Que faire à Chartres ?

Aller voir la maison Picassiette !

Une fois que vous aurez visité la cathédrale bien sûr ! Ce havre de paix exceptionnel qui me fait toujours le même effet à chaque visite. Marcher sur ce sol mille fois piétiné au fil du temps, admirer les vitraux, et vivre un moment suspendu empli d’une grande sérénité.

Si je n’ai encore jamais eu l’occasion de visiter la maison du facteur Cheval, mes pas m’ont portée vers un lieu sans doute moins emblématique de Chartres,  la maison Picassiette !

Picassiette ou l’art brut ? Qui a dit qu’il ne fallait pas casser la vaisselle ! Car voyez, Raymond Isidore a su faire son œuvre des déchets communs, qu’il a trié, sélectionné, valorisé à sa façon. Né à Chartres le 8 septembre 1900, issu d’un milieu modeste, il achète en 1929 le terrain au 22 rue du Repos, dans le quartier chartrain de Saint-Chéron où il s’installe avec sa femme Adrienne Dousset.

Toute sa vie, Raymond Isidore ramasse des petits bouts de verre ou des débris, morceaux de vaisselle brisée, verre, faïences et bien sûr quelques assiettes (on s’amuse  à l’occasion de la visite à tenter de reconnaitre les provenances de certaines faïences régionales).

Lorsqu’il se promène, il sait regarder puis ramasser ces morceaux de faïence qu’il transforme en mosaïques dans l’idée d’embellir sa maison-œuvre si singulière. Peu à peu, il en pose sur chaque recoin, à l’intérieur comme à l’extérieur, aucune barrière n’arrête sa créativité débordante ! Il couvre tout, sol et murs, objets et meubles, le jardin n’échappe pas à l’artiste autodidacte mais passionné. Il devra même acheter un terrain supplémentaire pour laisser pendant plus de vingt-cinq ans libre cours à son imagination : jardin, chapelle, maison d’été !

On ne peut qu’être ébaubi devant ses réalisations ! Diversité des formes et des sujets, nombre foisonnant jusqu’au vertige, et tenter d’imaginer le travail de fourmi réalisé par cet homme tout au long de sa vie.

Le regard ne sait pas où se poser, l’œil en tournerait presque de l’œil et nous avec, tant il y a à voir et à découvrir…l’imagination est au pouvoir ! Le visiteur cherche à comprendre, à déchiffrer. Mais qu’importe, laissons-nous porter, acceptons le mystère, la folie, l’art sous cette forme, car c’est forcément de l’art !

Raymond Isidore commence ce travail (en est-ce un ?) en 1938. Il ne l’interrompt qu’en 1962, peu de temps avant sa mort en 1964.

Mais alors… Non, ne me dites pas que dès demain vous allez garder la vieille assiette de grand-mère qui vient de se briser,  les morceaux de verre colorés trouvés sur la plage, ou même l’affreux vase de belle-maman que vous venez malencontreusement de laisser tomber, et bien d’autres encore, pour en faire quelques jolies mosaïques ? Attention, l’esprit Picassiette est peut-être contagieux !

Maison Picassiette, 22, rue du Repos, Chartres.

La maison Picassiette acquise pas la Ville de Chartres en 1981 est classée monument historique depuis 1983.

En août : du lundi au samedi de 10 à 18 heures. Fermé le mardi. Le dimanche de 14 à 18 heures. En septembre : du lundi au samedi, de 10 heures à 12 h 30 et de 14 à 18 heures. Fermé le mardi. Le dimanche de 14 à 18 heures. Tél. 02.37.34.10.78.

Que faire à Fort-de-France ?

Visiter la Bibliothèque Schœlcher !

Vous visitez la Martinique et vous vous promenez à Fort-de-France ? Ce n’est pas encore l’heure du T-Punch mais celle d’une belle balade dans la ville ? Alors c’est le moment de visiter la Bibliothèque Schœlcher, ce bâtiment qui interpelle car il se distingue vraiment dans le paysage, c’est l’un des joyaux architecturaux de la Martinique. Et qui sait, en passant à côté appareil photo en mains, on vous dira peut-être que c’est le bâtiment le plus photographié de la ville !

Cette vieille dame plus que centenaire, carrefour du patrimoine martiniquais, trône majestueusement sur la place de la Savane. C’est le lieu où convergent à la fois la population et les nombreux touristes qui n’hésitent pas à s’arrêter et à la visiter.

Laissez-vous surprendre tout d’abord par sa splendide façade en mosaïque jaune et rouge surmontée d’une toiture métallique ouvragée, étonnant mélange de style byzantin et d’art nouveau.

A l’extérieur comme à l’intérieur, vous serez saisi par la beauté de l’édifice. Calme, silencieux, on pénètre sous une vase coupole au plafond spectaculaire, au centre, un espace pour des expositions, et tout autour, les livres, les plus anciens tout en haut.

Sa construction est décidée en 1886 suite au leg par Victor Schœlcher (1804-1893) d’une large collection de près de 10,000 d’ouvrages au Conseil Général de Martinique. Le député Schœlcher fût un acteur majeur de l’abolition de l’esclavage en 1848. Il souhaitait que l’accès à ses œuvres soit gratuit pour le public et serve à l’instruction des anciens esclaves noirs.

C’est l’architecte Pierre-Henri Picq qui réalise la  bibliothèque en 1887. Il s’inspire de la tradition architecturale antique, dorique, ionique, corinthienne ou encore orientale, mais il cherche également à répondre aux impératifs des climats tropicaux et aux contraintes des zones marécageuses et à haut risque sismique. Le bâtiment est construit d’abord à Paris dans le Jardin des Tuileries, puis il sera entièrement démonté et acheminé en bateau jusqu’en Martinique et remonté à son emplacement actuel, puis ouvert au public en 1893. De nombreux livres, manuscrits et partitions de musique ont été détruits lors de l’incendie de 1890. Seuls 1200 ouvrages seront sauvés des flammes

La Bibliothèque Schoelcher est la bibliothèque publique départementale de la ville de Fort-de-France en Martinique.

Tout en flânant dans le centre de Fort-de-France, ne pas oublier de visiter la cathédrale élevée par le même architecte parisien Pierre-Henri Picq, la précédente ayant été détruite par le cyclone de 1891. Son style mêle le néogothique et le romano-byzantin.

Entièrement métallique, afin de résister aux tremblements de terre, et en référence aux techniques employées par Gustave Eiffel à la même époque, à l’intérieur on peut admirer des arcs en plein-cintre et une coupole octogonale. Elle mesure 66 mètres de long sur 24 mètres de large.

(source http://mediatheques.collectivitedemartinique.mq/bs/~~/presentation-de-la-bs.aspx  et http://www.guidemartinique.com/visites/bibliotheque-schoelcher.php )

Que faire à Rouen ?

Partir sur les traces de Pierre Corneille ! Visiter deux maisons, l’une est la maison natale de Pierre Corneille, l’autre, l’ancienne métairie de la famille Corneille.

La maison natale de Pierre Corneille est située au 4, rue de la Pie à Rouen.

C’est dans cette maison qu’est né Pierre Corneille en 1606, qu’il a vécu et écrit en particulier sa pièce la plus célèbre, Le Cid. Il ne reste aucun meuble, si ce n’est un superbe coffre clouté au rez-de-chaussée, mais dans certaines pièces, l’ameublement a été reconstitué pour donner au visiteur une idée de ce que devait être la maison à l’époque, meubles du XVIIe et superbe bibliothèque.

A l’étage, de belles photos des acteurs les plus emblématiques du répertoire classique de Corneille, Gérard Philippe, Francis Huster, etc. et un rappel pas du tout inutile des différentes œuvres.

Le Musée Pierre Corneille est situé au 502, rue Pierre Corneille à Petit-Couronne, dans la banlieue proche de Rouen.

Si Pierre Corneille reçoit en héritage à la mort de son père, en 1639, la maison manante de Petit-Couronne, cette propriété était depuis un demi-siècle dans sa famille. Ce domaine était à l’origine constitué d’une ferme, d’un verger et de nombreux hectares de métairie. il sera vendu en 1686 par le fils de Pierre Corneille. En 1874, le Département fait l’acquisition de la propriété et installe ce musée-manoir cornélien. Dans les années 1956, la ville de Petit-Couronne connait un développement industriel important, on réalise alors qu’il faut sauvegarder l’aspect agreste de la ferme. Le potager date des années 1990, on y trouve seulement des espèces cultivées au 17e siècle.

On peut y visiter quelques salles. En passant tout d’abord par l’entrée, dont l’existence est attestée dès le début de la demeure en 1608, puis sur les cartes postales des 19e et 20e  siècles.

Vient ensuite une salle à manger, même si les pièces à l’époque de Corneille n’avaient pas de destination précise (on se souvient que l’on « dressait la table » dans la pièce dans laquelle le roi par exemple avait décidé de manger…).  On a donc imaginé que c’est au rez-de-chaussée que se préparaient et se prenaient les repas.

Un cabinet de travail, là sont surtout présentées des œuvres originales, peintures, sculptures représentant Pierre Corneille. Une belle armoire, originaire de la région de Rouen, date du milieu du 17e siècle.

Si l’on ne trouve pas vraiment de meubles ou d’objets ayant appartenu au célèbre écrivain rouennais, les deux visites sont très agréables et nous replongent dans l’univers du 17e siècle. De plus, à Rouen, les musées sont gratuits pour tous, il faut savoir en profiter !

Que faire à New York ?

Visiter l’exposition Georgia O’keeffe, au New York Botanical Garden…

Domi_C_Lire_NYBG_Georgia_Okeeffe…et admirer les tableaux peints par l’artiste lors de son séjour à Hawaï, les plantes, les paysages qui l’ont inspirée, puis les retrouver tout au long du parcours au NYBG.
J’avais découvert quelques oeuvres de Georgia O’Keeffe lors de l’exposition The age of Anxiety, qui présentait des peintres américains au musée de l’Orangerie à Paris, et j’avais apprécié ses représentations de fleurs. Je l’ai donc retrouvée avec plaisir lors de cette visite.

Artiste peintre pionnière du modernisme américain, Georgia O’Keeffe (1887–1986) a été fortement inspirée par les paysages qui l’entouraient, des paysages du nouveau Mexique aux gratte-ciel de New York. Les fleurs, la nature, sont des thèmes qu’elle a également abordé et aimé tout au long de sa carrière d’artiste.

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L’exposition dans la galerie d’Art du NYBG offre une rétrospective (un peu trop courte à mon goût !) des œuvres peintes lors de son séjour de neuf semaines en 1939. Elle était missionnée par la Hawaiian Pineapple Company et devait en rapporter des œuvres pour une de leur campagne de promotion. on retrouve d’ailleurs le tableau Ananas dans leurs publicités de l’époque.

Elle y a peint des toiles représentant les fleurs, les paysages, et même les hameçons des pécheurs, une nature inspirante ! Et pourtant, là-bas aussi, ces œuvres font énormément penser à la photographie, aux prises en gros plan, cadrages décalés, modernes, qui sortent des poncifs habituels, et toujours, sous-jacente, une connotation sexuelle dans la représentation de certaines fleurs, certains plans, comme une image de marque de l’artiste.

 

Si les toiles de Georgia O’Keeffe  sont peu nombreuses, seulement 17 peintures qui par ailleurs n’avaient jamais été exposées ensemble depuis 1940, l’intérêt de la visite tient aussi au fait que le jardin botanique adapte l’ensemble de son espace et propose dans ses serres une documentation fournie ainsi qu’une partie de la flore et des fruits des iles Hawaï.

 

Retrouvez ici le site du New York Botanical Garden, l’exposition se tient jusqu’au 28 octobre.

Que faire dans les Pyrénées ?

Si les Pyrénées sont atlantiques, elles sont aussi montagnardes et pleines de surprises y compris littéraires !

Domi_C_Lire_08_2018_auberge_de_perchades_pyrenees_5Ce n’est pas souvent que je chronique autre chose qu’un roman ou la dernière exposition que j’ai apprécié. Mais l’occasion était trop belle.
Dans les Pyrénées, à l’occasion d’un déjeuner dans la très bucolique et montagnarde auberge gîte du Chemin de Perchades, à Billère en Ossau (64) à 35 km au sud de Pau, à 650 m d’altitude, l’amoureuse des livres que je suis a eu une bien agréable surprise.

En effet, tous les dimanches et jours fériés, Odile et Jean-Louis, qui fêtent cette année les 10 ans de leur auberge, ont mis en place un tirage au sort pour faire gagner deux livres à leurs clients. Il s’agit de livres qu’ils ont particulièrement aimé et qu’ils achètent pour les offrir : Le voyant de Jérôme Garcin et de Sœurs de miséricorde de Colombe Schneck.

Pendant le repas, un coupon est distribué à chaque convive, puis le tirage au sort est effectué par un client, et Odile présente puis offre les deux romans.

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Et pour tous ceux qui n’aiment pas lire, mais aiment bien manger, vous pouvez profiter d’un menu maison réalisé avec un maximum de produits locaux qui vous régale les papilles, d’un accueil sympathique et le soir d’animations et de concerts divers, c’est le programme Agit’ les Frontières.

Où ? chez Odile et Jean-Louis Quartier Arroust 64260 Bilhères en Ossau

Comment les contacter ? http://www.gite-ossau.com/

Que faire à New York ?

Visiter la librairie Albertine Books !

Domi_C_Lire_albertine_librairy_new_york_2Je l’ai visitée il y a quelques semaines et c’est magnifique ! Si vous allez à New York je vous conseille vivement la visite de la librairie Albertine Books, située au 972 fifth avenue (79th Street).

C’est la librairie des services culturels de  l’ambassade France à New York. Elle est située dans la Payne Whitney Mansion, qui est dès sa construction une œuvre majeure de l’architecte Stanford White. Elle est rachetée dés 1952 par le gouvernement français qui y installe les Services Culturels de son ambassade.

 

 

Dans ce superbe hôtel particulier on trouve la littérature française, et d’autres titres, soit traduits en anglais, soit directement anglo-saxons. Une ambiance, un décor, le calme, l’amabilité et la disponibilité des personnes sur place, tout nous pousse à entrer, à se poser dans la salle de lecture Marcel Proust, à feuilleter quelques romans, beaux-livres, livres pour enfants, et repartir avec une jolie pile à lire ou à offrir, peut-être dans le beau tote bag Marcel & Albertine ?

 

Le Albertine Prize Award

Chaque année est décerné le Albertine Prize Award. Déjà rentrée en France, je n’ai pas eu le plaisir d’assister à la remise du prix par Lydia Davis et par François Busnel à l’auteur et au traducteur de l’œuvre choisie.

Le lauréat 2018 est Anne Garréta, pour Not One Day, traduit par Emma Ramadan, et paru chez Deep Vellum. Publié chez Grasset en août 2002, le livre Pas un jour avait obtenu le prix Médicis.

Le prix Albertine est opéré par des lecteurs, et encadré par les services culturels de l’ambassade de France. Il récompense le livre favori des lecteurs américains en fiction contemporaine – dans sa version traduite, évidemment. 

La Payne Whitney Mansion

 

Au rez-de-chaussée à côté de la librairie, j’ai découvert la Venetian Room. Salon d’attente initialement destiné aux visiteurs. C’est un chef-d’œuvre du Gilded Age new-yorkais. La Venetian Room a ré-ouvert en mai après quatre mois de travaux, cette salle est l’une des seules œuvres encore existantes caractéristique de cet art.

Située dans la Payne Whitney Mansion, qui est le siège des services culturels de l’ambassade de France, la Venetian Room avait été commandée en 1902 par Oliver Hazard Payne en cadeau de mariage pour son neveu, le financier et philanthrope Payne Whitney, et pour sa femme Helen Hay. Entre 1902 et 1906, c’est le célèbre architecte spécialiste du Gilded Age, Stanford White de l’entreprise McKim, Mead and White qui en a designé et supervisé la construction.

Si vous voulez en savoir plus : http://frenchculture.org/art-and-design/8268-gilded-age-venetian-room-reopens

La Pléiade de Gallimard : visite des ateliers de reliure Babouot.

Invitée par lecteurs.com et Gallimard, j’ai eu la chance de visiter les ateliers Babouot. Quel plaisir d’embarquer pour cette superbe visite, découverte d’un savoir-faire admirable et intemporel. La Pléiade est vraiment une collection unique que chacun rêve d’avoir dans sa bibliothèque.

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Dès 1931, l’idée qui précède à la création de cette collection est le souhait de proposer les œuvres complètes des auteurs classiques au format poche. Pour obtenir un grand confort de lecture, on utilise alors le papier bible, ce papier si fin et si particulier, et les couvertures en cuir et la dorure à l’or fin leur donnent leurs lettres de noblesse. Dans les années 50, La Pléiade devient une collection de référence grâce à laquelle on peut découvrir les plus grands auteurs : Saint Exupéry, Yourcenar, Duras, Sévigné, Victor Hugo. Elle trouve son équilibre entre fonds et nouveautés, littératures classique et contemporaine, refonte des anciennes éditions (Camus, Rimbaud, Montaigne…), œuvres françaises et étrangères. Hemingway fut le premier auteur étranger contemporain et André Gide le premier auteur contemporain à y entrer de son vivant en 1939.Il sera suivi par onze autres jusqu’à Milan Kundera en 2011, puis Jean d’Ormesson en 2015. Et Mario Vargas Llosa début 2016.
Le nombre de tirages moyen est d’environ 5000 exemplaires. La parution des œuvres de Jean d’Ormesson en avril dernier a généré quant à elle autour de 20 000 exemplaires. Le chiffre de meilleures ventes revient toujours à l’édition de Saint Exupéry en 1953.
À chaque époque correspond une teinte de cuir : havane pour le XXe siècle, vert émeraude (XIXe), bleu (XVIIIe), rouge vénitien (XVIIe), corinthe (XVIe), violet (Moyen Âge), vert (Antiquité) ; gris pour les textes sacrés et rouge de Chine pour les anthologies.

On ne compte pas moins de huit millions d’exemplaires vendus depuis 1933 par la maison Gallimard !

Les ateliers comme celui-ci se raréfient et tendent à disparaitre, ceux qui résistent permettent la transmission d’un savoir-faire d’exception. A seulement quelques kilomètres à l’Est de Paris, 35 personnes créent avec passion des objets aussi exceptionnels que la collection de La Pléiade Pour cela, elles travaillent le haut de gamme, le cuir, l’or, le papier fin. Si 80% de leur production est destinée à La pléiade, les 20% restant sont pour des éditions liturgiques et d’autres, comme par exemple « Le bottin mondain » dont nous avons suivi une partie de la fabrication pendant notre visite. Il n’y a plus que deux vrais relieurs en France (depuis le récent dépôt de bilan d’un troisième).
Dans les ateliers Babouot se pratique un travail semi-industriel, semi-artisanal, le choix qui a été fait reste celui de la qualité. Dix-neuf points de contrôle sont indispensables pour fabriquer un tome de La Pléiade. Pliure, assemblage, couture sont industrialisés, le reste est artisanal. Il y a aujourd’hui une perte de savoir-faire, quelques personnes vont quitter les ateliers d’ici deux ans, il est primordial de former les jeunes. Il existe des CAP reliure, des BEP reliure. Mais avant tout, il faut transmettre les connaissances tant que c’est possible.

Débutons la visite pour découvrir comment est fabriqué un volume de La Pléiade.

La pliure du papier pour constituer les cahiers : Où l’on utilise des termes tels : Bloc de papier, couverture, cahiers, signature, emboitage.

 

La réception des blocs imprimés se fait généralement en rame de 32 feuilles que l’on va ensuite plier puis coudre, et couper. La grande feuille de 32 est d’abord coupée en deux, il faut également couper les bords extérieurs de la grande feuille de 32 pages avec un immense massicot frontal. Puis il faut aérer les feuilles, d’ailleurs on nous parlera de « faire rentrer l’air »ou « faire sortir l’air » à de nombreuses reprises. Puis vient le travail de refente, la pliure qui peut être « couteau » (avec des trous pour mieux chasser l’air), puis une pliure automatique en 2 puis en 2 puis en 2. L’ensemble de ces 32 feuilles pliées compose un cahier.

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Les cahiers prêts à coudre

Un livre est composé de X cahiers ou signatures. Ils sont placés dans des cases, dans l’ordre dans lequel ils vont se retrouver dans le livre. Il faut vérifier chaque étape. Certains cahiers arrivent avec des 4 pages déjà pliées. Pour le bottin mondain par exemple il y a quatre types de papiers différents. Pour la pléiade il y a 47 cahiers à assembler, on divise en deux, car deux blocs sont imprimés en même temps, le premier et le dernier, le second et l’avant dernier, etc. jusqu’à la fin où on les retourne et on coupe pour les assembler.

 

La couture : Dans l’atelier de couture il y a 3 générations de machines. Les dernières facilitent légèrement le travail pour installer les blocs à coudre. Une fois le cahier cousu, on y pose les gardes et le calicot, puis il est prêt à être massicoté. Ensuite, les blocs arrivent serrés, sur un rouleau, pour apposer l’encre qui va modifier la couleur de la partie visible des pages, avec des encres naturelles. Quand le bloc est prêt : on ajoute la couleur, la garde, et ça devient une mousseline.

IMG_6952ATELIERRHODOIDVoici l’atelier Rhodoïd, les jaquettes des volumes de La pléiade ont toutes un rhodoïd ajusté au millimètre près à la largeur du livre. S’il y a une nouveauté à produire, comme le Foucault par exemple, c’est fait en nombre, sinon production de quelques un à l’avance. Merci à G pour son accueil, elle travaille avec un optimisme communicatif dans cet atelier depuis 40 ans et nous a dit ne pas du tout avoir envie d’en partir !

IMG_6929PLEIADE1Le papier bible et le fonds : Le papier bible nécessite un taux d’hygrométrie important, il doit d’ailleurs rester dans l’atelier quelques jours avant d’être travaillé, le temps de « s’adapter ». On ne peut pas le travailler, ni l’encoller, en dessous de 30% d’hygrométrie, sinon, il gondole, ou la tête change de couleur, etc. S’il reste un an dans le stock, il passe à 70%, plus il est humide, mieux il se porte. Un papier requiert une humidité relative de l’ordre de 50% à 60%, et son contrôle précis permet de garantir sa qualité.

IMG_6966FONDSTous les reliquats d’impressions sont stockés là. Quand on décide de relier un livre de la Pléiade il faut compter environ 3 semaines pour ce soit fait dans les meilleures conditions.
Ici, la production est semi industrielle, soit entre 3000 et 5000 livres par jour, et de un volume à 20 000 volumes. Le fonds de Gallimard pour La Pléiade est stockée là et donc disponible à tout moment. Il y a de 10 à 12 nouveautés par an, et quand il y a réimpression c’est par 1000 ou 1500 exemplaires.

Le cuir et l’atelier de peaux : IMG_6975ROULEAUXPEAUXIl faut utiliser du mouton demi fort et pas de la pleine peau, sinon il faut une pareuse pour amincir les coins, ce travail est fait dans l’atelier rhodoïd. Les rouleaux de peaux de mouton arrivent de Nouvelle Zélande. Les peaux sont sciées en demi, c’est-à-dire refendues pour avoir la bonne épaisseur, et le reste part en chamoisine. Il faut environ 40 opérations de tannage pour obtenir des peaux conformes aux critères requis, lavage, dégraissage, etc. Tout est fait à Issoudun.

Les ateliers utilisent environ 40 000 m² de peaux par an et produisent environ 300 couvertures à l’heure. Il y a également un poste de réparation, chaque peau est vérifiée, elle peut avoir reçu des coups de tondeuse, ou la bête peut avoir été malade (une tique = un trou par exemple), elle est réparée si le défaut le permet. Chaque couverture de livre revient à 2€ ou 2,5€ avec l’or, d’où l’intérêt de les retravailler une par une. Pour une série de 1050 livres il faut 100 m² de peau. Un mouton c’est environ 0,90 m², une chèvre 0 ,60 m², ça revient plus cher mais ça tient mieux dans le temps. La colle est une colle animale, qui sent donc assez fort.
IMG_6999COUVERTUREQuand la couverture est prête, on y colle la carte de dos et deux cartons (feuille double pour donner de la souplesse à la couverture). Et on sait faire la même chose avec d’autres revêtements comme la toile, etc.On peut vraiment dire que La Pléiade est un produit français : imprimeur, tanneur, relieur, sont français.

La dorure : Sur le dos du livre, il faut écraser le grain pour qu’il soit plus lisse. Là, on fait un « à froid » (pression / chaleur) qui va rendre le grain lisse pour pouvoir lui appliquer le carré de couleur si nécessaire et l’or véritable (22 ou 23 carats).

 

L’or arrive en bobines avec une couche très fine. On peut faire 4000 pléiades dans une bobine, ce qui revient à 0,50 € par couverture. Les déchets d’or, même minimes, sont recyclés par une entreprise locale qui recycle aussi les radiographies dans lesquelles il y a de l’argent. Mais comme il a de moins en moins de radios classiques, c’est un métier qui pourrait se perdre aussi.
En fin de chaine, tous les volumes sont vérifiés un par un, s’il y a un défaut soit on répare, soit au pilon ! Par exemple sur les retours de librairies, sur 500 retours, on peut en récupérer environ 50%.

 

Vous l’aurez compris, cette visite est passionnante et ces livres si beaux représentent un tel savoir-faire que j’ai bien envie d’en commander au moins un au père Noel !