Division avenue, Goldie Goldbloom

Comment s’émanciper lorsque l’on appartient à une communauté religieuse fermée, un roman étonnant, une héroïne attachante

Surie Eckstein habite Division Avenue, une célèbre artère de Brooklyn bordant Williamsburg. A cinquante sept ans, mère de dix enfants, grand-mère de trente-deux petits-enfants c’est un membre apprécié de la communauté juive orthodoxe. Elle espère vivre les années qu’il lui reste tranquille et sereine auprès de Yidel, son époux. Enfin, ça, c’était avant de savoir qu’à son âge, elle est de nouveau enceinte, et cette fois ce sont des jumeaux qui ont décidé de bouleverser sa vie.

Mais cette grossesse d’une grand-mère a quelque chose d’abominable, d’impossible, dans cette communauté hassidique si prude et si fermée. Et sans doute quelque peu hypocrite puisque les relations entre un mari et son épouse semblent condamnées passé un certain âge, au risque d’être rejeté par tous, et que cela jette immédiatement l’opprobre sur vos descendants. C’est oublier bien vite que d’après la bible Sarah a enfanté à quatre-vingt dix ans… Pour Surie, cette grossesse est aussi le moment de repenser sa vie et de se concentrer sur ce qui lui semble essentiel.

Alors chaque semaine, Suri part à l’hôpital pour être suivie par Val, une sage-femme qui l’a accompagnée lors de ses précédentes grossesses. Malgré les mois qui passent inexorablement, elle n’ose toujours pas en parler à sa famille, encore moins à Yidel.

Comment peut-elle garder ce secret, et pourquoi. Voilà bien la vraie question. Question qui la ramène sans cesse à son fils disparu. Lorsque Lipa avait osé avouer son homosexualité, il avait été immédiatement rejeté par cette communauté dans laquelle il est impossible de vivre sa différence. Rentrer dans le moule qui vous est assigné, voilà la seule issue. Homosexuel ou pas, il aurait dû faire semblant, épouser la fille qu’on lui aurait choisi et rentrer dans le rang. Mais il a fui et choisi le suicide, plaie ouverte dans le cœur de Suri, cette mère qui n’a pas su protéger son fils, le comprendre, l’accepter tel qu’il est, et aller à l’encontre des poncifs inhumains de sa communauté.

Aujourd’hui, au contact de Val, Suri s’éveille aux autres, tente de comprendre, d’apprendre. Devenir infirmière ou sage femme pourquoi pas, et aider les femmes hassidiques qui viennent à l’hôpital et que personne ne comprend car souvent elles ne parlent pas anglais. Mais est-ce seulement réalisable.

Ce que j’ai aimé ? Le personnage de Suri, sa tendresse pour les siens, ses douleurs intimes, ses interrogations, ses révoltes, son silence enfin qui est une vraie forme de rébellion face aux contraintes qui lui sont imposées. Mais surtout, découvrir les habitudes, les coutumes religieuses fortes et très ancrées dans la communauté juive orthodoxe, qui souvent nous semblent d’un autre temps, les rites et les fêtes, l’importance de la famille, le respect porté aux anciens, et la difficulté qu’il y a à vouloir s’émanciper de contraintes plus fortes que sa propre volonté. Cette interdiction d’être différent, de sortir du rang, de permettre l’instruction de filles, leur accès au savoir, à la science, au progrès, semble totalement incompréhensible aujourd’hui, et pourtant cela existe.

J’ai aimé la façon dont l’auteur, qui ne porte aucun jugement, nous présente cette femme forte avec ses aspirations, ses contradictions, son courage et sa fuite, tellement humaine et proche, alors qu’elle appartient à un monde qui me semble si éloigné de notre quotidien. J’ai apprécié la balance qu’elle a su faire entre d’un côté tous ces travers, ces contraintes, ces secrets inavouables imposés par cette communauté, et d’un autre côté, la bonté, la douceur, la solidarité des femmes qui la compose. Un subtil équilibre entre le fait que tout n’est pas horrible, mais que tout n’est pas parfait non plus, comme dans toute religion sans doute. C’est empli de tendresse, d’empathie, d’humour parfois, et de fait, c’est pour moi une vraie réussite.

Catalogue éditeur : Christian Bourgois

Traduit de l’anglais (Australie) par Eric Chédaille.

Il existe à New York une rue au nom évocateur : Division Avenue. Elle se situe dans une partie spécifique de Brooklyn, le quartier juif orthodoxe. C’est là que vit Surie Eckstein, qui peut s’enorgueillir d’avoir vécu une vie bien remplie : mère de dix enfants, elle passe des jours tranquilles avec sa famille. Alors qu’elle pensait être ménopausée, Surie découvre qu’elle est enceinte. C’est un choc. Une grossesse à son âge, et c’est l’ordre du monde qui semble être bouleversé. Surie décide de taire la nouvelle, quitte à mentir à sa famille et à sa communauté. Ce faisant, Surie doit affronter le souvenir de son fils Lipa, lequel avait – lui aussi – gardé le silence sur une part de sa vie. Un secret peut avoir de multiples répercussions ; il permettra peut-être à Surie de se réconcilier avec certains pans de son passé.
Avec Division Avenue, Goldie Goldbloom trace le portrait empathique, tendre et saisissant d’une femme à un moment charnière de son existence. Et nous livre un roman teinté d’humour où l’émancipation se fait discrète mais pas moins puissante.

ISBN : 9782267043402 / Parution : 21/01/2021 / 360 pages / Prix : 22 €

Un jardin en Australie, Sylvie Tanette

Deux femmes, une passion et la magie d’un jardin en Australie

Dans les années 1930, Ann a quitté Sydney. Contre l’avis de sa famille, elle a suivi l’homme qu’elle aime dans l’Outback australien. La famille de Justin a fait fortune grâce à l’exploitation de la bauxite dans la cité minière de Salinasburg. L’Australie est encore aujourd’hui le premier producteur de bauxite au monde.

De nos jours Valérie et Frédéric, deux jeunes français qui se sont rencontrés en Australie décident de s’installer à Salinsaburg, dans ces mêmes Territoires du Nord qui s’étendent sur plus de 1 300 000 km². Ils ont le coup de foudre pour une vieille maison abandonnée, celle de Ann et Justin, et pour son jardin asséché et envahi d’herbes folles et de ronces.

Frédéric est médecin. Après ses études en art contemporain, Valérie est embauchée pour organiser le salon d’art contemporain de la région. Cette région dans laquelle on trouve de nombreux artistes et galeries d’Art Aborigène.

Le roman alterne les récits de ces deux femmes attirées l’une après l’autre par cette terre rouge en apparence si hostile. L’une est portée par l’envie de créer un jardin enchanteur dans ces contrées arides, l’autre a décidé de se consacrer à l’art aborigène en réalisant ce festival d’art contemporain sur ces mêmes terres. Chacune à sa façon rêve de se réaliser. Mais cette émancipation n’est pas sans conséquences pour ceux qui les entourent et qui leur sont les plus proches, Justin pour Ann et Elena pour Valérie.

Ann hante toujours cette maison qui était toute sa vie. Il y a une certaine poésie dans sa façon de transmettre sa singularité, sa force et son amour de la nature à Valérie et à sa petite Elena. Un roman qui parle d’amour et de transmission, de vie et de passion.

J’ai aimé l’évocation des traditions aborigènes, tant dans les croyances évoquées face aux tragédies qui ponctuent la vie d’Ann, qu’aujourd’hui à travers le respect de ces traditions et la mise en avant par Valérie de l’art aborigène, ce bagage culturel qui se transmet de génération en génération depuis des millénaires, grâce à la mise en avant d’artistes contemporains.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Grasset

Deux femmes se racontent depuis cet endroit que les Aborigènes nommaient « le lieu d’où les morts ne partent pas ».

Au début des années trente, en Australie. Contre l’avis de sa famille, Ann choisit de suivre son mari dans un bourg reculé du centre du pays. Là, en bordure de désert, elle conçoit le projet insensé d’entourer sa maison d’un verger luxuriant.
Soixante-dix ans plus tard, une jeune Française, Valérie, crée dans la même région un festival d’art contemporain. Sur un coup de tête, elle s’installe avec son compagnon dans une maison délabrée mais pleine de charme, cachée au fond d’un enclos envahi de ronces, et y attend bientôt un enfant. Alors qu’à trois ans la petite Elena ne parle toujours pas, Valérie, inquiète, décide de faire revivre avec elle ce qui reste du jardin d’Ann…

168 pages / Prix : 7,20€ / Date de parution : 29/04/2020 / EAN : 9782253934127

Grasset : Format : 134 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246818403 Prix : 16.90€ / EAN numérique: 9782246818410 prix : 11.99€