Best Love Rosie, Nuala O’Faolain

Sous le ciel irlandais, portraits croisés sensibles et attachants de deux femmes à un tournant de leurs vies

Après avoir bourlingué de par le monde, Rosie revient à Dublin pour veiller sur sa tante Nin, la sœur de sa mère décédée quand elle était bébé et qui l’a élevée. Rosie a toujours été indépendante, a beaucoup voyagé sans trop se soucier du bien être de Nin ni de savoir si elle pouvait lui manquer. Nin n’a jamais quitté le village, aujourd’hui elle ne quitte même plus sa maison ou son lit sauf pour aller s’enivrer au pub.

Mais Rosie s’ennuie auprès de cette tante alcoolique et dépressive qui n’est pas une compagnie très plaisante.  Et la cinquantaine arrivant, elle s’interroge sur sa vie, elle n’a ni mari ni compagnon, pas d’enfants, et se retrouve seule avec ses souvenirs. Pour occuper intelligemment son temps libre, elle décide d’écrire un manuel pour les cinquantenaires, un de ces manuels qui aident à mieux vivre avec ses interrogations et ses névroses.
Pour le diffuser, elle fait appel à Mark, un vieil ami devenu vendeur de livres anciens aux USA. Mark si proche et si lointain, dont elle rêvait jeune sans jamais oser le lui avouer.
Elle va le rencontrer à New-York lors d’une foire aux livres rares. Elle part seule, mais Nin la rejoint là-bas. Et miracle, la ville ressuscite la vieille tante maussade et acariâtre, Nin revit, ou plutôt vit enfin. Et retrouve l’envie de se lever le matin et décide d’y rester quelques mois. Elle apprécie et trouve facile  à présent de se lever, d’aller travailler, de rencontrer des femmes comme elle. Être devenue utile, faire partie d’une équipe, lui redonne goût à la vie, inimaginable alors de rentrer en Irlande, Rosie devra repartir seule.

A son retour, Rosie découvre la maison de famille à l’abandon. Sous le charme, elle tente d’apprivoiser cette maison dépourvue de confort et rêve d’en faire son foyer.

Best Love Rosie est un roman émouvant et bouleversant. Tout d’abord parce que l’auteur nous fait pénétrer dans l’intimité de Rosie et Nin, dans cette relation mère fille qui n’ose pas se dévoiler, qui hésite, se cherche, faite de silences, de gestes esquissés, d’émotions cachées. Il y a ces sentiments jamais avoués qui les relient et les rapprochent, une relation mère fille sans l’être vraiment. Il y a au milieu de tous ces non-dits, une belle dose de tendresse et d’amour.
Mais aussi par ces deux femmes, l’une, la cinquantaine arrivant, cherche à se poser et fait le bilan du passé en se demandant comment elle va affronter l’avenir. L’autre, que d’aucuns croiraient à la fin de sa vie, retrouve une jeunesse, une énergie, un goût de vivre et d’oser qui l’étonnent elle-même, mais qui lui font savourer à leur juste valeur toutes les opportunités qui s’offrent désormais à elle.

J’ai aimé retrouver ces deux femmes, leurs interrogations, leur regard sur le passé et surtout leur façon de ré enchanter leur avenir, même si à priori la meilleure partie de leur vie est derrière elles. Et s’il y a parfois quelques longueurs, il y a pourtant énormément de sujets évoqués, la vieillesse bien sûr, la façon de s’y préparer ou pas, l’homosexualité, l’alcoolisme des femmes, la solitude, la pauvreté de l’Irlande qui pendant des années a entrainé l’émigration, en particulier vers le nouveau monde, et bien sûr, aux USA, le sort réservé aux clandestins, travail illégal, maladie et système de santé, entre autre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Si dans ce roman Mark, l’ami de Rosie, vend des livres rares, connaissez vous également L’homme qui aimait trop les livres ? Une enquête passionnante dans le milieu des livres rares et anciens par Allison Hoover Barlett.

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Après avoir vécu et travaillé dans le monde entier, Rosie décide de rentrer à Dublin pour s’occuper de la vieille tante qui l’a élevée. La cohabitation avec Min, dépressive et alcoolique, n’a rien d’exaltant. L’idée vient à Rosie de s’occuper utilement en rédigeant un manuel pour les plus de cinquante ans. Un éditeur américain accepte de la publier… Tandis que la vieille dame, qui a rejoint sa nièce à New York, est galvanisée par sa découverte de l’Amérique et pour rien au monde ne voudrait renouer avec son ancienne vie, Rosie, elle, tombe amoureuse d’une maison de la côte irlandaise, et va, dans une osmose avec la nature enchanteresse et les animaux qu’elle adopte, s’y laisser pousser des racines.
La lucidité de Nuala O’Faolain, sa tendresse pour ses personnages, font merveille une fois de plus dans ce livre où l’on suit les tribulations de ces deux femmes que lie toute la complexité d’un amour maternel qui ne dit pas son nom.

528 pages / Date de parution : 26/02/2020 / EAN : 9782253934349 / Prix : 8,70€ / Éditeur d’origine : Sabine Wespieser

Rendez-vous au 10 avril, Benoît Séverac

Enquête dans la ville rose, un roman social à découvrir absolument

1921, dans Toulouse qui se relève tout juste de la grande guerre, un inspecteur à la physionomie extravagante doit enquêter sur deux suicides. Le premier est d’une simplicité déconcertante, un notable s’est suicidé chez lui à la suite d’une dispute dont les cris ont interpellé les voisins ; le second est plus étonnant, un professeur s’est tiré une balle dans la tête dans son bureau de l’école vétérinaire.

Si les suicides sont évidents, l’inspecteur Puma n’en est pas aussi sûr que ça. Et bizarrement son enquête qui le ramène dans les murs de l’école vétérinaire en inquiète plus d’un. Car si pendant les années de guerre il est aisé de passer sous silence les malversations, les petits arrangements entre amis, les trahisons, il ne fait pas bon essayer de les déterrer quand vient la paix et la reconstruction du pays.

L’inspecteur est lui-même un ancien soldat revenu du front, perpétuellement hanté par les combats qu’il a mené, par la mort de ses compagnons d’arme, et par ses blessures. Seule la morphine et de fortes doses d’alcool l’aident à venir à bout de ses souffrances ; de quoi passer pour un marginal hurluberlu et peu fiable auprès de ses collègues et de l’état-major de la police. Aussi lorsqu’il décide de mener ces deux enquêtes, plus complexes qu’elles n’apparaissent de prime abord, sa hiérarchie lui met quelques bâtons dans les roues.

Au fil de son enquête, il va déterrer quelques secrets bien gardés, au risque de  faire éclater au grand jour quelques compromissions et accords passés sous silence tant par la police que par les notables de la ville rose. Éclate également une franche animosité envers ces gueules cassées, ces anciens poilus qui auraient peut-être mieux fait de disparaitre au front, histoire de ne pas trop indisposer les quelques planqués qui ont continué tranquillement leur carrière pendant que d’autres allaient se faire tuer.

L’auteur met en avant un inspecteur atypique, perclus de douleurs, au comportement autodestructeur, bourré de défauts et cependant très attachant. Il a un talent fou pour nous faire découvrir le côté sombre de l’histoire et des hommes. Difficile retour à la vie de ces hommes envoyés au combat, revenus de l’enfer, et dont on mesurait alors si mal l’impact psychologique et les conséquences sur leur avenir du mal profond qui leur avait été fait. Mais aussi consternante compromission de certains notables qui se sont bien arrangés des complications administratives souvent induites par la guerre.

Une belle découverte, ce thriller est plus qu’un simple polar, c’est aussi un roman social et historique sans concession sur une période méconnue de l’histoire. Je le conseille à tous les amateurs de polars qui aiment la réalité historique.

Catalogue éditeur : Pocket

Toulouse, 1920. La Grande Guerre est achevée depuis trois ans déjà et chacun reprend sa place comme il peut dans une société qui s’étourdit pour oublier. Pourtant, les douleurs et les blessures rejaillissent de façon bien étrange. Lorsque deux meurtres perturbent l’équilibre de la ville, un seul homme, un inspecteur rescapé de guerre qui n’est plus apte aux sentiments, ose affronter la situation. Un point commun relie les deux affaires, a priori sans aucun rapport : l’École vétérinaire de Toulouse. Seulement, la grande école connaît ses propres codes, ses propres règles. Parviendra-t-il à briser la chape de silence et à faire éclater la vérité ?

Benoît Séverac est auteur de littérature noire et policière, adulte et jeunesse. Ses enquêtes, dont la plupart ont lieu à Toulouse, où il réside, reposent sur un contexte social décortiqué. Certains de ses romans ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre. Benoît Séverac collabore à divers projets mêlant littérature et arts plastiques, photographie… Il prend également part à des productions cinématographiques. Le Chien arabe, prix de l’embouchure 2016, a paru chez Pocket en 2017 sous le titre Trafics. En 2017, 115 a paru à La Manufacture de livres.

Prix : 7.30 € / EAN : 9782266256445 / Nombre de pages : 288 / Format : 108 x 177 mm / Date de parution : 16/05/2018

Bernadette et Lourdes, l’enquête, Bertorello, Guillemois

Une enquête sur Bernadette Soubirous, dans cette BD aussi plaisante qu’instructive qui explore l’histoire de Lourdes à travers le temps

Alors qu’elle cherche un sujet pour son prochain devoir, Léo, une apprentie journaliste de New York, découvre le récit de la dernière guérison de Lourdes (la 71ème) dans le journal local, elle décide d’enquêter sur ce sujet et de se rendre sur place. C’est chose faite et la voilà arrivée à Lourdes, ville de pèlerinages depuis le mois de février 1858, mois des apparitions de la belle dame en blanc à Bernadette Soubirous, au bord du gave, dans la grotte de Massabielle.

Grâce aux explications de  l’abbé John Clarke, un jeune prêtre américain qui est comme elle de passage dans la ville, elle va découvrir en même temps que le lecteur l’histoire de Lourdes : depuis le siège de Charlemagne et la conversion des Sarrazins et de leur chef devenu Lorus (origine du nom de Lourdes)  jusqu’aux  visions de Bernadette Soubirous à la Grotte, puis aux processions et aux pèlerinages d’aujourd’hui.

Que l’on soit croyant ou pas, que l’on connaisse Lourdes ou pas, et que l’on connaisse  une partie de l’histoire de la ville et de la région, Bernadette & Lourdes, l’enquête est un très bon moment de lecture. Les allers-retours, avec ces flashbacks vers le passé,  aident à comprendre sans que ce soit perturbant, au contraire. La vie de Bernadette, les doutes et les manifestations en faveur de la jeune fille ou contre par les autorités de l’époque, le bouleversement que cela a pu causer par la suite, sont bien explicités. On retiendra la crédulité de certains, la virulence des autorités, mais aussi les passions, la foi, l’acceptation du mystère par les plus grands, dont Napoléon III et Eugénie.

C’est très bien fait, le graphisme et les couleurs sont très agréables, l’histoire elle-même se déroule de façon fluide et logique. Une jolie BD, disponible en avant-première dans les librairies de Lourdes, et bientôt dans votre librairie.

Pas de meilleure conclusion que les propres mots de Bernadette :
 » je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire »

Catalogue éditeur : Artége

New York 2020, une jeune américaine découvre le récit d’une guérison extraordinaire qui a eu lieu à Lourdes en France. Troublée par le récit, elle décide d’enquêter pour comprendre…

Cette bande dessinée d’Alban Guillemois (Scénario) et Yvon Bertorello (Scénario et illustrations) est éditée aux Editions du Rocher. Il faut noter également  que l’association Lourdaise Le Toit du Chœur  est partenaire. Cette association œuvre pour la restauration de l’église paroissiale où se trouvent  les fonds baptismaux de Bernadette.

14,90€ / Parution : 11.03.2020 / Pages : 64 / EAN : 9791094998854

Oxymort, Franck Bouysse

Oxymort de Franck Bouysse, un huis-clos oppressant et glaçant aux limites de la folie

Découvrir une autre facette de l’auteur de « Né d’aucune femme » ce roman qui nous avait tous tellement séduit l’an dernier..
Un homme est enchaîné sur un sol en terre battue, attaché dans le noir. Il ne comprend absolument pas ce qui a pu le mener jusque-là. Cet homme, c’est Louis Forell, professeur dans un lycée, une vie relativement banale, alors comment et pourquoi est-il arrivé là ?

Son geôlier lui fait jouer un jeu malsain afin de le lui faire deviner. Piégé dans cette cave obscure, il n’a pas d’autre solution s’il ne veut pas devenir fou, que de s’évader dans ses pensées, évoquer son travail, ses parents disparus, et surtout son amoureuse la belle Lilly avec qui la vie est si belle. Nous allons le suivre dans ce jeu mortel du chat et de la souris.


Le roman se lit vite, les chapitres courts alternent entre passé et présent, entre les souvenir de l’un puis de l’autre. Des vies défilent et rapidement le lecteur voit poindre toute la folie du geôlier, et de se demander alors jusqu’où l’amour peut mener un homme. Si le thème est abordé dans ce roman, c’est de façon plutôt singulière. Comme un oxymore auquel le titre fait référence peut être ? Je t’aime je te fais souffrir ?

L’écriture est rapide, rythmée, avec des phrases et des chapitres courts qui s’enchainent facilement. Si l’on n’y retrouve pas le style peaufiné et les belles phrases de Né d’aucune femme, c’est malgré tout un thriller qui se laisse lire et qui fait passer un bon moment.

Catalogue éditeur : J’ai Lu

Un homme s’éveille, enchaîné sur la terre battue d’une cave où règne un effroyable silence. Engourdissement, incompréhension. Qui ? Pourquoi ? La seule façon de repousser son désespoir, de lutter, est de remonter le temps, errer dans les corridors de sa mémoire et chercher à comprendre, en allant de piste en piste, pour tenir en laisse la folie. Guetter l’apparition d’une femme, au moment où les ombres s’étirent dans le crépuscule. Jouer la musique de sa survie.

Paru le 04/03/2020 / Prix : 7,20€ / 224 pages / 110 x 178 mm / EAN : 9782290219478

Le dernier des Dulac, François Antelme

Embarquez pour l’Ile Maurice avec cette formidable saga familiale

Île Maurice, en 1928, le 25 novembre marque la naissance de Marc Dulac, le dernier né d’une famille de grands blancs installée à Chambord, cette demeure majestueuse construite par Eugène pour y abriter son bonheur avec son épouse Bérengère et sa famille. Mais si l’enfant se porte bien, Bérengère décède quelques heures après la naissance. Cette perte irréparable sera toujours comme une barrière infranchissable entre le père et son fils.

Toute la première partie du roman est axée sur l’histoire de l’île Maurice au travers de celle d’Eugène Dulac. Depuis l’ancêtre Augustin du Lac, arrivé deux siècles auparavant. Puis la façon dont les colons blancs ont géré cette ile, leur politique, et l’intégration des deux cultures dans la société mauricienne. Enfin, avec la vie des Dulac à partir des années 20. Et les bouleversements économiques et politiques sur l’ile, avec la fin des colonies et l’indépendance.

L’on y découvre la vie de chaque membre de la famille, le deuil impossible du père à la disparition de Bérengère, André le frère ainé si brillant engagé dans la Royal Air Force pendant la seconde guerre mondiale, la folie et la santé défaillante de la jeune sœur après le décès de sa mère puis de son frère adoré. Enfin, Marc, le petit dernier, celui par qui le malheur est arrivé et qui porte sur ses épaules sans le savoir et sans pouvoir s’en défaire, tout le chagrin et le deuil de la famille. Secrets, déceptions, douleur, chagrins, folie, le lecteur comprend peu à peu tout le mal qui est fait à chacun avec ces non-dits, ces silences, qui détruisent l’harmonie entre Eugène et Marc. Jusqu’à la fuite.

La seconde partie se situe en 1989 à Paris et à Maurice. Se déroule alors une autre partie de la saga des Dulac, plus contemporaine mais tout aussi désespérée. Le narrateur Amaury Deveyne, journaliste, rencontre à l’hôpital à Paris un homme qui doit être Marc. Marc qui par une pirouette que l’on comprendra plus tard est toujours vivant au bout du monde, Marc et la difficulté d’exister quand on porte le poids d’une disparition, celle d’une mère idéalisée par tous et que l’on a jamais connue. Marc et le dialogue impossible avec le père, toujours à la recherche de son identité au risque de s’inventer des vies plus douloureuses que salvatrices. Marc malade dont la fin est proche et qui demande à Deveyne de prendre des nouvelles d’une femme restée là-bas, à Maurice.

J’ai suivi avec grand plaisir les aventures et les destinées de la famille Dulac. L’auteur distille avec finesse et une certaine tendresse mêlée de nostalgie la vie de toute une époque, ce siècle qui a vu les fortunes des grands blancs, mais aussi avec réalisme lorsqu’il décrit la vie économique et sociale, les difficiles relations entre blancs et natifs, les différences sociales qui en découlent. L’écriture est intéressante, la finesse des descriptions, les personnages avec leurs faiblesses et leurs contradictions sont attachants et bouleversants. C’est un plaisir, malgré leurs douleurs, de découvrir l’ile, la nature, de se promener sous les jacarandas en fleurs, et de mieux en comprendre l’histoire tout au long du 20ème siècle.
Roman de vie et d’amour, de vengeance et de désespoir, idéal pour tous ceux qui aiment s’évader et découvrir de nouveaux horizons. N’hésitez pas à le découvrir.

Vous aimez l’ile Maurice ? Découvrez avec Rivages de la colère, une histoire passionnante et bouleversante, celle des habitants des Chagos

Catalogue éditeur : Slatkine & Cie

Île Maurice, fin des années 1920. La Seconde Guerre mondiale s’apprête à sonner le glas de la suprématie occidentale. Marc, le dernier fils des Dulac, voit le jour en 1928, dans la magnifique résidence familiale des hauts plateaux. Devenu jeune homme, persuadé qu’on lui a caché la vérité sur sa naissance, il ne parvient pas à trouver sa place au sein de son illustre famille. Abandonnant derrière lui l’existence dorée qui lui était promise sur l’île, sa quête le conduira à une longue errance en France. Mais trouve-t-on jamais la vérité ?
Formidable chronique d’une communauté et d’une époque révolue, Le Dernier des Dulac s’impose comme une saga inoubliable, mêlant avec brio l’intime et le politique.

Paru le 7 novembre 2019 / 280 pages/ Prix : 19 € / ISBN : 978-2-88944-128-0

Vanda, Marion Brunet

Vanda, un roman qui happe ses lecteurs. Un drame contemporain au pays de l’amour fou

On y découvre l’amour absolu et possessif d’une mère pour son fils de six ans, son petit bulot qu’elle couve comme une louve.

A Marseille, Vanda subsiste en faisant le ménage à l’hôpital psychiatrique, avec un contrat précaire. Celle qui a eu plus jeune des rêves d’artiste vit aujourd’hui en marge de la société dans un cabanon sur la plage. Cette jeune femme aux tatouages fleuris élève tant bien que mal, mais avec une énorme tendresse, l’amour de sa vie, sa passion, son fils Noé. Bien sûr dans la vie de Vanda il y a aussi les sorties, un peu d’alcool, les hommes de temps en temps et un peu de drogue, mais surtout une grande précarité.

Jusqu’au jour où Simon revient au pays pour l’enterrement de sa mère. Simon qu’elle avait quitté sept ans plus tôt et qui découvre ce fils dont il ne soupçonnait même pas l’existence. Aujourd’hui, Simon est en couple avec Chloé, et justement, cette dernière ne veut pas d’enfant, malgré les tentatives de Simon. Alors ce petit tombé du ciel est un miracle pour ce le papa tout neuf se sent une âme de protecteur, de papa poule. Au grand dam de Vanda la louve, fusionnelle avec son bébé, son petit bulot, qu’elle abrite dans le creux ses bras, sur son cœur, et qu’elle ne laisserait partir pour rien au monde.

Alors nous suivons alternativement Vanda, dans ses souvenirs et dans sa vie avec son Bulot, puis Simon, ses souvenirs, ses regrets et la façon dont il va se projeter dans ce rôle de père tellement inespéré, pour lequel il pourrait peut-être changer de vie.

La suite ? Pour la connaître il faut lire ce roman émouvant et débordant d’un amour exclusif et dévastateur. Roman qui dit l’amour, la complexité du quotidien pour ces marginaux qui n’ont pas toujours choisi de l’être, la différence de vie des classes sociales qui se côtoient sans se rapprocher vraiment. Roman qui dit les combats et les rêves de vie meilleure, mais aussi l’amour d’une mère qui fait tout ce qu’elle peut pour son enfant.  

Nerveuse, rythmé, réduite au strict minimum, l’écriture est adaptée aux moments, au milieu social, aux différents protagonistes. Ce double langage à un impact fort sur le lecteur. L’auteur place son roman dans une actualité brulante, manifestations de gilets jaunes, violences policières fantasmées ou pas, précarité, chômage, difficulté du milieu hospitalier avec son manque cruel de personnel, solitude. Mais l’auteur aborde aussi avec le personnage de Chloé la situation d’une femme qui ne veut pas d’enfants, et la façon dont la société a du mal à accepter ce choix, comme si c’était un monstre d’égoïsme, lui niant le droit à déterminer sa vie de femme. Un drame contemporain au pays de l’amour fou.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Personne ne connaît vraiment Vanda, cette fille un peu paumée qui vit seule avec son fils Noé dans un cabanon au bord de l’eau, en marge de la ville. Une dizaine d’année plus tôt elle se rêvait artiste, mais elle est devenue femme de ménage en hôpital psychiatrique. Entre Vanda et son gamin de six ans, qu’elle protège comme une louve, couve un amour fou qui exclut tout compromis. Alors quand Simon, le père de l’enfant, fait soudain irruption dans leur vie après sept ans d’absence, l’univers instable que Vanda s’est construit vacille. Et la rage qu’elle retient menace d’exploser.

Marion Brunet a 43 ans et vit actuellement à Marseille. Après des études de Lettres, elle a travaillé comme éducatrice spécialisée dans différents secteurs, notamment en psychiatrie. Reconnue pour ses romans « young adults » (Dans le désordre, 2016 ; Sans foi ni loi, 2019), elle a été fortement remarquée avec la parution aux éditions Albin Michel de L’été circulaire, Grand Prix de littérature policière 2018 et Prix des libraires du Livre de Poche 2019.

18.00 € / 26 Février 2020 / 140mm x 205mm / 240 pages / EAN13 : 9782226449573

Fringales, Hélène Lanscotte

Dans ce savoureux recueil de nouvelles, le lecteur découvre avec gourmandise quelques portraits de mangeurs finement croqués

De très courts textes pour décortiquer notre comportement alimentaire, de la préparation du repas à l’acte de manger, mais aussi pour parler de nourriture, de fringales, de gourmets et de gourmands, et de notre relation parfois étrange et souvent passionnée avec l’alimentation.

Les français aiment manger et cuisiner, se réunir pour partager le plaisir de la table, et l’auteur en parle formidablement bien ici. Elle présente quelques courts portraits, instants de vie, moments savoureux d’assiettes, de plats, de bruits de bouche ou de couverts, tant sur une belle table bien mise qu’au comptoir ou sur un coin de cuisine. Tout est prétexte à nous faire savourer les mets, les envies, les saveurs dont ces papilles gustatives se délectent avec bonheur et gourmandise.

Il y a ceux qui cuisinent, qui hument et goûtent du bout des lèvres, qui pétrissent à pleine main ou au contraire du bout des doigts cette cuisine qu’ils vont consommer seul ou partager avec proches, famille, amis, de bon cœur ou par habitude.

Il y a tout dans la nourriture, plaisir, partage, contrainte, découverte, voyage, répulsion, abandon, besoin, désir, satisfaction, souvenir, enfance, la liste est longue ! Il y a l’excès et le débordement, mais aussi la mesure et la frugalité. Car dans tous les cas, le repas est une fête, repas de noce, repas de noël, repas lors d’un deuil, tout est prétexte à se retrouver pour communier ensemble.

Que l’on soit un gourmand qui déguste, un glouton qui avale, ou un précieux qui savoure à dose homéopathique, notre relation à la nourriture dit beaucoup sur notre façon d’être, de vivre, d’aimer et de partager. Avec ces instantanés de vie saisis sur le vif, Hélène Lanscotte fait le tour de ces mangeurs, de leur fringales assouvies ou pas. Tout simplement de notre rapport à la nourriture qui souvent nous défini.

Une très agréable surprise, une lecture à savourer sans modération.

Catalogue éditeur : éditions  Arlea

De la pinailleuse qui cache son jeu au glouton qui semble jouer sa vie à chaque repas, des habitudes de cuisine aux recettes transmises de génération en génération, Hélène Lanscotte se penche avec délectation sur notre rapport à la nourriture. En une série de portraits allègrement croqués, elle fait le tour de ces mangeurs qui peuplent sa vie, proches ou inconnus, observés à la volée, dans des restaurants, des rencontres de hasard, dîners improvisés ou patiemment préparés.

De quelques miettes, elle fait son essentiel, comme si manger était bien plus que se nourrir, mais aussi se dire et se dévoiler.

Hélène Lanscotte a publié depuis 2002 des récits et de la poésie chez Cheyne éditions, à L’Escampette ou chez Isabelle Sauvage. Également comédienne-lectrice, elle participe à des performances et à des lectures autant en France qu’à l’étranger. Elle vit à Paris et dans le Lot.

janvier 2020 / 200 pages – 17 € / Dimensions : 13 x 19 cm / ISBN : 9782363082145