37, étoiles filantes. Jérôme Attal

Dans  son dernier roman « 37, étoiles filantes » Jérôme Attal nous entraine dans le Paris de Giacometti et de Jean-Paul Sartre, à la grande époque du Montparnasse des artistes et des écrivains

Domi_C_lire_37_etoiles_filantes_jerome_attalNous sommes à Paris en 1937, dans le Montparnasse de ces années d’après-guerre où la ville se reconstruit, où les fortifs des apaches et les quartiers insalubres disparaissent, au moment où l’horizon s’assombrit du côté de l’Allemagne avec la montée d’Hitler au pouvoir.

Une américaine perd subitement le contrôle de sa belle américaine et blesse le sculpteur Alberto Giacometti, qui avait justement décidé de dire à Isabelle qu’il la quittait. Le hasard faisant parfois bien les choses, il est transporté à l’hôpital. Ravi de cet intermède impromptu, il se régale entouré d’infirmières toutes séduites par ce bel italien au visage de pâtre bouclé.
Mais quand son amie Isabelle vient lui dire, petite vengeance de femme un peu trop délaissée, que Jean-Paul a déclaré Il lui est ENFIN arrivé quelque chose, son sang ne fait qu’un tour. Il n’a plus qu’une idée en tête, casser la figure à Jean-Paul (Sartre…), lui arranger le portrait et se venger de ces mots qui font si mal. Car en 37, ces deux hommes aujourd’hui reconnus de tous, sont en pleine ascension et doivent encore faire leurs preuves, aussi colporter de tels ragots peut les couper dans leur élan vers la gloire, il ne faut donc rien laisser passer.

Voilà donc le départ de cette intrigue qui nous entraine dans le Montparnasse des artistes, aux côtés d’Olga,  de Sartre et de Beauvoir, d’Anaïs (Ninn) ou encore d’Antonin Artaud et ses dérives vers la folie, de Pablo (Picasso) et de ses amours plurielles, de Giacometti et de son frère. Dans un Paris comme on les aime, évoluent des artistes qui nous émeuvent, nous étonnent, nous inspirent encore aujourd’hui. Mais c’est aussi le Paris qui commence non seulement à accueillir les migrants venus de l’Est, mais à les voir partir aussi, car l’ombre d’Hitler plane déjà sur l’Allemagne.

Ce que j’aime dans le roman de Jérôme Attal ? Il nous entraine à la suite de ces artistes un peu maudits et les fait revivre pour nous. Et nous assistons, simple lecteurs, à ces rencontres. Le réalisme et l’humour mordant que l’on retrouve dans son écriture donnent vie à ses personnages, les rendent humains et terriblement proches de nous dans leur génie et leur vie de misère, leurs sentiments et leurs échecs, leurs espoirs et leur réussite.

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A propos de Giacometti :
Alberto Giacometti né en Suisse en 1901, est sculpteur et peintre. Il arrive à Paris en 1922, là il intégrera d’ailleurs le mouvement surréaliste, mais le quittera rapidement.  A la fin des années 30 et dans les années 40, Alberto réalise des petites sculptures fragiles mais déterminées – comme toute son œuvre d’ailleurs-  et pourtant elles semblent un peu ridicules aux yeux des néophytes du fait de leur taille. Ces sculptures de plus en plus petites ont d’ailleurs pu faire à peine 1 à 2 cm. Mais il le sait, l’inspiration, la vraie, va venir et alors… Plus tard ce sera l’homme qui marche, droit, haut, immuable, intemporel, immortel. Il meurt en 1966.

La Fondation Giacometti à Paris. L’Institut Giacometti se situe au 5, rue Victor Schœlcher dans le 14e arrondissement, quartier de Montparnasse où Giacometti a vécu et travaillé pendant toute sa carrière.  II est installé dans l’ancien atelier de l’artiste-décorateur Paul Follot, un hôtel particulier classé de style Art Déco.  L’institut est ouvert sur réservation par créneau horaire.

Si comme moi vous appréciez cette époque et les artistes qui ont fait Montparnasse,  je vous conseille de lire ces quelques romans que j’ai particulièrement aimé :
Vous pouvez retrouver Rober Desnos dans Légende d’un dormeur éveillé, le magnifique roman de Gaëlle Nohant (Héloïse d’Ormesson), un de mes grands coups de cœur de 2017. Mais aussi Erik Satie dans Les parapluie d’Erik Satie de Stéphanie Kalfon ou dans Les pêcheurs d’étoiles de Jean-Paul Delfino (Le Passage).

Vous pouvez également retrouver Gabriële, la compagne de Francis Picabia, dans le roman éponyme  Gabriële, magnifiquement écrit par Claire et Anne Berest (Stock).

Mais, et vous, vous avez certainement d’autres titres à me conseiller ?


Catalogue éditeur : Editions Robert-Laffont

Sous le ciel étoilé de Paris, un jour de 1937, Alberto Giacometti n’a qu’une idée en tête : casser la gueule à Jean-Paul Sartre ! C’est cette histoire, son origine et sa trépidante conclusion, qui sont ici racontées.
« Grognant dans son patois haut en couleur des montagnes, Alberto a déjà fait volte-face. Il est à nouveau en position sur le trottoir. Scrutant les confins de la rue Delambre. Pas du côté Raspail par lequel il vient d’arriver, mais dans l’autre sens, en direction de la station de… Lire la suite

Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782221221303

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Une immense sensation de calme. Laurine Roux

 « Une immense sensation de calme » le premier roman étonnant de Laurine Roux tient plus du conte moderne que du roman classique. Il nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes.

Domi_C_lire_une_immense_sensation_de_calmeLes personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Découvrir l’écriture de Sorj Chalandon avec son roman « le jour d’avant » et se dire qu’il est grand temps de lire tous les autres !

Domi_C_Lire_le_jour_d_avant_sorj_chalandon.jpgQuarante ans après, Michel Flavent est toujours un homme en colère. Son frère est mort tué lors du coup de grisou au fond d’une galerie de la fosse 3, dite Saint-Amé du siège 19 du groupe de Lens-Liévin, il a trouvé la mort avec 42 autres mineurs. Ce 27 décembre 1974, à 6 h 30 du matin, un violent souffle a dévasté la mine, et les hommes qui se trouvaient là ont quasiment tous péri, âgés de vingt-cinq à cinquante-quatre, ils laissent une centaine d’orphelins et de nombreuses familles dévastées. Le jugement définitif a eu lieu  en janvier 1981 a conclu sans ambiguïté aucune, et pour la première fois dans l’histoire de la mine, à la condamnation d’une société exploitante pour faute inexcusable.

Le jour d’avant, les deux frères avaient passé la soirée ensemble, dans l’insouciance et la fraternité. Depuis le drame, le père s’est suicidé, la mère a sombré, et chaque jour Michel Flavent se remémore son malheur. Devenu veuf, celui qui n’a plus rien à perdre décide de se venger pour enfin effacer tous ces tourments ressassés et endurés depuis si longtemps. Il ira frapper au cœur même des responsables de l’accident mortel qui a couté la vie à son frère. Pourtant, il est bien étrange de constater que ce frère n’a jamais été nommé et que personne ne le considère comme l’une des victimes. Mais Michel Flavent est un homme obstiné, qui veut aller au bout, tous les stratagèmes sont bons, louer une maison, se faire passer pour un étranger à la région, entrer en contact avec le principal protagoniste, celui dont il considère qu’il est entièrement fautif, l’approcher, l’amadouer, pour mieux agir…

Ce roman est avant tout prétexte à nous montrer au plus près la vie de ces hommes, de ces familles, dans ces corons du nord exploités par des sociétés minières souvent sans scrupules. L’auteur montre bien la misère, le manque d’éducation, la vie toute tracée au fond du puits, dans les charbonnages qui détruisent la santé de générations d’hommes sans que personne ne s’en inquiète, les veuves et le orphelins à la rue du jour au lendemain, et toute une région qui a vécu longtemps sur des exploitations qui aujourd’hui ne sont plus. Il est porté par une écriture allant crescendo dans l’inquiétude, le désir et la réalisation de la vengeance mais également l’effet de surprise, ce qui en fait assurément un excellent roman.

Ce que j’ai aimé ? Le mensonge instillé peu à peu dans une vie comme un poison mortel, la soif de vengeance qui permet de vivre, de survivre même, jusqu’au moment où elle détruit tout. Mais également la part qui est donnée par l’auteur à toutes ces victimes dont on ne parle jamais, les autres, les perdants, ceux qui restent et doivent vivre avec le manque, le chagrin, la folie, le vide.

J’ai toujours dans ma PAL un roman de Sorj Chalandon qu’il m’avait dédicacé à la foire du livre de Brive… Et, ce n’est pas l’envie qui me manque de le lire, peut-être faut-il juste prendre le temps. Car j’ai aimé son écriture… même si d’aucuns pensent que Le jour d’avant n’est pas emblématique de son écriture, je me suis laissée prendre par cette vie dans les mines du nord de la France.

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Lire aussi la chronique de Virginie du blog Les lectures du mouton et celle de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur :  Grasset

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Parution : 16/08/2017 / Pages : 336 / Format : 145 x 205 mm / Prix : 20.90 € / EAN : 9782246813804

L’hôtelière du Gallia-Londres. Bernadette Pécassou-Camebrac

Dans son dernier roman « L’hôtelière du Gallia-Londres » Bernadette Pécassou-Camebrac dépeint la vie de la société lourdaise au milieu du XXe siècle à travers les destins croisés de deux jeunes femmes que tout oppose.

Domi_C_lire_l_hoteliere_du_gallia_londres_bernadette_pecassou_camebracInès est la fille du Gallia-Londres, c’est la riche héritière, belle, exigeante, à qui rien ni personne ne résiste, pas même Paul, le séduisant rugbyman. Mais à côté d’Inès évolue la tendre et douce Marie, fille de boulangers. Elle doit travailler dur pour aider ses parents, pour elle, pas de temps libre après les cours, pas de vacances à Biarritz ou à San Sebastien. Car il faut sans cesse avancer pour ne pas se laisser distancer par les concurrents, pour arriver à vivre correctement et assurer l’avenir des enfants.  Entre elles, il y a Paul, le frère de Josy, l’amie de Marie, ce beau et talentueux rugbyman en qui se fondent tous les espoirs du FCL, le club de rugby de Lourdes.
Nous suivons les jeunes filles pendant les années de collège, puis de leurs émois d’adolescentes à leurs vies de femmes plus ou moins réussies, plus ou moins heureuses. L’avenir n’est pas tout tracé, ni pour l’une ni pour l’autre, le bonheur pas toujours là où on l’attend, mais volonté, courage et ambition seront au rendez-vous.

On le sait, depuis les apparitions de la Vierge en 1858, Lourdes est une ville qui attire les croyants. Dans les années cinquante, les pèlerins sont de plus en plus nombreux et les petites pensions de familles qui se sont créées peu après les apparitions ne suffisent plus. La ville hôtelière prend son essor. Car tous ceux qui viennent ici poussés par un élan mystique ont également des besoins bassement matériels, un lit pour dormir, une table pour se restaurer, un autobus pour les mener de la gare à l’hôtel, voire plus loin, après tout, les Pyrénées sont à deux pas. Les pensions, les hôtels, les métiers de la restauration comme des loisirs ou du transport vont alors fleurir et se développer pour répondre à cette demande croissante. Les femmes sont à la manœuvre, souvent plus fortes, plus organisées que les hommes, et pourtant souvent aussi oubliées. Ce sont elles qui mènent la barque, ce sont elles aussi qui refuseront de vendre au plus offrant, qui maintiennent ce lien familial fort qui existe pour certains encore aujourd’hui.

J’ai aimé ces évocations d’une période révolue mais pourtant bien réelle, en particulier pour qui connait cette région, mais pas seulement. Les mères sont dures à la tâche, besogneuses, économes, elles organisent, prévoient, anticipent. Les filles étudient, travaillent et, toujours très raisonnables, aident les parents, fondent une famille et font tout pour s’en sortir. Les pères refont le dernier match au café, celui des riches, et l’autre, en face sur la place, car si on travaille de concert, on ne se mélange pas entre la ville basse et la ville haute. Les jeunes hommes, sportifs, rugbymen talentueux, qui font l’honneur d’une ville et dans lesquels tous les espoirs se fondent, leur faisant porter peut-être un poids un peu trop lourd sur les épaules. Les hivers besogneux pour ceux qui triment et préparent la saison prochaine, ou le bonheur d’un repos dans les grands hôtels du pays basque, tant côté français qu’espagnol pour les riches propriétaires et leurs belles héritières. Le début des sports d’hivers, la montagne et le rugby occupent une belle place dans la vie et les conversations des lourdais.

De cet auteur, j’avais déjà aimé La belle chocolatière, qui se passait déjà dans la ville de Lourdes. La voici de nouveau avec un roman qui n’a rien de régional, car il est à mon avis tout simplement universel, puisqu’il évoque la place des femmes, leur rôle dans la société, et le long chemin qu’elles ont dû faire pour imposer leur présence. Elles si indispensables et pourtant dont on faisait si peu de cas, dans les familles, lors des partages, des héritages, à une époque où l’homme était le seul à décider… il n’est pas si loin le temps où elles ont eu le droit d’avoir un compte en banque et de gérer leurs biens personnels, en juillet 1965, à peine plus de 50 ans, même pas une vie…

Vous aimez les romans historiques et les histoires d’amour qui vous font rêver ? Alors vous aimerez passer un bon moment en compagnie des héroïnes de Bernadette Pecassou, dans ce bel hôtel Gallia-Londres.

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Lire également la chronique de HC du blog Ma collection de livres

Lire aussi La passagère du France ou L’Impératrice Des Roses


Catalogue éditeur : Flammarion

«Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. Fille unique, elle était la future héritière de l’hôtel le plus prestigieux de Lourdes situé au pied des sanctuaires, là où se pressaient les foules de pèlerins et où vivaient les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de la haute.»

Sur fond d’intrigues au cœur d’un palace luxueux, dans une ville mystique jusque dans sa pierre de granit et ses brumes hivernales, L’hôtelière du Gallia-Londres brosse le portrait de destins individuels dans une société en pleine mutation. Des années 1950 à nos jours, entre essor de l’hôtellerie moderne et déchirements de la société, la rivalité de Marie et d’Inès est une histoire de pouvoir, de foi et de courage.

Paru le 06/06/2018 / Genre : Littérature française / 320 pages – 146 x 221 mm Broché EAN : 9782081391284 ISBN : 9782081391284

Les Dix Vœux d’Alfréd. Maude Mihami

 

Envie d’un bon roman pour se détendre cet été ? Alors que vous alliez en Bretagne ou au Pays Basque, à la plage ou dans votre jardin, lisez « Les dix vœux d’Alfréd », le roman de Maude Mihami.

Domi_C_Lire_les_dix_voeux_d_alfred_maud_mihaniAh, Alfred, oui, se prénommer Alfred, ça peut aller. Mais quand faut l’écrire Alfréd avec un accent aigu, ça n’est pas la même chanson ! Alfréd, 9 ans, vit avec sa mère dans la maison en face de celle du grand-père tout au bout du village tranquille du Camboudin, en Bretagne. Il ne connait pas son père. Il voudrait bien avoir un autre prénom, et surtout pas avec cet accent si stupide dont l’a affublé sa mère. Bref, pour lui c’est un peu comme s’il devait porter des culottes courtes ou assumer en permanence vilaine coupe de cheveux.

Avec son vénérable papi, Alfréd tente de passer le temps, avec les copains, enfin, les copains de son grand-père, qui ne sont pas trop de son âge, et pourtant qu’est-ce qu’il aime ça ! Mais il y a peu à faire dans ce village, dans ces années 70 sans ordinateur et si peu de télé ! Aussi quand son vénérable grand-père lui propose d’écrire dans ce carnet qu’il en quitte jamais, les dix vœux qu’il pourrait réaliser l’année de ses dix ans, c’est pour lui une aubaine, une excellente idée ! Il faut dire que l’anniversaire d’Alfred se doit d’être une belle fête, cette année il aura dix ans, et son grand-père pile soixante-dix, puisqu’ils sont nés le même jour.

Chaque vœux devient une occasion de montrer qu’il n’a rien oublié des aventures racontées par son grand-père adoré, mais aussi un moyen de découvrir qui il est, d’où il vient peut-être aussi, jusqu’au dernier des dix vœux, celui qu’il tient secret jusqu’au bout…

Ce roman est l’assurance de passer un joli moment de détente, de bonheur même. On se surprend au fil des pages à sourire, à éclater de rire aussi parfois , à découvrir la gouaille des protagonistes, à vouloir goûter un petit verre de Trouspignole. C’est vivant, empli d‘humanité, réaliste parfois, avec ces hommes au café, ou cette scène à la fête de l’école, c’est rempli de bons sentiments, mais pas à l’excès. Les personnages sont vivants, typiques même si peut-être parfois caricaturaux, mais qu’importe, car ils nous touchent et nous embarquent dans leurs aventures. C’est comme un éclat de rire partagé, comme un goût de bonheur qui fond dans la bouche, le livre  idéal pour se détendre pendant le vacances !

Les dix vœux d’Alfréd est un roman au goût sucré de souvenirs. Il m’a fait penser aux petits déjeuners que je prenais l’été avec mon grand-père, un peu de pain frotté à l’ail, avant d’aller dans les champs, ou à cette rasade de vin dans l’assiette de soupe au repas du soir, plaisirs quasi coupables partagés à deux, envers et contre les adultes qui désapprouvaient mais sans trop oser le dire ! Cette complicité d’enfants à grands-parents est quasi magique, ne dure qu’un temps, mais vous laisse avec tant de beaux souvenirs.

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Catalogue éditeur : Nil éditions

« Une fantaisie truculente, picaresque et touchante au cœur du bocage breton. Mieux vaut lire ce livre que celui d’à côté, il est plus drôle ! » Erik Fitoussi, libraire

1970, Le Camboudin, petit village breton. Alfréd, neuf ans, a un prénom dont l’accent aigu lui déplaît, une mère qui picole trop et un grand-père qui tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il adore traîner au bistrot avec ses copains, une joyeuse bande de vieux qui lui apprennent la vie. Avec l’aide de son Vénérable Papi, il va décider de passer le cap de ses dix ans en établissant une liste de vœux à réaliser avant le grand jour. Rencontrer un vrai cow-boy, boire de la trouspignôle ou encore conduire un tracteur marqueront le début d’une série d’aventures aussi rocambolesques que réjouissantes. De vœux gâchés en moments de pure félicité, il va vivre l’année la plus incroyable de sa vie.

Maude Mihami nous offre avec Les Dix Voeux d’Alfréd un premier roman d’une grande drôlerie qui pose un regard tendre sur le monde de l’enfance.
Maude Mihami, Bretonne de son état, a été libraire en Allemagne et à Paris. Elle vit aujourd’hui à Lyon.

EAN : 9782841119554 / Nombre de pages : 256 / Format : 130 x 205 mm / Date de parution : 03/05/2018

De l’influence de David Bowie sur la vie des jeunes filles, Jean-Michel Guenassia

David Bowie, on l’a tant aimé et il nous manque tant qu’on a tous envie de comprendre… Lire ce roman de Jean-Michel Guenassia jusqu’au bout, pour savoir !

Domi_C_Lire_de_l_influence_de_david_bowie_sur_la_vie_des_jeunes_filles_guenassia.jpgPaul Martineau a 17 ans et vit dans une famille composée de deux mères, Lena, sa mère biologique, et Stella, avec qui elle vit, et qui est la patronne du cabaret où il se plait à jouer du piano chaque soir.

Étrange trio, étrange famille, dont semble amplement se satisfaire Paul, qui a trouvé sa place de « lesbien » comme il se plait à le dire. On le suit dans cette vie en marge, mais semble-t-il heureuse et qui lui convient. Même si les états d’âme et le disputes de Lena et de Stella ne sont pas toujours faciles à gérer, même si la situation n’est plus aussi simple que ce qu’elle a été toutes ces années. Car un jour, Paul va devoir partir à la rencontre de son père biologique…

Ce que j’ai aimé ? Ce portrait d’une époque, où homoparentalité, ce un mot qui fait peur, est une réalité qui s’installe enfin dans le paysage, mais également la question du genre soulevée avec justesse par l’auteur, et là comment ne pas penser à Maria le roman d’Angélique Villeneuve.

Mais quel dommage, car si le récit met longtemps à s’installer, il met aussi bien trop longtemps à se développer… comme si l’auteur était en manque d’inspiration ou avait voulu faire durer le livre un peu trop longtemps, pour tenter de nous faire aimer Paul peut-être ? Pour nous impliquer d’avantage dans son histoire ?
Est-ce parce que j’avais tellement aimé le club des incorrigibles optimistes puis La vie rêvée d’Ernesto G. que j’en attendais trop peut-être ?  Bon, cela ne m’empêchera pas d’aller lire le prochain roman de Jean-Michel Guenassia !

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Du même auteur, on peut lire également mon avis sur La Valse des arbres et du ciel, ainsi que l’avis de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« Moi, je me plais dissimulé dans le clair-obscur. Ou perché tout en haut, comme un équilibriste au-dessus du vide. Je refuse de choisir mon camp, je préfère le danger de la frontière. Si un soir, vous me croisez dans le métro ou dans un bar, vous allez obligatoirement me dévisager, avec embarras, probablement cela vous troublera, et LA question viendra vous tarauder : est-ce un homme ou une femme ? Et vous ne pourrez pas y répondre. »

De l’influence de David Bowie sur la destinée des jeunes filles nous fait partager l’histoire improbable, drôle et tendre, d’une famille joliment déglinguée dont Paul est le héros peu ordinaire. Paul qui, malgré ses allures de filles, aime exclusivement les femmes. Paul, qui a deux mères et n’a jamais connu son père. Paul, que le hasard de sa naissance va mener sur la route d’un célèbre androgyne : David Bowie.
Fantaisiste et généreux, le nouveau roman de Jean-Michel Guenassia, l’auteur du Club des incorrigibles optimistes, nous détourne avec grâce des chemins tout tracés pour nous faire goûter aux charmes de l’incertitude.

Édition brochée 20.00 € / 23 Août 2017 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226399137

Le lambeau. Philippe Lançon

Quand on a vécu l’horreur, comment peut-on se reconstruire ? Le lambeau, de Philippe Lançon est un coup puissant porté à nos émotions. C’est certainement l’un des livres les plus marquants de ces dernières années.

Domi_C_Lire_le_lambeau_philippe_lanconCommencer ce livre, et penser aux morts, à leur familles, à tous les perdants,
Commencer ce livre et penser aux vivants,
Commencer ce livre et penser à tous les blessés, ceux qui doivent vivre avec, vivre après, vivre pourtant…
Commencer ce livre, et ne pas comprendre l’horreur qui frappe des innocents au nom d’un Dieu qui serait tout puissant et surtout qui serait l’instigateur de l’horreur ? Qui, dites-moi qui pourrait croire ça ?

Philippe Lançon est critique pour Libération et Charlie hebdo, ce journal quasi moribond en début 2015. Arrive le 7 janvier, jour de la réunion éditoriale chez Charlie, puis l’horreur, les morts autour de vous, les bruits, l’attente, et d’interminables journées d’hospitalisation, d’opérations diverses et hasardeuses, de tentatives de reconstruction en restant cependant comme terré dans sa chambre d’hôpital, protégé, entouré dans une bulle de silence, loin des bruits et de la fureur du monde extérieur, celui qui a détruit votre monde.

Quand on n’a plus que la moitié d’un visage, comment fait-on ?
Quand on n’est plus qu’une partie de soi-même, ayant perdu ses compagnons, ses projets, son futur, sa vie, comment fait-on ?

Dans ce roman/récit, Philippe Lançon, rescapé atrocement blessé de l’attentat de Charlie Hebdo en janvier 2015 parle de ce qu’il s’est passé ce jour-là, ce jour entre parenthèses, mais surtout de l’homme qu’il était encore à ce moment-là mais qu’il ne sera plus jamais après. Il décrit ces parenthèses d’horreur, de violence, de souffrance, mais aussi tout le cheminement, d’abord peut-être automatique, puis conscient, pour comprendre ce qui vous est arrivé, comprendre et tenter de se reconstruire. Philippe Lançon se dévoile, au plus intime, au plus profond, il se met à nu devant nous, physiquement et moralement, et c’est un concentré d’émotions qu’il nous distille avec ses mots, à lire par petites touches tant il vous emporte et vous terrasse.

Ce récit est un pavé d’émotion, de douleur, d’optimisme, de chagrin, d’humanité, face à la monstruosité du terrorisme, de ces hommes ou ces femmes capables de tuer des innocents au nom de leur Dieu. Et l’on peut se demander au nom de qui ou de quoi se permet-on de prendre la vie d’un homme ?

Mais dans la vie d’un grand blessé, il y a aussi les accompagnants, pompiers, premiers secours, médecins, chirurgiens, personnel hospitalier, soignants, psychologues, qui parfois prennent une part du fardeau, mais qui toujours savent donner au-delà de ce que l’on imagine, qui soutiennent et amènent à croire à un début ou à une possible guérison.

La lecture est difficile, prend du temps, car il faut digérer les émotions, les informations, impossible de se mettre à la place de l’auteur, qui est ici plus vivant que n’importe qui et qui nous entraine à sa suite, dans ses pensées, ses questionnements, ses désespoirs et ses espérances aussi.

Si je n’y ai trouvé aucun pardon, mais beaucoup d’interrogations, je suis cependant admirative de la façon dont l’auteur parle et envisage ce qui lui est arrivé. Je n’y vois aucune haine, mais au contraire une forme de reconstruction mentale, à la suite de la reconstruction physique, un hymne à la vie, à la liberté, en l’Homme aussi, celui (ou celle) qui reconstruit, qui soulage, qui soigne.
Et en digression peut-être, je ne peux m’empêcher de penser aux rescapés des camps de la mort, quels qu’ils soient, qui ont souvent été obligés de se taire tant la douleur était profonde et destructrice, et parce qu’en parler aurait sans doute été une seconde mort, ou à ceux qui au contraire ont dit, expliqué, présenté, pour pouvoir avancer après ça…

J’ai lu Le lambeau, le roman de Philippe Lançon en mai. Il m’aura fallu tout ce temps pour mettre de la distance entre ses mots et moi, entre ses pages et mes sentiments, entre la vie de l’auteur et mon empathie, et surtout pour simplement oser en parler. A lire, absolument !

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Je vous conseille de lire également le roman/témoignage d’Erwan Larher, Le livre que je ne voulais pas écrire, paru chez Quidam éditions.


Catalogue éditeur : Gallimard

Domi_C_Lire_le_lambeau_philippe_lancon_gallimardLambeau, subst. masc.

  1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
  2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
  3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338).

(Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).

Collection Blanche, Gallimard / Parution : 12-04-2018 / 512 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 01-04-2018 / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072689079