Vie de David Hockney de Catherine Cusset

Vous n’avez pas vu l’exposition David Hockney au centre Pompidou ? Moi non plus, aussi la frustration était grande de ne pas avoir eu la possibilité de mieux le connaître. Mais depuis j’ai lu Vie de David Hockney de Catherine Cusset, et j’ai eu l’impression d’avoir rencontré l’artiste.

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Lorsque j’ai ouvert le roman de Catherine Cusset, j’ai plongé tête la première, et je suis partie passer une nuit dans la vie de David Hockney ! Si, si, car les mots sont tellement vivants, passionnants, l’écriture tellement prenante, que j’ai vraiment eu l’impression de passer quelques heures à ses côtés, un véritable bonheur, impossible de lâcher ce livre.

Né en 1937 en Grande Bretagne, le jeune David connait une enfance heureuse, choyée, dans une famille aisée du Yorkshire. Ses parents comprennent sa passion et lui permettent de faire des études dans une école d’art.  David est prêt à innover, à casser les codes, bousculer les habitudes, autrement dit, il veut créer et faire ce que lui plait ! Bien lui en prend car très tôt, la vente d’une de ses œuvres va lui permettre de quitter l’Angleterre pour les États Unis. Puis de s’installer en Californie. Là, David Hockney va trouver l’inspiration, la lumière et les couleurs qui feront ce style inimitable emblématique de sa personnalité artistique. Là il va également trouver, puis perdre, l’amour, mais aussi une forme de liberté. Car en Californie à cette époque là, contrairement au vieux continent, si vous êtes homosexuel, vous n’avez pas besoin de vous cacher, vous pouvez vivre votre passion au grand jour. Le bonheur en somme… mais il va vivre tout cela à une époque difficile, celle du sida, qui verra disparaitre les amis intimes ou simplement proches, la perte de ses êtres chers sera une épreuve à surmonter pour continuer à vivre. Sa volonté, son sens artistique unique, et son goût de la vie vont l’aider à toujours inventer. Artiste novateur, de ses années de jeunesse à celles d’un déclin inéluctable, il va essayer de nouvelles techniques car c’est un homme qui avance et qui ose.

Alors j’avoue, j’ai passé une nuit avec David, avec cet artiste, cet homme si créatif, qui ose, qui dépasse les convenances, qui m’a passionnée lorsque j’ai découvert ce que l’auteur a fait transparaitre de sa vie, ses sentiments, ses amours, ses interrogations… J’ai vraiment eu l’impression de vivre à ses côtés pendant quelques heures et de parcourir sa vie. Et puis, bien évidemment, j’ai ensuite voulu retrouver toutes ces œuvres dont j’ai découvert la genèse et que j’avais l’impression de déjà bien connaître.

Ce roman est magnifique ! Bien sûr, Catherine Cusset nous parle d’un artiste connu, vivant, et que nous ne rencontrerons sans doute jamais de notre vie. Mais je vous l’assure, les lignes dansent les pages se tournent, et vous avez l’impression de voir David Hockney chez lui, ou chez ses amis, de le voir peindre ces toiles si bien décrites que vous n’avez même pas besoin de chercher pour savoir laquelle est dans telle ou telle scène. Vous les voyez, vous voyez l’eau, la piscine, les amants et les amours de l’artiste, les bonheurs et les chagrins, l’ombre et la lumière, la vie et la mort autour de lui. Vous êtes à ses côtés et c’est superbe de vérité. Catherine Cusset a un grand talent de conteuse, un talent pour poser un regard particulier sur  cet artiste et rendre vivants, humains et présents les personnages de Vie de David Hockney. Elle réussi à faire de cette vie un roman,  une belle histoire que l’on n’a pas envie de lâcher, bien au delà d’une banale biographie.

Domi_C_Lire_vie_de_david_hockney_catherine_cusset_1💙💙💙💙💙

Merci Catherine Cusset pour la belle dédicace, digne du maître !
Retrouvez Catherine Cusset sur son blog : Catherine Cusset 
Lire aussi l’avis de Céline du blog Arthémiss


Catalogue éditeur : Gallimard

 «Peut-être n’éprouverait-il plus jamais de passion comme celle qu’il avait sentie pour Peter, peut-être n’y aurait-il plus d’union parfaite, mais il restait la perfection de l’amitié, la beauté des cyprès sur les collines et la joie que donnait le travail. Et s’il oubliait Peter, s’il réussissait à vivre sans lui, ce dernier ne reviendrait-il pas? Personne n’était attiré par la tristesse et la mélancolie. Mais par la gaieté, la force, le bonheur, oui.»

Né en 1937 dans une petite ville du nord de l’Angleterre, David Hockney a dû se battre pour devenir un artiste. Il a vécu entre Londres et Los Angeles, traversé les années sida et secoué le monde de l’art avec une vitalité et une liberté que n’ont entamées ni les chagrins amoureux, ni la maladie, ni les conflits, ni le deuil. Sous la plume incisive de Catherine Cusset, ce livre à mi-chemin du roman et de la biographie dresse un portrait intime, émouvant, habité, du peintre anglais vivant le plus connu.

192 pages, 140 x 205 mm / Parution : 11-01-2018  / Achevé d’imprimer : 01-12-2017 / ISBN : 9782072753329

 

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Fugitive parce que reine. Violaine Huisman

Un premier roman qui a la force de l’amour et la puissance de la folie. « Fugitive parce que Reine » de Violaine Huisman est un roman à découvrir absolument !

Domi_C_Lire_fugitive_parce_que_reine.jpgLe jour de la chute du mur de Berlin est aussi le jour de la chute de la mère de Violaine, 10 ans. Ce jour-là, Catherine est emportée dans une camisole de force et l’image se brise. Finie la mère extravagante, superbe, excessive, elle devient simplement une femme maniacodépressive. La vérité va peu à peu apparaitre de la vie de cette femme splendide, séductrice et fantasque, hors des clous, en marge d’une société qui ne pourra jamais la comprendre, mais qui sera à jamais adulée par ses filles.

Catherine porte en elle les plaies ouvertes de son enfance. Suite à un mariage qu’elle n’a pas voulu, Jacqueline, sa mère, n’acceptera jamais cette enfant qu’elle rejette et dépose comme un fardeau encombrant pendant quatre longues années à l’hôpital Necker. Pourtant, Catherine est belle, intelligente, impulsive et vive, mais aucune de ses qualités ne lui permettra jamais de gagner l’amour de sa mère.

Toute sa vie, elle noiera ses difficultés à vivre dans l’alcool, les cigarettes, les médicaments. Elle qui se brisera les pieds à danser et danser encore, pauvre ballerine bancale avec une jambe plus courte que l’autre qui la handicape, avec acharnement et constance elle montera avec succès une école de danse dans le sud. Elle qui conduit comme une folle, à contre sens ou sur les trottoirs, prenant tous les risque y compris quand ses filles sont dans la voiture, aura colères et élans d’amour envers ses filles adorées. Elle qui accumule et collectionne maris, amants, ou amantes, aimera pourtant d’un amour fou le père de ses filles, qui chaque jour sera présent malgré la rupture. Catherine et son langage de charretier, y compris envers ses filles, Catherine et ses manières de grande bourgeoise bien installée dans les codes de la haute société, Catherine et son amour inconditionnel pour ses filles qu’elle traite pourtant si souvent à la dure. Catherine femme, amante, mère, excessive et entière en tout, y compris dans la maladie.

Construit en trois parties, le roman explore les sentiments de Violaine, auteur et narratrice, l’amour fou qui cimente la vie de cette mère et ses deux filles, l’amour toujours entre les deux sœurs, quand l’une ne peut pas dormir sans tenir la main de l’autre. Puis la vie de Catherine, ses émotions, ses tentatives de vivre normalement, ses désespoirs et ses échecs qui la rendent encore plus émouvante à nos yeux de lecteurs. Enfin, la fin annoncée de celle que ses filles adulent et respectent, ayant à son égard des sentiments plus maternels que filiaux.

Fugitive, elle l’est cette femme, face à cette vie qui ne la comprend pas, Reine aussi,  pour ses filles et tous ceux qui l’aiment d’un amour inconditionnel, au-delà de la maladie et de la folie. Wouhaou, quelle puissance, quelle écriture ! Que d’émotions ressenties à la lecture de Fugitive, parce que reine, cette biographie romancée. Il se dégage une force de ce premier roman qui vous laisse un peu pantois. L’ écriture est vraiment étonnante, emplie de poésie et de violence, d’amour et de souffrance, l’auteur arrive à retranscrire avec justesse et en usant de degrés de langage très différents des sentiments antinomiques, la folie et l’amour, la solitude et le bonheur, la vie en somme.

💙💙💙💙💙

Lire également la chronique de Virginie du blog Les lectures du mouton


Catalogue éditeur : Gallimard

 « Maman était une force de la nature et elle avait une patience très limitée pour les jérémiades de gamines douillettes. Nos plaies, elle les désinfectait à l’alcool à 90 °, le Mercurochrome apparemment était pour les enfants gâtés. Et puis il y avait l’éther, dans ce flacon d’un bleu céruléen comme la sphère vespérale. Cette couleur était la sienne, cette profondeur du bleu sombre où se perd le coup de poing lancé contre Dieu.»

Ce premier roman raconte l’amour inconditionnel liant une mère à ses filles, malgré ses fêlures et sa défaillance. Mais l’écriture poétique et sulfureuse de Violaine Huisman porte aussi la voix déchirante d’une femme, une femme avant tout, qui n’a jamais cessé d’affirmer son droit à une vie rêvée, à la liberté.

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 11-01-2018 / 256 pages, 140 x 205 mm / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072765629

Où passe l’aiguille. Véronique Mougin

« Où passe l’aiguille » de Véronique Mougin,  roman à la fois sombre et empli d’un espoir hors du commun, fait pleurer et sourire, et reste en mémoire pour longtemps.

IMG_4839.JPGA Beregszasz, en Hongrie, Tomi, quatorze ans,  est un jeune garçon bien dans son temps qui aime monter aux arbres et regarder les filles de la maison d’à côté, pas de gentilles copines d’école mais bien de celles qui attendent les messieurs. Il préfére jouer avec ses copains, Hugo ou Matyas,  plutôt qu’apprendre sérieusement le métier de son père. Car son père, Herman Kiss, est tailleur pour homme. Passionné par ce travail, il rêve de transmettre son savoir-faire à son fils.

Perché dans son arbre, Tomi rêve de voyages en Amérique et souhaite un jour porter la salopette bleue des plombiers, car ça correspond à l’image qu’il se fait d’un métier d’homme. Tomi est maladroit, mais ne fait pas d’effort pour apprendre le métier de son père qu’il rejette au plus profond de lui. Et puis la famille, et sa mère, sont-ils réellement ce qu’ils semblent être ? Tomi aimerait se révolter, il prend ses distances avec sa mère, avec son père. Comme tout adolescent en crise. Situation banale et très actuelle à priori. Sauf que Tomi n’est pas né au bon endroit ni à la bonne époque. Car en Hongrie, en 1944, il ne fait pas bon être juif…

Tomi et sa famille partent avec des milliers d’autres dans les wagons plombés vers Auschwitz-Birkenau. Dès leur arrivée au camp, les femmes et les jeunes enfants sont séparés des hommes. Sa mère et son petit frère disparaissent alors de sa vie. Ensuite, ce sera Buchenwald, puis Dora-Mittelbau. A chaque étape de ce calvaire, son père reste son seul recours, son seul ancrage vers la normalité, dans ces camps de concentration où l’horreur, la violence gratuite, la misère, la famine, les maladies et la mort seront leur quotidien.

Là, affecté à l’atelier de couture, il trouvera une forme de salut dans le geste qui sauve, celui qui recoud les plaies ouvertes du tissu témoin de tant d’horreur, celui des tenues des prisonniers. Là, lui le malhabile arrivera à sauver sa jeune vie en participant avec son père à ce travail de réparation.

Arrive ensuite Bergen-Belsen en Allemagne et la libération du camp par les américains, et ces hommes enfin libres mais dont la vie ne tient qu’à un fil. Puis le difficile retour des survivants à Beregszasz, leur ville qui entre temps a changé de pays, parmi ceux qui ne pourront jamais les comprendre, ceux qui se sont tus, ceux qui n’ont rien fait et ne veulent pas voir. Et l’attitude de chacun de ces rescapés, si différente, se taire ou parler ? Se taire pour survivre, car se souvenir de trop d’horreur peut vous anéantir, ou parler parce qu’il ne faut jamais oublier ? Mais Tomas Kiss va fuir encore, vers Paris qui sera son refuge, la ville où il va renaitre et enfin vivre.

Jusqu’au jour où l’auteur décide de poser sur le papier les méandres de cette vie, parce qu’il faut dire, parce qu’il faut se souvenir, parce qu’il ne faut jamais oublier que même le pire peut à nouveau arriver. Ou est-ce pour nous faire comprendre que même du pire peut surgir le meilleur, et que le courage, l’envie de vivre, de connaitre le bonheur ne sont pas des évidences ? C’est d’ailleurs ce que nous dit Tomas :
Les gens normaux éprouvent rarement la simple joie de vivre. … Moi je sens le camp, je l’entends, j’entre malgré moi dans le boyau noir du souvenir, mais quand j’en sors, le bonheur d’être en vie se jette sur moi, il m’emplit, il m’étouffe.
En vérité cousine, je n’en revient pas d’avoir vécu et de vivre encore.

L’auteur rythme le récit de la vie de Tomi en faisant parler des personnes différentes, qui exposent leur vision de ce qu’il se passe et donnent une belle ampleur au texte, rendant une certaine humanité à ces différents protagonistes qui l’ont croisé à un moment ou un autre sa vie. Véronique Mougin trouve les mots justes pour exprimer aussi bien la légèreté que l’horreur, avec une finesse d’analyse des situations, des tempéraments, des caractères, qui fait vivre le lecteur au plus près de la monstruosité des camps.

J’avais déjà aimé l’écriture de Pour vous servir, son précédent roman, tout en trouvant parfois que le fond de l’intrigue était plus léger. Là c’est tout en profondeur et en émotion que l’auteur nous entraine, dans un roman qui a une puissance, une humanité, un souffle et une énorme dose d’espoir et de lumière qui emporte son lecteur. Où passe l’aiguille est un roman magnifique, car même pour dire l’indicible il est possible d’écrire un roman superbe.

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Catalogue éditeur : Flammarion

Et voici Tomas, dit Tomi, gaucher contrariant, tête de mule, impertinent comme dix, débrouillard comme vingt, saisi en 1944 par la déportation dans l’insouciance débridée de son âge – 14 ans. Ce Tom Sawyer juif et hongrois se retrouve dans le trou noir concentrationnaire avec toute sa famille.

Affecté à l’atelier de réparation des uniformes rayés alors qu’il ne sait pas enfiler une aiguille, Tomas y découvre le pire de l’homme et son meilleur : les doigts habiles des tailleurs, leurs mains invaincues, refermant les plaies des tissus, résistant à l’anéantissement. À leurs côtés, l’adolescent apprendra le métier.

Des confins de l’Europe centrale au sommet de la mode française, de la baraque 5 aux défilés de haute couture, Où passe l’aiguille retrace le voyage de Tomi, sa vie miraculeuse, déviée par l’histoire, sauvée par la beauté, une existence exceptionnelle inspirée d’une histoire vraie.

Paru le 31/01/2018 / 458 pages / 150 x 221 mm Broché / EAN : 9782081395558 / ISBN : 9782081395558

 

Un océan, deux mers, trois continents. Wilfried N’Sondé

Un océan, deux mers, trois continents, de Wilfried N’Sondé est un roman étonnant empreint d’une grande humanité qui vous donne foi en l’Homme.

Domi_C_Lire_un_ocean_deux_mers_trois_continents.jpgLui, c’est Nsaku Ne Vunda, né autour de 1583 au Kongo. Élevé par les missionnaires de l’orphelinat qui l’avait recueilli, car son père est mort en allant chercher des secours pour aider sa femme à accoucher, sa mère est décédée en couches. C’est dire si cet enfant avait décidé de vivre envers et contre tous. Il sera ordonné prêtre sous le nom de Dom Antonio Manuel.

Les habitants du Kongo avaient pour habitude de s’offrir entre eux femmes, enfants ou hommes, captifs de leurs familles, opposants, prisonniers de guerre. Depuis le début de ce siècle et sous l’impulsion des portugais, la traite va prendre une toute autre ampleur et les échanges deviennent véritablement un commerce florissant.

En 1604, appelé par le roi Alvaro II, Dom Antonio manuel se voit confier une mission secrète, partir en ambassadeur auprès du pape Clément VIII. Deux fonctions vont être confiées à cet émissaire du roi, le représenter auprès de la cour à Rome et assoir l’importance du Kongo en le libérant de la tutelle commerciale des portugais, mais surtout, partir en émissaire du roi pour plaider la cause des esclaves et tenter d’obtenir l’abolition de cette infamie. Mais le voyage va s’avérer plus long et bien plus difficile que prévu, et ce qui devait être un aller simple vers la méditerranée va se transformer en un périple de plusieurs années à travers Un océan, deux mers, trois continents.

L’auteur nous transporte dans une époque, dans les pensées du prêtre, ses sentiments et ses hésitations. Nous le suivons par-delà le temps vers la réalisation de sa mission. S’il s’avère parfois bien innocent face aux réalités, il finira pourtant par arriver jusqu’à Rome au prix de bien des efforts,  de souffrances, et d’aventures à la fois rocambolesques, dramatiques et atttachantes.

Un océan, deux mers, trois continents est un roman étonnant et terriblement humain. Wilfried N’sondé nous fait regarder autrement ce buste de marbre noir installé dans la cathédrale Sainte Marie-Majeure de Rome, celui de cet homme désormais connu sous le nom de Nigrita et qui vécut dans un XVIIe siècle partagé entre esclavage, flibusterie, servage et Inquisition.

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Si vous avez aimé ce livre, vous aimerez peut-être La saison de l’ombre ou Crépuscule du tourment par Leonora Miano.

Ou encore Bakhita par Véronique Olmi.


Catalogue éditeur : Actes Sud

Il s’appelle Nsaku Ne Vunda, il est né vers 1583 sur les rives du fleuve Kongo. Orphelin élevé dans le respect des ancêtres et des traditions, éduqué par les missionnaires, baptisé Dom Antonio Manuel le jour de son ordination, le voici, au tout début du XVIIe siècle, chargé par le roi des Bakongos de devenir son ambassadeur auprès du pape. En faisant ses adieux à son Kongo natal, le jeune prêtre ignore que le long voyage censé le mener à Rome va passer par le Nouveau Monde, et que le bateau sur lequel il s’apprête à embarquer est chargé d’esclaves…

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Janvier, 2018 / 11,5 x 21,7 / 272 pages / ISBN 978-2-330-09052-4 / prix indicatif : 20, 00€

Ombres parmi les ombres. Isabelle Lacamp

Retrouver Denos, toujours et encore, dans « Ombre parmi les ombres » le roman d’Isabelle Lacamp, et l’accompagner dans les derniers jours de sa vie avec beaucoup d’émotion.

Domi_C_Lire_ombre_parmi_les_ombres.jpgL’un de mes énormes coups de cœur de lecture en 2017 est le roman de Gaëlle Nohant Légende d’un dormeur éveillé qui m’a redonné envie de mieux découvrir l’œuvre et la vie de Robert Desnos. Je ne pouvais que me précipiter dans la lecture du roman d’Isabelle Lacamp Ombres parmi les ombres qui évoque les derniers mois de la vie de Robert Desnos, cette période dramatique de son arrivée au camp de Terezin jusqu’à sa mort.

En mai 1945, alors que le camp est déjà libéré, l’espoir de revenir à Paris et de revoir ceux qu’il aimait tant pouvait effleurer le poète. Pourtant, même faible et malade, il trouve le temps et l’énergie pour sourire et donner espoir à ceux qui l’entoure et partagent ces moments de souffrance. La faim, la maladie, la faiblesse auront raison de celui qui lit les lignes de la main à ses coreligionnaires en leur décrivant de leur avenir pour qu’ils y croient eux-mêmes.

Desnos et aussi celui qui parle aux enfants de Terezin et de tous les camps, à ces pauvres rescapés qui n’ont aucun avenir si ce n’est l’espoir et l’envie de survivre à l’horreur. Il remarque Léo Radek, l’un de ces enfants de Terezin qui à son tour va s’intéresser à lui et tenter de l’aider à survivre encore un peu. Tenir le temps que les bourreaux quittent la piste, le temps que les forces de libération arrivent. Mais ce temps-là, Desnos ne l’aura pas, faible et atteint de ce typhus qui le détruit, il partira sans avoir revu les siens, reconnu par un jeune infirmier qui admire le poète et saura dire où il était, où il est mort.

Tout au long de ces pages, Isabelle Lacamp fait parler Desnos et ses amis, fait émerger les souvenirs. Il évoque sa vie d’avant, les surréalistes, Breton ou Aragon, Yvonne la tant aimé qui le lui a si mal rendu, Yvonne et l’opium qui balaie toute dignité mais aussi toute souffrance, Youki la si belle qui sera son dernier et grand amour, et tous ses amis qui l’attendent et qui l’espèrent. Mais aussi des ennemis qui l’ont condamné à cette mort si injuste en ne tentant pas de le sauver lors de cette rafle qui le conduira de camps en camps vers cette mort aveugle, injuste, banale.

Si je n’ai pas retrouvé le souffle, la densité et l’émotion de Légende d’un dormeur éveillé, j’ai cependant aimé retrouver Desnos. Le poète est toujours aussi émouvant, positif, chaleureux envers les autres, même au seuil d’une mort qui l’attend et l’emporte peu à peu. Un roman émouvant et optimiste parce qu’il nous insuffle de l’énergie et par la leçon de vie que nous donne Robert Desnos.

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Catalogue éditeur : éditions Bruno Doucey

Mai 45, libération du camp de Terezin. Un air de jazz siffloté par un petit tchèque aux oreilles en choux-fleurs bouleverse l’un des rescapés des camps qui vient d’échouer ici, au terme d’une longue marche de la mort. L’enfant s’appelle Leo Radek. Il est le dernier enfant survivant de Terezin, antichambre de la mort pour des milliers de juifs, où les nazis parquèrent des artistes pour servir de vitrine en une sordide mascarade. Lui aussi est bouleversé par la rencontre qu’il vient de faire : cet homme décharné, fiévreux, au regard bienveillant et si transparent, parle ce français qu’il aime, et c’est un poète. Il s’appelle Robert Desnos. Comme un grand frère protecteur, le poète qui se meurt, trouve encore une fois les mots. Une rencontre inoubliable où la poésie triomphe sur la barbarie, et où l’humour est plus fort que la mort.

Collection Sur le fil dirigée par Murielle Szac / Des romans où le destin d’un poète croise la grande Histoire / Pages : 192 / Prix  : 16 € / ISBN : 978-2-36229-165-4

Sarah Bernhardt, le garçon manqué. Michel Quint

Artiste, tragédienne ayant une préférence pour les rôles masculins, mais qu’est-ce qui a suscité le destin  Sarah Bernhardt ? Jolie découverte que cette série destinée aux jeunes.

Domi_C_Lire_sarah_bernhardtDe Michel Quint j’avais aimé, et maintes fois offert, Effroyables jardins qui est pourtant un roman portant sur un sujet difficile, mais où les sentiments contradictoires sont magnifiquement mis en mots par l’auteur.
Dans Sarah Bernhardt, le garçon manqué point de tragédie sur fond de guerre, mais l’évocation du destin de la grande Sarah Bernhardt au moment où elle entre en scène pour jouer l’Aiglon. Elle se souvient… Pour Sarah Bernhardt, l’enfance sera une succession de pensionnats, couvents, des années à se chercher et à comprendre pourquoi elle était faite. Elle qui bien qu’intelligente ne brillait dans aucune matière scolaire classique a très tôt ressenti  sa passion pour le théâtre.

Destins extraordinaires est une série  proposée par les éditions Le Duc. S jeunesse  dirigée par Fabienne Blanchut. Elle se propose de faire écrire par de grands romanciers renommés et reconnus le destin de personnages célèbres, en particulier le ou les moments qui ont fait basculer leur destin vers ce qui deviendra leur raison d’être, leur avenir.

Ponctués d’illustrations de David Pillet, ces Destins extraordinaires sont un très bon moment de lecture, racontant des anecdotes et des faits ayant pour la plupart réellement existé. Un point intéressant, les notes de bas de page pour expliquer des mots, des expressions, pour une meilleure compréhension du texte par le jeune public auquel ces destins extraordinaires sont destinés. Un excellent moyen, ludique et  attrayant, de raconter l’Histoire autrement, pour le plus grand plaisir des lecteurs.


Catalogue éditeur : éditions le Duc.s

En mars 1900, alors qu’elle attend d’entrer en scène, costumée en homme, pour la première de L’Aiglon, Sarah Bernhardt se souvient d’événements de son enfance, un rôle d’ange et la rencontre d’un militaire, qui ont suscité sa vocation de tragédienne et son envie de rôles masculins. Son destin de garçon manqué.

Décrite par la sensibilité de Michel Quint, voici l’enfance passionnante de celle qu’on surnommait « La Divine ».

 

Nos Richesses. Kaouther Adimi

Et si « Nos richesses » communes étaient celles de l’esprit, de l’amitié, de la culture ? Le roman de Kaouther Adimi, est une belle évocation d’un homme, Edmond Charlot, et d’une librairie unique en son genre à Alger, librairie que l’on peut toujours découvrir aujourd’hui.

Domi_C_Lire_kaouther_adimi_nos_richessesL’histoire se déroule des années 30 à aujourd’hui. Le lecteur plonge dans trois récits en parallèle. Celui de la vie d’Edmond Charlot, qui a créé le 3 novembre 1936  au 2 bis de la rue Charras  (devenue Hamani) à Alger, la librairie « Les Vraies richesses ». Le nom de la librairie est choisi en hommage au roman de Giono qui vient alors de paraître. Puis son journal, qui raconte les étapes importantes de sa vie, enfin celui de Ryad, jeune ingénieur venu en stage pour vider la librairie de son fonds, pour préparer les lieux mythiques à devenir la boutique d’un marchand de beignets, bien plus lucrative que le livre, opposition entre les nourritures terrestres et les autres, celles de l’esprit, peut-être ?

Charlot est né pour être éditeur. Il va commencer par éditer des inconnus. Il a tout juste vingt ans, lorsqu’il édite  « Révolte dans les Asturies », et un tout jeune homme débutant, Albert Camus. Il faut dire qu’il avait rencontré la déjà fameuse Adrienne Monnier, dans sa libraire parisienne, et avait été convaincu. Dire aussi que son père travaillé pour Hachette, les livres étaient présents dans son univers, et son grand-père lui avait offert  « Croix de Bois » de Dorgelès, dédicacé par l’auteur, il y a de quoi vous faire aimer l’objet littéraire ! Pourtant à cette époque, Edmond Charlot ne sait pas encore que sa vie entière sera tournée vers la littérature, qu’il deviendra libraire, mais aussi découvreur de talents, éditeur, inventeur génial aussi, car c’est lui qui créé la quatrième de couverture, les rabats, et pense à mettre un résumé et une présentation de l’auteur. Cette passion dévorante le mènera à Paris, où il crée une seconde librairie en pleine tourmente, à une époque où le papier et l’encre sont des denrées aussi rares que l’alimentation pour qui ne collabore pas, ou qui deviennent aussi des biens impossibles à trouver si l’on est nouveau sur le marché du livre après-guerre. Il connaitra l’enthousiasme de la création, mais aussi les déceptions, les aléas, les revers de fortune, lui qui n’en eut jamais beaucoup en fin de compte. Et surtout ces revers plus difficiles à admettre, ceux des amis avec qui il travaille ou qu’il édite, mais qui le trahissent ou partent vers d’autres éditeurs, Gallimard par exemple, quand Les Richesses ne peuvent plus leurs payer droits d’auteurs ou publications.

A Alger aujourd’hui, il y a toujours un vieil homme qui se tient sur le trottoir d’en face, tellement étrange avec son drap blanc sur les épaules. C’est le vieil Abdallah, celui qui a tenu sa vie durant les registres de la librairie, qui a une relation fusionnelle ave les livres, lui qui ne savait même pas lire, et n’était d’ailleurs même pas attiré par les livres, mais qui avait si bien compris leur importance dans la vie de chacun, dans l’accomplissement des rêves, dans le moyen de dire les choses.

On découvre dans ce roman à la fois la passion d’Edmond Charlot pour le livre, et tout un univers, celui du monde du livre, libraire indépendant, éditeur, diffuseur, dénicheur de talent. Mais également la période de la colonisation, puis les affres de la seconde guerre mondiale et de la guerre d’Algérie en trame de fond parfois si dramatique de cette vie qui défile devant nous.

L’écriture est à la fois assurée et lumineuse, mêlant le réel à la liberté de l’écrivain qui réinvente les vides, recrée les dialogues, fait revivre ses personnages, Kaouther Adimi réussi le tour de force de nous entrainer dans les pas d’Edmond Charlot, de nous faire lire son journal imaginaire, et marcher à ses côtés pendant toutes cette période foisonnante de créativité, d’amitié, et parfois aussi de tristesse. Mais le sentiment qui reste après cette lecture est indiscutablement celui d’une magnifique rencontre.

Quel bonheur de rencontrer Kaouther Adimi lors de la soirée avec lecteurs.com, sa présence lumineuse et ses mots pour parler de son roman, de l’Algérie de son grand-père, mais aussi de l’Algérie de toujours, comme un plaisir de lecture démultiplié ! A noter, le roman de Kaouther Adimi est arrivé en tête du palmarès des Explorateurs de la rentrée littéraire sur lecteurs.com


Catalogue éditeur : Seuil

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Le Paraïs, la maison de Jean Giono dans la Montée des Vraies richesses à Manosque

En 1935, Edmond Charlot a vingt ans et il rentre à Alger avec une seule idée en tête, prendre exemple sur Adrienne Monnier et sa librairie parisienne. Charlot le sait, sa vocation est d’accoucher, de choisir de jeunes écrivains de la Méditerranée, sans distinction de langue ou de religion. Placée sous l’égide de Giono, sa minuscule librairie est baptisée Les Vraies Richesses. Et pour inaugurer son catalogue, il publie le premier texte d’un inconnu : Albert Camus. Charlot exulte, ignorant encore que vouer sa vie aux livres, c’est aussi la sacrifier aux aléas de l’infortune. Et à ceux de l’Histoire. Car la révolte gronde en Algérie en cette veille de Seconde Guerre mondiale. Lire la suite…

Date de parution 17/08/2017 / 17.00 € TTC / 224 pages / EAN 9782021373806