Les envolés, Étienne Kern

Un incroyable fait divers aussi émouvant que déstabilisant

Le 4 février 1912, un homme se présente à l’aube au pied de la tour Eiffel. Il a obtenu de la préfecture l’autorisation de faire un essai de saut avec un parachute de son invention, saut qui sera effectué par un mannequin. Mais ce matin-là, Franz Reichelt décide qu’il sera le seul à tester sa création, qu’il se jettera des cinquante-sept mètres du premier étage de la tour.

Aucun suspense quant à l’issue de ce saut, ce sera hélas le premier mort filmé de l’histoire du cinématographe. Comment en est-il arrivé là ? Qui est-il ? Et pourquoi en parler aujourd’hui dans ce roman ?

Subjugué par le photos de cet homme qui pose dans un étrange costume bouffant, avec des coutures, des armatures, et du tissus à ne plus savoir qu’en faire, Étienne Kern tente de comprendre qui il était et qu’elle idée folle lui est passée par la tête pour aboutir à ce jour funeste du 4 février.

M., une amie de l’auteur, souffre d’une maladie grave. Il sont très liés, pourtant c’est par un tiers qu’il apprend qu’elle s’est jetée de son balcon pour en finir avec cette vie de souffrance.

Ces deux envolés deviennent alors le fil conducteur de ce roman singulier.

Franz Reichelt est arrivé d’un village près de Prague en Bohème. Issu d’une famille de cordonniers, c’est la couture qui le séduit. Rapidement il fait ses classes puis installe son atelier en France, près de l’Opéra, à Paris. Franz était l’ami d’Antonio, un créateur comme lui. Arrivé d’Espagne, il a enduré lui aussi la méfiance des français envers les émigrés. Tout les rapproche tant qu’ils deviennent amis. Mais un jour, Antonio se prend d’amour et de passion pour les aéroplanes, ces drôles d’engins volants dont on parle de plus en plus et pour lesquels les expériences les plus dingues sont menées par des fous qui n’ont peur de rien. De couturier expérimenté, reconnu et raisonnable, Antonio devient rapidement un expérimentateur aussi dément que les autres, jusqu’au jour où il décède dans son avion, alors qu’Emma, sa jeune épouse, vient de mettre au monde leur fillette.

Emma, jeune veuve et maman de la petite Rose arrive à Paris dans l’ex atelier de son époux,. Elle y trouve du travail. Elle rencontre Franz. Une relation plus intime se noue entre eux. Pour lui plaire, il cherche à réaliser le parachute qui aurait pu sauver la vie de son ami. Lorsqu’un concours est lancé pour récompenser l’inventeur du parachute idéal, Franz se jette dans la compétition. Puis expérimente son invention.

L’auteur pose de nombreuses questions. Pourquoi cet homme qui paraissait sensé décide ce jour-là de tenter lui même le saut qui causera sa perte ? Pourquoi personne dans son entourage n’a essayé de l’en empêcher ? Quelle folie prend ainsi ces hommes qui ont tenté l’impossible pour voler, créer ces merveilleuse machines qui paraissent folles aujourd’hui mais qui ont été les précurseurs de l’aviation contemporaine ?

Le questionnement est intéressant, tout comme le parti pris d’évoquer ces inventeurs pas toujours heureux. J’ai aimé découvrir la folie et le désespoir qui se mêlent à la joie de la réussite.

J’ai aimé découvrir ce personnage totalement fou, qui n’a pas hésité une seconde avant de s’élancer vers sa mort. Ah, si seulement on pouvait savoir ce qu’il a pensé pendant ces quelques secondes avant sa fin annoncée.

Le parallèle avec M., l’amie disparue est émouvant et interpelle. Qui sont ces envolés et comment en arrivent-ils là ? Un roman aussi bouleversant que triste, étonnant qu’instructif, qui m’a donné envie d’aller chercher des informations sur Franz et les autres merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines. Il y a une grande poésie dans ces lignes. L’alternance entre le récit intime de la relation à l’amie, les recherches pour se rapprocher de Franz sans jamais avoir pu le rencontrer, et la façon dont Étienne Kern se l’est approprié pour nous en restituer les sentiments et les interrogations m’a particulièrement séduite.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue édieur : Gallimard

4 février 1912. Le jour se lève à peine. Entourés d’une petite foule de badauds, deux reporters commencent à filmer. Là-haut, au premier étage de la tour Eiffel, un homme pose le pied sur la rambarde. Il veut essayer son invention, un parachute. On l’a prévenu : il n’a aucune chance. Acte d’amour ? Geste fou, désespéré ? Il a un rêve et nul ne pourra l’arrêter. Sa mort est l’une des premières qu’ait saisies une caméra.
Hanté par les images de cette chute, Étienne Kern mêle à l’histoire vraie de Franz Reichelt, tailleur pour dames venu de Bohême, le souvenir de ses propres disparus.
Du Paris joyeux de la Belle Époque à celui d’aujourd’hui, entre foi dans le progrès et tentation du désastre, ce premier roman au charme puissant questionne la part d’espoir que chacun porte en soi, et l’empreinte laissée par ceux qui se sont envolés.

Parution : 26-08-2021 / 160 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072920820 / 16,00 €

Seul pour tuer Hitler, Jean-Baptiste Naudet

Cet homme qui a voulu tuer Hitler, ou quand la narrative non fiction se lit comme un roman

En novembre 1938 un homme seul tente d’assassiner le Führer. Ce jeune suisse, ancien séminariste de 22 ans est prêt à tout pour parvenir à ses fins, au risque d’y laisser la vie.

Pendant ses années au séminaire, Marcel Bauvaud a appartenu à la confrérie du mystère. C’est une association quasi secrète de jeunes très motivés pour asseoir le pouvoir et la force du catholicisme. Et les agissement du Führer en ces années 1936 sont contraires aux préceptes de leur religion, il convient donc de l’empêcher d’agir par tous les moyens. Et quel autre moyen serait plus efficace que la mort.

Marcel Bauvaud est un jeune homme intrinsèquement bon qui refuse de faire le mal et veut appliquer à la lettre les commandements, mais dans le cas qui l’intéresse, tuer un futur assassin, est-ce réellement une faute ? En tout cas, si c’en est une, il est prêt à l’assumer.

Après avoir quitté le séminaire, la rigueur et l’ordre ne sont plus ses priorités, et sur les injonctions de son amis le délirant Marcel Gerbohay qui se prend parfois pour un rescapé du massacre de la famille du Tsar, il décide de partir accomplir son destin. Il quitte Neuchâtel et le voilà en Allemagne, de Munich à Berlin, de Baden-Baden à Berchtesgaden, il traque le petit caporal qui foule aux pieds l’Église catholique, l’humanisme, le pacifisme, l’indépendance de la Suisse.

Son échec sera cuisant, il sera arrêté, torturé puis condamné à mort par la très efficace Gestapo qui protège comme une louve la vie de son führer.

Il faut dire que Hitler a été la cible de nombreuses tentatives d’assassinat hélas non abouties. Pourtant celle-ci est longtemps restée inconnue, le silence qui a été fait au moment des faits a longtemps perduré, y compris en Suisse.

À partir d’éléments d’archives, Jean-Baptiste Naudet construit un récit prenant qui restitue le contexte de l’époque et le destin de Maurice Bavaud. C’est tout à fait passionnant, parfois dur, mais tellement vrai. Une véritable leçon à la fois de courage et d’inconscience. Ce récit se lit comme un roman, se vit comme un moment d’Histoire. De plus, comment ne pas lui trouver d’écho dans l’actualité internationale.

Catalogue éditeur : éditions Novice

Un homme seul va tenter de tuer Hitler. Un homme isolé, désintéressé qui, de sa propre initiative, sans rien dire à personne, sans aide aucune, a décidé d’éliminer le Führer. Pendant des semaines, il va traquer le dictateur dans une Allemagne nazie quadrillée par la Gestapo. Inspiré par sa foi catholique, cet ancien séminariste est prêt à tout, y compris à sacrifier sa vie.

172 pages ; 200 x 130 cm ; broché / ISBN 978-2-492301-07-0 / EAN 9782492301070 / 17,90 €

L’homme sans fil, Alissa Wenz

Un récit passionnant qui se lit comme un roman

Adrian Lamo, Bradley Manning, ces noms là vous disent-ils quelque chose ? Personnellement non, mais après avoir découvert L’homme sans fil, je ne peux plus les ignorer.

En 2010, un jeune soldat échange par internet pendant de longues nuits avec Adrian Lamo. Il lui parle de ses craintes, et de son envie de révéler des documents pourtant classés secret défense. Il se sent à l’abri derrière son écran mais pourtant, par esprit civique Adrian Lamo va le dénoncer.

Un procès et de nombreuses péripétie plus tard, on est en droit de se demander ce qu’est devenu Lamo ?

C’est un jeune homme solitaire, un as du web, un hacker fou, qui connait tout les systèmes, ne vit que pour son ordinateur, et peut pénétrer l’architecture web de n’importe quelle grande entreprise. Par pour lui ou pour en retirer un quelconque bénéfice, mais pour prévenir la firme qu’il a réussi à hacker de la faiblesse de son infrastructure.

Pourtant, cette façon de faire ne plaît pas. Adrian par ailleurs déjà bien malmené depuis sa délation, va subir procès et vexations à la chaine, jusqu’à vivre dans la rue comme un vagabond, puis se terrer dans un appartement et s’isoler du monde qui l’entoure.

C’est cet homme si singulier qu’Alissa Wenz a choisit de nous présenter, en lui redonnant cette part d’humanité qui l’anime, ce sens civique, ce besoin d’aider son prochain, non pas à la façon de monsieur tout le monde, mais à la hauteur de ses moyens, de son don, la manipulation et sa dextérité à connaître et pénétrer le web et internet comme personne.

Cet homme m’a fait penser à Alan Turing. Le déchiffreur d’Enigma a lui aussi subi un traitement inhumain, du fait de son homosexualité, et a fini par se suicider. Ces hommes et ces femmes qui sortent du rang, quelle qu’en soit la raison, ont du mal à être accepté pour ce qu’il sont, et y compris pour leur différence, et a être appréciés à leur juste valeur.

J’ai aimé l’humanité, l’objectivité, dont fait preuve l’autrice pour nous parler d’Adrian Lamo. L’écriture est fluide, le récit instructif se lit comme un roman. Pourtant, il ne faut jamais perdre de vue la réalité, la solitude, la souffrance, qui se cachent derrière les mots. Une enquête qui interpelle avec finesse sur notre appréhension du monde et notre façon d’accepter les différences.

Catalogue éditeur : Denoël

S’amarrer dans des villes inconnues, ne pas savoir où il va dormir, voilà ce qu’il aime. L’exaltation du nouveau. C’est exactement ce qu’il ressent quand il entre dans des réseaux informatiques. Oui, c’est la même chose, se dit-il, c’est un acte de foi. […]Les journaux l’appellent ainsi : le hacker sans abri.

En 2010, le jeune soldat Bradley Manning est accusé d’avoir divulgué des documents classés secret-défense, révélant d’importantes bavures de l’armée américaine. Il risque alors la prison à perpétuité. Qui se souvient aujourd’hui d’Adrian Lamo, l’homme qui l’a dénoncé ? Hacker hors pair, Adrian Lamo est une légende dans son domaine. Mais le génie adulé, l’insolent vagabond, s’isole progressivement. Happé par les univers parallèles dont il se fait l’architecte, Adrian Lamo s’extrait peu à peu de la vie. Il perd dangereusement le fil du réel, entraînant dans sa chute ceux qui l’admiraient.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207164129 / Parution : 05-01-2022 / 18,00 €

Jour bleu, Aurélia Ringard

Un roman de départ et d’attente, un roman d’amour et d’espoir

Assise au restaurant Le Tain Bleu gare de Lyon, elle attend. Elle attend un homme qu’elle n’a vu qu’une fois, et n’a pas revu depuis trois mois. Sera-t-il là ? Lui est artiste peintre, rencontré lors d’un vernissage. Elle est médecin mais veut changer de vie.

Elle est toute entière portée par cette attente. Elle est venue quelques heures en avance, sereine mais impatiente. Ici, tout lui rappelle l’enfance et l’adolescence, les souvenirs de départ et d’arrivée, d’un père et d’une mère divorcés que frère et sœur allaient retrouver le temps d’un week-end ou pour les vacances. Elle est jeune et pourtant c’est sa vie qui défile au contact de cette multitude qui se croise, s’évite, se quitte, se retrouve, s’embrasse ou pleure, se bagarre ou s’enlace, ces vies multiples que l’on rencontre sans les voir dans toutes les gares du monde.

Bien sûr, il y a aussi le serveur séduit, le numéro de téléphone griffonné sur l’addition, les regards, mais aussi les voyageurs assis près d’elle, leurs instants de vie qu’elle partage sans y être invitée. Bien sûr les déchirures, les exaspérations, les élans, les départs, définitifs, la solitude, les quais de gare, les regards, les pleurs, les rires, les chagrins.

Elle attend et elle sait déjà que sa vie est à une charnière, qu’il n’y aura pas de retour en arrière et que demain sera autre, différent, inconnu mais comme elle le souhaite, à deux sans doute, heureux peut-être. Ce retour vers l’enfance, vers les rêves qui ne se sont pas réalisés et tous ceux qui pourraient être, vers la vie passée, est aussi un nouveau départ vers l’inconnu, vers celui qui doit arriver, celui qui sera là et qu’elle espère.

Le roman alterne les chapitres, tantôt à la première personne lorsqu’il revient au temps de l’attente, au temps présent, tantôt à la troisième personne, comme pour donner une distance à la rencontre, au passé, aux souvenirs, même si à chaque fois c’est de cette jeune femme qu’il nous parle. Une lecture agréable, et un personnage attachant. Et avouons-le, qui n’a pas essayé un jour dans une gare d’inventer les vies de ces hommes et de ces femmes qui passent, se croisent, se quittent, s’aiment.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Frison-Roche Belles Lettres

Une femme a rendez-vous avec un homme en gare de Lyon. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Cela fait trois mois qu’ils se sont rencontrés. Trois mois au cours desquels ils ne se sont pas vus. Elle a décidé de venir très en avance, de prendre ce temps de l’attente, assise au café. Le hall de la gare revêt l’allure d’une salle de spectacle, d’une pièce de théâtre où chaque personnage qu’elle croise la renvoie à ses propres souvenirs, aux moments clefs de la trajectoire qui l’a menée jusqu’ici et qui a façonné le décor de sa vie. Dans ce premier roman, Aurélia Ringard décrit avec minutie une poignée d’heures de la vie d’une femme, dans un huis clos magistral, époustouflant de maîtrise et de mélancolie.

Née en Bretagne, à Guingamp, Aurélia Ringard a d’abord vécu à Washington, aux États-Unis, et à Paris avant de s’installer à Nantes. Diplômée en pharmacie, elle se consacre aujourd’hui à sa passion pour les mots et la littérature. Elle anime des ateliers d’écriture et participe à l’organisation d’événements pour la promotion de la lecture. Suite à sa participation à un concours organisé par l’école d’écriture Les Mots, ce texte reçoit le coup de cœur du jury. Aurélia signe ici son premier roman.

Collection : Ex Nihilo / parution : 01/06/2021 / pages : 164 / EAN : 9782492536106 / Prix : 17.00 €

Des matins heureux, Sophie Tal Men

Voilà un roman qui donne le moral !

A Montparnasse, du côté de la gare parisienne bien connue des bretons, Marie vient de débarquer pour quelques mois. La jeune femme vient de réussir ses études de médecine à Brest, mais souhaite passer quelques mois dans un service de gynécologie parisien pour se perfectionner et apprendre auprès d’une spécialiste reconnue. Elle logera provisoirement dans le studio que lui prête une amie, au dessus de la pâtisserie d’un de ses amis.

Dans cette même gare, Elsa erre au milieu de la foule, et passe ses soirée dans un bus de nuit pour éviter les agressions inévitable lorsque l’on n’a plus rien et que l’on est à la rue. Cette jeune femme de dix-neuf ans arrive de sa province. Elle a fui les avances et l’agression d’un patron tout puissant. Restée seule lorsque sa seule amie s’est mise en couple, n’ayant personne vers qui se retourner, c’est la rue qui est aujourd’hui son seul refuge.

Guillaume est un taiseux. Ce barman solitaire doit digérer le départ de son amie. Virginie l’a quitté à la suite d’une grave accident et il semble bien que Guillaume y soit pour quelque chose. Mais pour se débarrasser de ses casseroles il décide de bazarder tout ce que Virginie avait installé dans leur appartement sur leboncoin.

C’est à cette occasion qu’il croise la route de Marie. Marie la buveuse de whisky, la rigolote, la solitaire qui l’impressionne et l’intrigue tout autant. Marie qui croise la route d’Elsa et cherche à comprendre pourquoi et comment elle en est arrivé là.

Ces trois là ne devaient pas se rencontrer et pourtant ils avaient tout à vivre ensemble. Dans le triangle formé par les rues qui bordent leur quartier Il s’en passe des choses à la fois ordinaires et si peu ordinaires. Les silences, les douleurs, l’absence et la solitude, le manque et le chagrin, l’amitié et la confiance, ils devront tout apprendre, tout donner, accepter aussi de tout recevoir.

Un roman qui se lit d’une traite, une respiration, un vrai moment de bonheur simple. Et pourtant une intrigue qui présente des personnages aux caractères bien trempés, des personnalités fortes superbement présentées par l’autrice qui sait décrypter les sentiments, les silences, les peurs, l’abandon, comme sait le faire un médecin pas seulement des corps mais aussi des âmes. Je me suis régalée avec cette lecture optimiste et positive.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Dans le quartier du Montparnasse à Paris, Elsa, Marie et Guillaume se croisent sans le savoir. Si le jour, leur quotidien les éloigne, le soir, tous trois affrontent une même peur de la nuit. 

Elsa se réfugie dans le bus pour éviter la violence de la rue, Marie, qui vient de quitter Brest, multiplie les gardes à l’hôpital pour combler son vide sentimental, et Guillaume retarde la fermeture de son bar afin de fuir la solitude. 

C’est au détour d’un Lavomatic, d’un irish pub ou par le biais d’une annonce sur Leboncoin qu’ils finiront par se trouver. Mais parviendront-ils, ensemble, à aller jusqu’au bout de leur nuit ? À se reconstruire ?

Date de parution 01 avril 2022 / 19,90 € / 304 pages / EAN : 9782226470218

Mise à feu, Clara Ysé

Entrer dans l’univers magique de Nine et de Gaspard

Nine nous raconte sa vie d’enfant et d’adolescente marquée par un tournant dramatique, l’incendie de sa maison. Elle est recueillie avec son frère Gaspard par un oncle effrayant, Le Lord. Elle parvient à survivre loin d’une mère singulière et attachante que tous surnomment L’Amazone grâce à la protection de Gaspard, la présence de Nouchka sa pie apprivoisée et les courriers de sa mère qu’ils reçoivent tous les mois.

Ce roman de Clara Ysé hésite entre drame poétique et ode à la jeunesse et à l’amitié. Les affres de l’adolescence de Nine y sont particulièrement bien traités et la chute bien qu’attendue n’en est pas moins très émouvante. Les larmes de l’auditeur seront à la mesure de l’attachement au personnage de Nine.
Le malaise de l’auditeur, s’il doit y en avoir un, vient quant à lui de la difficulté à faire la part entre poésie, réalisme et surréalisme, ce qui donne le sentiment d’une œuvre « diffractée » pour reprendre un mot que l’autrice semble apprécier. Il peut donc être malaisé d’y trouver son bonheur

Pour l’avoir déjà lu à sa sortie, j’ai trouvé la lecture par l’autrice très agréable. Mais elle n’apportait rien de plus à ce roman qui reste très attachant.

Retrouvez ma précédente chronique ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib, Grasset

Nine et Gaspard vivent dans la maison de leur mère, l’Amazone. Nouchka, leur pie, veille sur le trio. La nuit du réveillon, un incendie ravage le paradis de l’enfance. Le lendemain, le frère et la sœur se réveillent seuls chez leur oncle, l’inquiétant Lord.
Ils reçoivent tous les mois une lettre de l’Amazone qui leur dit préparer dans le Sud la nouvelle demeure qui les réunira bientôt.
Quel pacte d’amour et de rêve vont-ils nouer pour conjurer l’absence ?

Parution : 16/02/2022Durée : 3h33 / EAN 9791035407605 / Prix du format cd 19,90 € / EAN numérique 9791035407766 Prix du format numérique 17,95 €

La bibliothécaire, Gudule

Pourquoi les enfants ont aimé ce roman de Gudule lu par Thomas Solivéres

Chaque jour à l’école Guillaume s’endort sur son pupitre. Pourtant c’est un bon élève, aussi l’instituteur se demande ce qui lui arrive.
Il faut dire que chaque soir, Guillaume observe sa voisine par la fenêtre. C’est une vieille dame qui passe des heures à écrire, inlassablement penchée à sa table.
Puis lorsqu’elle a fini et éteint enfin la lumière, il a le bonheur de voir une jeune fille sortir de son immeuble.

Mais une question le taraude, qui est elle, ou plutôt qui sont-elles ?
Pour le savoir, une nuit il décide de suivre la jeune fille, et va avec elle jusqu’à la bibliothèque de son quartier.

La rencontre est un grand moment de bonheur. Guillaume est totalement séduit par la jeune Ida au parfum et aux habits surannés qui lui ouvre la porte vers la magie des livres. Ida qui lui avoue qu’elle rêve de trouver le grimoire qui lui permettra d’écrire le roman de sa vie. Mais la vieille dame, tout comme Ida, disparaissent du jour au lendemain.
Avec ses amis, il décide de partir à leur rencontre. Cette recherche les entraîne à nouveau dans la bibliothèque où ils plongent littéralement dans les histoires les plus extraordinaires à la rencontre des différents personnages. Il suffit de le vouloir, et ils entrent dans les livres, dès lors que ce soit Alice au Pays des Merveilles, le Petit Prince, Poil de Carotte, ou même Gavroche, plus aucun personnage n’a de mystère pour celui qui est totalement entré dans l’histoire.

Un joli conte et une lecture agréable. Quel bonheur de se dire qu’il suffit de tourner les pages à l’envers pour ressusciter nos personnages préférés qui finalement ne meurent jamais et nous feront éternellement rêver.

Catalogue éditeur : Audiolib

Pas étonnant que Guillaume s’endorme pendant les cours : toutes les nuits, il observe les drôles de choses qui se passent dans l’immeuble d’en face. Une mystérieuse vieille dame qui n’arrête pas d’écrire, une jeune fille qui s’enfuit dans les rues sombres, toujours à la même heure… Un jour, il se lance à sa poursuite, et découvre que toutes les réponses à ses questions se trouvent… à la bibliothèque ! Avec l’aide de ses amis, il se lance dans un fantastique voyage au pays des livres, qui le mènera à la rencontre d’Alice au pays des merveilles, de Poil de Carotte, du Petit Prince…

Collection : Jeunesse Éditeur d’origine : Hachette Jeunesse / EAN 9782367623047 Prix du format cd 14,00 € / parution : 22/03/2017 Durée : 3h19

Pas la guerre, Sandrine Roudeix

Vivre à deux, ou se faire la guerre

Assia et Franck s’aiment. Ils vivent ensemble, mais l’amour n’est pas tout et au fil des jours, la cohabitation s’avère parfois difficile. Assia, est fille d’immigrés marocains, elle a toujours eu besoin d’affirmer sa place, son rôle, et certaines remarques la laissent à fleur de peau. Franck vient d’une famille dans laquelle on ne se parle pas. Difficile alors d’imaginer un dialogue fluide entre ces deux-là. Et ce soir, après une phrase malheureuse d’Assia, la dispute est bien au-delà d’un échange tendu, ils sont arrivés au bord de la rupture.

Dans une unité de temps et de lieu, cette soirée devient un mouvement de bataille, une montée en puissance du conflit avant la guerre aussi dévastatrice que définitive. Le repli d’abord, l’approche ensuite, puis l’assaut avant l’attaque.

L’autrice fait de cette soirée un moment de bascule avant l’explosion. Mais sauront-ils s’arrêter à temps ? Car la relation de couple, comme la relation amoureuse en général, n’est jamais un long fleuve tranquille. Fatigue, frustration, paroles malheureuses, cadre de référence dans lequel chacun a évolué, colère, désir, peur, envie, doute, sont autant d’éléments qui peuvent faire basculer un moment délicat en guerre ouverte.

J’ai trouvé la thématique intéressante, en particulier l’exploration et la finesse dans l’appréhension des sentiments et des tourments au plus intime. J’ai aimé l’écriture singulière, tout comme l’idée du roman. Pourtant je n’ai pas vraiment réussi à ressentir des émotions au contact d’Assia et Franck. Comme si l’intensité de leur combat les avait tenu trop loin de moi, à l’écart du monde dans leur bulle de rancœur et de violence, de certitude et d’individualisme. Mais peut-être est-ce commun à une certaine jeunesse d’aujourd’hui, individualiste et qui rêve de liberté avant de penser à vivre en couple. Pourtant ce n’est pas seulement parce qu’on s’aime que la vie à deux est facile, c’est un long chemin et un véritable travail sur soi qu’il faut faire chaque jour.

Catalogue éditeur : Le Passage

C’est l’histoire d’une fille qui se croit émancipée. C’est l’histoire d’un garçon qui se croit libre. Assia a 24 ans et est née en France de parents marocains. Franck a 25 ans et a grandi à Paris auprès d’un père militaire. Entre les deux, la possibilité d’un amour. Un emménagement. Le mélange des corps et des territoires. Mais un soir, l’entente se rompt. Comme du barbelé, des paroles les séparent. Comment aimer l’autre quand on traîne sa culture et sa famille avec soi comme autant d’ombres cachées sous le matelas ?

Sandrine Roudeix est romancière, scénariste et photographe. Elle est notamment, l’auteure des romans Attendre (Flammarion, J’ai lu) et Les Petites Mères (Flammarion), salués par la critique. Elle a également publié Diane dans le miroir, un texte consacré à la photographe américaine Diane Airbus (Mercure de France). Avec Pas la guerre, son cinquième roman, elle poursuit sa quête de l’intime et creuse de son écriture sensible et à fleur de peau les questions d’identité, d’émancipation féminine et de transmission familiale.

ISBN : 978-2-84742-477-5 / Date de publication : 6/01/2022 / pages : 160 / Prix : 18 €

Enfant de salaud, Sorj Chalandon

Enfin, trouver le père

Depuis toujours Sorj Chalandon cherche son père, ses vérités, ce qu’il a été avant lui, et en parle dans ses romans. Cette image tutélaire qui permet en général de se construire a été totalement brouillée par la mythomanie du père.

L’auteur a été reporter de guerre, correspondant judiciaire et a en particulier suivi le procès de Klaus Barbie en 1987, reportage pour lequel il a reçu le prix Albert-Londres. Ces deux éléments étaient déjà en eux même assez forts pour donner un sens à l’écriture d’un roman.
Si Sorj Chalandon joue avec les dates pour construire son roman, la réalité du père qu’il évoque est bien celle qu’il a découvert en 2020. Un père qui n’était pas du bon côté, qui a porté l’uniforme allemand, mais pas seulement. Un homme qui a eu mille vies, porté cinq uniformes différents, s’est évadé, a risqué le peloton d’exécution, a terminé sa guerre en prison.

Celui qu’il avait déjà décrit comme fantasque dans Profession du père se révèle ici imprévisible, saltimbanque, manipulateur, affabulateur. Un véritable chat qui retombe sur les pattes quelle que soit l’aventure tordue dans laquelle il s’est embarqué.

Il y a de nombreuses questions dans cette quête du père, mais aussi beaucoup d’amour pour celui qui pourtant n’a jamais su parler à son fils, lui dire qui il était, l’aider à se construire, échanger, dialoguer, dire vrai.
Que d’émotion lors des chapitres qui évoquent le procès Barbie, les enfants d’Ysieux, les noms des disparus, la visite de l’auteur à la maison qui a abrité cette colonie d’enfants juifs avant la rafle. Une intensité douloureuse, un devoir de dire ce qui a été, ce que les derniers témoins ont exprimé lors du procès, dire encore une fois avant l’oubli, pour l’Histoire.

La voix de Féodor Atkine a une tonalité parfois dure, parfois douloureuse, une personnalité qui donne envie de faire silence pour écouter, pour entendre, pour participer plus intensément à cette quête et à ce devoir de mémoire.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Grasset

Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
– Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté  : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud !  »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un «  collabo  », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un «  Lacombe Lucien  » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.

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Format : 140 x 205 mm / Pages : 336 / EAN : 9782246828150 / Parution : 18 Août 2021

Felis Silvestris, Anouk Lejczyk

A la cime des arbres ou entre quatre murs, faire appel à l’imaginaire pour se construire

Deux sœurs, l’une parle, l’autre non.

Celle qui s’est donné pour nouveau nom Felis silvestris est partie dans la forêt. A l’image du chat sauvage, ce chat forestier dont elle a pris le nom, et qui hante les bois d’Europe.

Loin des siens, elle est partie rejoindre une communauté qui défend les derniers arbres contre la déforestation sauvage faite par la firme qui exploite une mine. Sans contrepartie, sans rien attendre, elle lutte dans la clandestinité avec les autres jeunes qu’elle rencontre sur la ZAD. Elle doit apprendre à vivre de rien, dans les arbres, devenant un bouclier humain contre la force des grandes multinationales qui n’ont aucun scrupule à tout raser et à modifier durablement l’environnement.

En parallèle, sa sœur s’enferme peu à peu dans la solitude d’une chambre pour tenter de comprendre d’une part la fuite de sa sœur, et d’autre part ce qu’elle souhaite faire de sa vie. C’est le long monologue de cette dernière qui nous éclaire sur ses projets, sur la nouvelle vie de sa sœur, sur la relation très forte qu’elles avaient et qui souffre de cette absence, de ce silence. Les souvenirs s’égrainent, l’enfance est là joyeuse et tendre, les expériences vécues ensemble.

La nature et en particulier la forêt ont une place prépondérante et nous ramènent à l’essentiel, la vie et l’importance du respect de ce qui nous entoure pour vivre sereinement en symbiose avec les éléments.

Chaque chapitre est ponctué d’un « Et ta sœur, elle est où » qui nous rappelle qu’elles sont deux, mais par moments ne semblent faire qu’une. Comme si la sœur qui se terre était le miroir de celle qui s’envole à la cime des arbres. Alors une, ou deux ? Un roman étonnant, déroutant même lorsque l’on s’interroge sur l’existence des deux sœurs, mais un roman dont on se souvient et qui marque.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Le Panseur

Sans crier gare, Felis est partie rejoindre une forêt menacée de destruction. Elle porte une cagoule pour faire comme les autres et se protéger du froid. Suspendue aux branches, du haut de sa cabane, ou les pieds sur terre, elle contribue à la vie collective et commence à se sentir mieux. Mais Felis ignore que c´est sa sœur qui la fait exister – ou bien est-ce le contraire ? Entre les quatre murs d´un appartement glacial, chambre d´écho de conversations familiales et de souvenirs, une jeune femme tire des fils pour se rapprocher de Felis – sa sœur, sa chimère. Progressivement, la forêt s´étend, elle envahit ses pensées et intègre le maillage confus de sa propre existence. Sans doute y a-t-il là une place pour le chat sauvage qui est en elle. Premier roman d´Anouk Lejczyk, Felis Silvestris nous plonge, le temps d´un hiver, dans une histoire intime et sensible, explorant notre imaginaire et nos inquiétudes face à des choix de vie qui nous effraient autant qu´ils nous fascinent.

11 Janvier 2022 / 17.00 € / EAN 9782490834082 / 192 Pages