Trois chemins vers la mer, Brit Bildoen

Un roman aussi émouvant qu’inoubliable

Les chapitres alternent trois récit, l’état, le corps, l’exil. Trois femmes entrent en scène tour à tour.
Une femme marche vers la mer ;
Une femme attend le courrier de l’administration qui va briser sa vie ;
Une femme tente de comprendre son ennemi.

Une femme est en exil sur cette partie de terre qui abrite un observatoire ornithologique. Chaque jour elle promène son chien, la vieille Isa qui lui tient compagnie. Car elle qui refuse toute autre relation, toute amitié, toute interaction avec les humains de son entourage. Les seuls qu’elle accepte sont ses collègues de l’observatoire. Dans le silence et la solitude de son intérieur, elle traduit un roman de Dany Laferrière. Elle se laisse bercer par les mots, elle a le goût de la précision, de la sonorité qui doit lui correspondre dans sa propre langue. Mais qui est vraiment cette femme secrète, solitaire, taiseuse.

Un femme marche, elle traîne une valise avec un chat dedans. Qui est-elle, et pourquoi va-t-elle si souvent dans la maison de celui qu’elle nomme l’état ? Quelle relation délétère et secrète entre cet homme et cette femme ? Que cherche-telle à démonter, jour après jour, nuit après nuit ?

Une femme attend depuis quatre ans le bonheur de pouvoir adopter un bébé. Fausse couche après fausse couche, tout espoir d’être un jour mère s’est envolé, son corps lui refuse le bonheur qui devrait être dû à chaque femme qui le souhaite. Avec son époux, ils sont en liste d’attente pour adopter un enfant chinois. Mais les années passent, le gouvernement doit renouveler leur agrément. Ils ne sont plus très loin sur la liste d’attente, sur le chemin de l’espoir, plus que quelques mois sans doute et ils auront enfin le bonheur de tenir un bébé dans leurs bras. Pourtant l’administration et les règlements en ont décidé autrement. S’engage alors pour le couple de quinquagénaires un long combat pour tenter de faire valoir ses droits.

Ces trois femmes ont un chemin de vie difficile, portées par un seul désir, celui d’être mère, et par une seule incompréhension face à l’inadmissible réponse de l’administration. Car dans ces trois récits, l’état, le corps, l’exil , il y a surtout l’espoir de devenir mère, la révolte face à l’administration, enfin l’apaisement et l’envie de vivre enfin.

Brit Bildøen ose mettre des mots sur la douleur extrême, sur l’incompréhension, sur la folie et le chagrin qui détruisent inexorablement les rêves d’une vie. Ce roman se lit d’un souffle, d’une traite. Peu à peu les personnage et l’intrigue se dessinent et s’emboîtent comme une évidence. Le chagrin devient si fort, l’espoir puis l’anéantissement de tous les rêves sont impossibles à accepter. Empathique, le lecteur entre en communion avec cette femme, ses interrogations et ses doutes, sa fuite et ses rêves.

Un roman que je vous conseille vivement, tant pour son écriture que pour cette atmosphère qui s’en dégage, à la fois dérangeante, bouleversante, douce et humaine.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Une femme fait de longues promenades avec son chien sur la plage. Quand elle ne travaille pas à l’Observatoire ornithologique, elle traduit Dany Laferrière. Elle veut tout oublier de ce qui a été. Mais les remparts de la mémoire menacent de céder…
Une femme marche vers sa boîte aux lettres. À l’intérieur, il y a la lettre qu’elle attend depuis si longtemps. Une lettre qui pourrait changer sa vie : l’agrément d’adoption des Services sociaux à l’enfance.
Une femme déambule dans une zone résidentielle, traînant derrière elle une valise à roulettes. À l’intérieur, il y a un chat mort. C’est la même femme mais elle est différente. Une femme qui glisse insensiblement dans une folie violente. Jusqu’où ira-t-elle ?
Les migrations intérieures d’une femme chahutée par les tournants de la vie, jusqu’à l’échappée belle.

Née en 1962, Brit Bildøen rencontre son premier succès en 1998 avec Tvillingfeber couronné par le prix Oslo et le prix Nynorsk. Elle est l’auteur de huit romans (souvent primés), dont Sju dagar i august finaliste pour le Dublin International Award et élu en 2019 par le quotidien Dagsavisen comme l’un des quinze meilleurs romans de la dernière décennie. Également traductrice, Brit Bildøen vit aujourd’hui à Oslo.

Traduit du norvégien par Hélène Hervieu

Parution le 30 septembre 2020 / 180 pages / 19€

Loin-Confins, Marie-Sabine Roger

Voyage au pays de la folie et de l’amour filial, un roman émouvant et poétique

Tanah connaît parfaitement le royaume de son père, Agapito 1er, le souverain déchu de Loin-Confins, et part s’y promener avec lui dès qu’elle rentre de l’école.

Tanah a neuf ans, ses six frères sont tous beaucoup plus âgés, de vingt-deux à dix-huit ans, un monde à cet âge, et elle ressent bien peu d’affinités avec ces grands garçons qui ont déserté le foyer depuis longtemps.

Alors chaque jour, c’est avec lui qu’elle part en voyage dans ce domaine intérieur qui n’appartient qu’à eux. Au grand dam de la mère qui impuissante continue à faire tourner la maison, vaisselle, lits bien faits, linge propre, repas pour tous, pour elle la vie s’écoule triste et monotone. Elle est solaire et bien trop colorée cette mère si différente qui chaque jour pendant de longues heures au téléphone confie son exaspération à qui veut bien l’entendre.

Jusqu’au jour où le monde de Tanah s’écroule, aussi violemment que lorsque le père Noël s’est effacé, quand elle comprend où la mène le voyage inachevé de François Mollet Agapito 1er, en plein cœur de cet Océan Frénétique, dans cette autre réalité qui n’appartient qu’à lui, et accessoirement à elle puisqu’elle a accepté d’y croire et de l’y accompagner.

Si son frère lui a dit de partir dès qu’elle serait assez grande, si sa mère se plaint chaque jour, si même les amis du café du coin déblatèrent sur François le pathétique, rien pourtant ne l’avait préparée à ça. À la folie du père et à son mal-être qui en font un handicapé à la charge de sa mère, celle qui s’épuise chaque jour à leur faire mener un semblant de vie normale, qui use toute ses réserves d’amour et se trouve incapable d’en donner à sa fille, de lui montrer un tant soit peu d’attention, cette mère qu’elle abhorre et qu’elle mettra bien du temps à comprendre.

Un étrange roman sur l’amour filial, mais aussi sur le couple, la maladie, sur la relation entre la mère et sa fille, entre le père et sa fille, et sur la fratrie. Roman qui évoque la complexité des sentiments, notre façon de les monter ou de les cacher. Il est vrai qu’au fil des années dans une famille aucun des enfants n’aura vécu la même relation avec ses parents, le temps passe et les vies avancent, changent, les gens évoluent et leur relation à l’autre aussi, forcement. La relation est forte entre le père et sa fille, elle saura perdurer même au plus fort de la maladie. Par delà les années, un lien indéfectible les unis, car eux seuls connaissent le royaume de Loin-Confins. Jolie façon de parler de la maladie, de la folie, et de la fin de vie. Avec élégance et douceur.

Ils sont étranges ces mondes parallèles. Comme dans Avant la longue flamme rouge, de Guillaume Sire, le héros survit au pire grâce à son monde intérieur, ce royaume préservé qui n’appartient qu’à lui ou à ceux qui le comprennent et en qui il a entièrement confiance.

Catalogue éditeur : éditions Le Rouergue

Il y a longtemps de cela, bien avant d’être la femme libre qu’elle est devenue, Tanah se souvient avoir été l’enfant d’un roi, la fille du souverain déchu et exilé d’un éblouissant archipel, Loin-Confins, dans les immensités bleues de l’océan Frénétique. Et comme tous ceux qui ont une île en eux, elle est capable de refaire le voyage vers l’année de ses neuf ans, lorsque tout bascula, et d’y retrouver son père. Il lui a transmis les semences du rêve mais c’est auprès de lui qu’elle a aussi appris la force destructrice des songes. 
Dans ce beau et grave roman qui joue amoureusement avec les mots et les géographies, Marie-Sabine Roger revient à ce combat perdu qu’on nomme l’enfance et nous raconte l’attachement sans bornes d’une petite fille pour un père qui n’était pas comme les autres.

Août 2020 / 208 pages / 18,00 € / ISBN : 978-2-8126-2074-4

La fuite du cerveau, Pierre-Henri Gomont

Einstein, un cerveau en cavale

J’avais rencontré l’auteur au salon de la BD d’Angoulême lors de la parution de Pereira Pretend. Grâce à lui je découvre à nouveau ce fait divers incroyable et cependant en partie véridique.

Quand un scientifique passe de vie à trépas, rien de plus tentant pour un médecin légiste que de comprendre d’où lui vient son génie, et donc, s’il en a l’opportunité, d’analyser son cerveau pour tenter de comprendre ce qui pourrait être à l’origine de ses extraordinaires capacités cognitives et de son intelligence supérieure.

Comment le médecin qui a pratiqué l’autopsie d’Albert Einstein a eu cette idée saugrenue ? Parce que avouons-le c’est terriblement romanesque, et c’est bien ce qui est arrivé en 1955 lorsqu’il décède le 18 avril à l’âge de 76 ans. Einstein avait demandé que son corps soit incinéré et que ses cendres soient dispersées, mais il en manquera longtemps une partie. Thomas Harvey Stolz, le pathologiste en charge de l’autopsie d’Einstein au Princeton Hospital a volé son cerveau. Pour l’analyser ? Sans doute, mais en fait il n’en fera rien et le cerveau sera retrouvé par hasard quarante ans après sa mort

Pierre-Henri Gomont réussi à nous intriguer, nous amuser, nous interpeller et à nous faire passer un excellent moment avec Stolz, le médecin, avec Marianne, une scientifique débutante et ambitieuse, mais surtout Einstein et sa calotte crânienne découpée qui hante la vie du médecin pour notre plus grand bonheur.

Si Einstein est décédé en 1955, en cette année 2020, Gomont nous régale avec ses dessins et son génie d’auteur et de dessinateur dans ce road trip aussi déjanté que burlesque. Aucun médecin n’a encore à ce jour découvert le siège du génie humain, mais l’auteur a indiscutablement le génie du dessin et du texte qui embarquent. Il nous entraîne dans une course folle avec un Eisenstein écervelé, une cavalcade drôle et pittoresque à savourer sans modération.

Catalogue éditeur : Dargaud

Le 18 avril 1955, Albert Einstein passe de vie à trépas. Pour la science, c’est une perte terrible. Pour Thomas Stolz, médecin chargé de l’autopsie, c’est une chance inouïe. Il subtilise le cerveau du savant afin de l’étudier. S’il perce ses mystères, il connaîtra la gloire…
Le problème, c’est que le corps d’Einstein le suit !
Privé de cerveau, Albert continue à bouger, à marcher, à parler. La perspective de comprendre le fonctionnement de ses neurones l’excite au plus haut point. « Formidable ! On va faire ça ensemble, tous les deux ! », dit-il à Stolz.
Reste à trouver un laboratoire à l’abri des regards. Ce qui n’a rien d’évident quand on a le FBI aux trousses…

Après le succès de Pereira Prétend et de Malaterre, Pierre-Henry Gomont change de registre. Il nous entraîne dans un road movie échevelé et drolatique, inspiré par la véritable destinée du cerveau d’Einstein. Menée tambour battant, cette histoire rocambolesque et burlesque, servie par un dessin épris de liberté, est aussi une réflexion passionnante sur la complexité de l’âme humaine.

25,00€ / 192 pages / Parution : 18.09.2020 / ISBN : 9782505083603

On ne touche pas, Ketty Rouf

Une philosophie de la vie qui questionne et bouscule les certitudes

Joséphine est prof de Philo dans un lycée de banlieue, la vie classique d’un prof qu’aucun élève ne veut écouter, qu’aucune direction ne soutient, et où quasiment aucune règle n’est respectée. Alors forcément, pour tenir c’est Xanax et somnifères, un peu d’alcool de temps en temps, et beaucoup trop de dégout de soi. Comment s’aimer quand on ne vous écoute pas, ne vous respecte pas, que ce pourquoi vous aviez choisi ce métier est tenu pour quantité négligeable par ceux à qui vous vous adressez chaque jour. Joséphine abhorre cette éducation nationale qui ne soutient pas son corps enseignant et tente de niveler son éducation par le bas pour ne pas faire de vague, créant ainsi des générations d’incapables bacheliers. Difficile de se sentir utile, de se plaire tout simplement, et de continuer à avoir confiance en soi.

Parce qu’un soir de déprime elle avait poussé la porte d’un cabaret, et enivrée par le champagne avait apprécié avec envie le déhanché et l’assurance de la jeune femme qui s’effeuillait et dansait face à elle, Joséphine décide d’aller suivre des cours de danse. Mais des cours d’un genre particulier, pour y apprendre à danser puis s’effeuiller devant de grands miroirs, s’obliger à se regarder en quasi tenue d’Eve et commencer à s’accepter, à s’aimer peut-être. Porter de hauts talons et des escarpins qui font le pied cambré et la jambe fine, cela donne une forme d’assurance qui vous rend irrésistible. Car le charme et l’attraction ne sont pas simplement le fait de la beauté ou pas, d’un visage ou d’un corps, mais bien d’une allure générale, d’un port de tête, d’une grâce, d’une maitrise de soi et d’une assurance que l’on projette vers l’autre.

Et ça marche, Joséphine prend tellement de plaisir à enfin être sûre d’elle, qu’elle tente même le métier de la nuit, la danse dans une boite où pour quelques billets bien placés sur une jarretière, les filles dansent nues pour des hommes qui n’ont jamais le droit de toucher.

La nuit, l’alcool, la compagnie des filles, belles ou pas, droguées ou pas, seules ou pas, deviennent une seconde vie, puis une passion pour cette prof désabusée qui peu à peu se transforme. Mais la vie de la nuit a aussi des inconvénients et des risques qu’il faut pouvoir assumer. En sera-t-elle capable et en a-t-elle vraiment envie, voilà sans doute la question importante à laquelle elle devra répondre seule.

J’ai aimé suivre la progression des pensées de cette jeune femme. Désespérée par ce métier de prof qu’elle avait pourtant choisi, elle va se construite autour de cette expérience de vie, d’émotion, de solidarité, de connaissance des autres et surtout d’elle-même qu’elle n’avait pourtant pas imaginée. Devenant cette Rose Lee assumée et assurée par l’acceptation de ce corps qu’elle rejetait peu de temps avant.

J’ai aimé aussi l’image de la nuit, des femmes, jamais dépréciée, qui acceptent leurs corps, leurs imperfections, leurs désirs et leurs craintes, qui s’assument vraiment. Un peu idyllique sans doute, mais est-ce important dans ce contexte. L’auteur a su rendre crédibles, humaines et attachantes ces femmes que l’on croise aux côtés de Joséphine et de Rose Lee. Leur donnant corps mais aussi des sentiments et des vies, sans jugement ni apriori. Enfin, si le métier de prof est dépeint sous un jour plutôt déprimant, il existe tout de même toujours quelque élève pour vous faire voir un peu de lumière au bout du tunnel, et c’est tant mieux.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Joséphine est prof de philo dans un lycée de Drancy. Elle mène sa vie entre Xanax, Tupperware en salle des profs, et injonctions de l’Éducation nationale qui lui ôtent le sentiment d’exister.
Sauf que.
Chaque nuit, Joséphine devient Rose Lee. Elle s’effeuille dans un club de striptease aux Champs-Élysées. Elle se réapproprie sa vie, se réconcilie avec son corps et se met à adorer le désir des hommes et le pouvoir qu’elle en retire.
Sa vie se conjugue dès lors entre glamour et grisaille, toute-puissance du corps désiré et misère du corps enseignant.
Mais de jouer avec le feu, Rose Lee pourrait bien finir par se brûler les ailes.

Récit d’un affranchissement, réflexion bouleversante sur l’image de soi et le rapport à l’autre, ce premier roman hors norme de Ketty Rouf fait voler en éclats les préjugés sur le sexe et la société.

Ketty Rouf est née à Trieste, en Italie, en 1970. Après une maîtrise de philosophie, elle s’établit à Paris pour poursuivre ses études, conseillée par Paul Ricœur. Elle suit des cours de danse classique. Après avoir travaillé pour l’Éducation nationale, elle a désormais choisi de donner des cours d’italien pour adultes, et de travailler en tant que traductrice et interprète.

Édition brochée 18.90 € / 19 Août 2020 / 140mm x 205mm / 240 pages / EAN13 : 9782226454102

Le premier qui tombera, Salomé Berlemont-Gilles

La désillusion du rêve français et la difficulté de l’intégration au pays de la liberté, égalité, fraternité

Hamadi noie sa vie dans l’alcool, prostré sur un brancard, c’est aujourd’hui un ivrogne perdu dans la blancheur de l’hôpital. Sa longue déchéance ne pouvait pas se terminer autrement, mais comment en est-il arrivé là ?

Il est arrivé en France avec ses parents trente ans auparavant. Ce pays porteur d’espoir, de liberté et d’égalité qui accueille, éduque, protège ceux qui souffrent et doivent fuir leur pays.

C’est une famille aisée et confortablement installée dans la vie qui quitte Conakry en Guinée pour fuir le régime de Sékou Touré. Le père Chirurgien, la mère et la fratrie s’installent en région parisienne dans une banlieue hostile. Là, les espoirs s’envolent lorsque le Chirurgien comprend qu’il ne pourra pas exercer son métier, celui pour lequel il était largement reconnu et apprécié dans son pays. Marie, la mère, une belle femme d’origine peule, n’a jamais travaillé. Mais elle trouve rapidement un emploi de caissière, car il faut faire vivre la famille. Le Chirurgien ne parvient pas à trouver d’emploi  et doit accepter de devenir un simple.

Hamadi est l’enfant chéri, le fils préféré de sa mère, bon élève au pays, il est celui qui doit montrer l’exemple et protéger les frères et sœurs. La tâche est lourde de sens, le poids trop grand pour ses épaules. A l’école, après des débuts prometteurs, c’est avec une bande de voyous qu’il s’accoquine pour se faire accepter du quartier, pour enfin s’autoriser à vivre. Devenu à son tour membre de la Fraternité, petit voyou comme eux, ils entre rapidement dans la spirale de la délinquance. Et quitte l’école pour des emplois plus généreux et plus faciles. Si les frères ont beaucoup de mal à s’intégrer, les filles et la mère portent une fois encore sur leurs épaules l’unité et l’espoir de la famille.

Hamadi, que l’on suit à trois étapes importantes de sa vie, est un personnage attachant, aussi fort et toujours prêt à se relever que faible et émouvant. La dimension de la famille, l’attachement à la fratrie, la difficulté d’être et de s’insérer, et de magnifiques descriptions de ces vies compliquées dans des banlieues parfois sordides rendent ces personnages terriblement humains.

L’écriture est dense et précise, faite de détails et de descriptions qui ne sont pourtant jamais de trop. Ce roman social sur l’exil, la banlieue, la jeunesse est d’une puissance incroyable. Il est à la fois émouvant, prenant, réaliste et dur. L’autrice explore avec intelligence et acuité la difficulté qu’il y a à se faire accepter pour les réfugiés ou migrants dans notre société souvent hostile face à ces inconnus qui perdent rapidement leurs illusions sur l’accueil et le rêve français. Un roman de vie, qui parle d’hommes et de femmes que l’on pourrait côtoyer chaque jour sans même les voir ni s’en rendre compte, qui ouvre les yeux et donne à réfléchir. Une réussite pour un premier roman que je n’ai pas lâché jusqu’à la dernière page.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Catalogue éditeur : Gasset

Lorsqu’il quitte Conakry avec sa famille pour fuir Sékou Touré, Hamadi a 11 ans, des parents qui s’aiment, un père respecté qu’on appelle Le Chirurgien, une mère douce et belle de qui il est le préféré, trois frères et sœurs dont il se sent déjà responsable. 40 ans plus tard, c’est un homme rompu qui hurle sur un brancard dans un hôpital parisien, ivre pour la énième fois. Ce jour-là, ses frères et sœurs, ceux venus d’Afrique et les deux nés Français, décident de le faire interner. Hamadi n’est plus l’aîné, fierté de la lignée, mais sa honte. Que s’est-il passé  entre-temps ?

Dans ce puissant premier roman, Salomé Berlemont-Gilles retrace les cinquante premières années d’un petit garçon tendre et fort qui se cognera vite aux murs de notre société pour découvrir le mensonge des mots inscrits au frontispice des bâtiments de notre République. C’est l’histoire d’un homme qui tombe, comme des milliers d’autres aujourd’hui. Mais c’est aussi celle des personnages qui, autour de lui, se battent pour le sauver et s’en sortir eux-mêmes, et parfois réussissent. Avec une poésie et une force foudroyantes, cette jeune auteur de seulement 26 ans signe son entrée en littérature.

Parution : 29 Janvier 2020 / Format : 141 x 206 mm / Pages : 288 / EAN : 9782246814382 prix 19.00€ / EAN numérique : 9782246814399 prix 13.99€

L’habit ne fait pas le moineau, Zoé Brisby

Humour, tendresse et fantaisie, quand une rencontre insolite donne un sens à la vie

Maxine est une vieille dame de 90 ans et des poussières dynamique et sans espoir. Alex est l’amoureux transi d’une jeune fille qui ne le calcule même pas.

Il a envie de partir à Bruxelles mais pas seul. Elle a besoin de partir à Bruxelles mais pas seule

Grâce à un site de covoiturage, ils se rencontrent un beau matin devant la maison de retraite. De quiproquo en confidences ils vont finir par découvrir les vraies raisons de leur voyage, une euthanasie pour l’une, une fuite en avant pour l’autre.

Et si cette rencontre était le détonateur qui va transformer leurs vies qui vont passer de fades, inconsistantes, sans amour ni amis, en feu d’artifice permanent et envie de vivre et de rire, enfin ?

Alors oui, parfois le discours est un peu facile, un peu trop évident, un peu trop salvateur. Mais que ça fait du bien ces lectures qui nous montrent la réalité de nos émotions, de nos dépressions, de nos espoirs déçus et de nos rêves déchus. Qui nous montrent et nous démontrent que la lumière si on la cherche bien et si on la laisse nous éclairer un tant soit peu, est parfois tout simplement au bout du chemin.

J’ai passé un bon moment en compagnie de ces deux protagonistes terriblement attachants, et c’est ce qui fait leur charme, que tout éloigne mais que la vie rapproche pour le meilleur après quelques émotions et un peu du pire (on ne manquera pas de suivre les Infos en continu qui nous font vivre leur périple !).

Une lecture d’été comme on les aime, rafraichissante, sensible et pétillante.

Impossible de ne pas évoquer ces romans qui nous parlent également de fin de vie et dont je vous ai déjà parlé ici, comme par exemple le très beau roman Suzanne de Frédéric Pommier ou encore Tout le bleu du ciel de Melissa Da Costa.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Fayard Mazarine

Maxine, vieille dame excentrique, s’échappe de sa maison de retraite, avec un projet bien mystérieux.
Alex, jeune homme introverti au cœur brisé par un chagrin d’amour, décide sur un coup de tête de faire un covoiturage.
Réunis dans une Twingo hors d’âge, les voici qui s’élancent à travers le pays.
Mais quand Maxine est signalée disparue et que la police s’en mêle, leur voyage prend soudain des allures de cavale inoubliable. C’est le début de la plus belle aventure de leur vie…

Prix 8,70€ / 512 pages / Date de parution : 25/03/2020 / EAN : 9782253934622

Renaître, Janine Teisson

Comment  survivre au sinistre quand votre vie part en fumée ?

C’est ce qui est arrivé à Janine Teisson, l’auteur de Renaître, ce recueil de poésie paru aux éditions Chèvre-feuille Étoilée. Sa maison a été la proie des flammes, tout est brûlé, calciné, fondu, enfoui, perdu sous les cendres.

Les souvenirs, les mots, les images d’une vie, de plusieurs vies puisqu’il y a aussi les souvenirs qui viennent des anciens, la photo d’une grand-mère, le livret militaire d’un aïeul, les objets du passé, de ces êtres aimés et perdus, et au milieu de tout cela un ordinateur qui fond et qui emporte les rêves et les espoirs, les textes, les idées, les mots et les phrases de l’écrivain qui ne reviendront jamais identiques.

Ce texte est un long poème pour dire la surprise, l’effroi, la douleur, le manque, le chagrin, la résignation.

Pour dire
Ce qui est perdu à jamais ;
Ce qui est enfoui au fond du cœur ou de la mémoire ;
Ce qui ne reviendra plus, les mots écrits enfuis, fondus, perdus ;
L’attente, l’espoir, la résignation puis la résilience.

Un texte qui se lit d’une traite et que l’on a envie de reprendre encore et encore car il dit aussi la vie à travers la mort, les cendres, l’oubli.

J’y pense parfois, et si ça m’arrivait ? Photos, lettres, souvenirs sont les choses qui me manqueraient le plus. Alors bien sûr je me reconnais dans ces mots, j’y trouve mes craintes et mes angoisses mais aussi l’espoir, et savoir que même après ça, la vie continue.

🔥Pour écrire il faut concorder
avec soi,
même dans l’écartèlement.
Je discorde.

🔥Sinistre,
mot d’agent d’assurances.
Exactement ça.

🔥Ça va ? Ça va.
Que dire à ceux
qui ne mettent pas leur vie
dans les mots ?

Une fois le vent,
une autre fois l’eau 💧
et cette fois-ci c’est le feu🔥.
Va-t-elle ressusciter des cendres
mon écriture ?
Faudra-t-il un tremblement de terre
Pour en venir à bout ?

🔥Ce carnet vert
que j’ai tant cherché,
je ne le chercherai plus

Non seulement les textes, mais aussi les formats, le grain du papier, les illustrations, tout donne envie de lire ces recueils à la sobriété élégante. Dans la même collection, j’avais également aimé Icare, mon amour de Jeanne T.

Catalogue éditeur : Chèvre-Feuille Étoilée

Les pages de ce recueil forment un seul poème incandescent. Une nuit, la maison de Janine Teisson a brûlé.
Elle venait de se donner enfin le droit d’écrire, d’exprimer sa créativité jaillissante.
Au delà des meubles, des robes et des photos de famille, ce sont ses écrits, ses personnages qui partent en fumée. Ressusciteront-ils un jour ? Écriture phénix, déploie tes ailes, confie-moi les mots. Le recueil est illustré avec les compositions graphiques de Marion Béclu.

Paru le 1 juillet 2020 / ISBN : 9782367951430

Le nouveau Western, Marc Fernandez

Embarquer dans les pas du Cid avec Marc Fernandez

L’an dernier j’avais suivi sur les réseaux le récit des 900 kilomètres à vélo à travers l’Espagne médiévale, « désertiquement » vide et cependant magnifique de Marc Fernández. J’avais hâte de savoir ce qu’il pourrait ressortir de ces paysages que je connaissais pour partie et de cette aventure cycliste. Et surtout de savoir comment l’auteur allait mêler cette aventure et l’histoire mythique et cependant véridique de Rodrigue. 

Car il a existé  l’homme du « Cantar de mio Cid », du Camino del Cid, cet Ego Roderico que j’ai croisé lors de mes nombreux périples dans cette Espagne que je parcours dans tous les sens depuis si longtemps…

Alors je ne sais pas vous, mais personnellement à force de savoir, comme nous l’avait répété Corneille, que Rodrigue avait du cœur, mais aussi des sentiments pour Chimène, j’avais oublié que la légende avait été un homme, un vrai. Rodrigo, ou Rodrigue, est né dans le village de Vivar del Cid aux alentour de 1048, ou 49. Un enfant au cœur noble et valeureux qui apprend tout des règles de chevalerie. Sa légende se forge au grès de ses victoires et de ses multiples combats à la tête de son armée.

Mais en 1081, à la suite d’un différent, le roi de Castille Alphonse VI va le bannir de son royaume. Rodrigue met à l’abri sa femme et ses filles et part sur les routes, combattant tantôt les musulmans tantôt les chrétiens, tantôt aux côtés des uns ou des autres, tantôt contre. En plusieurs année et à la tête d’une armée de plusieurs centaines d’hommes il traverse l’Espagne jusqu’à la méditerrannée. Là il devient le prince de Valence. Rodrigue meurt en 1099, un 10 juillet.

Ce que j’ai aimé ? L’écriture, le rythme, l’alternance entre la partie historique de la vie de Rodrigue et le vécu de l’auteur sur son épopée cycliste. Un texte d’une grande sincérité. Marc Fernandez a su faire vivre le récit historique pour nous faire découvrir ce Lucky Luke trop méconnu qui est tout simplement passionnant. Récit très adroitement mêlé à ses propres aventures sur Tornado, le cheval de Zorro, ah, non le vélo sur lequel l’auteur a pédalé à travers les terres ocres et rouges d’Espagne. J’ai aimé le suivre et Rodrigue avec lui, de Burgos à Daroca, d’Albarracin jusqu’à Valence, et jusqu’au village où lui-même passait ses vacances en famille enfants puis adolescent. Car à travers cette géographie de l’Espagne se dessine aussi un passé et un vécu pas toujours faciles, la dictature de Franco, l’émigration pendant la guerre civile, tout au long du chemin les souvenirs heureux ou malheureux se mêlent à l’Histoire.

C’est à Valence que se termine ce trajet de 12 jours, 900 kilomètres, ces rencontres et ce texte passionnant. C’est aussi pour moi de nombreux sites encore à découvrir, en particulier le château de Gormaz. 

Ah, et puis comment dire, je me sens moins seule à avoir aussi mal aux mains lorsque je pars sur mon vélo dans mes villages de Pyrénées, moi qui n’en avait plus fait depuis si longtemps. Pardon Marc Fernandez car je crois avoir lu dans Le nouveau Western que le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un vélo électrique et ceux qui pédalent. Là, je crois que toi, tu pédales. 🚴😉

Merci pour ce formidable livre, courez en librairie, vous ne serez pas déçus.

Photos prises à Albarracin, une des étapes du Camino Del Cid

Vous ne connaissez pas encore les romans de Marc Fernandez ? Découvrez Mala Vida, Bandidos et Guerilla Social Club

Catalogue éditeur : Éditions Paulsen

900 kilomètres à vélo dans un décor de western pour retracer la vie d’un chevalier mythique : le Cid, figure espagnole légendaire aux résonances actuelles et digne d’un personnage de polar.

Rodrigo Díaz de Vivar, plus connu sous le nom du Cid, n’est pas que le héros d’une pièce de théâtre. Ce fut un chevalier. Un vrai. Banni par le roi Alphonse VI, il a traversé l’Espagne au XIe siècle. Il a gagné des batailles. Contre les Musulmans, et avec eux. Un mercenaire avant l’heure. Un combattant légendaire.
Si le Cid voyageait à cheval, c’est sur son VTT – baptisé Tornado – que Marc Fernandez suit sa route de Burgos, ville natale du chevalier, jusqu’à Valence, où il mourut en 1099. Une épreuve et un défi pour l’auteur, à la découverte d’une partie méconnue de l’Espagne, médiévale, immensément vide. 900 kilomètres à vélo, 11 302 mètres de dénivelé positif dans un décor de western, pour retracer la vie extraordinaire d’une figure mythique digne d’un personnage de polar.

Parution : 19 mars 2020 / Format 13 x 21 cm / Nombre de pages : 192 / ISBN 978237502-0746  / Prix : 19,50 €

Le peintre du dimanche, David Zaoui

Un roman léger, décalé et rafraichissant, avec un soupçon d’humour et de folie douce

Un roman paru sous le titre « sois toi-même les autres sont déjà pris » phrase empruntée à Oscar Wilde… D’où le changement peut être ?

Alfredo Scali est peintre, artiste, pas en bâtiment. Enfin, ça c’est lui qui l’affirme haut et fort tant à sa famille qu’à son inénarrable conseiller pôle emploi. Pourtant rien n’y fait, personne ne veut de ces rêves d’animaux qu’il a posé sur ses toiles.

Sa chère grand-mère est atteinte d’Alzheimer. Une association lui propose l’aide d’un singe capucin pour l’assister dans ses tâches quotidiennes. Mais c’est sans compter sur l’évolution de la maladie. Aussi, le jour où elle menace d’en faire du bouillon, Alfredo se voit contraint de récupérer Schmitt, le gentil singe amateur de beignets à la pistache. La cohabitation sera facile et plutôt joyeuse, et aura des conséquences inattendues pour Alfredo et la réalisation de ses ambitions d’artiste.

De péripéties en courriers rageurs auprès de son conseiller, Alfredo va finir par trouver le succès auprès d’un galeriste… Mais qui est le véritable auteur des œuvres exposées ? Et comment va-t-il se dépêtrer de ces accommodements pas vraiment raisonnables qu’il mène avec sa conscience.

 Le roman est parsemé de nombreuses invraisemblances et de tout aussi nombreuses expressions empruntées, mais le personnage central est plutôt attachant et la morale de l’histoire est sauve. L’auteur pose également quelques questions, comment vivre en étant réellement soi-même, réaliser ses rêves, être honnête avec soi et les autres. Le tout en fait un moment de lecture qui s’il a quelques défauts est cependant léger et décalé.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche & JC Lattès

Tout sourit à Alfredo Scali, peintre ambitieux : il vient d’être repéré par un grand galeriste parisien et peut enfin se débarrasser de son conseiller Pôle Emploi ! Ses parents sont aux anges. Même Schmidt, le petit singe hérité de sa grand-mère, semble fier de lui. Et pour cause : le capucin malicieux, accro aux beignets à la pistache et à Starsky sans Hutch, est le véritable auteur des toiles ! Comment Alfredo va-t-il se sortir de cette situation ?
D’une friterie belge aux plages paradisiaques de République dominicaine, il nous entraîne dans une aventure ubuesque.
Avec sa galerie de personnages hauts en couleur et une belle palette d’humanité, ce roman réjouissant est un bijou de fantaisie.

Né en 1977 en banlieue parisienne, David Zaoui a suivi les cours Florent et travaillé comme réalisateur et producteur dans le cinéma pendant plusieurs années, notamment aux États-Unis. Lauréat du Festival du premier roman de Chambéry 2018 pour Je suis un tueur humaniste, il se consacre aujourd’hui à l’écriture. 

288 pages / Date de parution : 06/05/2020 / EAN : 9782253240679

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

L’amour sans le savoir, sans le dire, sans le vivre, tendresse et émotion au rendez-vous

Un peu comme pour tout, Alice est une femme enfermée dans une vie qu’elle ne s’autorise pas à savourer pleinement. Elle est professeur de français et vient du nord de la France. Mais a rejoint la capitale pour se rapprocher de sa fille. Pourtant, elle se sent seule et étrangère.

Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé et de massage et à la suite d’un quiproquo, rencontre des mains merveilleuses qui l’éveillent aux sens. Elle s’ouvre enfin au plaisir, intime, secret, inavoué. Elle se rend compte qu’elle est amoureuse de Akifumi, ce masseur japonais qui pourtant ne dit pas un mot. Car il ne parle pas français, ils ne peuvent donc jamais  échanger, seules ses mains sur elle, son regard, ses émotions lui parlent. Alice prend des cours de japonais pendant un an, attendant le moment propice pour avouer son amour.

Mais ce sera un amour platonique jamais déclaré, jamais dit, jamais vécu et cependant intense et réel. Un amour qu’elle va déclamer, écrire, verbaliser dans ce roman épistolaire singulier. Par cet amour sincère qui n’attend rien en retour, elle ose s’avouer ses propres sentiments, se dévoiler et enfin se libérer d’un passé parfois lourd et triste.

L’écriture est sensible et intimiste. C’est une belle déclaration d’amour à sens unique et la découverte de soi d’une femme qui approche de cette cinquantaine parfois traumatisante.  Éveil aussi à la finesse, à la volupté silencieuse et à l’étrangeté des traditions japonaises.

Catalogue éditeur : Grasset

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux. Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Lire la suite …

Parution : 3 Juin 2020 / Format : 121 x 188 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246824954 Prix : 14.50€ / EAN numérique: 9782246824961 Prix : 9.99€