Radioactive, Lauren Redniss

L’histoire revisitée de Pierre et Marie Curie, une histoire de passion amoureuse et d’amour pour la science

C’est le roman graphique qui a inspiré le film éponyme de Marjane Astrapi sorti en salles juste avant le confinement.

En 1891, Marie Skłodowska a 24 ans. Elle quitte Varsovie pour Paris. Là elle vient travailler dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Rapidement les relations de travail se font complicité puis intimité. Ce sera une véritable passion amoureuse, mais aussi une passion inassouvie pour la science et la recherche. Ensemble, ils vont faire cette découverte majeure qui va changer le sort de l’humanité, avec la radiothérapie, le traitement du cancer mais aussi le développement du nucléaire.

Radioactive présente cette relation magnifique entre deux scientifiques hors du commun, mais aussi leurs familles, les filles, le gendre, une lignée de chercheurs au service de la France.Et l’auteur développe également les apports de leurs inventions à la science, et les développements qu’ils ont induits par la suite. Rien n’est figé dans leur époque, mais tout y est superbement restitué, les prix Nobel, les récompenses, les différents apport de leurs recherches, le décès de Pierre, le chagrin de Marie puis la maladie consécutive à de longues et dramatiques expositions au radium tout au long de leurs vies, à une époque où l’on n’avait dans doute pas pris la mesure du danger encouru. Et l’évolution de la recherche jusqu’à aujourd’hui.

Ce roman graphique est superbe, l’histoire a la fois passionnante et les protagonistes tellement humainement attachants. Mais c’est aussi un magnifique objet. Le papier utilisé d’abord, le grain, les aspects lisses et le velouté granité que l’on sent sous les doigts en tournant les pages, la mise en page et les couleurs choisies, dans le spectre chromatique que l’on imagine autour du polonium ou du radium, et qui change en fonction des périodes ou des sujets abordés sur les pages, des vert, jaune, bleu, pour dire aussi la vie, la tristesse, l’exaltation et le bonheur, le chagrin et le désespoir.

Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors #tousenlibrairie pour vous le procurer !

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

En 1891, Marie Sklodowska, âgée de 24 ans, déménage de Varsovie à Paris où elle trouve du travail dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Cette rencontre inoubliable, marquée par la passion amoureuse et celle de la science des molécules, va influencer également l’histoire de l’humanité. Au point de leur apporter une renommée mondiale et d’annoncer une nouvelle ère scientifique : l’ère nucléaire.

Carine CHICHEREAU (Traducteur)

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782265154926 / Pages : 208 / Format : 202 x 279 mm / Prix : 24,50€

Azur noir, Alain Blottière

D’une époque à l’autre, revivre la passion de Verlaine pour Arthur Rimbaud à travers le regard de Léo

En cet été caniculaire Léo, dix-sept ans, a décidé de passer ses vacances au 14 de la rue Nicolet à Paris, dans le nouvel appartement où il vient d’aménager avec sa mère. Celle-ci est partie en Finlande sans lui.

Resté seul, il a de plus en plus de crises pendant lesquelles il perd la vue par intermittence, pour des durées plus ou moins longues. Pourtant il « voit » vivre près de lui Verlaine et Rimbaud, les poètes qui se sont rencontrés dans cet appartement de Montmartre 150 ans plus tôt. Adolescent fragile au regard aussi clair qu’Arthur Rimbaud, Léo nous fait revivre par ses visions les heures intenses de la rencontre des deux poètes.

L’Absinthe coule à flot dans les cafés où les poètes déclament leurs vers et se retrouvent. Rimbaud y fait la connaissance des écrivains et poètes de son époque, mais il faut bien reconnaître que les seuls noms parvenus jusqu’à nous sont bien ceux de Verlaine et Rimbaud, que Léo voit évoluer dans le Paris de 1871. A chaque coin de rue autant que dans sa chambre, Léo vit avec eux les moments forts de leur rencontre, de leur amour, de leur passion pour la poésie et de leur créativité inégalement reconnue.

Paul Verlaine, le plus âgé, est déjà marié. Il comprend immédiatement que ce jeune poète d’à peine dix-sept ans qui arrive tout juste de Charleville est pétri de talent. Malgré leur écart d’âge et leur différence sociale, la fusion des deux hommes est aussi immédiate que leur difficulté à vivre ensemble. Mais cette vie hors de toutes convenances ne plait pas à tous, en particulier à Mathilde, la femme de Verlaine et à sa belle-famille.

Alain Blottière sait se couler dans la vie de Léo, adolescent fragile d’aujourd’hui aussi bien que dans celles des poètes maudits. La fragilité de l’adolescence, cette période de la vie si compliquée est ici très bien appréhendée à travers le mal de vivre d’Arthur et de Léo, chacun à son époque. L’alternance entre la réalité de cet été caniculaire hors du temps, et ces rencontres aussi réelles que fantasmées avec les hommes du passé se fait de façon tout à fait fluide, comme une évidence qui à aucun moment ne perd le lecteur. Le parallèle est parfait entre Léo et Arthur, la similitude de leur mal être, l’attrait pour la poésie et l’amour de l’écriture, chacun faisant fi des conventions avec une facilité déconcertante.

Vous aimez Paris en été, la poésie de Verlaine et la folie d’Arthur Rimbaud ? Lisez donc Azur noir, ce roman sensible et poétique est pour vous.

Catalogue éditeur : Gallimard

«Il vit Rimbaud retirer sa veste et la tenir à l’épaule, prendre la rue de Strasbourg puis s’engager dans le boulevard de Magenta vers le nord. Cette fois, il lui semblait certainement que Paris déjà lui appartenait et qu’il n’allait plus jamais en repartir. Verlaine avait été empêché, devait-il penser, et l’attendait chez lui. Il lui avait donné son adresse, rue Nicolet, à Montmartre, tout près de la gare.»
Léo vient d’emménager avec sa mère à Montmartre, à l’endroit même où Verlaine et Rimbaud se sont rencontrés et aimés cent cinquante ans plus tôt. Durant un été caniculaire de «fin du monde», alors qu’il croit devenir aveugle, le garçon voit renaître le Paris des deux poètes et en fait son ultime refuge.

160 pages, 140 x 205 mm  / ISBN : 9782072879333 / Parution : 09-01-2020

Simone Veil ou la force d’une femme, Cojean, Bétaucourt, Oburie

Simone Veil, une femme de combats et de convictions

Annick Cojean, grand reporter au Monde, a eu le bonheur rare de rencontrer Simone Veil à différents moments tout au long de sa carrière. Difficile alors de trouver quelqu’un de mieux placé qu’elle pour participer à l’écriture de ce roman graphique en hommage à la force d’une femme au nom quasi mythique.

A la fois factuel et humain, aussi réaliste que parfois admiratif, le portrait est juste et sobre. On y retrouve Simone, née à Nice en 1927. Puis on la suit pendant les années de guerre, la déportation, la solidarité des trois femmes, la mère et ses deux filles. Celle qui était trop jolie pour mourir ne se remettra jamais vraiment du décès de sa mère un mois avant la libération des camps, un deuil comme une plaie ouverte qui ne se refermera jamais totalement. A la libération, avec un tatouage sur le bras, mais dans le silence sur le vécu trop lourd à exprimer, c’est le retour à Paris. Les études, la rencontre avec Antoine, le mariage et leurs quatre enfants. Elle devra abandonner son rêve d’exercer le métier d’avocate pour entreprendre un métier accepté par son mari (chose courante à l’époque, déjà bien qu’il accepte qu’elle travaille !).

Elle vivra des expériences professionnelles différentes, à la direction de l’administration pénitentiaire, puis à la direction des affaires civiles auprès du Garde des Sceaux, au ministère de la justice. Partie prenante essentielle dans l’adoption de la loi sur l’IVG voulu par Giscard d’Estaing en 1974, elle devra supporter stoïquement les insultes et les propos humiliants et grossiers dont elle fait l’objet. Elle part ensuite à la tête du Parlement européen, puis fera son retour comme ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville en 1993. Enfin, elle entre à l’académie française, élue au premier tour en 2008.

Décédée en 20017, Simone Veil a rejoint les grands Hommes du Panthéon, accompagnée dans cette dernière et honorifique demeure par Antoine, l’époux d’une vie.

Cette femme magnifique à la forte personnalité, très combative, a toujours défendu les femmes, leur droit au travail, à une certaine autonomie à la fois financière et professionnelle. Rescapée des camps, épouse et mère, féministe brillante, totalement engagée, ayant une forte exigence morale, Simone Veil a marqué durablement son époque.

Penser à elle, c’est aussi se souvenir, pour ne jamais oublier que rien n’est jamais définitivement gagné, pas même la liberté.

Les différentes années de la vie de Simone Veil s’entendent facilement ici grâce au graphisme fait d’une alternance de tons pastels, jaune, bleu ou gris. Dommage il n’y a pas le vert de ses yeux, mais l’on est très bien projeté d’une temporalité à l’autre. Cela manque peut-être d’un peu de dynamisme, après tout, cette femme s’est battue et a porté haut ses convictions, on aurait pu les imaginer avec parfois un peu plus de luminosité, mais cela passe très bien malgré tout.

Catalogue éditeur : éditions Steinkis & Plon

Un récit intimiste et émouvant sur deux grandes femmes.
Par Annick Cojean, Xavier Bétaucourt, Étienne Oburie

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Elle signe un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Date de parution 28 Mai 2020 / ISBN 9782368462584 / Pages 112 / Prix 18€

Piscine Molitor, Cailleaux et Bourhis

Boris Vian écrivain et musicien, une vie d’artiste

Comment retranscrire en aussi peu de pages la vie multiforme, foisonnante et créatrice de Bison Ravi, cet artiste hors-normes qu’était Boris Vian. Cailleaux pour le dessin et Bourhis pour les textes s’y sont essayé avec talent dans cette BD rééditée à l’occasion du centenaire de Boris Vian.

Dans cette piscine Molitor, Boris Vian se souvient. De l’enfance dans le Cotentin à la faillite familiale à Ville d’Arvray, le changement de vie et de standing est violent lorsque le père doit aller travailler. Puis de ses études brillantes, du travail d’ingénieur au service normalisation de l’AFNOR qui s’il ne paie pas assez lui laisse malgré tout le temps d’écrire des romans. Il y a peu de planches pour parler de sa famille, le frère, les parents, puis sa femme Michèle, son fils, sa fille n’est même pas évoquée. Enfin, on aperçoit Ursula, la dernière compagne.

On le retrouve avec ses failles et ses blessures, son talent et sa créativité sans limite, sa sensibilité et ses angoisses, sa poésie et son inventivité.

Sont bien évoquées les rencontres avec les artistes de son temps, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco ou même Gainsbourg, et surtout sa passion pour le jazz et la musique, pour sa trompinette dont il jouera sans relâche, en sachant pertinemment que c’était au risque d’en mourir, mais aurait-il pu vivre autrement ?

Il avait le cœur malade et a toujours vécu avec ce handicap.  C’est bien son cœur qui le lâchera pendant l’avant-première du film inspiré du roman éponyme J’irai cracher sur vos tombes. Boris Vian meurt à 39 ans en nous laissant une œuvre multiforme, foisonnante, inspirée et magnifique. Qu’il soit Boris Vian, Vernon Sullivan, Bison Ravi, ou le soi-disant traducteur de sa propre œuvre, il aura vécu jusqu’au bout cette vie qui est vraie, puisqu’il l’a imaginée d’un bout à l’autre.

Indiscutablement il faut faire des choix et parfois j’aurais aimé y découvrir un peu plus de choses, mais l’ensemble reste malgré tout très convaincant. Même si il me semble que cela peut être parfois incompréhensible ou restrictif pour qui ne connaitrait pas déjà en grande partie la vie de Vian.

A propos de Boris Vian, et pour avoir cette fois une connaissance absolument exhaustive de sa vie et son œuvre, on ne manquera pas de lire l’excellent Boris Vian, le sourire créateur, de Valère-Marie Marchand.

Catalogue éditeur : Dupuis Collection : Aire Libre

Cette histoire est totalement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. Boris Vian

Boris Vian était cardiaque ; il considérait que nager en apnée était bon pour son cœur. Pourtant, ce matin du 23 juin 1959, au bord de la Piscine Molitor, il lui reste seulement quelques heures à vivre avant de succomber à une crise cardiaque pendant la projection du film adapté de son roman « J’irai cracher sur vos tombes ».

Hervé Bourhis raconte les derniers instants de ce créateur protéiforme, plongeant dans son passé au plus profond de ses doutes, de ses passions, de ses amours, de ses joies. Les personnages secondaires de cette histoire ont pour noms : Jacques Prévert, Yéhudi Menuhin, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco, Simone de Beauvoir…
Avec élégance et sensibilité, le dessin de Christian Cailleaux restitue ici trente-neuf années d’une vie fascinante.

Réédition à l’occasion des célébrations autour du centenaire de Boris Vian.
Tirage limité à 1500 exemplaires avec dossier complémentaire de 16 pages et jaquette.

Paru le 13/03/2020 / Age du lectorat : 15+ / 88 pages / ISBN: 9791034750405 / Prix : 19.90€

Deuils, Eduardo Halfon

Le récit émouvant et parfois drôle d’une quête intime autour d’un secret de famille

Au Guatemala, le petit Salomón est mort noyé dans le lac d’Amatitlán à l’âge de cinq ans.  Enfin, c’est ce que raconte la légende familiale, mais est-ce exact ?

Salomón était le frère ainé du père d’Eduardo…. Il porte un prénom transmis de génération en génération et présent dans les familles des deux grands-pères, l’un juif arrivant de Pologne, l’autre du Liban. Mais depuis sa mort mystérieuse, il n’y a plus personne pour perpétuer ce prénom. Alors le narrateur cherche dans ses souvenirs à quel moment et en quels termes on a lui parlé de cet oncle disparu trop tôt. Et surtout à faire affleurer à sa conscience tous les non-dits, tous les secrets, les mystères qui entourent ce décès.

Les souvenirs défilent, ceux de l’enfance, ceux plus flous des conversations entre adultes écoutées  en cachette, ces mots devinés, extrapolés, impliquant des situations biaisées, des histoires que se racontent les enfants quand on ne leur dit pas simplement la vérité.

Mais la recherche de Salomón n’est-elle pas avant tout prétexte à revisiter tous les lieux où ont vécu les différents membres de cette famille rescapée de l’holocauste, et à tenter de comprendre pourquoi un silence aussi pesant entoure cette mort accidentelle.

De la Pologne au Guatemala puis de Miami à New York, un récit comme une quête intime. Courir après les mots enfouis dans les souvenirs de l’enfant, à la recherche de l’oncle ou de sa propre vie. Écrire pour mieux se connaitre. Chercher dans les racines pour comprendre d’où l’on vient. Refaire le voyage depuis l’enfer des camps jusqu’aux États-Unis. Communier avec cette famille d’exilés. Une écriture concise toute en sobriété rend le récit dynamique et vivant, émouvant et parfois drôle,  malgré les douleurs ainsi révélées. Le lecteur voyage dans les souvenirs et au fil des escales peut enfin comprendre les sentiments du narrateur.

Citation :

Mon père m’expliqua qu’en hébreu il existe un mot pour qualifier une femme qui a perdu son enfant. Peut-être parce que cette douleur est si grande et si spécifique qu’elle a besoin d’avoir son propre mot. Sh’Khol, c’est comme ça qu’on dit en hébreu, me confia-t-il.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : La Table Ronde et Le livre de Poche

Il s’appelait Salomón. Il est mort à l’âge de cinq ans, noyé dans le lac d’Amatitlán. C’est ce qu’on me racontait, enfant, au Guatemala.

Le narrateur éponyme d’Eduardo Halfon voyage au Guatemala à la recherche de secrets qui le hantent. Il tente de démêler le vrai du faux parmi les histoires contradictoires et interdites de la famille de son père. Et plus particulièrement l’histoire de son oncle Salomón qui s’était noyé, enfant, dans le lac Amatitlán. De quoi Salomón est-il vraiment mort ? Plus il avance, plus le narrateur comprend que la vérité réside dans son propre passé enfoui, dans la brutalité du Guatemala des années 1970 et son exil en Floride.

Un roman profond et émouvant, qui appuie la réputation de son auteur, un de ces écrivains qui savent dire beaucoup en peu de mots.

Prix : 6,70€ / 128 pages / Date de parution : 15/01/2020 / EAN : 9782253237730

Sam Rykiel, Nathalie Rykiel

Dans la famille Rykiel, je demande le père…

J’ai découvert l’auteur en 2017 avec Écoute moi bien ce livre dont je vous en avais parlé ici qui évoquait une relation quasi fusionnelle avec sa mère Sonia Rykiel,.

Aujourd’hui je découvre ce roman-récit le retour intimiste et émouvant d’une fille qui évoque sa relation manquée avec ce père absent et exigeant qui n’a pas su lui donner l’attention ni l’amour espérés. Il aura fallu quarante-quatre ans, et sans doute la fin de la belle histoire de la marque Sonia Rykiel, pour que Nathalie arrive enfin à mettre sur le papier cette relation étrange avec le père.

Sam Rykiel est amoureux fou de sa femme Sonia, un amour qui durera bien après leur divorce. Quand Sonia le quitte, il abandonne son métier dans le prêt à porter et s’occupe intensément de son fils devenu aveugle à la naissance. Comment imaginer alors qu’il lui reste du temps et de l’énergie pour une fille en attente d’affection et de reconnaissance.

Sam Rykiel est le fils d’une famille d’émigrés polonais installée à Paris et qui travaillent déjà dans la couture. Sam est un homme brillant, intelligent, il aime apprendre. C’est lui qui lance Sonia et pose les bases concrètes et solides du magasin, de la marque qui est dans un premier temps Sonia Rykiel pour Laura (le magasin de Sam). Elle est rebelle et belle, libre et fantasque, elle a une âme de créatrice, inspiratrice d’une nouvelle façon de vivre. Elle imagine une ligne de pulls dans lesquels les femmes sont plus légères, moins prisonnières de certains carcans. Lorsqu’elle le quitte quelques années plus tard il accepte qu’elle garde son nom, devenu celui de sa marque de prêt à porter. Il meurt à 48 ans d’une rupture d’anévrisme.

Ce n’est pas seulement un livre sur Sam, Nathalie y évoque sa relation avec son père, ses attentes jamais comblées, le manque et toutes ces questions à jamais sans réponse. Un lire sur l’amour qui est là mais qu’on ne dit pas, que l’on ne sait pas toujours donner et que l’on attend pourtant.
C’est à la fois émouvant, bouleversant, intime et universel.

Catalogue éditeur : Stock

Ce n’est pas un livre sur mon père. Ce serait plutôt un livre sur le temps qu’il m’aura fallu pour parler de mon père.

Beaucoup de temps. Peut-être une vie entière pour aborder enfin Sam Rykiel, l’homme qui donne son nom à sa femme Sonia, à ses enfants, dont Nathalie, et à une marque naissante, moderne, féminine, dont personne ne sait ce qu’elle doit à la partie masculine du couple Rykiel. (…)
Ce livre est écrit au nom du nom du père.  Dire d’où vient ce nom, Rykiel, le lui restituer, dire aussi  les blessures  d’un père manqué… C’est une enquête par subtiles touches, par surprises. Les étapes de la découverte d’un inconnu, d’un destin jeté dans l’ombre, d’un homme qui pose soudain au premier plan, et c’est le plus beau, le plus surprenant livre de Nathalie Rykiel : Du côté de chez Sam.

Nathalie Rykiel, fille de Sonia, a dirigé le groupe de mode du même nom de 1995 à 2012. Depuis quelques années, Nathalie affirme sa voix singulière d’écrivain, ainsi dans Écoute-moi bien, paru chez Stock en 2017.

Parution : 04/03/2020 / 192 pages / Format : 215 x 135 mm / EAN : 9782234088825 / Prix : 18.00 €

Elles venaient d’Orenbourg, Caroline Fabre-Rousseau

Fin du 19e siècle, le destin incroyable de deux femmes qui bravent les interdits

En 1894, deux jeunes femmes partent d’Orenbourg en Russie pour la Suisse puis la France. Parvenues jusqu’à Montpellier elles vont s’inscrire à la faculté de médecine. Elles vivent en Russie à une époque où la vie est déjà très difficile pour de femmes, mais aussi pour les juifs. Pogroms, assignation à résidence, privation de liberté, les empêchent de vivre normalement.

Ces deux femmes sont Raïssa Lesk qui épousera Samuel Kessel, deviendra la mère de Joseph Kessel et la grand-mère de Maurice Druon, et Glafira Ziegelmann qui sera la première femme admissible à l’agrégation de médecine. Il faut dire qu’en Russie, comme d’ailleurs dans de très nombreux pays à l’époque, les femmes ne pouvaient pas s’inscrire en faculté de médecine ni exercer certains métiers que les hommes réservaient aux hommes.

Toutes deux rêvent de faire médecine, c’est cette ambition commune qui les pousse à partir pour la Suisse. Elles s’y plaisent, y rencontrent des compatriotes, mais doivent finalement s’inscrire à Montpellier pour finir leurs études et espérer pouvoir exercer un jour dans leur pays. Là, elles bravent tous les interdits, étudiantes au même titre que les hommes, elles pratiquent même la dissection de cadavres, rien ne les rebute pour apprendre ce métier qui les passionne.

Pourtant, leurs destins prennent des chemins différents lorsque Raissa rencontre Samuel Kessel. Elle se marie rapidement, et abandonne ses études pour le suivre jusqu’en Argentine.

Glafira Ziegelmann rencontre Amans Gaussel, devient médecin puis se spécialise en obstétrique. Son mari, médecin également, et ses professeurs, la poussent à poursuivre ses études et à passer l’agrégation. Mais une femme étudiante, médecin, puis spécialiste, passe encore, mais ces messieurs de l’institut ne peuvent admettre qu’une femme, aussi brillante soit-elle, devienne leur égale ; elle ne pourra pas se présenter à l’oral malgré son éclatant succès à l’écrit. Le difficile chemin des femmes vers une forme d’égalité est particulièrement bien montré ici. Oui, une forme d’égalité, car en plus d’étudier et de travailler, Glafira doit aussi tenir son foyer, élever les enfants, être une femme et une épouse accomplie. 

Voilà deux héroïnes absolument passionnantes qui revivent dans ce roman qui tient de la biographie. Je découvre leurs parcours et j’admire leur volonté, elles qui ont eu le courage de quitter leurs familles, mais aussi un pays où la vie était déjà très difficile pour les juifs, pour poursuivre leur passion.

J’avais déjà apprécié l’écriture de Caroline Fabre-Rousseau en découvrant le roman La belle-sœur de Victor H. dont je vous avais parlé ici.

Catalogue éditeur : éditions Chèvre-feuille étoilée

Montpellier, 1894 : deux jeunes filles russes s’inscrivent à la faculté de médecine. Exactes contemporaines de Marie Curie, elles connaîtront elles aussi un destin exceptionnel. Raïssa Kessel et Glafira Ziegelmann.

Caroline Fabre-Rousseau, romancière a un penchant certain pour les oubliés de l’histoire. Mêlant recherches et fiction, elle exhume des époques et des personnages, réels ou imaginaires, pour mieux les arracher à l’oubli. Sa précédente biographie faisait revivre Julie Duvidal, artiste peintre reconnue en son temps, écrasée par l’ombre de son beau-frère Victor Hugo.
Biographie croisée, « Elles venaient d’Orenbourg » raconte avec sensibilité et érudition deux parcours contrastés et révélateurs de la condition féminine au tournant du 19e siècle.

17,00€ En librairie le 15 février 2020 / ISBN : 9782367951416

Le temps découvre la liberté, Mathieu Terence

Retrouver la vie à travers la beauté et l’art, émouvant essai sur Le Bernin, artiste majeur du XVIIe siècle

Cet essai de Mathieu Terence est un étonnant mélange de genre, à la fois carnet de route, pensées personnelles, retour à la vie, puis ode à la beauté de ce magnifique artiste qu’était Le Bernin et dont on admire de très nombreuses œuvres à Rome.

Mathieu Terence choisi en particulier « Le temps découvre la liberté » réalisée par l’artiste en 1646 et qui donne son titre à ce livre. A la suite d’un deuil, l’auteur se penche sur cette œuvre précise du Bernin à un moment où il est enclin à penser que le temps et la vérité sont consubstantiels… Il lui faut du temps, mais la vérité finit toujours par l’emporter. Ce sera aussi pour lui un retour à la vie, après la perte de l’être aimé. L’art sauveur des âmes en peine, l’art source de sérénité, l’art conquérant, l’art réparateur.

A la fois poète et rêveur, historien et écrivain, passionné et philosophe, l’auteur nous entraîne dans ses pensées et nous fait découvrir de façon tout à fait originale et très personnelle la vie et les œuvres du Bernin. Ce grand maître de l’art baroque était à la fois sculpteur, architecte (qui ne connaît pas la place de Saint Pierre de Rome en particulier) et peintre. Son œuvre a traversé les siècles, et Mathieu Terence nous la rappelle ici à travers ces courts chapitres qui ponctuent son voyage dans le temps et l’espace.

Du même auteur, retrouvez également ma chronique du roman Le talisman

Catalogue éditeur : Grasset

En 1646, Le Bernin dessine une esquisse intitulée Le Temps découvre la Vérité. Trois siècles plus tard, Mathieu Terence part à la rencontre de cette œuvre et de son auteur, grand maître de l’art baroque, sculpteur, architecte et peintre italien, dont l’œuvre énergique traverse les siècles pour nous parler d’aujourd’hui. Ni biographie, ni essai d’art, ce récit composé de courts chapitres retrace, au galop, les soixante-dix ans d’activité du Cavalier pour nous donner à voir et à comprendre la fougue et l’esprit d’un artiste qui célèbre le divin en offrant à toutes et à tous des œuvres ivres de force et de volupté. Manifeste contre un monde uniforme, hymne à l’exubérance et au courage, carnet de voyage dans le temps, réflexion sur la vérité à l’heure où le règne du Faux ne cesse de s’étendre, ce livre est, aussi, le témoignage d’un retour à la vie après la mort de l’aimée. Profondément singulier, il est tout entier taillé comme une sculpture baroque.

Mathieu Terence auteur d’essais, de romans, et de poésies nous livre ici un texte libérateur, et contagieux qui contribue à affirmer encore son éclectisme.

Parution : 5 Février 2020 / 130 x 205 mm / Pages : 144 / EAN : 9782246823230  Prix : 16.00€ / EAN numérique : 9782246823247 Prix numérique : 10.99€

Suzanne, Frédéric Pommier

Suzanne, un roman indispensable, récit tendre et émouvant d’une vie et de la fin de vie dans un Ehpad

Suzanne est née en 1922, autant dire il y a un siècle, dans une famille relativement aisée, sur les hauteurs de sainte Adresse, le quartier huppé du Havre. Ses parents se sont connus pendant la première guerre mondiale. Un père aimant mais bien trop absent, une mère égoïste qui lui montre si peu d’amour et qui est très exigeante envers sa fille.  Elle grandit en sagesse, douée à l’école, plutôt jolie. Elle épouse Pierre, une vie de couple sereine, des enfants, des filles surtout puisque leur fils meurt au berceau. Une vie somme toute heureuse et qui n’a rien de très extraordinaire, si ce n’est le confort et l’amour et les sentiments chaleureux partagés par tous y compris dans les épreuves. Suzanne, une femme libre, active, qui aime le sport, la culture, la vitesse dans sa voiture, sa liberté et les voyages.

Mais aujourd’hui, parce qu’elle ne peut plus vivre seule ni même dans son petit appartement dans la maison de retraite, Suzanne a été placée dans un Ehpad. S’il paraissait correct lors du premier rendez-vous, en fait il a tout d’un mouroir où le manque criant de personnel et la mauvaise gestion (enfin, mauvaise ça dépend pour qui) fait que les personnes placées-là ne mangent pas à leur faim, ne sont ni soignées ni accompagnées correctement, où humiliations, maltraitances, vols, sont devenus son quotidien. Un grand réalisme dans les descriptions du personnel, une jeune plus intéressée par son portable, trop pressés pour faire les toilettes, les soins minuteur en main, pas le temps de réparer le rideau, qu’importe, une vieille dame, ça reste plusieurs jours dans le noir.  Et difficile aussi, quand vous ne pouvez plus vous mouvoir mais que votre tête est bien là, de supporter la déchéance des coreligionnaires, l’un perdant la tête, l’autre violent.

Il y a deux niveaux de récit dans cet émouvant roman. Les souvenirs de Suzanne, égrenés de façon assez factuelle, des phrases et paragraphes assez courts, rythmés, il faut dire que tant d’années, on ne peut pas trop s’y appesantir, et après tout, elles n’ont rien de particulièrement extraordinaire en soi. Puis la vie dans l’Ehpad, la solitude, le manque de soin, de réponse aux appels au secours par les aides ou les soignants, l’abandon, la dureté des mots, des gestes de certains, racontés par Suzanne qui n’en peut plus de survivre là. Puis racontée par le petit-fils de Suzanne, qui vient la voir, l’aide à reprendre vie.

Il y a beaucoup de sentiments, mais surtout une vision réaliste de la vieillesse, ce triste naufrage, du temps qui passe, amis, famille, relations que l’on enterre peu à peu. Il y a la solitude de celui ou celle qui reste, la maladie, le handicap. L’aide qu’il faut accepter mais qui ne vient plus de la famille, trop occupée à mener à son tour sa propre vie, avec enfants, travail, toutes ces occupations qui nous prennent tant et nous privent du nécessaire, voir et accompagner ceux qui nous précédent.

J’ai aimé le style, la narration, et la prise de conscience que cela implique d’abord d’écrire, puis sans doute de lire et d’entendre tout ce que nous dit ce roman.  Chacun doit être attentif au fait que la vieillesse d’abord, puis la prise en charge de ceux qui autour de nous ont passé l’âge d’être seul, est un vrai sujet de société. Difficile de faire sans, indispensable d’y penser, parfois tragique  quand les solutions ne sont pas humaines.

Catalogue éditeur : Equateurs et Pocket

Suzanne est ma grand-mère, ou la vôtre. Suzanne est un symbole. Du haut de ses 95 ans, elle en a des choses à dire. Toute une vie bien remplie, dans la guerre ou la paix, dans les deuils ou la joie. Bébé, petite fille, adolescente, jeune mariée, femme, mère et maintenant vieille dame, elle raconte à son petit-fils ses souvenirs, mais aussi son quotidien. Elle lui dit que jamais elle n’a dérogé à son principe « SQM », Sourire Quand Même. Et ce n’est pas toujours simple. Surtout ces derniers temps. Alors elle veut du champagne, pour trinquer au temps qui passe, et au temps qui reste.
Sous la plume de Frédéric Pommier, entre rires et larmes, Suzanne devient une déclaration d’amour, une ode au respect, un plaidoyer pour faire de la vie une fête. SQM.

Frédéric Pommier est journaliste à France Inter. Il signe ici son premier roman.

Prix : 6.95 €  / EAN : 9782266293204 / Pages : 216 / Format : 108 x 177 mm / Parution : 02/01/2020
Équateur : 236 pages / 19.00 € / parution : 18 octobre 2018 / ISBN : 9782849905708

Le roman des Goscinny, naissance d’un gaulois, Catel

Anne et René Goscinny réunis par le trait de Catel dans un superbe roman graphique

Parce qu’elle aime le travail et la créativité de Catel, un jour Anne Goscinny lui propose d’écrire sur son père René Goscinny. Mais Catel aime les héroïnes et René est un homme. Pourtant, une bien belle idée va germer, Anne et René Goscinny réunis dans un même roman graphique, pour nous raconter chacun à son tour son histoire.

D’abord la naissance de René, le deuxième fils de Stanislas Goscinny et Anne Beresniak-Goscinny à Paris, puis son enfance à Buenos Aires en Argentine, né de parents juifs arrivés de Pologne, et dont la famille restée en France sera en grande partie déportée dans les camps. De cela, comme pour beaucoup d’hommes et de femmes de sa génération, René Goscinny ne parla jamais.

Depuis toujours attiré par le dessin, et par l’humour, lui l’excellent élève rêve d’un métier dans lequel il pourra se réaliser, être heureux et faire le bonheur des autres. Pas facile malgré tout de vivre du dessin, même s’il a déjà le trait sûr. La mort de son père viendra compliquer son avenir, il va devoir travailler avec sa mère pour que son frère puisse poursuivre ses études. De changements d’orientation en petits boulot, de l’argentine à New-York et Paris, d’un continent à l’autre, nous découvrons cet immense artiste, ses rencontres, ses intuitions, sa coopération avec les plus grands de son temps, car si au départ il s’oriente vers le dessin, très vite c’est dans l’écriture qu’il excelle, et c’est le scénariste qui s’impose, avec Uderzo bien sûr, mais aussi Morris ou Sempé, pour créer d’inoubliables personnages, Astérix, Lucky Luke ou même le petit Nicolas pour ne citer qu’eux.

On retrouve avec plaisir le trait de Catel, sa façon de présenter, les couleurs tranchées adaptées aux époques et personnages, mais aussi de nombreux dessins de Goscinny lui-même, particulièrement intéressants même si parfois pas facilement lisibles, en particulier pour les extraits de journaux. Un excellent moyen de découvrir l’homme qui se cachait sous l’artiste, le fils, puis le père, et la vie et la carrière de ce grand nom de la BD.

De Catel, on ne manquera pas de découvrir également le formidable Joséphine Baker dont je vous avais parlé ICI.

Catalogue éditeur : Grasset

Raconter René Goscinny en bande dessinée. Et lui donner la parole, au fond, pour la première fois. Tel est le projet de cet  album exceptionnel. Un événement artistique. Et un livre de tendre amitié.

Catel, célèbre dessinatrice, travaille depuis quatre ans, avec l’appui et l’amitié d’Anne Goscinny, à ce Roman des Goscinny – un roman graphique où tout est vrai. 320 pages magnifiques, en trichromie, où Catel nous raconte la vie de René Goscinny. Sa  naissance, dans le Paris des années 20, au cœur d’une famille juive, exilée de Pologne et d’Ukraine. Son père, chimiste, fils de rabbin. Sa mère, née en Ukraine, ayant fui les pogroms. Son grand-père, imprimeur de journaux yiddish. Son grand-frère moqueur, Claude. L’enfance en Argentine, bientôt. Et les passions de René : le dessin, le rire,  puis  l’écriture.

Catel nous emmène dans un voyage familial marqué par l’histoire,  entre l’Amérique et l’Europe. Tandis que le jeune René cherche sa voie,  lui le «  paresseux contrarié  », une partie de la famille meurt dans les camps d’extermination. René part à New York, frappe à toutes les portes, dessine et vit dans la pauvreté avec sa mère. A Bruxelles puis à Paris, il trouvera peu à peu sa vocation : non pas dessiner, mais écrire, scénario, sketchs, histoires. Goscinny crée, avec Uderzo, le personnage d’Astérix, qui devient très vite célèbre dans le monde entier ; mais aussi   le Petit Nicolas  avec Sempé. Et il est le grand scénariste de Lucky Luke et Iznogoud.

C’est aux portes du «  célèbre village gaulois  » que s’arrête le premier tome du «  Roman des Goscinny  » : alternant avec force et tendresse des épisodes de la vie de «  René  » ; et ceux racontés par sa fille Anne  à son amie – donnant une vérité, une drôlerie et une émotion à ce projet fondateur.

Format : 162 x 220 mm / Pages : 344 / EAN : 9782246861003 / Prix : 24.00  / Parution : 28 Août 2019