Nous nous sommes tant aimés, Mona Azzam

couverture du roman nous nous sommes tant aimés de Mona Azzam, photo Domi C Lire

Océane débarque à Paris le 10 mai 81. Dans la ville en liesse elle ne trouve rien de moins que le café de Flore pour découvrir la jeunesse et la vie trépidante de cette ville qui ne dort jamais. Comme tant d’artistes, écrivains, philosophes l’ont fait avant elle, Océane se laisse prendre par la magie des lieux. Embarquée par un groupe de jeunes gens qui refont le monde et célèbrent la victoire, elle rencontre Emmanuel. Prise dans l’insouciance et la frénésie de bonheur qui l’entourent, c’est le coup de foudre. Il ne durera qu’un instant, un jour, une nuit, une vie…

Court roman qui dit l’amour, éternel, celui qui n’a jamais connu les tous les jours, la lassitude, l’ennui, les traces de dentifrice et tous ces petits tracas qui empoisonnent le couple et le désintègre à petit feu. Qui dit la fulgurance de l’instant parfait, jamais renouvelé, éternel souvenir du bonheur un jour atteint.

Au fil des années, des saisons, des rencontres manquées, Mona Azzam déroule les amours d’Océane et Emmanuel. Les mots sont ciselés, les sentiments travaillés au pinceau comme le ferait l’artiste qui effleure, qui esquisse, qui dévoile sans vraiment dire. L’auteur nous permet de faire une incursion dans le Paris du grand soir de l’élection de François Mitterrand, une plongée en apnée dans l’euphorie qui a suivi et au creux des rêves qui ont porté la jeunesse d’alors, mais aussi dans le quartier de Saint Germain des Près avec ses auteurs, ses artistes, ses figures inoubliables de la littérature et de la culture française. Un roman pour se souvenir, et pour passer un agréable moment de lecture.

Catalogue éditeur : La Trace

« On ne sort pas comme l’on entre, au Flore (…)
Ce 10 mai 1981 a pris les allures d’un jour de bonheur, parti pour durer éternellement.
Je me refuse, en cet instant précis, à penser au futur, à toutes ces années à venir et, m’emparant de ma énième coupe de champagne, j’y trempe les lèvres, formulant ainsi, en silence, une promesse, celle de ne jamais oublier ce jour… »

ISBN 979-10-97515-16-4 / Prix 18,00€ / 90 pages / Parution : octobre 2019

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Francis Rissin, Martin Mongin

C’est le roman le plus improbable et le plus ambitieux de cette rentrée littéraire. Si vous embarquez avec Francis Rissin, vous n’êtes pas sûr de comprendre où vous allez, mais vous ne pourrez plus le lâcher !

Dans ce roman, tout étonne, et d’abord sa structure. En onze parties construites de façon fort différentes, tantôt un cours magistral d’université, tantôt une enquête de police, un rapport administratif, les délires d’un fan absolu ou encore les écrits des apôtres, tout y passe dans cette dystopie totalement décalée. Y compris les mots et les délires du journal intime de Francis Rissin lui-même, excusez du peu. Mais en fait, qui est-il ? Qui le connait ? Qui a compris ses desseins ? C’est l’alerte générale dans tout le pays, qui est Francis Rissin ?

De son existence supposée à son existence avérée. Des affiches fleurissent sur tous les murs en France et le plus fin limier suit ses traces de village en village. Mais Francis Rissin sillonne le pays et nul ne peut le suivre, le devancer ou même l’arrêter. Capable de soulever les foules par son seul charisme, ce nouveau messie des temps modernes est aussi totalement incompris du pouvoir en place. Pourtant tous ceux qui l’ont connu l’apprécient, et tels des apôtres, ils écrivent les évangiles de Francis Rissin.

Car oui, en vérité, je vous le dis, dès sa jeunesse il savait qu’il lèverait une armée pour sauver la France… Tient, ça vous rappelle quelqu’un ?  

Stupeur, colère et inquiétude, voilà les sentiments qui dominent dans tout le pays… Comment peut-il être présent à différents endroits à la fois éloignés géographiquement et très proches dans le temps. Le mystère s’épaissit. Et si c’était Rissin versus Rissin ? Sont-ils nombreux ? Est-il un ? Est-il multiple ? En vérité, une fois encore, sachez-le, Francis est légion !

Je ne vous en dis pas plus, j’en ai d’ailleurs déjà trop dit, car parler de ce roman tellement différent de tout ce qu’on lit habituellement n’est pas aisé. Alors si vous aimez les paris impossibles, si quelques six cent pages ne vous rebutent pas pour tenter de percer à votre tour ce mystère, soyez curieux, immergez-vous, acceptez le challenge, et partez à la découverte de Francis Rissin. Puis venez me dire ce que vous en aurez pensé ! Attention, il me semble cependant que ce roman est avant tout à conseiller aux lecteurs passionnés, tant il est dense, déroutant et singulier.

Catalogue éditeur : Tusitala

De mystérieuses affiches bleues apparaissent dans les villes de France, seulement ornées d’un nom en capitales blanches : FRANCIS RISSIN. Qui est-il ? Comment ces affiches sont-elles arrivées là ? La presse s’interroge, la police enquête, la population s’emballe. Et si Francis Rissin s’apprêtait à prendre le pouvoir, et à devenir le Président qui sauvera la France ?

Pour son premier roman, Martin Mongin signe un livre vertigineux. Un roman composé de onze récits enlevés, onze voix qui lorgnent tour à tour vers le roman policier, le fantastique, le journal intime ou encore le thriller politique, au fil d’une enquête paranoïaque sur l’insaisissable Francis Rissin. Avec une maîtrise rare, Martin Mongin tisse sa toile comme un piège qui se referme sur le lecteur, au cœur de cette zone floue où réalité et fiction s’entremêlent.
Autant marqué par l’art de Lovecraft, de Borges ou de Bolaño que par la pensée de La Boétie ou d’Alain Badiou, Francis Rissin est un premier roman inventif et inattendu, au propos profondément politique.

Martin Mongin est né en 1979. Il est professeur de philosophie, et passionné de politique. Il a signé plusieurs articles et publié divers essais politiques sous des noms d’emprunt, notamment aux éditions Pontcerq.
En parallèle, il a toujours écrit de la fiction, imprimant ses ouvrages à quelques dizaines d’exemplaires pour ses proches. Francis Rissin est son premier roman, qu’il a envoyé par la poste à Tusitala à la fin de l’année 2018.

616 pages / 22 euros / ISBN : 979-10-92159-17-2 / Parution : 21 août 2019

Ceux que je suis, Olivier Dorchamps

Ceux que je suis, d’Olivier Dorchamps, un roman au ton juste qui parle de famille, d’identité, de filiation

Tarek et Khadija ont quitté le Maroc alors qu’ils étaient jeunes mariés pour aller vivre en France. Trois fils et une vie plus tard, Tarek décède brusquement. Passé le choc de sa disparition, les trois fils sont encore plus choqués d’apprendre qu’il faudra faire le voyage jusqu’au Maroc pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.

Difficile pour ces enfants devenus adultes d’accepter cette décision. Car depuis tant d’années que leurs parents vivent à Clichy, et avec des fils nés en France et sont donc français avant tout, c’est l’incompréhension. Ils se sentent frustrés et volés de ces moments de recueillement qu’ils ne pourront pas avoir sur sa tombe.

Commence alors pour chacun un voyage vers les racines de la famille. Pas un simple voyage de Clichy à Casablanca, mais bien un voyage pour remonter le temps, un chemin vers les origines et ce qui a forgé l’identité de chacun. Cette identité que l’on se crée soi-même, et celle qui vient de Ceux que nous sommes. Au contact de la famille, une grand-mère qui n’a jamais parlé du passé, un ami fidèle, une mère devenue veuve, les fils vont apprendre d’où ils viennent, tenter de comprendre leurs différences, le pourquoi d’un départ et de ce retour. Mais apprendre aussi le poids des traditions, des croyances et de la religion dans une société dont ils ne maitrisent pas les subtilités.

Ceux que je suis est un livre au ton juste, qui parle de famille, de cette lignée qui construit chaque individu qui la compose, mais aussi de secrets enfouis profondément, de ceux qui marquent des générations sans qu’elles ne comprennent pourquoi. Un roman qui parle d’amour, celui d’un couple, mais également de l’amour filial et de celui des parents pour leurs enfants.

Merci Olivier Dorchamps pour ce beau roman d’identité et de filiation. Un livre qui dit sans juger, qui montre avec beaucoup d’humanité la complexité des sentiments, la douleur, le poids des traditions, l’importance de la famille et des générations qui nous ont précédés.

Catalogue éditeur : Finitude

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études. »
Marwan est français, un point c’est tout. Alors, comme ses deux frères, il ne comprend pas pourquoi leur père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça ?
C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille ­arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

13,5 x 20 cm / 256 pages / isbn 978-2-36339-118-6 / 18,50 euros
Talent Cultura 2019

Le bal des folles, Victoria Mas

Voulez-vous danser …? Venez découvrir Le bal des folles, un premier roman magistral signé Victoria Mas.

Le roman de Victoria Mas évoque ces femmes internées à la Salpêtrière au XIXe, que l’on appelait les folles, les hystériques ou même les aliénées. Elles sont sous la responsabilité de cette figure devenue mythique de la neurologie et de la psychiatrie, le professeur Jean-Martin Charcot qui expérimente sur elles toutes sortes de nouveautés. Ces pauvres femmes sont parfois effectivement malades, mais le plus souvent elles ont été internées là par un père, un mari, un frère qui ne demande qu’à en être définitivement débarrassé. Car qui veut d’une épouse qui se révolte, d’une fille qui a été violée, d’une sœur qui exprime un souhait d’émancipation ?
Dans les dortoirs de l’hôpital, point de salut, ni lecture, ni activité, tout au plus quelques bavardages, le plus souvent une isolation forcée et désastreuse pour leur équilibre déjà bien fragile, un peu d’éther de temps en temps pour calmer les crises des malades. Et qui se soucie de leur bienêtre ? Le bon docteur Charcot préfère ses séances publiques d’hypnose, où une jeune et jolie malade est endormie pour tenter de lui faire reproduire les crises d’hystérie qui les qualifient si bien, devant un public plus voyeur que soignant et au prétexte de faire avancer l’étude de leur comportement… Chaque année à la mi-carême un bal voulu par Charcot est organisé pour elles dans l’enceinte d’hôpital. Le bal des folles confronte les bourgeois et les personnalités du tout Paris fascinés par ces femmes qu’ils vont côtoyer un instant.

Victoria Mas s’intéresse à quelques-unes d’entre elles, Geneviève, l’infirmière dévouée, effacée et attentive, Thérèse, la folle enfin à l’abris des violences du monde extérieur entre les hauts murs de l’hôpital, et Eugénie, la douce et brillante jeune femme qui vient d’être internée à la demande de son père. Car en cette année 1885, Eugénie s’intéresse aux esprits et aux écrits d’Allan Kardec, se demandant si les défunts parlent aux vivants. C’en est trop pour son père et pour l’honneur de sa famille, la voilà exilée elle aussi auprès de ces malheureuses qui peuplent les dortoirs de l’hôpital.

Le bal des folles est avant tout un éclairage sur le sort des femmes, sur les violences qu’elles ont eu à subir entre ces hauts murs symbole d’enfermements, sur la façon dont de tout temps elles sont écartées de la vie publique par les hommes qui les gouvernent, ici point de couvent mais un hôpital, rien de pire pour perdre tout à fait la raison et ne plus faire d’ombre à des pères de famille bien égoïstes. C’est aussi un excellent roman par son écriture à la fois réaliste et descriptive, qui nous entraine avec ses personnages attachants et bouleversants de vérité et de raison.

Selon Wikipédia : Jean-Martin Charcot (Paris 29 novembre 1825 /Montsauche-les-Settons 16 août 1893) est un neurologue français, professeur d’anatomie pathologique et académicien. Découvreur de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), une maladie neurodégénérative à laquelle son nom a été donné dans la littérature médicale francophone, il est le fondateur avec Guillaume Duchenne de la neurologie moderne et l’un des grands promoteurs de la médecine clinique, une figure du positivisme.
Ses travaux sur l’hypnose et l’hystérie, à l’origine de l’École de la Salpêtrière, ont inspiré à la fois Pierre Janet dans ses études de psychopathologie et Sigmund Freud, qui a été brièvement son élève et l’un de ses premiers traducteurs en allemand, en ce qui concerne l’invention de la psychanalyse.

Ce roman a déjà reçu de nombreux prix en 2019 : Prix Patrimoines de la Banque Privée BPE, Prix Stanislas, Prix Première Plume, Talent Cultura

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles.  Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires. Réparti sur deux salles, d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques. Ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres. Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

Prix 18.90 € / parution : 21 Août 2019 / 140mm x 205mm / 256 pages / EAN13 : 9782226442109

Le ciel par-dessus le toit, Nathacha Appanah

Dans Le ciel par-dessus le toit, le nouveau roman de Nathacha Appanah, il y a un jeune Loup mal dans sa peau, une famille sans amour, et l’espoir distillé comme une rédemption.

Eliette est une jeune fille très belle adulée et poussé par ses parents. Elle chante bien et sa voix est un cristal que tous ont envie d’écouter, surtout à la soirée annuelle de l’usine où travaille son père. Les parents, fiers et heureux, poussent la fillette sur l’estrade, coiffée, maquillée, (elle m’a fait penser à ces petits filles que leur mère poussent aux concours de miss) mais rien de cela ne lui plait, elle ne le fait que pour répondre à l’amour et à l’admiration de ses parents. Jusqu’au jour de ses onze ans, jusqu’à cet homme, jusqu’au point de rupture…

A partir de ce jour, Éliette disparait, Phénix renaitra de ces douleurs intenses, aura deux enfants sans père et se tiendra loin d’eux. Pas de caresse ni d’amour échangé, pas de geste tendre, la mère fuit son enfance et ses souvenirs douloureux en prenant ses distances avec ses enfants, et fracasse à son tour l’enfance de ceux qu’elle a mis au monde. Sa fille Paloma a quitté le foyer en abandonnant Loup, son petit frère. Mais le chagrin de ces années d’attente est trop fort, Loup prend la voiture de sa mère et part à la recherche de sa sœur. Cela ne se fera pas sans dommage.

Il y a tout au long de ce roman une forme très poétique qui crée une distance, qui rend plausible, mais aussi acceptable la douleur et la souffrance de chacun des protagonistes. Avec ce regard empreint de délicatesse qui la caractérise, Nathacha Appanah dit la douleur, l’absence, le mal aimer et le mal être. En peu de phrases – le roman est particulièrement court- elle pose les bases d’un amour qui ne s’avoue pas mais qui attend, tapi dans l’ombre, pour éclairer les jours sombres et les vies dépourvues de sentiments.

Comment se construit-on quand personne ne nous aide ni ne vous distille ces gestes d’amour si importants pour avancer ? Est-on l’exact contraire de l’enfance que l’on a fui ? Dans Le ciel par-dessus le toit, il y a l’enfance gâchée, le manque ou le mauvais amour. Il y a l’enfermement et la prison de ces ados qui ne peuvent pas en sortir indemnes. Il y a une mère qui avance à tâtons pour se créer une carapace et exister malgré son passé. Il y a la crainte de souffrir, celle de répéter les erreurs du passé qui ont fait tant de mal. Il y a la rédemption, l’amour filial ou maternel plus fort que tout.

Retrouvez également les avis de Léa Touch Book, Henri-Charles de Ma collection de livres.

Du même auteur, j’avais particulièrement aimé Tropiques de la violence que je vous invite à découvrir.

Catalogue éditeur : Gallimard

«Sa mère et sa sœur savent que Loup dort en prison, même si le mot juste c’est maison d’arrêt mais qu’est-ce que ça peut faire les mots justes quand il y a des barreaux aux fenêtres, une porte en métal avec œilleton et toutes ces choses qui ne se trouvent qu’entre les murs.
Elles imaginent ce que c’est que de dormir en taule à dix-sept ans mais personne, vraiment, ne peut imaginer les soirs dans ces endroits-là.»
Comme dans le poème de Verlaine auquel le titre fait référence, ce roman griffé de tant d’éclats de noirceur nous transporte pourtant par la grâce de l’écriture de Nathacha Appanah vers une lumière tombée d’un ciel si bleu, si calme, vers cette éternelle douceur qui lie une famille au-delà des drames.

128 pages, 140 x 205 mm / Parution : 22-08-2019 / ISBN : 9782072858604 / Prix 14,00 €

Les reins et les cœurs, Nathalie Rheims

Quand la vie ne tient plus qu’à un fil, la résurrection est parfois au bout du chemin, découvrir « Les reins et les cœurs » le récit de Nathalie Rheims

couv du récit les reins et les cœurs de Nathalie Rheims photo Domi C Lire

« Les reins et les cœurs » le récit témoignage de Nathalie Rheims paru aux éditions Léo Scheer est le vingtième livre de l’auteur. Mais pour celui-ci elle n’a pas eu besoin d’imagination, ni de personnages fictifs, mais bien d’une réalité qui poursuit les femmes de sa famille de génération en génération. Jusqu’au jour où cette maladie héréditaire la frappe à son tour. Jusqu’au jour où ses reins s’arrêtent de fonctionner.

Bien sûr au départ il y a le déni – pas moi, je ne suis pas de cette famille-là-, le doute –et si c’était vrai- puis la révolte, la faiblesse et l’abandon, faut-il rendre les armes ou accepter l’inéluctable, ce par quoi sont passées les autres femmes, mère, tantes, grand-mère…

Alors que son corps abdique et que la mort semble si proche, il en aura fallu de la volonté, du courage, et l’aide et le travail de la médecine et des personnels soignants pour remonter la pente vertigineuse qui mène à la mort, puis le don absolu pour parvenir à l’impossible, le reins d’un autre, pour retrouver la vie au bout de ce tunnel de souffrance inimaginable.

J’ai fait cette lecture en apnée, impossible à lâcher, c’est un témoignage particulièrement émouvant, mais aussi tellement positif. Moi qui vit avec une mère malade des reins depuis tant d’années, avec un père décédé d’un cancer du rein, comment-dire, je suis émue, touchée, bouleversée par ce livre.

En lisant ce récit, impossible de ne pas penser également au roman de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants.

Catalogue éditeur : Léo Scheer

« J’avais fini par imaginer que les reins, parce qu’ils fonctionnent sans qu’on puisse rien en savoir, sont le véritable siège de l’inconscient. J’avais opté pour les maintenir dans cette sphère de mon ignorance. Inutile de fouiller dans ces zones d’ombre, je savais très précisément où cela me conduirait. Qui étais-je pour me croire l’égale de celui qui, seul, peut sonder les reins et les cœurs ? »
Pour écrire ce texte, Nathalie Rheims n’a pas été guidée par son imagination. Confrontée à une réalité implacable, elle raconte une année de lutte contre un mal singulier, qui, de génération en génération, frappe toutes les femmes de sa famille. Arrivée aux limites de ce que le corps et la conscience sont capables d’endurer, elle doit faire un choix, auquel elle n’aurait jamais cru devoir faire face, un choix sublimé par le don, mais rongé par le sentiment de culpabilité.

Parution 21 août 2019 / 216 pages / 18 euros / EAN 9782756112909

Soif, Amélie Nothomb

Quand l’auteur se met à la place du Christ pour une dernière nuit de son procès à sa mort sur la croix. Soif, un roman qui bouscule.

Pour éprouver la soif il faut être vivant.

couverture du roman Soif d’Amélie Nothomb photo Domi C Lire

Elle ose tout Amélie, et parfois il faut l’avouer, cela bouscule un peu nos certitudes, nos souvenirs, nos croyances pourquoi pas ! Ici elle ose même un « Je » de circonstance, rendant au Dieu fait homme son enveloppe humaine, ce corps du Christ qui lui fera ressentir les sentiments, les doutes, les peurs, les espoirs.

Alors bien sûr, impossible de spoiler l’intrigue, tout le monde connait déjà la fin. Mais de quelle façon, et par quel miracle va-t-elle nous apprendre quelque chose ?
Car elle se met à la place du Christ, et de son procès avec Ponce Pilate à sa mort par crucifixion, puis pendant cette dernière nuit inventée pour la cause, elle fait parler Jésus, Christ fait homme et venu sur terre pour racheter tous les péchés du monde.

Dans Soif, tous les sujets sont explorés tour à tour, amour, passion, hommes, femmes, Dieu tout puissant ou Dieu fait homme.
Mais avant tout elle montre la difficulté de faire le bien, avec la complainte des miraculés (qui viennent tous expliquer que le miracle a rendu leurs vies plus difficiles, un comble !), l’amour d’un Dieu fait homme pour Madeleine (car comment peut-on parler d’amour sans avoir connu l’amour ultime entre deux êtres humains) et pour Marie sa mère, le aimez-vous les uns les autres, l’ami que tous rejettent et qui finira par vous trahir (on a reconnu Judas bien sûr), et surtout le Aimez-vous les uns les autres comme Dieu vous aime tellement anachronique lorsque l’on accepte de mourir sur la croix pour sauver les hommes, quelle preuve d’amour de Dieu pour les hommes veut-on apporter là ?

Enfin, elle démontre il me semble l’absurdité de la sublimation de la souffrance. Ici Jésus ne l’accepte pas, lui qui a soigné sans faille pendant son existence terrestre, et pourtant cette sublimation est si chère à la religion catholique en général. L’auteur, qui confirme là sa connaissance des évangiles et des textes sacrés, les revisite avec un regard contemporain et parfois une touche d’humour qui interpelle, qui émeut, qui bouscule…

Catalogue éditeur : Albin-Michel

21 Août 2019 / 130mm x 200mm / 162 pages / EAN13 : 9782226443885 / 17.90€