Le Stradivarius de Goebbels, Yoann Iacono

Le destin de Nejiko Suwa et de son Stradivarius pendant le seconde guerre mondiale

Nejiko Suwa est depuis son plus jeune âge attirée par la musique occidentale, et par le violon en particulier. Une formation à cet instrument ne peut être exhaustive, même si elle est enseignée par les plus grands musiciens japonais, que si elle est complétée par un séjour en France auprès des maîtres de son temps. La jeune femme part à Paris parfaire sa formation et étudier avec Boris Kamensky.

Mais la guerre est là, et le Japon est l’allié de l’Allemagne et de l’Italie. En 1943, c’est à Berlin de Nejiko reçoit des mains de Goebbels le Stradivarius qui va l’accompagner toute sa vie. Instrument magnifique qu’elle protège comme si sa propre vie en dépendait. Mais dont elle ignore l’origine. Est-ce un bien spolié à Lazare Braun, le musicien juif déporté avec sa famille à Auschwitz ? Si tel est le cas, Herbert Gerigk ne le lui avouera jamais. Pourtant, la jeune musicienne a bien du mal à apprivoiser les sonorités de cet instrument fabuleux, tant il est vrai que ce dernier a une âme, peut être celles de ses propriétaires successifs. Elle va de concert en concert, protégeant son instrument et peut-être elle aussi par cette forme de déni et de candeur affichés face aux atrocités de la guerre qu’elle semble ne jamais voir.

Le roman alterne plusieurs points de vue et adopte plusieurs formes. Essentiellement celui du narrateur, un musicien de jazz chargé de récupérer le Stradivarius , qui n’en est peut être pas un, mais plutôt un Guarini. Et celui de Nejiko à travers des extraits de son journal, ou dans les différentes étapes de sa carrière et de sa vie, de Paris à Berlin, des États Unis au Japon, en cette période si compliquée de la seconde guerre mondiale et de l’après guerre.

L’auteur a su mêler avec talent les connaissances historiques sur la place du Japon à cette période charnière du XXe siècle, la vie à Berlin ou à Tokyo, les tractation politiques et les règlements de compte de l’après guerre. La place de la musique et l’importance de poursuivre une carrière au service de celle-ci, quelles que soient les circonstances, y compris au mépris de l’image que l’on projette, en particulier lors de périodes troubles. Ce qui provoque d’interminables discussions, surtout hélas des années après et hors contexte, quand on essaie de comprendre de telles attitudes. Ce qui est vrai d’ailleurs pour la plupart des artistes qui ont continué à travailler pendant les différentes guerres ou conflits.

Le roman évoque aussi les tragédies de la guerre, la spoliation des biens juifs envoyés en masse en Allemagne, la déportation et la mort de millions de juifs, les villes bombardées, la fidélité sans faille des japonnais envers leur empereur et leur pays, (fidélité forcée, quand le choix est la mort ou l’indignité…), les atrocités commises par les japonais et les jugements des crimes de guerre. Enfin, on y rencontre Goebbels et les dignitaires allemands, mais aussi l’empereur Hirohito et Mac Arthur, Miles Davis et Boris Vian, Juliette Greco et Pablo Picasso pour ne citer qu’eux.

La musique est présente mais seulement comme un fil rouge ténu qui vient rappeler la passion de Nejiko, à travers les grands artistes de son époque, de ceux qui l’ont entourée et dont elle s’est inspirée, qu’ils soient chefs d’orchestre, musiciens ou compositeurs. Un premier roman très qui nous fait également re-découvrir les liens politiques et culturels existants entre les grandes nations au XXe, en particulier après la seconde guerre mondiale.

Lire également les chroniques de Les instants de lecture, Des plumes et des livres, Squirelito

Catalogue éditeur : Slatkine et Cie

Le roman vrai de Nejiko Suwa, jeune virtuose japonaise à qui Joseph Goebbels offre un Stradivarius à Berlin en 1943, au nom du rapprochement entre l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon. Le violon a été spolié à Lazare Braun, un musicien juif assassiné par les nazis. Nejiko n’arrive d’abord pas à se servir de l’instrument. Le violon a une âme. Son histoire la hante. Après guerre, Félix Sitterlin, le narrateur, musicien de la brigade de musique des Gardiens de la Paix de Paris est chargé par les autorités de la France Libre de reconstituer l’histoire du Stradivarius confisqué. Il rencontre Nejiko qui finit par lui confier son journal intime.

Paru le 7 janvier 2021 / 240 pages – Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-171-6

A la rencontre de Eugène Ébodé

« Revenir à la trace que laissent des personnages réels m’émeut »

Elle a créé l’association des amis du musée de Céret, a été l’amie intime des artistes de son époque, Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali… Découvrir la véritable histoire de Mado (Madeleine Petrasch, aujourd’hui âgée de 84 ans) m’a donné envie de partir à la rencontre de Eugène Ébodé, l’auteur de Brûlant était le regard de Picasso.

(c) Photo Le courrier Suisse

Eugène Ébodé est né en 1962 à Douala, au Cameroun. Docteur en littératures française et comparée, diplômé de l’IEP d’Aix-en-Provence, et du CELSA, il est titulaire du CAPES et professeur documentaliste au Vigan (Cévennes) en France. Également critique littéraire, Eugène Ébodé a publié une quinzaine de livres qui évoquent l’Afrique, sa jeunesse, ses arts et ses traditions, mais aussi l’Europe et l’Amérique Son dernier roman Brûlant était le regard de Picasso, raconte l’histoire de Mado, métisse, amie et égérie de Picasso, mais aussi de Matisse, Chagall, Soutine et Dali…

Eugène Ébodé est un auteur à l’actualité chargée, puisque c’est depuis Bamako qu’il a accepté de répondre à mes questions. Là, il a été reçu par la ministre malienne de la culture, Mme Kadiatou Konaré après avoir reçu la distinction de Docteur Honoris Causa à l’Université Mahatma-Gandhi de Conakry. Car l’auteur se prête volontiers à ces exercices de diplomatie culturelle, mais aussi de conversation avec des autorités politiques qui veulent agir de manière différente pour la promotion de la culture.

Mado et les grands artistes de son temps

Brûlant était le regard de Picasso… Mais dans votre roman, on ne voit quasiment aucun des artistes de cette époque, pourquoi ce parti pris ?

Je les ai fait apparaître dans une première version, mais j’ai dû, à mon grand regret me séparer d’eux pour deux raisons : ils sont connus, célèbres et occupent un espace sensible et géographique énorme. Ils avaient déjà, de leur vivant pris une grande place dans la vie de Mado. A un moment, il est bon de laisser les « grands » hommes se reposer. Par ailleurs, le roman est centré sur Mado. Croyez-moi, ça n’a pas été facile de congédier ces immenses artistes, hommes et femmes confondus. Dora Maar à elle seule méritait dix romans. Vous êtes un brin dure, car j’ai entendu les râles des uns et les gronderies des autres et j’ai ainsi parlé de Chagall, Masson, Dali… 

Je dois avouer que j’étais un peu frustrée de ne pas en savoir plus sur les rencontres de Mado avec ces artistes que vous évoquez, ont ils eu des relations suivies, amicales, d’affaires ou autre, avec Mado et Marcel ? Et de fait, quelle a été selon vous l’influence de Mado et Marcel sur la vie artistique de la ville ?

Allez à Céret et on vous dira combien Mado et Marcel se sont impliqués dans l’action culturelle locale. Tenez les 19 et 20 juin 2021, Mado et moi serons à Céret pour le premier salon du livre de la ville. Vous verrez l’accueil que les cérétants lui réserveront.

Mado et sa famille mi-suédoise, mi-camerounaise

Le personnage principal est Mado, née en Afrique d’un père suédois et d’une mère africaine. Qu’est-ce qui vous a donné envie de nous parler d’elle ?

Le malheur qu’elle a connu, enfant de ne pas connaître sa mère et le bonheur qu’elle a eu de servir l’art. Et puis, approchez donc Mado et vous verrez combien elle a une bonté magnétique.

Le lecteur est un peu surpris de voir comment la mère biologique de Mado a été rapidement évincée de sa vie, tant en Afrique qu’ensuite lorsque elle arrive en France. Était-ce quelque chose de courant à cette époque ? Comment l’expliquer ?

Non, ce n’est pas courant. Elle n’a eu qu’un amour : Gosta. Après, elle s’est emmurée dans un monde qui sauvait en elle et son amour et sa fille. Emmurée est un rien excessif, car elle a élevé beaucoup d’enfants au village. Les retrouvailles avec sa fille près de 40 ans après leur séparation sont très émouvantes. Je n’en ai restitué qu’une brève intensité. Le roman peut tout, mais ne lui demandez pas l’innommable !

On se pose la question du pourquoi Mado n’est pas allée la retrouver dès qu’elle a su qu’elle était toujours vivante. En avez-vous parlé avec elle ? Ou est-ce une partie que vous avez délibérément choisie de romancer ?

C’est expliqué dans le roman : chaque fois qu’elle programmait un voyage vers sa maman il se produisait un événement qui reportait ce projet. Là-dessus, je n’ai fait que reprendre les faits. La réalité est souvent plus étourdissante que l’imagination. 

La vie des enfants métis de cette époque ne semble pas facile, un peu comme si on avait refusé aux mères biologiques d’élever et de voir leurs enfants. Savez-vous si c’était courant ?

Le métissage n’a jamais été un long fleuve tranquille. C’était vrai hier, cela le demeure aujourd’hui. Je m’exprime intuitivement sur la question. Tournons-nous vers les sociologues ; ils nous éclaireraient.

Vous évoquez des années de colonisation, avec les douleurs et les ruptures que cela a impliqué. J’ai eu un peu de mal à comprendre l’attitude du père de Mado, qui a abandonné ses deux filles finalement assez facilement il me semble. Cela a dû être terrible pour Mado. Pourtant cela ne semble pas avoir eu de répercussions néfastes sur sa vie en France, savez-vous ce qu’il en était réellement ? D’autant que les parents adoptifs n’étaient pas faciles non plus il me semble.

Difficile d’accepter votre idée de départ, puisque le Suédois a donné son nom à tous ses enfants métis et Collinette, l’aînée, a vécu avec son père et ses fratries en Angola. C’est un abominable accident qui l’a retirée des vivants et de l’affection des siens. Non, la vie de Mado n’a pas été semée de roses en France. L’exil cause des tourments dont je parle avec netteté. Le racisme ajoutait régulièrement sa dose de piquants sur des blessures à vif.

Si ce n’est pas indiscret, savez-vous ce qu’à pensé Mado de votre roman ? S’est elle retrouvée dans ces pages ?

Elle m’a dit : « Merci de m’avoir fait découvrir quantité de choses que j’ignorais de mon père ! »

Si on parlait aussi de vous ?

Quels sont les thèmes que vous aimez aborder dans vos romans, et avez-vous déjà réfléchi au prochain ?

L’Histoire et la bêtise humaine. Les faits et les lieux. Au fond amer de l’histoire à la géographie m’amuse. Revenir à la trace que laissent des personnages réels m’émeut. Le prochain roman ? Oh, lisons et relisons celui-ci ! Le « Brûlant » a des caches qu’il faut savoir soulever pour percer quelques secrets ou confidences.

Si vous deviez nous conseiller de lire un autre de vos romans, ce serait lequel ? Tous !

Vous faites partie cette année du jury du Prix Orange du Livre en Afrique, que pensez vous de ce prix ? Pas seulement cette année. J’y étais déjà l’année dernière.

La fondation Orange est très présente en Afrique, que pensez vous de ses activités autour de la lecture ? Est-ce important de s’investir ainsi à votre avis ? Encourager la lecture est une œuvre de santé publique. Quiconque s’y implique mérite le respect.

Enfin, quelles lectures aimeriez-vous nous conseiller en dehors de cette rentrée ? 

Un livre réjouissant et que je place au cœur du corpus des œuvres que j’enseignerai l’année prochaine à l’université dans mon cours de diplomatie culturelle : Ben Aïcha, roman de Kebir Ammi (Éditions l’Encrier, 2020). Les atouts culturels de l’Afrique, à travers le Maroc, y sont brillamment exposés. Mais elle tarde à les investir et à les utiliser comme ses meilleures armes d’éducation massive.

(Réponses depuis Bamako, Mali, le 29 avril 2021)

Merci infiniment d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Vous ne l’avez pas encore lu ? Découvrez à votre tour Brûlant était le regard de Picasso, ce roman qui m’a donné envie d’en savoir plus sur son auteur et sur Mado, sa protagoniste si attachante.

Grand Platinum, Anthony van den Bossche

Une lecture savoureuse et instructive

Lire Grand Platinum, c’est tout d’abord en savoir plus, beaucoup plus, sur l’origine des carpes au sang choisi, enfin des carpes Nishikigoï rebaptisées Koï par les occidentaux. Par exemple, découvrir enfin que les paysans de la province de Niigata ont sélectionné des spécimens aux mutations génétiques spontanées, puis les ont croisées entre elles, pour en faire les Koï exceptionnelles que l’on connaît aujourd’hui.

Puis suivre Louise dans ses pérégrinations pour sauver les carpes de son père. Car celui-ci vient de décéder. Mais pendant sa vie, il avait disséminé dans quelques mares et étangs parisiens sa collection unique de Koï. Il faut dire que ces dernières ont besoin d’espace pour se développer. Et lorsqu’il avait quitté sa maison au grand jardin, il avait bien fallu leur trouver un point de chute.

Mais pas seulement ! Car ce sauvetage est aussi un moyen de mieux connaître le père disparu. Avec l’aide de son frère, un garçon au rythme de vie totalement décalé et hors du temps, et de quelques amis bien choisis, Louise va parcourir la capitale à la rencontre des secrets bien gardés de son père.

Il y a une belle poésie et beaucoup d’humour, de sentiments et d’empathie dans ce premier roman pour le moins insolite et original. Le rythme, les personnages, l’intrigue, en font un joli moment de lecture. Original, enlevé, le sujet singulier des Koï et la personnalité de Louise, de son client Stan, de son frère et de quelques autres protagonistes donnent envie de la poursuivre encore un peu et laisse comme un goût de pas assez.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Parce que souvent sur un même roman les avis sont très partagés, n’hésitez pas à lire aussi l’avis enthousiaste de Geneviève du blog mémo émoi, et beaucoup moins par Les miss chocolatine bouquinent

Catalogue éditeur : Seuil

Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer , Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï. Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, en une improbable collection dispersée dans plusieurs plans d’eau de Paris. Avec son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage.

Anthony van den Bossche est né en 1971. Ancien journaliste (Arte, Canal +, Nova Mag, Paris Première, M6, Le Figaro) et commissaire indépendant (design contemporain), il accompagne aujourd’hui des designers, artistes et architectes.

Date de parution 07/01/2021 / 16.00 € TTC / 160 pages / EAN 9782021469165

Instagrammable, Éliette Abecassis

Un roman léger qui aborde un sujet grave et contemporain

Les liaisons dangereuses des temps modernes. Quand les outils numériques ne servent plus seulement à communiquer mais aussi à paraître, être, vivre, regarder, sublimer, valoriser, vendre, promouvoir, jalouser, désirer, démolir, détruire, anéantir…

Dans la ronde des instagrammeuses, il y a Jade, et sa ribambelle de followers, Jade qui fait la pluie et le beau temps autour d’elle, que tous rêvent d’imiter, de rencontrer, qui fait votre réussite ou votre bannissement sur ces réseaux sociaux indispensables aux jeunes d’aujourd’hui.
Autour de Jade, on trouve Léo l’ami ex amoureux qui doit son succès aux stories et posts de Jade et lui est donc totalement redevable.
Sacha qui rêve d’être comme elle, ne plus être transparente, avoir autant de suiveurs, au risque d’en oublier sa vie.
Ariane, la mère de Sacha, qui malgré son métier dans la communication est vite dépassée par les événements.
Et quelques autres…

Une mise en situation extrême mais pourtant contemporaine, intéressante à la fois pour mieux envisager les jeunes d’aujourd’hui mais aussi le décalage et l’incompréhension de leurs parents.
Un roman qui se lit tout seul, qui est à la fois léger et grave. Un roman que j’aurais peut-être destiné à un lectorat de jeunes adultes ou d’adolescents, car il parle d’eux. Pour preuve tous les problèmes de harcèlement, destruction de certains jeunes à la suite de propos ou de photos diffusés sur les réseaux. Et pour rappeler à tous qu’il est important d’avoir toujours en tête que l’oubli numérique n’est absolument pas garanti.

Personnages inventés qui nous semblent plus que réels dans ce monde factice que pourtant nous suivons pour certains d’entre nous de près chaque jour. Qui ne passe pas du temps chaque jour sur ce téléphone qui nous relie au monde qui nous entoure ? En tout cas j’avoue y passer quelques heures par semaine… Mais le risque pour ces jeunes accros à Instagram, Facebook, Tiktok, Whatsapp et autres, est de passer plus d’heures sur leur téléphone que dans leur vraie vie.

Catalogue éditeur : Grasset

«  A la terrasse des cafés, seuls ou avec des amis, ils sont sur le qui-vive. À l’affût d’une nouvelle, dans une attente fébrile, constante, ils ont toujours leur téléphone à portée de main. Le soir, ils ne s’endorment pas sans l’avoir consulté, le matin le saisissent avant même d’avoir ouvert l’œil, pour savoir ce qui est arrivé. Mais quoi, au juste ?  » 
 
Dans ces  Liaisons dangereuses  à l’ère d’Instagram, Éliette Abécassis  décrit de façon inédite une génération née au début des années 2000,  en proie à la dépendance et la violence induites par les réseaux sociaux. 
Un roman incisif qui sonde notre époque, et tout ce qui, en elle, nous interroge et nous dépasse.

Format : 133 x 206 mm / Pages : 180 / Parution : 10 Mars 2021 / 17.00 €

Le Doorman, Madeleine Assas

Une vie pour découvrir NewYork, la ville qui ne dort jamais

Ray est le Doorman du 10 Park avenue, à Manhattan. Ce juif d’Oran quitte l’Algérie dans les années 60. Il s’installe aux États-Unis après un bref passage dans le sud de la France puis à Paris. Après un emploi particulièrement pénible à décharger le poisson au marché, il rencontre Hannah Belamitz qui lui propose de devenir Doorman dans son immeuble. Il y passera quarante ans de sa vie vêtu de son bel uniforme à boutons dorés.

Quarante années debout à accueillir, aider, recevoir, chacun des habitants du 10 Park Avenue, à découvrir leurs habitudes, leurs familles, leurs visiteurs, leurs qualités et leurs petits défauts, comme leurs secrets les plus inavouables. Un microcosme qui reflète si bien la diversité de la ville.

Avec Salah le compagnon de balade, il parcourt les rues et les quartiers de la grosse pomme, du seuil des années 70 jusqu’à effondrement des tours du World Trade Center.

Cet homme souvent invisible pour les autres découvre la vie des quartiers, de Little Italy à Chinatown, du Lower East Side à TriBeCa, de Harlem à Staten Island, de Brooklyn jusqu’au Bronx, il arpente chaque recoin de la grande ville et nous la fait découvrir par son regard. Les commerces, les cafés et les restaurants, les bars et leurs habitués, rien ne lui échappe. Le lecteur marche dans les pas de Ray, déambule avec lui et voit l’évolution, les bouleversements, les transformations de ces rues qui font rêver le monde entier. Quarante an, presque une vie, c’est très long et pourtant cela passe si vite. Même si le rythme alerte et vif du jeune homme a laissé la place aux pas plus hésitants du sexagénaire, son regard est toujours aussi affûté et empathique envers ses congénères, d’un côté ceux qu’il rencontre lorsqu’il tombe le costume, d’un autre ceux qu’il côtoie lorsqu’il revêt son habit de Doorman.

Je suis allée la première fois à New-York en 1976, pour le bicentenaire des USA, la ville grouillait de monde. Pour la provinciale qui débarquait là-bas après avoir vu la veille le film Taxi driver, tout cela avait un côté irréel et festif. J’y suis retournée depuis à maintes reprises. J’ai retrouvé dans les mots de Ray mes impressions d’alors et celles plus récentes de mes dernières visites. Cette différence entre les quartiers, du plus chic au plus populaire, l’anachronisme entre le gigantisme et la beauté des buildings tous plus splendides les uns que les autres et le coté vieillot et archaïque du métro ou de certaines boutiques par exemple. Le réservoirs d’eau sur les toits des buildings, les écureuils dans les parcs,, les hommes d’affaires pressés de Wall Street, les touristes émerveillés de Time Square ou les joggeurs de Central Parc, tant de quartiers si différents qui font pourtant l’unité de cette ville, en particulier de Manhattan. Les populations d’origines très diverses qui se croisent mais ne se mêlent pas. Enfin, Ray a réveillé en moi le sentiment fort et l’émotion qui m’avaient saisie en entrant à Elis Island, dans les pas des migrants venus chercher leur rêve américain au fil des décennies. Quand un roman éveille autant de souvenirs et d’émotions, c’est sans doute qu’il a atteint son but.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Actes Sud

Le Doorman est le roman d’un homme secret vêtu d’un costume noir à boutons dorés. Un étranger devenu le portier d’un immeuble de Park Avenue puis, avec le temps, le complice discret de plusieurs dizaines de résidents qui comme lui sont un jour venus d’ailleurs. À New York depuis 1965, ce personnage poétique et solitaire est aussi un contemplatif qui arpente à travers ce livre et au fil de quatre décennies l’incomparable mégapole. Humble, la plupart du temps invisible, il est fidèle en amitié, prudent en amour et parfois mélancolique alors que la ville change autour de lui et que l’urbanisme érode les communautés de fraternité.

Toute une vie professionnelle, le Doorman passe ainsi quarante années protégées par son uniforme, à ouvrir des portes monumentales sur le monde extérieur et à observer, à écouter, avec empathie et intégrité ceux qui les franchissent comme autant de visages inoubliables. Jusqu’au jour où il repart pour une autre ville, matrice de son imaginaire.

Ce livre est le théâtre intemporel d’une cartographie intime confrontée à la mythologie d’un lieu. Il convoque l’imaginaire de tout voyageur, qu’il s’agisse du rêveur immobile ou de ces inconditionnels piétons de Manhattan, marcheurs d’hier et d’aujourd’hui aux accents d’ailleurs.

février, 2021 / 11.50 x 21.70 cm / 384 pages / ISBN : 978-2-330-14427-2 / Prix indicatif : 22.00€

Matriochka, Laetitia Ayres

Quand les destins s’emmêlent comme s’emboîtent les matriochka, ces poupées russes qui souvent nous fascinent

Un roman en trois parties qui nous fait entrer dans la vie des trois personnages principaux que le lecteur découvre peu à peu.

Claire, divorcée, un enfant, une carrière à plat… comment peut-elle aimer la vie alors que rien ne lui réussi ? Actrice en mal de contrat, elle est aujourd’hui spécialiste du doublage de licornes dans les dessins animés. Jusqu’au jour où elle décroche une audition et devient la voix d’Alma, une comédienne argentine qui joue dans la série à succès Diosa . Dés lors, sa vie change du tout au tout. Au fil des épisodes de la série, elle découvre Alma et s’identifie à celle dont elle connaît ou croit connaître les moindres mimiques, gestes, sentiments, faiblesses.

Le succès est au rendez-vous pour Alma. Mais ce n’est pas au goût de tous car la voilà rattrapée par son passé qu’elle a tenté de rejeter, par l’enfance et la famille qu’elle avait décidé d’oublier. En réaction à ces attaques, elle fait une tentative de suicide et part se mettre au vert.

Claire panique. Que va-t-elle devenir si son double disparaît des écran ? Claire ne fait ni une ni deux et part au Brésil avec son fils Clément pour rejoindre incognito celle à travers qui elle a enfin trouvé une raison de vivre. Comment l’aborder, que lui dire, comment expliquer son voyage, sa quête… autant d’interrogations auxquelles elle refuse de répondre avant de la rencontrer.

Clément profite de ces vacances de rêve au Brésil, de ce cadeau d’anniversaire anticipé offert par sa mère. Pourtant il a des difficultés à comprendre les silences de Claire, la relation étrange qu’elle noue avec Alma, pourquoi tant de mensonges, même par omission.

A travers l’histoire de ces deux femmes, l’auteur aborde de nombreux thèmes importants, la maltraitance, l’enfance difficile qu’Alma a vécue dans cette famille qu’elle rejette de toutes ses forces, mais aussi le deuil, la séparation, et tous les non-dits qui rendent la vie si difficile.

Voilà un roman qui commence tout doucement, monte en puissance peu à peu et nous offre un final tout à fait inattendu. L’auteur a su créer une ambiance, avec des personnages intéressants par leurs failles et leurs faiblesses, et ces non-dits qui les entraînent peut-être au-delà de ce qu’ils auraient souhaité de façon à la fois subtile et sensible.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Deux femmes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, deux destins qui vont s’entremêler.

Claire a les ailes coupées depuis qu’elle a sept ans.
Comédienne, elle double davantage de personnages de dessins animés dans l’ombre des studios qu’elle ne foule de scènes de théâtre. Sa vie est au point mort. Jusqu’à ce qu’elle rencontre, par écran interposé, l’actrice principale d’une série argentine au succès fulgurant dont elle devient la voix française.
Alma a toujours voulu s’envoler.
Elle a grandi dans un quartier pauvre de Buenos Aires, au sein d’une famille dans laquelle elle ne se reconnaît pas, comme si la vie avait commis une erreur de casting. Elle trouve son salut en devenant actrice. Mais le succès qui lui roule dessus pourrait bien finir par balayer ses ambitions.
C’est dans les dunes qui bordent l’Atlantique, au nord du Brésil, que Claire, son fils Clément et Alma vont se rencontrer. Leurs failles, leurs mensonges et leurs secrets de famille aussi.
Quelles sont les voix qui habitent nos silences ?

Laetitia Ayrès est chanteuse et comédienne. En 2019, elle est lauréate du prix littéraire Aufeminin en partenariat avec les éditions Michel Lafon. Matriochka est son premier roman. http://www.laetitiaayres.com

Parution : 28/01/21 / Prix :16.95 € / ISBN :9782749944944

Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline

Retrouver les classiques…

et reprendre ici mes chroniques postées sur lecteurs.com ou Babelio avant la création du blog

J’ai lu « le voyage au bout de la nuit » d’une traite, comme dans un souffle. Et j’ai été scotchée, j’ai pris une véritable claque, j’ai eu une surprise énorme en le découvrant. Lorsque je l’ai refermé, je me suis simplement dit : Quel talent, quel voyage !
J’avais tellement entendu parler de ce roman que je repoussais sans arrêt sa lecture. Je voulais lire l’œuvre en laissant de côté son auteur, même si quelque part les deux sont indissociables. Et finalement, quand je l’ai commencé, j’ai passé 48h non-stop plongée dans ces lignes fabuleuses.

Il y a du génie dans cette écriture, qui nous plonge à la fois dans l’absurde, dans l’horreur, dans la misère, et nous montre de la beauté, de l’espoir, face au réalisme de la vie et à l’incompréhension des hommes.
Car s’il est un antisémite notoire et critiquable, l’auteur est également un pacifiste acharné, brisé par les horreurs de la guerre qu’il a vécue de l’intérieur en 14.

Céline nous embarque dans le sillage de Bardamu, son héros inoubliable. On le suit dans son voyage qui a tout d’une introspection, de l’Afrique à l’Amérique, puis en médecin des banlieues désespérées. Quand on lit ce voyage, on part, loin, ou tout près, au plus profond des hommes, de leur stupidité parfois, de leur misère, on peut rire aussi, cela m’est arrivé, en tout cas on ne sort absolument pas intact de ce voyage-là. En même temps, c’est une écriture dense, presque fatigante, comme peut l’être la vie, et les successions de mots, de phrases de Bardamu, épuisent parfois le lecteur, mais l’interpellent aussi.

C’est lourd, noir, sombre, mais tellement bien écrit. C’est sûr, je pense que c’est un livre qu’il faut avoir lu et sans doute à relire plusieurs fois.

Retrouvez mes chroniques sur Babelio et sur lecteurs.com

Catalogue éditeur : Collection Folio (n° 28), Gallimard

 «– Bardamu, qu’il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n’en dis pas de mal !…
– T’as raison, Arthur, pour ça t’as raison! Haineux et dociles, violés, volés, étripés et couillons toujours, ils nous valaient bien! Tu peux le dire! Nous ne changeons pas! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d’opinions, ou bien si tard, que ça n’en vaut plus la peine. On est nés fidèles, on en crève nous autres! Soldats gratuits, héros pour tout le monde et singes parlants, mots qui souffrent, on est nous les mignons du Roi Misère. C’est lui qui nous possède! Quand on est pas sage, il serre… On a ses doigts autour du cou, toujours, ça gêne pour parler, faut faire bien attention si on tient à pouvoir manger… Pour des riens, il vous étrangle… C’est pas une vie…
– Il y a l’amour, Bardamu !
– Arthur, l’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi! Que je lui réponds.»

Prix Renaudot 1932 / Première parution en 1952 / 512 pages / ISBN : 9782070360284

Femmes en colère, Mathieu Menegaux

Suivre le procès d’une femme violée qui s’est fait justice elle-même, un sujet sensible et actuel

Alors qu’elle vient de passer trois ans en détention provisoire dans la prison des femmes de Rennes, Mathilde Collignon attend enfin les délibérations de son procès. Mais qui est victime dans ce fait divers violent et barbare, elle, Mathilde, forcée et violée par deux hommes qui n’ont a aucun moment voulu entendre ces « Non » qu’elle a crié, hurlé, murmuré, supplié ? Ou bien eux, ces hommes sur lesquels elle s’est vengée, pensant à tord ou à raison que la justice ne pourrait jamais entendre sa plainte.

Après la longue confrontation avec les parties civiles, la mise en cause, les juges, les jurés, et une fois le réquisitoire de l’avocat général et les plaidoiries des avocats terminés, la parole est aux jurés. Ceux-ci se retirent pour voter en leur âme et conscience afin que soit appliqué le droit qui protège chaque citoyen. L’attente est stressante, douloureuse. Mathieu Menegaux transforme son lecteur en une petite souris qui se faufile à tour de rôle dans la salle où Mathilde Collignon attend qu’on l’appelle pour le verdict et où elle écrit sur un carnet ce qu’elle ressent, écrire pour survivre, transmettre, témoigner, dire. Puis dans la salle dans laquelle le jury s’est réuni pour délibérer à huis clos, trois professionnels de la Justice, et six français tirés au sort sur les listes électorales pour remplir leur devoir de citoyens. Ah, les délibérations du jury, qui n’a pas un jour craint ou espéré en faire partie.

Mais qui est cette femme qui a osé se venger, une barbare, une folle qui a perdu la raison, une femme qu’il faut interner pour protéger la société ? À mesure que le lecteur avance dans ces deux différentes salles du tribunal, le mystère se lève sur ce qu’il s’est passé trois ans auparavant.

Quand la victime se fait justice et devient à son tour coupable.

Sur les victimes, mais faut-il parler de victimes ou faut-il préférer à ce terme celui de parties civiles, d’agresseurs agressés. Il est difficile de mettre des mots sans prendre partie. Sur la coupable, barbare, agressée, violée, malmenée par deux hommes en toute impunité. Parce que les hommes se croient souvent tout permis. Parce que la voix des femmes est rarement entendue. Parce qu’elle a bien voulu aller les retrouver après tout, c’est bien de sa faute n’est-ce pas, elle qui avoue sans scrupule que oui, elle aime ça et oui, elle trouve quelques coups d’un soir sur Tinder ? Et pourquoi ce qui est accepté d’un homme ne l’est-il jamais quand c’est une femme qui l’exprime, pourquoi la liberté sexuelle ne pourrait-elle pas être assumée aussi par une femme ?

À l’heure des #metoo et autres révélations sur les réseaux sociaux, à l’heure où les violences faites aux femmes sont en augmentation, où le viol n’est toujours pas dénoncé par la majorité des femmes qui en sont victimes, le message de Mathieu Menegaux se veut clair. Entendons, écoutons la parole des femmes tant qu’il est encore temps et surtout avant que justice ne soit rendue par le citoyen lui-même.

Un roman sur un sujet sensible et actuel, peut-être pas assez fouillé à mon goût au niveau des personnages et de leur personnalité, et parfois un peu trop manichéen, mais qui cependant se lit d’une traite. J’ai aimé que l’auteur prenne pour victime cette femme atypique qui assume ses goûts, ses choix de vie, ses envies. Et surtout, l’auteur nous embarque au cœur des procédures parfois absconses de la justice, où il convient de juger le droit, la régularité des faits et non la personnalité des ceux qui en sont victimes ou coupables, sans affect ni sentiments, et cela paraît de fait bien difficile. Pour ceux qu’un procès intéresse, il faut savoir qu’il est possible d’assister aux audiences de ceux qui ne sont pas menés à huis-clos, et cela peut s’avérer terriblement instructif.

Du même auteur, on ne manquera pas de lire également Est-ce ainsi que les hommes jugent ou Disparaître.

Catalogue éditeur : Grasset

Cour d’assises de Rennes, juin 2020, fin des débats  : le président invite les jurés à se retirer pour rejoindre la salle des délibérations. Ils tiennent entre leurs mains le sort d’une femme, Mathilde Collignon. Elle est accusée d’un crime barbare, qu’elle a avoué, et pourtant c’est elle qui réclame justice. Dans cette affaire de vengeance, médiatisée à outrance, trois magistrats et six jurés populaires sont appelés à trancher  : avoir été victime justifie-t-il de devenir bourreau  ?
Neuf hommes et femmes en colère doivent choisir entre punition et pardon.
Au cœur des questions de société contemporaines, un suspense haletant porté par une écriture au scalpel.

Parution : 3 Mars 2021 / Format : 133 x 205 mm / Pages : 198 / EAN : 9782246826866 prix : 18.00€ / EAN numérique: 9782246826873 Prix : 12.99€

Celle qui pleurait sous l’eau, Niko Tackian

De l’amour à la mort, des enquêteurs hors pair pour un thriller efficace et rythmé

Tomar Khan et Rhonda, son adjointe, sont appelés sur une scène pour le moins macabre. Une jeune femme flotte dans une piscine, au milieu d’une mare des sang qui se dilue peu à peu, les veines des poignets profondément entaillées.
L’évidence parle de suicide, l’intuition évoque quelque chose de plus sournois. Lumineuse, vibrante de vie et ayant tout pour être heureuse, comment et pourquoi un suicide aussi scénarisé et exprimant une aussi profonde détresse.
Si Tomar Khan est trop préoccupé par la suite de l’enquête qui le lie au décès d’un de ses collègues, Rhonda quant à elle décide de poursuivre ses investigations.
Pendant ce temps, Ara, la mère de Tomar, lui parle de ses voisins du dessous, de cette violence verbale, de ces bruits qui lui rappellent avec douleur sa propre expérience, les coups et la violence de son mari aujourd’hui disparu.
Mais Tomar, tout à ses angoisses et à ses pertes de mémoires qui polluent dramatiquement les souvenirs qu’il a de ses actes passés, n’est pas prêt à l’écouter ni à agir.

Ce que j’ai aimé ?
La façon dont l’auteur traite ici le difficile thème des violences faites aux femmes.
D’une part avec cette voisine, les silences de ceux qui entendent mais ne font rien, le courage de ceux qui agissent, et la difficulté qu’il y a à s’en sortir soi-même si l’on n’est pas secouru par d’autres.
D’autre part avec ce que je découvre comme étant le suicide forcé. Avec la personnalité du meurtrier psychique dont le travail de sape insidieux et contrôlé amène ses victimes à se détruire, à en finir avec la vie, sans être lui-même ni soupçonné ni inculpé. Lorsqu’il n’y a rien de plus difficile que de déterminer une quelconque culpabilité en particulier sans la moindre trace ou preuve écrite.

Les chapitres, très courts, donnent le rythme, les personnages sont aisément reconnaissables, avec leurs parcours, leurs passés, leurs intentions. Par contre, pour suivre les pensées et les interrogations de Tomar, il me semble qu’il vaut mieux avoir lu les précédents opus.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Aujourd’hui, Clara n’est plus qu’un dossier sur le bureau de Tomar Khan. On vient de la retrouver morte, flottant dans le magnifique bassin Art déco d’une piscine parisienne. Le suicide paraît évident. Tomar est prêt à fermer le dossier, d’autant qu’il est très préoccupé par une enquête qui le concerne et se resserre autour de lui. Mais Rhonda, son adjointe, ne peut comprendre pourquoi une jeune femme aussi lumineuse et passionnée en est venue à mettre fin à ses jours. Elle sent une présence derrière ce geste.
Pas après pas, Rhonda va remonter jusqu’à la source de la souffrance de Clara. Il lui faudra beaucoup de ténacité et l’appui de Tomar pour venir à bout de cette enquête bouleversante.

288 pages / Date de parution : 06/01/2021 / EAN : 9782253241683 / Prix : 7,70€

Aller aux fraises, Eric Plamondon

La vie ordinaire, dans le froid et la chaleur embrumée d’alcool de la belle province

Rien d’extraordinaire et pourtant rien non plus de simplement ordinaire dans les souvenirs qui émaillent ces trois nouvelles. C’est direct, tendre, très nostalgique et terriblement vivant. De l’auteur, j’avais lu et particulièrement aimé Oyana, un roman également publié chez Quidam. Ici, il nous embarque dans son Québec, au grès des souvenirs de ses protagonistes.

D’abord, Aller aux fraises, où l’on apprend qu’entrer dans l’âge adulte n’est pas toujours facile. l’été, les adolescents font la fête sans s’inquiéter des lendemains. C’est le dernier été chez son père pour celui qui désormais part habiter à Thetford Mines avec sa mère pour y poursuivre ses études. À dix-sept ans, on a la vie devant soi et les conséquences de ses actes n’apparaissent pas vraiment dans toute leur réalité. C’est ce que va apprendre ce jeune homme, car quitter l’enfance ce n’est pas seulement refermer la porte de la maison familiale.

Cendres, ou comment se noyer dans l’alcool. Les souvenirs du père alimentent les légendes du fils. A Saint-Basile , à une heure de Québec, la vie n’est pas facile, il gèle fort et les buveurs de bière font les beaux jours de la taverne du coin. Mais le foie ne suit pas toujours, et lorsqu’un copain décède, il faut bien respecter les promesses qui lui ont été faites, y compris s’il faut affronter l’hiver. Ce qui dans ces contrées là n’est pas tout à fait un détail lorsque la neige se fait intense.

Thetford Mines, où l’on retrouve le protagoniste d’aller aux fraises un an après. C’est une ville minière, on s’en doute. C’était aussi la Californie locale jusqu’à l’interdiction de l’amiante dans les années 80. Dans ces années là, sa blonde étant à Québec, il va faire le chemin inverse à celui de ses dix-sept ans plusieurs fois par mois, par tous les temps. Jusqu’à cet onirique parcours lors d’une mémorable tempête de neige. Parce qu’on le sait bien, à dix-huit ans, tout est possible !

J’ai aimé découvrir ces aventures qui sentent bon la neige et le frimas, qui disent l’amitié, l’amour d’un père pour son fils, le temps qui passe, l’adolescence qui s’efface pour laisser la place à l’âge adulte, celui de tous les chagrins, mais aussi celui de tous les espoirs. De ces longues routes vers demain que l’on emprunte parfois à contre cœur, mais qui font de vous ce que vous êtes. J’ai aimé aussi les expressions et le langage typiquement québécois, merci de ne pas les avoir modifiés pour les mettre au goût d’ici.

Catalogue éditeur : Quidam

Aller aux fraises, c’est une langue qui sillonne les bois, les champs, les usines, les routes sans fin, les bords de rivière. C’est le sort de ceux qui deviennent extraordinaires à force d’être ordinaires. On s’y laisse porter par les souvenirs d’un père qui s’agrègent pour devenir les légendes du fils. Ce fils qui veut construire son propre récit et qui retrouve sa mère le temps d’un nouveau cycle. Eric Plamondon raconte la démesure de l’ordinaire. Sur le vif. C’est aussi drôle qu’émouvant.

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus. 
Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

88 pages 12€ / févr. 2021 / 140 X 210mm / ISBN : 978-2-37491-175-5