Mademoiselle Papillon, Alia Cardyn

Un magnifique hommage aux infirmières

Dans les années 20 Thérèse Papillon est infirmière. Elle vient en aide aux plus malheureux. Il faut dire que l’on sort tout juste de la grande guerre dans laquelle elle s’était par ailleurs engagée. Elle est envoyée par la croix rouge dans le nord de la France, au dispensaire de Vraignes-en-Vermandois. Si son travail lui permet de venir en aide aux malades, chaque jour elle croise aussi la route d’enfants mal nourris, qui hantent les rues du village, jeunes pousses grandies avant l’heure. Ces petits, et un en particulier, l’émeuvent et la tourmentent, elle cherche comment leur venir en aide. Une idée germe, celle de créer un préventorium, pour nourrir et protéger les plus faibles, leur permettre de ne pas attraper la tuberculose, un mal sournois qui frappe enfants et adultes.

Avec pugnacité, elle va frapper aux portes des notables ou des institutionnels, et fini par obtenir de s’installer dans l’abbaye de Valloires, en baie de Somme. Un site qu’elle choisit entre trois propositions pour son toit en bon état, la sagesse paternelle ayant laissé des traces.

Dans ce préventorium, elle recueille et soigne des centaines d’enfants qui resteront là de nombreuses années. La guerre de 39/40 voit l’abbaye en partie investie par les soldats allemands. Elle réussira pourtant à y abriter aussi des enfants juifs.

De nos jours, Gabrielle est infirmière dans un service de néonatalogie intensive. Un travail difficile puisqu’il consiste la plupart du temps à essayer de sauver les grands prématurés et à soutenir mères et pères aussi désespérés que démunis. Il n’est pas toujours facile de se constituer une carapace et de ne pas souffrir des échecs. C’est un métier très lourd émotionnellement. Parfois Gabrielle se demande comment elle pourra le poursuivre. Tant elle se sent usée, abîmée.

Un jour, sa mère lui confie un manuscrit retraçant la vie de mademoiselle Papillon …

Le roman alterne les vies et les interrogations des deux infirmières, tout aussi attachantes et émouvantes l’une que l’autre dans la réalisation de leur métier, de leur passion, dans les questionnements qui leur permettent aussi d’avancer vers d’avantage d’humanité et d’empathie. Ce n’est jamais ni larmoyant, ni trop descriptif, malgré les circonstances évoquées, je pense en particulier aux salles de néonatalogie et à ces tous bébés prématurés qui s’accrochent à la vie.

J’y ai découvert avec Gabrielle l’approche du Nidcap pour prendre en charge ces grands prématurés. En quelque sorte, une attention que l’on porte aux émotions et au bébé lui-même, en limitant le stress causé par l’environnement hospitalier et par la façon de leur donner les soins, et en restituant leur place aux parents lors de l’hospitalisation des bébés.

Voilà un roman qui ne laisse pas ses lecteurs (lectrices) indifférents, c’est évident. L’auteur a su passer aisément d’une infirmière à l’autre, équilibrer son récit et nous faire entrer dans leurs vies, partager leurs espoirs et leurs émotions. Un magnifique hommage aux infirmières, à ces femmes (et ces hommes) qui font un métier difficile avec passion.

Thérèse Papillon née en 1886, à Saint-Germain-en-Laye, décédée en 1983, a reçu, à titre posthume, le diplome et la Médaille des Justes parmi les nations, remis aux personnes non juives, qui ont sauvé des Juifs sous l’Occupation, au péril de leur vie.

Le NIDCAP (Neonatal Individualized Developmental Care Assessment Program ou programme néonatal individualisé d’évaluation et de soins de développement) est une philosophie de soins crée en 1986 à Harvard par Heidelise Als, docteur en psychologie, qui a pour but de soutenir le développement des nouveau-nés prématurés ou vulnérables pendant leur hospitalisation.

Catalogue éditeur : Robert Laffont

Gabrielle, 30 ans, infirmière, s’occupe de grands prématurés dans un service de néonatologie intensive. L’univers de la jeune femme s’est réduit aux quelques mètres carrés de sa salle, la salle 79, où elle glisse lentement dans l’indifférence, lorsqu’elle découvre l’histoire de Mademoiselle Papillon.
En 1920, dans une France ravagée par la Première Guerre mondiale, cette infirmière de la Croix-Rouge est envoyée au dispensaire de Vraignes-en-Vermandois. Alors qu’elle tente de mener à bien sa mission, la vision des enfants qui succombent dans la rue l’obsède. Une ambition se forme et prend bientôt toute la place : elle doit bâtir une maison pour les protéger.
Lorsqu’elle franchit le seuil de la sublime abbaye de Valloires, Mademoiselle Papillon est convaincue d’approcher son rêve.

EAN : 9782221249352 / Nombre de pages : 272 / Format : 140 x 225 mm / Prix : 18.00 €

Trencadis, Caroline Deyns

Nikki de Saint Phalle, artiste inclassable et libre

Le Trencadis, c’est l’art de créer une mosaïque en partant d’éclats de céramique. Typique de l’architecture catalane et du parc Güell de Barcelone, l’œuvre de Gaudi qui avait tellement séduit Nikki. C’est typiquement la technique du pique-assiette.

Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle (1930- 2002) est une artiste qui traverse le XXe siècle en précurseur, en féministe, novatrice en particulier dans cet art plus communément associé aux hommes, la sculpture.

Dans son roman Trencadis Caroline Deyns pose une mosaïque de textes, de personnages, de témoignages, pour reconstituer la vie de Nikki de Saint Phalle, artiste singulière, femme et amante, mère qui abandonne ses enfants à son mari pour se réaliser dans l’art. Elle découvre l’art et le bonheur de la création dans les années 50 lorsque victime d’une dépression nerveuse elle est internée en hôpital psychiatrique, hospitalisation qui ne sera pas sans conséquences sur sa santé, compte tenu en particulier du type de traitement opéré à cette époque (électrochocs, néfaste pour la mémoire entre autre). C’est aussi cette jeune fille de 11 ans violée par son père, cette blessure sera exorcisée par la parole que nombreuses années après la mort de ce dernier, lors de la parution de son livre. Enfin, amante puis épouse de Jean Tinguely avec qui elle vivra pleinement la passion de la création, mais jamais cette de la maternité.

L’œuvre de Nikki est multiple et protéiforme. Nikki, c’est le blanc, le noir, mais surtout la couleur, les formes, le gigantisme. C’est aussi les performances, avec Les Tirs, dans les années 1960. Ces tableaux contribuent à sa notoriété au niveau international. D’abord construits de peinture, plâtre, objets divers sur lesquels elle tire avec des fléchettes, puis à l’aide d’une carabine véritable, à Paris en 1961, dans l’impasse Ronsin où elle vit et crée avec Jean Tinguely. Par cette série des Tirs, véritable défouloir, symbole de révolte contre la famille, la société, le monde qui l’entoure et ne la comprend pas, elle laisse éclater sa rage contre son père, son violeur, et par lui, une forme de rage contre les hommes en général.

Viennent ensuite les Nanas, ces femmes colorées, énormes, flottantes, qui affirment leur supériorité, au moins par leur dimension, sur la société patriarcale dans laquelle Nikki évolue.

Viendra Hon/Elle, la plus grande des nanas qu’elle crée en 1966, à Stockholm, dans le hall du Moderna Museet. C’est une gigantesque femme-cathédrale, couchée sur le dos, les visiteurs de l’exposition entraient par le sexe pour trouver dans ses entrailles de nombreuses autres activités. Une œuvre détruite dès la fin de l’exposition.

Depuis 1983, tous les enfants se passionnent pour la fontaine Stravinsky qu’elle crée avec Jean Tinguely sur la place éponyme située entre le centre Pompidou et l’église Saint-Merri. Parmi les créations de cette artiste prolifique hors norme qui appartient au groupe des Nouveaux réalistes, on compte, outre ses Nanas, Le Jardin des Tarots, cette œuvre démesurément gigantesque située en Toscane.

Qui était Nikki de Saint Phalle ? Une femme, une féministe, une mère indigne ou désespérée, une amante, une passionnée, une résiliente magnifique, une créatrice, une artiste ?

À toutes ces questions et à beaucoup d’autres, Caroline Deyns apporte des réponses, mais laisse à ses lecteurs le choix, présente sans juger, sans privilégier l’une ou l’autre de ces facettes, et sans doute est-ce aussi pour cela que son roman est aussi formidable, passionnant, émouvant. L’écriture et la forme séduisent par leur originalité et par la grande humanité qui s’en dégage au fil des pages, laissant le lecteur entrer en communion avec la femme, l’artiste, sa vie. Je l’ai tellement aimé que je ne peux que vous en conseiller la lecture.

« en fait, je suis une ardente féministe mais à ma manière. Ma révolte est individuelle. Ma révolte, c’est de créer le jardin des Tarots en Toscane, le plus grand ensemble architectural jamais réalisé par une femme. »

« dans le champ de l’art les hommes ont maintenant tout épuisé » et « c’est aux femmes de réaliser quelque chose de nouveau ».

Catalogue éditeur : Quidam éditeur

«Je montrerai tout. Mon cœur, mes émotions. Vert – rouge – jaune – bleu – violet. Haine – amour – rire – peur – tendresse.»

Niki hait l’arête, la ligne droite, la symétrie. A l’inverse, l’ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu’elle retient : une mosaïque d’éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple.
Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ?

Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns vit et enseigne à Besançon. Elle est l’auteure aux éditions Philippe Rey de Tour de plume (2011) et de Perdu, le jour où nous n’avons pas dansé (2015). 

364 pages 22€ / août 2020 / 140 x 210mm / ISBN : 978-2-37491-158-8

L’amour égorgé, Patrice Trigano

Une biographie complète et passionnante du poète René Crevel

René Crevel (1900-1935) est un poète surréaliste fort méconnu, en tout cas d’un lecteur lambda comme moi.

Commencer son adolescence avec la vision effroyable de son père pendu et de ses pieds au-dessus du sol juste à hauteur de votre regard a de quoi bouleverser toute une vie. Nous sommes en 1914, c’est une vision voulue par une mère maltraitante, agressive et tyrannique. Une seule issue possible, fuir le plus vite possible cette ambiance délétère de violence et de désamour pour enfin essayer de se construire.

C’est ce qu’il fait en quittant le foyer familial pour Paris, ses cafés, ses poètes, ses dadaïstes puis ses surréalistes, qu’il va très rapidement rencontrer et qui le passionnent. Il s’intègre dans la bande de Tzara, Breton, Aragon.

René est un beau jeune homme. Il plait aux femmes, aux hommes aussi, et n’arrive pas à définir ses attentes amoureuses. Il est attiré par l’humain plus que par l’homme ou la femme, mais il craint ses aspirations homosexuelles honnies tant par sa famille que par son époque. Les rencontres de Gide, Aragon ou encore Cocteau vont réussir à le libérer et à accepter sa bisexualité.

René souffre depuis l’enfance d’une tuberculose qui l’handicape presque à chaque instant de sa vie. Son jeune frère, jamais soigné par une mère qui refusait d’admettre cette faiblesse, décède très jeune de cette même maladie. De nombreux séjours en sanatorium, d’innombrables opérations, des soins réguliers aideront René à vivre quelques années de plus. Dès lors, il aura à cœur de profiter à fond de tout ce qui vient, la création bien sûr, mais aussi et surtout l’amour, hommes et femmes, les amis, l’alcool, les drogues, la fête et se fondre dans ce Paris des années folles partout et tout le temps.

René Crevel rencontre tous ceux qui ont fait son époque, André Gide et Jean Cocteau, on l’a dit, les surréalistes et les dadaïstes, avec Tristan Tzara ou André Breton, mais aussi Nancy Cunard, éternelle amoureuse, mécène des artistes, ardent défenseur de la cause des noirs. Salvador Dali, Gala, Paul Eluard, Jacques Prévert, Marc Allégret ou Alberto Giacometti croiseront son chemin. Avec eux tous il va vivre des moments intenses de création, d’exaltation, de liberté dans cet entre-deux guerre dans lequel commence à sourdre les relents d’un fascisme qui cache encore son nom. C’est encore l’époque du parti communiste et des espoirs de liberté et d’égalité pour tout le peuple, les intellectuels défendent la cause du prolétariat ouvrier, et y croient.

L’auteur Patrice Trigano nous offre là bien plus que le portrait d’un homme, c’est aussi le portrait d’une génération d’artistes qui ont marqué en profondeur la création française du XXe. Écrivains, poètes, peintres, sculpteurs, cinéastes, ils sont tous là, et leurs talents, leurs conflits, leurs faiblesses et leurs batailles d’égo se déroulent devant nous pour notre plus grand bonheur de lecteur.

Ne sachant pas trop à quoi m’en tenir en ouvrant ce livre, j’ai été absolument emballée par le rythme et par la puissance d’évocation de la personnalité de René Crevel et de son besoin de trouver une place au milieu de tous ceux qu’il a côtoyé à un moment ou un autre de sa courte vie.

Un roman publié à l’occasion du centenaire du surréalisme

Envie d’en savoir plus sur certains personnages de cette époque ?

Vous pouvez lire aussi Avec toute ma colère, un roman dans lequel Alexandra Lapierre dévoile la relation amour/ haine entre Nancy Cunard et sa mère. Pour mieux connaitre Robert Desnos, on ne manquera pas de lire Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant.

Et pour aller un peu plus loin Les parapluies d’Erick Satie par Stéphanie Kalfon, ou encore 37, étoiles filantes par Jérôme Attal.

Catalogue éditeur : Maurice Nadeau

Un matin de juin 1914, à son réveil, René Crevel, âgé de quatorze ans découvre le corps pendu de son père à la poutre centrale du salon de l’appartement familial. Ce traumatisme alimentera un besoin de révolte qui ne quittera pas le poète qu’il devint. Tourmenté par sa bisexualité, tour à tour amoureux d’un peintre américain puis d’une jeune berlinoise adepte du triolisme, dégoûté par son corps atteint de tuberculose, René Crevel conjurait son mal de vivre en cherchant dans les abus de la drogue, du sexe, et des frivolités mondaines l’apaisement de ses maux.

Jusqu’à son suicide en 1935, il rêva à une version régénérée du monde en devenant tour à tour membre du mouvement Dada, du groupe surréaliste et enfin du Parti communiste. En une épopée passionnante, d’une plume alerte, Patrice Trigano fait revivre dans ce roman les moments d’exaltation, les sentiments de craintes, d’angoisses, les douleurs morales et physiques de René Crevel. Il dresse une peinture des milieux intellectuels des années vingt et trente, alors que le fascisme était en embuscade, à travers des portraits saisissants des amis du poète : Gide, Nancy Cunard, Breton, Éluard, Aragon, Tzara, Cocteau, Dali, Giacometti.

Passionné par les grandes figures de la révolte, Patrice Trigano a précédemment publié : La Canne de saint Patrick (2010, Prix Drouot) et Le miroir à sons (2011) aux Éditions Léo Scheer et aux Éditions de La Différence : Une vie pour l’art (2006), À l’ombre des flammes. Dialogues sur la révolte (avec Alain Jouffroy, 2009), Rendez-vous à Zanzibar (correspondance avec Fernando Arrabal, 2010), L’Oreille de Lacan (2015). Suivent aux Éditions Maurice Nadeau, Artaud-Passion (2016) et au Mercure de France, Ubu-roi, merdre ! (2018).

Paru le 10 septembre 2020 / 978-2-86231-292-7  Prix : 18 €

Frida Kahlo le petit cerf blessé, Gérard de Cortanze

Frida Kahlo femme et artiste, ou la beauté, la créativité et la force incarnées

Gérard de Cortanze a beaucoup écrit sur Frida Kahlo. Ce récit au titre inspiré par un tableau de Frida, retrace en 7 chapitres les événements, les rencontres, la souffrance et les blessures tant physiques que sentimentales qui ont émaillé sa vie. Apparaissent tour à tour Diego Rivera, Gisèle Freund, Léon Trotski, la sœur ou la famille, mais avant tout la fureur de vivre et de créer de cette artiste inimitable et inoubliable.

Frida Kahlo est née en 1907 dans la « Casa azul” dans une famille aisée à Coyoacán, Mexico, d’une mère mexicaine et d’un père allemand. Une poliomyélite à cinq ans, puis un grave accident dans un bus alors qu’elle était étudiante vont transformer sa vie à tout jamais. L’étudiante joyeuse et promise à un bel avenir d’à peine dix-sept ans devient une femme forte qui souffre intensément dans sa chair. De multiples interventions chirurgicales, différents corsets rigides, une amputation, de nombreuses fausses-couches et de longs séjours à l’hôpital ou allongée dans son lit vont émailler sa vie, rien ne lui sera épargné.

Mais Frida est forte, courageuse, déterminée à vivre, créer, aimer. Elle rencontre Diego Rivera,  puis épouse l’artiste de 21 ans son aîné en août 1929. S’en suit une relation intense, prolixe, et tumultueuse. L’un et l’autre se trompent mutuellement, en souffrent, se séparent puis se remarient.

Elle rencontre Trotski lors de son arrivé au Mexique en 1937. Banni d’URSS par Staline, le réfugié court le monde pour sauver sa peau. Ils vivent une relation amour-amitié passionnée et mouvementée, comme tout dans la vie de Frida. Léon Trotski sera finalement assassiné au Mexique en 1940.

Toute sa vie, Frida Kahlo porte comme un emblème les signes de sa culture et de l’identité mexicaine, sur ses toiles comme sur elle avec ses coiffures et ses tenues de paysanne. Mais ce qui ressort le plus de ses œuvres est sans doute la tristesse, la douleur, la souffrance.

« La tristesse est reflétée dans chaque recoin de mes tableaux« 

Frida Kahlo meurt en 1954 à quarante-sept ans, on se posera toujours la question d’un suicide, surtout après la lecture de son journal « J’espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir. Frida« .

J’ai aimé ce court récit qui fait revivre l’artiste et la femme à travers de ceux qui l’ont côtoyée, aimée, soutenue, trompée et trahie parfois aussi. Si de chapitre en chapitre, des faits et des événements se répètent, ce n’est vraiment pas gênant, au contraire et en particulier pour ceux qui ne connaissent pas du tout l’artiste, c’est une excellente approche de sa vie.

On ne manquera pas de lire également le formidable roman de Claire Berest, Rien n’est noir, Editions Stock, 2019

Gérard de Cortanze a publié :

Frida Kahlo, la beauté terrible, Albin Michel, 2011; Livre de Poche Hachette, 2013.
Frida Kahlo par Gisèle Freund, Albin Michel, 2013.
Les amants de Coyoacan, Albin Michel, 2015; Le Livre de Poche Hachette, 2017.
Moi, Tina Modotti, heureuse parce que libre, Albin Michel, 2020.
Frida Kahlo, le petit cerf blessé, Libretto/Phébus, 2020
Un amour de Frida Kahlo (théâtre), 2020.

Catalogue éditeur : Libretto

Reconstitution sensible, sous la forme de sept textes, de la vie de Frida Kahlo (1907-1954), figure mythique de l’art du siècle dernier. Sept chapitres, où l’on croise Diego Rivera bien sûr, mais aussi la photographe-portraitiste Gisèle Freund mais encore Léon Trotski dont elle a été la maîtresse lorsqu’il vécut son exil au Mexique.

Récit subjectif plein de sensibilité, la vie de Frida Kahlo est ici vue par Gérard de Cortanze à l’aune d’événements ou de rencontres qui ont marqués son existence et imprégnés sa création.

Date de parution : 20/08/2020 / Format : 12 x 18,2 cm, 160 p. / 8,10 € / ISBN 978-2-36914-573-8

La belle lumière, Angélique Villeneuve

Le magnifique parcours d’une mère pour sauver sa fille, un roman inoubliable

L’auteur porte un regard émouvant et réaliste sur la vie de Kate Keller, la mère passionnée et attentive d’Helen, cette enfant sauvage et folle, sourde muette et aveugle que tous lui conseillent de placer à l’asile.

Cette enfant c’est Helen Keller, devenue la première femme handicapée à réussir un diplôme universitaire, auteure prolifique, elle crée une fondation pour personnes handicapées et milite au sein de mouvements socialistes, féministes et pacifistes, elle voyage dans le monde entier pour défendre les personnes handicapées.

En Alabama en 1880, Kate a quitté ses parents pour suivre Arthur, ce veuf de vingt ans son ainé. Mais la vie n’est pas facile pour cette jeune femme qui sait bien qu’elle ne prendra jamais la place de la première épouse trop tôt disparue. La naissance de son premier enfant est vécue comme une fête. Helen est un bébé comme les autres, aimée de ses parents, élevée dans cette grande maison au bord de la rivière. Jusqu’à ces journées de fièvre qui  laissent la mère et la fille exsangues et changent à jamais le cours de leurs vies. Helen a dix-neuf mois.

Vont suivre des années de recherche tous azimuts pour cette mère aussi obstinée que pugnace, médecins, oculistes, médecines alternative, eaux miraculeuses ou plantes qui guérissent, tout y passe, rien n’y fait. L’enfant grandit, sauvage, exigeante, indocile.

La relation quasi-charnelle et si forte qu’elle a avec sa fille lui dit qu’elle peut faire quelque chose pour elle. Alors Kate s’obstine, laisse Helen vivre, toucher, crier, mordre, blesser, fuir. Kate cherche et trouve enfin une école pour malentendants et aveugles, l’école Perkins à Boston et convainc son époux de faire venir Ann Sullivan, une jeune femme qui prend en charge l’éducation d’Helen. Plus qu’éduquer, il lui faudra dompter la jeune Helen, et soumettre à rude épreuve ces parents aimants qui ne comprennent pas forcément la difficulté et l’exigence de cette éducation.

Le difficile parcours de cette mère qui aime sa fille et se bat contre tous pour lui donner une vie « normale » est magnifiquement dépeint par les mots, la force et la douceur de l’écriture de l’auteur. Une écriture qui touche le lecteur au cœur et à l’âme. Bien sûr, comme elle le dit, peu de documents existent sur la réalité de la vie de Kate, mais Angélique Villeneuve la fait vivre sous nos yeux avec intelligence et sincérité, c’est particulièrement réussi et terriblement émouvant

La beauté, la complexité, la dualité des sentiments de cette mère, les difficultés qu’elle doit affronter, l’isolation face à une société qui n’est pas prête à accepter ces enfants si différents. Mais aussi la complexité de cette Amérique qui sort de la guerre de sécession, les conflits latents entre le nord et le sud, malgré la fin de l’esclavage une réalité qui veut que ces hommes et ces femmes qui ne sont plus esclaves n’ont pas pour autant leur place dans la société, sont également traduits avec finesse. Tout y est. C’est émouvant, beau, triste et magnifique à la fois.

Retrouvez aussi ma chronique de Maria paru en 2018

Catalogue éditeur : Le Passage

Alabama, 1880. Dans une plantation du sud des États-Unis, la naissance d’Helen console sa mère d’un mariage bancal. Un monde s’ouvre entre Kate et sa fille, et puis tout bascule : les fièvres féroces ravagent l’enfant adorée.
Cette fillette à la destinée extraordinaire, beaucoup la connaissent. La renommée d’Helen Keller, aveugle, sourde et muette, enfant farouche tenue pour folle et puis surdouée, a franchi frontières et années.
Kate Keller, que La Belle Lumière éclaire aujourd’hui, semblait en revanche repoussée dans l’ombre à jamais. Sans elle, pourtant, sa fille aurait-elle pu accéder au miracle de la connaissance ?
Comme glissée au cœur de son héroïne, tant vibre dans ces pages le corps déchiré de Kate, Angélique Villeneuve restitue, de son écriture sensuelle et précise, la complexité d’une femme blessée et dévorée par l’amour. Dans ce Sud encore marqué par la guerre de Sécession et les tensions raciales, le lecteur traverse avec elle une décennie de sauvagerie, de culpabilité et de nuit. Mais découvre aussi, et c’est là la force du livre, un temps de clarté et de grâce.

ISBN: 978-2-84742-447-8 / Date de publication: Août 2020 / pages: 240 / Prix : 18 €

Une femme en contre-jour, Gaëlle Josse

Une femme, Vivian Maier, une passion, la photographie, et le talent de Gaëlle Josse pour les rassembler ici

Quel mystère s’abrite derrière ces montagnes de rouleaux de pellicules et de photos découverts dans un garde meuble de la banlieue de Chicago  et qui sont vendus aux enchères en 2007 ? C’est ce que cherche à savoir John Maloof, ce jeune agent immobilier qui vient d’acquérir l’un des lots pour quatre cent dollars. Il y a là des milliers de photos, de pellicules, de films, des milliers de planche- contact.

A force de recherche, de temps passé à présenter quelques photos sur les sites de collectionneurs, et grâce à un nom tout juste esquissé sur une enveloppe, il remonte jusqu’à Vivian Maier.

Elle était nurse, vient de décéder à quatre-vingt-trois ans, dans l’anonymat le plus complet et dans la misère. Trois des enfants dont elle s’est occupée dans sa carrière se sont chargé de ses funérailles. Un début de piste pour Maloof dans cette chasse au trésor qui va lui permettre de faire naitre aux yeux du monde cette grande photographe au talent indiscutable. Pourtant de son vivant elle a vu très peu de ses propres photos, car développer de l’argentique coûtait particulièrement cher, elle ne pouvait se le permettre.

Originaire d’une vallée des Hautes-Alpes, Eugénie, sa  grand-mère, est fille mère. En 1901, elle abandonne sa fille Maria et part pour l’Amérique. Maria va la rejoindre des années plus tard, puis épouser Charles Von Mayer, ou Meyer, ou Maier, qu’importent le nom et la particule pourvu qu’on soit accepté en Amérique. Un mariage et un couple bancal, la petite Vivian et son frère Carl vont pousser auprès de leur mère. Alcool, violences, rupture, rien ne sera épargné à Maria qui tente dans le mensonge et les affabulations de se créer un passé plus glorieux. Les enfants suivent tant bien que mal, Carl va mal tourner, Vivian va s’en sortir et quitter le foyer familial rapidement. Toute sa vie elle sera accompagnée par ses grands-mères qui tentent de suppléer  aux manques de Maria.

Vivian a une enfance bien peu sereine, entre France et États-Unis, puis retour vers le nouveau monde où elle passera une vie bien solitaire et exercera  le métier de nurse pour enfants. Une activité qui lui laissera toute latitude et opportunité de photographier à satiété tout ce qui l’entoure, hommes, femmes, enfants, rues, paysages, le quotidien d’une Amérique ordinaire mais qui devient passionnante sous son regard affuté.

Le roman-biographie de Gaëlle Josse est une belle réussite. S’il est parfois un peu froid car factuel, il est  toujours empathique, émouvant et sincère. On y sent toute l’ambiguïté et la tristesse d’une vie que l’on imagine en partie manquée, malgré cette passion pour la photographie assouvie pour ce qui est de se promener en permanence l’œil aux aguets et l’appareil en bandoulière. Et on est désolé de savoir qu’elle n’aura pas pu voir son fabuleux travail pendant ses dernières  années.

J’avais pu voir l’exposition des photos de Vivian Maier à la Tabakalera à San Sebastien, en Espagne, juste après l’exposition du Jeu de Paume à Paris ; j’avais été séduite par ces regards, ces visages, ces scènes de vie si intimes, parfois froides, prises sur le vif. Elle savait photographier la vie, la vraie. On est loin des studios et des poses.  Et ces autoportraits si décalés, cette façon de cadrer en dehors du cadre.

Finding Vivian Maier  John Maloof y Charlie Siskel, EUA, 2013

Site Vivian Maier

De Gaëlle Josse, on ne manquera pas de lire également Une longue impatience et L’ombre de nos nuits dont je vous avais déjà parlé ici.

Catalogue éditeur : Les éditions Noir sur blanc Notabilia

Dix ans après la mort de Vivian Maier, Gaëlle Josse nous livre le roman d’une vie, un portrait d’une rare empathie, d’une rare acuité sur ce destin troublant, hors norme, dont la gloire est désormais aussi éclatante que sa vie fut obscure.

Date de parution : 07/03/2019 / Format : 12,8 x 20 cm, 160 p., 14,00€ / ISBN 978-2-88250-568-2

Radioactive, Lauren Redniss

L’histoire revisitée de Pierre et Marie Curie, une histoire de passion amoureuse et d’amour pour la science

C’est le roman graphique qui a inspiré le film éponyme de Marjane Astrapi sorti en salles juste avant le confinement.

En 1891, Marie Skłodowska a 24 ans. Elle quitte Varsovie pour Paris. Là elle vient travailler dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Rapidement les relations de travail se font complicité puis intimité. Ce sera une véritable passion amoureuse, mais aussi une passion inassouvie pour la science et la recherche. Ensemble, ils vont faire cette découverte majeure qui va changer le sort de l’humanité, avec la radiothérapie, le traitement du cancer mais aussi le développement du nucléaire.

Radioactive présente cette relation magnifique entre deux scientifiques hors du commun, mais aussi leurs familles, les filles, le gendre, une lignée de chercheurs au service de la France.Et l’auteur développe également les apports de leurs inventions à la science, et les développements qu’ils ont induits par la suite. Rien n’est figé dans leur époque, mais tout y est superbement restitué, les prix Nobel, les récompenses, les différents apport de leurs recherches, le décès de Pierre, le chagrin de Marie puis la maladie consécutive à de longues et dramatiques expositions au radium tout au long de leurs vies, à une époque où l’on n’avait dans doute pas pris la mesure du danger encouru. Et l’évolution de la recherche jusqu’à aujourd’hui.

Ce roman graphique est superbe, l’histoire a la fois passionnante et les protagonistes tellement humainement attachants. Mais c’est aussi un magnifique objet. Le papier utilisé d’abord, le grain, les aspects lisses et le velouté granité que l’on sent sous les doigts en tournant les pages, la mise en page et les couleurs choisies, dans le spectre chromatique que l’on imagine autour du polonium ou du radium, et qui change en fonction des périodes ou des sujets abordés sur les pages, des vert, jaune, bleu, pour dire aussi la vie, la tristesse, l’exaltation et le bonheur, le chagrin et le désespoir.

Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors #tousenlibrairie pour vous le procurer !

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

En 1891, Marie Sklodowska, âgée de 24 ans, déménage de Varsovie à Paris où elle trouve du travail dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Cette rencontre inoubliable, marquée par la passion amoureuse et celle de la science des molécules, va influencer également l’histoire de l’humanité. Au point de leur apporter une renommée mondiale et d’annoncer une nouvelle ère scientifique : l’ère nucléaire.

Carine CHICHEREAU (Traducteur)

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782265154926 / Pages : 208 / Format : 202 x 279 mm / Prix : 24,50€

Azur noir, Alain Blottière

D’une époque à l’autre, revivre la passion de Verlaine pour Arthur Rimbaud à travers le regard de Léo

En cet été caniculaire Léo, dix-sept ans, a décidé de passer ses vacances au 14 de la rue Nicolet à Paris, dans le nouvel appartement où il vient d’aménager avec sa mère. Celle-ci est partie en Finlande sans lui.

Resté seul, il a de plus en plus de crises pendant lesquelles il perd la vue par intermittence, pour des durées plus ou moins longues. Pourtant il « voit » vivre près de lui Verlaine et Rimbaud, les poètes qui se sont rencontrés dans cet appartement de Montmartre 150 ans plus tôt. Adolescent fragile au regard aussi clair qu’Arthur Rimbaud, Léo nous fait revivre par ses visions les heures intenses de la rencontre des deux poètes.

L’Absinthe coule à flot dans les cafés où les poètes déclament leurs vers et se retrouvent. Rimbaud y fait la connaissance des écrivains et poètes de son époque, mais il faut bien reconnaître que les seuls noms parvenus jusqu’à nous sont bien ceux de Verlaine et Rimbaud, que Léo voit évoluer dans le Paris de 1871. A chaque coin de rue autant que dans sa chambre, Léo vit avec eux les moments forts de leur rencontre, de leur amour, de leur passion pour la poésie et de leur créativité inégalement reconnue.

Paul Verlaine, le plus âgé, est déjà marié. Il comprend immédiatement que ce jeune poète d’à peine dix-sept ans qui arrive tout juste de Charleville est pétri de talent. Malgré leur écart d’âge et leur différence sociale, la fusion des deux hommes est aussi immédiate que leur difficulté à vivre ensemble. Mais cette vie hors de toutes convenances ne plait pas à tous, en particulier à Mathilde, la femme de Verlaine et à sa belle-famille.

Alain Blottière sait se couler dans la vie de Léo, adolescent fragile d’aujourd’hui aussi bien que dans celles des poètes maudits. La fragilité de l’adolescence, cette période de la vie si compliquée est ici très bien appréhendée à travers le mal de vivre d’Arthur et de Léo, chacun à son époque. L’alternance entre la réalité de cet été caniculaire hors du temps, et ces rencontres aussi réelles que fantasmées avec les hommes du passé se fait de façon tout à fait fluide, comme une évidence qui à aucun moment ne perd le lecteur. Le parallèle est parfait entre Léo et Arthur, la similitude de leur mal être, l’attrait pour la poésie et l’amour de l’écriture, chacun faisant fi des conventions avec une facilité déconcertante.

Vous aimez Paris en été, la poésie de Verlaine et la folie d’Arthur Rimbaud ? Lisez donc Azur noir, ce roman sensible et poétique est pour vous.

Catalogue éditeur : Gallimard

«Il vit Rimbaud retirer sa veste et la tenir à l’épaule, prendre la rue de Strasbourg puis s’engager dans le boulevard de Magenta vers le nord. Cette fois, il lui semblait certainement que Paris déjà lui appartenait et qu’il n’allait plus jamais en repartir. Verlaine avait été empêché, devait-il penser, et l’attendait chez lui. Il lui avait donné son adresse, rue Nicolet, à Montmartre, tout près de la gare.»
Léo vient d’emménager avec sa mère à Montmartre, à l’endroit même où Verlaine et Rimbaud se sont rencontrés et aimés cent cinquante ans plus tôt. Durant un été caniculaire de «fin du monde», alors qu’il croit devenir aveugle, le garçon voit renaître le Paris des deux poètes et en fait son ultime refuge.

160 pages, 140 x 205 mm  / ISBN : 9782072879333 / Parution : 09-01-2020

Simone Veil ou la force d’une femme, Cojean, Bétaucourt, Oburie

Simone Veil, une femme de combats et de convictions

Annick Cojean, grand reporter au Monde, a eu le bonheur rare de rencontrer Simone Veil à différents moments tout au long de sa carrière. Difficile alors de trouver quelqu’un de mieux placé qu’elle pour participer à l’écriture de ce roman graphique en hommage à la force d’une femme au nom quasi mythique.

A la fois factuel et humain, aussi réaliste que parfois admiratif, le portrait est juste et sobre. On y retrouve Simone, née à Nice en 1927. Puis on la suit pendant les années de guerre, la déportation, la solidarité des trois femmes, la mère et ses deux filles. Celle qui était trop jolie pour mourir ne se remettra jamais vraiment du décès de sa mère un mois avant la libération des camps, un deuil comme une plaie ouverte qui ne se refermera jamais totalement. A la libération, avec un tatouage sur le bras, mais dans le silence sur le vécu trop lourd à exprimer, c’est le retour à Paris. Les études, la rencontre avec Antoine, le mariage et leurs quatre enfants. Elle devra abandonner son rêve d’exercer le métier d’avocate pour entreprendre un métier accepté par son mari (chose courante à l’époque, déjà bien qu’il accepte qu’elle travaille !).

Elle vivra des expériences professionnelles différentes, à la direction de l’administration pénitentiaire, puis à la direction des affaires civiles auprès du Garde des Sceaux, au ministère de la justice. Partie prenante essentielle dans l’adoption de la loi sur l’IVG voulu par Giscard d’Estaing en 1974, elle devra supporter stoïquement les insultes et les propos humiliants et grossiers dont elle fait l’objet. Elle part ensuite à la tête du Parlement européen, puis fera son retour comme ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville en 1993. Enfin, elle entre à l’académie française, élue au premier tour en 2008.

Décédée en 20017, Simone Veil a rejoint les grands Hommes du Panthéon, accompagnée dans cette dernière et honorifique demeure par Antoine, l’époux d’une vie.

Cette femme magnifique à la forte personnalité, très combative, a toujours défendu les femmes, leur droit au travail, à une certaine autonomie à la fois financière et professionnelle. Rescapée des camps, épouse et mère, féministe brillante, totalement engagée, ayant une forte exigence morale, Simone Veil a marqué durablement son époque.

Penser à elle, c’est aussi se souvenir, pour ne jamais oublier que rien n’est jamais définitivement gagné, pas même la liberté.

Les différentes années de la vie de Simone Veil s’entendent facilement ici grâce au graphisme fait d’une alternance de tons pastels, jaune, bleu ou gris. Dommage il n’y a pas le vert de ses yeux, mais l’on est très bien projeté d’une temporalité à l’autre. Cela manque peut-être d’un peu de dynamisme, après tout, cette femme s’est battue et a porté haut ses convictions, on aurait pu les imaginer avec parfois un peu plus de luminosité, mais cela passe très bien malgré tout.

Catalogue éditeur : éditions Steinkis & Plon

Un récit intimiste et émouvant sur deux grandes femmes.
Par Annick Cojean, Xavier Bétaucourt, Étienne Oburie

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Elle signe un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Date de parution 28 Mai 2020 / ISBN 9782368462584 / Pages 112 / Prix 18€

Piscine Molitor, Cailleaux et Bourhis

Boris Vian écrivain et musicien, une vie d’artiste

Comment retranscrire en aussi peu de pages la vie multiforme, foisonnante et créatrice de Bison Ravi, cet artiste hors-normes qu’était Boris Vian. Cailleaux pour le dessin et Bourhis pour les textes s’y sont essayé avec talent dans cette BD rééditée à l’occasion du centenaire de Boris Vian.

Dans cette piscine Molitor, Boris Vian se souvient. De l’enfance dans le Cotentin à la faillite familiale à Ville d’Arvray, le changement de vie et de standing est violent lorsque le père doit aller travailler. Puis de ses études brillantes, du travail d’ingénieur au service normalisation de l’AFNOR qui s’il ne paie pas assez lui laisse malgré tout le temps d’écrire des romans. Il y a peu de planches pour parler de sa famille, le frère, les parents, puis sa femme Michèle, son fils, sa fille n’est même pas évoquée. Enfin, on aperçoit Ursula, la dernière compagne.

On le retrouve avec ses failles et ses blessures, son talent et sa créativité sans limite, sa sensibilité et ses angoisses, sa poésie et son inventivité.

Sont bien évoquées les rencontres avec les artistes de son temps, Raymond Queneau, Jacques Prévert, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco ou même Gainsbourg, et surtout sa passion pour le jazz et la musique, pour sa trompinette dont il jouera sans relâche, en sachant pertinemment que c’était au risque d’en mourir, mais aurait-il pu vivre autrement ?

Il avait le cœur malade et a toujours vécu avec ce handicap.  C’est bien son cœur qui le lâchera pendant l’avant-première du film inspiré du roman éponyme J’irai cracher sur vos tombes. Boris Vian meurt à 39 ans en nous laissant une œuvre multiforme, foisonnante, inspirée et magnifique. Qu’il soit Boris Vian, Vernon Sullivan, Bison Ravi, ou le soi-disant traducteur de sa propre œuvre, il aura vécu jusqu’au bout cette vie qui est vraie, puisqu’il l’a imaginée d’un bout à l’autre.

Indiscutablement il faut faire des choix et parfois j’aurais aimé y découvrir un peu plus de choses, mais l’ensemble reste malgré tout très convaincant. Même si il me semble que cela peut être parfois incompréhensible ou restrictif pour qui ne connaitrait pas déjà en grande partie la vie de Vian.

A propos de Boris Vian, et pour avoir cette fois une connaissance absolument exhaustive de sa vie et son œuvre, on ne manquera pas de lire l’excellent Boris Vian, le sourire créateur, de Valère-Marie Marchand.

Catalogue éditeur : Dupuis Collection : Aire Libre

Cette histoire est totalement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre. Boris Vian

Boris Vian était cardiaque ; il considérait que nager en apnée était bon pour son cœur. Pourtant, ce matin du 23 juin 1959, au bord de la Piscine Molitor, il lui reste seulement quelques heures à vivre avant de succomber à une crise cardiaque pendant la projection du film adapté de son roman « J’irai cracher sur vos tombes ».

Hervé Bourhis raconte les derniers instants de ce créateur protéiforme, plongeant dans son passé au plus profond de ses doutes, de ses passions, de ses amours, de ses joies. Les personnages secondaires de cette histoire ont pour noms : Jacques Prévert, Yéhudi Menuhin, Raymond Queneau, Jean-Paul Sartre, Juliette Gréco, Simone de Beauvoir…
Avec élégance et sensibilité, le dessin de Christian Cailleaux restitue ici trente-neuf années d’une vie fascinante.

Réédition à l’occasion des célébrations autour du centenaire de Boris Vian.
Tirage limité à 1500 exemplaires avec dossier complémentaire de 16 pages et jaquette.

Paru le 13/03/2020 / Age du lectorat : 15+ / 88 pages / ISBN: 9791034750405 / Prix : 19.90€