…Et avec votre esprit, Alexis Laipsker

Un meurtre sauvage et un cerveau qui disparaît… un remake de la disparition du cerveau d’Einstein ?

Lorsque le professeur Toussant est sauvagement assassiné dans son laboratoire de Strasbourg et que son cerveau est volé, la commissaire Canelle Pourson comprend qu’elle n’aura pas la tâche facile. Quel individu est assez malsain pour tuer de sang froid et avec autant d’acharnement un scientifique reconnu et Prix Nobel de surcroît ? Elle doit surmonter la peur et le dégoût que lui inspire la violence de la scène de crime et tout faire pour trouver le coupable. Toutes ses équipes sont sur le pont pour résoudre l’affaire.

En parallèle, d’autres hommes disparaissent sans laisser de traces, puis son retrouvés, sains et saufs, mais avec une amnésie qui obère plusieurs jours de leur vie. Ils sont aux quatre coins du territoire, ne se connaissent pas, et s’avèrent être chacun dans son domaine les scientifiques les plus pointus du pays.

Le lieutenant Manon Masteraux, une belle femme franche et directe, exerce à Aix en Provence. Elle a trois disparitions à déplorer sur sa circonscriptions qui lui laissent à penser qu’il ne s’agit pas de faits isolés. A la DGSI, Simone Vairne, séduisant, dragueur et spécialiste du poker qu’il a pratiqué à haut niveau avant d’entrer dans le police, est lui aussi impliqué dans la résolution de ces énigmes.

Quel rythme, quel suspense, avec des personnages de flics comme on les aime. Mais aussi des méchants impossibles à cerner, qui est qui et qui fait quoi, scientifiques, tueur en série, l’œuvre d’un fou furieux, des Russes, ou d’une secte mystique illuminée, toutes les options sont plausibles, l’auteur nous balade tous azimuts. Le lecteur se laisse embarquer à un rythme effréné. C’est assez tordu pour qu’aucune piste ne semble plausible à mesure que l’on avance dans sa lecture. On s’y laisse prendre jusqu’au bout, baladé entre ces trois flics malins et acharnés à résoudre leurs enquêtes respectives. Ils nous entraînent au delà de la logique, vers de bien sombres chemins.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix Nouvelles Voix du Polar Pocket 2021

Catalogue éditeur : Michel Lafon, Pocket

Les esprits les plus brillants de la planète sont kidnappés. Machination, complot ou expérience scientifique ?

« Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène ! »
C’est sur ces mots de son assassin que, en pleine fac de Strasbourg, un Prix Nobel de chimie se voit férocement massacré et dépouillé – littéralement – de son cerveau. Quatre jours plus tard, dans la région lyonnaise, un célèbre physicien disparaît des radars.
Pour le lieutenant Vairne, pro du poker et obsédé de mathématiques, la probabilité qu’il s’agisse d’une coïncidence n’excède pas 15 %.
Probabilité que le carnage continue ? Sang pour sang…

Michel-Lafon Parution : 27/02/20 / Prix : 18.95 € / ISBN :9782749941325
Pocket EAN : 9782266313902 / Pages : 464 / 8.20 €

La relique du chaos, Giacometti et Ravenne

Sur fond de montée du nazisme, la quête des Swastikas sacrées

C’est le troisième tome de la saga du Soleil noir, il peut se lire indépendamment des deux autres grâce à la synthèse proposée au début du roman. Même s’il semble évident que se familiariser avec les différents protagonistes aiderait grandement le lecteur à se faufiler dans les méandres de l’histoire en marche.

Juillet 1942. l’Angleterre comprend qu’elle ne sera pas envahie, mais le front russe est fortement secoué par les armées du Reich. Trois personnages principaux évoluent dans ce contexte bien sombre. Tristan Marcas d’abord, cet agent double qui évolue du côté des nazis mais n’oublie pas tenir le SOE au courant de ses activités et de ses recherches. Laure d’Estillac, une espionne qui travaille en étroite relation avec le Commander Malorley. Enfin Erika, totalement détestable dans son attitude envers Tristan, mais dont on se demande quel jeu elle joue réellement.

Sur fond de montée du nazisme, les différents protagonistes combattent chacun à sa façon mais tous ont le même but ultime, retrouver les Swastikas sacrées.

Si la croix gammée est un fort symbole nazi, Hitler n’a rien inventé et a utilisé un symbole vieux de plusieurs siècles, la Swastika. On les retrouve ici sous la forme d’un trésor composé de plusieurs Swastikas cachées dans différents pays, trésor devrait aider celui qui les trouvera à remporter la victoire.

Giacometti et Ravenne ont l’art de savoir maintenir le suspense et d’y mêler certains faits avérés et historiques. La traque aux espions doubles, la chasse aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes déportés vers les camps de concentration. Le relations entre les grands dictateurs de l’époque, mais aussi la place de Staline ou de Roosevelt, leur jeu dans l’échiquier mondial, la place des Romanov en Russie, sont évoquées à travers la traque de cette relique issue du trésor des tsars et que chacun convoite ardemment.

J’ai trouvé l’intrigue et les personnages intéressants mais il m’a manqué de les suivre sur plusieurs tomes pour m’y attacher et mieux les connaître. Malgré cela, voilà un thriller bien construit, au suspense garanti, avec qui plus est un fond de vérité historique bien expliqué à la fin du roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, JC Lattès

Juillet 1942. Jamais l’issue du conflit n’a semblé aussi incertaine. Si l’Angleterre a écarté tout risque d’invasion, la Russie de Staline plie sous les coups de boutoir des armées d’Hitler. L’Europe est sur le point de basculer.
À travers la quête des swastikas, la guerre occulte se déchaîne pour tenter de faire pencher la balance. Celui qui s’emparera de l’objet sacré remportera la victoire. Tristan Marcas, agent double au passé obscur, part à la recherche du trésor des Romanov, qui cache, selon le dernier des tsars, l’ultime relique. À Berlin, Moscou et Londres, la course contre la montre est lancée, entraînant dans une spirale vertigineuse Erika, l’archéologue allemande, et Laure, la jeune résistante française.

Le Livre de Poche : 480 pages / Date de parution: 14/04/2021 / EAN : 9782253258261 / 8,40€

JC Lattès : 450 pages / EAN 9782709663366 Prix du format papier 22,00€ / EAN numérique 9782709663519 / Prix du format numérique 7,99€ / Date de parution 03/06/2020

À 20 heures sur le quai, Léa Wiazemsky

D’un drame, faire émerger la lumière. Un roman délicat et sensible

Léa Wiazemsky a l’art de transformer un événement dramatique en une révélation, la vie est belle et mérite que chacun essaie de la vivre au mieux. Bien sûr, d’aucuns pourront trouver que tout ceci est bien positif, un peu trop peut-être. Et pourtant, frôler la mort de près peut aussi avoir des répercussions positives sur nos vies, et nous permet parfois de savoir qu’il faut profiter de chaque instant car tout est éphémère.

Tous les samedis matin depuis quelque semaines, ils se retrouvent sans se connaître dans le même wagon du métro, à la même heure. Liviu, un jeune musicien, est le témoin attendri de leur amour naissant. Car lorsqu’ils se regardent, il en tombe immédiatement amoureux, mais ni l’un ni l’autre n’ose faire ce premier pas qui leur permettrait de dévoiler leurs prénoms, leurs vies, leurs envies. Aujourd’hui, c’est décidé, il va lui parler. Mais ils n’ont que quelques secondes, un appel lui enjoint de quitter immédiatement le métro pour rejoindre sa librairie. Le temps de se dire à 20 heures sur le quai, le temps d’un prénom, Raphaël.

Puis tout explose, un attentant dans le métro, des rescapés qui tentent d’échapper au carnage, des blessés pris en charge par les secours, des survivants, de nombreuses victimes.

Le lecteur suit quelques personnages aux parcours très différents mais qui tous à un moment se rejoignent sur le quai, dans la station, dans le wagon. Il y a Raphaël bien sûr, et son inconnue que l’on va très vite apprendre à connaître.

Mais aussi Nina, une vieille dame qui part rejoindre son amie. Il pleut, pas de taxi, elle s’engouffre dans le métro.
Estelle, une petite fille très sérieuse et sage. Pour la première fois, Christiane sa mère l’autorise à prendre seule le métro pour se rendre à son cours de danse avant le spectacle de ce soir. Elle est heureuse et excitée à la fois, un peu stressée quand même par cette responsabilité nouvelle qui lui incombe. Intimidée, elle s’assoit à côté de cette mamie qui lui semble tout à fait respectable et rassurante.
Christian, un SDF pas comme les autres. Jamais une goutte d’alcool, enfin plus jamais depuis celles qui ont causé cette déchéance qui l’oblige à vivre en marge de la société. Il aime par dessus tout la littérature, il déniche régulièrement des romans dans les poubelles de la librairie toute proche. Nicole, une vendeuse très respectable de chez Gibert Jeune le rejoint souvent. Ils s’assoient près de la fontaine Saint-Michel et parlent littérature, elle lui donne quelques livres. Une forme d’amitié qui ne dit pas son nom est en train de naître entre ce deux personnes qui ont tant en commun malgré les apparences.
Liviu, l’accordéoniste du métro. Pour une fois il joue particulièrement bien de son instrument (ceux qui comme moi ont eu envie de se boucher les oreilles en entendant le fausses notes de certains comprendront!). C’est aussi un émigré roumain qui rêve de la vie normale d’un jeune homme de 17 ans.

Autour d’eux gravitent amis, famille, amoureuse ou fiancé, médecins, secours, clochards, qui sans nous faire perdre le fil de l’histoire donnent de la densité à l’intrigue.

L’écriture est fluide, sensible et délicate. L’autrice a joué la carte de l’optimisme même si celui-ci est parfois teinté de chagrin, de tristesse, de douleur, mais il est toujours tourné vers une lumière qui réconforte. Avec une grande tendresse pour ses personnages, elle nous propose une histoire positive, heureuse et toujours bienveillante.

Peut-être me direz-vous qu’être victime ou témoin d’un attentat, d’un drame ne peut pas laisser indifférent, et l’on peut s’en sortir, certes, mais difficilement et à quel prix parfois. Alors tant pis si certaines situations ne sont pas tout à fait crédibles, c’est aussi le privilège d’un auteur de choisir la façon dont il nous en parle et c’est tant mieux. Ce qui est sûr, c’est que j’ai lu ce roman d’une traite, comme une respiration faite de légèreté, de résilience, d’humanité. Une lecture que je vous conseille pour l’été. J’ai aimé que l’on me montre le côté positif de la vie, une heureuse initiative.

Catalogue éditeur : Michel-Lafon

Tous les samedis matin, d’un accord tacite, une jeune femme et un jeune homme se retrouvent dans une rame de métro, et, le temps d’une poignée de stations, se dévorent des yeux. Leur dialogue silencieux se joue sur les airs d’accordéon de Liviu, un jeune musicien témoin de leur amour naissant. Mais aujourd’hui, c’est décidé, il ira lui parler. Quelques mots, un rendez-vous donné, et déjà il doit quitter son inconnue dont il ne connaît même pas le nom. Et puis, c’est le chaos. L’épaisse fumée qui sourde des entrailles plonge à nouveau Paris dans la désolation. Ceux qui se relèvent s’en trouvent à jamais changés, conscients que la vie est précieuse et l’amour, salvateur. Lui n’a plus qu’une chose en tête, retrouver celle dont le cœur est rivé au sien.

Parution : 27/05/21 / Prix :17.95 € / ISBN :9782749945330

Montagnes Russes, Gwénola Morizur, Camille Benyamina

Vouloir être parents à tout prix, est-ce possible ?

Être parents à tout prix n’est pas donné à tous les couples. Le parcours peut s’avérer long, difficile et sans issue heureuse.

Aimée et Jean ne le seront sans doute jamais, malgré leur désir fou d’avoir un enfant, malgré leur amour si fort, malgré la science et ce qu’elle peut parfois apporter pour aider une nature trop capricieuse. Pour eux, point de FIV, de maternité heureuse, de ventre arrondi et de layette à choisir. Ni la nature ni le progrès et ses évolutions ni pourront rien. Il y a parfois bien des tensions dans ce couple si uni malgré l’épreuve, bien des regrets face à l’échec.

Aimée travaille dans une crèche. Un métier qu’elle aime, des enfants auxquels parfois elle s’attache. Comme avec ce petit Julio si craquant que sa mère a bien du mal à gérer. Une succession de retards et de manque d’attention de la part de sa mère, et Aimée commence à s’occuper un peu trop de ce petit garçon. Une forme d’amitié va même s’esquisser entre les deux femmes. Mais comme pour les montagnes russes, elle oscille entre confiance, défiance et jalousie, et bientôt les complications s’annoncent…

La douceur ou l’énergie du dessin et des couleurs, le graphisme dynamique et parfois sombre, mais surtout les situations qui semblent tellement justes, réalistes et humaines donnent une cohérence et un rendu particulièrement touchants. Le parcours du désir d’enfant, les espoirs déçus, la tristesse et la résignation, sont très bien décrits et aident à mieux comprendre ceux qui traversent une telle épreuve.


Catalogue éditeur : Grand Angle

Une histoire d’amour et d’amitié : de celles qui nous prennent par surprise, nous oxygènent et nous métamorphosent.  
Aimée et Jean rêvent d’avoir un enfant. C’est devenu une idée fixe et les échecs successifs de procréation médicalement assistée sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où Aimée travaille, elle fait la connaissance de Charlie, qui élève seule ses trois enfants, et vient inscrire Julio, son petit garçon. Lorsqu’Aimée prend sous son aile l’enfant de Charlie, un lien se tisse entre elles, plus grand et plus fort qu’elles ne l’auraient imaginé. Une histoire qui nous entraîne sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie, et les sensations fortes qui les accompagnent.  

Scénario : Gwénola MORIZUR Dessin, Couleur : Camille BENYAMINA

Paru le 02 Juin 2021 / 16,90 € / 80 pages / ISBN 978-2-81897-600-5

Parler à ma mère, David Allouche

Entre humour et dérision, l’amour d’un fils pour sa mère juive

Itsak Haïm est un père de quarante ans qui s’occupe exclusivement de son fils, et joue au tennis quand ce dernier est à l’école.

Sa femme ? Elle a disparu semble-t-il sans qu’on sache trop où elle se trouve. Emma était un véritable coup de foudre, la femme de sa vie, celle qui deviendrait la mère de son fils, et qu’il devait épouser. Lui le juif, le Ben Israël comme l’appelait sa mère, a osé s’opposer à la tradition familiale et se marier avec une goy. Depuis, il n’a plus jamais revu ses parents, mais régulièrement sa mère lui adresse des lettres pour ne pas briser le lien indéfectible qui existe entre une mère et son fils, qui plus est entre une mère juive et son fils.

Aujourd’hui, il franchi la porte d’un psy qui exerce tout près de chez lui, car il ressent le besoin de parler, de l’absence de sa femme, qu’il avoue avoir tuée, mais surtout de l’absence de la mère, l’indispensable Marie-Rose toujours parfumée de senteurs de rose, vêtue d’une écharpe rose, et qui a toujours su lui donner l’amour dont il avait besoin.

Il ne travaille pas, s’occupe de son fils, mais cherche désespérément l’amour qui s’est enfui, l’amour maternel qui protège. Il voudrait tant revoir la mère absente que finalement, à chaque séance chez son psy, il parle bien plus d’elle que de son épouse disparue. Peu à peu, son histoire se déroule et avec elle surgissent tous les chagrins, les oublis et les pardons, toutes les rancœurs et les attentes non satisfaites, tous les regrets.

Comment vivre loin des siens quand leur amour vous est autant indispensable. Car la question est bien de savoir comment se passer de sa mère, et de cette mère juive par excellence, celle qui console et parfois bouscule, qui materne et aime, protège. Celle sans qui on ne serait pas l’homme que l’on est devenu ?

Ce que j’ai aimé ?

Le côté décalé du personnage, désespéré, réaliste, seul, empli de regrets, mais non dénué d’un humour à la fois grinçant et décapant. De cet humour qui dit les choses que l’on a envie de se cacher à soi-même mais qui empêchent d’avancer. Un personnage qui ne se prend pas toujours au sérieux mais qui sait qu’il doit avancer pour évoluer, avouer pour oublier et repartir d’un bon pied.

Et ce joli clin d’œil en passant aux lettres et à la mère de Romain Gary, à ces mères à la tendresse infinie qui savent à quel point leur fils à besoin d’elles et qu’elles ne doivent pas encore le laisser se débrouiller seul, même à quarante ans passés.

Catalogue éditeur : Balland

“Si vous me demandez de parler de maman, je ne vous dirai rien. Je n’ai en tête ni la plante vulnéraire, ni la senteur des fleurs jaunes, ni le goût de fenouil mêlé à l’anis vert. Je me souviens que j’avais offert, une couronne de jasmin à la femme que j’aimais. Je regarde encore souvent cette photo où Emma me sourit gênée dans son manteau bleu Klein, en drap de laine fin, court, au toucher velours.” 

Parler à ma mère raconte l’histoire tendre, mélancolique et humoristique d’un milieu de vie : un quarantenaire se retrouve sans désir suite au départ mystérieux de sa femme. Il arrête alors de travailler et décide de se consacrer au tennis et à son fils de 6 ans. Quand il va voir un psychanalyste, il s’aperçoit qu’il ne lui parle pas de sa femme mais de sa mère. Ces séances avec le psy le remettront-elles en mouvement ? 

David Allouche est économiste et conférencier. Après avoir enseigné pendant dix ans la finance de marché à l’ESSEC et à l’université Paris Dauphine, il intervient désormais à Sciences Po Paris. Il est diplômé de Télécom ParisTech, de l’ESSEC et du master de Finance de marché de l’université Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur de Marchés financiers, sans foi ni loi ? (PUF) et de La kippa bleue (Romans Eyrolles)

EAN 9782940632701 / Date de parution 24 Juin 2021 / 154 pages / 13,00 €

Ceux qui sont restés là-bas, Jeanne Truong

Le récit poignant de survivants du Cambodge de Pol Pot

Cambodge, 1978. Son époux et sa fille ont été tués par les Khmers Rouges. Elle n’a qu’une issue, fuir le pays avec Narang, son fils de six ans, jusqu’à la frontière avec la Thaïlande.

Si Narang est devenu muet suite à la mort des siens, sa mère quant à elle n’arrivera jamais à surmonter la douleur de leur perte. Car c’est aussi celle de milliers de cambodgiens qui ont perdu la vie par la folie et la volonté d’un homme. Au milieu de la jungle, dans une nature hostile et sauvage, sur les sentiers piégés par les Khmers Rouge, à la merci des passeurs indélicats, des profiteurs, des voleurs et des violeurs, leurs chances de survie sont infimes.

Ce seront des jours de marche et d’angoisse, de faim et de soif, de terreur, entourés de morts et d’appels à l’aide, de cris et de pleurs, pour arriver enfin jusqu’aux camps situés à la frontière. Là, les rescapés sont parqués, isolés, en marge du pays voisin qui hélas n’a rien d’ami en cette période pour le moins trouble. Car si certains parmi eux savent tant les exactions perpétrées par Pol Pot et ses armées que les massacres envers une population dont il faut anéantir la moindre racine, à ce moment-là, les thaïlandais ne font rien pour aider les rescapés.

Comment revivre, comment simplement survivre quand on a tout perdu, que l’on est conscient des horreurs que peuvent commettre les hommes et surtout de la fragilité de la vie. Comment vouloir continuer, même pour l’amour d’un enfant, quand face à tant d’atrocités on sait que l’on a tout perdu. Comment enfin grandir et vivre quand son enfance est synonyme de peur et de mort. Les questions sont posées, le contexte est enfin révélé, mais aucune réponse n’est donnée, comment cela serait-il possible d’ailleurs.

Le texte est profond, terrible aussi lorsqu’il ose dire ces massacres dont on n’avait si peu entendu parler, la traîtrise du pays voisin, le manque d’action des associations, puisque très peu de rescapés seront sauvés par la croix rouge ou les instituions internationales. Mais il y a aussi ces moments d’entraide et de partage, rares mais réels, qui permettent de rester en vie. Il en aura fallu du temps pour que le monde se réveille en réalisant les atrocités commises au Cambodge contre son peuple par son peuple.

Un roman qui remue et bouleverse, et nous dit une fois de plus qu’il ne faut jamais oublier ce dont l’homme est capable. La nature luxuriante et pourtant si dangereuse y tient une place prépondérante, et la terreur exercée par Pol Pot sur son peuple se ressent dans chaque fibre, chaque brin d’herbe, chaque mouvement et chaque pleur. J’ai souffert avec Narang, cet enfant bien seul qui a si mal débuté sa vie, incapable d’aimer ou de s’ouvrir à l’autre.

Impossible de ne pas penser en le lisant au roman de Guillaume Sire Avant la longue flamme rouge.

Catalogue éditeur : Gallimard

Il aurait fallu rester jusqu’à la fin. Il aurait fallu mourir. Avoir quitté les lieux avant les autres, c’est être coupé de l’Histoire. Je suis entré dans le noir qu’on appelle la survie. Je n’ai pas vu de mes yeux jusqu’au bout, je n’ai pas payé de ma vie comme les autres. Cependant, si l’enfance détermine tout, alors je suis un enfant des camps.
1978. Narang a six ans. Il fuit le Cambodge avec sa mère. Comme une foule d’autres rescapés, tous deux tentent de rejoindre la Thaïlande. Épuisés par des jours de marche, harassés par la faim et la soif, ils sont parqués dans un camp à leur arrivée. Cela aurait pu être la fin de leur tragédie. Mais ça ne sera que le début d’une autre. Fulgurante, celle-ci.
Jeanne Truong restitue avec force et pudeur l’horreur du cauchemar cambodgien. Elle revient sur un épisode méconnu de cette période sanglante. Le récit de Narang, habité par les obsessions qui hantent les survivants, est saisissant de vérité et d’humanité.

Parution : 14-01-2021 / 272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072888045 / 20,00 €

Prix littéraire de la Vocation 2021

Quel bonheur et quel honneur de participer au jury du prix littéraire de la Vocation.

Le prix littéraire de la Vocation est décerné par la Fondation Marcel Bleustein-Blanchet. Créé par le fondateur de Publicis, il récompense depuis 1976 des auteurs d’expression française âgés de 18 à 30 ans, pour des romans publiés depuis juin de l’année précédente.

De nombreux écrivains ont reçu ce prix depuis sa création, Victor Jestin (2019) et Salomé Berlemont-Gilles (2020), mais aussi Amélie Nothomb, Christophe Ono-Dit-Biot, Kaouther Adimi, François-Henri Désérable, Alain Blottière, Jean-Marie Laclavetine, Didier van Cauwelaert pour ne citer qu’eux.

La sélection 2021 :

  • Anne-Lise Avril, Les confluents, Éditions Julliard
  • Judith da Costa Rosa, Les Douces, Éditions Grasset et Fasquelle
  • Shane Haddad, Toni tout court, Éditions POL
  • Jean-François Hardy, La riposte, Éditions Plon
  • Floriane Joseph, La Belle est la Bête, Editions Frison-Roche Belles Lettres
  • Maud Ventura, Mon mari, Éditions de L’Iconoclaste
  • Clara Ysé, Mise à feu, Éditions Grasset Fasquelle

Ces sept romans sont lus par le jury composé de Kaouther Adimi, Jean-Luc Barré, Anne de la Baume, Alain Germain, Christophe Ono-Dit-Biot, Erik Orsenna, Philippe Taquet, Émilie de Turckheim et par le jury des blogueuses : Ghislaine Antoine (Le domaine de Squirelito), Sylvie Ferrando (La cause littéraire), Nicole Grundlinger (Mots pour mots) et Domi C Lire…

Le lauréat sera proclamé au mois de septembre.

Bénie soit Sixtine, Maylis Adhémar

Un premier roman perturbant sur les dérives sectaires des religions

Sixtine, comme la chapelle, est la sixième enfant d’une famille qui se doit d’être nombreuse pour plaire à dieu. Sixtine, aussi pieuse que fragile et vulnérable, élevée dans la religion traditionaliste catholique. Lorsqu’elle rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde, son chemin est tout tracé, devenir son épouse, puis après une nuit de noce catastrophique mais conforme aux diktats d’une religion qui veut que l’on s’unisse pour procréer, femme au foyer et future mère de son premier enfant. Ce fils, car il ne peut en être autrement, se nommera Foucault en l’honneur du père de Foucault, et qu’importe si cela ne lui convient pas, puisque son époux et sa belle famille en ont décidé ainsi.

Pierre-Louis Sue de la Garde est un mari modèle, mais c’est surtout un forcené de la religion catholique intégriste. Anti mariage pour tous, anti homosexualité, anti PMA, anti immigration, comme il se doit dans ce milieu très fermé que l’on peut qualifier de sectaire. Il est le premier à aller casser du manifestant avec la milice des Frères de la Croix.

Sixtine vit un calvaire auprès de ce mari qu’elle comprend de moins en moins, dans cette famille qui l’accapare, en prière, chapelets, contritions et génuflexion. Jusqu’au jour où le malheur arrive. Elle ouvre enfin les yeux et voit le monde qui l’entoure tel qu’il est, et cette famille et ses règles strictes qui la gouvernent telles qu’elles sont. À compter de ce jour, elle décide de fuir pour enfin s’émanciper, vivre sa vie de femme, de mère, de croyante, mais hors des préceptes intégristes qui annihilent toute volonté prônés par sa belle-famille et les Frères de la Croix.

Un premier roman perturbant qui montre avec justesse les dérives sectaires de toute religion à partir du moment où elle devient intégriste et omnipotente. J’ai aimé suivre l’éveil et l’émancipation de cette jeune femme qui découvre enfin de pouvoir de dire non, de décider, de se révolter et de vivre sans suivre les directives que les siens tentent de lui imposer, sans pour autant renier sa foi ou sa religion, mais en acceptant d’en rejeter les extrêmes. Mais cette deuxiéme partie semble parfois utopique, même si on souhaite qu’elle puisse être réaliste. En parallèle, le lecteur retrace le parcours de sa mère, qui vient très jeune elle aussi à la religion et Sixtine découvre un secret de famille particulièrement troublant.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Julliard, Pocket

Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre-Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.
Bénie soit Sixtine est avant tout l’histoire d’un éveil et d’une émancipation. Entre thriller psychologique et récit d’initiation, ce premier roman décrit l’emprise exercée par une famille d’extrémistes sur une jeune femme vulnérable et la toxicité d’un milieu pétri de convictions rétrogrades. Un magnifique plaidoyer pour la tolérance et la liberté, qui dénonce avec force le dévoiement de la religion par les fondamentalistes.

Née en 1985, Maylis Adhémar vit à Toulouse où elle travaille en tant que journaliste indépendante. Bénie soit Sixtine est son premier roman.

EAN : 9782260054542 / pages : 304 / 19.00 € / Date de parution : 20/08/2020

Les yeux d’Ava, Wendall Utroi

Après le bonheur, ou la descente aux enfers d’une mère sans histoire

Elle est heureuse Ava, un mari qui la comble, deux beaux enfants, et une vie plutôt facile de mère au foyer qui lui convient tout à fait.

Pourtant, un jour le destin en décide autrement et vient rompre le fil du bonheur. Un dramatique accident, une voiture qui s’enfonce dans un lac, un mari qui décède et une mère qui tente de sauver ses enfants et doit faire un choix sans lequel elle risque elle aussi de perdre la vie. Elle sauve l’un des jumeaux mais l’autre va périr.

La vie d’Ava prend alors un tournant dramatique. C’est la fuite en avant, la douleur occupe toute la place. L’accident qui a bouleversé sa vie à aussi apporté avec lui un certains nombre de révélations toutes plus angoissantes les unes que les autres. Elle découvre que sa vie est une mascarade basée sur le mensonge.

À partir de ce jour, son bel équilibre s’effondre, sa vie s’écroule face aux révélations sur son couple, à sa culpabilité de mère, aux questions qu’elle se pose, à la réalité d’un quotidien qui lui devient insupportable. Alors elle s’enfonce dans le silence, la solitude, le désespoir. Elle n’a plus aucune confiance en elle et ne supporte plus le poids des regrets, la douleur du manque, la responsabilité.

Le lecteur assiste à la lente déchéance d’Ava, son retrait du monde des vivants en quelques sorte, son rejet de tout ce qui lui rappelle l’hypocrisie des jours heureux. Lente déchéance vers la maladie, la dépression, la rue. Elle met en place un véritable processus d’autodestruction pour tenter d’effacer sa culpabilité.

Pourtant, j’aurais aimé parfois la bousculer, lui montrer les vivants plutôt que les morts, j’avais du mal à entendre ce désespoir qui lui fait abandonner l’enfant qui lui reste. Partagée entre empathie et révolte, entre compréhension et rejet de son attitude, j’ai pourtant été plongée dans une lecture totalement addictive et bouleversante qui montre à quel point une vie peut basculer dans le néant rapidement et inéluctablement.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

On ne manquera pas d’aller faire un tour sur le blog de l’auteur Wendall Utroi

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

« Si vous lisez cette lettre, c’est que vous tenez mon manuscrit entre vos mains, qu’on me l’aura volé, ou que ma fin sera proche. Il ne me quitte jamais, collé à ma peau, dissimulé sous mon manteau ou dans mon cabas. Les premières pages sont nées, il y a des années, raturées et usées par les griffes du temps. »

Rédigée quinze ans après les faits, la lettre d’Ava a le goût âcre de la rédemption. En 2002, Ava, vingt-neuf ans et quelques mois, mariée à un homme rencontré sur les bancs du lycée, mère de deux beaux enfants, des jumeaux, a une vie idéale. Un amour solide, des désirs simples comblés par des bonheurs immenses. Mais c’était compter sans le destin. Lui peut se jouer de nous, brouiller les cartes, changer les règles. Quand un tragique accident remet toute sa vie en question, Ava sombre. Comment peut-on faire face quand toutes nos certitudes sont réduites à néant ?

Précédemment publié sous le titre La Tête du lapin bleu.

384 pages / Date de parution: 30/09/2020 / EAN : 9782253181569 / prix : 7,90€

Maritimes, Sylvie Tanette

Une île comme refuge, une île comme tombeau

Un conte, une fable, un court roman qui sait dire en peu de mots l’amour et la mort, la guerre et le fascisme, la vie et la tragédie.

Sur l’île, hommes et femmes vivent heureux et libres, même s’ils ont bien compris que sur la terre si proche les temps ont changé et la liberté est un mot galvaudé.

Le jour où Benjamin accoste, les regards sont d’abord inquisiteurs, puis très vite solidaires et amicaux. Car tout le monde l’aime ce jeune homme arrivé de nulle part, enfin, de cette terre inhospitalière si proche. Tout le monde comprend qu’il ne faut pas trop poser de question, qu’il faut accepter ou rejeter, mais qu’ensuite il n’y aura plus le choix. Alors on l’accepte avec ses secrets, avec son sourire, avec sa force, son sens du partage, son courage, sa volonté. Tout comme Michaëla d’ailleurs, qui très vite le rejoint en secret pour vivre avec lui sa plus belle histoire… enfin, si les hommes de là-bas ne le rattrapent pas, si la liberté existe, et si les hommes et les femmes libres ont le droit de s’aimer.

Dans ce très court et émouvant roman, Sylvie Tanette, dont j’avais déjà apprécié Un jardin en Australie, nous offre dans un registre différent un superbe texte toujours empreint d’une grande humanité.

Catalogue éditeur : Grasset

Une île perdue en Méditerranée. Des collines, des oliveraies et, au fond d’une crique rocheuse, un village paisible avec son port minuscule. Depuis toujours, sa poignée d’habitants se tient à distance du continent… Ils racontent que de mystérieuses créatures marines veillent sur eux.
Assis sur un banc face à la mer, un vieillard se souvient. C’était l’époque de la dictature. Un jour, un jeune inconnu à l’allure de dieu grec, Benjamin, avait débarqué sur l’île.  Il était en fuite, tous s’en doutaient mais nul, jamais, ne lui a demandé de comptes. Benjamin s’est installé dans une maison en ruine, sur un promontoire isolé où bientôt le rejoint Michaëla, fille de l’île et de la mer. Mais la haine qui ravage un continent peut frapper un bout de terre qui se croit à l’abri du monde.
Une puissante histoire de résistance et d’indocilité qui est aussi un appel à l’attention envers la nature et à la force de la fraternité. L’évocation poétique et solaire d’une mythologie méditerranéenne éternelle et celle d’une mémoire chargée de chagrin. On n’oubliera pas la vision de Michaëla et Benjamin, de leur amour éperdu, fracassé par l’horreur de la dictature. 

120 x 185 mm / Pages : 120 / EAN : 9782246825623 prix 14.00€ / EAN numérique : 9782246825630 prix 9.99€ / paru le 12 Mai 2021