A l’ombre des loups, Alvydas Slepikas

Découvrir les enfants-loups, un épisode peu glorieux de l’après seconde guerre mondiale

Après la débâcle de l’armée du Reich, l’armée Rouge investit la Prusse-Orientale. Elle est sans pitié pour les populations qu’elle chasse vers l’ouest. Le discours qui était tenu aux soldats soviétiques afin de les encourager était alors « Tuez tous les allemands. Et leurs enfants aussi. » (Ordre de l’état-major soviétique 1945-1946).

A la frontière avec la Lituanie à partir d’avril-mai 1945, femmes et enfants allemands souffrent de faim et de froid, ils risquent leur vie à chaque instant. Impossible pour les familles de rester ensemble, souvent les mères ont été réquisitionnées pour travailler, les pères ont disparu. Des milliers d’enfants, souvent orphelins, doivent trouver par eux-mêmes le moyen de survivre, malgré la grande famine qui sévi alors. Ils sont connus sous le nom de Wolfskinder ou enfants-loups. Ils n’ont qu’un espoir, atteindre en prenant le train ou en passant par les forêts la Lituanie tout proche, se proposer dans les fermes, travailler et quémander pour ne pas mourir de faim.

Heinz est un de ces enfants. Il a déjà franchi la forêt, il est de retour avec un peu de nourriture pour sa famille, ses sœurs, sa mère, et l’amie de celle-ci. Mais les soldats sans pitié rodent, il doit repartir. Tout comme ses sœurs qui tenteront à leur tour de survivre en s’enfuyant. Seuls le plus souvent, car impossible d’accueillir plusieurs enfants, ni de leur donner à manger. Les Lituaniens ne sont pas très accueillants, et lorsqu’ils le sont, ils craignent tant de déplaire au régime soviétique et d’être envoyés en Sibérie, que leur aide est parcimonieuse. Alors Heinz, comme Renate à son tour,  devra errer de maison en maison. Ils deviennent cette main d’œuvre corvéable à merci qu’ils offrent en échange d’un repas, d’un morceau de pain, d’un abri. Puis il faut reprendre la route et marcher de village en village, seul, loin des siens, sans espoir de les retrouver un jour.

Ce roman qui met en lumière cet épisode bien sombre de l’après-guerre tient presque du mauvais et dramatique conte de fées. De ceux auxquels on ne veut pas croire et qui font frissonner de terreur. Une fois de plus s’il était besoin de la démontrer, les enfants sont affamés, exploités, parfois violés ou assassinés, souffrant de froid, de manque d’éducation, les premières victimes de la guerre et de la folie des hommes.

Dans ces années 46/48, pas moins de 200 000 femmes et enfants ont été dépossédés de leurs fermes, de leurs biens, laissés dans un état de dénuement extrême. Une bonne moitié décédera de froid et de dénutrition. Près de 30 000 enfants ont vécu cette horreur, pris en étau entre l’armée soviétique et la famine.

Catalogue éditeur : Flammarion

Traduction (Lituanien) : Marija-Elena Baceviciute

Alors que la Seconde Guerre mondiale vient de s’achever, femmes et enfants allemands sont exposés à l’avancée de l’armée soviétique victorieuse en Prusse-Orientale. Dépossédés de leurs biens, craignant pour leur vie, ils endurent la faim et le froid, tandis qu’autour d’eux tout n’est plus que désolation. Leur unique espoir est de gagner la Lituanie voisine pour trouver à se nourrir : malgré la menace omniprésente des soldats russes, certains enfants décident d’entamer le périlleux voyage. La forêt sombre et inquiétante devient alors l’un des seuls refuges de ceux que l’Histoire appellera les « enfants-loups ».

Dans ce roman bouleversant, Alvydas Šlepikas fait revivre plusieurs de ces destinées en s’inspirant du témoignage de deux survivantes. À ce terrible hiver, dont on sent presque la morsure du froid, il prête une poésie et une beauté aussi inattendues que fascinantes, qui confèrent à ce livre une force irrésistible.

Alvydas Slepikas est dramaturge, scénariste et metteur en scène. Il a déjà publié plusieurs recueils de poésie et dirige la rubrique littéraire de l’hebdomadaire Literatura ir menas. À l’ombre des loups (Flammarion, 2020) est son premier roman.

Paru le 08/01/2020 / 240 pages / ISBN : 9782081458017 / Prix : 19,00€

Derrière la gare, Ustrinkata, Arno Camenisch

Deux romans pour découvrir un univers singulier, nostalgique et pittoresque à souhait

Ustrinkata et Derrière la gare, traduits de l’allemand (Suisse) par Camille Luscher, édités par Quidam, ce formidable dénicheur de trouvailles.

Avec Derrière la gare, Arno Camenisch nous transporte des dizaines d’années en arrière dans le canton des grisons en Suisse. Ne cherchez pas, vous êtes immédiatement, tout comme je l’ai été, projeté dans un univers parallèle, plongé dans un de ces grands films classiques en noir et blanc où les jeunes héros découvrent la vie autour d’eux et la racontent avec autant de sincérité que de malice.
Le langage est celui d’un jeune garçon d’une dizaine d’années qui observe et raconte son village. Il mêle dans son récit le patois des langues romanches parlées dans le canton. Les maisons à la suite l’une de l’autre, dont on connait le moindre habitant, les habitues, les famille, le café L’Helvezia où tous se retrouvent pour un schnaps, les lappis qui font des petits et que l’on prend dans ses mains car ils sont si doux, mais qui en meurent, les saisons difficiles, surtout quand le soleil disparait pour plusieurs mois,  la vie et la mort, l’enterrement ou la naissance, il n’y a rien d’étonnant à participer à tout cela puisque c’est la vie. Une succession de scènes aussi drôles qu’émouvantes. Un éveil au monde empli de débrouillardise, de naïveté et de sentiments.

L’écriture est vraiment étonnante. Si la lecture est un peu ardue au départ, j’ai été rapidement séduite. J’ai aimé le charme particulier de ce monde débordant de vie, ces analyses si pertinentes, sans nuances mais chargées de vérité et d’humanité, et teintées d’une dose de mélancolie. Un roman à découvrir, à la fois drôle et attendrissant et qui gagne à être lu à voix haute pour mieux en savourer la langue.


Dans Ustrinkata, la dimension est celle du café du village, L’Helvezia. Comme dans une tragédie grecque, une unité de lieu et de temps, une dernière soirée avant la fermeture. Mais aucune tragédie ne s’annonce, sauf peut-être la reprise du café par des investisseurs.

Cet hiver-là, le temps est vraiment bizarre, pas de neige, trop de pluie, il n’y a plus de saison.  Tour à tour les villageois entrent à L’Helvezia trempés et bien décidés à se réchauffer. Ça tombe bien, elle n’attend que ça la Tante, avec ses Mary Long qu’elle allume l’une après l’autre. Et ce soir, personne ne boira d’eau, c’est dit.

Alors ça parle, ça raconte, ça fume, beaucoup, et ça boit plus encore pendant toute la soirée ; les gens rentrent et ressortent, s’invectivent, se remémorent les souvenirs anciens, les anecdotes de leur jeunesse commune, mais aussi les disparus, les mariages. Chaque foyer a une histoire et tous semblent la connaitre, comme on connait bien les voisins avec qui on a passé tant d’années dans ce petit village perdu dans ce creux de montagne. Les cigarettes sont fumées les unes derrière les autres, les verres de bière, d’alcool, de vin descendus sans même avoir le temps de respirer. Ça délie les langues et fait venir la buée dans les yeux, tant d’alcool et tant de souvenirs.

Catalogue éditeur : Quidam

Derrière la gare : La vie d’un village cerné par les montagnes. Un enfant espiègle observe les adultes et, sans détour, dit le réel avec insouciance. Vif et concret, touchant et drôle, profond : Arno Camenisch donne à entendre la musique singulière de sa langue qui raconte la disparition d’un monde. Une Helvétie hors norme que le temps va engloutir. C’est Zazie dans les Grisons et c’est pas triste !

100 pages 12 € / févr. 2020 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-128-1

Ustrinkata : C’est le dernier soir à L’Helvezia, le bistrot du village racheté par des investisseurs. Tous les habitués sont là: la Tante, hôtesse de tout son monde, la Silvia, l’Otto, le Luis, l’Alexi, et les autres aussi, encore vivants ou déjà morts. L’alcool coule à flots et ça fume à tout-va. On est en janvier et il ne neige pas. Il pleut comme vache qui pisse. C’est quoi cette bizarrerie climatique ? Le déluge ?
On cause de ça, de tout, sans discontinuer. Ressurgissent alors les histoires enfouies de ce village qui pourrait bien être le centre du monde. La fin est proche, mais tant qu’il y a quelqu’un pour raconter, on reprend un verre.
Ce Prix suisse de littérature 2012 s’avale cul sec !

106 pages 13 € / février 2020 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-133-5

Arno Camenisch est né en 1978 à Tavanasa, dans les Grisons. Il écrit de la poésie, de la prose et pour la scène, principalement en allemand, parfois dans sa langue maternelle, le romanche (sursilvan). Il vit à Bienne. Il est l’auteur de Sez Ner (2009),  Derrière la gare (Hinter dem Bahnhof, 2010), parus initialement aux éditions d’En bas, et de Ustrinkata (2012, Quidam 2020), soit le «cycle grison». L’œuvre d’Arno Camenisch est reprise dans son ensemble par Quidam éditeur. 

En vérité, Yves Gaudin

Enquête, introspection, découvrir le surprenant thriller psychologique d’Yves Gaudin

Émile Blanchard était lieutenant de police au Quai des Orfèvres. Mais ça c’était avant… Aujourd’hui et depuis trois ans, il traverse la route chaque jour en espérant être tué par un automobiliste. Comment en est-il arrivé à un tel degré de désespoir et à l’accepter de façon aussi désabusée ?

Retour quelques années en arrière. Alors qu’il enquête sur une affaire, trois meurtres violents quasi identiques en quelques jours, Blanchard s’interroge sur sa vie. L’enquête est sombre et l’entraine dans une sordide affaire de trafic d’organes et de corruption en laboratoire de recherche, mais aussi d’amour et de violence faite aux femmes. La résolution sera relativement aisée, le coupable évident.

L’enquête, le fil rouge qui rythme ce roman noir. S’il fait bien son métier, Blanchard est aussi en pleine introspection. Ses interrogations sur la vie, la fin de vie, sa relation avec mère dont la santé décline dangereusement, font que tout se bouscule dans sa tête. Jusqu’au moment où il atteint le point de non-retour. Se pose alors la question de savoir jusqu’où est-on capable d’aller par amour et comment s’exprime cet amour. Des questions essentielles auxquelles l’auteur nous confronte.

En vérité est un court roman qui dit l’essentiel en peu de mots. Une écriture au rythme étonnant, ciselée et précise, sans fioriture ni digression, quasi brutale. Assez froid finalement, violent aussi, et qui ne laisse entrevoir aucun espoir au bout du tunnel. Un roman auquel on s’attache en souhaitant vite arriver au bout. Et pour ma part, en relisant le prologue avec un autre regard.

En vérité, je vous le dis, voilà un roman dérangeant qu’il faut lire car il interroge et bouscule brillamment nos certitudes, un auteur à découvrir.

Je voudrais revenir au temps d’avant. Mais je ne peux pas. Je ne serais jamais léger dans mes peines. À quoi ça sert de toute façon ?

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Ancien flic au Quai des Orfèvres, Émile Blanchard broie du noir. Et c’est peu dire quand on sait qu’il a pris l’habitude de traverser chaque jour la nationale, dans l’espoir qu’un conducteur providentiel le percute. Mais entre sa vie privée qui allait à vau-l’eau et une enquête sur un triple meurtre sordide, Blanchard a fini par perdre pied. Jusqu’à commettre l’irréparable…
En vérité est un roman féroce et jubilatoire. De magouilles en violences, de désillusion en désespérance, au rythme de son phrasé affûté, Yves Gaudin nous livre une réflexion aussi implacable que politiquement incorrecte sur la condition humaine.

Originaire du canton du Valais en Suisse, Yves Gaudin est musicien, musicothérapeute et docteur en psychologie. Il a notamment travaillé sur l’enrichissement du langage des enfants autistes dans le cadre de sa thèse. En vérité est son premier roman publié en France.

176 pages / 16€ / Paru le 16 janvier 2020 / ISBN : 978-2-35087-558-3
Photo de couverture © Trini Schultz

Mon année de repos et de détente, Ottessa Moshfegh

Ottessa Moshfegh  propose un roman étrange et déroutant, une introspection poussée à son paroxysme

Mais quelle drôle d’idée, rester chez soi, confinée, pour dormir, dormir, dormir pendant un an. C’est ce qu’a décidé de faire l’héroïne de ce roman, une jeune femme de 26 ans. Elle veut prendre une année de repos, se terrer au moins pendant douze mois pour se réveiller en septembre 2001. A dose forcée, grâce à une quantité assez délirante de somnifères de toute sorte, pour changer sa vie, passer à autre chose, se régénérer dans l’oubli !

Elle a hérité de la fortune de ses parents à leur mort, une mère qui s’est noyée dans l’alcool et les médicaments (ah, décidément) un père mort d’un cancer, la voilà à l’abri du besoin. Appartement sur la quatre-vingt quatrième rue de Manhattan, toilettes, bijoux, meubles, un magnétoscope et tous les films à voir et revoir à l’infini, elle ne manque de rien. Elle a même quitté la galerie d’art dans laquelle elle avait trouvé un travail.

Reva sa seule amie est toujours là, fidèle, elle l’accompagne même lorsqu’elle la rejette et la suit dans ses délires. Avec Reva, nous allons la suivre tout au long d’interminables journées et nuits de coma médicamenteux, à se souvenir de l’enfance, de l’adolescence, des parents, des amis, de Trevor son étrange amoureux et de leur relation malsaine. Tous ces souvenirs d’une vie qu’elle veut oublier dans ce sommeil forcé quelle imagine réparateur.

Tout cela est rendu possible grâce à la plus délirante et la plus folle des psychiatres, cette Dr Tuttle qu’elle a déniché dans l’annuaire par hasard, qui ne l’écoute jamais et lui fait toutes les ordonnances les plus délirantes possibles, avec tous les médicaments qu’elle lui demande. Elle va essayer tous les psychotropes présents sur le marché, des anxiolytiques aux hypnotiques.

Malgré une héroïne à laquelle je n’ai pas su m’attacher, voilà un roman singulier à la fois déroutant, intrigant et lucide. Un roman qui dit la solitude extrême, le besoin d’effacer le passé pour repartir à zéro dans un monde qui ne convient plus. On regarde le personnage principal agir en étant totalement abasourdi, interrogateur, perplexe mais aussi inquiet sur la façon que peuvent avoir les jeunes d’appréhender leur vie dans un monde qui va trop vite, trop loin. Je n’y ai pas vu vraiment d’humour, plutôt l’expression d’un véritable mal être et d’une sacré dose de désillusion.

Catalogue éditeur : Fayard

Les tribulations assoupies de cette Oblomov de la génération Y forment un récit hilarant  qui est aussi une charge au vitriol contre les travers de notre époque.

Jeune, belle, riche, fraîchement diplômée de l’université de Columbia, l’héroïne du nouveau roman d’Ottessa Moshfegh décide de tout plaquer pour entamer une longue hibernation en s’assommant de somnifères. Tandis que l’on passe de l’hilarité au rire jaune en découvrant les tribulations de cette Oblomov de la génération Y qui somnole d’un bout à l’autre du récit, la romancière s’attaque aux travers de son temps avec une lucidité implacable, et à sa manière, méchamment drôle.

Parution : 21/08/2019 / Pages : 304 / Format : 135 x 215 mm / Prix : 20.90€ / EAN : 9782213711515 / Prix Numérique : 14.99 € / EAN numérique : 9782213711256

LaRose, Louise Erdrich

Un roman qui entraine le lecteur au cœur des traditions des indiens d’Amérique du Nord

Dakota du Nord, en 1999 dans la réserve des indiens ojibwé. Landreaux est à l’affut, il traque le grand cerf, tire, et tue le fils de son voisin. Comment peut-on survire à une horreur pareille ? Tant du côté de la famille de Landreaux que de celle qui a perdu un fils, Peter et Nola, ou un frère, Maggie.

Dans ce roman, Louise Erdirch invoque les traditions et les valeurs séculaires des indiens, et une ancienne coutume qui veut que l’on donne son plus jeune fils pour réparer sa faute. LaRose est donc offert en pardon aux Ravich. Cet enfant a le prénom de celui qui sait, qui voit, qui sent la présence de ceux qui ont rejoint les grandes plaines, ce prénom de guérisseur porté par des générations de femmes avant lui, dans la famille de sa mère Emmaline. Il est le lien entre les ascendants et la famille d’Emmaline, entre le passé et le présent, entre le naturel et le surnaturel. Il est aussi le lien entre les deux familles et le seul capable d’atténuer les blessures causées des deux côtés par ce drame pourtant irréparable.

A travers lui et la vie de ceux qui l’ont précédé, l’intrigue court sur plusieurs générations. Car dès 1839, la première LaRose est vendue par sa mère Vison à Wolfred, un employé du magasin Mackinnon. C’est une enfant unique, brillante, belle, une magicienne qui communique avec les esprits des ancêtres. Le lecteur va suivre son étrange parcours de loin en loin et comprendre grâce à elle la spécificité de cette lignée de LaRose.  

Avec une écriture dense, des personnages à foison, de nombreux retours en arrière, et plusieurs histoires en parallèle, Louise Erdrich fait vivre ces indiens d’Amérique qu’elle connait bien. Ceux d’hier et d’aujourd’hui, ces hommes et ces femmes dépossédés de leurs traditions. Parqués dans des réserves, avec interdiction de parler leur langue, de continuer à revêtir leurs tenues traditionnelles, de chausser les mocassins brodés et de porter les cheveux longs. Tout au long du roman, on ressent bien l’errance et le désespoir d’hommes qui se perdent dans l’alcool et l’inactivité, qui utilisent avec maestria le moindre médicament, psychotrope ou opiacé, pour compenser les drogues qu’ils ne peuvent pas se payer. Étonnante incursion également dans le mal qui a pu être fait par les médecins ou religieux à une époque, de ceux qui exhibaient ou étudiaient les corps des indigènes comme de simples curiosités scientifiques.

L’analyse des sentiments et des personnalités des deux mères – Emmaline et Nola- et de la grand-mère laRose, mais aussi des différentes fratries, et enfin des pères –Landreaux, Peter mais aussi Romeo- est très intéressante et finement restituée dans toute sa singularité.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, éditions Albin-Michel

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez.

Dakota du Nord, 1999. Le ciel, d’un gris acier, recouvre les champs nus d’un linceul. Ici, des coutumes immémoriales marquent le passage des saisons, et c’est la chasse au cerf qui annonce l’entrée dans l’automne. Landreaux Iron, un Indien Ojibwé, vise et tire. Et tandis que l’animal continue de courir sous ses yeux, un enfant s’effondre. Dusty, le fils de son ami et voisin Peter Ravich, avait cinq ans.
Ainsi débute le nouveau roman de Louise Erdrich, qui vient clore de façon magistrale le cycle initié avec La Malédiction des colombes et Dans le silence du vent. L’auteure continue d’y explorer le poids du passé, de l’héritage culturel, et la notion de justice. Car pour réparer son geste, Landreaux choisira d’observer une ancienne coutume en vertu de laquelle il doit donner LaRose, son plus jeune fils, aux parents en deuil. Une terrible décision dont Louise Erdrich, mêlant passé et présent, imagine avec brio les multiples conséquences.

Louise Erdrich est née en 1954 dans le Minnesota. D’origine germano-américaine et amérindienne, elle est l’une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d’outre-Atlantique. Auteure de La Chorale des maîtres bouchers, de Love Medicine ou encore de Ce qui a dévoré nos cœurs, son écriture a les accents de William Faulkner et Toni Morrison. Récompensée par de nombreux prix littéraires, elle a été distinguée en 2012 par le prestigieux National Book Award et, en 2015, par le Library of Congress Award. 

Le Livre de Poche 576 pages / Date de parution : 30/10/2019 / EAN : 9782253240631 / Prix 8,70€

Albin-Michel prix 24.00 € / 17 Janvier 2018 / 140mm x 205mm / 528 pages / EAN13 : 9782226325983

Un petit carnet rouge, Sofia Lundberg

Un petit carnet rouge, un roman émouvant et tendre pour dire une vie et traverser le siècle

Doris a quatre-vingt-seize ans, son corps est usé, elle a besoin d’aide pour vivre seule dans son appartement, jusqu’au jour où elle fait une mauvaise chute et doit être hospitalisée. Et l’on découvre la façon dont sont parfois traitées les personnes âgées, oubliées, infantilisées, maltraitées.

Doris a eu une vie bien remplie mais elle sait que la fin approche. Elle a décidé de coucher sur le papier ses souvenirs pour les laisser à Jenny, sa petite nièce adorée qui vit en Californie et avec qui elle correspond régulièrement via internet.

De Stockholm à Paris, du Royaume Uni aux États-Unis, les chapitres alternent entre les souvenirs de Doris et sa vie aujourd’hui avec son lien avec Jenny. Les souvenirs sont inscrits dans son petit carnet rouge, offert par son père pour ses dix ans et qu’elle a rempli tout au long de sa vie. A chaque nom correspond un instant ou des années de vie, les personnes qui ont compté en bien ou en mal. Ces noms qu’elle raye au fil des ans en y ajoutant la mention décédé.

Doris a eu une enfance difficile après la mort de son père. Obligée de travailler, placée par sa mère, elle s’éloigne définitivement de sa famille. A Paris, elle devient mannequin haute couture pour les plus grands noms de son époque. Puis viennent les années de guerre, la rencontre avec Allan, architecte franco-américain, l’amour de sa vie.

Un petit carnet rouge est un roman qui traverse le siècle. De très courts chapitres alternent entre le présent et le passé,  les malheurs et les épreuves, les rencontres, le bonheur, la tendresse parfois. L’auteur a su rendre cela très sensible tout au long des pages. Le lecteur se prend d’affection pour Doris et ses rendez-vous manqués avec l’amour et sa néanmoins belle vie de femme.

Vous aimez les beaux romans d’amour qui parlent vrai ? Lisez Un petit carnet rouge !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Calmann-Lévy et Le Livre de Poche

À quatre-vingt-seize ans, Doris vit seule à Stockholm. Elle n’a plus aucune famille si ce n’est une petite-nièce aux États-Unis. Son bien le plus précieux est un carnet qu’elle possède depuis 1928, qui contient le souvenir des gens qu’elle a rencontrés au fil de son existence et dont elle a rayé les noms à mesure qu’ils ont quitté ce monde. De l’excentrique bourgeoise pour qui elle a travaillé enfant à l’amour de sa vie rencontré à Paris, de la veuve qui lui a appris l’anglais sur le bateau l’emmenant à New York aux plus grands couturiers français qui l’ont vue défiler, de l’artiste suédois devenu son confident à sa propre sœur, au destin douloureux, l’existence de Doris est une épopée romantique, tragique et émouvante.

Sofia Lundberg a eu l’idée d’écrire Un petit carnet rouge après avoir retrouvé dans les affaires de sa grand-tante Doris un carnet d’adresses rempli de noms inconnus et pour la plupart rayés. Le roman, d’abord auto-édité, a connu un succès exceptionnel sur Internet avant d’être repéré par un éditeur suédois puis vendu dans plus de trente pays. L’auteure est journaliste et vit à Stockholm.

Traduit du suédois par Caroline Berg.

EAN : 9782253074403 / Prix : 8,20€ / Pages : 408 / Parution: 30/10/2019

Calmann-Lévy  EAN : 9782702163511 / Prix : 19.90 € / Pages : 360 / Parution : 30/05/2018

Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason

Patrouiller la nuit dans les rues de Reykjavik, à la rencontre d’Erlendur, ou l’art du thriller par Indridason

Il y a les romans d’Indridason, avec son héros récurent Erlendur, et il y a un jour celui qui aurait pu être le tout premier de la série. Ce roman, qui nous présente les débuts de celui qui de viendra un flic bourru, taciturne et pugnace, intuitif et mutique. Il n’est pas forcément très doué en interrogatoires mais il réussit si bien à délier le fil de enquêtes auxquelles il s’attaque avec toujours la même envie de réussir.

En 1974, alors que le pays s’apprête à célébrer les 1 100 ans de la colonisation de cette île qui deviendra l’Islande, Erlendur rentre dans la police de Rekjavik. Il est affecté aux patrouilles de nuit qui contrôlent la faune interlope qui hante les bas-fonds de la ville. Accident, échauffourées entre clochards, suicides, et intervention suite à des violences faites aux femmes, la vie la nuit est un monde à part. Alors qu’il est appelé suite à la noyade d’un clochard, Erlendur reconnait cet homme qu’il avait croisé à plusieurs reprises. L’enquête tourne court, qui irait se soucier d’un marginal, parasite rejeté par la société. Mais Erlendur est un intuitif et cette mort l’intrigue. Il va rencontrer la famille d’Hannibal le clochard, et chercher à comprendre, même si cela n’entre pas dans ses attributions. Il faut dire que cette disparition et celle d’une femme disparue à peu près en même temps qu’Hannibal, ravive chez lui le souvenir de son frère disparu.

Tout au long du récit, on retrouve l’étrange caractère de ce flic un personnage atypique, son passé, la disparition de son frère, sa difficile relation avec celle qui deviendra la mère de sa fille (enfin on l’imagine), et ce caractère solitaire et taiseux. Ce roman est aussi prétexte à nous faire découvrir les nuits sombres de la capitale islandaise avec l’analyse d’une société qui n’est pas des plus réjouissantes. Marginaux qui dans le froid les doivent trouver coûte que coûte un abri pour rester en vie et se réchauffent à l’alcool à 70°, prostitution, violences conjugales, aussi réelles là qu’ailleurs, et pas forcément là où on les attend le plus car elles touchent toutes les strates de la société. Enfin, et là c’est plus léger, la passion du collègue d’Erlendur pour ce qui devrait révolutionner la cuisine traditionnelle, l’apparition des premiers fast-foods et des pizzas sur cette ile proche du pole.

Si j’ai parfois trouvé quelques longueurs, l’écoute de ce roman en version audio a cependant été vraiment très agréable. L’avantage c’est aussi que pour la première fois j’ai entendu ces noms imprononçables dont je me rends compte qu’à aucun moment dans mes nombreuses autres lectures de cet auteur je ne les avais prononcés, même pas en silence ! Là tout d’un coup, les noms des collègues, des suspects, des rues ou des villes, tout y est et prend vie autrement grâce à la voix de Jean-Marc Delhausse.

Catalogue éditeur : Audiolib pour la version audio, Métailié

La première affaire d’Erlendur.
Erlendur le solitaire vient d’entrer dans la police, et les rues de Reykjavik dans lesquelles il patrouille de nuit sont agitées : accidents de la circulation, contrebande, vols, violences domestiques… Des gamins trouvent en jouant dans un fossé le cadavre d’un clochard qu’il croisait régulièrement dans ses rondes. On conclut à l’accident et l’affaire est classée. Pourtant le destin de cet homme hante Erlendur et l’entraîne toujours plus loin dans les bas-fonds étranges et sombres de la ville. On découvre ici ce qui va faire l’essence de ce personnage taciturne : son intuition, son obstination à connaître la vérité, sa discrétion tenace pour résister aux pressions contre vents et marées, tout ce qui va séduire le commissaire Marion Briem.

Un livre audio lu par Jean-Marc Delhausse  Traduit par Eric Boury

Date de parution : 13 Mai 2015 / Durée : 8h17 / Prix public conseillé : 22.50 € / Livre audio 1CD MP3 / EAN Physique : 9782356419491