jusque là plutôt tranquille ; puis a 13 ans en avril 1944, c’est la déportation, le matricule 11152, Birkena, Auschwitz, Kaufering, Dachau, Bergen-Belsen, les camps d’extermination, les privations, la faim, l’épuisement, les morts, les longues marches dans le froid ; la libération en 1945 ; l’exil en Israël, et toujours, ensuite, tenter de vivre après ça.

C’est n’avoir aucun mot pour dire, pas d’échange possible avec ceux qui n’ont pas connu cette horreur, et tant de questions, tant de pourquoi, tant de douleur. C’est le rêve fou d’aller en Israël, la désillusion, puis la vie en Italie, et les mots, toujours, pour dire.

C’est un récit autobiographique à la lecture nécessaire, douloureuse, indispensable. Le témoignage des survivants, ceux qui bientôt ne seront plus là, ceux qui encore peuvent nous dire, à nous les générations suivantes ce que fut le mal absolu.

On ne peut que penser aux témoignages de Primo Levi, Marceline Loridan, Charlotte Delbo et tant d’autres en lisant ce livre qui se termine sur une lettre à Dieu, mais quel Dieu, celui qui a laissé faire tout cela ? Le pain perdu, à faire lire, encore et encore, pour ne jamais oublier.

« Je t’écris à Toi qui ne liras jamais mes gribouillis, ne répondras jamais à mes questions, à mes pensées ruminées pendant toute une vie. »

Édith Bruck a publié une trentaine d’ouvrages en six décennies d’écriture, mais Le pain perdu, publié aux Éditions du sous-sol, lui a valu, à 90 ans, une aussi soudaine que tardive notoriété en Italie. Le livre a remporté le prix Strega Giovani, équivalent du Goncourt des lycéens, le prix Viareggio.

Catalogue éditeur : éditions du Sous-Sol

Il faudrait des mots nouveaux, y compris pour raconter Auschwitz, une langue nouvelle, une langue qui blesse moins que la mienne, maternelle.”

En moins de deux cents pages vibrantes de vie, de lucidité implacable et d’amour, Edith Bruck revient sur son destin : de son enfance hongroise à son crépuscule. Tout commence dans un petit village où la communauté juive à laquelle sa famille nombreuse appartient est persécutée avant d’être fauchée par la déportation nazie. L’auteur raconte sa miraculeuse survie dans plusieurs camps de concentration et son difficile retour à la vie en Hongrie, en Tchécoslovaquie, puis en Israël. Elle n’a que seize ans quand elle retrouve le monde des vivants. Elle commence une existence aventureuse, traversée d’espoirs, de désillusions, d’éclairs sentimentaux, de débuts artistiques dans des cabarets à travers l’Europe et l’Orient, et enfin, à vingt-trois ans, trouve refuge en Italie, se sentant chargée du devoir de mémoire, à l’image de son ami Primo Levi.

« Pitié, oui, envers n’importe qui, haine jamais, c’est pour ça que je suis saine et sauve, orpheline, libre. »

Édith Bruck, née Steinschreiber, voit le jour le 3 mai 1931 à Tiszabercel en Hongrie. À sa déportation, elle consacre à partir de 1959 plusieurs récits et poèmes dans la langue italienne qu’elle a adoptée en choisissant de vivre à Rome, dès 1954. Épouse du poète et cinéaste Nelo Risi, elle évoque souvent cette passion dans ses romans. Journaliste, scénariste, documentariste, comédienne, cinéaste, dramaturge, elle a multiplié les activités, sans jamais renoncer à témoigner de son expérience et sans jamais recourir à la haine.

Traduit de l’italien par René de Ceccatty / 176 p. / 16,50 euros / paru le 7 janvier 2022 / ISBN : 9782364686090

Simone, Léa Chauvel-Lévy

Quand Simone rencontre André Breton, ou la naissance d’un amour

En 1920, dans Paris libéré des horreurs de la première guerre mondiale, la jeunesse cherche un monde nouveau à partager. Simone Rachel Kahn, 23 ans, jeune femme à l’esprit libre, a le goût de la découverte, mais elle a déjà un lourd bagage intime à porter après sa rupture avec Voldemar.

Simone aime aller dans les café avec ses camarades pour refaire le monde. Elle écoute aussi ces Dadas dont on parle tant, même si elle n’aime pas du tout Tzara. Ces Dadas qui ont trouvé une façon bien à eux d’oublier les années de guerre et de privation, en cherchant à créer un monde nouveau, par la littérature, la pensée, par la force de leur jeunesse prête à tous les extrêmes.

C’est au cours d’une de ces rencontre qu’elle fait la connaissance d’André Breton.

Issu chacun d’un milieu différent, elle protégé par sa famille et ses origines des horreurs de la guerre, lui infirmier à Nantes, à Paris, connaît les souffrances et les blessures des rescapés. Réticente de prime abord, la jeune fille de bonne famille va vite se sentir attirée par cet homme singulier et à la forte personnalité. Si certaines choses les séparent, en particulier les Dadas, leur amour de l’art, leur curiosité, leur modernité va très rapidement les rassembler.

C’est ce moment de la vie de Simone, la rencontre avec Breton, après la rupture avec son ami Voldemar, que Léa Chauvel-Levy a choisi de nous raconter. Cette période d’interrogation et de doute, alors que l’intérêt qu’elle porte à André Breton est de plus en plus prégnant. Comment vivre avec un homme issu d’un milieu aussi différent, comment le faire accepter par sa famille, et leurs goûts communs seront-ils suffisants pour les unir durablement. En choisissant de répondre aux questions que se pose Simone l’autrice nous parle de femmes et d’universalité des sentiments, d’interrogations et de doutes, d’amour et de vie.

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Paris, 1920. Simone Rachel Kahn n’est encore qu’une jeune femme de 23 ans. Esprit libre, férue de littérature, de poésie et de philosophie, elle vagabonde dans le Paris d’après-guerre, à la recherche de quelque chose ou quelqu’un qui, enfin, pourrait la faire renaître. Entre la librairie d’Adrienne Monnier et le Lutetia, elle croise le chemin des Dadas qui l’irritent autant qu’ils l’intriguent.

C’est alors qu’elle rencontre celui qui fera d’elle Simone Breton. L’auteur des Champs magnétiques n’est qu’un jeune artiste, déjà exalté, mais encore à la recherche de repères, de sa véritable voix.
Il est sans-le-sou, après avoir déserté les bancs de l’école de médecine. Simone, elle, est promise à un autre. Et pourtant…

Date de parution: 18/08/2021 / Nombre de pages: 192 / ISBN: 979-10-329-2124-1 / Format 14 x 20 cm

Brassens, une vie en chansons, Thomas Chaline

Écouter parfois en boucle les chansons et les textes de Georges Brassens, et le retrouver dans l’excellent livre de Thomas Chaline « Une vie en chansons » publié chez Hugo et Cie.
Y retrouver le meilleur de ses textes accompagné de belles anecdotes pour nous montrer ce qui fait l’intérêt de sa musique.
Revenir avec lui chez Walczak, ce bistrot parisien dans lequel j’ai passé quelques soirées formidables depuis tant d’années, marcher dans les rues de Sète et aller voir le cimetière marin, chanter à tue-tête la réplique de Marquise même si je n’ai plus vingt-six ans, et lire les mots des artistes de son temps et d’après pour voir à quel point eux aussi ont su apprécier le talent et les mots de Brassens.

Se souvenir que la musique ne doit jamais passer avant le texte mais au contraire l’accompagner le plus justement et discrètement possible, tout en le mettant en valeur, et que c’est exactement ce que j’apprécie chez cet artiste incontournable du XXe.

C’est l’année Brassens, alors n’hésitez pas à lire, offrir et à partager ce livre qui évoque le processus créatif du troisième chanteur préféré des français. En liant une chanson à chaque anecdote Thomas Chaline nous permet de balayer le répertoire de Brassens et sa vie le temps de quelques notes de musique.

En octobre 2021, on célèbre le centenaire de la naissance de Georges Brassens, disparu depuis 40 ans.

Catalogue éditeur : Hugo et Cie

 » La mauvaise réputaion « ,  » Le gorille « ,  » Les amoureux des bancs publics « ,  » P… de toi « ,  » Chanson pour l’Auvergnat « ,  » Les sabots d’Hélène « ,  » Auprès de mon arbre « ,  » Le vieux Léon « ,  » L’orage « ,  » Les copains d’abord « ,  » Les trompettes de la renommée « ,  » Supplique pour être enterré à la plage de Sète « ,  » La non-demande en mariage « ,  » Mourir pour des idées « ,  » Les passantes « … : on ne compte plus les standards de Georges Brassens entrés au patrimoine de la chanson française.

Alors qu’on célèbre le centenaire de la naissance et les 40 ans de la mort de Georges Brassens en octobre 2021, Thomas Chaline dévoile les secrets de création de l’oeuvre du troisième chanteur préféré des Français de tous les temps et propose de découvrir, à l’aide de nombreuses anecdotes, l’histoire des chansons de Georges Brassens, qui sont autant de repères qui jalonnent la vie de l’artiste.

Depuis 2016, Thomas Chaline est l’auteur de plusieurs livres à succès, dont Indochine, la véritable histoire (2018). Admirateur des chansons de Francis Cabrel depuis son plus jeune âge, c’est en spécialiste de l’œuvre du chanteur qu’il lève le voile sur l’univers de création de l’artiste.

21/10/2021 ISBN papier : 9782755692181 16,95 € / ISBN numérique : 9782755693133 9,99€

Le peintre hors-la-loi, Frantz Duchazeau

à la rencontre d’un artiste méconnu à la folie dévastatrice

Et si c’était tout simplement ça, la Terreur. Celle des hordes qui parcourent le pays pour tuer sans discernement nobles et ouvriers, gens de cour et subordonnés. Lorsqu’en 1793 le roi Louis XVI meurt sur l’échafaud, nombreux sont également ceux qui perdent la vie ces années là. C’est dans ce contexte que Lazare Bruandet, peintre naturaliste porté autant sur la bouteille que sur la bagarre doit fuir la ville.

Mais suite à un coup de sang et une jalousie mal placée, au retour de chez sa maîtresse il défenestre sa compagne. Il ne trouve de salut que dans la fuite à l’abri de cette campagne qui l’a vu grandir. Déjà difficile du temps de son enfance, la vie y est devenue périlleuse. Sa maison est en ruine, il se réfugie alors chez les moines à qui il finira par apprendre à se défendre contre les milices. Mais aussi à l’auberge où la servante accorte se prend d’amitié pour lui, admirative du travail du peintre.

Partout c’est le chaos. On échappe aux milices pour tomber au mains ou sous les coups de l’armée ou des pillards. Il faut se défendre, mais il faut aussi survivre. C’est ce que fera le peintre dans les forêts qu’il affectionne, lui l’artiste spécialiste de la nature, amoureux de ces paysages qu’il peint à l’envi. Rien ne lui fait peur, cet artiste alcoolique au mauvais caractère a cependant une certaine dextérité à manier l’épée et les armes autant que ses pinceaux.

L’ensemble est porté par un graphisme brut, sombre, fait de peu de traits affinés ou précis, mais plutôt d’une sombre représentation à l’image de cette époque si dangereuse pour ceux qui l’ont connue. Une forme de folie émerge de ces dessins, de ces pages parfois denses et sombres, d’autre fois plus lumineuses, à l’image de l’artiste tout en excès et en fulgurance.

Si le personnage a réellement existé, et si sa folie et son amour de la peinture naturaliste sont bien réels, l’auteur lui a créé une enfance à la hauteur du personnage. Car il semble qu’il a réellement tué sa compagne et fuit dans la forêt de Fontainebleau, poussé par une forme de folie autodestructrice qui transparaît à chaque page. Le peintre parisien joue par ailleurs un rôle décisif dans le développement de l’art du paysage. Il est en totale rupture avec le cadre institutionnel de son époque avec sa pratique de la peinture en plein air dans les forêts environnant Paris.

Quelques œuvres de Lazare Bruandet (1755-1804) peintre français du XVIIIe siècle et paysagiste méconnu.

Catalogue éditeur : Casterman

1793. Louis XVI est condamné à mort tandis que la France est frappée par la Terreur, une véritable guerre civile qui met le pays à feu et à sang. Fuyant la capitale pour trouver refuge à la campagne, un écorché vif au regard inquiétant louvoie dans la forêt. C’est un étrange peintre que voici, dont le nom résonne comme un couperet : Lazare Bruandet a des gestes un peu fous, le verbe haut et le coup d’épée tranchant.
Tiraillé par des souvenirs d’enfance douloureux, hébergé par des moines qui lui demandent de l’aide, Lazare tombe sous le charme d’une jeune aubergiste. L’homme a bien du mal à se retirer de ce monde dont la violence et la bêtise l’agressent, et pour tenter de s’y soustraire, il peint la nature qui le fascine, sans souci d’académisme et de postérité vis-à-vis de son œuvre…

Scénario : Duchazeau, Frantz / Dessin : Duchazeau, Frantz / Couleurs : Drac Parution le 03/03/2021 / ISBN : 978-2-203-20277-1 / Pages : 88 / 20€