L’inventeur, Miguel Bonnefoy

Le soleil est l’avenir…

Qui était Augustin Mouchot, un génie de l’ombre ou un fou illuminé ? Ce fils de serrurier né le 7 avril 1825, cet enfant toujours malade qui a pourtant résisté à tous les assauts dont son corps a souffert, ce professeur de mathématiques banal et solitaire, ou ce savant génial découvreur de la force de l’énergie solaire à une époque où la science ne lui fait pas la part belle ?

Il était tout cela à la fois et avec la verve qu’on lui connaît Miguel Bonnefoy fait de cet homme oublié de tous un héros du quotidien et de la science.

Reconnu par l’académie qui l’aide pour le financement de sa drôle de machine à vapeur, la première est baptisée Octave ;
Remarqué par Napoléon III et par les militaires qui voient déjà des débouchés dans ses créations bizarres ;
Porté aux nues par la presse de l’époque après son extravagante expérience lors de l’exposition universelle de 1878 ;
Isolé dans le désert d’Algérie où il perd à la fois la vue et cette énergie créatrice qui fait sa singularité ;
Ruiné, ayant vendu ses brevets et ses machines à l’ingénieur Abel Pifre, cet homme qu’il avait embauché pour l’aider à compenser ses failles en communication, il trouve refuge chez une pauvre femme aussi solitaire que repoussante, qui pourtant prendra un minimum soin de lui.

Mais il a vécu non pas à l’ère du solaire et des énergies renouvelables, mais à celle du charbon que l’ont part chercher dans les mines, c’est plus sûr et moins onéreux.

Malgré le mot glissé dans sa poche, comme il le faisait dans son enfance, ce Bien que j’en aie l’air, je ne suis pas mort, ce héros de la science meurt comme il a vieillit, dans le dénuement total quasiment oublié de tous.

J’ai aimé retrouver dans ces phrases et dans ces lignes, dans les différents personnages qui évoluent autour de Mouchot, la fougue et le dynamisme, l’intonation et la fore de persuasion de l’auteur, l’imaginant être là près de nous pour évoquer Mouchot, cet homme qu’il ramène à la vie sous nos yeux intrigués. Et de fait, il arrive à rendre un brin magique la vie si peu réussie, la mort bien triste, l’échec cuisant de cet inventeur oublié qui était comme c’est souvent le cas très certainement en avance sur ce que la société était prête à entendre. Et tout cela en réussissant à faire un clin d’œil à son héros Lonsonnier que le lecteur avait pu rencontrer dans son précédent roman, Héritage.

Catalogue éditeur : Rivages

Voici l’extraordinaire destin d’Augustin Mouchot, fils de serrurier, professeur de mathématiques, qui, au milieu du XIXe siècle, découvre l’énergie solaire.
La machine qu’il construit, surnommée Octave, finit par séduire Napoléon III. Présentée plus tard à l’Exposition universelle de Paris en 1878, elle parviendra pour la première fois, entre autres prodiges, à fabriquer un bloc de glace par la seule force du soleil.
Mais l’avènement de l’ère du charbon ruine le projet de Mouchot que l’on juge trop coûteux. Dans un ultime élan, il tentera de faire revivre le feu de son invention en faisant « fleurir le désert » sous le soleil d’Algérie.

ISBN: 978-2-7436-5703-1 / Parution : août, 2022 / 208 pages / Prix :19,50€

Aquitania La vengeance d’Aliénor d’Aquitaine, Eva García Saenz de Urturi

Aliénor d’Aquitaine, ou la jeunesse d’une souveraine courageuse et volontaire

Aliénor d’Aquitaine, sans savoir qui elle était, chacun d’entre nous connaît pourtant au moins son nom. Ce roman au souffle picaresque retrace une partie de la jeunesse de l’héritière de la couronne de cette région tant convoitée qu’était l’Aquitaine au XIIe siècle.

Petite fille de Guillaume IX le Troubadour, Aliénor a treize ans lorsque son père Guillaume X décède mystérieusement à Compostelle le jour du Vendredi Saint en 1137. Sur son corps s’affichent les marques d’une horrible torture nommée l’aigle de sang. Aliénor n’accepte pas ce qui lui est rapporté comme étant les cause de cette mort étrange et décide de venger son père.

Pour arriver à ses fins, elle n’hésite pas à faire bouger les lignes en influençant le conseil elle obtient le droit d’épouser le futur Louis VII, fils de Louis Le Gros, le rival de son père. Ce digne descendant de la lignée des capétiens est aussi l’héritier du royaume de France.

Quand le jour de la noce Louis VI dit Le Gros décède à son tour, le mystère s’épaissit. Le couple commence à mieux se connaître, et les sentiments d’Aliénor pour son époux changent au fil des ans. C’est donc avec son époux qu’elle va tenter de faire la lumière sur ces deux morts suspectes. Pendant toutes ces années, rien ne lui sera épargné. La jeune femme n’arrive pas à donner un héritier aux capétiens, ni à se faire une place au Conseil, et ses manœuvres ne sont pas toujours de francs succès.

Tour à tour, Aliénor, Louis, et l’enfant vont exposer leur vision des faits tout au long de ces années. De 1137 à 1149, de Bordeaux à Poitiers, de Normandie à Paris, et jusqu’en terre sainte lors de la croisade menée par Louis VII, Aliénor sait tenir sa place et son rang. Issue de la région la plus prospère du territoire, sa richesse lui donne un pouvoir et un attrait irrésistibles. Le royaume de France cherche à faire les alliances et à gagner les guerres qui lui permettront de gouverner les Comté et Seigneuries dont il a besoin pour étendre son pouvoir. Douze années pendant lesquelles aquitains et capétiens luttent pour le pouvoir. Aux côtés d’Aliénor et de Louis, apparaissent tour à tour son oncle Raymond de Poitiers qui deviendra prince d’Antioche, puis l’abbé Suger en sa basilique Saint Denis, enfin Bernard de Clairvaux, ainsi que quelques chats aquitains qui rôdent dans les couloirs des sombres châteaux parisiens.

Je n’ai pas eu envie d’aller vérifier tous les détails historiques du roman, même si je suppose que l’autrice a su parfois laisser libre court à son imagination. J’ai eu envie de me laisser porter par l’énergie qui s’en dégage, par cette Aliénor que nous découvrons dans sa jeunesse auprès d’un époux sans doute mieux assorti que ce qu’elle avait pu imaginer de prime abord. Un roman comme on les aime, intelligent, vivant, rythmé, qui nous entraîne dans un souffle picaresque à travers batailles, jalousies, incestes, deuils, trahisons, amour, haine, regrets, sans que l’on ait envie de le refermer avant la fin.

Catalogue éditeur : Fleuve

Compostelle, 1137. Le duc d’Aquitaine – territoire convoité par la France pour ses richesses – est retrouvé mort, le corps bleu et portant la marque de l’« aigle de sang », une effroyable torture normande. La jeune Aliénor, portée par sa soif de vengeance, décide d’épouser le fils du roi Louis VI le Gros qu’elle croit être le meurtrier de son père. Son objectif : décimer la lignée des Capétiens et imposer le sang aquitain. Mais, le jour des noces, Louis VI est assassiné à son tour.
Les époux, Aliénor et Louis VII devront alors apprendre à se connaître afin d’infiltrer le royaume de France et démasquer l’instigateur de cette machination. Quel qu’en soit le prix à payer…

Traduit par Judith Vernant

21.90 € / EAN : 9782265155527 / Nombre de pages : 384 / Date de parution : 20/10/2022

Argonne, Stéphane Émond

Passeur de mots, passeur d’Histoire, transmission d’un fils pour son père

Quatre vingt ans après, Stéphane Émond refait le chemin qu’avait fait sa famille pour fuir la guerre. Alors qu’il vit désormais très loin du berceau familial, il a ressenti le besoin de refaire le parcours sur ces pauvres routes de France depuis l’Argonne vers le département de l’Aube pour y trouver un peu des siens, de leurs angoisses, de leurs espoirs, de la mort et de la vie.

Armé de deux très vieilles photographies et de l’alliance si fine et fragile héritée du grand-père, l’auteur part sur les routes retrouver les siens, pour comprendre la peur, pour vivre les terreurs des femmes et des enfants, pour entendre les bombardements et la mort de la grand-mère. Refaire le chemin à l’envers pour se rapprocher du passé, imaginer les préparatifs, que garder, que laisser, reviendra-t-on un jour dans cette maison que l’on quitte. Partir sans s’arrêter, passer des villes en flammes, faire partie de cette cohorte de réfugiés qui fuient la guerre sous le fracas de la mitraille. Tant de questions, tant d’incertitudes, tant de craintes sans doute.

Ce pèlerinage au sources est ici raconté à la première personne par un auteur sans fard et d’une grande sincérité quant à ses propres interrogations, lui qui a quitté depuis si longtemps la terre des ancêtres. Alternant entre présent et passé, il fait le récit d’une introspection, mais également celui d’une fresque familiale avant l’oubli, pour que ceux qui viendront après sachent et connaissent. Stéphane Émond se fait passeur d’histoire avec un petit mais aussi avec un grand H, de l’histoire familiale à celle de cette région de France creuset de tant de combats, envahie par les conquérants et meurtrie par les guerres à travers les âges.

On retrouve ici le besoin de transmettre de cette seconde génération qui n’a pas connu directement les événements dont elle parle, et dont les parents, qui eux ont vécu l’exode et la guerre, n’ont jamais évoqué leur expérience. Passeur de mots, passeur d’Histoire, transmission d’un fils pour son père.

Merci d’avoir pensé à insérer une carte de ces régions en début du récit.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

En juin 1940, comme des milliers de Français, une famille fuit son village d’Argonne. Quatre-vingts ans plus tard, tandis que l’auteur refait ce voyage jusqu’à un village de l’Aube où sa grand-mère fut tuée par le mitraillage d’un avion allemand, les souvenirs affluent. Son père, paysan et menuisier comme ses ancêtres enracinés au seuil de la grande forêt, sa mère qui divague, les voisins, les maisons, la guerre qui plusieurs fois en un siècle fit passer le fer et les flammes sur cette terre des confins de Champagne et de Lorraine…
Stéphane Émond, qui a quitté son pays et fait sa vie ailleurs, loin des outils du père, au milieu des livres, recueille l’histoire universelle des siens, tantôt sévère, tantôt riante, toujours laborieuse, et l’unit dans ce récit aux champs, aux arbres, aux rivières, à la terre où ils reposent.

Paru le 18/08/2022 / 128 pages / ISBN : 9791037109934 / 16,00

Looking for Banksy, La légende du street art, Francesco Matteuzzi, Marco Maraggi

à la recherche de l’artiste inconnu

Alors qu’il est en train de réaliser des tags la nuit dans les rues de Londres, un jeune homme est surpris par une jeune femme qui est à la recherche du mystérieux Banksy, cet artiste que nul n’a jamais vu. Elle souhaite faire un reportage sur l’artiste et sa façon de travailler. Mais ils sont tous deux arrêtés par la police et doivent faire un travail d’intérêt général qui pourrait les rapprocher de son but, nettoyer les graffitis sauvages qui dénaturent les murs de la capitale anglaise.

Voilà l’accroche de ce roman graphique dans lequel la rencontre de ces deux jeunes gens est prétexte à expliquer la carrière, ou plutôt les actions, créations, performances de l’artiste inconnu.

Car Banksy est un véritable mystère. Qui, quand, comment, pourquoi, autant d’interrogation restées encore à présent sans réponses. Est-il unique ou protéiforme ? Homme ou femme ? Anglais ou étranger ? Que cherche-t-il à démontrer en réalisant ces œuvres et coups médiatiques ? Se faire connaître ? Choquer, surprendre, réveiller les spectateurs endormis d’un système trop figé ? Ici point de réponse, mais beaucoup de questions et un intéressant tour d’horizon des actions et réalisations de Banksy.

Et après tout, à qui appartient l’art ? À celui qui le réalise, à l’acheteur, au propriétaire des murs sur lequel s’étalent fresques ou dessins ? Quelle est la durée de vie d’une œuvre, quand comme c’est ici le cas elle est réalisée sur un mur d’une ville qu’elle quelle soit ?

Banksy bouleverse l’art et les principes établis, change la donne de la propriété intellectuelle et artistique pour un réveil évident des consciences et du sens de la protection de l’œuvre artistique. Le graphisme particulièrement sombre m’a un peu gênée. Couleurs foncées et papier mat renforcent l’impression que l’on a du besoin d’anonymat de Banksy. Mais après tout c’est aussi le reflet de l’univers de Banksy, la nuit, l’anonymat, l’interdit, la non reconnaissance de l’artiste et du lien indéfectible qui le relie à son œuvre.

Une autre façon d’envisager l’art ? A l’ère des métavers et de la numérisation qui s’invite y compris dans le travail artistique, rien ne nous surprend plus. Alors si vous lisez cet intéressant roman graphique vous ne saurez pas plus qui est Bansky, mais au moins vous aurez pénétré son univers et compris en partie sa philosophie.

Catalogue éditeur : Hugo

Banksy et le street art sont au cœur de l’aventure vécue par deux jeunes gens, un tagueur amateur et une Youtubeuse, arrêtés par la police pour vandalisme. Leur punition : nettoyer les graffitis de Londres. C’est l’occasion pour eux de remonter l’histoire de ce mouvement et de sa plus célèbre incarnation, Banksy, et d’analyser les œuvres les plus marquantes de l’artiste (Girl With Balloon, Love in the Air, Can’t Beat That Feeling, The Kissing Coppers…).

Parution 15/09/2022 / ISBN papier : 9782755699708 / prix :19,95 €

Keith Haring, Le Street art ou la vie, Paolo Parisi

« Quand je serais grand je voudrais être un artiste en France, parce que j’aime bien dessiner »

Keith Haring est né le 4 mai 1958 à Reading, il décède du sida à l’âge de 31 ans le 16 février 1990, de cette terrible maladie alors trop méconnue et si longtemps injustement cataloguée et cantonnée au milieu homosexuel.

Il y a quelques années, la Tour Keith Haring, une grande fresque qu’il avait dessinée à l’hôpital Necker de Paris pour illuminer la vie des enfants malades a été rénovée. Je l’avais découverte à cette occasion. Mais bien sûr qui ne connaît pas ses personnages et surtout son « radiant baby » aussi célèbre que copié. Uniclo a d’ailleurs fait quelques belles reproductions de ses personnages colorés sur des vêtements destinés à tous les âges.

De la même génération que Jean Michel Basquiat, dans la mouvance d’Andy Warhol et des artistes des années 80, qui était réellement Keith Haring et d’où venait il ? Issu d’une famille de Pennsylvanie, frère aîné de trois sœurs, le jeune Keith a eu très tôt la frénésie de dessiner encore et encore, sur tous les supports, à tout moment.

L’ennui étant l’animation la plus répandue dans son village, on comprend vite que l’enfant, puis l’adolescent, a cherché dans l’art un échappatoire et un moyen de développer sa créativité naissante. Avec une seule idée en tête, devenir un artiste. C’est un adolescent qui se cherche et qui va trouver dans la religion, puis dans la drogue, mais surtout dans l’art qu’il explore sous toute ses formes et avec la plus grande diversité de matériaux, un moyen de s’épanouir. Arrivé à New-York en 1978, il développe sa créativité, et prend pleinement conscience de son homosexualité.

Le roman graphique de Paolo Parisi nous explique son parcours, ses rencontres, sa passion pour l’art quels que soient les supports sur lesquels il s’exprime. Métro, fresques géantes, graffitis, toiles, performances, tout est adapté à l’expression, au langage, au message qu’il veut faire passer. Et que celui-ci parle au plus grand nombre possible de spectateurs. Les années noires des nombreux décès du sida sont bien montrées, ce cataclysme qui frappe la jeunesse et les artistes des années 80. Les couleurs flashies à dominante rose, jaune et bleu restituent l’univers à la fois singulier et emblématique de l’œuvre de Keith Haring.

Catalogue éditeur : Hugo et Cie

Le premier roman graphique consacré au petit génie du street art

Paolo Parisi / 15/09/2022 / ISBN papier : 9782755699715 / 19,95 €

Céleste : Bien sûr, monsieur Proust, Chloé Cruchaudet

A la recherche de Céleste, celle qui a accompagné Marcel Proust pendant huit ans

Pendant huit ans, Céleste Albaret a accompagné Marcel Proust dans quasiment toutes les phases de sa vie, de la création et de la maladie.
Celui qui a passé tant de journées dans son lit, se levant vers 16h pour passer les nuits au Ritz ou dans d’autres lieux de plaisir, a tout exigé de cette femme qui ne savait rien faire, sauf peut être qu’elle s’adresse à lui à la troisième personne.

La jeune épouse a passé de longues journées à attendre un coup de sonnette qui lui demande de lui apporter un café, ou simplement de l’écouter, l’accompagner, d’aller porter des paquets de feuilles chez ses éditeurs, d’accueillir les visiteurs, d’écouter les doléances, de répondre au téléphone et enfin, de coller les corrections, ces multitudes de petits papiers qui rendaient fous ses éditeurs et que l’on a pu voir lors de l’expo consacrée à l’écrivain au musée Carnavalet ou à la galerie Gallimard à Paris.

J’ai aimé le graphisme utilisé par l’autrice, et ces couleurs pastels dans les tonalités de vert, mauve, noir sont tout à fait surannées mais parfaitement bien adaptées à l’histoire qui nous est contée.

Tout sa vie, Céleste a vécu avec le souvenir de sa rencontre avec Marcel Proust. Elle a accepté de l’évoquer vers la fin de sa vie, lors d’entretiens enregistrés qui permettent de mieux cerner la personnalité de l’écrivain et la relation étrange qui l’a lié à Céleste.

Catalogue éditeur : Delcourt Soleil

À l’occasion du centenaire de la mort de Marcel Proust, ce diptyque, signé Chloé Cruchaudet, repose sur une structure en miroir et s’intéresse au lien qui unit Céleste Albaret et l’écrivain de génie.
Grâce à de multiples sources, Chloé Cruchaudet tisse le portrait dévoué et passionné de Céleste Albaret, gouvernante et parfois secrétaire de Marcel Proust jusqu’à sa mort, en 1922. Elle révèle leur lien, l’écrivain sous toutes ses aspérités, l’atmosphère d’une époque et les dessous de la construction d’une fiction. Monde réel et monde fantomatique s’entremêlent pour nourrir ce sublime diptyque.

scénariste, Illustrateur, coloriste Chloé Cruchaudet

Collection Noctambule bd / EAN 9782302095700 / Nombre de pages 116 / 18€95 / Paru le  15 Juin 2022 / Prix RTL Juin 2022

Je suis le carnet de Dora Maar, Brigitte Benkemoun

Suivre Dora Maar, la femme, l’amante, la muse, l’artiste, La femme qui pleure

Depuis le temps que j’avais envie de le lire, je trouve la démarche, le hasard, les recherches fascinants.

Photographe, peintre, muse de Pablo Picasso, Dora Maar est une femme qui a évolué dans le cercle des artistes, surréalistes, intellectuels des années 50. Alors trouver dans un étui acheté par correspondance le carnet d’adresses de Dora Maar, ou même seulement imaginer que cela soit possible est une véritable gageure. C’est pourtant ce qui est arrivé à l’autrice qui a eu la bonne idée, lorsqu’elle est tombée sur des adresses toutes plus incroyables les unes que les autres, de poursuivre ses recherches.

En partant de ces numéros de téléphone et de ces adresses elle remonte le fil de la vie de Henriette Théodore Markovitch, née en novembre 1907 à Paris. Muse du peintre le plus emblématique du XXe. Belle intelligente farouche volontaire hautaine entière volcanique coléreuse exaltée orgueilleuse digne cultivée snob… Les qualificatifs ne manquent pas pour l’évoquer. Et cependant, qui peut se targuer de dire qu’à part citer le si célèbre tableau de Picasso, la femme qui pleure, il ou elle connaît le personnage, sa vie, sa carrière.
Cocteau, Chagall, Giacometti, Balthus, Breton, Lacan, Éluard…
vétérinaire, plombier, architecte…
Et Picasso, à qui elle donne sa vie, son amour, qui lui vaudra sa défaite et sa légende.

Ce que j’ai aimé ?

Embarquer dans ce carnet, parcourir les adresses, retrouver les numéros et les noms parfois oubliés, suivre un parcours de vie, celui de Dora Maar, la femme, l’amante, la muse, l’artiste, la désespérée.

J’ai aimé que le cheminement ne soit pas simplement guidé par un ordre alphabétique ou qu’il se concentre seulement sur des noms connus, mais que s’y mêlent aussi ceux qui ont côtoyée Dora Maar dans sa vie de tous les jours, qui ont vécu eux à son époque. De plus je suis une inconditionnelle de Picasso. J’aime lire tout ce qui m’en apprend un peu plus sur cet homme qui a brisé plus d’un cœur, mais qui a marqué sont époque par son art et sa créativité. J’ai passé un excellent moment de lecture.

Catalogue éditeur : Stock, Le Livre de Poche

Il était resté glissé dans la poche intérieure du vieil étui en cuir acheté sur Internet. Un tout petit répertoire, comme ceux vendus avec les recharges annuelles des agendas, daté de 1951.
A : Aragon. B : Breton, Brassaï, Balthus… J’ai feuilleté avec sidération ces pages un peu jaunies. C : Cocteau, Chagall… E : Éluard… G : Giacometti… Chaque fois, leur numéro de téléphone, souvent une adresse. Vingt pages où s’alignent les plus grands artistes de l’après-guerre. Qui pouvait bien connaître et frayer parmi ces génies du XXe siècle ?
Il m’a fallu trois mois pour savoir que j’avais en main le carnet de Dora Maar.
Il m’a fallu deux ans pour faire parler ce répertoire, comprendre la place de chacun dans sa vie et son carnet d’adresses, et approcher le mystère et les secrets de la « femme qui pleure ». Dora Maar, la grande photographe qui se donne à Picasso, puis, détruite par la passion, la peintre recluse qui s’abandonne à Dieu.

7,70€ / 288 pages / Date de parution : 10/11/2021 / EAN : 9782253820444

Georges Brassens Militant anarchiste, Frédéric Bories

Le livre de Frédéric Bories se focalise sur les années 1946 à 1948, période pendant laquelle Georges Brassens s’est tourné vers l’anarchisme, une façon de penser que l’on retrouvera en filigrane de son œuvre. Mais des convictions et un engagement qui, s’ils les garde toute sa vie, ne sont pas soumis à l’appartenance à un parti ou un journal.

C’est par une enquête fouillée, à base de documents d’archive en particulier, que l’auteur réussi à montrer cet attrait pour l’anarchie que finalement l’artiste gardera toute sa vie.

Issu d’un milieu pauvre, Brassens a cherché toute sa vie à lire, comprendre l’autre, il s’est tourné vers la littérature, la philosophie, avec un sens de l’humain qui se sent dans chacun de ses textes.

S’il a été secrétaire de rédaction du Libertaire, l’organe de la fédération anarchiste, dans lequel il a croisé ses contemporains Léo Ferré, André Breton ou encore Albert Camus, s’il a arpenté les meetings des mouvements libertaires et antimilitaristes de l’époque, Brassens n’accepte aucune forme d’autorité. C’est donc à travers une anarchie individuelle qu’il montre son attrait pour cette façon de penser. Par son refus de l’autorité, son respect de l’humain, de l’autre, son amour inconditionnel pour la langue française qu’il a manié toute sa vie avec justesse, pesant chaque mot, chaque phrase, et les mettant en musique. Ces notes de musique travaillées et pensées comme un exhausteur de saveur, pour nous en faire apprécier le sens.

À travers cette période précise de la vie de Brassens c’est aussi l’histoire du mouvement anarchiste de l’immédiat après-guerre que Frédéric Bories nous raconte là. Il faut dire qu’il est enseignant et un des archivistes du Centre International de Recherches sur l’Anarchisme de Marseille.

Catalogue éditeur : Les mots et le reste

Si les croquants et croquantes de la France entière ont chanté à tue-tête les textes d’un des plus célèbres chanteurs français, peu d’entre eux connaissent son implication au sein du mouvement anarchiste entre 1946 et 1948. Souvent éludée par les biographes, cette parenthèse politique et littéraire a pourtant façonné son être et conditionné toute son oeuvre. Avant de trimbaler sa pudeur sur les planches des salles de concert, Brassens, qui voulait être poète, a passé la guerre et les années qui suivirent à dévorer les oeuvres de Baudelaire, La Fontaine, Gide, ou Anouilh avant de découvrir François Villon, Proudhon ou Bakounine, dont les idées antiétatiques, antimilitaristes, et leur désir d’égalité sociale, lui seyaient tout à fait. En découla une carrière journalistique prolifique pour Le Libertaire, organe de la Fédération anarchiste dont il devint le secrétaire de rédaction. Frédéric Bories est né et vit à Marseille. Enseignant, il est également archiviste au sein du Cira Marseille (Centre International de Recherches sur l’Anarchisme).

Parution : 20/01/2022 / ISBN : 9782361399528 / 192 pages / 17.00 €

Belle Greene, Alexandra Lapierre

Découvrir l’incroyable bibliothécaire de la Morgan Librairy de New-York

En 1900, dans une Amérique profondément raciste et ségrégationniste, une seule goutte de sang noir suffisait à faire de vous un paria au même titre que pour tous les Afro-américain du pays. Si vous n’aviez pas la bonne couleur de peau, et qu’importe d’ailleurs si vous étiez aussi blanc qu’un blanc, vous étiez soumis aux lois iniques, Jim Crow, règle de l’unique goutte de sang, divisant la population entre white or colored.
C’est dans ces conditions que la jeune Belle Greener décide, avec toute sa famille alors abandonnée par le père, de transgresser les lois et de faire leur « passing » c’est-à-dire de franchir la frontière invisible mais quasiment infranchissable qui faisait d’eux des blancs.

Belle devient alors une « da Costa Greene » descendante d’une hypothétique famille sud-américaine légèrement typée. Elle qui adore les livres va réussir ses études de bibliothécaire et entrer dans la très prestigieuse famille J. P. Morgan pour s’occuper de la bibliothèque et des collections de John Pierpont.

Toute sa vie sera consacrée aux livres rares, devenant cette grande spécialiste qui a su se faire une place parmi les marchands internationaux et les spécialistes reconnus de par le monde.

Un roman et un destin fabuleux, celui d’une héroïne qui a tout osé pour vivre sa passion. Une femme moderne, forte, énergique et insoumise, ambitieuse, amoureuse, au caractère bien trempé qui dénotait auprès de ses contemporains. Critiquée, aimée, adulée, vilipendée, celle qui s’est imposée comme la directrice incontournable de la Morgan Librairy de New-York est un personnage romanesque à découvrir sans faute.

Vous l’aurez compris j’ai adoré Belle, et j’ai aimé arpenter grâce à Alexandra Lapierre les salles de la Morgan Librairy que j’avais tant apprécié lors de ma visite à New-York. Enfin, mieux comprendre la passion pour les livres anciens. Et retrouver quelques unes de mes photos à la Morgan Librairy, en particulier ces livres en cage qui sont justement la photo que j’ai choisie pour être le bandeau du blog.

Catalogue éditeur : Pocket, Flammarion

« En 1900, au cœur d’une Amérique puritaine et ségrégationniste, elle fume, boit, choisit ses
amants et réussit une carrière dont aucune autre femme de sa génération ne pouvait rêver. Elle est d’une modernité inouïe ! Et toute sa vie est bâtie sur un mensonge explosif… »

Date de parution : 06/01/2022 / 9.50 € /EAN : 9782266311090 / pages : 624

Tous tes amis sont là, Alain Dulot

Paul Verlaine, les derniers jours d’un poète maudit

En titre, la célèbre phrase d’Eugénie Krantz aux obsèques de Paul Verlaine (né à Metz en Moselle le 30 mars 1844 et mort à Paris le 8 janvier 1896), ces six mots pour l’histoire, nous montre clairement le sujet du roman d’Alain Dulot. C’est une période très particulière que l’auteur a choisi de nous raconter à travers les obsèques, la vie et la mort d’un poète incontournable de la littérature française.

Celui qui a découvert le jeune Rimbaud, qui a largement préféré son verre d’absinthe à toute vie rangée, qui a tout demandé à sa mère, la seule qui le suivra jusqu’au bout de ses folies sans jamais l’abandonner. Il est d’ailleurs très souvent dur, et même violent avec cette mère avec qui il entretient une relation difficile jusqu’à sa mort.

Verlaine est l’homme d’un mariage raté. Il épouse en 1870 Mathilde Mauté, de cette union naîtra Georges, un fils qu’il connaît peu.

Lorsqu’il rencontre Arthur Rimbaud en septembre 1871, il aime d’amour à la fois la jeunesse, la poésie et l’homme qui se dévoilent à lui. La relation amoureuse causera la fin de son mariage, une relation scandaleuse et violente. Ils partiront en Belgique, mais d’un coup de revolver, Verlaine blesse Arthur Rimbaud, son époux infernal au poignet. Il sera jugé puis condamné à passer deux années en prison. Dans la solitude de sa cellule, il écrit des poèmes et va renouer avec la religion catholique qu’il avait largement mis de côté.

Après leur séparation, il rencontre le jeune Lucien Letinois, et voit en lui le fils qu’il n’a pas su élever, l’ami de cœur sans doute aussi. Ils seront d’abord enseignants en Angleterre, puis agriculteurs dans la ferme achetée avec l’argent de sa mère. Mais l’affaire périclite bientôt et ils rentrent à Paris. Lucien décède, Verlaine lui consacre de nombreux poèmes.

Malgré tout son talent, malgré les amis poètes, les subsides versées par l’état ou par ceux qui le soutiennent encore, le génial prince des poètes qui est aussi un homme alcoolique et violent décède d’une pneumonie aux côtés d’Eugénie Krantz le 8 janvier 1896, à 51 ans. Il est inhumé au cimetière des Batignolles. Je dois avouer que l’auteur m’a donné envie d’aller voir sa tombe.

Ce que j’ai aimé ?

Difficile de parler du poète, de son œuvre et en même temps de sa vie. J’ai aimé le parti pris d’Alain Duflot et cette façon iconoclaste qu’il a de faire revivre le poète au seuil de sa mort, de dire la vérité sur les amours, les écarts, la violence, l’alcoolisme, la relation à la mère et aux femmes en général. C’est à la fois respectueux du talent de l’artiste, et factuel et sincère quand il évoque les écarts, mais aussi les amis qui l’ont toujours accompagné, soutenu, aidé, tout au long de cette vie pour le moins dissolue. Le lecteur découvre à travers ces lignes quelque moments emblématiques de la vie de Paul Verlaine. Et de constater que les grandes funérailles nationales des artiste qui marquent les français ne sont pas uniquement des manifestations récentes, pour preuve, celle-ci ou celle de Victor Hugo. On se souviendra à cette occasion du crayon posé sur le cercueil de Jean d’Ormesson par le président et de la phrase qui accompagne le geste.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Le 8 janvier 1896, au 39 de la rue Descartes, Paul Verlaine s’éteint, à l’âge de cinquante et un ans. Le 10 janvier au matin, la foule est dense dans le quartier Mouffetard : proches et curieux, rosettes de la Légion d’honneur et guenilles trouées, vieilles barbes et jeunes moustaches, gens de peu et hauts de forme s’écartent pour laisser passer le corbillard. Alain Dulot se joint au cortège pour suivre la dépouille jusqu’au cimetière des Batignolles en s’adressant au prince des poètes. Il évoque sa mère Élisa, ses amis, la société littéraire qui l’entoure, ses amours tumultueuses – avec Mathilde Mauté, Arthur Rimbaud, Philomène Boudin et Eugénie Krantz – teintées de sa faiblesse pour l’absinthe. Et sa passion sans faille pour la poésie, des tavernes à l’hospice, de la prison aux cabarets, jusque sur son lit de mort.

Paru le 13/01/2022 / 176 pages – 140 x 205 mm / ISBN : 9791037109989 / 16,00€