La danse de l’eau, Ta-Nehisi Coates

Quand fantastique et Histoire s’entremêlent pour raconter l’histoire de l’esclavage vue par un esclave dans l’Amérique d’avant la guerre de sécession

Ta-Nehisi Coates situe son roman vers 1850/1860, à la veille de la guerre de sécession (1861 à 1865) en Virginie. Comme tant d’autres autour d’elle, la plantation de tabac Lockless, qui appartient à Mr Walker est déclinante, car la terre exploitée de façon intensive depuis trop d’années est désormais exsangue. Les petits propriétaires terriens souhaitent maintenir leur train de vie et garder leurs domaines. Mais cela se fait souvent au prix de la vente d’esclaves. C’est ainsi que la mère d’Hiram a été vendue à une autre plantation. Mais lui reste à Lockless, car il est aussi le fils du maître.

Hiram Walker devient le gardien de son frère. Mais pas de n’importe quel frère. Si Hiram Walker est un esclave fils d’une esclave et du maître, son frère Maynard est l’héritier de la maison Walker.

Hiram a des dons et en particulier une mémoire photographique prodigieuse. Il lui suffit d’entendre ou de voir une fois, et tout est gravé à jamais dans sa mémoire. Éduqué avec le fil du maître, il devient très vite son gardien et son protecteur. Même s’il reste à jamais un asservi, alors que Maynard est un distingué.

Car ici, l’auteur ne parle pas de maître ou d’esclaves, de blanc ou de noir, mais de distingués, ce sont les plus ou moins riches propriétaires des plantations ; de blancs inférieurs, ce sont ceux qui supervisent et contrôlent les esclaves pour les blancs supérieurs ; d’affranchis, ce sont d’anciens esclaves, et enfin d’asservis.

Hiram comprend à l’adolescence qu’il a également un pouvoir très particulier, celui de la conduction. C’est la capacité à se déplacer d’un endroit à l’autre en faisant uniquement appel aux souvenirs. Si les premières années ce pouvoir apparaît lorsqu’il est dans des situations dangereuses ou dramatiques, par la suite il se rend compte qu’il est intiment lié à l’eau, cet élément que domptait déjà sa mère lorsqu’elle pratiquait La Danse de l’eau.

Hiram doit apprivoiser ce don mystérieux lié à l’eau : grâce à la Conduction il peut se transporter d’un endroit à un autre. Mais pour que cela fonctionne, il doit se remémorer les souvenirs traumatiques de son enfance et les moments le plus douloureux de son passé, par exemple à chaque fois lui revient le souvenir de sa mère disparue lorsqu’il avait neuf ans, cette mère qu’il voit pratiquer la danse de l’eau.

L’auteur nous propose un roman initiatique d’un genre tout à fait singulier. Un texte hybride entre récit initiatique, histoire de l’esclavage traitée par le point de vue d’un esclave, mais aussi roman qui montre la puissance de la liberté quand elle permet d’échapper à sa condition.

Ta-Nehisi Coates évoque le mythe des Africains marcheurs sur l’eau, ces esclaves dont on pensait qu’ils avaient sauté des bateaux, ou plus tard s’étaient échappés des plantations, pour se transporter par la force de la volonté sains et saufs vers l’Afrique des origines.

De même il fait allusion à l’Undergournd railroad, que l’on retrouve dans le roman de Colson Withehead, avec ces hommes et ces femmes blancs ou noirs qui aident Hiram, en Virginie, en Pennsylvanie, où qu’il aille, et lui permettent d’intégrer le réseau pour en devenir un membre actif.

J’ai retrouvé également dans ce texte l’allusion à La fièvre qu’évoquait si bien le roman de Sébastien Spitzer (même si là c’était en 1870 à Memphis). Cette fièvre qui dans l’esprit tordu des blancs ne touchait pas les noirs, pauvres noirs qui du coup étaient envoyés au contact des malades et mourraient par milliers.

Enfin, une part importante est donnée à la force de la mémoire, celle de Hiram qui est prodigieuse mais dont pourtant certains souvenirs douloureux se sont effacés, comme pour lui permettre d’avancer malgré tout ; celle qui lui permet de réussir à se déplacer là où d’autres ne peuvent aller, grâce à la conduction ; celle des esclaves avec leurs pratiques, leur magie et leurs croyances d’origine, cette mémoire d’un peuple qui se transmet par delà le temps et l’espace, avec une grande place laissée au surnaturel et à la magie.

Un roman singulier, qui m’a perturbée par moments par ce côté fantastique et magique, mais qui aborde des thèmes passionnants avec une humanité et une maîtrise tout à fait intéressantes.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib, Fayard

Le jeune Hiram Walker est né dans les fers. Le jour où sa mère a été vendue, Hiram s’est vu voler les souvenirs qu’il avait d’elle. Tout ce qui lui est resté, c’est un pouvoir mystérieux que sa mère lui a laissé en héritage. Des années plus tard, quand Hiram manque se noyer dans une rivière, c’est ce même pouvoir qui lui sauve la vie. Après avoir frôlé la mort, il décide de s’enfuir, loin du seul monde qu’il ait jamais connu.
Ainsi débute un périple plein de surprises, qui va entraîner Hiram de la splendeur décadente des plantations de Virginie aux bastions d’une guérilla acharnée au cœur des grands espaces américains, du cercueil esclavagiste du Sud profond aux mouvements dangereusement idéalistes du Nord.

Ta-Nehisi Coates est l’auteur d’Une colère noire (Autrement, 2016 ; J’ai lu, 2017 ; lauréat du National Book Award 2015) ; Le Grand Combat (Autrement, 2017 ; J’ai lu, 2018) ; et Huit ans au pouvoir : une tragédie américaine (Présence africaine, 2020). Il est également lauréat d’une bourse MacArthur. La Danse de l’eau, son premier roman, a rencontré un grand succès critique et commercial aux États-Unis, et a été traduit dans quatorze langues. Ta-Nehisi Coates vit à New York avec sa femme et son fils.

Fayard : Parution 18/08/2021 Audiolib Parution le 13/04/2022 Durée : 15h22 lu par Alex Fondja Traduit par Pierre Demarty EAN 9791035408138 Prix 27,50 €

Mise à feu, Clara Ysé

Entrer dans l’univers magique de Nine et de Gaspard

Nine nous raconte sa vie d’enfant et d’adolescente marquée par un tournant dramatique, l’incendie de sa maison. Elle est recueillie avec son frère Gaspard par un oncle effrayant, Le Lord. Elle parvient à survivre loin d’une mère singulière et attachante que tous surnomment L’Amazone grâce à la protection de Gaspard, la présence de Nouchka sa pie apprivoisée et les courriers de sa mère qu’ils reçoivent tous les mois.

Ce roman de Clara Ysé hésite entre drame poétique et ode à la jeunesse et à l’amitié. Les affres de l’adolescence de Nine y sont particulièrement bien traités et la chute bien qu’attendue n’en est pas moins très émouvante. Les larmes de l’auditeur seront à la mesure de l’attachement au personnage de Nine.
Le malaise de l’auditeur, s’il doit y en avoir un, vient quant à lui de la difficulté à faire la part entre poésie, réalisme et surréalisme, ce qui donne le sentiment d’une œuvre « diffractée » pour reprendre un mot que l’autrice semble apprécier. Il peut donc être malaisé d’y trouver son bonheur

Pour l’avoir déjà lu à sa sortie, j’ai trouvé la lecture par l’autrice très agréable. Mais elle n’apportait rien de plus à ce roman qui reste très attachant.

Retrouvez ma précédente chronique ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib, Grasset

Nine et Gaspard vivent dans la maison de leur mère, l’Amazone. Nouchka, leur pie, veille sur le trio. La nuit du réveillon, un incendie ravage le paradis de l’enfance. Le lendemain, le frère et la sœur se réveillent seuls chez leur oncle, l’inquiétant Lord.
Ils reçoivent tous les mois une lettre de l’Amazone qui leur dit préparer dans le Sud la nouvelle demeure qui les réunira bientôt.
Quel pacte d’amour et de rêve vont-ils nouer pour conjurer l’absence ?

Parution : 16/02/2022Durée : 3h33 / EAN 9791035407605 / Prix du format cd 19,90 € / EAN numérique 9791035407766 Prix du format numérique 17,95 €

La bibliothécaire, Gudule

Pourquoi les enfants ont aimé ce roman de Gudule lu par Thomas Solivéres

Chaque jour à l’école Guillaume s’endort sur son pupitre. Pourtant c’est un bon élève, aussi l’instituteur se demande ce qui lui arrive.
Il faut dire que chaque soir, Guillaume observe sa voisine par la fenêtre. C’est une vieille dame qui passe des heures à écrire, inlassablement penchée à sa table.
Puis lorsqu’elle a fini et éteint enfin la lumière, il a le bonheur de voir une jeune fille sortir de son immeuble.

Mais une question le taraude, qui est elle, ou plutôt qui sont-elles ?
Pour le savoir, une nuit il décide de suivre la jeune fille, et va avec elle jusqu’à la bibliothèque de son quartier.

La rencontre est un grand moment de bonheur. Guillaume est totalement séduit par la jeune Ida au parfum et aux habits surannés qui lui ouvre la porte vers la magie des livres. Ida qui lui avoue qu’elle rêve de trouver le grimoire qui lui permettra d’écrire le roman de sa vie. Mais la vieille dame, tout comme Ida, disparaissent du jour au lendemain.
Avec ses amis, il décide de partir à leur rencontre. Cette recherche les entraîne à nouveau dans la bibliothèque où ils plongent littéralement dans les histoires les plus extraordinaires à la rencontre des différents personnages. Il suffit de le vouloir, et ils entrent dans les livres, dès lors que ce soit Alice au Pays des Merveilles, le Petit Prince, Poil de Carotte, ou même Gavroche, plus aucun personnage n’a de mystère pour celui qui est totalement entré dans l’histoire.

Un joli conte et une lecture agréable. Quel bonheur de se dire qu’il suffit de tourner les pages à l’envers pour ressusciter nos personnages préférés qui finalement ne meurent jamais et nous feront éternellement rêver.

Catalogue éditeur : Audiolib

Pas étonnant que Guillaume s’endorme pendant les cours : toutes les nuits, il observe les drôles de choses qui se passent dans l’immeuble d’en face. Une mystérieuse vieille dame qui n’arrête pas d’écrire, une jeune fille qui s’enfuit dans les rues sombres, toujours à la même heure… Un jour, il se lance à sa poursuite, et découvre que toutes les réponses à ses questions se trouvent… à la bibliothèque ! Avec l’aide de ses amis, il se lance dans un fantastique voyage au pays des livres, qui le mènera à la rencontre d’Alice au pays des merveilles, de Poil de Carotte, du Petit Prince…

Collection : Jeunesse Éditeur d’origine : Hachette Jeunesse / EAN 9782367623047 Prix du format cd 14,00 € / parution : 22/03/2017 Durée : 3h19

L’ange de Munich, Fabiano Massimi

Enfin lever le voile sur le décès mystérieux de la nièce d’Hitler

En 1931, à Munich, Angela Raubal est retrouvée morte dans sa chambre fermée à clé de l’intérieur, avec un pistolet Walther PPK tombé à ses côtés. Tout semble prouver qu’il s’agit d’un suicide. Mais le commissaire Siegfried Sauer et son adjoint Helmut Forster sont sommés de mener l’enquête, enquête confidentielle qu’ils se doivent de boucler en 8 heures chrono.

Pourquoi ?
Parce qu’Angela Raubal n’est pas simplement une belle jeune femme dynamique et lumineuse. C’est aussi et dans ce cas on pourrait même dire c’est avant tout la nièce d’Adolf Hitler, la personnalité montante de ces années 30. Sa petite protégée dont il est le tuteur, mais dont il semble être bien trop proche pour que ce soit tout à fait honnête. Il ne faut donc pas que cette mort fasse des vagues pour ne pas interférer dans l’ascension du parti.

Mais l’enquête va s’avérer bien plus complexe et délicate que prévu. Les témoins sont bien silencieux, ou suspicieux. Les amis et les collègues ne sont pas très fiables, et durant cette période si particulière de l’après première guerre mondiale et d’ascension sournoise du nazisme, il faut se méfier de tout le monde. Car le parti fait de plus en plus d’adeptes et le sentiments sont parfois très divergents y compris au sein des familles.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman est un excellent rappel de cet entre deux guerres si caractéristique qui a vu l’ascension inexorable du parti Nazi sans que personne en Allemagne ou en Europe ne bouge le petit doigt. Différents personnages, les Hess, Goering, Himmler ou encore Heydrich dont on sait que la plupart ont réellement existé, apparaissent froids, déterminés, calculateurs et déjà fidèles au Furher. Pourtant, j’avoue avoir été parfois déstabilisée par le côté presque humain que l’auteur a donné à ces hommes dont chacun a compris depuis la puissance dévastatrice, à travers les douleurs qu’ils ont engendrées et les horreurs dont qu’ils ont pu commettre par la suite. Difficile alors de les considérer comme de simples hommes au service d’une cause, fidèles à un parti, soucieux du bonheur d’Hitler ou de sa nièce.

Comme souvent je n’avais regardé ni les chroniques, ni la 4e de couverture avant d’écouter ce roman. Et je ne connaissais pas ce fait divers. Aussi mes interrogations ont-elles été nombreuses, fiction, réalité ? Fabiano Massimi a bel et bien déterré une histoire vraie avec le décès brutal et inexpliqué de cette jeune femme de vingt trois ans. En bibliothécaire averti, il a su où chercher, et trouver, les documents indispensables à son enquête. Du coup j’aurais presque aimé un peu pus d’informations historiques à la fin du roman, même si celles qui sont données permettent déjà de mieux comprendre les mentalités de l’époque.

J’ai trouvé cette lecture tout à fait passionnante, avec un lecteur convaincant et à la hauteur du rôle qui lui est attribué. Celui de Sauer, le commissaire sincère, juste, mais tellement seul face au pouvoir qui peu à peu occupe toute la place.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

À Munich, en 1931, Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire.
Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal est le leader du Parti national-socialiste des travailleurs, Adolf Hitler, alors en pleine ascension. Les liens troubles qui les unissent font d’ailleurs l’objet de rumeurs.
Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler.
Entre pressions politiques, peur du scandale et secrets sulfureux, cet événement, s’il éclatait au grand jour, pourrait mettre un terme à la carrière d’Hitler. Et faire du commissaire Sauer, chargé de l’enquête, un témoin très gênant.

Lu par Nicolas Matthys Traduit par Laura Brignon

EAN 9791035406530 / durée 14h04 / Prix du format cd 25,90 € / Date de parution 15/09/2021

Enfant de salaud, Sorj Chalandon

Enfin, trouver le père

Depuis toujours Sorj Chalandon cherche son père, ses vérités, ce qu’il a été avant lui, et en parle dans ses romans. Cette image tutélaire qui permet en général de se construire a été totalement brouillée par la mythomanie du père.

L’auteur a été reporter de guerre, correspondant judiciaire et a en particulier suivi le procès de Klaus Barbie en 1987, reportage pour lequel il a reçu le prix Albert-Londres. Ces deux éléments étaient déjà en eux même assez forts pour donner un sens à l’écriture d’un roman.
Si Sorj Chalandon joue avec les dates pour construire son roman, la réalité du père qu’il évoque est bien celle qu’il a découvert en 2020. Un père qui n’était pas du bon côté, qui a porté l’uniforme allemand, mais pas seulement. Un homme qui a eu mille vies, porté cinq uniformes différents, s’est évadé, a risqué le peloton d’exécution, a terminé sa guerre en prison.

Celui qu’il avait déjà décrit comme fantasque dans Profession du père se révèle ici imprévisible, saltimbanque, manipulateur, affabulateur. Un véritable chat qui retombe sur les pattes quelle que soit l’aventure tordue dans laquelle il s’est embarqué.

Il y a de nombreuses questions dans cette quête du père, mais aussi beaucoup d’amour pour celui qui pourtant n’a jamais su parler à son fils, lui dire qui il était, l’aider à se construire, échanger, dialoguer, dire vrai.
Que d’émotion lors des chapitres qui évoquent le procès Barbie, les enfants d’Ysieux, les noms des disparus, la visite de l’auteur à la maison qui a abrité cette colonie d’enfants juifs avant la rafle. Une intensité douloureuse, un devoir de dire ce qui a été, ce que les derniers témoins ont exprimé lors du procès, dire encore une fois avant l’oubli, pour l’Histoire.

La voix de Féodor Atkine a une tonalité parfois dure, parfois douloureuse, une personnalité qui donne envie de faire silence pour écouter, pour entendre, pour participer plus intensément à cette quête et à ce devoir de mémoire.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Grasset

Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
– Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté  : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud !  »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un «  collabo  », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un «  Lacombe Lucien  » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.

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Format : 140 x 205 mm / Pages : 336 / EAN : 9782246828150 / Parution : 18 Août 2021

Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg

Les souvenirs doux-amers d’un gamin en mal de repères

C’est un jeune garçon en manque d’amour, de repères, de reconnaissance que l’auteur nous fait rencontrer le temps d’un été. Chaque année il qui passe ses vacances avec sa grand-mère en Normandie. Mais il faut avouer qu’il est un peu honteux de cette grand-mère au fort accent polonais et de cette tante en apparence un peu dérangée. Lui rêve d’appartenir à ces familles qu’il observe sans répit sur la plage.

Jusqu’au jour où il fait la rencontre de Baptiste. Un garçon du même âge que lui mais qui semble évoluer dans ce qu’il imagine être la famille modèle par excellence. Un père et une mère, une sœur, une belle maison dans laquelle le narrateur sera bientôt invité. Une complicité va naître entre les deux garçons, mais la fascination exercée par Baptiste, l’isolement du narrateur en mal d’amour et d’amitié ne seront sans douta pas suffisant pour faire tomber les barrières de classe. C’est pourtant au fil de ces jours et de ces rencontres qu’il va forger peu à peu ses sentiments d’homme en devenir.

C’est un roman tout en mélancolie qui évoque l’enfance et les rêves enfouis, la vie dont on rêve et celle que l’on croit avoir, les souvenirs et les chagrins, les projets qui n’aboutiront peut être jamais.
Sur fond de souvenirs de guerre et de ces drames qu’à connu la famille au moment de la Shoa. Ces souvenirs et ces secrets occultés par les femmes de sa famille, et qui le perturbent sans qu’il le sache, car il n’est pas pire sentiment que celui de ne pas savoir, ne pas comprendre.

Je n’ai pas vraiment apprécié la lecture faite par Clément Hervieu-Leger, une voix un peu trop maniérée à mon goût et qui cataloguait trop le narrateur sans laisser au lecteur la possibilité de se faire une idée sur sa personnalité.
Du coup je suis un peu passée à côté, même si j’ai apprécié la délicatesse et la façon dont l’auteur parle de cette période difficile de l’enfance, de ce moment où l’on cherche sa place et où l’on a souvent besoin de modèles, de repères, pour se construire et avancer.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Christian Bourgois et Le Livre de Poche

C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est ni où commence son corps, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : la famille de Baptiste est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui.
Écrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. L’auteur y explore les méandres des sentiments et le poids des traumatismes de l’Histoire.

ISBN : 9782267032673 / Date de parution : 20/08/2020 / 176 pages / Prix : 16,50 € / paru au Livre de Poche 26/01/2022

Ce que nous confions au vent, Laura Imai Messina

Quand le malheur frappe, vivre intensément le temps présent

Dans un Japon à la fois moderne et traditionnel, il existe un lieu magique où les vivants communiquent avec les morts, un lieu extraordinaire capable de suturer les âmes les plus meurtries.

À Otsushi, sur les pentes du Mont Kujira-yama au Nord du pays, une cabine téléphonique avec un vieux combiné noir est plantée dans un immense jardin. Les japonais l’ont nommée La cabine du vent, elle permet de téléphoner aux morts, et en particulier aux disparus de la catastrophe de 2011. Le vieux téléphone installé par Itaru Sasaki n’est reliée à rien sinon à la mémoire de ceux qui ne sont plus, et au chagrin lié au souvenir des jours heureux.

Yui a perdu sa mère et sa fille dans la catastrophe du tsunami. Elle n’arrive pas à atténuer la douleur que lui provoque cette double perte. Animatrice d’une émission de radio, lorsqu’un de ses auditeurs évoque le téléphone du vent, elle comprend qu’il faut absolument qu’elle s’y rende.

En chemin, elle rencontre Takeshi qui est aussi perdu qu’elle. C’est son épouse qui a disparu, et depuis sa petite fille de six ans ne parle plus,. Il ne sait plus comment agir avec elle.

Ce que nous confions au vent est l’histoire d’une rencontre. Entre un homme et une femme anéantis par le malheur, mais qui espèrent trouver un moyen de communiquer avec leurs défunts. Deux rescapés parmi les nombreux destins brisés lors de la catastrophe de Fukushima.

Dans ce lieu magique créé pour favoriser la résilience et l’oubli, au fil des mois il semble pourtant évident que toute l’énergie passée à se connecter au passé empêche d’envisager un avenir. Mais pour ces cerveaux torturés et ces cœurs brisés, le temps fait son œuvre réparatrice malgré un chemin difficile et aléatoire.

J’ai apprécié la façon dont la société Japonaise est décrite de l’intérieur, même si j’aurais aimé avoir quelques explications complémentaires sur les subtilités des relations entre homme et femme, pour mieux comprendre leurs hésitations et leur place dans cette autre culture si éloignée de notre monde occidental rationnel.

S’il n’y a rien de moins universel que le malheur, la façon dont les principaux protagonistes interagissent avec prudence, lenteur et pudeur peut parfois dérouter. Le déroulé de l’intrigue et son issue sont rapidement évidents, mais tout l’intérêt du roman réside dans l’analyse de l’évolution psychologique de Yui et sur la difficulté à recréer une relation après le traumatisme d’un deuil. Mais aussi sur la difficulté à être, mère, épouse, ami, les interrogations que cela implique et les bouleversements au présent et au futur dans la vie de chacun. Une leçon de vie aussi, vivre intensément le temps présent car tout peut s’arrêter si vite, vivre sans attendre, sans penser à tout ce que l’on pourra faire plus tard, faire, agir, vivre.

La lectrice Clara Brajman a une voix douce, délicate et posée, en symbiose avec les sentiments des protagonistes. Elle n’est jamais désespérée, comme si elle voulait leur insuffler son énergie pour les faire évoluer devant nous, prendre en main leurs vies, et avancer.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Audiolib, Albin-Michel

Sur les pentes abruptes du mont Kujira-yama, au milieu d’un immense jardin, on aperçoit une cabine téléphonique : le Téléphone du vent. Chaque année, des milliers de personnes décrochent le combiné pour confier au vent des messages à destination de leurs proches disparus. En perdant sa mère et sa fille, emportées par le tsunami de 2011, Yui a perdu le sens de sa vie. C’est pour leur exprimer sa peine qu’elle se rend au mont Kujira-yama, où elle rencontre Takeshi et sa petite fille, également en deuil. Mais une fois sur place, Yui ne trouve plus ses mots…

Lu par Clara Brajtman / Traduit par Marianne Faurobert

EAN 9791035406967 Prix du format cd 21,90 € / EAN numérique 9791035407117 Prix du format numérique 19,95 € / Parution : 15/09/2021Durée : 5h01

Albin-Michel Date de parution 01 avril 2021

Le parfum des cendres, Marie Mangez

N’est pas Patrick Süskind qui veut, pourtant Marie Mangez nous entraîne avec sensibilité dans ses délires olfactifs

Alice veut faire une thèse sur les thanatopracteurs. Pour cela, elle suit chaque jour un certain nombre d’entre-eux. Jusqu’au moment où elle assiste Sylvain dans son quotidien d’embaumeur.

Mais Sylvain est un taiseux, un solitaire, une énigme. C’est aussi un virtuose de ce métier qu’il pratique comme un artiste. Humant, sentant, décryptant les corps dont il s’occupe pour leur donner un semblant de vie au moment du dernier voyage. Et surtout, en dressant un portrait inédit de chacun d’eux à base de tonalité olfactives douces ou fortes, d’essences, de senteurs, de fragrances, et de parfums jusqu’à l’overdose.

Ce comportement pour le moins singulier intrigue Alice et pique sa curiosité. Elle n’a qu’une envie, comprendre qui est réellement Sylvain et pourquoi il agit ainsi.

Et le lecteur de se demander ce qui a poussé Marie Mangez à imaginer une histoire aussi nauséabonde, à oser un sujet aussi scabreux. A-t-elle traîné ses guêtres dans les méandres de la thanatopraxie ou s’est-elle prise de passion pour ce métier ? Mais surtout, comment et pourquoi cette rencontre improbable entre thanatos et les parfums.

Voilà un premier roman qui ne laisse pas indifférent. L’idée centrale est cependant à certains moments tellement répétitive qu’elle en viendrait presque à nous mettre mal à l’aise. L’écriture est maîtrisée, contemporaine, à la fois dense et souple, au vocabulaire riche et expressif. La lecture en est agréable malgré quelques longs moments de trop plein, au risque de saturer le lecteur par certains effets de style trop appuyés.

J’ai particulièrement apprécié la voix de Sophie Frison qui donne chair aux personnages. Il y a dans cette voix à la fois de la gaîté, des sourires, un brin de désespoir, de grandes interrogations, et cette vie qui se sent aussi bien que si nous étions réellement en contact avec Alice et Sylvain. Mais aussi une étonnante capacité à nous faire sentir, humer, flairer, apprécier, chaque senteur, chaque parfum, chaque note énoncée par Sylvain, avec tant de curiosité, de circonspection, mais aussi de plaisir et de gourmandise.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Audiolib, Finitude

Les parfums sont toute la vie de Sylvain Bragonard. Il a le don de cerner n’importe quelle personnalité grâce à de simples senteurs, qu’elles soient vives ou délicates, subtiles ou entêtantes. Tout le monde y passe, même les morts dont il s’occupe tous les jours dans son métier d’embaumeur.
Cette manière insolite de dresser des portraits stupéfie Alice, une jeune thésarde qui s’intéresse à son étrange profession. Pour elle, Sylvain lui-même est une véritable énigme : bourru, taiseux, il semble plus à l’aise avec les morts qu’avec les vivants. Elle sent qu’il cache quelque chose et cette curieuse impénitente veut percer le mystère.
Doucement, elle va l’apprivoiser, partager avec lui sa passion pour la musique, et comprendre ce qu’il cache depuis quinze ans.

Parution : 15/12/2021 / Durée : 5h07 / EAN 9791035407742 / Prix du format numérique 18,95 €

Opération Napoléon, Arnaldur Indridason

Embarquer pour le plus grand glacier d’Europe à la recherche d’un bombardier de la seconde guerre mondiale

Voilà un polar Islandais qui hésite entre roman noir, roman contemporain ou historique. Et surtout, une fois n’est pas coutume, Arnaldur Indridason ne nous fait pas vivre les états d’âme de son flic fétiche. En effet, ici point d’Erlendur mais au contraire de nouveaux personnages dont on sent qu’ils ne seront là que le temps de cette intrigue.

L’action se concentre sur cette petite île du nord de l’Europe dans laquelle l’auteur n’a pas hésité à imaginer une histoire retentissante capable de secouer le monde. Ce n’est pas l’Islande de glace et de feux qui attire les touristes en été qui nous est décrite mais ce pays plongé dans le froid et la nuit polaire dans lequel les habitants sont capables d’affronter les pires situations.

En 1945, alors qu’un avion allemand survole l’Islande, il est pris dans une tempête et s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Il y a des survivants, des officiers allemands et américains. L’un d’eux décide de chercher de l’aide et disparaît dans l’immensité glacée. Deux frères sont témoins du crash. Pendant les dizaines d’années qui suivent, les Américains vont lancer des expéditions pour tenter de retrouver la carcasse de l’avion et guetter sans relâche les photos satellites de la zone. En 1999, alors que le glacier fond, ils repèrent une carcasse et envoient les forces spéciales américaines sur place, tout en souhaitant garder le plus grand secret sur leurs manœuvres. Il faut dire que pendant de longues années, les américains possédaient une base militaire en Islande, point stratégique du nord de l’Europe, et que leur présence ne semble pas toujours bien acceptée.

Vouloir agir dans la discrétion, c’est sans compter sur l’apparition de deux jeunes hommes, Elias et un de ses amis, qui font partie d’une équipe de sauveteurs qui s’entrainent sur le glacier... mais leur curiosité déplaît aux militaires qui vont tout faire pour ne pas ébruiter l’objet de leur soit-disant exercice. Elias a cependant eu le temps de prévenir sa sœur Kristin de ce qui se trame.

À partir de là, les actions plus ou moins violentes et les mauvaises rencontres vont s’enchaîner sur fond d’hiver islandais, de glace et de tempête, mais aussi de mort et de violence.

L’intrigue est bien ficelée, le style incisif évite de s’ennuyer. Les personnages ne font pas dans la dentelle, Kristin, l’héroïne Islandaise semble tout droit sortie d’une série TV à épisodes, les méchants sont vraiment méchants et la situation géostratégique est décrite avec un semblant de réalisme. Enfin le rythme, avec une action qui se situe sur quatre jours à peine, donne du piquant et de l’attrait à cette histoire.
Ce roman pêche cependant sur deux points : un furieux sentiment anti-américain que l’auteur veut plaquer à l’ensemble du peuple Islandais, en particulier par la voix de Kristin, et que l’on ressent tout au long du roman. Et pour les puristes et les spécialistes, une construction historique qui rend la fin de cette histoire quelque peu farfelue. Il m’aura permis néanmoins de me poser des questions sur les alliances géostratégiques des alliés à la fin de la seconde guerre mondiale, mais aussi sur le rôle et la place de américains en Islande pendant de nombreuses années après la fin de la guerre.

Au milieu de tant de violence et dans ce froid polaire, Thierry Janssen nous fait bien ressentir le doute et la détermination, les questionnements et l’inquiétude des différents personnages. En leur donnant corps il apporte un peu de chaleur à une intrigue qui nous entraîne au cœur des étendues glacées.

Catalogue éditeur : Audiolib et Métailie

1945. Un bombardier allemand s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du XXe siècle ?
1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manœuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la sœur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au cœur d’une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu’exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Lu par Thierry Janssen / Traduit par David Fauquemberg

Durée 10h08 / EAN 9782367623085 Prix du format cd 23,40 € / EAN numérique 9782367623597 Prix du format numérique 20,95 € Date de parution 22/03/2017

La fille qu’on appelle, Tanguy Viel

Max, boxeur sur le retour, est le chauffeur du maire de sa commune. Sa fille Laura vient de retourner auprès de son père dans cette ville de bord de mer, pour retrouver une certaine indépendance, elle cherche un logement.

Grâce à l’intervention de son père, Laura a rendez-vous avec monsieur le maire, dans son impressionnant bureau. C’est un homme charismatique a qui tout semble réussir. Son père voudrait que Le Bars intervienne et fasse accélérer sa demande d’appartement. Mais c’est un autre arrangement qu’il lui propose, arrangement dans lequel il va pouvoir à loisir exercer son emprise sur la jeune femme et assouvir quelques envies au passage.

Car Laura est belle, Laura est impressionnable même si elle se croit forte et femme, et surtout Laura a fait des photos de mode pour lingerie fine, mais pas seulement. Et monsieur le maire, tout comme ses grands amis, sont au courant de bien des choses et savent manipuler ceux dont ils souhaitent obtenir l’obéissance.

Laura, que l’on retrouve pourtant au commissariat au moment où elle vient déposer plainte. Elle déclare avoir subi l’emprise du maire aujourd’hui devenu ministre.

Ce que j’ai aimé ?

L’analyse intéressante et maîtrisée de l’emprise, du rapport entre un homme charismatique qui se sait puissant et une jeune femme qui se laisse faire, sans réagir, jour après jour.

Sur le silence et les collusions, sur les petits accommodements pas du tout raisonnables des élus et des édiles, sur la force des puissants, leur cynisme et leur pouvoir.

J’ai moins aimé le côté attendu du déroulement de l’intrigue, un peu trop courte pour être rendue vraiment crédible. Mais dans tous les cas, Tanguy Viel excelle à adopter le point de vue du plus faible, et une fois de plus ça fonctionne.

Le roman audio est court, la lecture par Marie du Bled est très agréable, à la fois douce et maîtrisée. Elle nous plonge dans les pensées de Laura avec un timbre de voix qui sait être aussi bien doux que ferme, et toujours adapté aux personnages ou aux situations qu’elle interprète.

Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit et Audiolib

Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.

Les éditions de Minuit 2021 / 176 pages / ISBN : 9782707347329 / 16.00 €

Audiolib Lu par Marie du Bled / Durée 3h35 / EAN 9791035407612 Prix du format cd 19,90 € / EAN numérique 9791035407773 Prix du format numérique 17,95 € / Date de parution 19/01/2022