K.O. Hector Mathis

K.O. ou chaos ? Et si c’était la question que pose finalement ce premier roman d’Hector Mathis…

Domi_C_Lire_k_o_hector_mathis_premier_roman_buchet_chastel.jpgPar un soir étrange, dans la cabane du garde-chasse en bordure d’un château tout au fond de la forêt, au son d’un saxo joué ou imaginé par le vieux Archibald, qui tousse et écoute, écoute et tousse, le lecteur emboite le pas de Sitam. Le narrateur est un jeune homme amateur de jazz, poète à ses heures – un double romancé de l’auteur peut-être ? – tout comme Sitam pourrait être un double imparfait et inversé de Mathis ?

Avant cette cabane, avant cette rencontre, il y a eu Paris, un logement prêté, une vie de bohème. Sitam et sa môme Capu,  fauchés comme les blés, s’aiment en musique en savourant chaque seconde. Puis survient le chaos, les coups de feu, les attentats, les bombes et la ville qui bientôt  pourrait se refermer sur eux. Ils partent, vite, loin, vers Grisaille, l’ancienne ville de Sitam…

Cette fuite sonne le début de leur longue marche à travers la campagne vers la zone, la banlieue, puis l’autre ville. Rejoints par Benji, amoureux fou d’une aubergiste folle, la vie passe loin du vacarme. Jusqu’au jour où… Là ce sera non pas seulement la banlieue, mais Amsterdam, une autre ville, une autre langue, un autre pays.

Au même moment, Sitam ressent d’étranges douleurs. Examens, hôpital, personnel soignant débordé, la maladie est là, sournoise, qui va le détruire peu à peu. Une fois de plus, il quitte tout.

Dans le rythme et le style du personnage principal, il y a un soupçon de la course effrénée du voyageur au bout de la nuit… Dans cette fuite, dans la maladie, la folie, la pauvreté, mais aussi la solidarité des va-nu-pieds, l’amitié, la poésie parfois. C’est écrit dans un style étonnant, mais qui m’a rapidement lassée, surtout dans la relation avec Archibald. Car cette écriture m’a comment dire, fatiguée. Il m’a manqué quelque chose, un je ne sais qui qui m’aurait rendu attachants ces différents personnages. Là je les ai à peine survolés, sans pouvoir réellement ni les entendre, ni les comprendre, ni les aimer ou les haïr d’ailleurs.

Dans ce texte il y a pourtant la musique et la musicalité des mots, l’écriture et la poésie, c’est rythmé et ça balance parfois comme la vie, bercé par l’éphémère et le provisoire, mais trop sans doute. Alors il m’a manqué un je ne sais quoi, peut-être parce que ce rythme m’a rappelé d’autres auteurs et surtout m’a embarquée dans trop de situations ?

💙💙


Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…

Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…

Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Date de parution : 16/08/2018 / Format : 11,5 x 19,0 cm / 208 p. / 15,00 € / ISBN 978-2-283-03148-3

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La Somme de nos folies. Shih-Li Kow

Lire « La Somme de nos folies », partir en Malaisie et s’immerger dans le quotidien plein de fantaisie des personnages attachants de Shih-Li Kow. Un enchantement !

Domi_C_Lire_la_somme_de_nos_folies_shih_li_kow_zulma.jpgLoin de Kuala Lumpur, le village de Lubok Sayong, ses trois lacs, ses habitants… ça pourrait commencer comme un guide touristique tant le paysage donne envie, mais non, la vie à Lubok Sayong n’a rien d’idyllique. Enfin, ça dépend pour qui ! Et en fait, au moment où commence cette narration, elle n’est peut-être pas aussi paisible qu’elle en a l’air.

Dès le début du roman, nous faisons la connaissance de Beevi alors qu’une inondation mémorable vient de détruire la plus grande partie du village, et sa maison… C’est à ce moment-là qu’elle décide de libérer son poisson de l’aquarium sur mesure qu’elle lui avait fait construire, et depuis lequel il semble implorer sa liberté. Cette année là également, alors que sa sœur et son beau-frère partis adopter la jeune Mary Anne décèdent dans un accident de voiture, Beevi prend sous son toit la jeune fille doublement orpheline.

Cette femme âgée mais alerte, seule mais très dynamique et truculente, est secondée par Auyong, un chinois installé depuis longtemps au village, directeur d’une conserverie de litchis. Auditeur attentif de ses contes et de ses bavardages, il assiste en spectateur fidèle aux péripéties de la vie de Beevi.

Au fil de l’histoire, le lecteur assiste avec un humour, une humanité et une allégresse renouvelés à chaque page, à la vie de ces habitants, de ces hommes, femmes, enfants, prêts à vivre autrement. Que ce soit à l’orphelinat, où toutes les filles élevées par une sœur Tan bien peu orthodoxe – ou catholique c’est selon- portent toutes pour premier prénom Mary, ou dans le Bed and Breakfast de Beevi, à l’usine ou au village, où l’on croise un potier un peu rêveur, une folle qui élève des sangsues, une Miss Boonsidik attachante et fervent défenseur des droits des homosexuels, chacun vit dans une forme de douce et folle jubilation les changements qui s’opèrent jusque dans leur village. Dans cette région éloignée de la capitale, touristes et hommes d’affaires viennent chercher un peu de pittoresque, faisant parfois fi de la tranquillité des villageois et de la tradition.

Ce premier roman est un moment de plaisir rare, un voyage au pays du bonheur pas si innocent que ça. Le récit alterne entre deux personnages, ce qui permet au lecteur de s’approprier leurs deux points de vues. Ils sont en apparence aux antipodes l’un de l’autre puisque Auyong, âgé, est sans doute blasé par la vie, et Mary Anne quant à elle attend tout de la vie qu’elle regarde avec beaucoup d’innocence. Enfin, beaucoup ? Pas tant que ça, car au contact de Beevi, elle apprend vite, dans une douce folie mais avec bonheur, et elle est très rapidement plongée dans la réalité du quotidien.

💙💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Zulma

À Lubok Sayong, petite ville au nord de Kuala Lumpur, tout est indéniablement unique. Jusqu’à la topographie, une cuvette entre deux rivières et trois lacs, qui lui vaut chaque année une inondation et son lot d’histoires mémorables.
Cette année-là, exceptionnelle entre toutes, l’impétueuse Beevi décide de rendre enfin la liberté à son poisson qui désespère dans un aquarium trop petit, d’adopter Mary Anne, débarquée sans crier gare de son orphelinat où toutes les filles s’appellent Mary quelque chose, et d’embaucher l’extravagante Miss Boonsidik pour l’aider à tenir la grande demeure à tourelles de feu son père, reconvertie en bed & breakfast…
Le tout livré en alternance et avec force commentaires par la facétieuse Mary Anne et par Auyong, l’ami fidèle, vieux directeur chinois de la conserverie de litchis, qui coulerait des jours paisibles s’il ne devenait l’instigateur héroïque d’une gay pride locale.

La Somme de nos folies est la chronique absolument tendre, libre, drôle, profonde, et volontiers incisive, d’un genre très humain quelque part en Malaisie, aujourd’hui.

Née dans la communauté chinoise de Kuala Lumpur, Shih-Li Kow écrit en anglais. Son premier recueil de nouvelles, Ripples and Other Short Stories, publié en 2009, a été finaliste du Prix international Frank O’Connor.
Jouant admirablement du proche et du lointain, du particulier et de l’universel, du vraisemblable et du fabuleux, du sérieux et du cocasse, sa voix singulière défend sans conteste la diversité et l’ouverture – politique, artistique, ou écologique – dans la Malaisie multiculturelle d’aujourd’hui, à travers des figures qu’elle nous rend inoubliables.
La Somme de nos folies est le premier roman de Shih-Li Kow, et c’est un enchantement.

Premier roman traduit de l’anglais (Malaisie) par Frédéric Grellier
12,5 x 19 cm / 384 pages / ISBN 978-2-84304-830-2 /21,50 € / Paru le 23/08/18

Pleurer des rivières. Alain Jaspard

Pleurer des rivières, premier roman d’Alain Jaspard, est une belle surprise qui nous embarque au cœur de deux familles aux aspirations tellement actuelles mais que tout oppose, comme un pont entre deux mondes.

Domi_C_Lire_pleurer_des_rivieres_alain_jaspard_heloise_d_ormessonPleurer des rivières  est un roman qui démarre comme un film d’action, braquage croquignolesque par des gitans de quelques longueurs de fils de cuivre, incendie sauvage du plastique, recel, tout y est, jusqu’à l’avocat commis d’office lorsque les deux compères sont pris la main dans le sac.

Mais Franck le gitan est le mari comblé et amoureux de la belle Mériem qui lui a déjà pondu sept enfants et attend le huitième. Ils ne voyagent plus beaucoup et habitent à l’année sur l’aire des gens du voyage d’Argenteuil. Franck vit de la ferraille  qu’il récupère et revend, mais quand son camion tombe en panne, ça devient difficile de nourrir autant de bouches, des enfants à la grand-mère, ça fait du monde. Aussi le jour où Sammy lui propose la combine, il tente…et tombe…

Mais Julien l’avocat commis d’office est aussi le mari comblé et amoureux de Séverine, une épouse en mal d’enfants qui pleure jour après jour l’enfant qui ne veut pas naître de ses entrailles… Et un jour, les deux femmes se rencontrent, un jour les liens se tissent entre deux mondes, deux cultures, deux vies qui n’ont rien en commun, rien pour se comprendre. Entre cette mère de famille nombreuse et cette femme au ventre stérile, une forme d’amitié va naitre et grandir, jusqu’à imaginer que …

La situation est très contemporaine. L’auteur déroule une intrigue bien ficelée aux personnages très attachants … Le ton est enlevé, c’est court, rythmé, dans un langage tellement réaliste. Sur un ton enjoué, tantôt léger, tantôt plus profond, mais toujours avec un regard particulièrement tendre et attentif, Alain Jaspard évoque plusieurs facettes de la détresse humaine, femme en mal d’enfants et mère porteuse, vol, recel, magouilles pour vivre ou survivre et jugement, prison. Pourtant, rien n’est vraiment blanc ou noir, encore moins gris. Les questions se posent sur le mal et le bien, sur la justice et ses attendus.

Un joli roman d’une grande humanité sur l’amitié, l’amour de soi, l’amour des autres mais aussi sur la détresse, sur la justice … Lisez-le, vous passerez un excellent moment.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Enfreindre la loi peut se révéler fatal. Julien, brillant avocat, le sait mieux que personne. Pourtant, lorsqu’il parvient à obtenir la relaxe de son client, Franck, un Gitan d’Argenteuil, il n’imagine pas que leurs épouses respectives vont les entraîner dans une folle aventure. Pour les deux jeunes femmes, complices inattendues, une seule question se pose : quand on fait le bien, où est le mal ?

Pleurer des rivières donne voix et chair à ceux que l’on n’entend plus, remisés à l’écart des consciences. Sans misérabilisme, ce roman rythmé, incisif, explore les clivages qui défigurent la société. Loin de s’engouffrer dans une dénonciation au vitriol, Alain Jaspard éclaire les multiples visages de la détresse et porte sur les êtres un regard plein d’indulgence.

Né en 1940, Alain Jaspard est réalisateur. Il a signé plusieurs adaptations de livres jeunesse en séries animées, notamment Tom-Tom et Nana de Jacqueline Cohen et Bernadette Després, Le Proverbe de Marcel Aymé, ainsi que Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari. Pleurer des rivières est son premier roman.

192 pages / 17€ / Paru le 23 août 2018 / ISBN : 9782350874746 / Photo de couverture © Stéphane Lavoué

Ta vie ou la mienne. Guillaume Para

Avec « Ta vie ou la mienne » Guillaume Para signe un beau premier roman de vie et d’amour.

Domi_C_Lire_ta_vie_ou_la_mienne_guillaume_paraHamed Boutaleb vient du 93. Sevran-Bodottes pour qui s’y est perdu un soir, c’est quand même bien la zone. Orphelin à treize ans, il déménage chez son oncle et sa tante, à Saint-Cloud, il arrive dans un autre monde à quelques encablures pourtant de son point de départ, dans cette région parisienne si disparate et qui vous marque à jamais, suivant l’endroit où l’on nait…

L’enfance et l’adolescence se passent, Hamed est doué, très doué pour le foot, c’est aussi un gamin qui aime les autres. Lorsqu’il défend François, le petit blanc souffre-douleur des gamins du collège, une indéfectible amitié s’instaure entre les deux  garçons, amitié qui ne les quittera plus jamais. Un jour, François lui présente Léa, la belle, l’inaccessible dont il est secrètement amoureux. Cette fille si différente, arrivée des quartiers huppés de Saint-Cloud, et qu’Hamed aime en secret, amour déjà partagé par Léa.

Le père de François, ancien footballeur, donne des leçons à Hamed, leçon de sport, de foot, leçons de vie, et son coaching lui permet de rentrer dans l’équipe des jeunes footballeurs d’Auxerre.

Jusqu’au jour où Léa lui annonce qu’elle est enceinte, jusqu’au jour où Hamed veut la demander en mariage, jusqu’au soir fatal où leur vie bascule… Jusqu’au jour où, ta vie ou la mienne…

Ensuite, ce sera la prison, Fleury-Mérogis et sa violence, les coups et les humiliations, les trafics en tout genre, la duplicité des matons, les gangs du dehors qui se reforment pour le malheur des plus faibles. Seul le soutien de Jean-Louis, son compagnon de cellule, permet à Hamed de garder la tête hors de l’eau, mais quatre longues années feront de lui un tout autre homme. A sa sortie, la vie d’avant, l’amour, la sérénité, ne sont plus faits pour lui. Comment alors peut-il imaginer retrouver Léa, l’amitié, la famille, comme redevenir l’homme qu’il a toujours été au fond de lui.

Un roman découvert grâce aux 68 premières fois. Vous le commencez et vous ne pouvez pas le refermer avant d’avoir tourné la dernière page, l’œil parfois un peu humide. Un beau roman qui parle d’amour, d’amitié et d’hommes fiers et libres. Mais qui parle également de la violence des prisons, violence qui vous marque à jamais et vous fait devenir autre. De la difficulté à vivre ou à sortir de sa banlieue maudite, celle qui vous marque au fer rouge, comme une empreinte inavouable, et vous empêche de vivre bien, de vivre mieux, cette vie à laquelle vous avez pourtant droit. Car peut-on renier ses origines, et en est-on responsable toute sa vie ? Faut-il se sentir coupable même lorsqu’on a payé sa dette à la société, et le malheur doit-il se coller à vous comme une tique ?

J’ai aimé découvrir et suivre les destins croisés et parfois maudits de ces trois personnages si attachants. Il y a bien sûr quelques poncifs, mais malgré ces stéréotypes, le tout est bien écrit, plausible et touchant, on s’y laisse prendre et on espère que le prochain roman de ce jeune auteur saura tout autant nous retenir !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Anne Carrière

Hamed Boutaleb naît à Sevran, en Seine-Saint-Denis. Orphelin à l’âge de huit ans, il part vivre chez son oncle et sa tante à Saint-Cloud, commune huppée de l’Ouest parisien. Pour la première fois, une existence sans adversité s’offre à lui. Hamed saisit sa chance et s’épanouit avec une passion : le football. Il brille dans le club de la ville, où il se lie d’amitié avec l’un de ses coéquipiers, François. À seize ans, le jeune homme tombe amoureux de Léa, qui appartient à un autre monde, la haute bourgeoisie. L’amour passionné qui les lie défie leurs différences et la mystérieuse tristesse qui ronge l’adolescente. Lire la suite…

ISBN : 978-2-8433-7886-7  / Nombre de pages : 250 / Parution : 9 février 2018 / Prix : 18 €

Une immense sensation de calme. Laurine Roux

 « Une immense sensation de calme » le premier roman étonnant de Laurine Roux tient plus du conte moderne que du roman classique. Il nous emporte dans un univers proche du merveilleux où la nature façonne les hommes.

Domi_C_lire_une_immense_sensation_de_calmeLes personnages évoluent dans un univers glacé qu’on imagine aux confins du monde, à une époque qui n’est jamais située exactement. On comprend vite qu’il y a moins d’une génération une guerre a détruit et transformé le pays dans lequel ils évoluent, guerre que les survivants, essentiellement les femmes et les enfants, se sont empressés de taire, n’évoquant plus à ce sujet que le Grand Oubli.

Alors Elle raconte. Elle raconte comment Igor, cet être étrange et sauvage, qui vit en totale synergie avec la nature qui l’entoure, est entré dans sa vie. Comment aussitôt c’est devenu son homme, elle est devenue femme. Elle avait été recueillie par une famille, après les décès d’Ama et Apa, après la mort de la grand-mère qui l’avait élevée. Ce jour-là, le jour de la rencontre avec Igor, elle sait qu’elle partira avec lui, faire sa vie avec lui dans cet univers glacé, si beau et parfois inamical.

Et peu à peu, une histoire se déroule où le légendes prennent corps, où apparaissent des baladins, où les villageois se montrent hostiles à l’inconnu, à l’étranger, où la mort rôde et détruit aussi. Les histoires s’imbriquent et peu à peu se dévoilent. Celle d’une fille mi poisson, mi femme, mais fille parricide qui enfantera et fuira en abandonnant son fils. Celle d’une ourse dressée qui élèvera un enfant orphelin. Celle de la vieille Grihsa, la plus belle fille du village mise à l’écart de tous, devenue sorcière et guérisseuse, qui soigne les enfants de l’orphelinat, ces oubliées de la vie rejetés par le village, qui soigne ensuite Igor le jour où la mort et le froid ont décidé de prendre sa vie si précieuse. Des filiations se dévoilent, des destins se précisent, comme un conte, une légende moderne dans laquelle évoluent sorcières, baladins et dresseurs d’ours.

Entre forêts et étendues glacées, entre montagne et mer, j’ai eu la sensation d‘entrer dans un univers hostile, hors du temps, où paysages et froidure sont prépondérants, où la nature sauvage et dure mais majestueuse prend le pas sur l’action des hommes. C’est un roman étonnant car il nous fait évoluer en dehors de tout cadre connu auquel se repérer… En même temps, sous des airs de conte moderne, l’auteur nous parle de liberté, d’amour fou et de passion, de don de soi et de différence, de solitude et de peur de l’inconnu, de repli sur soi, de rejet de la différence quelle qu’elle soit et d’égoïsme primaire. Et cependant tout au long de ces pages reste toujours une infime mais bien présente dose d’espoir en l’homme. Un premier roman très singulier, découvert avec les 68 premières fois, vers lequel je ne serais sans doute jamais allée…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Les éditions du sonneur

Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les « Invisibles », parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain.

ISBN : 9782373850765 / Pages : 128 / Parution : 15 mars 2018

Le chien de Schrödinger. Martin Dumont

Une relation fusionnelle père-fils, à la vie, à la mort. « Le chien de Schrödinger » est un magnifique roman de Martin Dumont qui vous émeut, vous laisse sans voix, pantelant de chagrin et de lucidité face à la violence des sentiments et de la vie.

Domi_C_Lire_le_chien_de_schroninger.JPGJean a un amour dans sa vie, son fils, Pierre, surtout depuis la mort, alors qu’elle était bien trop jeune, de sa femme la douce et instable Lucille. Peu à peu, elle a sombré dans la folie. Jusqu’à l’accident fatal, qui laisse ce père seul avec un fils dont il s’occupe, qu’il adore, et la relation tendre, intense, se noue peu à peu entre ces deux hommes que rien de peut séparer.

A la mort de sa femme, Jean change de métier. Il devient taxi de nuit pour mieux s’occuper de son petit. La relation est belle entre ce père et son fils qui grandit. Des bonheurs partagés, une éducation plutôt réussie sans trop de conflits ni de tensions. Pourtant, depuis quelque temps Pierre est fatigué sans raison, enfin, jusqu’au jour où la maladie, sournoise et cruelle s’annonce, fatale. Alors comment réagir face à cette horreur indicible qu’est la mort annoncée d’un enfant, cet adolescent qui a une vie entière à vivre, à aimer, à créer, à rêver ? Jean accompagne Pierre sur son lit de douleur, Pierre accompagne Jean vers la perte. Il y a peu de mots, mais beaucoup d’amour entre les deux hommes, peu de mots mais beaucoup d’échanges entre ce père et son fils.

C‘est magnifique et pourtant tellement triste, les mots sont justes, les sentiments évoqués avec énormément de pudeur et de douceur, de violence aussi parfois face à cet inéluctable que l’on voudrait chasser au loin. L’auteur évoque avec ses mots choisis le chagrin absolu des perdants, ceux qui restent et doivent vivre après, avec ce vide, cette douleur, cette absence… il y a tant d’humanité, d’amour, d’humour aussi parfois dans ce très beau premier roman, une pépite à découvrir !

💙💙💙💙💙

Sur cette relation entre un père et son fils, on peut lire également le roman de Pierre Jourde Winter is coming. L’auteur parle de la maladie de son fils, mais c’est un roman que j’ai trouvé beaucoup moins pudique et sincère, qui ne m’a pas émue comme celui-ci.


Catalogue éditeur : Delcourt littérature

« Les fils grandissent en s’éloignant des pères ; c’est dans l’ordre des choses. »

Le monde de Jean, c’est Pierre, le fils qu’il a élevé seul. Depuis presque vingt ans, il maraude chaque nuit à bord de son taxi, pour ne pas perdre une miette de son fils. Il lui a aussi transmis son goût pour la plongée, ces moments magiques où ensemble ils descendent se fondre dans les nuances du monde, où la pression disparaît et le cœur s’efface. Mais depuis quelque temps, Pierre est fatigué. Trop fatigué. Il a beau passer son temps à le regarder, Jean n’a pas vu les signes avant-coureurs de la maladie. Alors de l’imagination, il va lui en falloir pour être à la hauteur, et inventer la vie que son fils n’aura pas le temps de vivre. Quand la vérité s’embrouille, il faut parfois choisir sa réalité. Un premier roman pudique et poignant, le roman de l’amour fou d’un père pour son fils.

Parution le 11 avril 2018 / 144 pages / 15€

À propos de l’auteur : Né a Paris en 1988, Martin Dumont a longtemps vécu en Bretagne, où il est tombé amoureux de la mer. Un décor au cœur de son premier roman, Le Chien de Schrödinger, et une passion dont il a fait sa profession : il est aujourd’hui architecte naval. (source Delcourt littérature)

L’homme de Grand Soleil. Jacques Gaubil

Et s’il fallait atteindre le grand nord pour retrouver l’Homme des origines, celui qui réside en chacun de nous ? L’homme de Grand Soleil, un joli premier roman de Jacques Gaubil

Domi_C_Lire_l_homme_de_grand_soleil_jacques_gaubil_premier_romanInstallé au Canada depuis quelques années, ce médecin a accepté d’aller une fois par mois soigner les habitants du village de Grand Soleil, tout en haut du Québec, à quelques heures d’avion et de voiture de Montréal, là où il fait toujours si froid. Car on le comprend vite, tout au long de ces pages il fait vraiment frette comme on dit chez nos cousins, mais la chaleur est dans les mots, dans les gestes, les amitiés, les échanges de ces hommes entre eux.
A Grand Soleil, les maisons et les hommes occupent tout l’espace, et de l’espace il y en a ! Tous sont plutôt âgés, pas moins de soixante ans, et plutôt portés sur cet alcool qui réchauffe et que l’on peut distiller tout à loisir. De petits malheurs en grosses cirrhoses, il y a peu de choses à soigner, mais il faut beaucoup écouter, porter les médicaments, être l’oreille et le soutien attentif des villageois.

Mais à Grand Soleil il y a aussi une jeune femme, pas ben belle c’est sûr, mais qui est très étonnante, par son langage châtié très vieille France. Son érudition littéraire n’en finit pas de séduire et d’étonner notre bon docteur. Elle l’appelle un jour pour lui demander de soigner Cléophas, ce géant mutique et solitaire qui vit chez elle et semble aller très mal. Là, en plus de ce patient peu ordinaire, il découvre une immense bibliothèque et surtout un livre ancien aux riches enluminures, un de ces livres qui plairaient tant à son ami spécialiste d’incunables.

De contrôles en examens médicaux, le bon docteur Leboucher n’est pas au bout de ses surprises. Surtout lorsque  se pose la question de la persistance d’un sang proche de Neandertal coulant dans les veines de Cléophas. Mais ces deux trouvailles aussi extraordinaires l’une que l’autre ne peuvent-elles pas perturber l’équilibre de Grand Soleil ? Ne sont-elles pas  avant tout deux trésors inestimables à protéger et à garder secrets…

L’auteur nous fait naviguer d’une ville urbanisée et contemporaine à un espace quasiment vierge de toute civilisation – la preuve en étant la pérennité en ces terres d’un spécimen issu de néanderthalien ! – comme une évidence face à nos vies si polluées par les technologies, la science, tout ce qui va trop vite et nous fait oublier l’essentiel : l’humain qui réside au plus profond de chacun d’entre nous. Et s’il fallait poser nos smartphones, nos télés, nos voitures, pour nous retrouver face à nous-même et à nos semblables, pour enfin nous parler vraiment ? Un joli premier roman porté par une belle écriture, ponctuée de références littéraires et philosophiques jamais lourdes ni envahissantes.  J’y vois à la fois une critique acerbe de nos civilisations qui oublient l’Homme qui vit en nous et près de nous, et un appel à nous recentrer sur l’essentiel.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Paul & Mike

Un médecin de Montréal se rend tous les mois à Grand Soleil, un village perdu dans le Québec arctique. Docteur de l’âme autant que du corps, il y rencontre Cléophas, un patient particulier. Conservé par le froid qui a saisi cette partie du Canada, l’homme de Grand Soleil a vécu caché, il n’a rien écrit, rien accompli de notable et personne ne le connaît. Pourtant son apparition va tout bouleverser, sous le regard impuissant du médecin, témoin d’un monde qui se délite.

Avec une plume intelligente, incisive et souvent drôle, Jacques Gaubil dresse un portrait froid et parfois cruel de l’homme moderne, tout en proposant un récit bienveillant et chaleureux.

ISBN : 9782366511079 / 248 pages / Format 133 x 203 / 16.00€