Trois sœurs, Laura Poggioli

Passionnant, émouvant, et si tristement instructif

Elles sont trois, elles ont de 17 à 19 ans, elles sont sœurs, ce sont les filles de Mikhaïl Khatchatourian. Lorsque la police arrive, Krestina, Angelina et Maria se tiennent près du cadavre de leur père sur le palier qui mène à leur appartement. Accident ou assassinat, aucun doute n’est permis puisqu’elles expliquent rapidement les événements qui ont précédé le décès du bourreau.

Lorsque leur mère Aurelia rencontre Mikaël elle a 17 ans à peine. Plus âgé, plus affirmé, sûr de lui et de son pouvoir d’homme, mais déjà violent, celui qui la viole dans les toilettes du bar où ils se rencontrent sera le père de ses quatre enfants. Un fils et trois filles plus tard, celle qui subit quotidiennement des violences physiques et psychologiques de cet homme à qui personne ne résiste doit quitter le foyer. C’est une question de vie ou de mort.

A compter de ce jour, et même si c’était déjà le cas avant, Krestina, Angelina et Maria sont à la merci de Mikhaïl. Violence, tortures psychologiques, privations, viols, tout lui est permis, puisque ce sont ses filles, elles lui appartiennent. Et la famille paternelle entre dans le jeu pervers des violences et du silence. Et même si des déclarations ont été faites auprès des autorités ou de la police, en Russie ce qu’il se passe dans la famille doit rester secret et se régler en famille. Personne jamais ne prendra soin de ces trois jeunes femmes. Quand on sait qu’une loi a été promulguée qui permet d’arrêter et de punir toute femme qui se plaindrait de violence intra-familliale on peut s’interroger sur la valeur de la vie d’une femme ou d’une fille dans ce pays.

Laura Poggioli alterne le récit de ce drame familial avec sa propre expérience. Amoureuse de la Russie, elle y a passé de nombreuses années. Étudiante étrangère, elle y a rencontré Mitia. Amoureux prévenant et attentionné au début de leur relation, il est rapidement devenu violent, exerçant sur elle un harcèlement destructeur auquel elle s’est soumise pendant des années.

C’est cette réflexion sur sa propre soumission et l’acceptation de ces relations qui émaille le récit autour des trois sœurs. Un peu trop car on s’y perd parfois, mais le récit est passionnant en particulier en ce qu’il nous présente la condition des femmes en Russie et le plein pouvoir accordé aux hommes sans condition par l’état complice, en vertu sans doute du sacro-saint proverbe russe « S’il te bat c’est qu’il t’aime ».

J’ai lu ce roman d’une traite, impossible à lâcher malgré quelques défauts, cette introspection un peu trop prégnante parfois, comme si l’autrice avait hésité entre deux récits, le personnel et intime et le public avec les trois sœurs. Un formidable premier roman que je vous conseille sans hésiter.

Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Assises côte à côte dans l’entrée d’un appartement moscovite, trois jeunes filles, âgées de dix-sept, dix-huit et dix-neuf ans, attendent l’arrivée de la police, à quelques mètres du corps inerte de leur père, Mikhaïl Khatchatourian. Depuis des années, il s’en prenait à elles, les insultait, les frappait, nuit et jour. « S’il te bat, c’est qu’il t’aime », dit un proverbe russe. Alors, en juillet 2018, les trois sœurs l’ont tué. Une vague d’indignation inédite déferle, les médias s’enflamment.

Les visages insouciants des trois gamines, dissimulant les supplices endurés pendant des années, questionnent l’autrice. Elle se souvient de sa jeunesse moscovite où elle rencontra Marina, son amie la plus chère, et Mitia, son amour. Il lui donnait parfois des coups, mais elle pensait que c’était peut-être aussi de sa faute. Laura Poggioli reconstitue la vie de ces trois sœurs, et son histoire personnelle ressurgit.

320 pages / 20,00 € / EAN 9782378803018 / paru le 18/08/2022

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, Maria Larrea

Une histoire de vie et d’amour, où tout est inventé, où tout est vrai

À Bilbao en 1943 naît Julian, hijo de puta au vrai sens de l’expression, mais hijo abandonné par cette mère qui l’a enfanté sans désir. C’est à l’orphelinat chez les jésuites qu’il va vivre désormais. En Galice naît Victoria, déposée à l’orphelinat d’un couvent de bonnes sœurs par Dolorès, cette mère qui ne veut pas de sa fille mais ne l’abandonne pas vraiment. Elle ne sera jamais adoptée et sera « récupérée » à dix ans par une mère ingrate et peu ou pas aimante. Les enfants peuvent travailler et faire vivre certains parents, c’est cette vie là qui est désormais dévolue à Victoria.

Un jour, le destin fait se rencontrer ces deux orphelins. Amoureux, ils se marient, quittent Bilbao et partent vivre à Paris.

Julian est concierge au théâtre de la Michodière. Passionné et excessif, l’alcool est son meilleur ami, même s’il rencontre et devient l’ami de tous ces grands noms qui fréquentent le théâtre.
Victoria ne sait ni lire ni écrire, on se demande bien qui aurait bien pu lui apprendre entre l’orphelinat et une mère aussi peu mère, aussi peu attentive et si peu aimante. Elle sera femme de ménage et secondera son mari concierge.

L’amour entre ces deux là est une réalité, mais il leur est si difficile d’avoir un enfant. Heureusement dans ces années 70 a Bilbao des gynécologues peuvent aider les femmes infertiles à avoir des enfants. Cela s’est pratiqué au bon temps du franquisme pour de bien mauvaises raisons, cela se pratique encore en ces années là pour d’aussi obscures raisons, l’appât du gain en particulier.

C’est dans ces conditions que naît Maria, mais elle ne le sait pas encore. La jeune femme a toujours senti une sorte de flou autour de sa naissance sans en comprendre la raison, la future naissance de son premier enfant et la rencontre avec une cartomancienne vont déclencher une quête de quatorze longues années pour découvrir d’où elle vient.

Une quête longue et éprouvante, non pas pour connaître ses parents biologiques, mais plutôt la genèse de sa vie, l’histoire avant la naissance, le pourquoi et le comment de ce qui a permis qu’elle vienne au monde.

Un roman incroyable, dans lequel comme disait Boris Vian, « tout est vrai puisque je l’ai écrit » . Mais ici, tout est romancé, et tout est vrai. Je ne veux pas vous en dire plus si ce n’est lisez-le !

La rencontre avec l’autrice à Manosque puis à la librairie Tonnet de Pau m’a donné un bel éclairage sur la genèse du roman, mais il n’est pas besoin de trop en savoir pour lire avec bonheur et intérêt ce magnifique premier roman.

Catalogue éditeur : Grasset

L’histoire commence en Espagne, par deux naissances et deux abandons. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille et la laisse aux sœurs d’un couvent. Elle revient la chercher dix ans après. L’enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l’aimera.
Le garçon, c’est Julian. La fille, Victoria. Ce sont le père et la mère de Maria, notre narratrice.
Dans la première partie du roman, celle-ci déroule en parallèle l’enfance de ses parents et la sienne. Dans un montage serré champ contre champ, elle fait défiler les scènes et les années : Victoria et ses dix frères et sœurs, l’équipe de foot du malheur  ; Julian fuyant l’orphelinat pour s’embarquer en mer. Puis leur rencontre, leur amour et leur départ vers la France. La galicienne y sera femme de ménage, le fils de pute, gardien du théâtre de la Michodière. Maria grandit là, parmi les acteurs, les décors, les armes à feu de son père, basque et révolutionnaire, buveur souvent violent, les silences de sa mère et les moqueries de ses amies. Mais la fille d’immigrés coude son destin. Elle devient réalisatrice, tombe amoureuse, fonde un foyer, s’extirpe de ses origines. Jusqu’à ce que le sort l’y ramène brutalement. A vingt-sept ans, une tarologue prétend qu’elle ne serait pas la fille de ses parents. Pour trouver la vérité, il lui faudra retourner à Bilbao, la ville où elle est née. C’est la seconde partie du livre, où se révèle le versant secret de la vie des protagonistes au fil de l’enquête de la narratrice.  

Pages : 224 / EAN : 9782246831969 prix : 20.00€ / EAN numérique: 9782246831976 prix :

14.99€ Parution : 17 Août 2022

Patte blanche, Kinga Wyrzykowska

Manipulation et survie, ou l’aventure extra-ordinaire d’un famille ordinaire

Si les Simart-Duteil ont marqué notre esprit, c’est parce que cette famille est une caricature de la famille typiquement française vivant dans une maison bourgeoise. Elle cristallise à la fois nos ambitions et nos rêves. Et pourtant, si nous savions ce qui se cache derrière le vernis.

Chez les Simart-Duteil il y a Claude le patriarche, disparu depuis peu victime d’un cancer. Ce bâtisseur non pas de cathédrale mais d’autoroute, en particulier au Moyen Orient, a su mener sa famille à la baguette ; Isabella la mère, italienne belle et racée sur le retour ; Paul, Clotilde et Samuel, la fratrie pas toujours aussi solidaire qu’elle le laisse à penser. Mais à la disparition du patriarche, un frère inconnu vient se manifester et réclamer sa place.

Cet étrange courrier arrive dans les boites mails de chacun, faisant planer une ombre malveillante sur la famille. Issu d’un mariage illégal en Syrie, il veut connaître ses frères et sa sœur. Tant qu’il vit en Syrie, tout va bien. Mais si les routes sont dangereuses et souvent mortelles pour les migrants, le chemin vers une famille parisienne aisée est bien tentant.

Commence alors de la part de Paul un véritable travail pour souder la famille contre l’intrus. Paul qui avait été rejeté par tous du fait de son homosexualité avouée lorsqu’il était plus jeune cherche aujourd’hui à reprendre sa place d’aîné. Il devient l’unique conseiller et le soutient de la famille. C’est ainsi que chacun des membres de la famille va se terrer pendant des mois, loin de l’intrus, dans une résidence secondaire en Normandie.

Questionnements sur l’immigration, sur notre façon d’accueillir l’autre, celui que l’on ne connaît pas, mais aussi sur les attentats de 2015 et la façon dont ils ont transformé la société française. Enfin, sur les relations parfois délétères des familles, le pouvoir de la séduction, de la manipulation, la jalousie, le pouvoir, le doute, les craintes, l’aplomb et l’assurance de certains et cette capacité à convaincre envers et contre toute logique.

Intriguant et perturbant, voilà un roman qui se lit jusqu’au bout avec circonspection, puis à la fin avec comme une envie de tout reprendre depuis le début avec un nouvel éclairage projeté sur les membres de cette famille pour le moins déjantée.

Inspiré d’un fait divers réel, mais posé ici de façon intelligente et tout à fait singulière, Kinga Wyrzykowska sait nous tenir en haleine et nous faire douter. Un excellent premier roman, et une autrice que l’on a immédiatement envie de suivre.

Alors, et vous, qu’en avez-vous pensé si vous l’avez déjà lu ? Intriguant à souhait, non ?

Catalogue éditeur : Seuil

Les Simart-Duteil ont marqué votre enfance. Leur nom si français, leur maison flanquée d’une tourelle – comme dans les contes –, leur allure bon chic bon genre ont imprimé sur le papier glacé de votre mémoire l’image d’une famille parfaite.
Un jour, pourtant, vous les retrouvez à la page des faits divers, reclus dans un manoir normand aux volets fermés. Les souvenirs remontent et, par écran interposé, vous plongez dans la généalogie d’un huis clos.
Paul, Clothilde, Samuel ont été des enfants rois. Leur père, magnat des autoroutes au Moyen-Orient, leur mère, Italienne flamboyante, leur ont tout donné. Quand un frère caché écrit de Syrie pour réclamer sa part de l’héritage, la façade se lézarde. Les failles intimes se réveillent.
Paul, dont la notoriété d’influenceur politique commence à exploser, décide de prendre en main le salut de son clan. Une lutte pour la survie de la cellule familiale se met en branle. Et l’« étranger » a beau montrer patte blanche… il n’est pas le bienvenu. Lire la suite….

Date de parution 19/08/2022 / 20.00 € / 320 pages / EAN 9782021514087

Les nuits bleues, Anne-Fleur Multon

L’amour par temps de confinement

Le confinement et le covid ont inspiré bien des romans. Les relations amoureuses aussi.

Lorsqu’elle rencontre Sara à sa soirée de fin d’année, la narratrice ne sait pas encore qu’elle va comme tant d’autres devoir rester confinée chez elle sans espoir de sortir. Comment imaginer alors vivre une aventure amoureuse et rencontrer l’âme sœur, celle qui apparaît sur les écrans de ses nuits bleues, par internet interposé.

C’est pourtant ce qu’elles vont réussir à faire. Se rencontrer, vivre ensemble cet amour neuf, un peu fou dans ce contexte. L’autrice nous fait vivre les gestes, les caresses, les sentiments amoureux, avec douceur et sensibilité. Mais on tourne vite en rond dans une petit appartement et sans espoir de sortie. Même si parfois l’imagination supplée au manque du monde extérieur.

Un roman sur l’amour et la rencontre, mais fade et sans trop de saveur à mon goût. Je retiens cependant l’originalité de l’écriture, qui se veut singulière parfois à l’excès, la poésie des mots pour dire les sentiments naissants, mais aussi la banalité des émoticônes lorsqu’ils sont décrits et surabondants. Un roman que j’ai cependant lu en une soirée, une histoire d’amour comme tant d’autres, entre deux jeunes femmes qui se cherchent, se trouvent, et partent vivre leurs rêves d’ailleurs, ailleurs.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Dans les rues d’un Paris déserté, la narratrice avance la peur au ventre et la joie au cœur : c’est chez Sara qu’elle se rend, pour la toute première fois. Les premières fois, les deux amantes les comptent et les chérissent, depuis leur rencontre, les messages échangés comme autant de promesses poétiques, le désir contenu, jusqu’à l’apothéose du premier baiser, des premières caresses, de la première étreinte. Leur histoire est une évidence.

Débute une romance ardente et délicate, dont les héroïnes sont également les témoins subjuguées. La découverte de l’autre, de son corps, de ses affects, l’éblouissement sensuel et la douce ivresse des moments partagés seront l’occasion d’apprendre à se connaître un peu mieux soi-même.

Anne-Fleur Multon redonne ses lettres de noblesse et d’humanité au roman d’amour et nous entraîne dans les dédales d’une passion résolument joyeuse, souvent charnelle et parfois mélancolique, mais toujours étourdissante.

Nombre de pages:  208 / ISBN: 979-10-329-2229-3 / Date de parution: 05/01/2022

L’inclinaison, Corentin Durand

Poser un autre regard sur le sida et l’homosexualité

Le narrateur traîne sa vie de soirées interlopes en petit trafic de drogue, qu’il consomme avidement au passage. C’est là qu’il rencontre le Bleu, un jeune homme qui l’attire immédiatement. Perdu dans les vapeurs de drogue, les relations ambiguës et sa vie de petit trafiquant, il a dû mal à savoir où il en est. Mais le jour où le bleu se fait la malle sans rien dire, il se rend compte qu’il lui manque et part le chercher jusqu’en Espagne.

Dès lors, les souvenirs, les envies, le passé familial et les réticences sont l’objet de bien des divagations, délires, craintes, fuite en avant. Car fort de l’empreinte laissée dans la famille par l’oncle André, il lui est impossible d’affirmer et d’accepter son homosexualité.

Cette fuite en avant pour rejeter sa nature la plus profonde devient alors sujet de ses pensées, ses délires, ses angoisses, ses attentes.

Un roman qui m’a très vite lassée par ses délires et descriptions des soirées, des rencontres. Par une construction que j’ai trouvé bancale, embrouillée, lourde et difficile à suivre. Et pourtant il a également une forme d’écriture assez maîtrisée. J’ai eu dans les premières pages et à plusieurs reprises une très forte envie de le poser définitivement. Pourtant, en continuant à tourner les pages, et surtout lors de l’arrivée en Espagne, je dois dire que l’auteur a su raccrocher mon attention. Bien m’en a pris car sinon je n’aurai pas saisi la complexité du poids de la famille et du passé sur la vie de ce garçon aussi paumé que compliqué à suivre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Gallimard

Fuyant une vie nocturne inquiétante, un jeune homme qui refoule son homosexualité part pour la côte espagnole. À l’ombre de stations balnéaires décrépies, il noue et dénoue des relations violentes et éphémères, teintées de petits trafics et de mélancolie. Au fil de son road trip improvisé, l’évocation de deux figures tutélaires — un écrivain oublié et un aîné mort du sida — éclaire pourtant ce qui, loin avant sa naissance, a scellé son destin.

Parution : 25-08-2022 / 304 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072948619 / 20,00 €

Les maisons vides, Laurine Thizy

à la fois poétique et fort, un roman singulier sur l’adolescence

Gabrielle a treize ans et sa grand mère Maria vient de mourir. Elle a des parents, un petit frère, et une évidente aptitude pour la gymnastique rythmique.

Gabrielle enfant prématurée, si fragile, si petite, qui crache les araignées qui se terrent dans ses poumons et qu’elle cache à tous pour continuer à vivre comme les autres, ou plutôt comme elle l’a décidé. Qui jeûne pour les faire disparaître à jamais, ah si seulement cela pouvait marcher…

Chaque nuit elle oublie de dormir et se déplace sans bruit hors de la maison jusqu’au cimetière, sur la tombe de Maria. Chaque jour elle oublie de manger, et sans doute aussi parfois de vivre.

Gabrielle explose de beauté, de charme, le dos droit, les pieds plantés au sol, dans une attitude conquérante. Gabrielle ose, défie, aime, dompte, exige d’elle plus que personne n’oserait jamais lui demander. Gabrielle aime à sa façon, mais elle est encore bien jeune, alors elle retient les corps qui se frôlent, se découvrent, s’exaltent.

Les maisons vides est un hymne à l’enfance, à la fidélité à la parole donnée, à la fragilité de l’adolescence, mais aussi à une certaine relation au corps, à la maladie, à la force que l’on puise en soi pour parvenir à son but, pour vivre et devenir. Plusieurs temporalités se succèdent pour éclairer le lecteur et cerner au plus près une Gabrielle fragile, blessée, mais toujours volontaire et forte.

Il y a une puissance et parfois une grande douceur dans ces mots, une fragilité et pourtant aussi une force dans ce personnage de jeune fille qui sort de son cocon d’enfant fragile et dont parle une narratrice dont on se demande tout au long du roman qui elle peut bien être.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions de L’Olivier

Des premiers pas à l’adolescence, dans cette campagne qui l’a vue naître, Gabrielle, avec une énergie prodigieuse, grandit, lutte, s’affranchit. Gymnaste précoce, puis soudain jeune femme, Gabrielle ignore les araignées dans son souffle comme les regards sur son corps. Elle avance chaque jour un peu plus vers la fin de l’enfance.

Porté par une écriture aussi puissante que sensible, Les Maisons vides laisse entendre le vibrant chœur de femmes autour de Gabrielle : Suzanne, Joséphine, María… Générations sacrifiées ou mal aimées, elles ont appris à se dévouer, à faire face et, souvent, à se taire.

Parution 14 janvier 2022 / 140 × 205 mm 272 pages EAN : 9782823617368 18,00 €

Les indécis, Alex Daunel

Ça vous dirait de passer l’éternité à inspirer un auteur en devenant personnage de roman ?

Indécis, nous le sommes tous un jour ou l’autre, mais si cette indécision devait déterminer le reste de notre temps après la vie, comment pourrions nous le gérer ?

C’est ce qui arrive à Max, lorsque à l’age de 33 ans – comme le christ?- il se retrouve propulsé dans un entre deux pour le moins étrange. Ni enfer, ni purgatoire, mais un monde dans lequel les âmes des défunts doivent choisir en quel personnage et dans quel genre littéraire elles souhaitent se transformer, pour espérer inspirer un jour un auteur et qui sait connaître alors une forme de vie éternelle.

Mais comment être capable de choisir lorsque l’on a si peu lu, ou du moins que l’on se souvient à peine de ses lectures tant celles-ci étaient un élément insignifiant d’une existence que l’on imaginait jusque là si bien remplie.

Max va l’apprendre au contact de sa professeur de français de classe de troisième, la sémillante madame Schmidt qui l’avait bien fait fantasmer lors de sa scolarité. Celle-ci est devenue guide pour les indécis. Avec elle, il va tenter de l’aider à trouver une issue à ce cruel dilemme.

Comment sortir de cette impasse et se décider pour un style littéraire, et si tout d’abord il fallait se souvenir de ses lectures, de celles que l’on a aimé, de celles qui nous ont inspiré, de celles qui nous ont déprimé, fait perdre notre temps, ennuyé, déçu, intrigué, passionné, ému, de toutes celles que l’on aurait aimé lire aussi qui sait.

De belles références littéraire, l’envie qui sait de se souvenir de ces lectures imposées pendant nos études, des passions de l’enfance ou de l’adolescence, de celles qui nous ont fait vibrer, puis de tout ce temps passé sans avoir le temps d’ouvrir une seule page, pris dans le tourbillon d’une vie dans laquelle on se laisse parfois piéger au risque de ne plus prendre son temps. Enfin, devenir personnage de roman et inspirer un auteur, un rêve non, pour tout lecteur passionné qui se respecte. D’ailleurs, vous aussi vous avez déjà entendu des auteurs vous dire qu’ils se sont laissés entraîner par leur personnage et que celui-ci leur a parfois dicté la suite de leur roman ? Alors, si finalement tout ceci était vrai ?

Hymne à la littérature à sa façon, ces indécis nous donnent envie de faire le point sur nos lectures passées, et fort heureusement, grâce à Babelio ou lecteurs.com, plus de stress, on ne perd rien, tout est enregistré !

Catalogue éditeur : Archi-poche

Mort dans un accident de voiture, Max, 33 ans, se retrouve à l’Inspiratoire : un lieu où les défunts inspirent des auteurs qui les transformeront en personnages de roman. Encore faut-il choisir un genre littéraire.
Policier ? Fantastique ? Max est indécis. Heureusement, Mme Schmidt, sa défunte professeure de français de 3e, l’accompagnera dans son voyage introspectif au cœur de sa vie passée et du rôle que les livres y ont joué.
Alors que l’éternité est devant lui, le temps est compté : il n’a que vingt-quatre heures pour prendre la plus importante décision… de sa seconde vie !

Née en 1979 dans la Vienne, Alex Daunel commence à écrire en terminale, encouragée par sa professeure de lettres. Après avoir séjourné en Australie, aux États-Unis et au Japon, elle s’installe à Paris. Les Indécis est son premier roman.
Les Indécis a été sélectionné pour le prix Jeune Mousquetaire 2022 et le prix Coup de Cœur des Lycéens 2022 décerné par la Fondation Prince Pierre de Monaco.

EAN : 9791039201179 / Nombre de pages : 312 / 8.50 €

Les enfants endormis, Anthony Passeron

Dire pour ne pas oublier, un beau roman de filiation et de transmission

Les années 80, si certains l’ont oublié depuis longtemps, sont restées dans les mémoires comme étant les années SIDA. Ce cancer gay comme on a pu si injustement le nommer a touché de nombreux jeunes, et en particulier de jeunes accros aux injections de drogues fortes.

Dans la famille d’Anthony Passeron, famille installée depuis longtemps dans un village des hauteurs de Nice, c’est l’aîné, Désiré, le fils aimé, celui dont les parents attendait tout, qui a un jour pris ces chemins de traverse qui l’ont mené droit vers une mort annoncée.

Pourtant, avant, il y a une l’enfance et l’adolescence au village. Les parents qui tiennent une boucherie prospère. Une famille installée à l’ascension sociale emblématique de ces années que l’on a appelées les trente glorieuses, dans cette après guerre où tout était à reconstruire et où les courageux pouvaient se faire un nom et une place dans la société. Deux fils, l’un quitte l’école très tôt pour aider et sans doute succéder au père, l’autre rêve d’ailleurs, loin de ce coin de province où certes le soleil brille et le ciel est bleu mais où la jeunesse s’ennuie.

Ce seront donc Amsterdam, sa jeunesse cosmopolite, ses paradis artificiels, sa musique qui fait danser, ses filles que l’on aime avec tant de simplicité. Et sa drogue qui coule à flot dans les veines, celle des seringues que l’on s’échange, des enfants qui s’endorment à même le sol, seringue plantée dans le bras.

Mais une fois revenu au pays, ramené docilement au bercail familial par son jeune frère, Désiré va développer cette maladie inconnue dont on parle peu et que seuls quelques rares médecins parisiens ou américains essaient de comprendre à l’aube de ces années 90.

Tout le talent de l’auteur est ici non pas de nous parler de sa famille comme s’il souhaitait réaliser une catharsis, mais bien de nous faire vivre au rythme de la vie et des aspirations déçues de la jeunesse des années 80. Et en alternance, dans les recherches, les hésitations, les échecs et les découvertes de la médecine des deux côtés de l’atlantique. Le parallèle est alors fait entre l’intime et le social. D’une part avec le cocon familial dans ce qu’il a de plus secret, même dans un village où tout se sait. Et d’autre part avec la vie des médecins et des chercheurs de l’époque, la complexité de leur travail, les refus, le poids et la charge affective de cette maladie dans une société intolérante et pas préparée, où la méconnaissance du virus, de la façon dont il se propage, a engendré bien des solitudes, des désespoirs et des incompréhensions dans les familles des malades, autour d’eux et jusque dans la société.

Ce livre est d’autant plus intéressant que les proches des malades de l’époque sont ceux qui peuvent encore dire, eux qui ont été les témoins de leurs souffrances et du rejet de la société, à un moment où la jeunesse oublie parfois un peu trop que la maladie, loin d’être éradiquée, touche encore beaucoup de monde alors que la médecine n’a toujours pas de solution pour la guérir.

Catalogue éditeur : Globe

Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d’interroger le passé familial. Évoquant l’ascension sociale de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé qui grandit entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux récits : celui de l’apparition du sida dans une famille de l’arrière-pays niçois – la sienne – et celui de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains.

Dans ce roman de filiation, mêlant enquête sociologique et histoire intime, il évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et la condition du malade celle d’un paria.

288 pages / 20 € / 978-2-38361-120-2 / Parution : 25 août 2022

Les sables, Basile Galais

Un premier roman tout à fait singulier

Personnages atypiques arrivés dont ne sait où, et qui vont on ne sait où également.

Paysages à la fois coutumiers et singuliers dans lesquels les populations partent à la dérive.

Un enfant disparaît, une île apparaît et disparaît à son tour, transformant à tout jamais la vie de certains visiteurs.

Une professeur qui ne peut plus continuer à vivre comme avant.
Un artiste peintre qui cherche dans un regard la vérité qui lui échappe.
Un guide qui est mort, enfin, sauf si c’est une fakenews comme cela semble être…
Un riche personnage qui est à la recherche d’un enfant, ou d’une île, ou d’une forme de vérité ?

Et tous les autres…

Dans cette citée, ces paysages, ces sables, rien ne semble réel et le lecteur que je suis s’est totalement perdue à vouloir suivre, entendre, comprendre.

Une expérience de lecture étonnante car malgré ce brouillard opaque dans lequel l’auteur m’a plongée j’avais envie de continuer, sans toutefois comprendre où j’allais.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Actes-Sud

Une Cité portuaire, une succession de dérèglements, de disparitions : un enfant, un morceau de terre, un Guide Suprême déjà mort plusieurs années auparavant… Ronde de personnages saisis au cœur du vertige – des hommes et des femmes « qui tombent », en somme -, mystère topographique, plongée dans les sables mouvants de l’intranquillité contemporaine, un premier roman-monde en haute définition et diablement DeLillien par un auteur-regardeur de 26 ans doué d’une puissance d’évocation impressionnante.

Août, 2022 / 240 pages / ISBN : 978-2-330-16921-3 / Prix indicatif : 21.00€

Ma théorie sur les pères et les cosmonautes, Pauline Desmurs

Un roman à hauteur d’enfance sur le deuil, la famille, l’amitié

Noé est triste, Beatriz n’est plus et sa mère est seule pour supporter l’absence. Beatriz, emportée par cette tâche qu’elle avait sur le poumon, à qui Noé voudrait tout donner pour qu’elle revive, pour que ce chagrin qui les submerge tous les deux, mère et fils, n’ait jamais existé. Mais chacun couve sa peine dans son coin, car il est difficile parfois de partager, surtout lorsqu’il est impossible d’exprimer sa douleur, d’échanger, de se comprendre.

Comme Beatriz est enterrée en Espagne, Noé a cherché une solution de substitution pour s’adresser à elle. Il a choisi une tombe au cimetière qui lui sert de soupape pour faire partir tout ce désespoir qui le submerge, pour faire sortir toutes ces larmes. C’est là qu’il a rencontré Alexandre, lui-même confronté à sa propre souffrance, sa douleur face à la tombe de cette mère qu’il n’a jamais aimée et qui a passé sa vie à courir après une ombre, celle de la poétesse russe Marina Tsvetaïeva.

Noé et Alexandre ont une faille en commun, ne pas savoir qui est leur père. Si pour Alexandre la déchirure est définitive, Noé peut nourrir l’espoir de rencontrer un jour celui qui a refusé de reconnaître son fils, lui préférant sa vraie famille. Une amitié va naître entre ces deux fils unis par le deuil.

Pour calmer sa détresse, Noé participe à un atelier de création cinématographique dans son quartier. Cette initiation à la créativité lui permet d’exprimer son chagrin et d’apprivoiser le deuil impossible, en réalisant un court film hommage à Beatriz et à Chabrol, qu’elle aimait passionnément et qu’elle lui avait fait découvrir.

Un roman à hauteur d’enfance, au langage direct, vrai sans être caricatural, qui parle de mort, d’envies de suicide et de solitude, qui parle d’art salvateur, d’amitié protectrice, d’amour mais surtout qui célèbre la vie. Par l’amitié entre un homme et un garçon aussi tristes l’un que l’autre, l’amour d’une mère, d’une presque sœur, la relation harmonieuse que l’on sent entre Beatriz, Noé et sa mère. Pauline Desmurs est une jeune autrice de vingt-et-un ans que l’on a déjà envie de suivre.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Denoël

Noé vient de perdre Beatriz, qu’il adorait. La disparition soudaine de celle qui vivait avec sa mère bouleverse son monde. Il rejette les adultes qui l’entourent et pense à son père, dont il vit l’abandon comme le voyage sans retour des cosmonautes. Les théories qu’il échafaude pour endiguer la violence qui le traverse ne suffisent pas, jusqu’à ce qu’il trouve enfin le moyen de dompter sa douleur.
Porté par une écriture singulière, ce roman capture le mélange de tristesse et de lumière d’un gamin confronté aux fêlures du monde. Une exploration irrésistible de l’enfance dans ce qu’elle a de plus fragile, mais aussi de plus inventif et endurant.

17,00 € / 192 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207165300 / Parution : 24-08-2022