Le peintre hors-la-loi, Frantz Duchazeau

à la rencontre d’un artiste méconnu à la folie dévastatrice

Et si c’était tout simplement ça, la Terreur. Celle des hordes qui parcourent le pays pour tuer sans discernement nobles et ouvriers, gens de cour et subordonnés. Lorsqu’en 1793 le roi Louis XVI meurt sur l’échafaud, nombreux sont également ceux qui perdent la vie ces années là. C’est dans ce contexte que Lazare Bruandet, peintre naturaliste porté autant sur la bouteille que sur la bagarre doit fuir la ville.

Mais suite à un coup de sang et une jalousie mal placée, au retour de chez sa maîtresse il défenestre sa compagne. Il ne trouve de salut que dans la fuite à l’abri de cette campagne qui l’a vu grandir. Déjà difficile du temps de son enfance, la vie y est devenue périlleuse. Sa maison est en ruine, il se réfugie alors chez les moines à qui il finira par apprendre à se défendre contre les milices. Mais aussi à l’auberge où la servante accorte se prend d’amitié pour lui, admirative du travail du peintre.

Partout c’est le chaos. On échappe aux milices pour tomber au mains ou sous les coups de l’armée ou des pillards. Il faut se défendre, mais il faut aussi survivre. C’est ce que fera le peintre dans les forêts qu’il affectionne, lui l’artiste spécialiste de la nature, amoureux de ces paysages qu’il peint à l’envi. Rien ne lui fait peur, cet artiste alcoolique au mauvais caractère a cependant une certaine dextérité à manier l’épée et les armes autant que ses pinceaux.

L’ensemble est porté par un graphisme brut, sombre, fait de peu de traits affinés ou précis, mais plutôt d’une sombre représentation à l’image de cette époque si dangereuse pour ceux qui l’ont connue. Une forme de folie émerge de ces dessins, de ces pages parfois denses et sombres, d’autre fois plus lumineuses, à l’image de l’artiste tout en excès et en fulgurance.

Si le personnage a réellement existé, et si sa folie et son amour de la peinture naturaliste sont bien réels, l’auteur lui a créé une enfance à la hauteur du personnage. Car il semble qu’il a réellement tué sa compagne et fuit dans la forêt de Fontainebleau, poussé par une forme de folie autodestructrice qui transparaît à chaque page. Le peintre parisien joue par ailleurs un rôle décisif dans le développement de l’art du paysage. Il est en totale rupture avec le cadre institutionnel de son époque avec sa pratique de la peinture en plein air dans les forêts environnant Paris.

Quelques œuvres de Lazare Bruandet (1755-1804) peintre français du XVIIIe siècle et paysagiste méconnu.

Catalogue éditeur : Casterman

1793. Louis XVI est condamné à mort tandis que la France est frappée par la Terreur, une véritable guerre civile qui met le pays à feu et à sang. Fuyant la capitale pour trouver refuge à la campagne, un écorché vif au regard inquiétant louvoie dans la forêt. C’est un étrange peintre que voici, dont le nom résonne comme un couperet : Lazare Bruandet a des gestes un peu fous, le verbe haut et le coup d’épée tranchant.
Tiraillé par des souvenirs d’enfance douloureux, hébergé par des moines qui lui demandent de l’aide, Lazare tombe sous le charme d’une jeune aubergiste. L’homme a bien du mal à se retirer de ce monde dont la violence et la bêtise l’agressent, et pour tenter de s’y soustraire, il peint la nature qui le fascine, sans souci d’académisme et de postérité vis-à-vis de son œuvre…

Scénario : Duchazeau, Frantz / Dessin : Duchazeau, Frantz / Couleurs : Drac Parution le 03/03/2021 / ISBN : 978-2-203-20277-1 / Pages : 88 / 20€

Ma double vie avec Chagall, Caroline Grimm

Rencontre exceptionnelle avec Chagall et Bella, sa muse

Chagall en Russie, à Paris, à Berlin,
Chagall l’artiste singulier qui ne suit aucun courant classique ou même novateur de son temps mais trouve sa véritable personnalité et son style,
Chagall apprécié des collectionneurs, des marchands, mais qui mettra pourtant tant de temps à vivre de son art.
Chagall et sa muse Bella, l’amoureuse de toujours, celle qui le connaît depuis l’enfance russe, l’attend, le rejoint, l’épouse, lui donne une fille et reste toute sa vie dans l’ombre de celui qu’elle inspire, accompagne, soutient.
Bella sans qui le génie du maître ne se serait peut être jamais révélé avec la même ampleur.
Chagall et les couleurs, éclatantes, vives, aux compositions uniques, avec ses personnages tout droit sortis d’un rêve et qui parfois, souvent même, s’envolent.

L’artiste et sa façon si singulière de représenter aussi bien les classiques de la religion juive que les Fables ou la Bible. Intemporel, unique en son genre,aussi lumineux que coloré.

Un très beau roman qui se lit avec bonheur, curiosité et intérêt. Si au départ j’ai été surprise par le tutoiement, je m’y suis vite habituée, allant jusqu’à imaginer être à la place du maître, écoutant Bella me raconter notre vie commune.

Caroline Grimm m’a donné envie d’aller voir les tableaux dont elle parle si bien tout au long du roman. Même si j’ai déjà vu à plusieurs reprises des œuvres de Chagall dans divers musées ou expositions, j’ai très envie d’y retourner avec désormais un regard neuf.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Retour sur le destin hors du commun de Moishe Zakharovich Shagalov, pauvre gamin d’un shtetl russe, à qui André Malraux propose la rénovation du plafond du palais Garnier en 1964. Le peintre accepte, refusant d’être rémunéré pour ce qu’il considère comme la consécration ultime par son pays d’adoption. Les douze panneaux sont l’illustration éclatante de son énergie créatrice. Il a alors soixante-dix sept ans.
Dès son arrivée à Paris en 1911 à l’âge de vingt-trois ans, Chagall n’aura de cesse de croire en ses rêves face aux échecs et aux drames qui viendront bouleverser le XXème siècle. À ses côtés, pendant trente-cinq ans et par-delà sa mort en 1944, son amour légendaire, Bella, qui fut sa muse, son modèle et sa première femme. Ils firent ensemble le choix absolu de la beauté, de la couleur et de l’art comme remparts face à l’adversité.

Prêtant sa voix à Bella, l’éternelle fiancée qui survole ses compositions oniriques, Caroline Grimm revisite les toiles, comme autant d’expression des états d’âme du peintre. Invitation au voyage dans l’univers incomparable d’un artiste de génie, Ma double vie avec Chagall célèbre la gloire du cœur, credo du peinte et du couple. De Vitebsk à Paris en passant par Berlin et New York, l’histoire d’une passion flamboyante, à l’image des toiles du maître.

Scénariste, actrice, productrice et réalisatrice, Caroline Grimm publie son premier ouvrage, Moi, Olympe de Gouges, en 2009. Elle l’adapte au théâtre où la pièce rencontre un joli succès. En 2012, son roman Churchill m’a menti, Flammarion, 2014, a été largement salué par la critique. Aux EHO publie deux autres romans, Vue sur mère (2019) et Ma double vie avec Chagall (2021).

EAN : 9782350877686 / Nombre de pages : 240 / 18.00 € / Date de parution : 06/05/2021

Radium Girls, Cy

They paid with their lives. Their final fight was for justice.

Edna, Katherine, Mollie, Albina, Quinta et bien d’autres sont ouvrières à l’United State Radium Corporation dans le New Jersey. Nous sommes en 1918 et à cette époque certains imaginent tous les bienfaits que peut apporter le radium découvert depuis peu par Pierre et Marie Curie. La mode est aux cadrans aux chiffres lumineux, un confort apporté justement par la peinture Undark à base de radium. A longueur de journée, les dials-painters font inlassablement le même geste : lip, dip, paint (porter aux lèvres, tremper, peindre) car il faut lisser le pinceau avec sa salive, puis le plonger dans la peinture, et peindre délicatement.

Ce geste qui aurait pu être anodin devient une véritable bombe à retardement qui détruit inéluctablement le corps des malheureuses. Mais face à une corporation toute puissance et à des intérêts financiers prépondérants, difficile de croire que cette poignée de femmes arrivera à se faire entendre et ébranler le pouvoir en place. On notera que l’usine d’Orange, dans le New Jersey, emploie jusqu’à deux cent cinquante ouvrières.

Après seulement quelques mois de joies et d’amusement, parce qu’après tout ces jeunes femmes ont la vie devant elles et l’envie d’en profiter, des maladies se déclarent. Rien ne leur sera épargné. Elles tombent littéralement en miettes, il s’avère que le radium se loge dans les os qu’il va progressivement ronger. Mais on ne leur reconnaît pas le fait que leur mort puisse être liée à leur emploi. Aussi celles qui restent, et tant qu’elles en auront l’énergie, vont mettre leurs dernières forces dans la bataille pour faire reconnaître la maladie du travail.

Grâce à leur courage, leur force et leur opiniâtreté, leur calvaire aura malgré tout servi à changer les lois pour les travailleurs outre-Atlantique, un combat mortel qui n’a pas été vain.

Il faut rappeler qu’en France on a interdit ces fameux cadrans au radium en 1962 seulement (voir article ici)

La BD de Cy est vraiment passionnante et tellement émouvante. Déjà, la couverture semble irradier. Puis avec très peu de couleurs, ce vert si caractéristique du radium et un dégradé de mauve, elle parvient à donner vie – et mort – aux Radium Girls, à leur combat, à nous les faire aimer à la fois joyeuses et insouciantes, solidaires et unies dans le bonheur comme dans le malheur et dans la lutte, inoubliables bien qu’oubliées pendant de bien longues années.

On ne manquera pas d’aller également voir le site The radium Girls ou encore cet article sur les peintures luminescentes

Sur la photo, des verres en ouraline (ce terme désigne un objet en verre ou en cristal de couleur jaune avec des reflets verts) ce dichroïsme est dû à l’uranium et plus précisément à un oxyde d’uranium, l’urane (ou uranyle) qu’ils contiennent. On en trouve encore dans quelques brocantes.

Catalogue éditeur : Glénat

Des destins de femmes sacrifiées sur l’autel du progrès.

New Jersey, 1918. Edna Bolz entre comme ouvrière à l’United State Radium Corporation, une usine qui fournit l’armée en montres. Aux côtés de Katherine, Mollie, Albina, Quinta et les autres, elle va apprendre le métier qui consiste à peindre des cadrans à l’aide de la peinture Undark (une substance luminescente très précieuse et très chère) à un rythme constant. Mais bien que la charge de travail soit soutenue, l’ambiance à l’usine est assez bonne. Les filles s’entendent bien et sortent même ensemble le soir. Elles se surnomment les « Ghost Girls » : par jeu, elles se peignent les ongles, les dents ou le visage afin d’éblouir (littéralement) les autres une fois la nuit tombée. Mais elles ignorent que, derrière ses propriétés étonnantes, le Radium, cette substance qu’elles manipulent toute la journée et avec laquelle elles jouent, est en réalité mortelle. Et alors que certaines d’entre elles commencent à souffrir d’anémie, de fractures voire de tumeur, des voix s’élèvent pour comprendre. D’autres, pour étouffer l’affaire…

La dessinatrice Cy nous raconte le terrible destin des Radium Girls, ces jeunes femmes injustement sacrifiées sur l’autel du progrès technique. Un parcours de femmes dans la turbulente Amérique des années 1920 où, derrière l’insouciance lumineuse de la jeunesse, se joue une véritable tragédie des temps modernes.

Parution : 26.08.2020 / Format : 200 x 265 mm / Pages : 136 / EAN : 9782344033449

Prix BD Lecteurs.com 2021

Blanc autour, Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Il est long le chemin vers l’égalité et l’éducation pour toutes

En 1832, dans le Connecticut, la petite ville de Canterbury est une bourgade paisible.
Prudence Crandall est la directrice d’un pensionnat pour jeunes filles. Nous sommes trente ans avant l’abolition de l’esclavage toujours pratiqué dans les états du sud. Dans cette région les noirs sont libres mais restent des personnes à part dans la vie des villages. Aussi lorsque Prudence décide d’accepter des jeunes filles noires, puis de consacrer son école à elles seules, les citoyens ses déchaînent.

Peu de temps auparavant Nat Turner, un jeune noir instruit, avait fomenté une révolte d’esclaves qui s’est terminée dans les sang par le massacre de soixante personnes. Nat Turner, l’esclave qui savait lire, donne une image désastreuse de l’éducation des noirs à ces américains à qui cela convient parfaitement car ils peuvent ainsi continuer à pratiquer la ségrégation en toute impunité, et refuser l’accès à l’éducation aux noirs. Et à des femmes de surcroît.

Un sujet passionnant, qui montre d’un côté la position désastreuse et ségrégationniste des blancs, les actions entreprises, légales ou pas, pour contraindre celles qui souhaitent l’éducation de toutes et pour empêcher les jeunes filles d’y avoir à accès. De l’autre, le courage et la détermination de ces jeunes femmes à s’instruire, et de Prudence Crandall, précurseur dans ce domaine et qui œuvrera à l’égalité de l’accès à l’éducation toute sa vie.

Quelques pages en fin de BD restituent la vie de différents protagonistes, leur rôle dans l’éducation des jeunes filles et l’abolition de l’esclavage. Le graphisme est intéressant, stylisé, à la fois déterminé par certains traits ou couleurs, et parfois assez flou pour laisser nos esprits compléter les scènes.

Catalogue éditeur : Dargaud

1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles. Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah.
La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace. Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante. Pour les habitants de Canterbury, instruction… Lire la suite

Date de parution : 15.01.2021 / 144 pages / 19,99€ / ISBN/EAN : 9782505082460

Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono

Le destin de Nejiko Suwa et de son Stradivarius pendant le seconde guerre mondiale

Nejiko Suwa est depuis son plus jeune âge attirée par la musique occidentale, et par le violon en particulier. Une formation à cet instrument ne peut être exhaustive, même si elle est enseignée par les plus grands musiciens japonais, que si elle est complétée par un séjour en France auprès des maîtres de son temps. La jeune femme part à Paris parfaire sa formation et étudier avec Boris Kamensky.

Mais la guerre est là, et le Japon est l’allié de l’Allemagne et de l’Italie. En 1943, c’est à Berlin de Nejiko reçoit des mains de Goebbels le Stradivarius qui va l’accompagner toute sa vie. Instrument magnifique qu’elle protège comme si sa propre vie en dépendait. Mais dont elle ignore l’origine. Est-ce un bien spolié à Lazare Braun, le musicien juif déporté avec sa famille à Auschwitz ? Si tel est le cas, Herbert Gerigk ne le lui avouera jamais. Pourtant, la jeune musicienne a bien du mal à apprivoiser les sonorités de cet instrument fabuleux, tant il est vrai que ce dernier a une âme, peut être celles de ses propriétaires successifs. Elle va de concert en concert, protégeant son instrument et peut-être elle aussi par cette forme de déni et de candeur affichés face aux atrocités de la guerre qu’elle semble ne jamais voir.

Le roman alterne plusieurs points de vue et adopte plusieurs formes. Essentiellement celui du narrateur, un musicien de jazz chargé de récupérer le Stradivarius , qui n’en est peut être pas un, mais plutôt un Guarini. Et celui de Nejiko à travers des extraits de son journal, ou dans les différentes étapes de sa carrière et de sa vie, de Paris à Berlin, des États Unis au Japon, en cette période si compliquée de la seconde guerre mondiale et de l’après guerre.

L’auteur a su mêler avec talent les connaissances historiques sur la place du Japon à cette période charnière du XXe siècle, la vie à Berlin ou à Tokyo, les tractation politiques et les règlements de compte de l’après guerre. La place de la musique et l’importance de poursuivre une carrière au service de celle-ci, quelles que soient les circonstances, y compris au mépris de l’image que l’on projette, en particulier lors de périodes troubles. Ce qui provoque d’interminables discussions, surtout hélas des années après et hors contexte, quand on essaie de comprendre de telles attitudes. Ce qui est vrai d’ailleurs pour la plupart des artistes qui ont continué à travailler pendant les différentes guerres ou conflits.

Le roman évoque aussi les tragédies de la guerre, la spoliation des biens juifs envoyés en masse en Allemagne, la déportation et la mort de millions de juifs, les villes bombardées, la fidélité sans faille des japonnais envers leur empereur et leur pays, (fidélité forcée, quand le choix est la mort ou l’indignité…), les atrocités commises par les japonais et les jugements des crimes de guerre. Enfin, on y rencontre Goebbels et les dignitaires allemands, mais aussi l’empereur Hirohito et Mac Arthur, Miles Davis et Boris Vian, Juliette Greco et Pablo Picasso pour ne citer qu’eux.

La musique est présente mais seulement comme un fil rouge ténu qui vient rappeler la passion de Nejiko, à travers les grands artistes de son époque, de ceux qui l’ont entourée et dont elle s’est inspirée, qu’ils soient chefs d’orchestre, musiciens ou compositeurs. Un premier roman très qui nous fait également re-découvrir les liens politiques et culturels existants entre les grandes nations au XXe, en particulier après la seconde guerre mondiale.

Lire également les chroniques de Les instants de lecture, Des plumes et des livres, Squirelito

Catalogue éditeur : Slatkine et Cie

Le roman vrai de Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise à qui Joseph Goebbels offre un Stradivarius à Berlin en 1943, au nom du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. Le violon a été spolié à Lazare Braun, un musicien juif assassiné par les nazis. Nejiko n’arrive d’abord pas à se servir de l’instrument. Le violon a une âme. Son histoire la hante. Après guerre, Félix Sitterlin, le narrateur, musicien de la brigade de musique des Gardiens de la Paix de Paris est chargé par les autorités de la France Libre de reconstituer l’histoire du Stradivarius confisqué. Il rencontre Nejiko qui finit par lui confier son journal intime.

Paru le 7 janvier 2021 / 240 pages – Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-171-6

Le tatoueur d’Auschwitz, Heather Morris

Trouver la lumière au cœur de l’enfer

Avril 1942, dans le train qui les emporte depuis plusieurs jours vers ils ne savent quelle destination, les hommes attendent de savoir quel travail on va leur demander.
Lale a vingt-quatre ans, il est parti de Slovaquie pour sauver sa famille, enfin, ça c’est ce qu’on leur a fait croire, l’histoire nous a appris ce qu’il en était réellement. Car chaque famille juive devait remettre un homme de plus de dix-huit ans aux autorités pour l’envoyer travailler pour les allemands.

Le train s’arrête à l’entrée du camp d’Auschwitz, là où « Le travail rend libre » là où l’horreur sera chaque jour plus difficile, plus intolérable, plus dramatique. Lorsqu’on lui attribue son numéro, Lale ne sait pas encore que celui-ci sera gravé à tout jamais dans sa chair.
Il se fait une promesse, sortir vivant de cet enfer, quel que soit le prix à payer, quoi qu’il lui en coûte.

D’abord utilisé pour construire avec d’autres travailleurs les nouveaux blocs qui vont accueillir les innombrables déportés, Lale est rapidement remarqué par Pepan, le tatowierer. A compter de ce jour, il va tatouer sur les bras des nouveaux déportés ce chiffre qui deviendra leur seul repère dans ce monde qui n’a plus rien d’humain.

Le jour où il doit marquer des femmes, il croise le regard de Gita, c’est alors le coup de foudre, immédiat, irréversible. Mais peut-on aimer au milieu de l’enfer, des crématoires, des horreurs perpétrées par Menguélé, du typhus qui décime ceux qui survivent au froid, à la faim, aux privations, à la folie dévastatrice des SS ou même des Kapos.

Des années plus tard, Lale révèle l’histoire de sa vie à Heather Morris, et lui demande de l’écrire pour qu’éclate aux yeux du monde la beauté de cet amour qui les a sauvés. Impossible de lâcher ce roman-récit. Émotion, colère, les sentiments que l’on ressent à cette lecture sont foison mais elle nous permet de ne pas oublier qu’une lumière est parfois au bout de l’enfer.

Si le ton m’a semblé parfois presque trop neutre, sans affect, il a pourtant le mérite de dire sans prendre parti et c’est aussi en cela qu’il est intéressant. Les dernières pages montrent bien le pourquoi de ce ressenti, lorsque Lale explique comment il a choisi celle qui allait raconter son histoire.

Bien sûr, ceci est un roman, et l’on ne demande pas forcément à un romancier d’écrire l’histoire en respectant les faits à la virgule près. Pour ceux que ça intéresse, on peut lire à ce sujet l’excellent document du Mémorial d’Auschwitz

Catalogue éditeur : J’ai Lu

L’histoire vraie d’un homme et d’une femme qui ont trouvé l’amour au cœur de l’enfer.
Sous un ciel de plomb, des prisonniers défilent à l’entrée du camp d’Auschwitz. Bientôt, ils ne seront plus que des numéros tatoués sur le bras. C’est Lale, un déporté, qui est chargé de cette sinistre tâche. Il travaille le regard rivé au sol pour éviter de voir la douleur dans les yeux de ceux qu’il marque à jamais.
Un jour, pourtant, il lève les yeux sur Gita, et la jeune femme devient sa lumière dans ce monde d’une noirceur infinie. Ils savent d’emblée qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Dans cette prison où l’on se bat pour un morceau de pain et pour sauver sa vie, il n’y a pas de place pour l’amour.
Ils doivent se contenter de minuscules moments de joie, qui leur font oublier le cauchemar du quotidien. Mais Lale fait une promesse à Gita: un jour, ils seront libres et heureux de vivre ensemble.

Traduction (Anglais) : Jocelyne Barsse

Paru le 06/01/2021 / 256 pages – 111 x 178 mm / EAN : 9782290233795 / 7,90€

Mademoiselle Coco et l’eau de l’amour, Michelle Marly

Marcher dans les pas de Coco Chanel à la recherche d’un parfum iconique et intemporel

Comment est né ce parfum inoubliable et reconnaissable entre tous, le Chanel N°5, parfum iconique qui fête ses cent ans cette année et deviendra la marque de fabrique de Gabrielle Chanel. Le cinq qui était par ailleurs son chiffre fétiche, sans doute celui de la chance. C’est ce que l’on découvre dans le roman de Michelle Marly.

Après le décès de Boy dans un accident de voiture en décembre 1919, Coco n’arrive pas à se remettre du chagrin et de l’immense tristesse qui la submergent. Après dix années passées avec l’amour de sa vie, le deuil est insupportable. Ses amis les plus chers tentent de lui redonner le goût de vivre. Mais c’est le travail acharné et l’envie de poursuivre l’œuvre commencée avec Boy à travers leur projet de réaliser une Eau de Chanel, qui vont l’aider à se maintenir en vie.

Secondée par Misia, l’amie inséparable, elle rencontre François Coty. Déjà célèbre, le parfumeur l’initie aux métiers du parfum. De la fabrication à la conception du flacon, de l’emballage à la communication, elle veut tout connaître. Et avant tout, s’attelle à la recherche de la fragrance unique et inoubliable, celle qui fera de son parfum celui que toutes les femmes désirent car il est la marque de leur personnalité, celle que les autres retiennent, inégalable et intemporel.

Coco fait une rencontre fortuite avec un mouchoir brodé venu de Russie, un objet mythique que porte religieusement le grand Serge de Diaghilev, l’impresario des Ballets russes exilé à Paris. Car les senteurs du Bouquet de Catherine qui s’en échappent seront à l’origine des nombreuses recherches demandées à Coty et ses parfumeurs pour tenter de trouver la formule magique, hélas sans succès. Jusqu’au jour où le prince Dimitri Pavlovitch Romanov, l’ami de cœur de Coco, lui donne accès aux secrets du sérail en lui faisant rencontrer le créateur du parfum, celui qui deviendra par la suite le Chef parfumeur des Parfums Chanel, Ernest Beaux.

C’est un court laps de temps dans la vie de Coco Chanel, de 1919 à 1922. Une période très précise qui va de la mort de Boy jusqu’à la création et au lancement du parfum que l’auteur a choisi d’explorer avec talent. Elle nous fait rencontrer les artistes du Tout Paris de la Belle époque, la Côte d’Azur où de nombreux Russes Blancs exilés trouvent refuge, et découvrir ceux qui ont croisé sa route. De Serge de Diaghilev à Igor Stravinsky, de Picasso à Jean Cocteau, de Dimitri Pavlovitch Romanov à l’inséparable Misia Sert, sont présents ceux qui ont jalonné sa vie et ont compté pour elle. Une biographie romancée qui conjugue élégance et intimité, que j’ai eu grand plaisir à découvrir et qui nous fait vivre un moment marquant de la vie de Mademoiselle Chanel. Les recherches faites par l’auteur rendent le récit crédible sans toutefois l’alourdir, laissant malgré tout la place à l’imaginaire de l’auteur qui fait de cette créatrice remarquable un véritable personnage de roman.

Cette lecture s’ajoute à celle du roman de Mélanie Benjamin La dame du Ritz, où l’on croise Coco Chanel pendant la période plus trouble de la seconde guerre mondiale, alors qu’elle vivait au Ritz. Mais aussi l’excellente biographie qu’est Coco avant Chanel, le film de Anne Fontaine avec Audrey Tautou, qui se termine justement au moment où commence ce roman.

Lecture à compléter peut-être par « Le n°5 de Chanel », la biographie non autorisée, de Marie-Dominique Lelièvre (éditions J’ai lu) que je n’ai pas encore lu !

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Traducteur : Dominique Autrand

Hiver 1919-1920 : Après la perte brutale et tragique du grand amour de sa vie, Gabrielle Chanel, appelée Coco, traverse une terrible crise existentielle. Ni son entourage ni son travail ne réussissent à la sortir d’une tristesse profonde. Jusqu’au jour où elle se rappelle leur dernier projet commun : créer sa propre eau de toilette.
Bien que Coco ne connaisse rien au métier des grands parfumeurs, elle va se lancer corps et âme dans cette folle aventure afin de rendre un hommage éternel à l’homme perdu. Sa persévérance va lui permettre de repousser ses limites, et l’aider peu à peu à revenir parmi les vivants. Tout en donnant naissance à une des plus grandes et des plus belles créations de la parfumerie, le N°5…

Date de parution : 07/01/2021 / EAN : 9782265144170 / Nombre de pages : 400 / Format : 140 x 210 mm / 20.90 €

Le château de mon père, Versailles ressuscité

Comment Pierre de Nolhac, conservateur passionné, a fait du Versailles de la IIIe république un fleuron du patrimoine français

Quatre chapitres pour dire le retour à la vie de l’un des musées préféré des français et des touristes qui visitent la France. L’arrivée à Versailles (1887-1892), la redécouverte de Versailles (1892-1900), Versailles à la mode (1900-1913), Versailles entre guerre et paix (1914-1936). Puis un dossier composé de nombreuses photos et portraits pour conclure cette BD.

En 1887, Pierre de Nolhac est nommé conservateur du château de Versailles, pas vraiment une promotion quand on comprend dans quel état il est, et surtout quel est l’intérêt que porte le ministère de la culture, ou plutôt son équivalent de l’époque, pour ce château qui incarne encore si fort la monarchie et l’ancien régime. Pierre de Nolhac s’installe alors au château avec femme et enfants. D’autres enfants suivront, nés dans ce cadre certes somptueux mais qui dévore totalement la vie de Pierre de Nolhac, au détriment et pour le malheur de son épouse et de sa progéniture.

Henri, l’un de ses fils, nous conte ici son histoire. Il vient rendre visite à son père en mai 1935. Celui-ci est désormais conservateur du musée Jacquemart-André, très affaibli, il fini de rédiger ses mémoires sur les heures vécues dans le château de Louis XIV.

Les auteurs mêlent subtilement l’histoire de la renaissance de Versailles à celle du délitement de la famille de Pierre de Nolhac. Cet homme si passionné par son métier et par ce qu’il envisage de faire à mesure de ses découvertes du château et de ses trésors n’aura pas su vivre à la fois son métier et sa vie de famille. Son absence ou son indifférence devant les nombreuses naissances, les décès de certains de ses enfants qui affectent durablement son épouse, puis le départ de celle-ci, montrent qu’il n’aura jamais su gérer avec autant de ferveur sa vie personnelle.

Par contre, la résurrection du palais de Versailles, la façon dont il a été protégé en particulier pendant la seconde guerre mondiale, les œuvres cachées ou exfiltrées en province, le Grand Canal et les nombreuses fenêtres occultés, et cette énergie mise à restaurer sans le dénaturer ce splendide ouvrage que l’Histoire lui a confié, parfois en se battant contre sa propre hiérarchie, toujours réalisés grâce à la passion et au dévouement de Pierre de Nolhac, ont fait de ce musée le magnifique château que nous pouvons visiter avec tant de bonheur aujourd’hui.

Au niveau du graphisme, le parti pris du noir et blanc, avec ses dessins esquissés aux visages ou aux traits parfois à peine définis, nous plonge dans le passé avec une subtilité qui ne se voit pas forcément de prime abord, mais qui devient vite une évidence. Rendant parfois bien sombre le majestueux Palais du Roi Soleil, sans doute pour être en symbiose avec ce qu’il était à cette époque. La grande qualité de cet album vient aussi des éléments historiques fouillés, de véritables révélations pour certaines, tant il semble évident au commun des mortels dont je suis que ce château a toujours connu la même splendeur et le faste que nous pouvons admirer aujourd’hui. Même si j’ai le souvenir, à mesure de mes visites depuis près de cinquante ans, de l’ouverture de nouvelles salles, de nouveaux meubles, de restaurations aussi splendides et prodigieuses les unes que les autres. Car le travail de restauration et de conservation des grands musées, du patrimoine que nous a légué l’histoire est sans fin. Ce roman graphique a enfin l’avantage d’être créé en partenariat avec le château de Versailles et par des auteurs qui connaissent et maîtrisent parfaitement leur sujet, cela se sent et renforce la crédibilité et l’intérêt de cette lecture.

Passionnés d’histoire, de Versailles, ou simplement amateur de romans graphiques qui nous apprennent l’Histoire en nous racontant des histoires, ce livre est fait pour vous.

Catalogue éditeur : Le Château de Versailles avec la Boîte à Bulles

Comment imaginer que, voici moins de 150 ans, le château de Versailles était presque tombé dans l’oubli ?
Lorsque Pierre de Nolhac s’y installe en 1887 avec femme et enfants, il s’aperçoit bien vite que le palais du Roi-Soleil n’intéresse plus grand monde en ces temps républicains. Il faudra au jeune attaché devenu conservateur du château toute son énergie et sa détermination pour redonner au lieu ses lettres de noblesse… Mais à quel prix ?
Henri de Nolhac, le fils de Pierre, nous conte sa vie de famille et de château, un récit mêlant joies et drames, petite et grande histoire…

Scénario : Maïté Labat et Jean-Baptiste Véber
Storyboard : Stéphane Lemardelé et Alexis Vitrebert
Dessin : Alexis Vitrebert

2019 / 22 x 30 cm, 170 p., 24 € / ISBN 978-2-84953-347-5

Brûlant était le regard de Picasso, Eugène Ébodé

Pas un roman sur Picasso mais la biographie romancée d’une femme qui traverse le siècle et parle à nos émotions

J’y découvre une héroïne émouvante et attachante. Mado est née à Édéa en Afrique d’un père suédois et d’une mère camerounaise sur les bord de la rivière rouge et blanche. Toute petite elle est élevée par son père. Mais très vite celui qui est reparti en Suède pour voir sa famille se trouve bloqué là-bas car la seconde guerre mondiale vient de débuter. Tout change alors dans la vie de Mado.
Face à l’inquiétude des combats et de la guerre, et alors que son époux Jacques a pris les armes pour défendre la France libre, sa « mère d’adoption » quitte le Cameroun pour Perpignan, via le Maroc et Constantine. La rencontre avec le général De Gaulle ou l’armée du général Leclerc, les troupes françaises libres qui “blanchissent” leurs régiments à la libération de Paris, sont des épisodes marquants de ces années-là. L’arrivée à Perpignan est pour Mado une plongée dans un autre monde. L’école, la religion qu’elle embrasse sans que ce soit celle d’aucun de ses parents biologiques, tout change. Elle prend désormais conscience de sa couleur de peau, car la belle métisse attire les regards et ce n’est pas toujours un bonheur pour la jeune femme.
Jusqu’au jour où elle rencontre Marcel, l’homme de sa vie. À Céret où ils s’installent, le couple rencontre les grands artistes de son époque, Chagall, Matisse, Dali, Miro, et « Brûlant était le regard de Picasso » sur la belle Mado. Ils œuvrent ensemble pour la promotion et la protection de l’art et des artistes et pour la création du musée d’art moderne qui abrite en particulier les donations de Picasso.

J’ai aimé partager la vie et les tourments de Mado enfant, en quête de sa famille biologique, de cette mère qu’elle a longtemps crue morte mais qu’elle retrouvera finalement. Une héroïne au destin si lumineux malgré les nombreuses blessures de l’enfance, une femme à la fois forte et fragile et que l’on se prend à aimer si fort. Mais également entendre les difficultés des pays africains pendant la colonisation et la décolonisation, par ceux qui les ont vécues, que ce soit le point de vue des colons ou celui des africains.
Il faut dire que l’écriture d’Eugène Ébodé est magnifique, le style travaillé et de grande qualité. Il nous entraîne dans cette vie que nous avons tous envie de connaître. Car Mado, ou Madeleine Petrasch est âgée de 84 ans et vit à Céret. Cette femme forte, mère et grand-mère si attachante, n’est pas sortie de l’imagination de l’auteur mais est bien un personnage important de l’histoire de la ville. La créatrice de l’association des amis du musée de Céret a traversé le siècle et connu tant de chagrins et de joies.
Une superbe biographie romancée que je vous recommande vivement.

Pour aller plus loin, on ne manquera pas d’aller visiter le site de l’auteur https://www.eugene-ebode.fr/

Catalogue éditeur : Gallimard

À quatre-vingts ans passés, Mado, née d’un père suédois et d’une mère camerounaise, vit à Perpignan et se souvient : de son enfance à Edéa, au Cameroun, sur les bords de Rivière blanche et rouge, avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et ses bouleversements. Elle revoit son départ inattendu vers la France où l’entraîne une mère adoptive aux nerfs fragiles. Les voici en escale à Témara, au Maroc, ovationnant le général de Gaulle venu stimuler la 2ème DB du général Leclerc en route vers le débarquement en Normandie. Lui revient aussi son escale à Constantine, en Algérie, où la Victoire des Alliés s’achève dans des explosions de joie mais aussi de colère. Arrivée à Perpignan, Mado déplore et le froid et les regards de biais sur une Métisse chagrine qui, longtemps, a cru sa mère biologique morte.
C’est à Céret que Mado deviendra l’amie et l’égérie secrète de plusieurs artistes de renom : Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali…

Collection Continents Noirs / Publication date: 14-01-2021 / 256 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072914850 / 20,00€

Henriquet, l’homme reine

Une vision lucide et sans concession du règne d’Henri III

Décidément, Richard Guérineau s’attelle à nous faire découvrir des rois méconnus ou mal aimés. D’abord avec l’adaptation du roman de Jean Teulé Charly 9. Dans cette BD il déroulait le funeste parcourt du roi Charles IX décédé à vingt trois ans. Un roi devenu fou à la suite du massacre de la saint-Barthélémy qu’il avait ordonné pour plaire à sa mère Catherine de Médicis. Avec Henriquet, l’homme reine, il nous propose un portrait singulier et détonnant de son frère Henri III le méconnu. Enfin, méconnu au moins pour quelqu’un comme moi qui pourtant vient de Pau et de Navarre, patrie du bon roi Henri IV.

Lorsque Charles IX décède, le royaume est en pleine guerre de religion, la Saint-Barthélemy n’est pas seulement un souvenir, c’est un massacre dont la portée est toujours prégnante dans la population. Catherine de Médicis fait revenir son fils Henri de Pologne. Le roi s’enfuit sans délai pour regagner Paris et succéder à son frère sur le trône du Royaume de France .

Mais ce roi n’a pas vraiment l’envergure de ses prédécesseurs. Efféminé, portant bijoux et beaux habits aux tissus soyeux et chatoyants, il détone dans le paysage. Dès son accession au trône en 1574, les guerres de religions vont à nouveau s’enchaîner, laissant le pays exsangue. Il devra surtout gérer de nombreux conflits avec le Duc de Guise, les Malcontents du Duc d’Alençon, ou même son beau-frère Henri IV. Quand tout le monde veut prendre votre place, la lutte est parfois sans merci. Il décède en 1589, assassiné par le moine Jacques Clément.

Mais ce qui ressort avant tout de ce roman graphique, c’est la personnalité du roi, sa façon de se vêtir, les affinités avec ses mignons, son besoin d’une hygiène corporelle parfois bien mal compris par ses pairs, ses nombreux problèmes de santé, son fort dégoût de la chasse et des armes, contraires aux habitudes de la cour et à l’image que l’on se fait d’un roi courageux et puissant guerrier. L’homme est décrit avec ironie et justesse, et l’on sent tout au long du récit une grande connaissance de l’époque et du personnage. Cela n’empêche pas l’auteur de se permettre un humour décapant et fort à propos. En même temps, il démontre si besoin était que loin de mériter les nombreuses critiques que lui ont fait ses contemporains comme les historiens qui se sont penchés sur son règne, cet homme là n’est sans doute pas né à la bonne époque, ce qui ne lui a pas permis de prendre sa véritable dimension.

Tout au long du récit, Richard Guérineau alterne des procédés graphiques différents qui rendent vivant et très actuel l’ensemble. Il ne se fige à aucun moment dans un style ou un autre. Les couleurs au début assez violentes et criardes s’apaisent à mesure que l’on prend la dimension du personnage, et c’est tant mieux. Le ton est alerte, direct, humoristique et critique. J’ai appris énormément de choses sur Henri III l’homme reine.

Pour poursuivre après la lecture : Le roi Henri III crée en 1578 l’ordre du Saint-Esprit, un ordre de chevalerie très prestigieux qui rassemble autour de la personne royale les gentilshommes les plus distingués de la haute société (ceux que l’on a appelé ses mignons). Son manteau d’apparat est visible au musée de la légion d’honneur à Paris.

Catalogue éditeur : Delcourt

Après sa brillante adaptation du Charly 9 de Jean Teulé, Richard Guérineau réalise sa propre suite consacrée à Henri III. Ce roman graphique dense et drôle révèle une période historique aussi complexe que passionnante. Mai 1574. Charles IX meurt, laissant son royaume déchiré par les guerres de Religion et toujours sous le choc du massacre de la Saint- Barthélemy. Catherine de Médicis rappelle son fils cadet Henri, alors roi de Pologne… Henri III aura surtout marqué l’Histoire par ses mœurs et ses frasques, avérées, qui auront masqué l’incroyable complexité politique à laquelle a dû faire face ce monarque atypique.

Scénariste, Illustrateur, coloriste : Richard Guérineau

Collection Mirages / EAN 9782756070827 / Dimensions 19.8 x 26.3 x 2 cm / Pages : 192 / Prix : 22,95€ / Paru le 1 mars 2017