Beautiful Boy, Tom Barbash

Hommage à John Lennon, à travers les relations compliquées d’un père et son fils

A New-York, à l’angle de la 72e rue et de Central Park West, se dresse le Dakota building. Un immeuble que peu de non initiés connaissaient avant ce 8 décembre 1980, lorsque Mark David Chapman est venu y rencontrer un certain John Lennon.

Le Dakota building est cet immeuble où vivent non seulement de nombreuses célébrités comme Lennon, mais aussi la famille Winter. Le père Buddy est un célèbre animateur de télévision. Enfin, célèbre jusqu’à ce qu’il ne craque et quitte la scène en plein direct. Son fils Anton vient de rentrer d’Afrique. Il s’était engagé dans les Peace Corps pour fuir une relation tendue avec son père. Aujourd’hui Anton revient soigner un paludisme qui aurait pu lui être fatal, et ne peut donc pas repartir. Père et fils travaillaient ensemble, ce qui ne rend pas évidente l’émancipation de l’emprise paternelle. Son père Buddy doit quant à lui se refaire une santé, mais professionnelle cette fois. Il demande à nouveau à Anton de le seconder comme du temps de sa gloire télévisuelle.

Sa mère est une ancienne actrice qui tout abandonné pour laisser le devant de la scène à son mari. Aujourd’hui elle participe activement à la campagne pour l’investiture Démocrate de Ted Kennedy. Et se demande s’il ne faudrait pas sérieusement se mettre à travailler tant les économies s’épuisent alors que le capital confiance de Buddy n’est pas au zénith. Une grande sœur rebelle, et un petit frère joueur de tennis viennent compléter la famille.

Au hasard des rencontres, par l’entremise d’amis, mais aussi en prenant le même ascenseur -ça aide- Anton va se lier avec John Lennon. Tous deux sont amoureux de la voile, John va embaucher Anton pour une traversée épique jusqu’aux Bahamas. Et tous deux auront ensemble quelques projets. Mais l’avenir ne sera pas forcément celui dont ils rêvent…

Ce que j’ai aimé ? Le fait que tout soit dit avec douceur, sincérité, émotion. La façon dont l’auteur décortique les relations parfois compliquées qui se tissent et se défont dans les familles, dans un couple, entre frères et sœurs, mais en particulier ici entre le père et le fils. L’un et l’autre s’appréciant, mais un fils a parfois besoin de s’affirmer en opposition au père pour se réaliser. C’est toute cette complexité amour-haine qui et bien décryptée ici.

Mais aussi ce rappel de l’Amérique des années 80, la transformation de New-York, ville tentaculaire dans laquelle Manhattan tient une place prépondérante, en particulier son rayonnement dans le milieu de l’art. En faisant travailler la mère d’Anton dans la campagne de Ted Kennedy, l’auteur apporte une touche concrète, et montre la réalité de l’Amérique de Jimmy Carter, les otages au Liban, les gréves, les médias qui s’invitent dans la campagne électorale, etc. Musiciens, acteurs, artistes de tous poils interviennent dans la vie de la grosse pomme, cette ville qui ne dort jamais à la créativité extravagante. J’y suis allée une première fois en 1976, et plusieurs fois depuis, j’ai eu l’impression de la retrouver en filigrane dans ce roman.

Enfin, je me souviens bien de ce petit coin de Central Park, à hauteur de la 72e, et son Strawbery Field (forever) memorial, en permanence fleuri, discret parterre de mosaïque sur lequel les fans de John Lennon continuent à apporter un témoignage de leur amour et de leur fidélité par delà la mort.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

New York, 1980. A l’angle de la 72e Rue et de Central Park West, le Dakota Building impose sa silhouette étrange et légendaire. De retour d’une mission humanitaire en Afrique, le jeune Anton Winter y retrouve ses parents et l’appartement familial. Son père, Buddy, animateur vedette de la télévision qui a fui les projecteurs après une dépression nerveuse, lui demande alors de l’aider à relancer sa carrière. Or, dans cet immeuble où l’on croise Mick Jagger, Gore Vidal Lauren Bacall ou Ted Kennedy, vit aussi un certain John Lennon, qui pourrait être utile à Buddy pour reconquérir le cœur du public. Mais à mesure qu’Anton s’investit dans sa mission et se lie d’amitié avec le chanteur, il ne peut que remettre en question l’influence de son père sur ses propres ambitions, tandis qu’un certain Mark David Chapman s’apprête à faire couler le sang…

Après Les Lumières de Central Park, Tom Barbash signe un magnifique roman, entre récit d’apprentissage et fresque sociale, qui interroge la célébrité et les relations père-fils, tout en faisant revivre le New York de sa jeunesse et l’auteur de « Beautiful Boy », chanson que Lennon dédia à son fils Sean sur son dernier album.

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse. Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.
30 Septembre 2020 / 140mm x 205mm / 416 pages / 22.90 € / EAN13 : 9782226442147 / ePub 15.99 € / EAN13 : 9782226452450

Mon inventaire 2020

Janvier 2021, Domi C Lire 6 ans déjà

Domi C Lire est un rendez-vous quotidien indispensable pour partager ma passion et vous donner je l’espère quelques envies de lecture.

2020 était une drôle d’année avec des mois de confinement, des jours que l’on n’a pas vu passer, et souvent l’impression de perdre son temps, de ne pas avancer…

Heureusement l’envie de lire et de partager mes coups de cœur était toujours là. Que ce soit à propos de nouvelles lectures, de rencontres (trop rares cette année) avec des auteurs, d’expositions, de musées, théâtres et les villes ou les lieux que j’ai découvert et partagé ici.

Il y a beaucoup moins d’expositions, musées, théâtre, mais on se rattrapera en 2021 j’espère. Alors avec un peu plus de 190 livres tous genres confondus lus en 2020, combien en reste-t-il ? En tout cas, impossible de n’en garder que 10 comme je pensais le faire au départ…

Voici Mon inventaire 2020

Ces premiers romans bouleversants

Ces romans qui m’ont fait vibrer

Ces thrillers qui m’ont sortie du quotidien

Une envie de voyage

Une incursion réussie en littérature étrangère

Une BD, parce que Boris Vian !

La dame du Ritz, Mélanie Benjamin

Au Ritz, Claude et Blanche Auzello, un couple inoubliable et attachant

De 1923 à 1945, suivre Blanche Ross, devenue Blanche Auzello, et Claude son époux, amoureux, parfois volage, toujours attentionné. Lorsqu’ils se rencontrent à l’hôtel Claridge la jeune américaine et le futur directeur du Ritz ont déjà un secret en commun.

Viennent les années fastes, le luxe du Ritz dans lequel ils passent de plus en plus de temps. Elle, assise au bar, sous les lumières rose abricot voulues par César Ritz car elle donnent un si joli teint aux femmes. Avant Blanche, le bar du Ritz n’était pas autorisé aux femmes, dorénavant elle y écoute les derniers potins mondains, vêtue de robes et de bijoux somptueux. Lui, fait tourner cet hôtel, véritable étendard du luxe à la française.
Hemingway, Coco Chanel et tant d’autres aiment à venir là où l’on se doit d’être.

Mais les années de guerre et l’installation des hauts dignitaires nazis dans l’hôtel vont vite effacer l’insouciance et le rêve. Comment continuer à faire fonctionner le palace alors que le bruit des bottes a remplacé celui des éclat de rires, comment continuer alors que souvent le matin, il manque de employés, arrêtés, interdits de travail car juifs, puisque si l’armistice a été déclarée, la guerre et l’envahisseur sont dans Paris.
Chacun à sa manière Blanche comme Claude vont réagir face à cet ennemi installé dans ce fleuron du luxe et de l’insouciance, et dans le pays. Entrer en résistance n’est pas chose facile, pourtant l’un comme l’autre vont œuvrer pour aider leur pays dans le plus grand secret. L’un comme l’autre perdant un temps fou pour réellement se connaître et se respecter.

Mélanie Benjamin fait revivre ce couple au parcourt flamboyant et légendaire dont on avait bien peu entendu parler il faut l’avouer. C’est passionnant, émouvant et parfois bouleversant. L’écriture, le rythme, l’intrigue font de ce roman un vrai plaisir de lecture malgré le contexte difficile de la seconde guerre mondiale. J’ai aimé découvrir ce couple inoubliable et attachant.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Rien ne peut arriver au Ritz : dans ce temple du luxe qui autorise les caprices les plus farfelus, le prestige protège de tout. Même du pire, pense-t-on avant que l’armée allemande n’occupe Paris en juin 1940. Les hauts dignitaires nazis, dont Hermann Göring, investissent l’hôtel ; les portiers élégants sont remplacés par des soldats aux portes d’entrée. L’insouciance cède à la peur.
Pour Blanche Auzello, l’épouse du directeur du Ritz, cette réalité est insupportable. La Dame du Ritz, une américaine rebelle et intrépide, n’est pas femme à se résigner. Mais comment faire ? Dans le palace où le bruit des bottes étouffe désormais les rires, Blanche comprend que sa seule issue est le mensonge. D’autant qu’elle cache  un secret qui pourrait mettre sa vie et celle de son époux en danger, mais aussi ternir la légende du Ritz…
Avec le talent qui a fait le succès des Cygnes de la Cinquième avenue, Melanie Benjamin, s’inspirant de faits réels, nous plonge dans les coulisses du Ritz sous l’Occupation avec ce roman étincelant, portrait d’une femme inoubliable.


21.90 € / 28 Octobre 2020 / 140mm x 205mm / 400 pages / EAN13 : 9782226443731

Betty, Tiffany McDaniel

Betty, un grand roman, une héroïne inoubliable

Elle s’appelle Betty, mais son père aime l’appeler sa Petite Indienne, lui le cherokee se retrouve dans la peau brune, le regard et les cheveux noirs de sa petite fille. Betty est née dans une famille de huit enfants ; elle ne les connaîtra pas tous car des décès précoces dans la fratrie laisseront des blessures éternelles dans le cœur des parents.

Issue d’une famille aisée, sa mère Alka est blanche, belle, froide. Elle épouse Landon Carpenter, cet homme qu’elle s’est choisi presque par hasard et qui ne correspond pas aux rêves et aux exigences de ses parents. Mais si elle reste avec son époux, elle n’aura jamais un seul élan d’amour envers Betty, cette enfant qui lui ressemble si peu.

Landon Carpenter est un cherokee qui devra rouler sa bosse et faire de nombreux petits boulots qui vont entraîner sa famille à travers les États-Unis. Jusqu’à leur retour et leur installation dans la petite ville de Breathed en Ohio, où réside la famille d’Alka. Affaibli par le travail, souvent humilié du fait de sa couleur de peau, il est un père aimant et attentif. Landon a l’habitude de raconter de belles histoires féeriques, et les mythes du peuple amérindien cherokee, et cet homme bon qui connaît la nature, les plantes, et les légendes émerveille chaque jour ses enfants.

Elles sont trois sœurs, complices autant que rivales, soudées par une affection sincère. Très différentes l’une de l’autre, chacune avec ses rêves et ses espoirs de vie meilleure. L’une veut devenir actrice, l’autre être enfin libre à la ville. Betty écrit des poèmes, mais souvent aussi les événements qui surviennent dans la famille. Les moments difficiles, comme ces témoignages de maltraitance à peine soutenables, sont couchés sur le papier. Puis elle les enferme dans des bocaux qu’elle enterre sous la terrasse, comme pour les anéantir, les oublier à jamais. Et qui sait peut-être un jour les retrouver et pouvoir les dévoiler à tous.

Betty est la seule ayant les caractéristiques des indiens cherokee, ce qui en fait inlassablement le souffre douleur de son école. Mais quelle violence également entre la mère et cette fille qui attend et espère un peu d’amour, mais ne recevra que la douleur et le poids des secrets de sa mère, de sa sœur, de toute la famille.

Betty raconte essentiellement les années de l’enfance à l’âge adulte, dans la ruralité de l’Amérique de la moitié du XXe siècle. Ce roman ne peut absolument pas laisser indifférent. Il tient à la fois du conte magique et du plus noir et violent roman social. Car rien n’est épargné aux femmes de cette famille, inceste, viol, violence, suicide, haine, racisme, mais aussi déni, solitude et silence, sont le lot de chacune. Si l’auteur interroge sur la place des femmes dans la société américaine, elle nous donne aussi une belle leçon sur la nature, le pouvoir des plantes et des médecines naturelles trop souvent oubliées.

L’écriture, le rythme, l’intensité des sentiments déployés, tout m’a émue, embarquée, mais aussi choquée, attristée, parfois aussi fait sourire, comprendre, espérer. Plus de sept-cent pages qui se lisent sans même s’en rendre compte, tant on est porté par Betty, par les rêves et les histoires magiques de son père, par l’amour que l’on ressent au milieu de tant de haine et de souffrance. Et quel bel hommage au pouvoir de l’écriture.

L’auteure s’est inspirée de la vie de sa propre mère, elle-même métisse cherokee, pour construire ce roman qui prend aux tripes, sublime et difficile témoignage en particulier sur la place des femmes, fort et puissant, intemporel, aussi beau que dramatiquement triste.

Comment survit-on quand les personnes censées nous protéger le plus sont justement les monstres qui nous déchirent et nous mettent en pièces ? 

Catalogue éditeur : Gallmeister

Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne.”

La Petite Indienne, c’est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee. Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et sœurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Tiffany McDaniel vit dans l’Ohio, où elle est née. Son écriture se nourrit des paysages de collines ondulantes et de forêts luxuriantes de la terre qu’elle connaît. Elle est également poète et plasticienne. Son premier roman, L’Été où tout a fondu, est à paraître aux Éditions Gallmeister.

ISBN 978-2-35178-245-3 / Parution le 20 août 2020 / 720 pages / 26,00 Euros

Nickel boys, Colson Withehead

Même morts, les garçons étaient un problème

L’auteur nous entraîne en Floride. Elwood Curtis est un fervent partisan de Martin Luther King dont il écoute en boucle le message sur un disque offert par sa grand-mère. Abandonné par ses parents, élevé par cette dernière, c’est un élève sérieux qui va bientôt entrer à l’université.
Alors qu’il est sur le chemin de l’université, un malentendu va changer le cours de sa vie. Un malentendu, mais surtout une erreur judiciaire qui aurait sans doute été évitée s’il avait été blanc. Le voilà envoyé à la Nickel Academy. Là, noirs comme blancs doivent réapprendre les règles qui régissent la société, mais là comme ailleurs, il ne fait vraiment pas bon être né noir dans l’Amérique ségrégationniste de ces années 60. Elwood va l’apprendre à ses dépends, mais il sera fort heureusement épaulé dans cette longue descente aux enfers par Turner, son alter ego, avec qui il se prend d’amitié.

Cette institution doit remettre les jeunes garçons de 5 à 20 ans dans le droit chemin. Mais on se rend vite compte qu’à la Nickel Academy, les malfaisants et les tortionnaires ne sont pas forcément ceux qui sont enfermés. Les mots ne manquent pas pour décrire les lieux de douleur et de souffrance, voire de mort, qui menacent ces jeunes à chaque instant.

Le roman alterne la descente aux enfers des adolescents à la Nickel Academy, et le présent, lorsque Elwood se souvient de ces années de souffrance et d’espoir.

L’auteur une fois de plus s’inspire de faits réels pour explorer la déchirure et la blessure que portent en eux les noirs américains. Les lois raciales, la ségrégation, l’injustice subies par une partie de la population pour une question de couleur de peau semblent être à jamais des blessures inguérissables. Les évocations des conditions de détention de ces adolescents, la cruauté, le racisme et la corruption qui règnent dans l’institution semblent tellement inhumaines que l’on aurait du mal à y croire si l’on ne savait pas que l’intrigue a été inspirée à l’auteur par la Arthur G. Dozier School for Boys de Floride. Et qu’en 2010, des dizaines de corps ont été retrouvés sur le terrain de ce centre de redressement pour enfants et adolescents.

J’ai particulièrement aimé la version audio qui donne si bien corps aux différents personnages. L’écriture à la fois sobre et révoltée face à tant d’injustice et de violence est tout à fait adaptée à l’écoute de ce roman magistral et puissant. Et comme j’ai été totalement interpellée par l’épilogue, j’ai apprécié de pouvoir réécouter tout le début une fois arrivée à la fin…

Du même auteur on ne manquera pas de lire Underground Railroad, également paru chez Le Livre de Poche

Catalogue éditeur : livre audio Audiolib et Albin-Michel

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à cœur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Couronné en 2017 par le prix Pulitzer pour Underground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead rejoint William Faulkner et John Updike parmi les très rares auteurs à avoir reçu deux fois cette consécration. S’inspirant de faits réels, il continue d’explorer l’inguérissable blessure raciale de l’Amérique et donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau.

Albin-Michel Prix : 19.90 € / 19 Août 2020 / 140mm x 205mm /272 pages / EAN13 : 9782226443038
Audiolib Date de parution : 14 Octobre 2020 Durée : 6h59

Avis de grand froid, Jerome Charyn

Comment se débarrasser d’un président des États-Unis embarrassant ?

1989, à peine élu le président démocrate des USA est destitué suite à des malversations. Comme le veut la constitution c’est donc le vice président qui prend sa place. Mais Isaac Sidel, ex commissaire de police, ex maire de New York n’a pas tout à fait la vocation pour assumer ce rôle. Et surtout il a quelques idées un peu trop sociales. Ce Robin des bois des temps modernes ne plaît pas, en particulier aux banquiers internationaux qui font la pluie et le beau temps, aidés en cela par le faussaire Rembrandt, le roi du billet vert. Alors autour de lui, ça conspire, ça manigance, ça cherche comment l’éliminer.

Et si le seul moyen de s’en débarrasser était cette gigantesque tombola qui parie sur la date de sa mort ? Bien sûr l’idéal est alors de prêter main forte au destin tout en laissant monter les enchères.

Piégé de toutes parts, POTUS ne peux compter que sur son Glock, mais surtout sur sa garde très rapprochée et son instinct de fin limier pour déjouer les pièges et rester en vie à la Maison-Blanche.
De New-York à Washington, de Camp David à Prague, du Lower East Side à la prison de Rikers Island, les péripéties sont nombreuses et mouvementées. Sur les traces de Franz Kafka et de sa sœur internée à Terezin, le camp de concentration vitrine pour l’histoire, érigé en modèle par les nazis et si fièrement exposé aux monde, ou encore à la rencontre de Saul Bellow, son amour des livres et de la littérature n’est jamais oublié.
Isaac Sidel est aussi à l’écoute de ces hommes qui ont fait le Camp David des accords entre le président égyptien Anouar el-Sadate et le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous la présidence de Jimmy Carter. Mais également au souvenir de Roosevelt et de Warm Springs, sa résidence qui servit de modèle pour certains bâtiments de camp David, qu’il avait d’ailleurs nommé Shangri-La, la concrétisation du royaume imaginaire d’un président en fauteuil roulant ?

Avis de grand froid est le denier opus d’une saga commencée en 1973 avec Zyeux-bleus. C’est aussi le douzième de la série. Si chacun peut se lire indépendamment, j’avoue avoir été un peu perdue au départ, n’en ayant lu aucun auparavant. Mais une fois intégré les multiples noms, prénoms, surnoms des différents personnages, on rentre dans l’intrigue. Le rythme est soutenu et l’intrigue nous embarque dans une course pour la vie dans une Maison-Blanche très convoitée où rôdent les fantômes d’inoubliables présidents, ceux de FDR et de Lincoln en particulier. Aussi farfelu que déjanté, ce roman grouille de références et foisonne d’idées ; à savourer surtout si l’on aime partir dans des aventures pour le moins irréalistes et totalement hors de contrôle.

Catalogue éditeur : Rivages

Marc Chenetier (Traducteur)
Ultime volume dans la saga du héros de Charyn Isaac Sidel. Depuis Marilyn la Dingue, roman dans lequel il était inspecteur à la Criminelle de New York, Isaac a fait son chemin. Il est devenu commissaire principal de la police, puis maire de New York. Et voilà que par un concours de circonstances, il se retrouve… à la Maison-Blanche, le candidat élu n’ayant pu être intronisé. 
Un roman d’espionnage  délirant, noir et grinçant. Une comédie du pouvoir qui résonne étrangement avec la « réalité » de la présidence Trump. L’écriture électrique et le talent de conteur de Jerome Charyn sont à l’œuvre dans cette grandiose conclusion de la saga. 

Collection: Rivages Noir / ISBN: 978-2-7436-5113-8 / EAN: 9782743651138 / Parution: septembre, 2020 / 350 pages / Format : 15.5 x 22.5 / Prix: 21,90€

My Absolute Darling, Gabriel Tallent

Turtle, l’inoubliable héroïne d’un roman noir, très noir

Déjà lu lors de sa sortie sur ma liseuse, j’ai eu envie de découvrir à nouveau ce texte puissant, véritable roman d’apprentissage au pays de la violence intrafamiliale, dans cette version proposée par Audiolib et lue par Marie Bouvet.

Julia Alveston est élevée par son père Martin et son grand-père depuis la disparition de sa mère. Ils vivent en Californie, dans une maison isolée à l’écart de la ville. Trutle – que Martin appelle aussi Croquette, ou son Amour Absolu- apprend au contact de son père à survivre dans la forêt et sur des terres hostiles. Elle sait parfaitement manier les armes, les nettoyer, en prendre soin. Elle sait aussi profiter de la nature qui l’entoure pour se libérer de l’emprise de ce père toxique dont elle accepte avec terreur les égarements.

À l’école, tout est difficile pour cette gamine si peu sûre d’elle, et si certains professeurs tentent de l’aider, elle s’en méfie et rentre vite dans sa carapace protectrice. Il faut dire que Martin ne fait rien pour lui donner de l’assurance, lui qui tient tant à l’exclusivité de son Amour Absolu, sa Croquette sans qui il n’est rien et qu’il veut garder près de lui. Et si dans la ville on comprend sans doute un peu ce qu’il se passe, le silence et l’inaction semblent être le mot d’ordre pour une plus grande tranquillité de tous.

Pourtant Martin est aussi quelqu’un qui se pose des questions sur la vie, qui lit, pense, la philosophie l’intéresse, et c’est sans doute aussi cela qui le rend malgré tout humain. Mais l’émancipation de son Amour Absolu n’est pas une évidence, et Martin veille jalousement sur sa Croquette, celle qui lui appartient à jamais.

Jusqu’au jour où l’indomptable et sauvage Turtle croise la route de Jacob… Croquette est comme toute ado de son âge intriguée et intéressée par ce garçon qui la fascine et lui permet d’entrer dans le monde des vivants, ceux de l’école, des maison et des familles normales, de la vie, la vraie.

Le chemin vers la liberté sera long, difficile, violent et destructeur.

Quel roman, quel personnage… Si on a parfois du mal à y croire, la violence du père manipulateur à l’extrême et cette relation incestueuse culpabilisante est contre-balancée par cet amour absolu qu’il porte à sa fille, par ces échanges d’amour et de passion entre père et fille qui lui rendent une part d’humanité et empêchent sans doute le lecteur de le détester. La force de cette gamine, ses pensées, ses doutes, ses espoirs, sa grande fragilité aussi et ses désillusions en font un personnage hors norme et terriblement attachant. La relation ambiguë avec le père, la découverte de ce qui est mal ou bien, la font malgré tout avancer sur le chemin d’une forme de liberté durement gagnée.

L’auteur a mis plusieurs années pour écrire son roman, qui est certainement une œuvre bien singulière où le mal absolu côtoie l’amour le plus exclusif. L’atmosphère est angoissante et la violence indicible est omniprésente. La place de la nature, son importance, ce survivalisme qui impose à Turtle de savoir se défendre, seule, la violence, le mal, sont particulièrement bien restitués. Le lecteur vibre avec Turtle qui doute, aime, craint, espère et pleure enfin.

J’ai vraiment apprécié cette version audio, le fait de devoir faire des pauses permet de mieux accepter le climat de terreur et de violence qui transpire à chaque page. Et surtout, la voix de Marie Bouvet donne vie à Turtle, à ses émotions, ses doutes, sa force. Les autres personnages prennent vie, grâce à l’interprétation de cette lectrice que j’aimerai vraiment retrouver tant j’ai aimé sa lecture.

Catalogue éditeur : Gallmeister et Audiolib

À quatorze ans, Turtle Alveston arpente les bois de la côte nord de la Californie avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Mais si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen blagueur qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.

Traduit par Laura Derajinski
Le livre audio est récompensé du Prix Audiolib 2019
Gallmeister ISBN 978-2-35178-168-5 / Parution le 01/03/2018 / 464 pages / 24,40 euros
Audiolib Prix : 25.90 € / Livre audio 2CD MP3 / EAN : 9782367627632

Rassemblez-vous en mon nom, Maya Angelou

Le récit autobiographique puissant et sincère d’une icône de l’Amérique

Positif, humoristique, honnête, Maya Angelou se raconte sans fard, de ses dix-sept à ses vingt-et-un ans. Fille mère, elle élève seule son fils Guy, et jeune femme noire, ça fait beaucoup dans cette Amérique qui sort de la seconde guerre mondiale.

Si elle fuit d’une certaine façon le racisme du sud, ce dernier n’est pas absent pour autant dans les autres régions des États-Unis qu’elle parcourt de l’Arkansas à San Francisco. Serveuse, cuisinière, maquerelle, danseuse, elle a fait tous ces métiers avec autant de bonne volonté et de sincérité, la plupart du temps même par amour ou par recherche de cet amour, de cet homme qui pourrait la protéger et l’aimer.

Mais ces hommes justement abusent sans scrupule de cette jeune femme positive, intelligente, authentique qui ne demande qu’à être aimée. Elle donne son cœur et sa confiance à de nombreux hommes qui tour à tour jouent de cette naïveté qui la caractérise mais qui d’une certaine façon la protège sans doute.

Le racisme, la difficulté d’être femme, la solitude, sont aussi bien retranscrits ici. La famille, sa mère, son frère, mais aussi les oncles et tantes si froids et égoïstes, les nounous bienveillantes de son fils Guy, et ces femmes qu’elle rencontre vont également forger celle qu’elle deviendra.

Une magnifique traduction de Christiane Besse nous permet de profiter pleinement de ce formidable texte. L’écriture, le rythme, l’humour et la dérision, et je le redis sans doute, la sincérité, font de ce récit un moment inoubliable.

Je connaissais vaguement la vie de Maya Angelou, figure emblématique de la vie politique et artistique américaine, après avoir lu Rassemblez-vous en mon nom j’ai forcément envie d’en savoir d’avantage et de lire ses autres livres.

Maya Angelou, poétesse, écrivain, actrice, militante pour les droits civiques, réalisatrice et enseignante est décédée en 2014 à l’âge de 86 ans.

Catalogue éditeur : éditions Noir sur Blanc Notbilia

Traduit par Christiane Besse
Langue d’origine : Anglais (États-Unis)

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Date de parution : 20/08/2020 / Format : 12,8 x 20 cm, 272 p., 18,00€ / ISBN 978-2-88250-644-3

LaRose, Louise Erdrich

Un roman qui entraine le lecteur au cœur des traditions des indiens d’Amérique du Nord

Dakota du Nord, en 1999 dans la réserve des indiens ojibwé. Landreaux est à l’affut, il traque le grand cerf, tire, et tue le fils de son voisin. Comment peut-on survire à une horreur pareille ? Tant du côté de la famille de Landreaux que de celle qui a perdu un fils, Peter et Nola, ou un frère, Maggie.

Dans ce roman, Louise Erdirch invoque les traditions et les valeurs séculaires des indiens, et une ancienne coutume qui veut que l’on donne son plus jeune fils pour réparer sa faute. LaRose est donc offert en pardon aux Ravich. Cet enfant a le prénom de celui qui sait, qui voit, qui sent la présence de ceux qui ont rejoint les grandes plaines, ce prénom de guérisseur porté par des générations de femmes avant lui, dans la famille de sa mère Emmaline. Il est le lien entre les ascendants et la famille d’Emmaline, entre le passé et le présent, entre le naturel et le surnaturel. Il est aussi le lien entre les deux familles et le seul capable d’atténuer les blessures causées des deux côtés par ce drame pourtant irréparable.

A travers lui et la vie de ceux qui l’ont précédé, l’intrigue court sur plusieurs générations. Car dès 1839, la première LaRose est vendue par sa mère Vison à Wolfred, un employé du magasin Mackinnon. C’est une enfant unique, brillante, belle, une magicienne qui communique avec les esprits des ancêtres. Le lecteur va suivre son étrange parcours de loin en loin et comprendre grâce à elle la spécificité de cette lignée de LaRose.  

Avec une écriture dense, des personnages à foison, de nombreux retours en arrière, et plusieurs histoires en parallèle, Louise Erdrich fait vivre ces indiens d’Amérique qu’elle connait bien. Ceux d’hier et d’aujourd’hui, ces hommes et ces femmes dépossédés de leurs traditions. Parqués dans des réserves, avec interdiction de parler leur langue, de continuer à revêtir leurs tenues traditionnelles, de chausser les mocassins brodés et de porter les cheveux longs. Tout au long du roman, on ressent bien l’errance et le désespoir d’hommes qui se perdent dans l’alcool et l’inactivité, qui utilisent avec maestria le moindre médicament, psychotrope ou opiacé, pour compenser les drogues qu’ils ne peuvent pas se payer. Étonnante incursion également dans le mal qui a pu être fait par les médecins ou religieux à une époque, de ceux qui exhibaient ou étudiaient les corps des indigènes comme de simples curiosités scientifiques.

L’analyse des sentiments et des personnalités des deux mères – Emmaline et Nola- et de la grand-mère laRose, mais aussi des différentes fratries, et enfin des pères –Landreaux, Peter mais aussi Romeo- est très intéressante et finement restituée dans toute sa singularité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, éditions Albin-Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Dakota du Nord, 1999. Le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L’auteure continue d’y explorer le poids du passé, de l’héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d’observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

Louise Erdrich est née en 1954 dans le Minnesota. D’origine germano-américaine et amérindienne, elle est l’une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d’outre-Atlantique. Auteure de La Chorale des maîtres bouchers, de Love Medicine ou encore de Ce qui a dévoré nos cœurs, son écriture a les accents de William Faulkner et Toni Morrison. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015, par le Library of Congress Award. 

Le Livre de Poche 576 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253240631 / Prix 8,70€

Albin-Michel prix 24.00 € / 17 Janvier 2018 / 140mm x 205mm / 528 pages / EAN13 : 9782226325983